Anécdote N° (21)
11/03/2011
Puy-en-Velay, Chapitre 2
Département: Haute-Loire, Arrondissement et Canton: Le Puy-en-Velay - 43
1279 (1278 v. st.) 30 janvier (1)
« Ego Johannes Chalvos presbiter clericus Aniciensis ecclesie....
Imprimis animam meam concedo Domino Jesuchristo, corpori vero meo eligo sepulturam in cimiterio domus milicie Templi Aniciensis...
Item do et lego domui predicte Templi viginti libras podienses ad emendum debitale (2) per manus executorum meorum infrascriptorum ; de quo debitali volo et precipio quod magister dicte domus Templi faciat et facere teneatur annis singulis unum anniversarium X solidorum podiensium in die obitus mei pro anima mea et pro animabus parentum et benefactorum meorum, X sacerdotum, et quod dentur cuilibet sacerdoti X denarios podienses, et residuum X solidorum (3) capellariis et clericis seu diaconibus deservientibus missis dicti anniversarii distribuat.
Item volo et precipio quod residuum dicti debitalis ipsa die distribuatur in dicta domo ad mensam in victualibus inter fratres et donatos ac familiares dicte domus ; quas XXti libras podienses volo et precipio quod universitas clericorum Anicii, seu bajuli ejusdem, executoribus meis solvant et solvere teneantur pro dictis domibus meis, quas eisdem superius donavi....
Item do et lego Petro Moncia clerico, nepoti meo omnes libros meos.
Item domino Guillelmo Batifolet capellano Templi unum capucium meum de camelino cum pona....
Item operi ecclesie sancti Evodii v, solidos podienses.....
Item Repentitis de Valle v, solidos podienses...
Item fratribus de Penitentia (4) Aniciensibus v, soliclos podienses semel tantum do et lego. »
Il est donc avéré que l'établissement des Templiers au Puy, au moment du drame fatal qui amena leur destruction sous Philippe-le-Bel, jouissait depuis longtemps d'un état prospère. Ses hauts créneaux qui dominaient deux vallées ; ses murs, dont l'épaisseur (5) en impose encore lorsqu'on la mesure par l'ouverture de rares fenêtres laissant à peine percer le jour dans les bas corridors à voûte ogivale ; sa tour d'entrée, peut-être octogone (6), dont le pont-levis s'abattait sur le profond et large fossé formé naturellement par le Dolaison, faisaient de cette forteresse, ainsi que de celle de Saint-Jean, placée non loin de la Borne, les deux avant-postes les plus formidables et les plus propres à défendre la ville.
Ce n'était pas, à proprement parler, une commanderie ; c'était un prieuré (7) avec son maître ou précepteur, son chapelain, ses frères chevaliers, ses donats ou affiliés, et ses familiers ou domestiques (8), ainsi que le document numéro 4 nous l'a prouvé.
Toutes les commauderies du Velay relevaient de ce prieuré ; et, à son tour, il dépendait du grand-prieur de la province de Provence, qui siégeait à Montpellier.
En effet, à défaut du titre original, malheureusement perdu, nous lisons ce qui suit dans l'énorme in-folio (8) déposé aux archives de la Préfecture, que M. Adrien Lascombe a pris à tâche de publier :
« Accord fait entre Monseigneur de la Roue évêque du Puy et Révérend frère Chambarut, précepteur de la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem du Puy. Ils ont accordé que le commandeur du Puy et de la maison de la Sauvetat (10) qui est et sera, reconnaitre à l'évêché du Puy la maison et Temple du Puy avec ses appartenances, la ville de la Sauvetat et appartenances, la maison et grange de Montredon (11), de Bessamorel (12), de Barlhels (13), Chantonne (14) et leurs appartenances, et tout ce que ladite maison et Temple ont dans la ville et diocèze du Puy ; ledit accord portant hommage, ensemble vidimé du susdit accord aussi en parchemin, est encore au livre (15) cotté A. 1. fol. 75. »
La Sauvetat
Département: Haute-Loire, Arrondissement: Le Puy-en-Velay, Canton: Landos - 43

Domaine du Temple de La Sauvetat
En marge de ce compte-rendu, est notée la date et la matière du document : « 1270 en aout, parchemin. » On ne saurait donc douter de son identité avec celui de même date qu'analyse le Nova Gallia (16) ; d'où il résulte que l'évêque accordait, en même temps, la permission de faire bâtir auprès de la maison de l'ordre, à la Sauvetat, une chapelle dédiée à Notre-Dame avec cimetière pour les frères, ou chevaliers, et les domestiques.
Or, il est certain que dans cette charte, il ne s'agissait pas des Hospitaliers, mais des Templiers. Nous en avons, à coup sûr, la preuve dans deux autres pièces non moins intéressantes et qui nous sont fournies par le Nova Gallia lui-même.
Dans la première (17) on voit une transaction passée le 13 janvier 1273 (1272 v. st.), chez les Templiers du Puy, entre Guilhaume de Chambarut, précepteur de cette maison et Guillelmine de la Pierre, abbesse de Saint-Pierre-les-Chases.
Dans la seconde (18), c'est Jourdain de Cereys (19) précepteur, à son tour, de la maison du Temple du, Puy qui, se trouvant le 15 avril 1284 dans celle de la Sauvetat, renouvelle, au nom de cette commanderie, vis-à-vis de l'autorité diocésaine, le même acte de soumission qu'avait fait son prédécesseur.
Ce dernier titre, que Le Jeune a très-étrangement interprété (20), est surtout important, parce qu'on y voit les Templiers du Velay dépendants du maître provincial de Provence.
Aussi la ville de Montpellier est-elle désignée comme centre des assises de leur province, dans le procès poursuivi au château d'Alais, durant le mois d'août 1312, contre frère Bernard de Salgues (21) chevalier commandeur de Saint-Gilles, frère Raymond Segeri prêtre et frère Bertrand de Silva (22) chevalier de la commanderie du Puy (23).
21. Saugues, chef-lieu de canton, arrondissement du Puy.
22. Saint-Didier-la-Séauve.
Maintenant, si l'on cherche la cause première de cette confusion, qui non-seulement nous laisse un grand vide à combler, mais aussi de sérieux obstacles à aplanir, nous la trouverons dans le fait indiqué par Médicis ; c'est-à-dire que les chevaliers de Saint-Jean succédèrent aux Templiers du Velay dans la possession de tous leurs domaines. Ce fait, qui s'accorde entièrement avec les données générales de l'histoire (24), a pour garantie, en ce qui concerne notre contrée, bon nombre de titres analysés dans le Répertoire du Père Cazalède.
Nous citons comme exemple ce qu'il dit (25) en date du 10 septembre 1329 : « Transaction passée entre Messire Bernard évêque du Puy d'une part, et Pons de Montlor et frère Artau de Fayne, régent des commanderies de Saint Jean et maison de la Sauvetat, et frère Guillaume Somier procureur dudit ordre, et Sire noble Maurice de la Tour Seigneur de Saint Vidal, Hugon de la Guilhamine, baillie de la cour commune du Puy. »
Mais Cazalède ne sut pas se tenir assez en garde contre l'illusion que nous avons signalée ; et ce n'est qu'avec une extrême réserve que l'on doit accepter celles de ses conclusions (26) qui ont trait aux chevaliers de Saint-Jean, antérieurement à 1312.
Dom Denys de Sainte-Marthe commet aussi la même erreur en citant (27) deux pièces de l'an 1296 (1295 v. st.). Il se trompe en désignant Ponce de Fayne comme précepteur de l'ordre de Saint-Jean, tandis qu'il était l'un des plus célèbres Templiers de ce temps (28).
Vers le 9 octobre de l'an 1300, son successeur était Guy Aymard ; et celui-ci probablement ne fut pas le dernier précepteur de l'ordre dans le Velay, puisque d'après la déclaration (29) faite à Paris, aux inquisiteurs pontificaux, par Guy de Roche-Taillade (30), Gui Aymard, qui le reçut dans l'ordre, était mort au commencement d'avril 1311.
Cette déclaration est très-importante ; car on y mentionne la commanderie de Vauzelle (?) (31) et, de plus, on y constate que, dans l'église Saint-Barthélemy, des novices étaient admis à la profession, privilège qui n'était pas accordé aux simples commanderies.
Du reste, jusqu'à ce que de nouveaux documents viennent confirmer cette opinion, tout donne lieu de croire que le dernier successeur qu'eurent Armand d'Allègre (1263) ?, Raymond de Chambarut (32) (1270-1273), Malfred de Châteauneuf (1275) ?, Jourdain de Sereys (1284), Ponce de Fay (33) (1296) et Guy Aymard (1300), fut bien Bertrand de Silva ou de Saint-Didier-la-Séauve, cité plus haut.
Ne poussons pas plus loin nos recherches. Nous n'avons fait que soulever un coin du voile qui couvre l'histoire des Templiers du Velay, et cela suffit au but que nous nous sommes proposé. Nous venons de voir que, soit au Puy (34), soit à la Sauvetat (35), les Templiers, profitant du privilége à eux accordé par Alexandre IV (1254), avaient un cimetière attenant à chacune de leurs églises dans ces deux endroits.
Il est vrai que quatorze ans plus tard, des discussions s'étant engagées, sous ce rapport, entre eux et l'autorité diocésaine, le pape Clément IV, qui avait été évêque du Puy, régla qu'il leur serait permis de bâtir sur leurs terres des oratoires, et d'y enterrer les sujets de l'ordre, sans préjudicier cependant aux droits des curés. C'est ce qui semble devoir expliquer, en partie au moins, les différents accords ou transactions passées entre les évêques du Puy et les précepteurs du Temple Saint-Barthélemy, que nous venons de citer. Quoi qu'il en soit, il est désormais certain que l'endroit de l'église Saint-Barthélemy, désigné par Jean des Sauvages, comme sépulture de ses ancêtres, doit se trouver dans le cimetière attenant à l'église. Malheureusement, il nous a été impossible de découvrir la place exacte de ce précieux monument. Par des fouilles savamment dirigées, on pourrait, sans doute, retrouver non-seulement ce tombeau, si intéressant au point de vue de l'art par ses bas-reliefs et ses peintures, mais aussi plusieurs épitaphes qui enrichiraient beaucoup les documents, d'ailleurs si peu nombreux, sur les Templiers du Velay. En effet, nous trouvons déjà, presque deux siècles auparavant (1154), le droit de sépulture accordé à des maisons isolées, par exemple, au Temple d'Arles (36). Rien ne nous empêche de supposer que les Templiers du Puy existaient à cette époque. Nous voyons dans les archives du département un titre dans lequel Ponce, frère d'Armand, seigneur d'Allègre, accorde aux Templiers du Puy une indemnité pour réparer les pertes subies pendant la guerre qu'il avait faite au doyen du chapitre, Guy de Châteauneuf (37). Or, Guy de Châteauneuf mourut en 1232 (38), et c'est, par conséquent, avant cette époque, que les Templiers du Puy luttaient pour les évêques contre toute tyrannie féodale. Au reste, quoique les pièces nous manquent pour remonter plus haut, nous savons que déjà, au douzième siècle, d'autres maisons étaient établies dans le Velay (39) ; et dès lors, il faut supposer l'existence antérieure de celle dont toutes les autres relevaient.
D'après les documents que nous avons présentés, il est désormais acquis à l'histoire que les Templiers existaient au Puy au commencement du treizième siècle. Parmi eux se placerait naturellement le célèbre Hugues de Montlaur, maître de Provence. Nous pourrions ainsi revendiquer, comme une gloire de notre département, ce preux chevalier. Après avoir, dans la guerre contre le Maures, sous la bannière de Jacmes 1er, roi d'Aragon, attaché son nom à la conquête de Valence (28 septembre 1238), il serait peut-être venu au Puy un peu plus tard, avec ce grand prince élevé au château de Monzon, parmi les Templiers. C'est dans la ville du Puy que, au mois de juin 1243, Jacmes-le-Conquérant eut une conférence avec le roi saint Louis (40). Notre évêque Bernard de Montaigu, qui reçut les deux rois dans sa cathédrale, était lui-même neveu de Pierre de Montaigu, grand-maître du Temple (41).
Arrivons, enfin, à un dernier fait qui intéresse le monastère de Vals. On sait que les Templiers furent abolis par le concile œcuménique de Vienne (42), dont la première séance se tint le 16 octobre 1311 et la dernière le 6 mai de l'année suivante 1312. Bernard de Castanet, comme évêque du Puy, dut se trouver à Vienne pendant cet intervalle, et partant, ne put donner la règle de saint Augustin aux religieuses de Vals, le 16 mars 1312, ainsi que nos historiens l'avaient supposé. Mais il le fit plutôt à son retour ; ce qui s'accorde parfaitement avec les autres preuves chronologiques que nous avons déjà données.
Le tirage de notre dernier article était fini, lorsque nous avons eu la bonne fortune de découvrir dans les archives de la préfecture la pièce monumentale que l'on verra ci-après. Datée du 23 avril 1248, cette pièce a pour objet de décider par sentence arbitrale le différend qui s'était élevé entre les chevalier de Saint-Jean et le chapitre Saint-Agrève, auquel l'évêque Etienne de Chalancon avait accordé les droits de paroisse sur le faubourg de l'Ouche. Ce faubourg, à l'orient de la ville, était, pour ainsi dire, encadré par les deux voies qui, partant de la montée de Vienne et des maisons des Hospitaliers, aboutissaient respectivement aux portails du Pozarot et de Penavaire, situés dans l'ancienne muraille. C'est ce que l'on nomme aujourd'hui le quartier Saint-Jean.
Les chevaliers, seigneurs de cet endroit, ne voulurent pas reconnaître la cession des droits paroissiaux faite par Etienne de Chalancon à l'église Saint-Agrève. On voit par là une éclatante confirmation de ce que nous avons avancé à propos de l'ancien établissement de ces chevaliers au Puy ; et il nous paraît vrai de dire que ce faubourg, autant, que celui de Saint-Barthélemy, doit quelque importance aux approches d'une maison religieuse. C'est ainsi que Paris et Londres ont eu leurs célèbres quartiers du Temple. Notre pièce nous apprend encore deux noms, jusqu'à présent ignorés, des recteurs ou précepteurs ou baillis de Saint-Jean au Puy : Guillaume Dumont sous l'épiscopat d'Etienne de Chalancon (1220-1232) et Pierre de Seneujols (23 avril 1248) qui céda aux chanoines de Saint-Agrève la dîme qu'il percevait à Rochalbert Voici ce document.
Notes chapitre 2
1. Fonds Saint-Mayol, 123.
2. 20 sous.
3. C'est-à-dire 20 deniers.
4. Ces frères de la Pénitence, ou sachets, appartenaient peut-êtr e au même ordre que nos sœurs de la Pénitence, ou Repenties de Vals. Ils étaient alors très-favôrisés par l'évêque Guillaume de la Roue. Cf. Nova Gallia, II, 718.
5. Cette épaisseur est de 1m80.
6. Voyez Arnaud, II, 380. Rien n'autorise la comparaison que fait cet auteur entre l'église Saint-Barthélemy et la chapelle octogonale de Saint-Clair, si ce n'est l'abside vraiment octogonale du corps de l'église quadrangulaire, ainsi qu'il semble être démontré par une partie des fondements que nous avons mesurés avec l'aide de M. Schwab et de M. Camille Robert. Quant à l'âge de l'église, toute en pierre taillée, elle accuse dans sa façade, par un cintre à demi voilé, le style roman du douzième siècle.
7. Sur la distinction entre commanderie et prieuré, voyez Le Jeune.
8. Sur cette nomenclature, voyez Wilker, Geschichte des Ordens des Tempelherren, I, 355, et suivantes; Halle, 1868.
9. Répertoire général de tous les hommages et investisons qui se sont trouvés dans les archives de l'évêché du Puy, rendus aux seigneurs évêques depuis l'an 1154 jusques à présent, tiré de livres et liasses comme il est marqué par frère Jean-François Cazalède, jésuite, et écrit par M. Pierre Fargues, receveur des tailles, conseiller du roy, en l'année 1740 et 1741, par ordre de messire François de Beringhen, évêque, seigneur du Puy, comte de Vellay, etc.. C'est dommage que cette intéressante publication, inaugurée par le journal « La Haute-Loire » dans son numéro du 5 février 1870, n'ait pu se suivre. Puisse-t-elle honorer nos Tablettes, autant par la richesse de ses documents que par le talent illustrateur, de M. Lascombe.
10. Chef-lieu de commune, canton de Pradelles.
11. Commune de Saint-Just-près-Chomelix, canton d'Allègre.
12. Chef-lieu de commune, canton d'Yssingeaux.
13. Commune de Bournoncle, canton de Brioude ; ou de Connangles, canton de la Chaise-Dieu.
14. Chantoin, commune de Bains, canton de Saugues.
15. Ce livre a disparu.
16. Excerpta ex chronico Aniciensi et ex variis chartis de Guillelmo de Rota episcopo : « Guillelmus fratri Raymundo de Chambarone, praeceptori S. Johannis Aniciensis concedit ut juxta domum suam de la Salvetat, construere faciat capellam in honorem B. Mariae, cum cimiterio pro fratribus et familiaribus suis ; eidemque alia indulget privilégia, reservato sibi suisque successoribus homagio solito. M. CCC. LXX. mense Augusti. »
— Nova Gallia, II, Instrum., 236.
17. II, 452. « Item transigit Guillelma de Petra cum religioso viro fratre Raimundo de Chambarut, prœceptore domus militiœ Templi Aniciensis, nomine fratris Guillelmi de Menteyras sive Poget, ejusdem ordinis. Actum in dicta domo Templi Aniciensis anno 1272, die Veneris in festo S. Ilarii. » Nous ignorons quelle charge alors occupait, dans l'ordre, le chevalier Guillaume Pouget, né à Menteyras, commune de la Foraine d'Allègre. Probablement, il se trouvait à la tête de quelque commanderie du Velay, au sujet de laquelle accord fut passé en 1263 entre ladite abbesse Guillermine et le chevalier Armand d'Allègre.
— Cf. Nova Gallia, ibid.; Le Jeune, Opuscule cité, II, 69.
18. II, 719 : « Eo (Guidone IV. episcopo mortuo vel cedente, Casto de Cornon canonicus et prœcentor ecclesiœ Aniciensis, administrator fuit bonorum temporalium ejusdem, sede vacante, una cum abbatibus Secureti et S. Pétri de Turre ac Johanne de Barone canonico Aniciensi ; et hoc nomine transegit cum fratre Jordane de Cereys prœceptore domus militiæ Templi Aniciensis pro domo de Salvitate. Actum apud villam de Salvitate, die sabbati post festum Resurrectionis Domini, anno Domini M. CC. LXXXIV. Quam transactionem confirmavit Pontius de Broeto, magister domorum militiœ Templi in Provincia. »
19. Commune de Saint-Jean-de-Nay, canton de Loudes.
— Il ne faut pas oublier que, pour être chevalier, il fallait être noble. La charge de précepteur ou bailli n'était ordinairement conférée qu'aux membres de familles illustres.
20. II, 82. « En Provence, Ponce de Broet, qui approuve une transaction faite en faveur des chevaliers de la Salvetat par frère Jourdain de Cereys, commandeur de Nice en 1284. Cereys est une ancienne famille du Velay, qui tire son nom d'un château, où l'on voit encore les débris d'un temple dédié à Gérés. »
— Le Jeune a eu la simplicité de traduire Anicium (le Puy) par Nice. Cela, ce nous semble, explique comment Wilcke, dans sa savante Histoire des Templiers (édition cité, II, 20), en faisant l'énumération des villes principales où résidaient ceux de Provence, ne fait aucune mention du Puy, tandis qu'il y fait entrer Nice.
21. Saugues, chef-lieu de canton, arrondissement du Puy.
22. Saint-Didier-la-Séauve.
23. Histoire générale de Languedoc, IV, 141 ; Paris, 1742.
24. Bulle « Ad providam » de Clément V, 12 mai 1312.
25. Folio 162, recto. — Cf. fol. 98, recto.
26. Voir folio 154, verso : « 1273. Permutation entre le commandeur de Saint Jean et l'abbé de Monastier. »
— Folio 54, recto : 1275 en parchemin: « Remission faite par Adhémar et Guilaume, père et fils à frère Malfrait de Chateau-neuf commandeur de Saint Jean du Puy des freres (sic) du chateau de Beaudiné et Montregard pour le payement de six cens cinquante livres ; dans lequel acte Messire Guilhaume évêque du Puy se rend caution ; et en même temps par ledit acte, ils lui ont fait hommage de ces chateaux. »
— Folio 158, verso : « 1305. Transaction entre le seigneur évêque du Puy et le commandeur de Pebulit (liser Pebelit), lous Paudraux (liser Pandraux) et lous Roussilious et de tout ce qu'il a à Saint Germain Laprade. »
CC. XCV. mense Januario. — Guigo de Novavilla cum prœceptore domus hospitalis Sancti Johannis de Jerusalem extra muros Anicii transigit mense Januarii
anno M. CC. XCV. »
27. II, docum. 238 : « Johannes cardinalis transigit nomine Guidonis (episcopi) cum fratre Pontio de Fayno prseceptore Sancto Johannis Aniciensis M.
28. Le Jeune, II, 107.
29. « Die Veneris, 2. Aprilis... frater Guigo de Ruppe Talhata presbiter, preceptor domus Templi de Drulhi diœcesis Ruthenensis, testis suprajuratus, xxx, annorum vel circa, mantellum deferens, cum quo inquisitum fuerat, absolutus et reconciliatus (perdnum epum ?) Ruthenensem, lectis et expositis arliculis..... Dixit enim se fuisse receptum circa instans festum beati Dionisii, erant x, anni in capella domus Templi Aniciensis per fratrem Guigonem Ademari militem quondam, presentibus fratribus Bernardo Usclas (pbro ?), Guillelmo preceptore de Bocelis, Guillelmo de Castro Novo commorante in dicta domo et Johanne l'Alvernhatz servientibus, de quorum vita vel morte non habet certitudinem, etc. »
Procès des Templiers publiés par M. Michelet, membre de l'Institut, II, 154 ; Paris, imprimerie nationale, 1851.
30. Ancienne rue du haut Puy.
31. Commune de Josat, canton de Paulhaguet.
32. Nommé tantôt Chambaron, tantôt Chambarut, par des interprètes qui n'ont pas fait preuve d'habileté dans l'art de lire les anciens documents, nous croyons qu'il tira son nom de la Champ de Baraud, commune de Queyrières, canton de Chapteuil.
33. De Latour-Maubourg. D'après Arnaud (I, 188), il était fils puîné du seigneur de Chapteuil.
34. Document 4.
35. Document 5.
36. Le Jeune, II, 69.
37. Fonds Saint-Mayol, 149 : Item dono et lego hominibus dell Erm et de Chalconiac Aniciensis diocesis centum libras podienses, de quibus, secundum quod fieri poterit volo et precipio quod emendetur unicuique ipsorum hominum illud quod juramento suo dixerunt amisisse in illo forisfacto quod feci eisdem tempore et occasione guerre, quam habui cum Guigone de Castro Novo quondam, decano Aniciensi. Et domo milicie Templi Aniciensis dono et lego CCC, solidos podienses, pro emenda corum, que in eodem forisfacto Templarii ejusdem domus se asserunt amisisse. » Ce testament porte la date de l'an 1252 (1251 v. st.), vendredi avant l'Epiphanie (5 janvier)....
38. Nova Gallia, II, 742.
39. Histoire générale de Languedoc, III, 45. — Camp. Nov. Gall., I, 195.
40. Marca Hispanica, 529 ; Paris, 1688. En fournissant ce titre, dont l'authenticité est incontestable, Baluze a rendu un éminent service à l'histoire générale de France. M. Chassaing, dans ses notes à Médicis (page 211), a savamment prouvé que la seconde arrivée de saint Louis, au Puy, eut lieu du 9 au 11 août 1254. L'erreur de Gissey (I. III, chapitre 13), qui signale le mois de juin comme époque de cette arrivée, ainsi que celles de Brussel et de Médicis, qu'a très-judicieusement critiquées M. Chassaing, s'expliquent aisément si l'on admet que nos chroniqueurs ont confondu les dates de la première venue et de la seconde. D'après Médicis, saint Louis logea chez Pierre Chambafort. Le testament (1) de Catherine, vicomtesse de Polignac et baronne de Bouzols, daté du 18 avril 1332, montre l'emplacement de cette maison : in domo Petri Chambaforti burgensis Anicii, in carreria Montis-Ferrandi, in fornello in quo dicta domina testatrix inhabitat.
41. Nova Gallia, II, 714.
42. La vraie bulle d'abolition « Vox in excelso » donnée par Clément V, sacro approbante concilio, le 22 mars 1312, a été inconnue jusqu'à nos jours à la plupart des historiens qui, par suite, se trompent en assignant tantôt une date antérieure, tantôt postérieure à cet événement. Cette bulle fut cependant publiée par Villanueva dans son Viaje literario à las iglesias de Espana (tom. V, append.; Madrid, 1806). Elle a été reproduite naguère, avec de savants commentaires, par la Civilta cattolica (ser. vi, vol. VII ; Rome, 1866, juillet-septembre).
Sources : Fidel Fita S. J.. Tablettes historiques de la Haute-Loire, 1870-1871, pages 193 à 207. Le Puy 1871. - BNFAnécdote N° (22)
11/03/2011
Puy-en-Velay, Chapitre 3
Département: Haute-Loire, Arrondissement et Canton: Le Puy-en-Velay - 43
Suite étude critique
1248, samedi avant les Rogations (23 avril). (1)
Nos Poncius de Glavenatio (2) canonicus thesaurarius et bajulus Aniciensis, notum facimus universis presentibus pariter et futuris, quod cum causa esset seu controversia inter capitulum sancti Agrippani Aniciensis et cappellanos ipsius Ecclesie curam animarum habentes ex una parte, et Willelmum de Monte (3) tunc preceptorem et fratres hospitalis sancti Johannis Jherosolimitani Aniciensis ex altera, super perrochianatu vel jure perrochiali Ouche quam vocant Ouchasancti Johannis et hominum in ea commorantium, que contiguatur ex una parte cum domibus dicti hospitalis et extendit se usque ad portale de Posarot, extra et usque ad viam qua itur ad portale de Penavaira inter duas vias dictorum portalium, et usque ad viam qua itur a superiori parte ad domum ViLalis Martini : — dicebant enim canonici, capitulum et cappellani curati ecclesie sancti Agrippani, perrochianatum et jus perrochiale dictorum hominum, vel dicte Ouche ad se pertinere ex collatione venerabilis patris, bone memorie, Stephani quondam Aniciensis episcopi ; et ad hoc litteras sigillo suo sigillatas inducebant : — preceptor vero sive rector et fratres dicti hospitalis e contrario opponebant quod collatio a domino Stephano Aniciensi episcopo, ecclesie sancti Agrippani facta non valebat ; ex eo quod, cum dicta Oucha sit de pleno dominio seu senioria ecclesie sancti Johannis, non poterat perrochianatum vel jus perrochiale dicte Ouche ecclesie sancti Agrippani aliquatenus conferre sine licentia eorumdem. Tandem, cum super hoc esset primo in curia Aniciensi, et postmodum in curia Romana a partibus diutius litigatum, compromisit utraque pars libere et sine omni conditione et retentione, non coacta sed spontanea, per se et successores suos in dictis domibus seu ecclesiis in futurum instituendos, quelibet sub pena centum librarum podiensium super hoc stare et parere dicto nostro arbitrio seu mandato.
Nos vero, auditis positionibus, responsionibus, et diligenter inspectis rationibus utriusque partis, habito prudentum virorum consilio, dictum nostrum arbitrium seu voluntatem nostram tulimus in hunc modum : videlicet, quod canonici, capitulum et cappellani curati ecclesie sancti Agrippani quittent, cedant, remittant, per se et successores suos, quicquid juris habebant, vel habere poterant, in perrochianatu vel jure perrochiali dicte Ouche et hominum ibidem nunc et in futurum commorancium, ecclesie hospitalis sancti Johannis Jherosolimitani Aniciensis, et ipsi hospitali et successoribus suis, predicta ratione, vel quocunque alio modo ; et renuntient donationi seu collationi, quam dicitur dominus Stephanus quondam Aniciensis episcopus ecclesie sancti Agrippani fecisse. Quod, Capitulum et Canonici Sancti Agrippani, scilicet Rotbertus Alazardi, Petrus de Chantamerle (4), Stephanus de Busilio (5), Petrus de Scabrin Lugdunensis, et cappellani dicte ecclesie, scilicet Willelmus de Maizonil (6) et Stephanus Girardi, in nostra presentia conslituti, incontinenti hunanimiter et concorditer omnes et singuli fecerunt.
Item arbitrati fuimus quod capitulum et canonici ecclesie sancti Agrippani Aniciensis, qui pro tempore fuerint, habeant, teneant et possideant, vel quasi, nunc et in perpetuum sine contradictione et inquietalione alicujus, decimam, quam ecclesia sancti Johannis Jherosolimitani Aniciensis, hospitalis, et rector et fratres ipsius hospitalis consueverunt habere, recipere et possidere, vel quasi, in villa et toto tenemento de Rochalber in heremo (7), et vestito cum pertinenciis suis, et cum omni jure suo utili vel directo ; et quod in dicta decima, ecclesia hospitalis predicti et rector et fratres ipsius hospitalis, vel in parte ipsius decime et pertinentiis ejusdem, nichil de celero petant, nec capitulum et canonicos sancti Agrippani per se vel per alium non molestent ; et quittent, cedant et remittant quicquid juris in dicta decima habebant, vel habere poterant aliqua ratione.
Qui incontinenti, decimam cum omni jure et pertinenciis suis, preceptor et fratres dicti hospitalis pura et mera liberalitate capitulo et canonicis dicte ecclesie sancti Agrippani recipientibus donaverunt ; et ipsam decimam cum suis pertinenciis penitus quitaverunt ; et de evictione et re habere licere, in nostra presentia constituti, capitulo sancti Agrippam et successoribus suis fideliter et hunanimiter niehilominus promittentes pleniter resarsire.
Item arbitrati fuimus quod utraque pars, quantis posset viribus, niteretur per se et majores suos quod omnem diligentiam adhiberet quod dictum nostrum mandamentum, arbitrium nostrum, nunc et in perpetuum servaretur et robur obtineret perpetue firmitalis ; et hoc bona fide, et hoc sine omni machinatione utraque pars fideliter repromisit, et omnem firmitatem per majores suos faceret quam Nos vel alius jurisconsultus consuleret faciendam.
Item diximus quod utraque pars rem sibi per Nos, ut superius dictum est, adjudicatam propria auctoritate posset libere nansisci.
Quod dictum nostrum arbitrium, mandamentum, volunlatem nostram, prout superius dictum est utraque pars acceptavit ; et omnia predicla et singula rata et firma habuit, et nunquam contravenire bona fide promisit.
Actum in chesia sabbato ante Rogationes (8) anno Domini M° CC° XL° octavo, presentibus Nobis, assistente magistro Willelmo de Vernassals (9) gerente vices Raimundi Matthei judicis et officialis Aniciensis auctoritate (sic) nobis prestante, Mathya presbitero, Willelmo de Rocha et Willelmo de Villanova clericis Aniciensibus, Johanne cappellano sancti Johannis Jherosolimitani, Petro Pereti, Mattheo Malmorcel, Blanco Baucha, Johanne Pointier, Bertholome (sic) Cortes, Petro Ricardi, et Willelmo sancti Vitalis (10).
In cujns rei testimonium, memoriam et perpetuam firmitatem ad instanciam et requisitionem utriusque partis fuit liec presens carta sigillis Aniciensis curie, — Poncii de Glavenatio thesaurarii et bajuli Aniciensis, — et Petri de Seniol (11), qui snccessit dicto fratri Willelmo in preceptoria seu bailia dicti hospitalis sancti Johannis Ierosolimitani Aniciensis, de consensu fratrum suorum, — et capituli sancti Agrippani Aniciensis sigillata.
De ces quatre sceaux il ne reste que les deux premiers, dont le second a pour légende : S. P. DE GLA[vanat bajul. a]NICIEN.
Le premier etait en tout semblable a celui de l'an 1200, qu'on a vu ailleurs (12). Il ne conserve de ses deux legendes (sceau et contre-scel) que : (Sigillum cur)IE : ANICIENSIS
SALVE : SAN(cta paen)S.
Ce sceau, disons-le encore, est de l'an 1248. Nous avons là au coutre-scel, par conséquent, le type de l'effigie de Notre-Dame du Puy pendant la première moitié du treizième siècle. La Vierge porte l'Enfant sur le bras gauche, et tient en main le sceptre surmonté d'une fleur de lis.
C'est à ce type et à cette époque qu'il faut rattacher les images en plomb ou enseignes de pèlerinage que faisaient fabriquer les maîtres de l'Hôtel-Dieu du Puy, en vertu d'un acte épiscopal à la date de l'an 1210, et dont le spécimen a été d'abord publié par M. Aymard (13), puis par M. Mandet (14). Ce dernier auteur ajoute (15) que c'est en 1165 (liser 1265), onze ans après le pèlerinage de saint Louis, qu'on remarque le premier changement dans les sceaux du chapitre. Il se fonde apparemment sur cette phrase de Gissey (16) :
« Et pour confirmer davantage ce que je dis de la venue de cet Image, ie diray auoir veu un seel fort ancien du chapitre de Nostre Dame du Puy, en deux hommages et recognoissances faictes audit chapitre de l'an 1263, huit ou neuf ans apres le retour de sainct Louys, par Iausserant, seigneur d'Usson, et l'autre de l'an 1266 par Guillaumme de Bassia son successeur, où l'on y void relevee en cire l'Image de Nostre Dame, toute différente de celle d'aujourd'huy, estant assise comme dans un trhosne portant son Fils au bras droit, et de la main gauche un sceptre avec une fleur de lys au bout, et l'Enfant une semblable en sa gauche. »
On voit par là qu'en 1263, après la seconde visite de saint Louis (9-11 août 1254), le type de l'image n'était plus le même qu'en 1248. La Vierge, au lieu de porter l'Enfant divin sur le bras gauche, le porte sur le bras droit. Ce fait est confirmé par un parchemin des archives départementales (17)daté du mercredi 3 octobre 1286, auquel est appendu le sceau du chapitre (18) parfaitement conservé. D'autres sceaux de la seconde moitié du treizième siècle, portant le même type, se trouvent, soit aux mêmes archives, soit dans celles de l'Hôtel-Dieu ; quant à ceux de l'officialité ou de la cour ecclésiastique, on voit qu'à partir de cette même époque le contre-scel n'est plus en usage. Ce fait, que jusqu'à présent personne n'avait signalé, ouvre un nouveau champ aux recherches sur la forme qu'avait la véritable statue donnée par saint Louis. Nous ne pousserons pas au-delà nos recherches, faute de temps pour analyser tous les documents nécessaires ; mais, assurément, de ce que nous venons d'exposer, nous pouvons conclure que cette forme n'était pas celle de la Vierge portant l'Enfant au giron. Nous ne connaissons pas d'autre sceau avec cette effigie plus ancien que celui publié par M. Aymard (19). Or, il est du seizième siècle, ou tout au plus du quinzième.
Notes Suite étude critique
1. Fonds Saint-Agrève LXXX.
2. Glavenas, commune, canton et arrondissement d'Yssingeaux.
3. Mons (?) comm. près le Puy, dont le château seigneurial existe encore.
Nous avons constaté qu'avant le quatorzième siècle, Vals (Valles) est toujours désigné sous le nom de Val (Vallis).
4. Commune de Chaudeyrolles, canton de Fay-le-Froid.
5. Boussillou, commune de Saint-Germain-Laprade, canton du Puy.
6. La Maisonial, commune de Tence, ou peut-être Mezonnial, commune de Férussac, canton Pinols.
7. Roche-Aubert, commune d'Estables, canton de Fay-le-Froid.
8. Le dimanche des Rogations est le cinqiuème apres Pâques.
9. Vernassal commune, canton d'Allègre.
10. Saint-Vidal, commune du canton de Landes.
11. Senenjols, commune du canton de Cayres.
12. Tablette, pagages 7, 8 et 49.
13. Congrès scientifique de France, vingt-deuxième session tenue au Puy en septembre 1855, tome II, 626 ; Paris, 1856.
— La médaille des Chaperons blancs, publiée par le même auteur (ibidem, 623), offre un type ressemblant, mais plus ancien.
14. Opuscule cité, II, 195.
15. Opuscule cité, 196, notes.
16. L. II, chapitre 7.
17. Fonds Saint-Vosy VIe XX (620).
18. Voici sa légende : SIGILLVM CAPITVLI BEATE MARIE ANICIENSIS.
19. Fonds Saint-Vosy VIe XX (611).
Sources : Fidel Fita S. J.. Tablettes historiques de la Haute-Loire, 1870-1871, pages 193 à 207. Le Puy 1871. - BNFAnécdote N° (23)
20/03/2011
Val-de-la-Haye
Département: Seine-Maritime, Arrondissement: Rouen, Canton : Saint-Martin-de-Boscherville - 76
Après Biessard, dont il a été dit un mot à propos de l'excursion de Quevillon, et qui est encore un hameau de Canteleu, le bateau de La Bouille fait escale au Val-de-la-Haye, l'une des plus coquettes stations du parcours.
L'histoire du Val-de-la-Haye est fort intéressante. Le village avait déjà une certaine importance dès le VIIIe siècle, et les rois d'Angleterre, ducs de Normandie, y venaient volontiers en villégiature au XIIe siècle.
Selon M. l'abbé Tougard, le nom de Haye, qui signifiait, au Moyen-Age, enclos pour la chasse, fut donné à cette localité parce que Guillaume-le-Conquérant y avait bâti un manoir entouré d'un parc. C'est ce manoir, agrandi par Henri Ier et désigné sous le nom de Sainte-Vaubourg, qui fut par lui donné aux Templiers en 1173.
La commanderie de Sainte-Vaubourg prospéra et était l'une des plus florissantes de l'ordre du Temple quand s'ouvrit, sous Philippe-le-Bel, le procès qui se termina par la spoliation des biens de cette puissante institution.
Le débarcadère du bateau de La Bouille est en aval d'une très vieille maison du XVe siècle ; c'est plus loin, à la station dite de Couronne, que l'on rencontre la route qui monte à l'église du Val-de-la-Haye. Le presbytère est à droite, le château moderne, à gauche. En continuant de gravir la petite côte, on voit ce qu'il subsiste de l'ancienne commanderie de Sainte-Vaubourg.
Une partie de la ferme actuelle est une construction du XIIe siècle ; dans la cour, on remarque une belle et vaste grange, bâtie sous Saint-Louis, et où le clergé de la contrée enfermait les produits de la dîme. L'intérieur en est partagé en trois nefs par des piliers de bois.
Tout au sommet du coteau, on a, à droite et gauche, une magnifique route, ombragée de grands arbres et sur laquelle descend une pelouse gazonnée.
Grange dîmeresse, au Val-dela-Haye

Dans le bois de la Commanderie, qui confine à la forêt de Roumare, on trouve des bornes de pierre où l'on distingue encore les armoiries des commandeurs.
Si l'on redescend vers la Seine, dans la direction du courant, on arrive auprès d'une autre station du bateau de La Bouille, celle de Couronne, dont il vient d'être parlé, près de la colonne commémorative érigée par souscription le 15 août 1844. Elle marque l'endroit où, le 9 décembre 1840, les cendres de Napoléon Ier, ramenées de Sainte-Hélène par le prince de Joinville, touchèrent pour la première fois le sol français. C'est un monument d'ordre dorique, surmonté d'une aigle de bronze aux ailes à demi-repliées.
Le Val-de-la-Haye a conservé une légende sur Sainte-Vaubourg, fille d'un chef normand nommé Richard.
Elle avait l'habitude de traverser la Seine pour se rendre en prière à l'église de Grand-Couronne, et toujours les flots s'écartaient devant elle, la laissant passer à pied sec.
Un jour, elle se croisa sur la berge avec une bande de soldats qui entraînaient au gibet un malheureux condamné à mort. Le pauvre diable implora sa compassion ; elle s'arrêta et demanda pourquoi on le voulait pendre.
— C'est, lui dirent les soldats, un misérable qui s'appropriait le bien d'autrui.
— Oh bien ! Répondit-elle, que justice soit faite. Et elle continua sa route.
L'homme fut pendu ; mais le soir, quand la trop peu compatissante Vaubourg, revenant de Couronne, voulut franchir le fleuve comme elle en avait l'habitude, l'eau continua de couler, et le miracle ne se renouvela plus.
Il y a, sous cette fiction ingénieuse, une assez jolie leçon de charité.
Sources : Müller, Louis. Autour de Rouen, page 148 à 150. Rouen 1890 - BNFAnécdote N° (24)
03/04/2011
Vicomtes de Saint-Antonin
Département: Tarn-et-Garonne, Arrondissement: Montauban, Commune: Saint-Antonin-Noble-Val - 82
La Décadence des Vicomtes de Saint-Antonin
Appauvris par leurs expéditions outre-mer, diminués moralement peut-être par la concession des coutumes, les vicomtes de Saint-Antonin virent bientôt pâlir leur étoile ; ni la haute fortune de leur frère Raymond, évêque de Toulouse, ni la gloire littéraire du troubadour Raymond-Jourdain, fils de Guillaume-Jourdain, ne purent arrêter la décadence.
Dès 1155, ils durent bailler en fief honoré une notable partie de leurs droits à Guillaume de Fontanes et à Humbert de Fontanes, frères, et aux fils de ce dernier. Quand les vicomtes eurent fait le partage de leurs biens, les frères Fontanes reconnurent à Pierre, l'un d'eux, 11 albergues de chevalier et 45 sols d'acapte, et à Isarn 4 albergues de chevalier et 45 sols d'acapte seulement. Remarquons que le droit d'albergue consistait à se faire défrayer avec chevaux une fois par an chez les vassaux, et l'acapte était un droit à payer en argent à la mort des vassaux. La part de Guillaume-Jourdain fut nulle dans ce partage, soit qu'il eût été déjà indemnisé, soit parce qu'il avait épousé l'héritière des Paris, seigneurs de Parisot. La reconnaissance de ces droits avait eu lieu au mois de juin 1155, et c'est le 2 août que se fit le partage des possessions vicomtales (1).
1. Inventaire Philippy.
Cependant, le vicomte Isarn fit encore figure pendant quelque temps, car, le 1er octobre 1180, il fut témoin à l'acte par lequel Raymond, comte de Toulouse, fils de Faidite, prit sous sa protection Pierre, abbé d'Aurillac, contre les habitants, et que celui-ci céda en retour ses droits sur Tonnac, et sur le four de Puycelsi (2).
2. Histoire de Languedoc, VIII, 344-345.
Cependant, la dépossession avait déjà commencé.
La fortune se retira des vicomtes comme aussi des chanoines, et elle passa aux Templiers de Vaour qui s'étaient établis vers 1145. A partir de ce moment, c'est à ces derniers que vont les donations ; les chanoines impuissants leur cèdent la défense de leurs terres et leur en confient l'exploitage, avec quelques réserves.
Peu à peu les vicomtes font vente au Temple de leurs biens, ou bien ils ratifient les cessions antérieures. C'est ainsi que, en 1182, le vicomte Frotard et son frère Sicard confirment la vente de leurs terres, pâturages, abreuvoirs, cabanes et bois, pour la somme de 300 sols melgoriens. Cette somme, qui, comme d'autres, fut dissimulée sous le nom d'aumône, leur fut payée, à la côte de Parriac, en face de Bonne.
Au mois d'avril de cette même année, quand Armand de Penne abandonna la dîme de Cogusac et celle des Albis, le vicomte Isarn dut consentir à cette donation, à cause des droits qu'il avait sur ces redevances.
Au mois de mai, le même vicomte ratifia toutes les acquisitions faites par les Templiers, dans ses terres, pâturages, fontaines, cabanes, usage des bois par les bergers, et il reçut de ce chef une somme de 200 sols melgoriens, à titre de charité, que, dans la rue de Penne, lui donna Fortz Sans, maître de la commanderie de Vaour.
Au mois de décembre 1184, le vicomte Sicard, pressé vraisemblablement par le besoin, céda aux Templiers ses droits sur Castres et sur les biens acquis des chanoines ; il céda aussi ses droits sur ses bois, fontaines et pâturages, même sur les bêtes sauvages du masage de l'Olmet, et il reçut sans honte 200 sols melgoriens.
C'est le besoin d'argent qui obligea Isarn IV à aliéner, le 22 février 1197 (1198) le grand pré, dit vicomtal, qui longe la Bonnette ; il reçut de ce chef 2000 sols cahorsins que lui payèrent les consuls mentionnés ici pour la première fois. Furent témoins : S. de Paris, Guillaume de Granoillet, fils de R..., R. de Cregoalla (Cargoale), et autres encore. La preuve de la détresse du vendeur se prouve par le fait de dégager un prêt de 200 sols assis sur ce pré, et dont il était redevable aux banquiers ou usuriers : et outra aquetz II M sols, feiro lo assolve de CC sol que ell devia allz peingnaters acui ell n'avia
empeignat aquest prat.
La famille comprenait les membres suivants : Isarn IV, Frotard, son frère, mort peu après, Isarn V, fils de Frotard et de Bertrande de Caussade, Armant, vicomte, et Pierre, son frère, créancier de l'évêque d'Albi pour la monnaie, et Adhémar Jordas (Aymar Jourdain), leur cousin, qui était fils du troubadour.
Il est vrai que, le 4 octobre 1185, le vicomte Isarn céda à Raymond, Raymonde et à Raymond Isambard les biens qu'il avait à Négousas, et cela par bienveillance ou amitié (3).
— Témoins : Bertrand de Granolhet, Jean de Fontanes.
3. Inventaire Philippy. — Les actes de vente des possessions vicomtales se trouvent dans Cabié, Le Cartulaire des Templiers de Vaour.
Frotard, devenu chef de famille, avait épousé Bertrande de Caussade. Celle-ci vendit à Ratier, fils de Ratier, vicomte, le 6 des nones de juillet 1198, dans la galerie du château de Caussade, les droits que, du chef de sa femme, ce dernier avait à Caussade et sur le territoire de la paroisse de Saint-Cirq. A cet acte, et pour en souligner l'importance, furent présents : Amiel de Penne, Olivier, son frère, Rocafors, Mafre de Penne, G. del Cause, Peyre Armand, plus vingt-cinq autres personnages, et R. Marcandairus qui écrivit l'acte, et R. Begon, qui le dicta (4).
4. Archives de Saint-Antonin, DD16. Teulet. Layettes, I, 196. — Publié par Clovis Brunel. Chartes en provençal page 312.
Au mois de juin 1166, indiction 14, Alexandre III étant pape, et Louis VII, roi, le vicomte Flotard fut présent à la donation que fit Pierre Verrouls, à Géraud, abbé de Beaulieu, de trois domaines ou masages de Saint-Journet, Guillaumens, Charrens, situés en la paroisse Notre-Dame de Servanac, où il avait le quart des oublies, esplèches, services, vicairie, mondanie, donnant au mois de septembre une rente de cinq setiers froment et cinq setiers mixture. Il est vrai que par un dernier testament le dit- Pierre Verrouls donna tous les droits susmentionnés aux charités de Saint-Antonin.
Je n'ai pas tout copié de cette étude, c'est juste pour les Templiers de Vaour et les quelques noms de lieux cités. Vous pouvez lire la suite à la BNF
Sources : Le Chanoine Firmin Galabert. Bulletin archéologique, historique et artistique de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, page 27 et suivantes. Tome LXII, année 1934. Montauban 1935 - BNFAnécdote N° (25)
14/06/2022
Itinéraire, 77
Département: Seine-et-Marne, Arrondissement: Fontainebleau, Canton: Château-Landon - 77
De Sully-sur-Loire à l'orée de la forêt de Bière
Jusqu'à Bellegarde (20 km au plein nord de Sully) aucun problème : c'est à partir de là, on l'a vu, que les avis divergent, la thèse du trajet direct par Melun infléchissant l'itinéraire plus à l'ouest. S'il faut abandonner cette thèse, ainsi qu'on le pense généralement, et chercher un peu plus à l'est, d'autres suppositions sont offertes.
Trois auteurs (1) proposent les étapes suivantes : Château-Landon atteint par une ancienne voie celtique (2), La Chapelle-la-Reine par « le grand chemin de Bourgogne », Ury, Fontainebleau, Avon. L'un de ces auteurs, Eugène Plouchart, est plus précis que les deux autres (3).
A partir de Bellegarde, il fait passer l'itinéraire par Ladon, Le Temple, d'où, avant le XIVe siècle, les Templiers assuraient la sécurité des routes proches de pèlerinage, et Grand-Gasson, un peu en aval de Château-Landon. Entre Landon et Le Temple et Grand-Gasson se trouvait un ancien chemin presque en ligne droite (4) que les premiers Capétiens avaient longtemps entretenu pour faciliter leurs déplacements vers Lorris-en-Gâtinais, important centre rural plus au sud : le Gâtinais ayant été réuni au domaine royal en 1068.
A Grand Gasson la petite troupe rejoignait « le grand Chemin » Paris-Lyon. Mais elle devait se porter vers le nord-ouest pour éviter Nemours, tenue par les Anglais.
1. Abbé Casimir ROUETTE, Itinéraire de Jeanne la Pucelle, Vulaines-sur-Seine, 1894, 2 vol.
– Eugène PLOUCHART, Jehanne à Fontainebleau, ivi, 1929.
– Marie-Paule RENAUD, op. cit., page 70.
– L'abbé ROUETTE intercale deux étapes, à Gien et à Montargis, entre Sully et La Chapelle-la-Reine. Mais on peut écarter ce détour qui rallonge l'itinéraire, inutilement semble-t-il. Après Fontainebleau, l'abbé fait passer la Seine par Jeanne d'Arc au pont de Samois : puis, de là, place l'arrivée à Melun ; ce qui, nous l'avons vu, n'est pas vraisemblable.
2. Les Anglais s'étaient retirés de Château-Landon en 1427. Georges PEYRONNET, L'action des combattants de l'ombre de la guerre de Cent Ans à l'heure du plus grand péril (1420-1429), Bulletin de l'Association des Amis du Centre Jeanne d'Arc, Orléans, n° 24, 2000, page 21.
3. PLOUCHART, op. cit., pages 15-6 et 20.
4. Cf. la carte en couleurs de l'Institut Géographique National au 1/100 000, série verte, n° 21, Paris-Montargis.
Sources : Connaissance de Jeanne d'Arc (Chinon, Indre-et-Loire). Chinon 2006. - BNFAnécdote N° (26)
16/06/2022
Moules à enseigne de pèlerinage et médailles (XIVe siècle)
Département: Vienne, Arrondissement: Montmorillon, Canton: Civray - 86
Le R. P. de la Croix donne lecture d'une note archéologique relative à des moules à enseignes et à médailles de pèlerinages trouvés il y a quelques mois à Civray dans des terrains portant au cadastre le nom de Temple. C'est sur ces terrains que s'élevait autrefois un établissement de Templiers qui fut remplacé par une commanderie de Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Sur ces moules en parfait état de conservation sont représentés:
1° — Un Saint Jean-Baptiste et un Agnus Dei, l'un ayant servi d'enseigne et l'autre de médaille ; 2° un autre saint jusqu'ici indéterminé, mais destiné à une enseigne, et une croix pattée utilisée sans doute comme médaille. Ces moules, d'un grand intérêt, seraient, d'après le R. P., du XIVe siècle et auraient appartenu a cette commanderie.
Une circonstance fortuite m'a mis, il y a quelques mois, en possession de deux moules à Enseignes et à Médailles de pèlerinages, trouvés à Civray (Vienne), dans l'emplacement d'une commanderie, qui s'appelle aujourd'hui le Temple, et qu'occupaient, au XIIe siècle, des Templiers ; au XIVe siècle, des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1).
1. — Il y avait à Civray une maison de Templiers, domus Templi apud sivoicum, 1184 (Fontenceau, tome XVIII, page 555), qui devint une commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem... (Dictionnaire topographique de la Vienne, Redet)
L'intérêt que présentent ces objets m'engage à en donner la description et à ajouter quelques observations.
Ces deux moules, en pierre calcaire lithographique, contiennent chacun deux sujets assez grossièrement gravés en creux. Leurs contreparties, destinées à donner une épaisseur convenable aux objets fondus, n'ont pas été retrouvées ; mais, à l'examen des moules, il semblerait qu'elles auraient été planes ou ne possédaient qu'un simple évidement d'une minime profondeur, et que cet évidement aurait uniquement suivi, non les détails des sujets, mais leurs contours.
Moule n° 1 Image
Après avoir décrit les deux moules et les sujets qui y sont gravés, examinons ce que peuvent représenter les sujets qui s'y voient.
2° — A quelle époque on pourrait les classer.
3° — Enfin, où ils ont dû être confectionnés.
Le moule n° 1 contient deux sujets représentant des personnages, et à la forme d'un parallélogramme irrégulier déformé sur trois de ses côtés ; sa hauteur est de 87 millimètres ; sa largeur, de 77 millimètres, et son épaisseur, de 88 millimètres. Le principal sujet représente un personnage debout, nimbé, vêtu d'une tunique, le bras droit plié au coude vers la gauche et paraissant montrer l'animal qui est sur l'autre bras ; le bras gauche écarté du corps, et le bas des jambes apparent. On voit aussi à côté du bras droit un petit motif fort mat gravé qui pourrait peut-être figurer tige avec des fleurs. Malgré l'incorrection du dessin et de la gravure, l'animal figuré sur les bras et l'épaule gauche du saint semblerait être un agneau.
— Ce personnage occupe le centre d'une ornementation circulaire à doubles traits qui forme encadrement. La partie laissée libre entre les deux traits est remplié par des jambages graves de droite sur gauche, et le trait extérieur est meublé de petites perles. Quatre annelets y sont également annexés et paraissent avoir été destinés à fixer l'objet sur de l'étoffe ou sur du bois. Quant à la grande cannelure qui vient aboutir au bas de cette sorte de cordelière décorative formant cadre, elle n'est autre chose que la coulée par laquelle le métal en fusion entrait dans le moule. Pour ce qui est des quatre traits un peu longs et épais qui rompent le rang de perles circulaires, ils ne sont, ce semble, que les évents destinés à recevoir les bulles d'air que produisait nécessairement le métal en fusion au moment de son introduction dans le moule....
Moule n° 2 Image
Le moule n° 2, beaucoup plus petit que le précédent, possède également deux sujets, mais a subi de regrettables mutilations. Il n'a plus que 55 millimètres de hauteur, 41 millimètres de largeur et 15 millimètres d'épaisseur. Le principal sujet, qui est entier, représente un Agneau ou Agnus Dei marchant de droite à gauche la tête retournée, coupé par une croix latine à longue tige, dont les trois bras supérieurs semblent pattés. Sur ses flancs existent des traits assez mal gravés qui paraissent représenter deux petites croix.
Le tout se trouve enchâssé dans un anneau composé d'un simple cercle garni de perles à l'extérieur. Au haut du cercle se voit un annelet, et au bas une coulée.
Le second sujet représente une croix ancrée à quatre branches égales (il n'en reste que deux), entourée d'un cercle composé d'un seul trait ; de petites ciselures reliaient deux par deux et en courbes opposées à celle du cercle formant cadre, les extrémités des bras de la croix.
Ces deux sujets étant de petites dimensions paraissent n'avoir été que des médailles ou souvenirs pieux, mais non des enseignes de pèlerinages. Si, comme cela parait probable, la partie brisée du moule avait comporté la ciselure d'un annelet semblable à celui qui surmonte l'Agnus-Dei, ces deux médailles auraient pu être suspendues.
Après avoir décrit les deux moules et les sujets qui y sont gravés, examinons:
1° — Ce que peuvent représenter les sujets qui s'y voient.
2° — A quelle époque on pourrait les classer.
3° — Enfin, où ils ont dû être confectionnés.
1°. — Il semblerait que le personnage debout, nimbé, sur le bras et l'épaule gauche duquel se voit une sorte d'agneau ou de mouton, serait saint Jean-Baptiste. Ce qui porterait à le croire, c'est que d'une part le personnage paraissant nimbé représente par-là même un saint, et possède l'agneau ou le mouton, l'un des attributs de saint Jean-Baptiste ; d'autre part, le moule a été trouvé dans une Commanderie occupée d'abord par des Templiers, puis par les Hospitaliers de
Saint-Jean de Jérusalem, dont saint Jean Baptiste était le patron.
— Nous ne pouvons également méconnaître que cet autre sujet, représentant un Agnus Dei, puisse rentrer, par l'agneau lui-même, parmi les attributs représentés sur les objets ayant trait au culte de saint Jean-Baptiste. Il serait de même possible, croyons-nous, de voir un saint Eloi dans le personnage debout, mitré, revêtu de l'aube et de la chasuble, bénissant de la main droite et tenant de la gauche un marteau. Ce saint était évêque, et c'est dans l'attitude d'évêque debout et tenant à la main un marteau, qu'il est le plus souvent représenté (1).
Quant à la petite croix pattée, elle rentre dans les souvenirs communs à tous les pèlerinages.
1. Père Cahier. Caractéristique des Saints.
2° — Pour ce qui est de l'époque à laquelle ces moules auraient été confectionnés, nous croyons qu'il serait difficile de la placer ailleurs que dans le XIVe siècle. En effet, ces moules ont été trouvés dans une Commanderie qui n'a été habitée par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qu'au XIVe siècle ; de plus, ils représentent des personnages dont les emblèmes sont ceux de saint Jean-Baptiste, patron de ces mêmes Hospitaliers enfin, la chasuble dont est revêtu un des personnages a la forme usitée à cette époque.
3° — Quant à l'usage de ces moules, il parait très probable que celui (n° 1) qui contient, comme nous le pensons, un saint Jean-Baptiste et un saint Eloi, aurait servi à des enseignes de pèlerinages, si l'on en juge du moins par les annelets qui les entourent. Il semblerait au contraire que celui (n° 2) sur lequel sont gravés un Agnus Dei et une croix ancrée était destiné à fondre des médailles de pèlerinages, que l'on pouvait suspendre ou attacher à un morceau d'étoffe ou de bois.
R. P. De la Croix, S. J. Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, page 301. Tome V. Poitiers 1892. - BNFAnécdote N° (27)
08-10-2022
Le Château de Gagny
Département: Seine-Saint-Denis, Arrondissement et Canton: Le Raincy - 93
Le musée de souvenirs que constitue notre région, vient de senrichir de la découverte dun plan du XVIIIe siècle, tiré des Archives Nationales, représentant le château féodal de Gagny, lune de nos plus anciennes forteresses locales, construite selon toute apparence an début du XIIIe siècle.
Cet édifice, qui ne doit pas être confondu avec le château sur lemplacement duquel sélève aujourdhui la Mairie de Gagny, émergeait du vaste étang du parc des Sources, aménagé en vue de sa construction. Ses ruines disparurent vers 1765.
Il avait été donné en 1272 aux religieux du Temple, de Clichy-sous-Bois (Clichy-en-lAulnois), avec ses dépendances, fiefs et arrière fiefs, par Guérin de Gagny, chevalier, qui lui-même sétait engagé dans lordre des Templiers (1), alors en grande vénération.
1. A. Hustin. Histoire de Gagny.
Ses héritiers avaient solennellement confirmé cette importante donation et accepté de ne conserver de ce domaine que leur part en usufruit, leur vie durant. Son fils, Pierre de Gagny, avait obtenu la promesse dêtre inhumé dans leur église (2).
2. A. Hustin. Histoire de Gagny.
Dans le cours du XIVe siècle, le château fut dévolu, ainsi que la Commanderie de Clichy, sous la dépendance de laquelle il resta jusquà la Révolution, aux religieux de lordre de Malte, et dans la suite, aliéné à la charge dune rente perpétuelle à percevoir sur tous les héritages qui composaient le fief, au profit de cet ordre nobiliaire. En conséquence de cette réserve subsista un vestige de copropriété doù il résulta que le prince de Conti, puis M. de Crussol, grands prieurs de lordre de Malte, se trouvèrent dans la nécessité de faire dresser en 1730 et 1785, des plans détaillés de lancien fief de Guérin de Gagny qui constituent pour lhistoire de cette commune des documents de premier ordre.
Le château fut cédé en 1706, pour le prix de 84.650 livres, par M. de Billy, fils de Madeleine de Férary qui le tenait de son père, Dominique de Férary. La vente en fut consentie à la condition que lacquéreur, messire Joseph Blondel, chevalier du Saint-Sépulcre de Jérusalem, accepterait le marché que M. de Billy venait de conclure avec un entrepreneur de Paris pour faire réparer les bâtiments du château, moyennant un prix convenu de 14.650 livres. Il y a lieu de croire que cette condition ne fut pas remplie, et que la forteresse sachemina, faute dentretien, vers une rapide destruction.
En 1725, le château de Gagny passe aux mains de M. de La Bouexière, financier connu pour ses prodigalités et le faste avec lequel il avait meublé et décoré sa maison du faubourg Montmartre à Paris, dont les glaces et les trumeaux lui avaient coûté cente mille livres, et lornementation des cheminées vingt-cinq mille (3).
3. Capefigue. Histoire des Fermiers Généraux.
Soit que les bâtiments du château de Gagny fussent devenus inhabitables, soit que le séjour de ses tours massives lui parût triste ou incommode, M. de La Bouexière abandonna cette demeure et prit possession du prieuré de Maison Rouge, plus logeable et mieux situé, quil obtint par bail emphytéotique de cinquante ans, à des conditions qui seront relatées ailleurs, et parmi lesquelles la suppression du prieuré comme établissement religieux lui fut accordée.
Lancienne forteresse de Guérin de Gagny, depuis longtemps sans raison dêtre sous son aspect anachronique, fut définitivement délaissée. Lorsque M. Emmanuel Hocquart, petit fils par sa mère de M. de La Bouexière fit transformer en 1765 le château de Montfermeil, son entrepreneur, Lécluse, accepta en même temps denlever ce qui restait des matériaux du château de Gagny.
Létang qui lentourait, créé et alimenté par les eaux de la fontaine Saint-Fiacre, que la pente naturelle du sol conduisait en cet endroit, avait été asséché.
Depuis longtemps dailleurs, on avait comblé la partie étroite de la pièce deau qui séparait lîle de la terre ferme, du côté de la rue de Montfermeil, afin de permettre aux voitures laccès du château, et de créer une cour spacieuse, de laquelle la carte Delagrive, ainsi que lancien plan cadastral de Gagny, indiquent les dimensions et le contour extérieur, en partie conservés par la parcelle n° 1427 de la section A du village, qui forme maintenant plusieurs propriétés (4).
4. La création de cette cour offrit linconvénient de modifier le parcours de la rue de Montfermeil et dobliger les habitants à un détour incommode. La cour bordait au sud la rue Gossec. Des diverses propriétés construites aujourdhui sur cet emplacement, la plus importante est celle de M. Gaiffe, 41, rue de Montfermeil.
Suivant le plan des Archives Nationales auquel nous nous référons principalement, la citadelle affectait la forme dun trapèze dont chacun des angles comportait une grosse tour. Elle est représentée, placée entre deux gerbes de jets deau dun goût discutable, situées lune au Nord, lautre au Sud du château.
Une rue dite de lEtang marque aujourdhui lendroit le plus profond de lancienne pièce deau qui se développait le long et au bord même de la rue de Montfermeil. Mais rien ne distingue plus lemplacement du château des terrains avoisinants. Toutefois, étant donné sa position dans laxe de la cour qui le précédait, on est fondé à le placer sur les deux parcelles du même plan cadastral n° 1511 et 1513.
Il semble quaucun des historiographes de notre région nait eu connaissance du plan des Archives Nationales (5) dressé lorsque le prince de Conti voulut se rendre compte de létat des Commanderies du Grand Prieuré de France confiées à son administration (6).
5. Archives Nationales — Seine-et-Oise, tome III, page 251.
6. Ce plan reproduit également lancienne église de Gagny. Le dessin, recueilli par nos soins, est déposé aux Archives de la Société Historique du Raincy, à la disposition de MM. les Sociétaires.
On observe que la forteresse de Gagny, spécimen remarquable de larchitecture militaire du moyen âge, avait subi peu de modifications depuis le XIIIe siècle. Des ouvertures pratiquées dans les bâtiments dhabitation et les tours, pour laisser pénétrer lair et la lumière, en avaient quelque peu modernisé laspect qui, en perdant de sa sévérité primitive, était devenu plus accueillant. On ne peut sempêcher de regretter quelle ne soit parvenue intacte jusquà nous, car elle présentait, en même temps que limage la plus pittoresque, le modèle achevé des châteaux construits antérieurement à la découverte de lartillerie, mais où cependant les armes à jet et les engins de siège de cette époque avaient atteint la perfection et la variété les plus complètes.
Contentons-nous den avoir rappelé lexistence, déterminé lemplacement, reproduit laspect (7), et formons le vœu que quelque chercheur consciencieux nous offre prochainement lhistoire complète du château de Gagny, ainsi que de la construction plus moderne édifiée sur le même emplacement après la disparition de la forteresse, et que la carte Delagrive indique avec la plus parfaite netteté.
7. Voir lEcho du Raincy du 3 janvier 1931.
Presque tous ces châteaux, nombreux au moyen âge, ont disparu sans quaucun dessin ni aucun plan en aient été conservés (8).
8. Cest ainsi que la forteresse qui constituait le chef-lieu du fief du Beauzay, à Montfermeil, na laissé dautre souvenir que le tracé du pourtour extérieur de ses fossés de protection, indiqué sur le plan cadastral de la commune de Montfermeil, section C du bois Thysbé.
Suivant lavis éclairé de M. le Commandant Bailly-Maître, de qui les études d'architecture militaire du moyen-âge, font autorité, la forteresse du Beauzay, daprès sa forme et ses dimensions, aurait été construite sous Philippe-Auguste. Le fief du Beauzay, bien que situé sur le territoire de Montfermeil, échappait à lInfluence des seigieurs de cette localité. Ses propriétaires avaient pour suzerains les seigneurs de Pomponne.
Le château de Gagny était protégé par de fortes murailles émergeant de létang. Une seconde ligne de défense se dressait en arrière de la première, comportant à chacun de ses angles une tour menaçante, faisant saillie extérieure. Enfin, à lintérieur, près de la paroi de lenceinte, le donjon, suprême refuge de la garnison, dressait sa silhouette redoutable et commandait les alentours.
On ignore si, à lorigine, la citadelle était reliée à la terre ferme par un pont, quelles en étaient les défenses, et si une issue masquée permettait à la garnison, serrée de trop près à lintérieur du donjon, de séchapper en gagnant la campagne.
Les habitants de Gagny vécurent durant les longues années dinsécurité du moyen âge sous la protection de cette citadelle à lintérieur de laquelle ils accoururent sans doute bien des fois, à lappel du tocsin, quittant la charrue pour prendre les armes et participer à la défense commune. Respectons et conservons ces souvenirs qui mettent en lumière lénergie et lesprit de solidarité dont nos pères ont longtemps continué la tradition.
Sources : Noël, Lucien. Montfermeil et sa région : fragments historiques - BNFAnécdote N° (28)
29-10-2022
Histoire de Chartres
Département: Eure-et-Loir, Arrondissement et Canton: Chartres - 28
Lordre du Temple, à peine au berceau, fondait, entre Beauvoir et le bourg Muret, une maison dHiérosolymitains (vers 1115) ; et les religieux de Marmoutier recevaient en pur don labbaye de Saint-Martin-au-Val (1128).
Après le désastre de Vitry, Louis-le-Jeune avait formé le vœu de prendre la croix ; labbé de Clairvaux encouragea cette résolution et la croisade fut proclamée dans lassemblée tenue à Vézelay le jour de la Nativité 1145. Parmi les princes qui senrôlèrent sous la bannière du Christ, on remarqua Henri, fils aîné du comte Thibault.
Saint Bernard étant venu, sur la demande de lévêque Geoffroy, prêcher la guerre sainte à Chartres, en 1146, ses discours enflammèrent dune telle admiration les seigneurs de la Beauce, quils voulurent lui décerner le commandement de lexpédition. Mais lexemple de Pierre lHermite, si malheureux dans la conduite de la première armée de la Croix, détermina Bernard à décliner cette mission. Avec le jeune comte Henri et son épouse, partirent Geoffroy, vicomte de Châteaudun, Guillaume dAiguillon, les trois frères du Mesnil-Simon, Robert, frère de Geoffroy dOrrouer, Philippe de Tréon, Eudes Brunei, Renaud et Hugues dOuarville (1147) (1)
1. Renaud dOuarville rapporta de Constantinople, pour léglise Saint-Martin dOuarville, des reliques quil mit sous la garde des chanoines de Saint-Jean-en-Vallée, possesseurs de cette église, à la condition de les exposer, chaque année, le jour de saint Philippe, à la piété des fidèles. (Archives départementales, Cartulaire de Saint-Jean, inventaire n° 242. Charte passée en présence de Garin, abbé de Saint-Jean, de Foucher, abbé de Sainte-Marie de Châteaudun, de Thibault, abbé de Saint-Cheron, dEudes de Montigny, de Gervais et de Galatin, chevaliers du Temple.
Les trois frères du Mesnil-Simon eurent les mains écorchées par les infidèles, doù ils prirent pour armes dargent à six mains de gueules. (Souchet-Etienne, page 498.)
Des fondations religieuses importantes, dues, sans doute, à la piété de Jean et au zèle ardent de lévêque Gauthier, augmentèrent vers la même époque la milice monacale de Chartres. Les frères Prêcheurs ou Jacobins, enfants de saint Dominique, et les frères Mineurs ou Cordeliers, enfants de saint François, furent introduits dans la ville en 1231. Les premiers se logèrent près de la maison des frères Templiers, entre les bourgs Muret et de Beauvoir, dans un lieu que leur assigna le doyen Hugues de la Ferté ; les seconds sétablirent dans le faubourg, hors la porte des Épars.
Ce moment de paix entre les Seigneurs temporels et spirituels de Chartres fut mis à profit par linstitut des frères Prêcheurs ou Jacobins, fondé récemment, comme on la dit plus haut, près de lhôpital des chevaliers du Temple de Jérusalem. Ces religieux, protégés par le Roi et par le Comte, avaient une réputation de science qui attirait la foule dans leur église et leur faisait de nombreux amis.
En 1258, quelques bourgeois généreux leur donnèrent ou vendirent à prix modéré les maisons, les hébergements et autres héritages qui les avoisinaient ; de sorte que leurs possessions sétendirent promptement depuis lancienne forteresse ou Bretèche, située à la tête du bourg Muret, jusquau four de lEvêque, et de là, jusquà la maison des Templiers.
On ne voit pas que le lugubre drame des Templiers, qui se joua de 1307 à 1311, ait fait beaucoup de bruit à Chartres.
On sait seulement que le Chapitre figura par députés au concile provincial de Paris, convoqué par larchevêque de Sens au mois de mai 1310, qui condamna lOrdre dans la province ecclésiastique, et que le comte Charles assista, vers la fin de 1311, avec son fidèle conseiller le sire de Valéry, lévêque Jean de Gallande et les chanoines Jean de Brosse et Jean de Jessia, au concile général de Vienne, où le pourvoi en cassation des condamnés fut rejeté. Les biens que les Templiers possédaient à Chartres et dans le comté passèrent aux chevaliers de lhôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, en vertu des conditions réglées par le Roi et le Pape (1).
La mort de Philippe-le-Bel (29 novembre 1314), en appelant au trône le jeune Louis X, dit Hutin, donna le pouvoir effectif au comte Charles. Il en profita pour punir les anciens ministres de son frère, quil détestait; le plus important dentre eux, Enguerrand de Marigny, fut pendu au gibet de Montfaucon la veille de lAscension 1315.
1. On na que des renseignements incomplets sur létablissement des Templiers à Chartres. La tradition fait connaître que leur maison principale était située à lendroit où est aujourdhui la Cour dassises. Un chirographe (*) de 1183 apprend que cette maison touchait au four des frères de lAumône-Notre-Dame et à un terrain possédé jadis par Juquel de Corileto.
(Archives départementales, Chapitre, Maisons canon, K, n° 24, caisse 61.)
* A. - Document portant une signature autographe ; en partie promesse écrite, reconnaissance de dette, contrat.
* B. - Document rédigé en deux parties semblables sur une même pièce de parchemin, découpée après rédaction suivant une ligne brisée qui traverse une inscription (le rapprochement des deux moitiés valant preuve dauthenticité.
Il résulte de deux actes capitulaires de 1320 et 1323, que les chevaliers de lHôpital avaient succédé aux Templiers dans la possession dune autre maison située dans la rue du Grand-Beauvoir, et qui était tenue à vie par M Radulf de Chivry, chanoine, puis doyen du Chapitre.
(Registre capitulaire; Mss. Bibliothèque).
Les Templiers avaient à Sours un vaste domaine à eux aumôné par la comtesse Adèle en 1192.
Lordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui prit plus tard le nom de Malte, fut introduit à Chartres longtemps avant la destruction de lordre du Temple. On voit par un titre de Saint-Père (1129-1150) que le sellier Gauthier divisa, en mourant, sa maison sise en la Sellerie (rue des Trois-Maillets) entre les couvents de Saint-Père et de Josaphat et lhôpital des Hiérosolymitains.
(Cartulaire Saint-Père, volume 2, page 336.)
Un acte de 1258 indique que les maisons des Hospitaliers de Chartres étaient situées à peu de distance de celles des frères Prêcheurs ou Jacobins, dans la censive de lEvêque.
(Archives départementales, Jacobins.)
Enfin dans un chirographe de 1200 environ frère Barthélémy est qualifié procureur des Hospitaliers du bailliage de Chartres, procurator hospit. Carnoten. bajulie.
(Archives départementales, Saint-Jean.)
En 1312, frère Jean Massut était commandeur de lordre de lHôpital à Ouarville ; en 1316, cette commanderie appartenait à frère Jean du Pont ; en 1357, frère Gilbert du Sceau prenait le titre de Commandeur en chartrain ; frère Thomas de Valleran était commandeur dOuarville en 1362.
(Archives départementales, Saint-Jean.)
Ouarville paraît avoir été au XIVe siècle le siège principal des possessions chartraines de lordre de lHôpital, Lévêque Jean de Gallande trépassa à Berchères le jeudi après la Saint-Rémy 1315 (1).
1. Jean de Gallande possédait un hôtel sur le quai des Célestins, à Paris. (Sauval, Antiquités de Paris, volume 2, page 264)
Il fut inhumé dans léglise des frères mineurs et remplacé, avec la permission du Roi donnée à Royaumont, par Robert de Joigny, chanoine de Notre-Dame depuis longues années. Ce prélat, neveu de Mahaud de Châtillon, troisième épouse du comte Charles, débuta par enjoindre au Chapitre de lancer des excommunications contre les rebelles flamands, selon lordonnance dun concile provincial tenu à Sens vers la fin de 1315, et auquel le doyen et le chanoine Giles de Fortensia avaient été députés. Une dîme pour la guerre projetée par le Roi frappa les biens ecclésiastiques en 1317 et fut continuée jusquen 1319, alors même que le royaume, échu à Philippe-le-Long, nétait plus agité par la question flamande (2).
2. Registre capitulaire Séance du jour de la lune après la Purification 1319. Mss. Bibliothèque.
Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem
Nous avons donné, dans le chapitre VIII de cette histoire, les seuls renseignements qui nous soient parvenus sur les Templiers de Chartres.
Les Hospitaliers ou Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, connus plus tard sous le nom de Chevaliers de Rhodes, puis de Malte, réunirent, en 1312, aux biens de leur ordre, à Chartres, les maisons que possédaient les Templiers. Néanmoins cette agglomération de propriétés ne forma en aucun temps une commanderie, et le chapitre de Notre-Dame sopposa toujours à ce que les Hospitaliers fissent bâtir dans leur hôtel une chapelle ou même un simple oratoire (3).
3. Archives départementales Registre des Privilèges du Chapitre, Cap de Capellis et oratoriis, folio 5, recto.
En 1496, le procureur des Chevaliers, chargé de la régie des revenus de Chartres, et demeurant dans la maison de lOrdre voisine de celle des Jacobins, fut obligé, malgré la prépondérance militaire et religieuse de ses maîtres en France, de composer avec les gagers de Saint-André, moyennant quelques sommes de deniers, pour éviter dêtre mis à la taille comme un simple paroissien (1).
1. Archives départementales. Livre de bois de Saint-André.
Cette position subalterne dans les rangs de la milice monacale chartraine décida probablement lOrdre à se défaire de ses domaines urbains. Vers 1656, il céda aux Carmélites lantique maison des Templiers et disparut définitivement de la liste des gens de mainmorte de Chartres.
Les Frères Prêcheurs, dits Jacobins, ordre de Saint-Dominique.
Comme nous lavons dit plus haut, les frères Prêcheurs ou Jacobins nentrèrent à Chartres quen 1231, mais lédification des bâtiments réguliers commença vers 1221 et fut poursuivie jusquà parfait achèvement, quoique avec lenteur grâce aux libéralités du doyen Hugues de la Ferté, de lévêque Gauthier et des religieux de Saint-Jean-en-Vallée. La première messe conventuelle fut célébrée, le dimanche de loctave de la Fête-Dieu 1231, dans une vieille chapelle concédée aux nouveaux venus par les Templiers, leurs voisins.
Sources : Lépinois, Eugène de. Histoire de Chartres. Tome 1. Chartres 1854 - BNFAnécdote N° (29)
11-11-2022
Commanderie de Sainte-Vaubourg
Département: Seine-Maritime, Arrondissement et Canton: Rouen - 76
Lhistoire du Val-de-la-Haye est fort intéressante. Le village avait déjà une certaine importance dès le VIIIe siècle, et les rois dAngleterre, ducs de Normandie, y venaient volontiers en villégiature au XIIe siècle.
Selon M. labbé Tougard, le nom de Haye, qui signifiait, au Moyen-Age, enclos pour la chasse, fut donné à cette localité parce que Guillaume-le-Conquérant y avait bâti un manoir entouré dun parc. Cest ce manoir, agrandi par Henri Ier et désigné sous le nom de Sainte-Vaubourg, qui fut par lui donné aux Templiers en 1173.
La commanderie de Sainte-Vaubourg prospéra et était lune des plus florissantes de lordre du Temple quand souvrit, sous Philippe-le-Bel, le procès qui se termina par la spoliation des biens de cette puissante institution.
Le débarcadère du bateau de La Bouille est en aval dune très vieille maison du XVe siècle ; cest plus loin, à la station dite de Couronne, que lon rencontre la route qui monte à léglise du Val-de-la-Haye. Le presbytère est à droite, le château moderne, à gauche. En continuant de gravir la petite côte, on voit ce quil subsiste de lancienne commanderie de Sainte-Vaubourg.
Une partie de la ferme actuelle est une construction du XIIe siècle ; dans la cour, on remarque une belle et vaste grange, bâtie sous Saint-Louis, et où le clergé de la contrée enfermait les produits de la dîme. Lintérieur en est partagé en trois nefs par des piliers de bois.
Tout au sommet du coteau, on a, à droite et gauche, une magnifique route, ombragée de grands arbres et sur laquelle descend une pelouse gazonnée.
Grange dîmeresse, au Val-de-la-Haye

Grange dîmeresse, au Val-de-la-Haye
Dans le bois de la Commanderie, qui confine à la forêt de Roumare, on trouve des bornes de pierre où lon distingue encore les armoiries des commandeurs.
Si lon redescend vers la Seine, dans la direction du courant, on arrive auprès dune autre station du bateau de La Bouille, celle de Couronne, dont il vient dêtre parlé, près de la colonne commémorative érigée par souscription le 15 août 1844. Elle marque lendroit où, le 9 décembre 1840, les cendres de Napoléon Ier, ramenées de Sainte-Hélène par le prince de Joinville, touchèrent pour la première fois le sol français. Cest un monument dordre dorique, surmonté dune aigle de bronze aux ailes à demi-repliées.
Le Val-de-la-Haye a conservé une légende sur Sainte-Vaubourg, fille dun chef normand nommé Richard.
Elle avait lhabitude de traverser la Seine pour se rendre en prière à léglise de Grand-Couronne, et toujours les flots sécartaient devant elle, la laissant passer à pied sec.
Un jour, elle se croisa sur la berge avec une bande de soldats qui entraînaient au gibet un malheureux condamné à mort. Le pauvre diable implora sa compassion ; elle sarrêta et demanda pourquoi on le voulait pendre.
— Cest, lui dirent les soldats, un misérable qui sappropriait le bien dautrui.
— Oh bien ! Répondit-elle, que justice soit faite. Et elle continua sa route.
Lhomme fut pendu ; mais le soir, quand la trop peu compatissante Vaubourg, revenant de Couronne, voulut franchir le fleuve comme elle en avait lhabitude, leau continua de couler, et le miracle ne se renouvela plus.
Il y a, sous cette fiction ingénieuse, une assez jolie leçon de charité.
Sources : Müller, Louis. Autour de Rouen, page 148 à 150. Rouen 1890 - BNFAnécdote N° (30)
21-11-2022
Templiers Esternay
Département : Marne, Arrondissement : épernay, Canton: Anglure - 51
La France se trouvait divisée entre la faction des Orléanistes et celle des Bourguignons (1418) ; les provinces, partagées dintérêt ou dinclination, étaient en proie aux pillages, aux incendies et aux massacres. Toutes les villes, les bourgs et les moindres villages, engagés dans lun ou lautre parti, sétaient couverts de remparts et ressemblaient à des places de guerre.
Alexandre Leboursier restaura son château et le mit en état de défense ; mais ses soins furent inutiles.
Les Anglais, sous la conduite de Salisbury, sétant avancé dans la Champagne, en 1425, sous le règne de Charles VII, vinrent assiéger Sézanne ; ils lui livrèrent bien des assauts, depuis Pâques jusquà la Saint-Jean. Il avait établi leur camp dans la forêt qui se trouve entre Sézanne et Esternay, qui en retint le nom de bois de lArmée. Mais la ville de Sézanne voyant tomber, sur ses remparts, Marin, fameux capitaine qui la défendait avec un courage invincible, et Royer de Criquelot, capitaine de Normandie, fait prisonnier, fut forcée de se rendre. Après la prise de cette ville, les Anglais attaquèrent successivement toutes les forteresses de la Champagne et de la Brie ; ils se rendirent maîtres de Vertus, dEpernay ; rien ne pouvait leur résister. Mont-Aiguillon qui est à deux lieues et demie dEsternay, était vaillamment défendu par les seigneurs de Bourbe et de Coligny. Cette forteresse était la place la plus forte et la plus importante de la Champagne et de la Brie ; mais, après six mois de siège, elle fut contrainte de se rendre (1).
La France se trouvait divisée entre la faction des Orléanistes et celle des Bourguignons (1418) ; les provinces, partagées dintérêt ou dinclination, étaient en proie aux pillages, aux incendies et aux massacres. Toutes les villes, les bourgs et les moindres villages, engagés dans lun ou lautre parti, sétaient couverts de remparts et ressemblaient à des places de guerre.
Alexandre Leboursier restaura son château et le mit en état de défense ; mais ses soins furent inutiles. Les Anglais, sous la conduite de Salisbury, sétant avancé dans la Champagne, en 1425, sous le règne de Charles VII, vinrent assiéger Sézanne ; ils lui livrèrent bien des assauts, depuis Pâques jusquà la Saint-Jean. Il avaient établi leur camp dans la forêt qui se trouve entre Sézanne et Esternay, qui en retint le nom de bois de lArmée. Mais la ville de Sézanne voyant tomber, sur ses remparts, Marin, fameux capitaine qui la défendait avec un courage invincible, et Royer de Criquelot, capitaine de Normandie, fait prisonnier, fut forcée de se rendre. Après la prise de cette ville, les Anglais attaquèrent successivement toutes les forteresses de la Champagne et de la Brie ; ils se rendirent maîtres de Vertus, dEpernay ; rien ne pouvait leur résister. Mont-Aiguillon qui est à deux lieues et demie dEsternay, était vaillamment défendu par les seigneurs de Bourbe et de Coligny. Cette forteresse était la place la plus forte et la plus importante de la Champagne et de la Brie ; mais, après six mois de siège, elle fut contrainte de se rendre (1).
Ce texte est de 1850. Il est inutile de rechercher cette forteresse de nos jours.
1. Mont-Aiguillon ou Mont-Aigu (Mons aculeus), fortesse située sur la crête dun monticule, au milieu dun bois, fut construit par les Templiers, comme le prouve linscription dune pierre qui gît dans les herbes, à droite en entrant. Quand les Anglais furent chassés de Troyes par Jeanne dArc, ils évacuèrent aussi Mont-Aiguillon, après y avoir mis le feu; mais il fut bientôt rétabli.
Au commencement du règne de Louis XIII, lorsque les grands cherchaient à rompre lunité de létat, en couvrant de nouveau le royaume de duchés, comtés, baronnies, il devint indispensable dabattre ces forteresses nombreuses. Celle-ci, comme la plus redoutable, fut une des premières à subir le sort que les autres devaient éprouver dans la suite. Le Gouvernement lacheta, en 1615, à M. de Villemonté, son possesseur, pour une somme de soixante mille écus, et la fit démanteler. On fut forcé demployer la mine ; mais elle était bâtie avec une telle solidité en pierres de grès que des murs entiers sautaient sans se déjoindre. On voit une tour, qui na pu être entamée, qui a été soulevée tout entière, et qui sest rassise par son propre poids : elle est restée fortement inclinée. Dans létat où le temps et la mine lont réduite, cette forteresse présente encore une masse imposante et pleine de grandeur.
Elle forme un carré parfait: chaque angle est défendu par une tour ronde ; mais, au milieu de la façade principale, il y a deux tours entre lesquelles se levait et se baissait un pont-levis. Ces tours étaient crénelées et communiquaient entre elles par un chemin qui régnait sur le sommet des murs, et qui subsiste encore en quelques parties. On remarque les traces des divers étages qui formaient les logements ; mais les séparations en ont disparu. On voit des débris descaliers dans lépaisseur des murs, et des fragments de cheminées gothiques qui sélèvent encore à plus de quarante pieds de hauteur. Il reste encore quelques parties de murs à ogives dune chapelle. On descend dans un souterrain fort large et dont la voûte est très hardie, doù lon passe dans un autre souterrain qui forme la croix : on ne peut savoir sil conduisait plus loin. Il y a dautres souterrains qui sétendent dans la plaine, et que la tradition populaire fait aller jusquà Provins; mais on ne peut y pénétrer fort loin, parce que les lumières séteignent et quil y a des éboulements de terre. Tous les murs en grès étaient de plus de trois mètres dépaisseur à la base; des pans dune immense dimension gisent dans les larges fossés. Le côté Est est moins conservé que le côté opposé. Pendant la révolution (1793), les habitants des pays circonvoisins ont enlevé une grande quantité de pierres. On admire, dans des restes de salles, des peintures sur joint, qui datent de six cents ans. On voit, au milieu de la cour, un puits fort profond, construit en grès et de deux mètres de largeur. Il parait quil y a un souterrain qui y communique. Ces ruines majestueuses appartiennent à Madame la marquise de Saint-Chamans, de Bouchy-le-Repos. Où sont les superbes guerriers qui ont défendu cette forteresse, quils croyaient imprenable ?
Du haut de ces tours gigantesques, ils défiaient leurs ennemis. Hélas ! Ils ne sont plus : on ignore même leurs noms. Leur oeuvre, toute magnifique quelle est encore, nest toujours quune ruine. Elle a beau braver la main destructive du temps, elle présente toujours limage de la caducité humaine.
Sources: Boitel, Alexandre-Clément. Recherches historiques, archéologiques et statistiques sur Esternay, son château et les communes du canton. Chalons 1850. BNF
Maison de Saint-Chamans
La maison de Saint-Chamans, originaire du Limousin, apparaît dès le 12e siècle. On croit que sa tige est un cadet de la maison dArmagnac. Elle a donné un grand maître à lordre du Temple, des Templiers, et un autre à lordre de Saint-Jean de
Jérusalem. Les seigneurs de Saint-Chamans étaient si puissants quils traitaient librement avec les rois de France et dAngleterre. Sous Charles VIII et Louis XII. Ils étaient premiers chambellans de France.
Sources: Boitel, Alexandre-Clément. Recherches historiques, archéologiques et statistiques sur Esternay, son château et les communes du canton. Chalons 1850. BNF
Maison dhospitaliers
Non loin de Champguyon (Marne) sélevait une maison dhospitaliers ou de lordre de Malte, dont : il ne reste aucun vestige. Elle relevait de la commanderie de Chevru, près Coulommiers ; tous les biens dont elle jouissait avaient été réunis à cette commanderie ; mais ils furent vendus en 1793 et 1794 avec dautres biens, ainsi que le presbytère.
Sources: Boitel, Alexandre-Clément. Recherches historiques, archéologiques et statistiques sur Esternay, son château et les communes du canton. Chalons 1850. - BNFAnécdote N° (31)
02-12-2022
Maison du Temple de Bourdeaux
Département : Drôme, Arrondissement : Nyons, Canton : Dieulefit - 26
Un évènement dune importance considérable fit oublier un instant ces querelles. Clément V avait convoqué les évêques de la chrétienté à un concile général qui devait souvrir à Vienne le 1er octobre 1311. Le terme fixé approchait, et le pape qui résidait dans ses terres du Comtat se mit en route pour aller présider la grande assemblée.
Le 18 septembre, il passait à Donzère et le lendemain il faisait son entrée à Montélimar. Il coucha dans cette ville ; le 20 septembre, voulant témoigner sa bienveillance à Giraud Adémar, seigneur du lieu, il conféra divers bénéfices a deux de ses enfants encore fort jeunes. De Montélimar Clément V gagna Livron, ou notre évêque le reçut dans son château : le pape accorda à Guillaume le pouvoir de visiter les églises et les monastères, exempts ou non, et dy percevoir un droit de procure modéré. A Etoile, Clément V, sarrêta deux jours chez Aymar de Poitiers.
On le trouve à Valence le 24 septembre (1). Il narriva à Vienne que le 1er octobre, le jour même où aurait dû souvrir le concile, ce qui fit retarder la première session jusquau 16 du même mois. Comme on le sait, trois points fixaient particulièrement lattention des pères de cette assemblée : la réforme de lEglise, les secours pour la Terre-Sainte et laffaire des Templiers. Sur le premier point, les débats amenèrent de violentes attaques contre les privilèges exorbitants accordés aux religieux de St-Dominique et de St-François. Nous avons vu plus haut combien, dans le diocèse de Die, les prétentions des religieux mendiants, leurs efforts pour se soustraire aux décisions du synode de 1289 avaient suscité de désordres.
Au concile de Vienne, on voulut donner quelques satisfactions aux évêques qui soutenaient que les exemptions étaient la ruine de la discipline ecclésiastique. On défendit aux religieux de donner lextrême-onction, leucharistie et la bénédiction nuptiale sans la permission du curé, denterrer personne dans leurs cimetières en temps dinterdit, et les excommuniés en tout temps (2).
Aussitôt après la clôture du concile, le pape reprit la route du Venaissin. Ici se place un incident qui faillit attirer sur les habitants de Valence les foudres de lEglise et qui créa à notre évêque de sérieux ennuis. Nous ne pensons pas nous éloigner trop de notre sujet en relatant brièvement cet épisode qui peint les mœurs de lépoque.
Le 13 mai 1312, quelques cardinaux, archevêques et officiers de la curie papale arrivaient à Valence, précédant de quelques jours Clément V. Ils demandèrent des logements pour la nuit. Cétait, paraît-il, une charge bien lourde pour une cité que dhéberger cette foule de grands seigneurs, ecclésiastiques et laïques, qui accompagnaient le pape dans ses voyages : les chroniques nous ont transmis plusieurs fois, à ce sujet, les plaintes des populations.
Les habitants refusent de prêter leurs demeures et il nest pas jusquaux hôteliers qui ferment leurs portes à ces hauts et puissants personnages qui se voient réduits de loger où ils peuvent. Le lendemain, jour de la Pentecôte, les nobles étrangers, par mode de distraction, parcourent la ville et les faubourgs ; quelques-uns dentre eux se prennent de querelle avec des bourgeois.
Le lundi, 15 mai, le pape fit son entrée dans la ville. Il était à peine installé chez lévêque quéclatèrent daffreux désordres. Un homme qui ne faisait point partie de la maison du pape, mais bien de son escorte, à la suite dune altercation violente avec un bourgeois venait de lui porter un coup mortel. Qui avait tort, qui avait raison ? Nos bourgeois ne cherchent point à sen rendre compte ; depuis deux jours la colère les suffoque : ils donnent un libre cours à leur fureur. Les trompettes retentissent, tous les citoyens prennent les armes, on tend les chaînes dans les rues et partout la lutte sengage. Plusieurs serviteurs du pape sont tués ; dautres faits prisonniers. Lévêque de Toulouse voit sa vie menacée : des gens furieux ont envahi sa demeure et essayent à coups de hache dabattre les colonnes et les pièces de bois qui soutiennent létage supérieur où il a trouvé un refuge. Sur un autre point, la foule ameutée cerne la maison où est lévêque de Lectoure et cherche à y mettre le feu. Heureusement, lévêque de Valence, accompagné des seigneurs de Roussillon et dAnjou, accourt en toute hâte au milieu de cette multitude en délire ; il calme un instant sa fureur et réussit à dégager les deux prélats. Clément V se hâta de quitter Valence. Il était à Livron le 16 mai (3).
Pendant ce temps, Henri VII déployait en Italie, pour rétablir les droits de lempire, une bravoure incontestable.
Il résolut de faire un effort suprême pour le triomphe de sa cause. Tous les feudataires du royaume dArles furent invités à venir le joindre en Italie, au mois de mai 1313, avec de bonnes troupes, cum decenti armatorum comictiva (4).
Lempereur ne se contenta pas de leur adresser des lettres particulières ; il leur envoya encore son médecin, Pierre de Bonne, pour leur faire entendre directement ses ordres ; les lettres qui lui confiaient cette mission étaient datées du camp impérial, près de Florence, le 28 janvier 1313. Pierre de Bonne tenta à deux reprises de pénétrer dans la province pour sacquitter de sa mission auprès des grands vassaux de lempire ; il en fut empêché à cause des guerres, quod nunquam potui propter guerras, et se vit dans la nécessité décrire aux archevêques de Lyon et de Vienne, aux évêques de Valence, de Viviers, de Grenoble, dOrange et dAvignon, aux nobles et aux villes pour leur transmettre les ordres de lempereur : ses lettres sont datées de Genève, le 5 mai 1313 (5). Un grand nombre de seigneurs du royaume dArles passèrent les monts, mais la mort presque soudaine de Henri VII fit évanouir ce beau rêve de la restauration du saint-empire (6).
Après le concile de Vienne, le diocèse de Die put jouir dune quinzaine dannées de paix relative, grâce surtout à une série de trêves que Jean XXII imposa à lévêque et au comte et réussit à faire respecter. Du reste, nos deux rivaux avaient sur les bras dassez grosses affaires, sans se créer de nouveaux embarras. Aymar de Poitiers devait au roi de France le service personnel à larmée et un contingent de troupes, à cause de la portion du Valentinois située sur la rive droite du Rhône. Philippe le Bel lavait appelé à larmée de Flandre, et comme le comté ne se pressait pas daccourir, un messager royal vint à Etoile, le 5 septembre 1314, lui signifier davoir à se trouver à Arras le jour de la Nativité de la sainte Vierge, Aymar sexcusa, objectant la brièveté du délai, léloignement du lieu de convocation et son état maladif. Le messager refusa daccepter ces excuses (7). Le roi, comme on le sait, mourut quelques semaines plus tard. On conçoit aisément quAymar fût peu disposé à séloigner de ses terres dont ladministration absorbait tous les instants de sa vie. Cétait un prince actif, très soigneux de ses propres intérêts et qui augmenta considérablement les domaines quil tenait de ses ancêtres.
Le 16 décembre 1315, il reçut lhommage dAiguillon de Vesc, coseigneur de Dieulefit, pour la moitié du château du Pègue (8).
Les Templiers, dont lordre venait dêtre supprimé, avaient dans le diocèse de Die dimportantes possessions : la commanderie de Bourdeaux et ses dépendances, des terres dans le Trièves (Cornillon-en-Trièves, Isère), à Saint-Jean dHérans (Isère, 38), qui se rattachaient à Echirolles (Isère, 38), et un domaine de six cents stérées à Barry, sur la carte de Cassini, et Le Temple, sur la carte de lIGN, près de Saillans, dépendant de Saint-Jacques de Valence. Ces diverses possessions furent, comme on le sait, données aux Hospitaliers.
Bourdeaux fut uni à Poët-Laval et les autres biens du Temple dans le Diois se joignirent aux vastes domaines qui formèrent la commanderie de Valence. Dans ces circonstances, Aymar neut garde doublier ses droits : il exigea une reconnaissance féodale pour tous les biens de la maison de Bourdeaux, que quondam fuit militie Templi, et pour tout ce que les Hospitaliers possédaient à Poët-Laval, reconnaissance que lui fit à Bourdeaux, le 7 octobre 1317, Guigues de Beauchastel, commandeur de Poët-Laval. Ce dernier déclara que lordre, en signe de dépendance, payait annuellement au comte 2 sols de bons viennois.
Aynard Galon, chevalier, de Mornans, et Aiguillon de Dieulefit, damoiseau, furent témoins de cet acte (9).
Les religieux de labbaye de Saou se plaignaient depuis longtemps que les comtes de Valentinois, au mépris des droits du monastère, étendaient leur juridiction sur un certain nombre de leurs vassaux et jugeaient leurs causes ; Aymar, que lâge et les infirmités avaient sans doute rendu plus conciliant, voulut mettre un terme à leurs récriminations. Humbert de Laye, seigneur de Teyssières, son fondé de pouvoirs, sentendit avec labbé, Pierre de Comps, et le prieur de Sigillat, Guillaume Sebollon ; il conclut avec eux un accord qui laissait à labbé de Saou et au monastère le plein exercice de la justice criminelle dans le bourg de ce nom. Cette transaction eut lieu le 18 mars 1319 (10).
Déjà, à cette époque, Aymar IV de Poitiers avait associé au gouvernement de sa principauté Aymar, son fils aîné, et lavait autorisé à prendre par anticipation le titre de comte de Valentinois et de Diois ; nous le voyons figurer pour la première fois avec ce titre, le 19 août 1317. Par un acte, daté de ce jour, Hugues dAix, seigneur de Bellegarde, et Alix, son épouse, fille de feu Geoffroy de Châteauneuf, lui vendirent pour la somme de 2,200 livres de tournois le château de Comps, le bourg dOrcinas, ainsi que toutes leurs possessions à Bourdeaux et à Poët-Célard. Cette vente eut lieu à Sauzet, en présence de Louis de Poitiers, évêque de Viviers, de Louis, fils aîné dAymar, et de Giraud Adhémar, seigneur de Montélimar (11).
Entre autres événements dimportance diverse qui remplissent les dernières années de lépiscopat de Guillaume de Roussillon, trois surtout méritent de fixer lattention du lecteur : le procès du Mévouillon, la reconnaissance, des droits du chapitre de Die et lacquisition de la baronnie de Châtillon.
1. Regestum Clementis papa V, n° 7307, 7308, 7309.
2. CHARVET. Histoire de la sainte Eglise de Vienne, page 447.
3. Regestum Clementis papa V, n° 8837.
— RAYNALDI. Ad, année 1312, n° 30.
4. VALBONNAYS, tome II, page 148.
— U. CHEVALIER. Diplomatique de Bourgogne de M. de Rivaz, Pièces annexes, page 94.
5. U. CHEVALIER. Diplomatique de Bourgogne, ibid, page 95.
6. DOENNIGES. Acta Heinrici VII, 2A part., page 221.
7. Archives de lIsère, B, 3567.
8. Archives de lIsère, B, 3567.
9. Archives de lIsère, B, 3569.
10. Archives de lIsère, B, 3570.
11. Archives de lIsère, B, 3569.
Sources : Chevalier, Jules. Essai historique sur léglise et la ville de Die. Tome second, Depuis lannée 1277 jusquen lannée 1508. Valence 1896 - BNFAnécdote N° (32)
02-12-2022
Le Comté de Bar-le-Duc
Département : Meuse, Arrondissement et Canton : Bar-le-Duc - 55
1. —
Henri de Bar arriva donc en Palestine à la fin de 1189 ou au début de 1190. Les chrétiens étaient alors occupés à faire le siège dAcre, siège qui traînait en longueur à cause des multiples divisions qui jetaient les uns contre les autres les chefs de larmée chrétienne. Raoul de Dicet nous a laissé le dénombrement de larmée et de sa disposition ; on y rencontre toutes les nations de lOccident devant le mont Musard, les Génois, les hospitaliers de Saint-Jean, Conrad, marquis de Montferrat et comte de Tyr, ladversaire du roi de Jérusalem Guy de Lusignan, le comte Henri de Champagne, Guy de Dampierre, le comte Henri de Bar, le comte de Chalon, Robert de Dreux, lévêque de Beauvais, larchevêque de Besançon. Le comte Thibaut de Blois occupe la plaine avec le comte de Clermont en Beauvaisis, Hugues de Gournay, Florent de Hangest, le comte de Ferrare et les Florentins, lévêque de Salisbury et les Anglais, le dapifer de Flandre, Jean de Nesles, Eude de Ham et les Flamands, lévêque de Cambrai, le comte de Tournai ; ensuite le roi de Jérusalem et ses frères Geoffroy et Aimard, les chevaliers du Temple et Jacques dAvesnes, le landgrave Louis de Thuringe, le comte de Gueldre, les Allemands et les Daces, les Teutons et les Frisons et le duc de Souabe ; enfin, sur la colline de Turan qui fait face au Mont Musard, le patriarche, les évêques dAscalon et de Bethléem, le vicomte de Châtellerault, Renaud de Sidon, larchevêque de Pisé, les Pisans et les Lombards (1).
1. Raoul de Dicet. De Imaginibus Historiarum, Histoire des Gaffes, tome XVII, page 636 et suivantes.
Cest cette armée que Saladin harcelait au dehors tandis que la ville résistait, alimentée assez facilement dailleurs par la flotte musulmane. Il nest guère possible de suivre les opérations autour dAcre au cours de cette année 1190. Ce ne sont que des escarmouches entre assiégeants dune part, assiégés ou contre assiégeants de lautre.
Le 4 octobre 1190, une de ces étranges batailles fut livrée, qui montre le peu de discipline des Croisés avant que larrivée de Philippe eût mis un peu dordre dans cette armée disparate. Par feinte probablement, Saladin avait fait abandonner son camp ; à cette vue, les chrétiens descendirent des collines environnantes et se précipitèrent sur les tentes vides, pour se livrer au pillage, le comte de Bar lui-même sengouffre dans celle de Saladin. Pendant ce temps, la garnison dAcre semparait des positions laissées libres par les Chrétiens ceux-ci se trouvèrent pris entre deux feux et la milice du Temple fut presque entièrement détruite.
Pour comble de malheur, les Allemands qui poursuivaient un cheval échappé furent pris pour des fuyards ; leur course sema la panique et le pillage se termina dans une fuite éperdue que seule larrivée de Geoffroy de Lusignan avec des renforts empêcha de se changer en déroute (2).
Le comte de Bar reçut probablement une blessure mortelle dans cette affaire, car, il expira quinze jours après, le 19 octobre (3).
Il eut le temps de faire son testament et de donner aux Templiers, pour le repos de son âme et de celle de ses compagnons tombés devant Acre, quinze livres sur les péages de Bar-le-Duc pour lentretien dun chevalier en Terre Sainte (4) ; Henri était donc mort depuis six mois quand Philippe Auguste et Renaud de Chartres (5) débarquèrent à Saint-Jean dAcre, le 20 avril 1191 (6).
Richard Cœur de Lion ny arriva quà la fin de mai, ayant conquis entre temps lîle de Chypre.
2. — Anonyme dans Gesta Dei per Francos de Bongars, page 1165 et suivantes.
— Gautier Vinesauf dans Michaud. Histoire des Croisades.
— Bibliothèque des Croisades, 2e partie, page 672.
— Izz ed Din ibn el Athir dans Historiens des Croisades, Historiens Orientaux, tome II, page 11 et suivante et page 30 et suivantes.
3. — Parmi lesquels lévêque de Toul, Pierre de Brixey ; le comte de Chiny ; le comte de Loos ; le comte de Blois ; Raoul de Clermont en Beauvaisis dernier de sa race ; Raoul de Marie, Barthélemy de Vignory et son fils Guy ; Geoffroy de Joinville était mort au mois daoût précédent. Cf. Aubry de Trois-Fontaines. Chartier an 1191.
4. — A. M. B. 228, f° 131 et 132. Confirmé en 1192 par Thiebaut, comte de Bar puis par lévêque de Toul Eudes.
5. — Benoit de Peterborough. Vita Heinrici II, Angliae Regis.
— Histoires des Gaules, tome XVII, page 504.
6. — Cest donc à tort que Clouet, Histoire de Verdun, tome II, page 312 croit que « Henri demeura après le retour des Français à larmée de Richard Cœur de Lion, fut tué dans une bataille et inhumé au monastère Saint-Jérôme de Bethléem »
Thiebaut Ier, comte de Bar (1189-1214)
Thiebaut prit le pouvoir au comté de Bar aussitôt après le départ de son frère. La mort du comte Henri fut connue dans le Barrois dès 1192. Thiebaut, en effet, confirme cette année-là, la donation que son frère mourant avait faite aux chevaliers du Temple dune rente sur le tonlieu de Bar (6), La même année, il autorise sa mère Agnès à engager ses revenus de la vicomté de Troyes à labbé de Trois-Fontaines pour la garantie de quelques dettes (7).
6. — Confirmation de Thiebaut, Original A. Meurthe-et-Moselle. B. 620, f° 1.
— Confirmation de Eude de Vaudémont, évêque de Toul. A. M. B. 228, f° 131.
7. — Marie, comtesse de Troyes, déclare quAgnès de Bar, du consentement de son fils Thiebaut de Mousson, a mis en gage entre les mains de labbé de Trois-Fontaines, ses biens de la vicomté de Troyes pour le règlement de ses dettes. B. N, mss latin, 11902, Page 177, v°.
Le 11 novembre 1212, il donne aux Templiers de Doncourt le ban de Burey (4) et des bois à Avillers (5) et lannée suivante, également au mois de novembre, il ajoute le fief de Pierrevillers les Maranges (6) dans sa châtellenie de Briey (7).
4. — Non identifié, soit commune dAllondrelle, soit commune de Saint-Pancré, canton de Longuyon.
5. — Meuse. Verdun, Fresnes, A. M. H. Commanderie de Marbotte.
6. — Moselle, arrondissement et canton, Metz.
7. — A. M. B. 239, f° 97 et 98.
Enfin la querelle entre le comte de Bar et son frère Renaut sera réglée par le roi de Navarre. Ce projet ne reçut pas complète exécution et les arbitres ne sétant pas entendus, le roi de France chargea Pierre le Chambellan de faire lenquête le déplacement se fit aux frais de Saint Louis (1). Elle était terminée au mois de septembre 1268 où Saint Louis rendit ses sentences. Le premier jugement entièrement relatif à Ligny déclare que lhommage fait par le comte de Luxembourg à la Champagne sera nul de plein droit, Henri et Marguerite tiendront le roi de Navarre quitte de toutes les conventions relatives à cette inféodation, ils seront eux-mêmes quittes de tous leurs engagements vis-à-vis de la Champagne, sauf naturellement les hommages quils devaient antérieurement.
Lhommage reçu par le comte de Bar de Valeran, de Ligny sera également annulé, si Valeran veut y consentir.
Lhommage du comte de Bar au comte de Luxembourg nexiste plus par le fait et Henri rendra à Thiebaut avant le 2 février quatre mille livres sur les sept mille cinq cents quil a reçues pour cette inféodation ; cette somme, sera payée à Reims en la maison du Temple.
Cette sentence ramena la paix, mais non laffection entre les deux frères. Renaut passa définitivement au service du roi de Navarre qui lui donna le 6 novembre 1268, une rente de trois cents livres sur le portage des vins à Troyens (1).
Renaut suivit son suzerain à la croisade ; avant de partir, il fit une donation de deux cents livres de rente à lHôtel-Dieu de Troyes, le 22 juin 1270 (2), donation que le comte de Champagne approuva à Marseille avant de sembarquer (3).
Ni le roi de France, ni le roi de Navarre ne devaient revenir de la croisade. Renaut en revint, lui, mais malade. Ce qui ne lempêcha pas, dès son retour, de reprendre les attaques contre son frère et de lui réclamer un nouveau supplément sur la succession de ses parents et, en outre, mille livres que son frère lui avait promis pour la croisade. Jean de Châtillon, comte de Blois et de Saint-Pol (Saint-Pol-de-Léon), sire dAvesnes, choisi comme arbitre, déclara en juin 1271 que Renaut navait plus rien à réclamer, toutefois que le comte de Bar lui paierait quinze cents livres en trois termes, à Noël, à Pâques et à la Toussaint.
Renaut nen devait rien toucher. Il succomba le 22 juillet 1271 et fut enseveli dans la commanderie de Braux (5) quil avait fondée pour les chevaliers de Malte (6).
1. — DArbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, Cartulaire, n° 3517.
2. — DArbois, Cat. B° 3660.
3. — DArbois, Cartulaire n° 3662.
4. — A. M. B. 204, f° 149.
5. — écart de la commune dAncerville.
6. — Son tombeau orné dune magnifique statue de bronze na disparu quen 1793.
— Cf. Bibliothèque de Bar-le-Duc, fonds Servais, carton 1271. Inventaire de Lorraine, tome II, f° 285.
— Cf. comte Beugnot, Olim, tome II, page 414.
Le comte de Bar avait fait son testament le 11 avril 1282. Il y déclare quil veut que ses dettes et les dommages quil a pu faire soient payés par ses héritiers. Ceux-ci sont tenus aussi de payer les dommages faits aux églises, mais seulement depuis 1261, car, en cette année-là le pape la quitté et absous de ce quil devait. Il doit en particulier sept mille livres dehors ; si on ne trouve pas à qui il les doit, on devra les donner aux pauvres de sa terre, à celui quil a le plus grevé ou au plus besogneux. Il y a là un mélange dintérêt et de scrupule auquel nous ont habitué les gens de son époque. Il faudra payer à Sainte-Hoilde le reliquat des douze cents livres promises par le comte Henri II et des trois cents livres données par la comtesse Philippe .....
2. —
Nous avons vu quà la mort de ses parents, Renaut frère du comte de Bar, avait reçu la terre de Sormery provenant de Thiebaut 1er et celles de Tardenois et de Torcy appartenant à Philippe ; nous avons également noté les arrangements par lesquels, après la mort de Renaut, ces biens revinrent au comte de Bar qui, dès lors, les administra directement. Dans la terre de Torcy, en avril 1271, le prieur de Notre-Dame de Gournay (Seine-et-Oise, Pontoise, Le Raincy), renonce au droit dusage dans la forêt de Roissy (1) qui appartient en partie au comte de Bar.
1. Seine-et-Marne, Melun, Tournan.
Pour la terre de Sormery, le comte apposa son sceau en octobre 1249 à un acte de son frère Renaut approuvant un don fait par Milon Tracier au couvent de Pontigny. Thiebaut achète le 16 juin 1278 les biens de Claude de Sormery pour dix-huit livres, le 3 mars 1284 ceux de Jean fils de Guillaume des Bordes pour une rente de quarante livres, enfin, en juin 1288, le visiteur général de lordre du Temple, Guillaume de Vichier autorise Henri de Soupir, commandeur de Coulours (1) à sentendre avec le comte de Bar au sujet de leurs propriétés de Sormery.
1. Yonne, Joigny, Cerisiers.
3. —
Les Templiers avaient des commanderies à Pierrevillers (3), Avillers (4), Doncourt (5).
Les Hospitaliers en avaient une à Braux (6) fondée par Renaut, frère de Thiebaut II.
Les Antonistes étaient à Pont-à-Mousson et les Trinitaires à Lamarche.
3. — Moselle, arrondissement et canton de Metz, fondée en 1192 par Henri 1er, A. M. B. 228, f° 31, et A. Meurthe-et-Moselle. B. 620, f°
4. — Meuse, Verdun, Fresnes-en-Woëvre; A. M. H. Marbotte non coté.
5. — Meuse, Verdun, Fresnes-en-Woëvre, fondée le 20 mars 1220 par Geoffroy de Bar avec lassentiment dHenri II ; A. M. H. Marbotte non coté.
6. — Commune dAncerville, Meuse, Bar-le-Duc, chef-lieu de canton. Renaut de Bar sy fit enterrer. Elle fut dotée avec le prix de la vente des terres de Tardenois et Sormery, cédées à Thiebaut II pour 5.000 livres.
Le comte fait souvent des donations sur ces péages et tonlieux, et peut même parfois les inféoder (8).
8. — Dans laccord déjà cité de Renaud II, le comte promet de ne pas inféoder le tonlieu. Lavoué de Condé a des droits féodaux sur le tonlieu de Condé. Cartulaire de Saint-Mihel, page 183 et 230.
A Saint-Mihiel, nous lavons vu, il était dû, un droit pour le passage du pont et pour la traversée de la ville, la moitié de lun et de lautre appartient au comte et lautre à labbaye. Sur le tonlieu de Ligny, Agnès de Bar donna successivement soixante livres à labbaye de Saint-Mihiel et trente livres à la Collégiale.
Henri 1er donne aux Templiers quinze livres sur le péage de Bar et si le péage ne les rapporte pas, ces quinze livres seront prises sur le tonlieu.
Sources : Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc. 1918 - BNFAnécdote N° (33)
02-12-2022
Visite de Clément V
Département: Lot-et-Garonne, Arrondissement et Canton: Agen - 47
Enquête constatant les usurpations faites sur le domaine royal, en Agenais, par Amanieu Dufoussat à Madaillan, Gauthier Dufoussat à Florac, le sieur de Montpezat à Saint-Médard, les Templiers à la Cavalerie, et le seigneur de Cort dans sa seigneurie. (Page 272)
Saint-Avit de Furnières et Saint-Jean de Bonneville de Montravel
Le 9 est certain procès fulminé faict par larchidiacre de Bazas, exécuteur de la bulle de Notre Saint-Père Clément cinquiesme, naguières auparavant Archevesque de Bourdeaulx, laquelle, ensemble celle de la commission dudict archidiacre, sont au long insérées audict proscès, par lesquelles porte que les terres et seigneuries du lieu de Saint-Avit de Fumadieriis et aultre, appellé la Saulveté de Saint-Avit et de la parroisse dudict lieu de Saint-Avit et de celle de Saint-Jean de Bonneville, diocèse de Périgord, sont et déppendent du chasteau et chastellenie de Montravel, avecq tous droits de jurisdiction, haulte, moyenne et basse. Et est inhibé et déffendu aux frères Hospitaliers de Saint-Jean de Hierusalem, de Fumadières, qui prétendoienl droit esdicts lieulx, de troubler ou empescher ledict seigneur Archevesque en ladicle terre et seigneurie, sur peyne dexcommunication.
Ladite bulle est donnée à Bourdeaux, le 6 des ides de mars, lan second de son pontificat, et le proscés est du mardy devant la fesle de Pentecoste, lan mil trois cent huit.
Le 10 est une inhibition faite au commandeur et frères Hospitaliers de Saint-Jean de Hierusalern dudict lieu de Fumadières (1), par vertu dudict proscès fulminé, de ne troubler ledict seigneur Archevesque, es peynes de fulminacion ecclésiaslique porté par icelluy.
1. Arrondissement: Libourne, Canton: Sainte-Foy-la-Grande, appartenait autrefois au diocèse dAgen.
Templiers
Seuls vestiges dun moulin bâti par les Templiers sur la Lidoire, il reste les arches en bel appareil.
Hospitaliers
Léglise Saint-Jean-Baptiste-de-Bonneville est de fondation romane, elle appartint aux Hospitaliers de lordre de Saint-Jean de Jérusalem et relevait de la commanderie de Condat. Dévastée lors des guerres de Religion, elle a conservé ses murs des Xe et XIIe siècles et ses restaurations du XVe siècle.
Sources : Wikipedia
1. Département : Dordogne, Arrondissement : Bergerac, Commune : Bonneville-et-Saint-Avit-de-Fumadières - 24
1304
Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, lors de sa visite des établissements religieux du diocèse de Périgueux passe une nuit au prieuré Saint-Paixent.
1308-1309. Mars
Sentence de larchidiacre de Bazas, commissaire nommé par Clément V, et qui défend aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem dattenter aux droits de larchevêché dans la juridiction de Montravel. (Page 304)
Département : Dordogne, Arrondissement : Bergerac, Canton : Vélines - 24
Golfech
Le 16 porte que ledict seigneur Archevesque se seroit transporté au lieu de Golfoech (28), maison des Templiers, où estant il auroit esté processionnellement reçu, et après avoir visité léglise dudict lieu, y avoir couché avecq son train, aux despens du commandeur dudict lieu. (Page 310)
28. Golfech, arrondissement : Moissac, canton : Valence-Dagen - 82
Salvanhan. Leyrac
Le 47 porte que le premier jour de juillet audit an, ledict seigneur Archevesque seroit parvenu en la maison des Hospitaliers de Saint-Jean de Hierusalem, au lieu de Salvanhan (29), et illec reçu processionnellement ; et pour ce quil estoit tard, il y coucha et paracheva sa visite le lendemain et y sejourna, aux despens du commandeur, et dillec alla au prieuré de Leyrac (30) où il coucha avecq son train, aux despens dudict prieur, et visita léglise dudict lieu.
29. Arrondissement: Agen, Canton: Laroque-Timbaut - 47
30. Arrondissement: Agen, Canton: Astaffort - 47
1304 juillet
Larchevêque couche dans la maison des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Sauvagnas. (Page 310)
29. Arrondissement: Agen, Canton: Laroque-Timbaut - 47
Maison Dieu
Le 51 porte que ledict seigneur revérend Archevesque se seroit transporté à la Maison-Dieu (33), apartenant aux Hospitaliers de Saint-Jean de Hierusalem, et icelle visite et exerce tous actes et y séjourne avecq son train jusques au lendemain, aux despens du commandeur. (Page 310)
33. Maison-Dieu, commanderie de lordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dans lancien Bruilhois, aujourdhui, Nom-Dieu, Arrondissement: Nérac, canton: Franchescas - 47
Argenton
Le 56 porte que ledict seigneur seroit aussy allé en la maison de Argenton (36) et y avoir esté receu processionnellement, et illec visité ladicte maison appartenans aux Templiers, où il auroit séjourné avec son train jusques au lendemain, aux despens du commandeur. (Page 311)
Argenton. Il y a une commune de ce nom dans le canton de Bouglon, mais la distance depuis Nérac parait trop grande pour être franchie en une étape.
36. Sourzac, canton de Mussidan, arrondissement de Ribérac.
— Peut-être sagit peut-être dArgentens, près de Nérac.
Saint-Paxans
Le 60 porte que ledit seigneur se seroit transporté le premier de septembre au prieuré Saint-Paxans (40) et entré au diocèse de Périgort, et en icelluy annonce la parole de Dieu au peuple et y fait tous actes requis au droit de visite, et après, estre allé à Bonnefaire, maison des Templiers dudit diocèse de Périgort, où auroit séjourné jusques au lendemain avecq son train, aux despens du prieur dudit Saint-Paxans. (Page 312)
40. Saint-Paixent, hameau de Lamothe-Montravel, canton: Vélines arrondissement: Bergerac.
Montcaret
Le 61 porte que ledit seigneur seroit allé au prieuré de Montquaret (41), audit diocèse, y annonce la parole de Dieu et fait autres actes de visite, et après sestre transporté audit lieu de Bonnefaire, en la maison des susdits Templiers, aux despens dudit prieur de Montcaret.
41. Montcaret, canton: Vélines, Saint-Paixent.
Terrasson
Le 86 porte que ledict seigneur Archevesque seroit aussy allé en labbéie de Terrasson, quil lauroit aussy visitée, annonce la parolle de Dieu en icelle, use de confirmation, correction, réformation, et faict autres actes appartenants et dépendants du debvoir du visiteur, faict séjour en ladicte abbaye jusques au lendemain avecq son train, aux despens dudict abbé, et ledict jour avoir envoyé ses visiteurs au prioré Saint-Léonard et en la commanderie de Lodornac (80), esquels lieux on ne les voleust recepvoir. (Page 316)
80. Ladornac, canton de Terrasson (Dordogne)
Abbaye de Brantosme
Le 98 porte que ledict seigneur Archevesque seroit allé à labbaye de Brantosme, et illec couche aux despends de labbé dudict lieu, et le lendemain avoir parachevé sa visite, confirmant, preschant, corrigeant, réformant et faisant autres actes de visite, et ledict jour y coucha à ses propres despends, et avoir envoyé ses visiteurs aux priorés de Bourdeilles, de Condat, de La chappelle de Montmorel (95) et de La chappelle Foulchier pour les visiter. (Page 319)
95. Aujourdhui Bourdeilles, Condat et Chapelle-Montmoreau, trois communes du canton de Brantôme.
Le 18 est le vidimus de la procuration donnée par révérent père Arnaud, archevesque de Bourdeaulx, à Arnoulfe de Brie, en lan 1308, pour comparoir en lassemblée faite par le commissaire du Roy en la ville de Tours, sur le fait des Templiers, par laquelle entre autres choses ledict seigneur déclare nestre astreint à Sa Majesté daucun serment de fidélité ny tenu daller en ladicte ville à son mandement.
1308, Procuration donnée par larchevêque de Bordeaux à Arnoult de Brie pour comparaître en son nom à lassemblée convoquée à Tours pour le fait des Templiers, mais en protestant quil ne doit au Roi ni serment ni obéissance. (Page 347)
Lépicier, Jules. Archives historiques du département de la Gironde, tome XXIII. Bordeaux 1883. - BNFAnécdote N° (34)
20-05-2023
Rochebrune (LAncien)
Département: Département: Drôme, Arrondissement: Nyons, Canton: Buis-les-Baronnies - 26
Rochebrune était un membre de la Maison du Temple de Roaix
Rochebrune était un « pauvre endroit » quand nous le visitâmes, il y a 60 ans ; pas pauvre en tout, car jamais nous navons vu nuit aussi riche en punaises, mais aussi, asti si richement garni de gibier, et de quels gibiers ! A la fin du XIIe siècle, il avait une famille seigneuriale qui ne laissait pas dêtre riche puisquelle avait des possessions près de Roaix, ni dêtre âpre au gain, comme on croit lentrevoir dans les chartes de la Commanderie où il est question delle (1). Ce quelles nous apprennent complétera la notice de A. Lacroix (2).
1. Collection des Cartulaires dauphinois, cf. III, I, Cartulaires des hospitaliers et des Templiers. Vienne. 1875.
2. Arrondissement de Nyons, tome II, page 285-209.
La première, Carta Pétri Humberti de Rocha bruna est du 15 juin 1191 (n° 143). Elle nous apprend que ce Pierre Humbert et sa femme, dont la charte 144 nous donne le nom, Guillemette, et leur fils étaient en procès avec le temple de Roaix pour la riberia, lOuvèze, et dautres choses non spécifiées, et comment, à Vaison, sous lorme qui était devant la cathédrale (ecclesiam Beatæ Mariæ), sans doute du côté sud au milieu du cimetière (ne pourrait-on abattre les encombrants poteaux daujourdhui qui enlèvent la vue et planter un orme ?), le procès se termina à lamiable.
Humbert et son fils Raimond jurèrent quils renonçaient à leurs prétentions, entre les mains dHugolen, commandeur de Roaix, et celui-ci leur donna 50 sous raimondins.
Draconet de Mondragon, baile du comte de Toulouse, se porta caution pour les Roquebrune : et dix-sept témoins signèrent la charte. De là on fut à Roaix, et devant les 12 frères présents à la Commanderie, et 9 témoins, laccord fut renouvelé. De Roaix, on se rendit à Rochebrune, où jura Pons Artellarius, Artillar, et, si nous comprenons bien, car le passage est obscur, Guillemette jura, en son nom, comme son mari et son fils avaient fait, pour leur compte, à Vaison.
Et la dame, Domina, ainsi quelle est qualifiée, qualification rare dans le Cartulaire, et qui indique une personne dimportance, reçut les deniers ; et Raimond et Hugues de Caderousse frères, Pierre de Caderousse, Niger (Nègre ou Niel), Bertrand Béruyer, Ventairols (faut-il lire Bérenger de Venterol ?) Et Guillaume de Novaison, se portèrent ses cautions.
Neuf ans après, en 1200 (n° 144), Domina Guillemette, veuve de Pierre Humbert, son fils Raimond Artillar, sa fille Béatriz, femme de Rostang dAntane, cousin des Artillars, sont encore en procès avec les frères du Temple pour la rivière, sous prétexte que Béatriz navait pas pris part à lacte de 1191.
Raimond et Rostang se rendirent au Buis, où laffaire fut plaidée (placitum, tenuerunt) devant léglise, ante ecclesiam del Bois.
Sy étaient aussi rendus quelques frères du Temple de Roaix. Les Rochebrune renoncèrent à leurs prétentions moyennant 250 sous viennois à payer à Rostang.
Robert de Tilio, du Teil, commandeur du Temple de Roaix, promit de les payer à Rostang pour qui se portèrent caution Rainier Artillar, Pons dEyroles et Rolland dAutane.
Dix-neuf personnages furent témoins, parmi lesquels nous relevons, Bertrand et Ripert dAntane, Hugues de Venterol et Humbert, curé du Buis. Au jour convenu, loctave de saint Jean-Baptiste, Robert du Teil se rendit à Rochebrune, et paya Rostang et Beatrix (il y a ici Beatrici).
La domna approuva en son nom et pour ses filles Beatrix et Jourdaine, promettant quelle ferait jurer celle-ci quand elle aurait lâge légal. Se portèrent caution Pons dEyroles, Raimond Artillar et Raimond, curé de Rochebrune. Parmi les 13 témoins, nommons Rainière, femme de Pons dEyroles, et leurs filles Agnès et Hugua, et un Pierre de Valdrôme.
La charte 156, de 1203, est un mémorandum en langue romane (membranza), relatif à un troisième procès des Rochebrune avec Roaix. Il sagit cette fois des fils de Raimond Artillar, Hugues, Guillaume et Bertrand. Ils disent quà la mort de leur père, 50 sous lui étaient encore dus par les Frères du Temple. Pons dEyroles, Hugues son frère et Pierre Imbert, leur cousin germain furent arbitres et condamnèrent les frères. Etaient-ils bien impartiaux, puisque tous parents ? Le commandeur du Temple de Roix, Guillaume Ramon de Gigondas vint à Rochebrune pour les payer, dans la maison de Pons dEyroles. Après paiement les Rochebrune, à savoir, Hugues et Guillaume Artillars, pour eux et pour Bertrand et pour leurs sœurs Raimonne et Ælmues (Adahnodis), Déélina, Pierre Imbert pour lui et pour sa femme jurèrent que jamais plus ils ninquiéteraient le temple. Pons dEyroles et Raimon Artillor approuvèrent ; se portèrent cautions, P. Pelliciers, R. de Rochebrune (est-ce le curé ?), Ugues Lager, Pascol, Hugues Durand, Guillaume Martin, Michel Borrel, Durans Bacallars, P. Alguo, P. Bernart, Hugues Bues, Rainière et Ugua, sa fille : peut-être tous de Rochebrune.
Une charte (n° 138) sans autre date que le nom du commandeur Hugolen, en langue romane aussi, concerne encore les Artillars. Rainier abandonne ses droits sur le moulin, le jardin et la rivière pour 300 sous viennois et 200 sous melgoriens. Nous y apprenons que Rainier avait une sœur Matheuz (Mathilde) mariée à un Folras de Cayranne et mère de Bertrand de Piégon. Cest à Cairanne que fut signé cet abandon devant 31 témoins. Rainier dailleurs se fit payer 100 sous son abandon. Vraiment âpres au gain les Rochebrune !
E. MALBOIS. LAncien Rochebrune. Bulletin de la Société darchéologie et de statistique de la Drôme, tome LXVI, avril 1937. Valence 1937. - BNFAnécdote N° (35)
24-07-2023
Croix et Tissus aux Croisades
Département: Calvados, Arrondissement et Canton: Caen - 14
Présidence de M. De La Basse-Mouturie.
La séance est ouverte à huit heures sous la présidence de M. de La Basse-Mouturie. MM. le docteur Bromet, de Caumont, labbé Voisin, G ... Vicaire-général, de Tournay, Vilbert, prennent place au bureau. M. de Glanville remplit les fonctions de secrétaire.
Une étude fort intéressante et qui cependant a jusquici été négligée, est lhistoire des tissus. M. de Caumont désirerait quon soccupât de constater les diverses phases quils ont subies depuis les riches étoffes que les croisés, aux XIIe et XIIIe siècles, rapportèrent dOrient, jusquà celles qui furent employées au XVIe et XVIIe siècles. On serait puissamment aidé dans ce travail par les ornements sacerdotaux que lon peut encore retrouver dans les sacristies des cathédrales. M. de Caumont présente plusieurs spécimens de dessins fort curieux quil a trouvés de cette manière. M. de Contencin signale une chappe très-ancienne quil pourra soumettre à lobservation des membres du Congrès.
M. le docteur Bromet pose une série de questions au nom de la Société anglaise pour la conservation des monuments ; elles sont ainsi conçues :
1°. — Y a-t-il en France des statues couchées sur les tombes qui représentent des templiers ou des hospitaliers ? Quels sont leurs costumes, et dans quelle attitude ou posture sont-elles placées ?
2°. — Les effigies sépulcrales de personnes qui sont reconnues pour avoir pris parti dans les croisades, sont-elles distinguées par quelques particularités de décoration, de posture ou dattitude ?
3°. — Y a-t-il en France des effigies du XIIIe ou XIVe siècles, qui soient remarquables pour quelques particularités indiquant, selon les traditions populaires, que les personnes représentées avaient servi dans les croisades ?
4°. — Y a-t-il quelque représentation contemporaine de la croix qui était adoptée par les templiers ? Quelle est la forme de cette croix ? Sur quoi la trouve-t-on posée et à quelle époque de leur histoire appartient-elle ?
5°. — Existe-t-il de véritables cottes de mailles formées danneaux de fer entrelacés ou danneaux cousus à une jacque de cuir ou étoffe.
6°. — Y a-t-il des représentations ou effigies de pareilles cottes de mailles, soit en pierre soit en bois ou en métal.
7°. — Existe-t-il des exemplaires du XIIIe ou XIVe siècles darmures faites de cuir bouilli, soit pour la tête, les bras, les coudes, les genoux ou les jambes ?
Malheureusement peu de documents ont été réunis sur ces questions, et le Congrès ne peut formuler de réponse pour chacune delles ; voici celles qui ont été émises :
1°. — M. Quenson connaît à Douai, au musée dantiquités et à la loge maçonnique, des dalles gravées en creux où se voient des figures de chevaliers armés de toutes pièces et montées à cheval. On en trouve aussi sur les dalles de Saint-Orner.
2°. — Les personnes qui avaient pris part aux croisades portaient après leur mort la croix gravée sur leurs pierres tombales.
3°. — La forme de la croix que portaient les templiers est la croix grecque : elle se mettait sur le côté.
4°. Des deux variétés de cottes de mailles que M. Bromet présente, lune est jugée par M. de Caumont très-commune et date du XIIIe siècle. Les membres du Congrès ont pu en voir un exempte sur une ancienne statue de chevalier dans léglise Saint-Brice à Tournay. Cest le tissu maillé ordinaire ; lautre qui se compose danneaux enlacés en forme de chaîne est fort rare. M. de Caumont parle ensuite de plaques de métal qui paraissent attachées sur le tissu de la cotte quelles recouvrent. On trouve des cottes de cette espèce figurées dans la tapisserie de Bayeux ; on croit distinguer, daprès lindication de la broderie, des disques en métal appliqués sur une jaque de cuir ; telle est la cotte de Guillaume-le-Conquérant M. de Caumont présente la figure de ce guerrier daprès la tapisserie.

Figure tapisserie de Bayeux
Sources : Léonce De Glanville. Séance du 8 juin 1845. Société Française pour la conservation des Monuments Historiques. Caen 1846. - BNFAnécdote N° (36)
26-07-2023
Rongères
Département: Allier, Arrondissement: Vichy, Canton: Varennes-sur-Allier - 03
La route Paris Antibes par Lyon, tous deux passent par Rongères, petit bourg qui possède une intéressante et fort ancienne église romane, et dont lorigine semble religieuse plutôt que féodale.
Il est possible, en effet, quune maison forte ait succédé à la villa gallo-romaine dont, à quatre cents mètres au nord du bourg, au lieu dit la Font-Bergeron, on trouve encore des restes importants ; mais, dès la fin du XIIIe siècle, — époque florissante pourtant des terres féodales, — on voit déjà morcelés les droits, cens et domaines de notre paroisse, et dans aucun des aveux qui en sont faits ne sont mentionnés, hôtel, motte ni fossés de Rongères.
De ces aveux, nous citerons celui de Matharon de Naffours pour la moitié de la terre et haute justice de Rongères celui de Guillaume de Guiry, damoiseau, fils de Guillot, pour lautre moitié de la terre et la grange de Rongères celui dun Sorbiers, damoiseau, pour le terroir des Landes, qui a depuis lors gardé le nom de tènement de Sorbiers ; enfin celui des sires de Saint-Martin pour les droits de foire.
De ce morcellement, peut-être pourrait-on induire que Rongères fut une dépouille des Templiers cette opinion est dautant plus admissible quelle tire une certaine force de léglise même de Rongères, œuvre, à coup sûr, dun ordre religieux, et aussi de ce fait que, jusquà la Révolution, lordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui fut dans notre province le principal héritier des chevaliers du Temple, garda sur Rongères des terres, cens et dîmes, dailleurs peu importants et affermés, en 1602, cent quinze livres.
Les possessions de lordre à Rongères étaient rattachées à la Racherie et sétendaient sur un terroir dit de lHôpital, au nord de lancien chemin qui de Rongères gagne les Chaumes et nest autre que la vieille voie. Dans ce terroir, plein de débris anciens et où le sol seffondre sous le pas des boeufs, dut certainement sélever lhôpital de Rongères encore mentionné en 1537 et qui avait remplacé, sans doute, un de ces hôtels-Dieu (hospitium Dei) si répandus au moyen âge, le long des grands chemins.
De cet hôpital il ne reste plus rien, mais, au bas de Rongères, existait, en outre, une chapelle dite de la Madeleine qui dépendait de lhôpital (1) et lui a longtemps survécu ; un acte de 1743, en effet, mentionne encore ses murs ruinés, au milieu même de la vieille route, près dune fontaine qui se trouve à lextrémité du bourg, en descendant vers le Méage, et qui a conservé le nom de Font-Madeleine.
Sources : Aubert de La Faige et Roger de La Boutresse. Les fiefs du Bourbonnais : Lapalisse : notes et croquis. Paris. Moulins. 1896 - BNFAnécdote N° (37)
22-10-2023
A propos des Templiers en Provence
Département: Var, Arrondissement: Draguignan, Canton: Lorgues - 83
Il est dans lhistoire de la Provence des sujets ou des personnages dont la légende et le folklore se sont emparés et sur lesquels des essaims de pseudo-historiens se sont précipités avec dautant plus davidité que les documents font défaut ou bien, sils existent, ne sont même pas consultés par eux.
Que na-t-on pas écrit à tort et à travers sur les Sarrasins auxquels on a généreusement attribué des tombes gallo-romaines et des constructions des XIIe et XIIIe siècles !
Combien de maisons, de tours, voire de bains, dits « de la reine Jeanne » (1), bien que celle-ci nait jamais vécu dans son comté de Provence quelle a seulement traversé en 1348 pour se rendre en Avignon et tenter de sy procurer de largent et de sy justifier auprès du pape de laccusation qui pesait sur elle après lassassinat de son premier mari !
Enfin, combien déglises, de châteaux avec souterrains et oubliettes, sinon avec trésor, auraient été édifiés par les Templiers !
1. Ainsi les « bains de la Reine Jeanne » situés, au cap Canalaire sont en réalité les vestiges dun vivier dépoque romaine. Cf. F. Benoit, dans Revue détudes ligures, XVIII, 1952, page 291.
Cest justement la question des Templiers en Provence que nous aborderons rapidement, non pas pour retracer lhistoire de cet ordre de moines-soldats, non pas pour étudier dans le détail leur établissement dans notre région — ce qui a été fait récemment dans un important article (2) — mais uniquement pour faire une indispensable mise au point. Une incontinente littérature a obscurci à loisir lhistoire de lOrdre du Temple. Il est vrai que les aveux invraisemblables arrachés aux chevaliers lors du fameux procès et la mort spectaculaire du grand maître sur le bûcher ont contribué à entourer les Templiers dun halo quelque peu mystérieux ; non seulement on leur a prêté des activités étranges et occultes, mais encore on leur a attribué sans aucune preuve des constructions diverses, notamment déglises où la présence toute prosaïque de croix de consécration imperturbablement baptisées « croix des Templiers », a fait ainsi multiplier abusivement les possessions, déjà nombreuses, de cet Ordre. Que dire aussi des actes mal lus ou mal interprétés ? Il en est des documents comme des hommes et une manière de solliciter les textes rappelle parfois certains interrogatoires un peu trop poussés.
2. J.-A. Durbec, Les Templiers en Provence. Formation des commanderies et répartition géographique de leurs biens, dans Provence historique, tome IX, 1959, page 3-37 et 97-132 avec bibliographie et cartes).
Il est grand temps dexpulser définitivement de lhistoire des Templiers en Provence les légendes et les sornettes qui lencombrent. Mais plutôt que de faire œuvre négative en inventoriant sottises et bévues pour les détruire ensuite, il est préférable dexposer la vérité historique fondée sur les documents.
Car nous avons la chance de posséder sur les Templiers de Provence un ensemble important de pièces darchives, ne serait-ce, par exemple, que les fonds de lOrdre du Temple et de lOrdre de Malte, dans la série H des Archives départementales des Bouches-du-Rhône (3).
3. Citons, à titre dexemple : Archives départementales des B. d. R., B 151-158 : registres contenant de nombreux inventaires effectués dans des maisons du Temple ; (Ordre du Temple) 163-164 ; documents concernant des commanderies.
Tout dabord, un bref rappel dhistoire générale. En 1118, le chevalier Hugues de Payens fonde un ordre de moines-soldats, les « pauvres chevaliers du Christ », connus sous le nom de Templiers, pour accueillir les pèlerins en Terre-Sainte et pour protéger les territoires conquis par les premiers croisés. Cette fondation, comme celle des chevaliers de lHôpital de Jérusalem et des chevaliers Teutoniques, est la conséquence dun phénomène général : la poussée démographique du XIIe siècle est à lorigine dune expansion de la chevalerie continentale dont le succès des entreprises sexplique par lamélioration des techniques de combat.
LOrdre du Temple ne tarde pas à occuper une place importante, non seulement dans le royaume de Jérusalem, mais aussi en Occident. La défense des établissements latins du Levant, lentretien de garnisons permanentes dans dénormes forteresses munies des plus modernes perfectionnements et élevées aux confins du monde musulman, exigent dénormes ressources en hommes et en argent. Ces ressources pécuniaires, les Templiers vont les trouver en installant dans les principaux royaumes dOccident un réseau de maîtrises et de commanderies qui se développeront rapidement et auxquelles se rattacheront dimportantes propriétés foncières.
Que savons-nous, maintenant, dhistoriquement certain sur les fondations du Temple en Provence ? Dans létat actuel des connaissances, lOrdre na eu en Provence ni maison organisée ni frères établis à demeure avant 1136. Sans doute, par un acte de 1124, Guillaume de Poitiers constituait-il aux Templiers une rente sur léglise Saint-Barthélemy de la Motte, au diocèse de Fréjus ; mais il ne sagit point dune fondation de commanderie.
Cest seulement après réception de leur règle et approbation par le concile de Troyes en 1128 que lOrdre a créé deux maîtrises importantes : celle de Languedoc et celle dAragon. Or, en Languedoc, en Aragon et en Catalogne, les Templiers trouvent un climat favorable à leur développement, car de part et dautre on a besoin daide pour lutter contre les Maures. De plus, le comte de Barcelone, Raimond-Bérenger, est en même temps comte de Provence et le comte de Toulouse possède le « marquisat » du Nord de la Durance. Non seulement les deux comtes soutiennent lOrdre en Espagne et dans le Languedoc, mais aussi ils lintroduisent en Provence. Cest ainsi que les premiers Templiers établis en Provence vinrent dEspagne sous la conduite de leur chef, Arnaud de Bedos ; celui-ci, dès 1136, fonda la commanderie de Richerenches, près de Valréas (Vaucluse), et cet établissement peut être considéré comme le germe de toutes les autres maisons provençales.
Grâce aux documents darchives on peut dénombrer avec certitude, en Provence, 7 commanderies dans le Bas-Rhône, 7 au Nord de la Basse-Durance, 3 dans la vallée de la Moyenne-Durance, 3 dans la région dAix-Marseille, 5 dans la Provence centrale et 4 dans la Provence orientale ; soit un total de 29 commanderies. On peut ajouter une douzaine de maisons qui ne furent probablement que des établissements de peu dimportance (4).
4. J.-A. Durbec, article cité, pages 125-126.
Les cinq commanderies de la Provence centrale se trouvent sur le territoire de lactuel département du Var. Il sagit des maisons suivantes :
1. — Ruou, près de Lorgues, fondée vers 1156.
2. — Hyères, fondée entre 1156 et 1198.
3. — Saint-Maurice de Régusse, fondée vers 1164.
4. — Bras, citée pour la première fois dans les textes en 1220.
5. — Peirasson-Cogolin : la maison de Peirasson (ou Peirassol), près de Flassans, nest connue quen 1256 mais elle est peut-être antérieure à 1204 ; le commandeur de Peirasson résida plus tard dans la possession de Cogolin (5).
5. J.-A. Durbec, article cité, pages 101-107.
Donc, en ce qui concerne les commanderies proprement dites, cette liste concernant notre région est exclusive. Par conséquent, les seuls vestiges authentiques de commanderies ne peuvent éventuellement se retrouver que dans les lieux indiqués par les textes, à condition toutefois de ne pas confondre des édifices du XIIe ou du XIIIe siècles avec des constructions plus tardives.
Ainsi subsiste-t-il à Hyères une maison des Templiers — une vraie, celle-là ! — tandis quà Ruou, à côté de bâtiments plus récents construits par les Hospitaliers, on voit encore léglise du XIIe siècle.
Mais ces commanderies de Templiers possédaient des biens fonciers, souvent considérables et répartis dans un grand nombre de localités. En quoi consistaient ces possessions ? Tout simplement en des exploitations agricoles dont les revenus contribuaient à subvenir aux énormes besoins financiers de lOrdre, comme nous lavons déjà exposé. Dans ces domaines agricoles, il ny avait ni château fortifié ni grande église, donc aucune construction de ce genre qui puisse être attribuée aux Templiers. Ainsi, par exemple, sil est vrai que la commanderie de Ruou possédait des biens à Ampus, à Cabasse, à Callas, à Comps, à Draguignan, au Muy, etc., il serait faux den déduire que les églises de ces localités ou telle chapelle rurale ont été construites par les Templiers, dautant que des documents nous renseignent souvent, par ailleurs, sur leur fondation (6). Telle est la réalité, dût-elle décevoir les amateurs de mystère et les chercheurs de trésors.
6. Sur la commanderie de Ruou et ses possessions, cf. P. Sigal, Une seigneurerie ecclésiastique au Moyen-Age : la commanderie de Ruou (XIIe, XVe siècles). Diplôme détat supérieur dhistoire du Moyen-Age. Faculté des Lettres dAix-en-Provence, 1960.
Certains ouvrages de vulgarisation ont accumulé des bizarreries concernant la fin de lOrdre du Temple. Il convient de rappeler brièvement ceci : les biens fonciers considérables qui ont servi au financement des garnisons de Palestine ont conduit les Templiers à leur perte ; habitué à drainer les aumônes pour la croisade, lOrdre avait joué le rôle de banque de dépôt et de transfert ; mais la disparition des établissements latins de Terre-Sainte le réduisit à ce rôle financier. Cette situation rendit les Templiers dautant plus vulnérables quune vague danticléricalisme montait alors, justifiée par les outrances théocratiques de Boniface VIII et entretenue par les attaques des légistes au service du roi de France, Philippe le Bel.
Lorsque Philippe le Bel fit arrêter les Templiers en 1307, dautres souverains dEurope Limitèrent ; cest ainsi que Charles II, comte de Provence, ordonna en 1308 larrestation des chevaliers. Lannée suivante, son successeur Robert fit confisquer leurs biens qui, après la suppression de lOrdre, furent pour la plupart remis aux Hospitaliers.
Concluons. Il importe quà lavenir, dans les chroniques locales de la presse, dans les dépliants ou les guides touristiques, dans certaines monographies qui se veulent sérieuses, on cesse enfin dattribuer automatiquement aux Templiers des vestiges darchitecture militaire ou certaines églises ou chapelles du Moyen Age. Il faut à tout prix respecter la vérité historique et pour la respecter il faut sinformer. Peu importe si cette vérité historique est dénuée de charme poétique, déléments sensationnels, étranges ou mystérieux, pourvu quil sagisse avant tout de la vérité.
Sources : Boyer Raymond (Abbé). Bulletin de la Société détudes scientifiques et archéologiques de Draguignan et du Var, tome IX, Draguignan 1964. - BNF