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Quelques anecdotes trouvées ici et là concernant les Templiers et les Hospitaliers

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Anécdote N° (6)
08-04-2017

Le Grand-Chantier

Département: Ile-de-France, Arrondissement et Canton: Paris - 75
Porte hôtel de Clisson
En remontant donc le cours des siècles et en s'arrêtant au douzième, on trouve dans Sauval (1) que les Templiers possédaient à l'endroit où fut plus tard bâti l'hôtel de Clisson une maison avec un vaste enclos, nommée le Grand-Chantier (2), et qu'ils y avaient établi des boucheries ; mais ni lui, ni aucun autre historien ne nous apprend ce qu'elle est devenue après la suppression de l'ordre du Temple, et par suite de ce silence, on peut présumer qu'elle fut comprise dans le séquestre des biens des chevaliers, puis appliquée à payer les frais de leur procès ou abandonnée aux frères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
1. Antiquités de Paris.
2. Il existe encore aujourd'hui une rue qui porte ce nom, et qui occupe une partie de l'emplacement de l'ancien Grand-Chantier.


En 1371 seulement, le Grand-Chantier du Temple fut, suivant Saint-Foix, acheté par le connétable Clisson moyennant quatre mille livres dont le roi Charles V lui avait fait présent (3) ; — suivant Pasquier et Piganiol de La Force (4), il fut au contraire donné au connétable par les Parisiens, lorsqu'après leur révolte connue dans l'histoire sous le nom de Journée des Maillotins, « ils se virent réduits par son moyen à venir crier miséricorde au roi dans la cour du palais ; et en effet les M d'or couronnées qu'on a vues longtemps sur les murailles et les combles de cet hôtel faisaient connaître qu'on les avait ainsi peintes pour insulter aux Parisiens et leur reprocher leur faute. Elles indiquent aussi la raison pour laquelle sous Charles VI et même après, on nommait cet hôtel l'Hôtel de la Miséricorde. »
3. Essais historiques sur Paris.
4. Description de Paris.


Saint-Foix réfute cette version, et son opinion paraît plus raisonnable.
L'hôtel de Clisson, dit-il, ne fut nommé Hôtel de la Miséricorde qu'en 1383, c'est-à-dire douze années après l'acquisition que le connétable en avait faite : et si ce dernier nom lui a été donné, c'est que les Parisiens allèrent y crier miséricorde, que Clisson intercéda pour eux et se mit dans la cour du palais aux genoux du roi pour obtenir leur grâce. Quant aux M d'or couronnées, ajoute-t-il, c'était un ornement militaire que les seigneurs mettaient sur les murs de leurs hôtels et qui figurait une espèce de coutelas appelé Misércorde, que les anciens chevaliers posaient sur la gorge de leurs ennemis, après les avoir terrassés. Hôtel de Clisson

Sources: Bonnefons. Les hôtels historiques de Paris : histoire, architecture. Page 5 et 6. Paris 1852. - BNF


Anécdote N° (7)
09-04-2017

Rue des Francs-Bourgeois

Département: Ile-de-France, Arrondissement et Canton: Paris - 75
Rue des Francs-Bourgeois
Dans la rue des Francs-Bourgeois où nous ne tardons pas à arriver, les vieux souvenirs parisiens se réveillent en foule. Francs-Bourgeois

Au treizième siècle, cette rue s'appelait rue des Viez Poulies, parce qu'un jeu de poulies y était installé. L'établissement consacré à cet exercice produisait annuellement 20 sols parisis de rente, qu'en 1271 Jean Gennis et sa femme abandonnèrent aux Templiers.

Quatre-vingts ans plus tard, un autre bourgeois nommé Roussel fit bâtir une maison pour hospitaliser vingt-quatre bourgeois pauvres. Son gendre Pierre le Mazurier donna, en 1415, la maison et 70 livres de rente au grand prieur de France, à la condition que le nombre des hospitalisés serait doublé, c'est-à-dire qu'on en logerait deux dans chaque chambre. Le contrat fut exécuté et, à partir de ce moment, la rue prit le nom qu'elle porte parce que ces pauvres bourgeois étaient francs, c'est-à-dire exempts de tous impôts (1).
1. Cette dénomination ne s'appliqua jusqu'en 1868 qu'à la partie de cette voie comprise entre les rues Payeune et Pavée et la rue Vieille-du-Temple ; lés autres parties s'appelaient, à l'ouest, rue de Paradis ; à l'est, rues Neuve-Sainte-Gatherine et de l'Echarpe.

Sources: Martin, Alexis. Une Visite à Paris, la ville et ses promenades vues en quinze jours, page 156, 2e édition. Paris 1909-1910. - BNF


Anécdote N° (8)
10-04-2017

Lachapelle-en-Blaisy

Département: Haute-Marne, Arrondissement: Chaumont, Canton: Juzennecourt - 52
Domaine du Temple de Lachapelle-en-Blaisy
Pouillés de la province de Lyon
En réalité, le pouillé est sensiblement antérieur à l'an 1340, et l'on peut voir un indice certain de l'âge auquel il appartient, dans ce fait que les archiprétrés du diocèse d'Autun y sont appelés ministeria d'un terme évidemment tombé en désuétude, en ce sens particulier, avant le XIVe siècle. D'ailleurs sa rédaction doit être reportée au delà de l'an 1312, date de la suppression de l'ordre du Temple, car les Templiers de Bourbon-Lancy y sont mentionnés comme patrons de l'église paroissiale d'Anzy, et l'on peut supposer, d'autre part, qu'elle est postérieure à 1239, date de fondation de l'abbaye de Marcilly qui figure dans le poulllé au nombre des établissements religieux de l'archiprètré d'Avallon.

Pouillé compilé en 1436, diocèse de Langres
C'est d'après ce manuscrit, ici désigné par la lettre T, que j'ai établi le texte du plus ancien pouillé connu du diocèse de Langres, monumment dont la date est assez malaisée à fixer, mais qui pourrait bien avoir été rédigé avant l'année 1312, puisque les Templiers y sont indiqués comme les patrons des églises de Lachapelle-en-Blaisy et d'Arrentières (1).
1. Page 154 du présent volume. Il est possible, en somme, que ce pouillé ne soit pas différent de celui dont il est parlé, en 1315, dans une enquête relative au droit de présentation à l'église paropissiale de Chaource. (Lalore, collection des principaux cartulaires du diocèse de Troyes, tome VII, page 207.)

Sources: M. Auguste Longnon. Pouillés de la province de Lyon, pages XVI et XXIII. Paris Imprimerie Nationale MDCCCCIV. - BNF


Anécdote N° (9)
19-07-2018

Tombes trouvés dans la cour du Temple de La Rochelle

Département: Charente-Maritime, Arrondissement et Canton: La Rochelle - 17
Tombes trouvés dans la cour du Temple de La Rochelle
RAPPORT
A M. le Maire de la Rochelle,
Sur des tombes trouvées dans la Cour du Temple.
La Rochelle, le 30 mars 1868.

Monsieur le Maire,
Vous avez bien voulu me signaler la découverte de cinq sarcophages en pierre, faite en creusant le sol pour la construction d'une cave, dans une maison située cour du Temple et appartenant à M. Germain, fabricant de sièges. Le jour même de votre communication, j'ai eu l'honneur de vous entretenir du résultat de mon enquête. Depuis, et malgré le peu d'importance des objets trouvés, il m'a semblé qu'il serait bon d'en conserver l'inventaire, comme une sorte de procès-verbal destiné à fournir certains renseignements aux futurs explorateurs des terrains occupés jadis par l'ancienne commanderie du Temple c'est ce que je vais essayer de faire.

Les cinq cercueils dont il s'agit ont été découverts, les uns à côté des autres, dans un terrain avoisinant les restes de la chapelle du Temple. Leur orientation était celle consacrée pour les anciennes sépultures chrétiennes la tête placée à l'occident, de manière à regarder l'orient, et les pieds étendus du côté opposé. Ces tombes, plus étroites vers les pieds, n'étaient pas d'un seul morceau, mais composées de fragments de pierre liés ensemble avec un mortier très-dur; trois étaient couvertes de même façon les autres, de grandes dalles en ardoise une seule avait une pierre creusée et arrondie par le haut pour servir d'encadrement à la tête.
Ces tombes ne portaient aucune inscription cela s'explique par ce fait qu'elles étaient destinées à être enfouies dans la terre et soustraites aux regards. Une croix à huit pointes, sculptée en relief dans une espèce de lumachelle, était placée perpendiculairement à la tête de l'une d'elles. L'intérieur des cercueils ne renfermait que des ossements, sans vase à charbon, à encens ou à eau bénite, ni ustensiles ayant servi aux morts, à l'exception, toutefois, d'une boucle de ceinture en cuivre rouge, sans ornements qui paraît avoir appartenu à une personne d'humble condition.

Ici commence mon embarras. Je voudrais pouvoir jeter quelque lumière sur l'obscurité qui entoure ces sépultures mais la terre nous a livré si peu de son secret que j'en suis réduit aux conjectures, tant sur l'ancienneté de ces tombes que sur les personnages dont elles contenaient les dépouilles mortelles.

Ainsi que je l'ai dit précédemment, ces cinq cercueils étaient à pièces multiples, genre de construction qui remonte à une époque très-ancienne et se maintint jusqu'au moyen-âge. établis à la même profondeur, et non superposés, ils semblent dater du même temps. D'un autre côté, la croix sculptée a la forme de celle portée par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui s'établirent dans la commanderie du Temple après l'abolition de l'ordre des Templiers, en 1314 elle est semblable, du reste, à celle qui se voit sur la porte de l'ancien temple. En outre, une de ces tombes présentait à la tête une brisure circulaire qu'on retrouve rarement au-delà du XIIIe siècle, et toutes allaient en se rétrécissant vers les pieds, disposition qui paraît avoir été peu usitée à partir de la fin du même siècle. Ces diverses considérations me portent à émettre l'opinion que ces sarcophages ne doivent pas être postérieurs à la première moitié du XIVe siècle.

Celui des cercueils près duquel se trouvait la croix à quatre branches pattées, contenait probablement les dépouilles d'un religieux de Saint-Jean de Jérusalem les autres appartenaient sans doute à des habitants de la Rochelle ayant pour seigneurs les chevaliers de cet ordre comme successeurs des Templiers, leurs anciens maîtres. En cette qualité, ils pouvaient avoir le privilège d'être enterrés dans le cimetière commun du couvent, la sépulture dans la chapelle et dans les cloîtres étant réservée aux dignitaires de l'ordre.

Tels sont, Monsieur le Maire, les renseignements que je puis vous transmettre. Permettez-moi en terminant, de vous exprimer de nouveau mes remerciements d'avoir bien voulu appeler mon attention sur cette découverte qui, sans votre sollicitude, aurait pu rester ignorée.

M. Germain a consenti à faire abandon à la ville des pierres portant la croix et la brisure circulaire, ainsi que de la boucle de ceinture. Ces objets ont été déposés à la Bibliothèque.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.

Sources : ALP. MENUT. Académie des belles lettres, sciences et arts (La Rochelle). Section des belles-lettres et beaux-arts. - BNF


Anécdote N° (10)
22-07-2018

Arrestation des Templiers de Paris

Département: Ile-de-France, Arrondissement et Canton: Paris - 75
Arrestation des Templiers de Paris
Le LXIIe chapitre nous donne une description très-curieuse d'une émeute dans Paris ; elle eut pour cause l'exigence des propriétaires qui voulaient faire payer le loyer de leurs maisons en bonne monnaie, ce qui devenait difficile et ce qui grevait le peuple depuis que le roi l'avait faussée.
Lors s'émurent plusieurs du menu peuple comme foulons, tisserands, taverniers et plusieurs autres d'autres métiers qui firent alliance ensemble ; ils allèrent et tournèrent sur un bourgeois appelé Etienne Barbette, par le conseil duquel disait-on, le prix des loyers était exigé en forte monnaie.
Ils envahirent et assaillirent un manoir dudit bourgeois, lequel étoit nommé la Courtille-Barbette, et par le feu qu'ils y boutèrent, le gâtèrent et le détruiront, les arbres du jardin du tout en tout, corrompirent, froissèrent et débrisèrent.
Après cela, se départant à grande multitude de futs et de bâtons, revinrent en la rue Saint-Martin et rompirent l'hôtel du devant dit bourgeois et entrèrent forcément. Aussi tôt les tonneaux de vin, qui au cellier étaient, épandirent le vin par les places, et aucuns d'iceux, tant burent d'iceluy vin, qu'ils en furent ivres ; après cela les biens, meubles de ladite maison, c'est à savoir coussins couettes coffres huches et autres biens froissant et débrisant par la rue, en la boue les jetèrent et épandirent. Ils ouvrirent avec des couteaux les couettes et les oreillers, et en jetèrent la plume au vent piteusement, et la maison en aucuns lieux découvrirent.
Cela fait, ils partirent et s'en allèrent vers le Temple tout droit au manoir des Templiers, où le roi de France était avec quelques-uns de ses barons. Ils y vinrent donc et assiégèrent le roi, tellement, que nul n'osait presque entrer ni sortir du Temple. Les viandes qu'on apportait pour le roi, ils les jetèrent en la boue ; laquelle chose après, leur tourna a dommage et à destruction de leurs corps. Le prévôt de Paris et quelques barons parvinrent, par quelques douces paroles et blandissements, à les faire retourner paisiblement a leurs maisons.

Mais le roi, parce qu'ils lui avaient gâté sa viande, parce qu'aussi ils avaient ravagé l'hôtel d'Etienne Barbette, en fit pendre vingt-huit aux quatre entrées de Paris. Les uns furent pendus à l'orme faisant entrée par devers Saint-Denis ; les autres devers le Roule, près de la porte des Aveugles d'autres devers la porte de Notre-Dame-des-Champs. Desquels un peu après ceux des ormes furent remués et êtes et pendus aux gibets nouvellement faits à chacune entrée, et ainsi forent morts. Laquelle chose envers le même peuple de Paris, chut en grande douleur.

Les Templiers
Nous voici à la grande affaire des Templiers ; nous extrairons rapidement ce que dit la Chronique.
du commandement de Philippe-le-Bel, furent tous les Templiers du royaume de France pris, et du consentement ou de l'octroi du pape, jetés dans les prisons le vendredi après la Saint-Denys, sous des accusations horribles et diffamables. Le pape somma le maître de l'Hôpital et du Temple, qui étaient outre-mer, de paraître devant lui. Le maitre du Temple s'y rendit, mais celui de l'Hôpital, occupé à Rhode avec les Sarrazins, pria qu'on L'excusât, mais il ne tarda point à paraître.

En l'an de l'Incarnation 1309, plusieurs Templiers, tant à Paris comme vers le moulin Saint-Antoine, près du chemin de Senlis, après les débats qui les concernaient, furent ars et leur chair et leurs os ramenés en poudre. Ils eurent à souffrir moult de peine et de rigueur, et ne voulurent jamais rien reconnaître en leur destruction ; pour laquelle chose on estimait que leurs âmes en purent avoir perpétuelle damnation car ils mirent le peuple en grande erreur, et pour ce furent brûlés les autres Templiers la veille de l'Ascension. S'ensuivent les forfaits pour lesquels les Templiers furent ars et condamnés, qui furent prouvés contre eux et même avoués, dit-on, par quelques-uns d'entre eux.

Le premier article est qu'ils ne croyoient point en Dieu, que lorsqu'ils faisaient un nouveau Templier, il n'était de nul su comment ils le sacraint, mais bien était su et vu comment ils lui donnaient les draps.

Le deuxième était que dès que le nouveau Templier avait vêtu les draps de l'Ordre, il était mené dans une chambre obscure, et que là le nouveau Templier reniait Dieu par sa malaventure, passoit par dessus la croix du Christ et en sa douce figure crachait.

Le troisième étoit qu'aussitôt après ils allaient adorer une fausse idole, et que cette idole était une vieille peau comme toute embaumée et faite en toile polie. Là mettoit le Templier sa très-vile foi et en elle très-surement croyoit. Elle avait aux yeux des escarboucles luisants comme la clarté du ciel.

Le quatrième était qu'ils reconnurent la trahison qu'ils avoient faite à saint Louis outremer et par laquelle il fut fait prisonnier.

Le cinquième étoit que lors des expéditions d'outre-mer, ils avaient fait telles conventions avec le soudan de Babyloine, qu'ils avaient par leur mauvaisetié appertement les Chrétiens vendu.

Le sixième, qu'ils reconnurent avoir donné du trésor du roi à des gens qui au roi avaient fait contrariété, laquelle chose était moult dommageable au royaume de France.

Le septième, qu'ils connurent le péché d'hérésie, et par hypocrysie habitaient l'un avec l'autre, charnellement, pourquoi c'était merveille, que Dieu souffrit de tels crimes et félonies si détestables être faites.

Le huitième, que lorsqu'un Templier mourait bien affermi dans son idôlatrie et sa malice, quelquefois ses compagnons le faisaient ardoir et donner ses cendres à manger aux nouveaux Templiers.

Le neuvième article que du moment qu'un Templier portait la ceinture ou la courroie, laquelle était en leur mahomerie, jamais il ne découvrait sa foi, tant il avait là sa foi et sa loi affichées et fixées.

Le dixième, que leur ordre ne doit nul enfant baptiser, ni lever des saints fonts, tant qu'ils s'en pourront abstenir ni entrer en hôtel où femme git d'enfant, s'il ne s'en va du tout au tout à reculons.

Le onzième, qu'un enfant nouveau-né et engendré d'un Templier en une pucelle était cuit et rôti au feu, toute sa graisse ôtée, et de cette graisse étoit sacrée et ointe leur idole.

En l'an 1312, le roi de France vint au concile de Vienne, dans la seconde section duquel le pape cassa et annula l'ordre des Templiers, donna leurs biens à ceux de Saint-Jean de Jérusalem, afin qu'ils fussent plus forts outremer.

La Chronique de Saint-Denis, comme on voit ne fait pas grands frais de recherche pour savoir si les crimes imputés aux Templiers étaient vrais ou faux, pour savoir si leur condamnation était juste ou injuste.
La Chronique enregistre et adopte tout, sans examen, sans critique, sans réflexion.

L'histoire impartiale a trouvé assez de documents et de faits pour compléter et rectifier les récits de la Chronique de Saint-Denis. Bornons-nous à indiquer l'Histoire des Templiers, de Dupuy, leurs Interrogatoires et beaucoup de pièces de leur procès déposés à la Bibliothèque du roi. Tout le monde connaît les intéressantes et vastes recherches de M. Raynouard, qui, après avoir vengé la mémoire des Templiers comme poète, a voulu, comme érudit, établir leur justification. Sen excellente dissertation, accompagnée des pièces les plus curieuses, forme un volume in-8° et a pour titre Monuments historiques relatifs à la condamnation des chevaliers du Temple, et à l'abolition de leur ordre.

Sous la date de 1314, la Chronique raconte que Philippe-le-Bel assembla à Paris plusieurs barons et bourgeois de chaque bonne ville du royaume. Enguerrand de Marigny prit la parole et demanda pour le roi des subsides et des secours d'hommes pour la guerre. Les bourgeois répondirent que volontiers ils feraient aide, et le roi remercia. Après cette assemblée Enguerrand de Marigny, coadjuteur et gouverneur de tout le royaume, leva sur Paris et les provinces une trop malle taille. Pour laquelle chose ledit Enguerrand chut en haine et malveillance du menu peuple trop mallement. Une nouvelle expédition partit contre la Flandre et revint sans avoir rien fait.

En cette année 1314, Phibppele-Bel ferma son dernier jour à Fontainebleau. Son corps fut enseveli à Saint-Denis auprès de son père Philippe, et de sa mère la reine d'Arragon.

Enguerrand de Marigny
Enguerrand de Marigny fut accusé d'avoir dérobé le trésor de Philippe-le-Bel ; il fut pris en conséquence dans sa maison des Fossés Saint-Germain et mis en la lour du Louvre, où avait été Guy de Flandres. Le nouveau roi, Louis-le-Hutin, Charles de Valois, Charles comte de la Marche, etc., voulurent savoir ce qu'il avait fait de ce trésor et le firent par conséquent comparaître devant eux.
Enguerrand arrivé, ils lui demandèrent où était le trésor du roi de France Philippe et ses grandes richesses qu'il avait en garde, puisqu'ils avaient trouvé le trésor tout dénué.
Enguerrand répondit qu'il en rendroit bon compte et loyal.
Alors le comte de Valois lui dit rendez-le donc maintenant.
Lors lui répondit Enguerrand, et lui dit : Sire, volontiers, mais je vous en ai baillé la plus grande partie et le demeurant j'ai mis en paiement des dettes de monseigneur votre frère.

Quand Charles de Valois ouït le conte d'Enguerrand, qui lui faisoit honte, lors fut moult courroucé et iré, et lui dit : Certes, de ce vous mentez, Enguerrand !
Lors répondit Enguerrand et dit : Pardieu, sire, mais c'est vous qui mentez.
Ce qu'entendant, Charles de Valois sauta vers lui et le pensa saisir ; mais plusieurs firent Enguerrand détourner de ses yeux.
S'il l'eût pu tenir, il l'eût occis ou fait occire par les siens ou mourir de cruelle mort.
Pour cette cause et pour autres faits, Enguerrand fut repris et ramené au Louvre quelques jours après.
Pendant ce temps le comte de Valois fit à savoir et manda à tous tant pauvres comme riches, auxquels Enguerrand avoit méfait qu'ils vinssent à la cour du roi, fissent leurs complaintes et qu'on leur ferait très-bon droit.
Charles de Valois alla plus loin sire, qu'avez-vous fait ?
Dit-il au roi Louis son neveu ; vous avez mis Enguerrand, ce larron, en sa maison, en l'emprisonnant dans la tour du Louvre car il est châtelain du Louvre c'est pourquoi m'est avis que c'est déconvenable chose qu'il soit là mis.
Et lors le roi dit à son oncle : que voulez-vous que je fasse de lui et où je le mette ?
Et Charles de Valois dit : Je veux qu'au Temple, jadis hôtel des Templiers, soit mis en étroite prison.
Cela dit, ledit Enguerrand, par l'ordre du roi, fut pris au Louvre et conduit au Temple par une belle compagnie de sergents.
Moult de peuple après lui allait pour le voir et de ce joie menait. Enguerrand fut mis en une étroite prison.

Le samedi avant Pâques fleuries, Enguerrand fut conduit du Temple au bois de Vincennes devant le roi Louis et moult de prélats et de barons du royaume, qui là étoient assemblés. Et lors par le commandement du comte de Valois, maître Jehan Banière proposa contre Enguerrand les raisons et les articles qui s'en suivent.
Il débuta par le texte latin Non nobis, Domine non nobis, sed nomini luo da gloriam ; c'est-à-dire en françois Non pas à nous, Seigneur, mais à ton nom donné gloire.

Après ce, parla du sacrifice d'Abraham ; après ce prit les exemples des serpents, qui dégatoient la terre de Poitou, au temps de monseigneur saint Hilaire, évêque de Poitiers, il appliqua et compara les serpents à Enguerrand et à ses parents et à ses assins (alliés).

Après ce il descendit au gouvernement du royaume, du temps d'Enguerrand ; et après ce raconta les cas ou les forfaits en général qui s'ensuivent.

Premièrement, le roi Philippe dit en son vivant qu'Enguerrand l'avoit déçu et tout son royaume et plusieurs fois l'en trouva-t-on pleurant en sa chambre. C'est pour cela qu'il ne le voulut pas pour exécuteur testamentaire.

Item, que quand le roi étoit en l'article de la mort, Euguerrand déroba le trésor du Louvre avec six hommes toute la nuit, et le fit porter là où il voulut.

Item, au dernier voyage de France, il reçut deux barils émaillés d'argent et d'or, et plusieurs joyaux et pour ce conseilla le retour de l'ost de France, sans rien faire : au retour il conseilla de prendre la subvention et la taille dont le petit peuple fut mallement grevé.
Tous les articles qui suivent portent sur quelques concussions et infidélités apparentes, mais qui n'étoient pas prouvées.

Aussi le roi ne vouloit-il pas sa mort son intention étoit de l'exiler en Chypre.
Mais Charles de Valois, ne cherchant que sa mort, le fit accuser d'attentat à la vie du roi, par effet de sorcellerie, et obtint enfin sa ruine complète : lors, par le jugement de quelques seigneurs, pour ce à Vinceunes assemblés, il fut condamné à mourir et à être pendu.
Et le matin suivant, bien matin, du Temple en une charrette enferré de ses fers, fut ramené et disoit le peuple au gibet soit mené.
Le vœu du peuple fut bientôt exaucé ; car le dernier jour d'avril de l'année 1315, Enguerrand fut remis dans la charrette fatale, et criant le long de sa route Bonnes gens, pour Dieu, priez pour moi ; mené fut au gibet de Paris et au plus haut du gibet avec les autres larrons fut pendu.

Sources : Christine de Pizan. Nouvelle collection des mémoires pour servir à l'histoire de France. Le livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, pages 183 à 185. Paris 1836. - BNF


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