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Études réalisées sur les Templiers

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Aubeterre, membre de la commanderie de Montpellier
TEMPLIERS. Montpellier
I.
A partir de 1235 la paroisse Saint-André d’Aubeterre voit sa déchéance s’accroître tous les jours. A la désertion de ses habitants s’ajoute la démolition des murs et des maisons, dont les matériaux, transportés à Teyran, sont utilisés à la construction des nouvelles demeures. On peut dire, à la lettre, que tout Saint-André s’est déplacé et a été transporté à Teyran.
La disparition d’Aubeterre fut complète.
De nos jours, il est difficile de fixer, avec précision, le plan exact de ce village.
Il y a un lieu-dit à gauche de Teyran, Saint-André, carte de l’IGN.
Sur la carte de Cassini, à gauche de Teyran, il y est nommé l’Ancienne Eglise, qui pourrait être les ruines de l’église Aubeterre.

Aubeterre
Domaine du Temple Saint-André d’Aubeterre, Teyran

L’église toutefois resta debout jusque vers la fin du XVIIe siècle. A la fin du XIXe, on voyait encore des pans de mur et le tracé de ses fondements. A cette époque elle devint durant plusieurs années, une carrière de pierres toutes taillées où puisèrent largement certains habitants de Teyran pour leurs travaux de construction.
Dès 1235, Teyran et Aubeterre, le premier ayant les habitants, le second possédant l’église, sont à tel points soudés ensemble qu’on les dénomme indistinctement : paroisse de Teyran ou paroisse de Saint-André d’Aubeterre.
Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le service paroissial ne se faisant plus, de façon régulière, dans l’ancienne église d’Aubeterre, mais dans la chapelle du château de Teyran, l’appellation, paroisse de Teyran, fut d’une manière définitive seule en usage, comme nous le verrons dès la première visite pastorale que l’évêque fit à cette nouvelle église le 5 décembre 1657.

II.
En 1298, un des parents des seigneurs de Teyran, fut écuyer de Raymonde de Lunel, veuve de Pons de Montlaur. Elle était une des dernières descendantes des seigneurs de la baronnie de Lunel, cédée à Philippe le Bel en 1296. Comme Raymonde n’avait pas d’enfants, elle donna, en 1298, sa fortune à ses neveux, et légua cent livres tournois à Guillaume d’Aubeterre, en reconnaissance de ses services, au cas où il entrerait en religion dans l’ordre des Templiers ou celui des Hospitaliers.
(Histoire générale du Languedoc, tome IX, page 187).

Bannières
Département: Hérault, Arrondissement: Lodève, Commune: Castries - 34

Bannière
Domaine du Temple de Bannières

L’ordre des Templiers avait, à cette époque, de nombreux intérêts à Saint-André d’Aubeterre. Nous en relevons la trace dans certains titres de reconnaissances ou de ventes de terres, contenus dans le portefeuille de la commanderie de Montpellier, Bannières.
(Archives départementales).

Le parchemin n° II signale deux reconnaissances en faveur de la commanderie :
1° — En l’année 1278, le 6 des calendes d’avril (27 mars), Pons Alamand, Guiraud Alamand et d’autres Alamand, de Teyran, reconnaissent, à Pierre Allamandin, précepteur de la maison du Temple, tenir de cet ordre, sous le cens de 6 deniers melgoriens, une terre et un bois, situés dans la paroisse de Saint-André d’Aubeterre, et confrontant de deux côtés un bois des Templiers, et d’un autre, le champ « pairoal »
2° — Le même jour, Guillaume Colomb, de Teyran, fait au même précepteur reconnaissance sous le cens de deux sols melgoriens, de deux pièces de terre situées dans la paroisse de Saint-André d’Aubeterre : l’une de ces terres confronte d’un côté le domaine de Guillaume d’Aubeterre, de deux autres, Pons Sabatier, d’un autre, Pierre Vital ; la seconde confronte de deux côtés le domaine de Pons Sabatier et d’un autre celui des Bedos.
Ces actes, reçus par Pierre Fabre, le 27 mars 1278, eurent pour témoins : Pierre Alméras, prieur d’Aubeterre, et J. Salvator, prieur de l’église de Bannières.

La famille des Bedos, signalée dans plusieurs actes de cette époque, est la plus ancienne dont il subsiste encore des descendants à Teyran.
Au parchemin n° VI nous lisons qu’à la date ci-dessus, et par l’intermédiaire du même notaire, Pierre Blanquier, de Teyran, vendit au commandeur du Temple, pour la somme de 50 sols, deux pièces de terre, relevant de la directe de la commanderie, sises au quartier de guerressay, paroisse de Saint-André d’Aubeterre, et confrontant les terrains de Pierre Richard, Alamand et Pierre Bourgade.

Le parchemin n° IX, dont il a été parlé dans le chapitre III au sujet du franc alleu, contient un acte par lequel Béatrix de Saint-Gervais, veuve de Bertrand de Saint-Gervais, damoiseau et Hugues de Saint-Gervais, son fils :
1° — Donnent, en libre franc et absolu alleu, à Pierre Allamandin, précepteur du Temple, trois terres, situées dans la paroisse de Saint-André d’Aubeterre, et confrontant d’une part les terrains des vendeurs, et de deux autres, ceux de la commanderie.
2° — Lui cédant les droits censuels, dans l’espèce deux setiers d’orge, qu’ils ont sur trois pièces de terre de Bernard Bedos, de Teyran.
Ces terres, sises dans la paroisse d’Aubeterre confrontent, l’une, la rivière de Salaron (= Salaison) et Bernard Alamand ; l’autre Guillaume de Ladello, de Teyran, et Guillaume Cabal ; la troisième Bernard Alamand et le chemin de Besareng (= Busareng).
3° — Lui cèdent quelques cens sur trois terres dans Teyran.
Comme les directes de Teyran ont été échangées avec les auteurs de M. le Président de Bocaud, par acte passé chez Me Jean Louis, notaire d’Arles, il est fait mention de cet acte dans l’acquisition actuelle.
Les témoins de cette passation furent Guillaume de Ladello, de Teyran ; Raymond Calvet ; Frère Raymond Délicieux, de la maison du Temple ; Frère Raymond de Asperelis, prêtre.
L’acte fut reçu et signé par Me Jean Firmin, le 7 des calendes d’avril (26 mars) 1291.

Le parchemin n° X, également cité au chapitre III, est un acte de vente, reçu le 4 des nones de mai (4 mai) 1293 par le notaire Jean Firmin. Dans cet acte les deux Frères Félix et Bernard Blésiers vendent, en franc alleu, pour 30 livres melgoriennes, au commandeur du Temple un pré, situé dans la paroisse de Saint-André d’Aubeterre et confrontant le Salaron (= Salaison), et, de quatre autres côtés, des terrains du commandeur.
Sources : A. VILLEMAGNE. Revue historique du diocèse de Montpellier, direction abbé Rouquette. BNF
HOSPITALIERS. Saint-Jean de Montpellier
Le parchemin n° III, porte acte de vente de terrains, faite un peu plus tard, en 1318, quand l’ordre des Templiers eut été dissout, et que ses biens furent passés entre les mains de celui des Hospitaliers.

Le 4 mars de l’année précitée, Jeanne Negrète, du château de Teyran, vend, à Firmin Dufour, par acte reçu par Bernard Amiel, une terre située dans la paroisse de Saint-André d’Aubeterre, au quartier dénommé Plan Teyran ; et confrontant d’un côté le domaine de l’acheteur ; d’un second, un domaine des Bedos ; d’un troisième, un domaine de messire Jean Jourdan, prêtre ; et d’un quatrième, la rivière.

La terre, objet de la vente, dépend de la mouvance du commandeur de l’Hôpital de Saint-Jean de Montpellier, sous le cens de cinq deniers payables à la Saint-Michel.
Sur lequel des deux ordres, des Templiers ou des Hospitaliers, Guillaume d’Aubeterre fixa-t-il son choix ?
Sa préférence se porta-t-elle aux Hospitaliers à cause des liens de parenté qui l’unissaient à certains chefs de cet ordre ?
Rien ne nous l’indique.

III.
En l’année 1308, nous voyons deux de ses parents, deux frères, Guillaume de Villaret et Foulques de Villaret à la tête de cet ordre, qui fut le plus ferme défenseur de la chrétienté contre les Turcs. Ils furent successivement grands maîtres de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ou des Hospitaliers, ou de Malte.
Une de leurs sœurs, Jourdaine de Villaret, gouverna le monastère des Hospitaliers de Saint-Jean de Fieux, en Quercy ; l’autre fut seigneuresse de Teyran.
Guillaume signala son passage à la direction de cet ordre par le rétablissement de la discipline et le zèle qu’il développa dans les trois provinces de France, d’Auvergne et de Provence. Il mourut en 1308 à Limisso, dans l’île de Chypre, au moment où il formait le projet de s’emparer de Rhodes. Son frère Foulques lui succéda. Il se voua immédiatement à l’œuvre interrompue, et fit part au Pape de son projet.
Clément V, comprenant l’importance de l’entreprise, l’approuve, fait appel à la chrétienté et donne 90.000 florins.
Des dames de qualité vendent leurs joyaux pour subvenir aux frais de l’expédition.
Le roi de Sicile et la République de Gênes fournissent des vaisseaux pour le transport des troupes et du matériel.
Le rendez-vous est fixé aux croisés au port de Brindes.
Là, le frère Heliwig de Randerjack, grand prieur d’Allemagne, les présente à Foulques. Ils étaient très nombreux.
Dans l’impossibilité de les enrôler tous, il fallut faire une sélection.
La flotte met à la voile, côtoyant l’Albanie, passe la Morée, l’île de Candie, l’île de Chypre, fait un court arrêt à Macri sur les côtes de la Lycie, et, tout d’un coup, file sur l’île de Rhodes dont elle surprend les habitants.
Les Grecs opposent d’abord une faible résistance.
Foulques débarque ses troupes et met le siège devant Rhodes, la capitale de l’île. Entraînés par le grand maître, les chevaliers s’élancent à l’assaut. La ville résiste. De nouveaux combattants arrivent au secours des assiégés ; ils entourent l’armée de Foulques et la mettent en fâcheuse posture. Les chevaliers sont dans une situation critique, et d’assiégeants deviennent assiégés. Mais de Villaret, par son sang-froid, tire son armée de cette sorte de blocus. Des troupes fraîches lui venant en aide, il sort de ses retranchements et reprend l’offensive. Le combat fut sanglant. Foulques y perdit ses plus intrépides chevaliers, mais les Grecs, débordés de toute part, ne purent tenir et furent taillés en pièces.

Débarrassé d’eux, Foulques reprend avec une énergie nouvelle le siège de Rhodes. Malgré les flèches et les pierres que les assiégés lancent sur eux, Foulques et ses chevaliers montent à l’assaut, et bientôt les étendards chrétiens flottent au sommet des fortifications conquises. Cette victoire eut lieu Fan 1310 en la fête de l’Assomption de la sainte Vierge (1).

Peu après Foulques s’empara du château de Lindo ; en deux ans, toutes les autres forteresses furent en son pouvoir, et Andronic II fut chassé de l’île.
En souvenir de cette glorieuse conquête, si utile à la chrétienté, les nations reconnaissantes donnèrent le nom de Chevaliers de Rhodes aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Foulques ordonne de relever les fortifications. Pendant ce temps, à la tête de la flotte, il conquiert successivement les îles de Nisara, Leros, Calamo, Episcopia, Calchi, Simia, Tilo, Cos et la plus importante de toutes Lango.
Dans cette dernière, de Villaret construit un vaste château, le fortifie, et y laisse un chevalier pour en diriger la défense.
Dans le monde chrétien on parla avec admiration des Hospitaliers. Le chef de la catholicité, Clément V, ancien archevêque de Bordeaux, qui avait autorisé la croisade, prodigua aux chevaliers de Rhodes les encouragements et les récompenses.
Vers cette époque, 1312, il condamna les Templiers. La question des richesses de ces chevaliers fut agitée à plusieurs reprises au concile de Vienne. Plusieurs parlaient de créer un autre ordre pour prendre la succession de celui qui venait d’être dissout. Le Pape jugea inutile cette création. Il fit observer que ces biens, ayant été donnés aux Templiers pour la défense de la Terre Sainte, devaient conserver la même destination et être remis aux Hospitaliers, dont les conquêtes glorieuses les signalaient à l’attention de la chrétienté. Le grand maître de l’Hôpital, Foulques de Villaret, fut, en conséquence, mis en possession des biens considérables des Templiers, la même année 1312, par arrêt du parlement après la bulle de translation, datée du 2 mai.

Le roi de France, Philippe le Bel, accusé cependant de s’être enrichi des dépouilles des Templiers, consentit à ce transfert, comme il paraît par sa lettre au Pape du 24 août 1312.
1. Baluze, tome I, page 76. Anno Domini 1310 in festo Assumptionis Beatœ Mariœ exercitus Christianorum cum hospitalariis obtinuerunt civitatem Rhodes, — Ex vita Clementis V.

L’acte de prise de possession des biens des Templiers, daté du 17 octobre 1312, porte la signature du grand maître des Hospitaliers, ainsi formulée : Frère Foulques de Villaret, par la grâce de Dieu et du Saint Siège Apostolique, humble maître de sa sainte maison de Saint-Jean de Jérusalem et gardien des pauvres de J.-C.

Durant ce laps de temps, les Grecs ne sont pas restés inactifs. Ils ont fait alliance avec Othman ou Ottoman qui, à la tête d’une armée vient à son tour, en 1315, assiéger les Chrétiens dans la ville de Rhodes dont les fortifications sont incomplètement réparées.
Ottoman livre plusieurs assauts infructueux, et lui, heureux jusqu’alors dans ses entreprises, est obligé de lever le siège pour ne pas sacrifier ses derniers soldats.
De Villaret, débarrassé pour longtemps des Grecs et des Sarrasins coalisés, termine les travaux de fortification.
Ayant mis l’île à l’abri de toute tentative ennemie, il l’ouvre au commerce.

Foulques perdit de nombreux chevaliers dans la glorieuse conquête de Rhodes et des autres îles de l’archipel. Il récompensa les survivants par l’octroi de bons bénéfices ; remplaça les manquants par de nouvelles recrues, dont plusieurs venaient de l’ordre des Templiers récemment dissout.

Des nouveaux arrivants, les uns étaient jaloux des faveurs accordées à ceux qui revenaient de la croisade ; les autres étaient envieux de la fortune croissante de l’ordre des Hospitaliers. Ils forment une coalition contre de Villaret. Méconnaissant les mérites acquis et les qualités supérieures du grand maître Foulques de Villaret, oublieux de ses bienfaits, quelques seigneurs essayent de s’emparer de sa personne en gagnant un domestique. La nuit venue, le traître doit ouvrir aux conjurés les portes du palais. De Villaret a vent du complot. Il feint une partie de chasse, et le soir, au lieu de rentrer dans sa demeure, il se retire au château de Lindo. Les conjurés, se voyant déjoués, se réunissent en assemblée, déposent de Villaret de ses hautes fonctions et lui donnent pour successeur Maurice de Pagnac.
Foulques ne veut point terminer sa vie dans une défaite.
Il se rend aussitôt auprès du Pape à Avignon pour plaider sa cause. Partout sur son passage il est salué avec les honneurs dus à son rang. A la cour pontificale, le pape le traite avec égard. Foulques y fait figure de grand capitaine.
Par contre, son compétiteur est considéré comme un intrigant.

Jean XXII, successeur de Clément V, réunit les chevaliers de l’ordre. L’avocat de de Pagnac parle longtemps en faveur de son client. Foulques demande simplement si la déposition doit être la récompense de ses travaux et de ses conquêtes. Il est aussitôt acclamé et confirmé dans sa charge. De Pagnac, déçu dans ses ambitions, se retire à Montpellier où il meurt peu après.
(Vertot, Histoire des Chevaliers de Malte, Paris, 1778, page 64 et suivantes).

Quelques mois s’étaient à peine écoulés que Foulques, à cause de sa santé minée par de grands travaux, et, peut-être aussi par le chagrin de s’être vu discuté, abdiqua volontairement ses hautes fonctions de grand maître de l’ordre des chevaliers de Rhodes. Le Souverain Pontife, voulant reconnaître ses éminents services, le pourvut d’un grand prieuré.

Foulques de Villaret se retira, en Languedoc, au château de Teyran, propriété d’une de ses sœurs. Loin des tracas et du souci des affaires, dans le recueillement et le silence que l’on goûte avec tant de charme dans la solitude de la campagne, il passa les quatre dernières années de sa vie.
Il rendit son âme à Dieu le 1er septembre 1327, comme le porte l’inscription funéraire ci-dessous.
C’est par erreur que De Feller dans son Dictionnaire historique, Douillet, dans son Dictionnaire d’histoire et de géographie, le font mourir en 1329.
Selon ses désirs il fut inhumé dans la commanderie du grand Saint-Jean de Montpellier en l’église Sainte-Marie de Lèzes.
(Histoire générale de Languedoc, tome IX, page 450).

L’endroit de la sépulture de Villaret avait été oublié quand, plusieurs siècles après, un procureur de l’ordre faisant des fouilles dans l’amoncellement des ruines de cette église trouva son tombeau en marbre sur lequel était gravée cette inscription :
ANNO DOMINI 1327, DIE SCILICET PRIMA SEPTEMBRIS
OBIIT NOBILISSIMUS DOMINUS FRATER
FOLQUETUS DE VILLARETO
MAGISTER MAGNI HOSPITALIS SACRAE DOMUS
SANCTI JOANNIS BAPTISTE HIEROSOLIMITANI
CUJUS ANIMA REQUIESCAT IN PACE, AMEN (1)
1. D’Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, tome III, page 398. (Édition des Bibliophiles).
Sources : A. VILLEMAGNE. Revue historique du diocèse de Montpellier, direction abbé Rouquette. BNF

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