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Quelques anecdotes trouvées ici et là concernant les Templiers et les Hospitaliers

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Anécdote N° (11)
23-07-2018

Templiers de Baugy

Département: Calvados, Arrondissement: Bayeux, Canton: Balleroy, Commune: Planquery - 14
Templiers de Baugy
Depuis la fondation de la Commanderie de Baugy, jusqu'à l'abolition de l'ordre des Templiers, en 1313.
L'ordre des Templiers était le premier des ordres militaires religieux. Il commença, en 1118, à Jérusalem, et eut pour fondateur huit gentilshommes.
Beaudouin II, roi de la ville sainte, les logea près du temple de Salomon, d'où leur vint le nom de Templiers. Ils ajoutèrent aux vœux ordinaires de religion, celui de consacrer leur vie à la défense des pèlerins de la Terre-Sainte et du Saint-Sépulcre, ce qui en fit un ordre militaire.

Après la ruine du royaume de Jérusalem, l'ordre des Templiers se répandit dans tous les états de l'Europe, et s'accrut extraordinairement. Les exploits de ces religieux et les services qu'ils rendirent aux chrétiens d'Europe et d'Asie, leur attirèrent, à juste titre, les éloges des princes, avec des richesses immenses.
Ils avaient aussi de belles possessions, en Normandie, et surtout cinq commanderies, dans le grand baillage de Caen, celle de Baugy, de Noismer, de Bretteville-le-Rabet, de Courval, et de Louvagny.

La commanderie de Baugy était située dans la paroisse de Planquery. Elle fut fondée, en 1148, par Roger Bacon, I du nom, chevalier et châtelain du Molay, seigneur du Breuil, de Saon, de Blay, de Couvains, de Planquery, de Baynes, de Blâgny, de la Quièze de Martragny, de Septvents et de Saint-Contest. Plusieurs seigneurs se réunirent pour sa fondation, et aumônèrent des terres pour la doter.
Dans le même siècle, Roger Bacon, IIe du nom, fut aussi le bienfaiteur de la commanderie de Baugy. En 1247, il fit présent aux Templiers d'une portion du bois de Baugy, et, en 1281, il leur donna la cure et les dîmes de Saon.
Pendant le 13e siècle, on remarque une vénération profonde et la confiance la plus entière de la part des Bas-Normands, dans les chevaliers du Temple.
On faisait pour eux, et pour les églises qui leur appartenaient, des quêtes annuelles, dans, chaque diocèse.
En 1258, les Templiers de Baugy eurent une contestation, avec les religieux du Plessis-Grimoult, pour des droits de dîmes, à Planquery ; mais, elle fut terminée, à l'amiable. C'est tout ce que nous savons, sur ces religieux, jusqu'à leur arrestation, en 1307.
Le 13 octobre 1307, les Templiers furent emprisonnés, dans toute l'étendue de la France. Jean De Verrot, Bailli de Caen, se transporta, le 6 octobre 1307, à la Commanderie de Baugy ; et, en présence du Commandeur et de ses frères d'armes, il fit faire l'inventaire du mobilier de cette maison, dont il laissa la garde à cinq sergents du roi. Le 13 du même mois, les Templiers furent mis en arrestation.
La Commanderie de Baugy était comme une grosse ferme, ayant surtout un bétail considérable ; mais, au reste, aucun luxe, aucun ameublement marquant.
La chapelle n'avait qu'un calice et un seul ornement ; quant aux caves, on ne trouva ni cidre ni bière, mais seize tonneaux et demi de vin.
Arrêtés le 15 octobre, ces chevaliers furent conduits à Caen, en prison, et, ce ne fut que le 28 qu'on entama une procédure contre eux.
D'abord, on donna lecture aux accusés des lettres patentes du prince et de celles du chef de l'inquisition, qui constituaient le tribunal.
On posa ensuite les chefs d'accusation, dont voici le précis :
1°. Tous les profès, en entrant dans l'ordre, sont tenus de renier J.-C., et de cracher sur la croix.
2°. Le profès est déshabillé et embrassé d'une manière sale, par celui qui le reçoit, et, on lui permet d'en agir de même avec ses frères ; parce que les statuts de l'ordre autorisent de telles indécences.
3°. A chaque réception, on ceint le profès d'une corde, qui à touché une idole que le grand-maître et les chefs de l'ordre adorent, dans les chapitres provinciaux.
4°. Les prêtres de l'ordre ne consacrent point, en disant la messe.

Après cette lecture, on demanda aux accusés le serment de dire la vérité, sur chacun de ces articles. Dans l'interrogatoire, ils déclarèrent les quatre chefs d'accusation faux et calomnieux. Après leur dénégation formelle et unanime, les juges conférèrent, et, après quelques moments de relâche donnés aux accusés, on arrêta de procéder à un nouvel interrogatoire. Un nouveau serment fut demandé et prêté, et les Templiers persistèrent toujours dans leur dénégation. Alors, on prit un troisième parti, ce fut de les interroger isolément. Ils comparurent tous successivement, au nombre de treize, venant des cinq commanderies. Ceux de Baugy étaient au nombre de trois : Guillaume Le Raure, Aubin Langlois et Raoul de Pérouse.
Ils avouèrent tous les crimes de l'ordre, sur les deux premiers chefs d'accusation en repoussant les autres inculpations.
Cependant, un concile générai fut tenu, à Vienne, en 1311. Cette assemblée de l'église universelle fut en partie convoquée, pour abolir l'ordre des Templiers. On y sévit contre cet institut, prodigieusement dégradé : on en détruisit les fondements, on n'en laissa aucun vestige. A l'égard de leurs personnes, ceux qu'on jugea innocents, furent entretenus sur les biens de l'ordre, on pardonna à ceux qui avaient confessé leurs crimes, et l'on traita, avec la dernière rigueur, ceux qui, après l'aveu s'étaient rétractés. Ils furent brûlés, à Paris, en protestant, au milieu des flammes, de leur innocence et de celle de leur ordre.
Le concile de Vienne donna leurs biens aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Guillaume Bacon. Seigneur du Molay, confirma, en cette même année, la donation, faite par le concile général, et renonça à toutes les prétentions qu'il pourrait avoir sur les biens des Templiers de Baugy.

Sources : Barette, Jean. Histoire de Balleroy et de son canton, page 24 à 35. Condé-sur-Noireau 1843. - BNF


Anécdote N° (12)
01-11-2020

La rue du Temple de Paris

Département: Île-de-France, Arrondissement: 3e, Ville Paris - 75
La rue du Temple de Paris
La grande voie publique qui a pris le nom de l'ordre des Templiers commence à la place de Grève par une série de rues qui portaient encore, il y a quelques années, les noms des Coquilles, Barre-du-Bec, Saint-Avoye, noms absorbés aujourd'hui dans celui du Temple. Elle n'était pas probablement comprise dans l'enceinte de Louis VI et s'est arrêtée d'abord près de la rue de Braque, où était une porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, ensuite à la bastille du Temple, près de la rue Meslay, dite autrefois du Rempart, ou était une porte de l'enceinte de Charles VI, démolie en 1684.

La rue des Coquilles se nommait autrefois Gentien, d'une famille célèbre qui a donné a la ville un prévôt des marchands et le savant auteur de l'Histoire de Charles VI ; elle a pris son autre nom d'une maison dont toutes les fenêtres étaient ornées de coquilles sculptées. Cette maison, détruite récemment, était située au coin de la rue de la Tixeranderie et formait, en 1519, l'hôtel du président Louvet.
La rue Barre-du-Bec tirait son nom de l'abbé du Bec, qui avait, dit-on, son tribunal ou sa barre de justice dans cette rue, au n° 19.

La rue Sainte-Avoye avait pris son nom d'un couvent fondé en 1228 en l'honneur de sainte Hedwige ou Avoye, et qui fut occupé, en 1623, par des Ursulines. Ce couvent (n° 47), aujourd'hui détruit, a servi de temple israélite sous l'Empire. Dans cette rue étaient :

1 — L'hôtel de Mesmes, bâti par le connétable de Montmorency, et où il vint mourir en 1567, après la bataille de Saint-Denis. Henri II y séjourna quelquefois. Henri III y dansa aux noces du duc d'Épernon. Plus tard, il devint l'hôtel de la famille de Mesmes, de ces grands diplomates qui ont donné à la France l'Alsace et la Franche-Comté, qui ont signé les traités de Westphalie et de Nimègue. Sous l'empire on y établit l'administration des droits réunis, et, sous le gouvernement de Juillet, on l'a détruit pour ouvrir la rue Rambuteau.

2 — Les hôtels de Saint-Aignan, Caumartin, la Trémoille, etc. Ces grandes demeures de l'aristocratie du XVIIe siècle sont aujourd'hui encombrées de marchandises et principalement de barils d'huile et de tonnes de sucre, car les anciennes rues Sainte-Avoye, Barre-du-Bec, des Coquilles sont les succursales du commerce d'épicerie, dont les rues de la Verrerie et des Lombards sont la métropole.

Enclos du Temple de Paris BNF
Enclos du Temple de Paris (image BNF)

La rue du Temple, proprement dite, était jadis un vaste marais ou culture situé hors des murs de la ville : vers le milieu du XIIe siècle, les moines-chevaliers du Temple, défenseurs du saint sépulcre, y bâtirent un grand manoir, qui devint le chef-lieu de leur ordre, La grosse tour fut construite en 1212, par le frère Hubert ; et quand l'enclos eut été entouré de murailles et garni de tourelles, quand il commença à se couvrir de maisons, l'ensemble de ces constructions fut appelé la ville neuve du Temple et devint une forteresse imprenable.
Philippe-Auguste, en partant pour la croisade, ordonna d'y déposer ses revenus ; Louis IX y logea Henri III d'Angleterre, et ses successeurs y enfermèrent leur trésor ; Philippe-le-Bel y chercha un asile contre la fureur populaire. Les richesses qui y furent amassées par les Templiers étaient réputées les plus grandes du monde, et elles n'ont pas été une des moindres causes de leur ruine. Le 13 octobre 1307, Philippe IV se transporta au Temple avec ses gens de loi et ses archers, mit la main sur le grand maitre, Jacques de Molay, et s'empara du trésor de l'ordre. Le même jour et à la même heure, tous les Templiers furent arrêtés par tout le royaume. Alors commença ce procès mystérieux, qui est resté pour la postérité un problème insoluble, et après lequel périrent sur l'échafaud ou dans les prisons les derniers défenseurs du saint sépulcre. Les biens de l'ordre furent donnés aux hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui se transformèrent dans la suite en chevaliers de Malte.

Enclos du Temple de Paris BNF
Enclos du Temple de Paris

Le Temple devint la maison provinciale du grand prieuré de France, et la grosse tour renferma successivement le trésor, l'arsenal et les archives de l'ordre. Alors l'on n'entendit plus parler de cet édifice, si ce n'est dans les guerres des Anglais et celles de la Ligue, ou l'on s'en disputa souvent la possession.
En 1667, le grand prieur Jacques de Souvré fit détruire les tours et les murailles crénelées de l'enclos, restaurer l'église, embellir les jardins, qui furent rendus publics enfin, il fit bâtir, en avant du vieux manoir, un vaste hôtel, qui a été récemment détruit. Ce fut le théâtre des plaisirs de son successeur, Philippe de Vendôme, dont les soupers donnèrent au Temple une célébrité nouvelle, par le choix, l'esprit, le scepticisme des convives. Là brillait le galant abbé de Chaulieu, qui mourut en chrétien fervent dans ce palais on il avait vécu en nonchalant épicurien. Là, le jeune Voltaire vint compléter les leçons qu'il avait commencé de recevoir dans la société de Ninon de Lenclos.
Le grand prieuré, qui donnait 60,000 livres de revenu, passa ensuite au prince de Conti, qui, en 1765, y donna asile à Jean-Jacques Rousseau, les lettres de cachet ne pouvant pénétrer dans cette enceinte privilégiée. Le dernier titulaire fut ce duc d'Angoulême qui est mort, il y a quelques années, dans l'exil ; et son père (Charles X) y vint quelquefois renouveler les soupers du prince de Vendôme.
Les fleurs de ces fêtes étaient à peine fanées, les échos de ce voluptueux séjour murmuraient encore de tant de rires, de petits vers, de chants obscènes, quand Louis XVI et sa famille furent amenés au Temple pour y expier ces plaisirs.
Ce ne fut pas dans l'hôtel du grand prieur qu'ils furent enfermés, mais dans le donjon du frère Hubert, vaste tour quadrangulaire, flanquée à ses angles de quatre tourelles, et qui, élevée de cent cinquante pieds, dominait tout le quartier de sa masse sombre et sinistre ; on n'y arrivait que par trois cours garnies de murs, très-élèves ; on n'y montait que par un escalier fermé à chaque étage de portes de fer (1).
1. 0n peut se figurer l'emplacement de la tour du Temple, en prolongeant les rues des Enfants-Rouges et du Forez la tour était exactement a l'intersection du ces deux prolongements.

Après l'horrible drame qui se passa dans ses murs, après que le malheureux fils de Louis XVI y fut mort de misère et d'abrutissement, après que sa fille, seul reste de la famille royale, en fut sortie, la tour du Temple eut d'autres hôtes : d'abord les vaincus du camp de Grenelle, qui n'en sortirent que pour être fusillés ensuite les proscrits du 18 fructidor, qu'on transféra de là dans les cages ambulantes qui les conduisirent à Sinamary ; les conspirateurs royalistes Brottier, Duverne de Presles, Laville-Heurrois, Montlosier, etc.
Sydney Smith y fut captif en 1796 et délivré deux ans après par le dévouement de ses amis. Toussaint-Louverture y resta pendant quelques mois. Pichegru y vintavec Cadoudal, Moreau, les frères Polignac, etc. ; il y fut trouvé mort dans son lit. Le capitaine anglais Wright s'y coupa la gorge. Le gouvernement impérial fit disparaître cet édifice, qui rappelait tant de sinistres événements. Bonaparte, à peine consul, l'avait visité et avait dit « Il y a trop de souvenirs dans cette prison-là, je la ferai abattre. » En 1810, l'hôtel du grand prieur était devenu une caserne de gendarmerie ; on commençait à y bâtir la façade qu'on a récemment démolie, et l'on devait y placer le ministère des cultes la plupart des autres bâtiments du Temple n'existaient plus ; on avait démoli l'église, qui était de construction romane, avec son portail en forme de dôme et les mausolées élevés à des chevaliers du Temple et de Malte.
En 1814, l'hôtel projeté du ministre des cultes devint l'un des quartiers généraux des armées alliées ; il eut le même sort en 1818, et la cavalerie prussienne campa dans l'enclos et les jardins.
En 1816, il fut donné par Louis XVIII à une abbesse de la maison de Condé, qui s'y enferma avec des Bénédictines du Saint-Sacrement pour pleurer et prier sur les infortunes royales. Cette princesse ajouta à l'hôtel Souvré une jolie chapelle, dont l'entrée était rue du Temple.
Après la révolution de 1848 les Bénédictines abandonnèrent le palais du Temple, qui resta pendant plusieurs années sans destination ; il vient d'être détruit, et sur son emplacement on a ouvert un jardin.

A côté du Temple était un vaste enclos qui s'étendait jusqu'aux remparts de la ville et qui, de temps immémorial, servait d'asile aux criminels, aux débiteurs, aux banqueroutiers, aux ouvriers qui travaillaient sans maîtrise. Grâce à privilège, l'enclos se couvrit de maisons, qui louées à des prix très-élevés, procuraient un revenu considérable au grand prieur, lequel y avait d'ailleurs droit de haute et basse justice.
Celles qui avoisinaient l'église formaient une suite de baraques qu'on appelait les charniers du Temple et qui servaient de marché.
En 1781, on construisit sur une partie des jardins, au levant de l'église et de la grosse tour, un bâtiment d'architecture bizarre : c'est la Rotonde du Temple, élevée sur les dessins de Pérard de Montreuil, vaste et lourde construction de forme elliptique, dont le rez-de-chaussée figure une galerie couverte percée de quarante-quatre arcades. Cette maison est habitée par des ouvriers et des petits marchands ; elle a appartenu à Santerre, qui y est mort en 1808.
L'enclos du Temple devint en 1790 propriété nationale lorsque l'église, la tour, les charniers eurent été détruits, on construisit, sur leur emplacement, en 1809, un vaste marché, formé de quatre grands hangars en charpentes, sombres, hideux, ouverts à tout vent, où campent plus de six mille marchands et où viennent s'étaler tous les débris des vanités et des misères de Paris : c'est la halle aux vieilleries et le marché très-abondant et très-utile où le peuple monte à bas prix sa toilette et son ménage.
Plusieurs rues furent alors ouvertes et qui portent des noms de l'expédition d'Egypte : Perrée, Dupetit-Thouars, Dupuis, etc. La grande porte de l'enclos, qui était située en face de la rue des Fontaines, n'a été détruite qu'en 1818.

La rue du Temple renfermait jadis plusieurs établissements religieux :
1 — Le couvent des Filles Sainte-Elisabeth, fondé en 1614 par Marie de Médicis et dont l'église fut construite en 1630. Ces religieuses appartenaient au tiers ordre de Saint-François et se vouaient à l'éducation des jeunes filles. Les bâtiments, qui, depuis la révolution, avaient été convertis en magasins de farine, sont occupés aujourd'hui par des écoles municipales. L'église a été rendue au culte en 1809.
2 — Le couvent des Franciscains de Notre-Dame-de-Nazareth, par le chancelier Séguier en 1630, et dont l'église belle et vaste renfermait les tombeaux de cette famille. Il ne reste aucune trace de ce couvent, qui occupait tout l'espace compris entre les rues Neuve-Saint-Laurent et Notre-Dame-de-Nazareth.

Le quartier du Temple est un des plus importants, des plus populeux, des plus industrieux de la capitale. La partie qui avoisine le Marais a l'aspect de ce dernier quartier ; elle est, comme lui, coupée de rues droites et belles, couverte d'anciennes et grandes maisons, où jadis demeurait la magistrature, et qui sont aujourd'hui envahies par l'industrie ; ainsi en est-il des rues des Chantiers, d'Anjou, de Vendôme, etc.

La partie qui avoisine le quartier Saint-Martin est, comme ce quartier, remplie de rues sales, humides et étroites, couverte de hautes et laides maisons, entièrement peuplées d'ouvriers ainsi en est-il des rues des Gravilliers, Phétipeaux, Transnonain, etc. La population de ce quartier peut être regardée comme le type de la population ouvrière de Paris elle a tous ses défauts et ses qualités laborieuse, gaie, spirituelle, mais insouciante, prodigue, amie du plaisir ardente, généreuse, brave, éclairée, mais mobile, présomptueuse, facile à égarer, prompte à se faire des idoles, plus prompte à les détruire ; pauvre, désintéressée, passionnée pour la gloire du pays, mais turbulente, indocile, encline au bruit et au désordre, hostile à l'autorité.

En 1792, la section des Gravilliers comptait parmi les plus révolutionnaires la rue Transnonain et les rues voisines furent le principal théâtre de l'insurrection de 1834 ; dans la révolution de février, dans les journées de juin 1848, les rues du quartier du Temple ont été hérissées de barricades et ensanglantées par des combats.

Les industries qui dominent dans le quartier du Temple sont celles des bronzes, de la bijouterie, de la tabletterie, etc., elles font à l'étranger l'honneur de Paris et de la France.

Parmi les rues qui débouchent ou qui débouchaient dans la rue du Temple, nous remarquons :
1 — Rue de la Tixeranderie.
L'une des plus anciennes rues de Paris, qui avait pris ce nom dans le XIIIe siècle des tisserands qui y demeuraient. C'était une des plus importantes et des mieux peuplées du vieux Paris. Elle a été récemment détruite, et son sol est occupé par la rue de Rivoli et la place de l'Hôtel-de-Ville ; avec elle ; ont disparu les rues du Coq, des Deux-Portes, des Mauvais-Garçons, qui y aboutissaient, ainsi que les hôtels célèbres qu'elle renfermait et dont voici les principaux :

1 — L'hôtel de Sicile.
Entre les rues des Coquilles et du Coq, habité, au XIVe siècle, par les rois de Naples de la maison d'Anjou en fouillant les fondations de cet hôtel en 1682, on y a trouvé plusieurs tombeaux romains.

2 — L'Hôtel de la reine Blanche.
Entre les rues du Coq et des Deux-Portes, habité par Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois ; il en restait quelques débris, entre autres une tourelle au coin de la rue du Coq.

3 — L'Hôtel Saint-Faron, appartenant aux abbés de Saint-Faron de Meaux.
4 — Au coin de la rue du Coq était le modeste appartement habité par Scarron, ce créateur de la littérature facile, si célèbre de son temps, aujourd'hui presque oublié, c'est là qu'il épousa, en 1652, Melle d'Aubigné ; c'est là que les deux époux, malgré leur pauvreté, recevaient toutes les illustrations du XVIIe siècle, Turenne, Madame de Sévigné, Mignard, Ninon de Lenclos, le duc de Vivonne, le maréchal d'Albret, le coadjuteur de Retz ; c'est là que s'étaient rassemblés les plus ardents frondeurs et que s'étaient faits les plus piquants libelles contre Mazarin c'est là que le spirituel Cul-de-jatte mourut ; et sa jeune veuve, qui devait s'asseoir à côté de Louis XIV, presque sur le trône de France, se trouva si pauvre, qu'elle fut obligée de quitter ce chétif appartement pour se retirer dans un couvent de la rue Saint-Jacques.

La rue de la Tixeranderie a joué un grand tôle dans la bataille de juin 1848 ; c'est à l'entrée de cette rue, du côté de l'Hôtel-de-Ville, que le général Duvivier reçut une blessure mortelle.

2 — Rue de la Verrerie.
Elle date du XIIe siècle et tire son nom des verriers qui y étaient établis, suivant les habitudes du moyen âge, les métiers de cette époque ayant tendance à se réunir dans les mêmes lieux, à s'associer par des intérêts communs, à contracter, sous le patronage d'un saint, les liens d'une pieuse fraternité. Dans cette rue demeurait, en 1392, Jacquemin Gringonneur, qu'on croit être l'inventeur ou du moins le restaurateur de l'invention des cartes à jouer « Ce fut, dit un chroniqueur, pour l'esbattement du seigneur roy Charles VI. »
Au coin de la rue de la Poterie était l'hôtel d'Argent, où les comédiens italiens s'établirent en 1600. Aujourd'hui, la rue de la Verrerie, une des plus tumultueuses et des plus commerçantes de Paris, renferme principalement les négociants en épiceries, ou, comme l'on dit aujourd'hui, en denrées coloniales.

3 — Rue Rambuteau.
Cette grande et belle voie publique a été ouverte récemment pour faire communiquer la place Royale et le faubourg Saint-Antoine avec les Halles : elle part de la rue de Paradis, traverse l'ancien hôtel de Mesmes, absorbe la rue des Ménétriers, occupe la place du couvent Saint-Magloire, absorbe la rue de la Chanverrie et arrive à la pointe Saint-Eustache : elle a pris ses aises aux dépens de tout ce réseau inextricable de sales maisons qui se pressaient de la rue Sainte-Avoye aux Halles, coupant à droite et à gauche un morceau à chaque rue, mais aussi donnant de l'air et du soleil à trois quartiers. Le commerce et l'industrie se sont emparés de cette rue nouvelle, dont quelques maisons sont assez élégamment construites l'une d'elles (n° 49) a sur sa façade un buste de Jacques Cœur, élevé par les soins de la ville, avec cette inscription : A JACQUES COEUR PRUDENCE, PROBITE, DESINTERESSEMENT.
On croit que ce financier avait une maison dans le voisinage, les uns disent rue de l'Homme-Armé, les autres rue Beaubourg.

4 — Rue de Braque.
Il y avait là une porte de Paris, près de laquelle un bourgeois, Arnoul de Braque, fit construire une chapelle et un hospice en 1348. Marie de Médicis, en 1613, y transféra les religieux de la Merci. On sait que ces religieux aux trois vœux ordinaires de religion joignaient celui « de sacrifier leurs biens, leur liberté et leur vie pour le rachat des captifs. » Ce couvent et son église furent rebâtis au XVIIIe siècle, au coin de la rue du Chaume : ils sont aujourd'hui à demi-détruits. La grande salle du couvent a servi de théâtre pendant la révolution.

6 — Rue des Vieilles-Audriettes.
Elle tire son nom d'un couvent de religieuses hospitalières dont le fondateur s'appelait Audry. Au coin de la rue du Temple était une échelle patibulaire de cinquante pieds de haut, élevée par le grand prieur du Temple pour les criminels de sa juridiction ses débris ont subsisté jusqu'en 1789.

6 — Rue Chapon.
Dans cette rue était un couvent de Carmélites, fondé en 1617, et qui occupait l'espace compris entre les rues Chapon, Montmorency et Transnonain. Ce couvent ayant été détruit en 1790, plusieurs maisons furent construites sur son emplacement : dans l'une des maisons de la rue Transnonain (1), un amateur de théâtre, nommé Doyen, fit construire une salle de spectacle, où la plupart des acteurs célèbres du XIXe siècle ont débuté. A la mort de Doyen, cette salle fut démolie, et à sa place on bâtit une maison qui devint horriblement célèbre le 14 avril 1834 par le massacre de quatorze de ses habitants.
1. On a fait récemment disparaitre le vieux nom de cette rue fameuse qui n'est plus, aujourd'hui, que la continuation de la rue Beaubourg.

7 — Rue Portefoin Portefoin.
Ainsi appelée d'un bourgeois qui l'habitait au XIVe siècle. A l'extrémité de cette rue se trouvaient l'église et l'hospice des Enfants-Rouges, fondé par François Ie et sa sœur Marguerite de Valois, « pour les pauvres petits enfants orphelins qui ont été et seront d'ores en avant trouvés dans l'Hôtel-Dieu. » On les appela d'abord Enfants-Dieu et plus tard Enfants-Rouges, à cause de la couleur de leurs vêtements. Cet hospice fut supprimé en 1772 et réuni au grand hospice des Enfants-Trouvés. On donna les bâtiments aux Pères de la Doctrine chrétienne, qui les occupèrent jusqu'en 1790. Ils furent vendus en 1797, et sur leur emplacement on a ouvert une rue.
Le ministre Machault et le constituant Duport ont demeuré rue des Enfants-Rouges. Au coin de la rue d'Anjou était l'hôtel du maréchal de Tallard, qui existe encore.

8 — Rue des Fontaines.
Dans cette rue se trouve la prison, autrefois le couvent des fondé en 1620, pour les filles débauchées, par un bourgeois Robert de Montry, et par une grande dame, la marquise de Meignelay. Il formait trois divisions : celle des filles débauchées qu'on y renfermait de gré ou de force ; celle des filles repenties ; celle des religieuses de Saint-Michel, qui gouvernaient les unes et les autres. En 1793, cette maison devint une prison politique pour les suspects, et qui eut le privilège de ne fournir aucun de ses hôtes pour l'échafaud. C'est là que furent renfermés l'abbé Barthélémy, le poète Champfort, le ministre Fleurieu, le général Lanoue, les acteurs du Théâtre-Français, etc. En 1795, on en fit ce qu'elle est encore, une maison de détention pour les femmes condamnées. L'église, qui datait de 1680, a été détruite.

9 — Rue Meslay.
Elle s'appelait d'abord rue du Rempart, et, à son extrémité, près de la rue Saint-Martin, était une butte où il y avait trois moulins. C'est dans cette rue que se trouvait l'hôtel du commandant de la garde de Paris : en 1788, une troupe de jeunes gens, ayant brulé devant cet hôtel l'effigie du ministre Brienne, fut assaillie par les soldats et en partie massacrée.

10 — Rue de Vendôme.
Ouverte en 1696 sur les terrains de l'ordre de Malte, lorsque Philippe de Vendôme en était grand prieur. Dans cette rue était l'hôtel du général Friant, l'un des volontaires parisiens de 1792 ; c'est aujourd'hui la mairie du sixième arrondissement.

Sources : Lavallée, Théophile. Histoire de Paris, depuis le temps des gaulois jusqu'en 1850. Tome 2, pages 114 à 127. - BNF


Anécdote N° (13)
16-02-2021

Chauvigny

Département: Vienne, Arrondissement: Poitiers, Commune: Chauvigny - 86
Commune de Chauvigny
Ceci est une très belle recherche, mais aucune preuve réelle de la présence des Templiers. Pas même une rue du Temple...

Les manoirs des Puys et du Temple
D'après la Chronique les Chevaliers du Temple ou Templiers possédaient à Chauvigny deux résidences : l'une dans la ville haute le « Manoir des Puis » et l'autre dans la ville basse le « Manoir du Temple »

Le Manoir des Puis est maintenant la Métairie des Puis. Elle est située à peu de distance des anciennes enceintes de la ville, sur la gauche de la rue qui va au cimetière, coin des rues de la Porte Chevrault et des Rosiers.

Ce manoir était construit sur le plateau dominant la vallée de la Vienne, sur l'emplacement de l'extrémité nord de l'ancien Oppidum, dont on voit encore à quelques distance les traces.

Dans les bâtimehts on voit des vestiges du Moyen-Age, (XIIe siècle), notamment une fenêtre à accolade maintenant murée qui s'ouvrait sur la rue. De là, on découvre la belle vallée de la Vienne.

Il est probable que la construction principale du Manoir était le vieux bâtiment qui se trouve un peu plus au sud en dedans de l'ancienne enceinte extérieure et au-dessus des jardins du « Belvedère » L'antique édifice a son accès par l'impasse de la rue qui va au cimetière ; il apparaît du côté de la rue des Grandes Ecoles, on aperçoit plusieurs baies murées où l'on retrouve l'ogive et le plein cintre qui domine. Le logis se compose de deux bâtiments, l'un en retrait sur l'autre. L'intérieur est complèment transformé. Un grand souterrain muré sortait dans les jardins de la rue des Grandes Ecoles.

Le Manoir du Temple, XIIIe siècle, est situé en ville basse dans la rue de Châtellerault, face à la rue du Port. C'est un carré long de 20 mètres 50 sur 13 mètres environ.

La façade qui se développe sur la rue à un étage inférieur assez nu. Au-dessus se profile un cordon où s'ouvrent quatre fenêtres cintrées à nervures ornées de trèfles à jour et de fines colonnettes.

La boulangerie de M. Lebeau est installée dans le bâtiment. Des caves voûtées avec arceaux en pierres d'appareil existent au-dessous du bâtiment. L'entrée actuelle est une coupure dans la maçonnerie, mais on voit la trace de l'ancienne ouverture à côté. La propriété s'étendait vers l'ancienne Grande rue (rue Saint-Léger).

Le Grand Gauthier mentionne les fourches patibulaires des Templiers dressées près de la forêt de Chauvigny et qui ont été enlevées vers le commencement du XIVe siècle, un peu après la suppression de l'ordre du Temple qui eut lieu en mars 1312.

On sait que, après cette suppression, les biens du Temple furent remis à l'Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, car ces derniers eurent jusqu'à la fin de l'Ancien régime des possessions dans le voisinage, à la Lande et à Sainte-Radégonde.

Ne diffuser pas cette information
Personnelement, je n'ai jamais trouvé de document confirmant la présence des Templiers à Chauvigny, pas plus de celle des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
J. F. Lavrard. Association Guillaume de Sonnac.
D'après ses recherches, il ne croit pas à la présence des Templiers à Chauvigny.

Sources : Jouteau, Pol. Chauvigny et les Chauvinois, pages 198-199. Lezay 1933. - BNF


Anécdote N° (14)
07-01-2022

Les Templiers en Tricastin

Département: Drôme, Arrondissement: Nyons, Canton: Pierrelatte - 26
Les Templiers en Tricastin
Fondation des Templiers dans le Tricastin
Hormis les archivistes et les érudits, qui se doute aujourd'hui des établissements que les chevaliers du Temple fondèrent dans le Midi de la France et chez nous, dans le Tricastin, il y a huit cents ans ? Ceux-là mêmes qui ont appris à l'école quelle fut leur fin tragique, soupçonnent-ils l'essor prodigieux de cette milice monastique, son rôle immense aux points de vue religieux militaire, économique et social ? Leur histoire demeure vivante, cependant, sous la poussière des vieux papiers.

Ainsi en est-il des chartes vénérables, dont l'original se trouve soit aux archives soit au Musée Calvet d'Avignon et que le marquis de Ripert Monclar édita, pour la première fois, en 1907 sous le titre de « Cartulaire de la commanderie de Richerenches, de l'ordre du Temple. »

Ce fut la révélation d'un trésor. Ces vieux actes du XIIe siècle intéressent la plupart des localités du Tricastin (Basse-Drôme et Haut-Comtat, de Rac, Rochefort, Taulignan, à Valréas, Vaison et Orange).

Déjà, plusieurs historiens ou archéologues ont exploité ce Cartulaire comme une mine mais leurs précieux travaux sont restés trop souvent enclos dans les bulletins savants inaccessibles pour le commun, des mortels. Beaucoup de nos lecteurs seront heureux de trouver, ici des détails exacts sur un passé glorieux ou douloureux, à jamais enseveli.

Né à Jérusalem, en 1118, de l'association de quelques chevaliers français, l'ordre du Temple fut approuvé au concile de Troyes en 1128 et y reçut une règle inspirée par Saint-Bernard. Cette règle même prévoyait renvoi dans toute la chrétienté, de frères chargés de solliciter les dons et de recruter des chevaliers.

Saint-Paul-Trois-Châteaux
Or, voici qu'au mois de mars 1130, l'un des envoyés, Arnaud de Bédos, arrivait à Saint-Paul-Trois-Châteaux. On imagine l'accueil qui lui fut réservé, par la charte du Jeudi-Saint, 19 mars, où l'évêque Pons de Grillon, et quelques seigneurs de la vieille cité (Bertrand Viaders et ses frères ; et Guillaume de Saint-Paul, et Pierre Artaud ; Pérégrine et son fils Pierre de Donzère, autant de familles depuis des siècles disparues), donnent au Temple « dans-la ville de Saint-Paul, l'église et le palais de Saint-Jean, avec le quartier qui les entoure. »

D'après son titre, cette église était vraisemblablement l'ancien baptistère de l'évêché : bien auparavant, elle avait appartenu à la célèbre abbaye de Montmajour, et des documents anciens semblent prouver qu'elle avait été érigée sur les ruines d'un cirque romain.

En 1172, on trouvera, dans une reconnaissance de cette donation « Adalard, gardien de la maison de Saint-Jean. » Etait-ce le seul occupant de cette maison du Temple ? Peut-être, mais en tous cas elle n'eut jamais qu'un personnel très restreint, et, dès l'an 1203, par une transaction avec l'évêque Bertrand de Pierrelatte, les Templiers cessèrent d'être coseigneurs de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Mais il faut noter que la petite commanderie de Saint-Paul est l'aînée de celle de Richerenches, et par conséquent le premier établissement que l'ordre du Temple ait acquis ou fondé dans le marquisat de Provence.

Nous avons vu, au 19 mars 1136, la fondation de la maison de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Avant la fin de cette même année 1136, Armand de Bédos recevait une autre donation plus magnifique : celle des terres de Richerenches, sur lesquelles il commença aussitôt l'édification d'une commanderie qui devait devenir puissante et célèbre.

Le monastère était encore en construction le 15 mars 1143, comme l'indique la charte n° 19 ; on ne sait pas l'époque exacte où les travaux furent terminés, mais ils durent l'être avant la mort, survenue en 1151, du véritable fondateur, Hugues de Bourbouton. Ce généreux seigneur, non content de sacrifier ses possessions et ses droits, dit adieu à son épouse Marchise, et se donna lui-même à l'Ordre du Temple.

Bientôt, Hugues devenait commandeur. Puis, en 1145, son fils Nicolas, imitant son exemple, se consacrait, lui et ses biens, aux frères du Temple. Parmi les témoins de sa profession, il faut signaler Dom Leuzon, abbé d'Aiguebelle : on pense que c'était Dom Guillaume Leuzon, le bienheureux Guillaume, signalé comme le premier abbé par les Annales d'Aiguebelle. Honneur dû sans doute aux parentés et alliances qui existaient entre les familles des fondateurs ou des moines d'Aiguebelle, et celles des fondateurs et chevaliers de Richerenches.
Mais témoignage de déférence et d'amitié, renouvelé par plusieurs autres chartes, envers la jeune abbaye cistercienne, fondée en 1137, et dont l'année 1937, verra se célébrer les fêtes grandioses du huitième centenaire destinée des moûtiers !
Abbaye cistercienne à Léoncel 26190 (Drôme)

Tandis qu'il ne reste que des ruines de la commanderie de Richerenches, le monastère cistercien demeure une ruche florissante et fervente après huit cents ans d'existence, à peine interrompus par le baron des Adrets, et la Révolution.

Combien d'autres localités de la Drôme et du Vaucluse sont citées par le Cartulaire des Richerenches :
Abolena (Bollène 84) ; Aleyrac (26) ; Alençon (26 Teyssières) ; Allan (26) ; Les Aubagnans (26 Rochegude) ; Alixan (26) ; Autichamp (26), Aubres (26) ; Alcyon ( ?) ; Aucelon (26) ; Barry (Vercheny 26) ; La Baume-de-Transit (26) ; Bagnols (26 Montauban-sur-l'Ouvèze) ; Barcelonne (26) ; Bourdeaux (26) ; Caderousse (84) ; Lachau (26) ; Chamaret (26) ; Colonzelle (26) ; Châteauneuf-du-Rhône (26) ; Chantemerle (il y en a plusieurs) ; Charols (26) ; Clansayes (26) ; Clérieux (26) ; Crest (26) ; Donzère (26) ; Espeluche (26) ; La Garde-Adhemar (26) ; Lagarde-Paréol (84) ; Grignan (26) ; Grillon (84) ; Gigondas (84) ; Mérindol (84) ou Mérindol-les-Oliviers (26) ; Mirabel (26) ; Montauban (Montauban-sur-l'Ouvèze 26) ; Montdragon (81) ; Montjoyer ( 26) ; Montségur-sur-Lauzon (26) ; Montélimar (26) ; Mornas (84) ; La Motte ( ?) ; Nyons (26) ; Orange (84) ; Pierrelatte (26) ; Puy-Saint-Martin (26) ; Rac (Montélimar 26) ; Rochefort ( ?) ; Roussas (26) ; Saint-Paul-Trois-Châteaux (26) ; Saint-Restitut (26) ; Sauzet (26) ; Suze-la-Rousse (26) ; Taulignan (26) ; Tulette (26); Valaurie (26) ; Valréas (84) ; Visan (84), etc....
Sans compter les lieux-dits encore existants ou disparus depuis des siècles, que l'historien même, sans ces précieuses chartes des Templiers, n'aurait pas soupçonnées !

Il y a là des noms de donateurs ou de simples témoins, des noms de seigneurs de dames : de chevaliers du temple ; les noms des lieux où l'Ordre acquiert soit des terres, soit des droits de dépaissance. Car ces moines militaires ont besoin non seulement de blé et de laine ; mais il leur faut des facultés d'élevage, en particulier de beaux chevaux d'armes qui se vendent de 200 à 500 sous, ce qui ferait tout de même quelques billets de mille en monnaie actuelle !

Avant la venue des Templiers, Richerenches n'était qu'un simple lieu-dit de la seigneurie de Bourbouton. Mais un village important se groupa bientôt à l'abri de ce couvent puissamment fortifié. Aujourd'hui, il ne subsiste de la Commanderie que quelques restes d'un grand caractère ; mais si évocateurs qu'ils soient pour l'érudit, ces murs ne nous révèlent point toute la vie intérieure et extérieure de ces Templiers, priants, négociants, hospitaliers, et combattants. Quelle tentation de les faire revivre, comme en un film de cinéma, au milieu de ces décombres où les légendes poussent comme les ronces, et sur lesquelles on se prend à se demander avec une sorte de crainte religieuse, ou de mélancolique sympathie : Ames des chevaliers, revenez Vous encore ?

Sources : Abbé BOISSE. Le Tricastin : histoire, arts, littératures, tourisme, page 101 à 104. Pierrelatte octobre 1936. - BNF


Anécdote N° (15)
10-02-2021

Étampes et les Templiers

Département: Ile-de-France, Arrondissement et Canton: Étampes - 91
Étampes et les Templiers
Je ne sais pas quoi en dire. Je n'ai aucune preuve des dons cités dans cette étude. Mais, peut-être sont-ils réels.
Le nom du territoire d'Étampes se retrouve souvent mêlé aux récits des largesses dont, à l'exemple de plusieurs autres rois de France, Louis VII enrichit de célèbres églises et d'illustres monastères. En suivant le cours des libéralités de nos monarques, plus d'une fois en effet, on reconnaît que les objets de leurs donations furent quelques-uns de ces nombreux moulins ou autres domaines dont ils étaient possesseurs dans la vallée d'Étampes (1).
1. Une foule de monuments historiques constatent que plusieurs de nos rois, tels que Louis-le-Gros, Louis VII, la reine Blanche, saint Louis, etc., ont concédé à diverses abbayes, entre autres à l'abbaye de Saint-Victor de Paris, les revenus de plusieurs moulins royaux d'Étampes. (Voyer la plupart de ces actes au Trésor des Chartes, Archives du royaume.)

Or, dans le texte de ces actes d'un âge si éloigné de nous, on retrouve le nom même, quoique souvent défiguré, que ces moulins ou autres propriétés, après plusieurs siècles, conservent encore aujourd'hui (2). Plusieurs anciens documents attestent que quelques-uns de ces revenus furent aussi attribués aux religieux hospitaliers de l'ordre du Temple. Ceci devrait nous inviter à rechercher si cet ordre militaire, fruit des croisades, n'avait point établi l'un de ses séjours dans le territoire d'Étampes.
2. C'est ainsi qu'on retrouve dans de vieilles chartes, conservées aux Archives du royaume, le nom des moulins Derneteau, du Sablon, de Chaufour, etc. (Voyer Trésor des chartes, Archives du royaume)

Mais les ruines d'une chapelle des Templiers que l'œil découvre encore non loin de la ville sur une colline au-dessus du vallon de Valnay, dispensent, ce nous semble, de citer d'autres preuves, et ne permettent point de douter de l'ancienne présence dans ces lieux de ces célèbres chevaliers. On ignore à quelle époque fut détruite cette antique chapelle ; mais on ne doit point-faire remonter sa destruction aux temps où fut aboli l'ordre du Temple auquel elle appartenait. Un fait, puisé dans l'histoire de nos guerres civiles du dernier siècle, porterait à croire au contraire qu'elle survécut longtemps encore à cet ordre religieux et militaire dont la gloire fut si grande, et la fin si tragique. Il est probable du moins que ces ruines, servant alors de prison, n'étaient pas dans le même état de dégradation où nous les voyons aujourd'hui (3).
3. Les chevaliers de l'ordre du Temple, fondé au douzième siècle et supprimé par décision du concile de Vienne, le 3 avril 1312, possédaient, en France un grand nombre de chapelles isolées dont on retrouve souvent les débris sûr des collines, ou au milieu des bois. Le fait qui se rapporte à celle des environs d'Etampes, m'a été raconté par des habitants qui en conservent encore le souvenir. Sur la fin du dernier siècle, à l'époque des guerres de la Vendée, une troupe nombreuse de prisonniers vendéens ayant été amenée à Etampes, on choisit pour le lieu de leur prison, les ruines mêmes de la chapelle des Templiers. Mais après quelques jours d'une dure captivité dans cette enceinte, ils parvinrent, dit-on, à s'évader, et plusieurs regagnèrent leurs foyers.

Entre les divers actes émanés des rois de France en faveur des Templiers, et où se trouve mêlé le nom d'Étampes, on doit remarquer une charte de Louis-le-Jeune, de l'an 1163. Un seigneur de sa cour, Théodoric Haleran, avait reçu de sa libéralité une rente annuelle de dix muids de froment à prendre sur le moulin royal de Dabustalle (de Dabustallo) à Étampes. Plus tard, étant devenu chevalier de l'ordre du Temple, il avait transporté cette rente aux Templiers, et le monarque ; par cette charte précitée ; s'empressa de confirmer ce transport (4).
4. Voyez aux manuscrits de la Bibliothèque royale un vidimus de cette charte, sur parchemin, de l'an 1173.

Dans les donations de nos rois de la troisième race, il est quelquefois fait mention d'une monnaie d'Étampes, (moneta Stampensis) (5) Ces mots nous font connaître un privilège important dont jouissait cette ville : c'était le droit de battre monnaie dans son enceinte. Ce droit a toujours été regardé comme une faveur spéciale, que les monarques étaient loin de prodiguer indifféremment à toutes les cités. Un grand nombre de villes considérables n'en ont jamais joui ; aussi devrait-on s'étonner que celle d'Étampes l'eût obtenue de préférence, si l'on ne se rappelait qu'avant été l'une des résidences habituelles de plusieurs rois de France, elle dut a ce titre d'être honorée des marques particulières de leur affection.
5. Voir entre autres une charte de saint Louis, de l'an 1252, par laquelle ce monarque fait don aux Templiers de trente livres, monnaie d'Etampes (triginta, libras monetæ Stampensis) à prendre sur le monnayeur d'Etampes. (Le Blanc, Traité des monnaies, page 155. — Trésor des chartes, Archives du royaume)

Sources : Montrond, Maxime Fourcheux. Essais historiques sur la ville d'Étampes avec des notes et des pièces justificatives, page 16 à 128, Tome 1. Paris 1836 - BNF


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