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    Château Le Gué-de-Jacob

    Dans le même temps, le roi de Jérusalem fit une expédition qui ne blessait pas moins les lois de la justice. Quelques tribus arabes avaient obtenu de lui et de ses prédécesseurs la faculté de faire paître leurs troupeaux dans la forêt de Panéas.

    (1156)
    Depuis plusieurs années elles vivaient dans une sécurité profonde, se reposant sur la foi des traités. Tout-à-coup Baudouin et ses chevaliers tombent, l'épée à la main sur ces pasteurs sans armes ; ils massacrent ceux qui résistent, dispersent les autres, et rentrent à Jérusalem avec les troupeaux et les dépouilles des Arabes. Baudouin fut conduit à cette honteuse entreprise par la nécessité de payer ses dettes, qu'il ne pouvait acquitter avec ses ressources ordinaires, Guillaume de Tyr n'en condamne pas moins le roi de Jérusalem, et trouve la juste punition de cette iniquité dans la défaite qu'essuya ensuite Baudouin près du gué de Jacob.

    (1157)
    Surpris par Noureddine, le roi de Jérusalem resta presque seul sur le champ de bataille, et se réfugia, au milieu des plus grands périls, dans la forteresse de Sephet, bâtie au sommet d'une montagne voisine. Lorsque le bruit de cette défaite se répandit dans les cités des Francs, les fidèles, couverts de deuil, coururent au pied des autels, en répétant ces paroles du psalmiste : Domine, salvum fac regem (Seigneur, sauvez le roi.) Le ciel ne repoussa point les prières d'un peuple désolé, et le retour de Baudouin à Ptolémaïs rendit bientôt aux chrétiens l'espoir de réparer leurs malheurs.

    La plupart des seigneurs de la Palestine, Hugues d'Ibelln, Odon de Saint-Aman, Richard et Balian de Joppé, le grand-maître du Temple, étaient restés entre les mains des infidèles. Tous les prisonniers chrétiens furent conduits à Damas, enchaînés les uns aux autres avec des cordes. Au milieu de la foule des captifs, on avait forcé deux chevaliers francs de porter un étendard de la croix, auquel était suspendue la chevelure de leurs compagnons d'armes tués sur le champ de bataille. Tout le peuple sortit de Damas pour courir au-devant ce spectacle et plus la victoire était barbare, plus elle causa d'enthousiasme de et joie (1).
    1. Nous empruntons ces détails de la compilation arabe intitulée « LES DEUX JARDINS »

    (1177)
    Tout semblait présager la chute prochaine du royaume, et déjà Saladin en partageait les villes entre ses émirs, lorsque la Providence, qui prit enfin pitié de la situation des chrétiens, leur offrit une occasion de réparer leurs malheurs. Les menaces des Sarrasins et la vue des ravages de la guerre, indignèrent les soldats chrétiens. L'armée, commandée par le roi de Jérusalem sortit d'Ascalon et surprit les Musulmans dans ces mêmes plaines où Godefroy et les autres chefs de la première croisade avaient remporté une célèbre victoire sur les Égyptiens. Saladin ne put résister à l'impétuosité de ses ennemis, et perdit la bataille après s'être défendu vaillamment au milieu de ses Mamelouks, milice intrépide, qu'il avait formée lui-même, et dont il était toujours entouré dans les dangers de la guerre.

    Les chrétiens s'étaient fait précéder dans le combat du bois de la vraie croix, et plusieurs guerriers croyaient avoir vu les branches de cette croix miraculeuse s'élever d'un côté jusqu'au ciel, de l'autre s'étendre jusqu'aux extrémités de l'horizon. Saladin avait vu périr toute son armée dans cette bataille, dont le souvenir ne s'effaça jamais de sa mémoire, et qui fit pâlir, comme il le dit lui-même dans une lettre, l'étoile de la famille d'Ayoub. Monté sur un chameau, et suivi de quelques officiers Saladin courut les plus grands dangers dans sa fuite à travers le désert. A son retour au Caire, animé par le souvenir de sa défaite, il condamna à mort tous les prisonniers chrétiens qu'on lui avait envoyés de la principauté d'Antioche, et, si on en croit les chroniques musulmanes, il leur fit trancher la tête par la main des des hommes peux et dévots

    (1178)
    Cependant les chrétiens ne profitèrent point de leur victoire, et se contentèrent de bâtir une forteresse sur les bords du Jourdain au gué de Jacob. Saladin rassembla de nouvelles troupes en Égypte, et revint bientôt menacer le royaume de Jérusalem. La victoire d'Ascalon avait enflé l'orgueil des chrétiens et les rendait téméraires. Saladin, au contraire, devenu plus prudent depuis sa défaite, mit à profit les fautes des chrétiens, leur dressa des embuscades, employa toutes les ruses de la guerre et les battit plusieurs fois sur les rives du Jourdain et dans le voisinage de Panéas. Baudouin, qui avait été sur le point de tomber entre les mains de ses ennemis, réunit toutes les forces qui restaient dans ses états, mais il ne put obtenir aucun avantage sur Saladin, et fut obligé de demander la paix, que l'état de son royaume et ses infirmités lui rendaient chaque jour plus nécessaire.

    Voyez, sur ce combat, les détails que donne Guillaume de Tyr, livre XX et suivant et Bernard le Trésorier. Bibliothèque des Croisades, tome I, page 568. Les auteurs arabes appellent cette bataille, Combat de Ramla. Aboulfarage attribue, dans sa Chronique syriaque, la victoire des chrétiens à un vent miraculeux qui tout-a-coup porta la poussière dans les yeux des Musulmans.
    (Voyez au tome II de la bibliothèque des Croisades, chapitre 34)

    L'intérêt des colonies chrétiennes exigeait alors qu'on observât la trève faite avec les Musulmans ; mais telle était la destinée des états chrétiens en Syrie, que personne n'avait assez d'ascendant et de puissance pour maintenir la paix, et que le dernier des barons et des chevalins pouvait à son gré provoquer la guerre. La témérité et l'imprudence d'un seul homme attirèrent de nouveau dans la Palestine toutes les forces de Saladin.
    Sources : M. Michaud. Histoire des Croisades, deuxième partie : La seconde et la troisième croisade. Tome second. Paris 1825 BNF (Fichier PDF)

    Château Le Gué-de-Jacob
    En suivant le ruisseau de Méléa qui alimentait une foule de plantes dont mon compagnon de voyage enrichit sa belle collection destinée à l'académie des sciences de Pétersbourg, je descendis peu-à-peu jusqu'aux rives du Jourdain, qui occupe exactement le milieu de la vallée. C'est la, au-dessus du pont de Jacob, ou plutôt des filles de Jacob, comme s'expriment les Arabes el Ghor, que campait Baudouin III, quand il fut surpris par Noureddine, et obligé de se réfugier dans la forteresse de Safad. Les historiens arabes donnent à ce combat le nom de Méhéla. C'est là que Murat, maître du pont de Jacob, extermina les restes de l'armée turque, qui, fuyant en tumulte le champ de bataille du Thabor, vinrent se heurter contre les baïonnettes françaises ou se précipiter dans le Jourdain.
    Un cheik qui avait échappé au glaive de Murat, en traversant le Jourdain avec sa jument racontait ainsi aux pères de la Terre-Sainte sa fuite jusqu'à Damas « Croyant toujours que l'armée française me poursuivait, je galopai sans m'arrêter un instant, sans oser une seule fois regarder en arrière. La frayeur m'avait troublé la tête, et je ne me crus point en sûreté au milieu du bazar; j'aurais continué de fuir jusqu'au Nadjd, mais ma jument tomba de fatigue. Damas était aussi épouvantée que moi, et si Bonaparte eût paru, la ville sainte n'eût fait aucune résistance.

    Profitant de la dernière heure du jour, j'allai visiter la rive gauche du fleuve; jusqu'au kan où commence le pachalik de Damas. Le pont a pris son nom de ce que Jacob y rencontra Esaü, à son retour de la Mésopotamie dans le pays de Chanaan.

    C'était alors un gué impraticable en hiver, et qui a gardé chez les Arabes le nom de digue, ou gué de Jacob tel qu'il, est aujourd'hui. Ce pont révèle une œuvre sarrasine, et aucun ne mérite mieux par le style d'architecture l'épithète de gothique. Il est formé de trois belles arches en ogives, et il est bombé au milieu comme le pont de Nahr-Kasmieh au nord de Sour, suivant le mode de construction ordinaire en Syrie. Au pont est joint un corps-de-garde du pacha de Saint-Jean d'Acre. Plus loin, à quelque distance à l'est un poste de soldats du pacha de Damas occupe les ruines de la forteresse bâtie en 1178, par Beaudoin IV. Elle formait un édifice carré, dont les murailles avaient neuf coudées d'épaisseur. Le roi craignant d'être inquiété par Saladin, pressa tellement l'ouvrage qu'il fut achevé en six mois.
    Bâtie sur un mamelon, et confiée aux templiers ainsi que la forteresse de Banias cette place les rendait maîtres du cours du Jourdain et des deux routes de Damas. C'est après Banias le point militaire le plus important de la haute vallée; aussi Saladin offrit-il à Baudouin cent mille écus d'or pour qu'elle fût rasée immédiatement après sa construction.

    Ce lieu fut tour-à-tour entre les mains des chrétiens ou entre les mains des Sarrasins, selon les vicissitudes de la guerre. Voici en abrégé ce que raconte Guillaume de Tyr. « Pendant la construction de la forteresse, le roi, malgré l'hiver, resta avec toutes ses forces, campé sur les bords du Jourdain. Ayant achevé les ouvrages, il fit une expédition dans la forêt de Banias, où il se laissa surprendre.

    C'est de là que Homfroi, connétable du royaume latin, blessé en défendant le roi, fut transporté dans la nouvelle place qui venait d'être remise aux templiers et y mourut aussitôt. A peine Baudouin avait-il repris le chemin de Jérusalem, que Saladin vint assiéger la forteresse, au printemps de 1179.

    Elle fut sauvée par un singulier hasard. Un habile archer, nommé Regnier de Muron, ayant du haut des murs visé un des principaux émirs, le tua. Les Sarrasins, frappés d'une terreur superstitieuse, levèrent le siège pour venir camper au haut de la vallée. Saladin revint devant la place, à la fin de l'été, et les templiers se défendirent longtemps, dans l'espoir d'être secourus. Mais le roi de Jérusalem n'avait pas encore fait avancer ses forces rassemblées à Tibériade, que la place assiégée était prise d'assaut et rasée. » L'histoire de cette forteresse, qui ne subsista que six mois, et dont j'ai eu assez de peine à retrouver les restes, m'a paru digne de vous être rapportée. Après la chute du royaume latin elle devint un kan pour les caravanes qui, de Jérusalem ou d'Acre, se rendaient à Damas. Le kan lui-même est aujourd'hui une ruine et le récit du chroniqueur syrien m'a servi à retrouver les traces de la forteresse.

    En faisant le tour de ce kan, occupé par les soldats damasquins, je reconnu à des constructions massives, qu'il était bâti sur les vieux débris de la forteresse franque. Le site est magnifique des plantations séculaires ombragent la rive gauche, et on y campait encore au commencement du siècle, au lieu de s'avancer jusqu'à la rive du lac de Houlé. Depuis la mort de Djézar les Arabes sont devenus plus audacieux de jour en jour; il a fallu abandonner sans retour cette belle route, à cause des pillages sans cesse renouvelés des bédouins du Nadjd ou grand désert de l'Arabie. La nouvelle route plus sûre, mais plus difficile, est très fréquentée. Toutes les semaines, il part de Safad pour Damas une petite caravane.
    Sources: Michaud, Joseph-François et Poujoulat, Jean-Joseph-François. Correspondance d'Orient, 1830-1831. Tome VII. Paris 1835 BNF

    Gué de Jacod
    Castrum Saphet (Safed) situé à 12 km du Jourdain sur un sommet (altitude 838 mètres) dominant la dépression, Sahel el Battof qui sépare les monts de Haute-Galilée de ceux de Basse-Galilée. Cette position très forte commandait la route de Damas à Acre qui passait le Jourdain au Gué de Jacob. (Djisr Benat Yakoub), ainsi qu'une route allant de Merdjayoun à Tibériade ; Ricoldus de Monte Crucis considère Saphet comme la clef de la Galilée : « Castrum Saphet, clavist tocius Galilee. » (J.-C.-M. Laurent, Peregrinatores..., page 106)

    Item lo castel apelat Vadium Jacob loqual fo dels Templers.
    Vadum Jacob quod fuit Templariorum.
    En 1178, alors qu'Onfroi II de Toron construisait le Châteauneuf, Baudoin IV et les Templiers élevèrent sur une eminence à 500 mètres d'altitude une forteresse au-dessus du Gué de Jacob (Djisr Benat Yakoub) par où passait la route d'Acre à Damas.

    Pendant les travaux qui durèrent six mois, le roi signa plusieurs actes « Apud Vadum Jacob »
    Ce château était d'une puissance extraordinaire (voir notre ouvrage : La défense du royaume de Jérusalem, page 129-131) et sa construction porta ombrage à Saladin qui l'assiégea l'année suivante et s'en empara après de durs combats à la fin d'août. Il fit démolir la forteresse de fond en comble. « Il la rasa comme on efface les lettres d'un parchemin », nous dit Abu-Chama.

    Bataille du gué de Jacob (1179). Wikipedia. Lire

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