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Études réalisées sur les Templiers

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La Maison du Temple de Paris
Ses origines. Ses divers emplacements. Étude topographique et historique.

Nous voulons, en commençant, remercier la revue de la Cité de nous donner un moyen de publier ce travail sur Paris que nous croyons absolument nouveau. En mettant généreusement ses colonnes à notre disposition, elle nous permet, tout d’abord, de relever les affirmations des auteurs qui regardent la recherche des origines du Temple comme un problème insoluble. Nous laisserons les lecteurs apprécier la façon dont nous pensons l’avoir résolu.

* * *

M.COCHERIS écrit :
« Les Templiers étaient établis à Paris, en 1139 ; seulement on ne possède aucun document positif au sujet des constructions de leur demeure primitive. On sait que l’église avait été élevée pendant le XIIe siècle,

« Eu 1215, REGNAULT DU TEMPLE dormait 20 livres aux chevaliers pour que son anniversaire y fût célébré (1) »
1. Cocheris et Lebeuf, tome II, page 467.
Sources : Lebeuf et Cocheris, Jean, abbé. Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris. Tome 1. BNF


Il est évident qu’il ne s’agit pas ici de l’église du Temple qui était situé dans le IIIe arrondissement actuel.
De son côté, M, DE CURZON s’exprime ainsi : « Installé au milieu des champs, des bois et de terres de culture qui bordaient le nord-est de la capitale, les débuts du nouvel établissement... sont très mal connus. La maison, une ferme d’abord, à dû être quelque temps fort pauvre (1) »
1. Henri De Curzon, La Maison du Temple, page 198.

Et ailleurs, page 12 : « Origine de la Maison du Temple à Paris, Aucun titre primordial ne subsiste plus depuis de longs siècles. Aussi, cette grosse lacune Risque-t-elle de n’être jamais comblée. »
Et tous les historiens modernes se sont inclinés devant l’opinion de ces deux érudits.

Cependant, il est certain que les Templiers n’ont dû commencer à construire le premier Temple, le Vieux Temple, qu’alors qu’ils avaient gagné assez d’argent en Orient, ou reçu assez de dons pour pouvoir se permettre cette grosse dépense, et rien ne justifie les hypothèses de M. de Curzon, comme nous l’allons prouver.

Les divers emplacements du Temple à Paris
Tout le monde est d’accord sur l’emplacement du Temple à Paris. Il occupait un vaste espace borné par les rues du Temple, de Vendôme, Charlot, de la Corderie ; actuellement, boulevard du Temple, au nord ; rue des Franc-Bourgeois et de Rambuteau, au sud ; rue Vieille-du-Temple et rue Charlot, à l’est, et rue du Temple, à l’ouest.

Suivant l’opinion généralement acceptée, le Temple aurait été construit vers 1211 ou 1212 — du moins la Tour — par frère Hubert, trésorier du Temple.

On verra, plus loin, que cette théorie est inadmissible. D’après M. Léopold Delisle, le donjon aurait été élevé en 1265-1270. Il n’est pas probable que l’on ait attendu cinquante ou soixante ans pour le construire : les Templiers étaient très riches.
C’est dans La Tour du Temple (du IIIe arrondissement), — ou mieux dans ce donjon — que fut enfermé Louis XVI. Depuis, on l’utilisa comme prison d’État jusqu’en 1811 époque de sa démolition partielle. Ce qui restait du Temple, en 1814, devint le quartier général de l’armée d’occupation. Après l’invasion,

Louis XVIII donna le Temple à la princesse de Condé, abbesse de Remiremont, qui y établit une congrégation de religieuses Augustines. En 1848, le couvent fut transformé en caserne. Enfin, en 1854 tous les bâtiments furent démolis et Haussmann posait la première pierre du marché et des maisons nouvelles. Il ne resta que la rotonde qui disparut un peu après 1860. La tour était située au nord-ouest de la mairie actuelle du IIIe arrondissement, et aujourd’hui, on élève maladroitement des maisons de rapport sur cet emplacement que le moindre bon sens aurait dû conserver pour agrandir le square du Temple, insuffisant pour la population si dense de ce quartier, absolument dépourvu d’espaces libres.

Templiers   Templiers
Templiers 1290, 1225 et fin XIIIe siècle

Nous prions les lecteurs d’excuser ce court expose de l’histoire du Temple qui nous paraît en certains points incomplète ; mais nous n’écrivons pas l’histoire de ce Temple que, pour plus de commodité, nous désignerons sous ce nom : Temple Louis XVI.

* * *

Les historiens qui se sont particulièrement occupés de la question du Temple sont :
MM, A, BRUEL : la Tour de l’hôtel de Sainte-Mesme, Paris, 1887, in-8.
Henri de CURZON : la Maison du Temple à Paris. Paris, 1888, in-8.
LEOPOLD DELISLE : Opérations financières des Templiers. Paris, 1894, in-4°.
Sans parler de SAUVAL, FELIBIEN, LEBOEUF, JAILLOT, etc. Nous nous appuierons surtout sur les travaux des trois auteurs modernes.


Les Temples à Paris
D’après nous, il existait, à Paris, deux autres maisons du Temple, plus anciennes, dont ces auteurs n’ont pas tenu compte.
M. Bruel ne commence son travail qu’a partir de 1322.
M. de Curzon connaît les deux autres maisons qu’il cite sans s’y arrêter comme elles le méritent.
M. L. Delisle n’en parle pas.
Les autres historiens les ignorent presque complètement.

Nos Documents
Pour comprendre ce que nous allons dire au sujet des Temples, il faut forcément lire la rubrique de la troisième quête de Saint-Servais, dans la Taille de 1292, publiée par Géraud, en 1837, page 110 b ainsi conçue :
La tierce queste de Saint-Gervès, en revenant enprès l’enceinte de la Tannerie et enprès la division qui a esté fête de Grève, tout contremont la rue Frogier-l’Asnier (1) et en retournant à la méson Jehan de Chanevières (2), tout contreval la viez Tissanderie, ce qui est de la parois ne Saint-Gervès, jusques à la meson feu mestre Estienne du Guet (3) et d’illeiques jusques à la méson Jehan de Ferières (4), et tout contremont, si comme la parroisse se comporte, tout le remanant de celle parroisse.
1. Cette rue est citée dès 1152. C’est à Frogier l’Asnier qu’appartenait la maison donnée aux Templiers, par Mathieu de Beaumont, dans cette rue, en 1154.
2. Jehan de Chenevières, rue Forgier-l’Asnier, paie 26 sous de taille. Geraud, page 107 b.
3. La fame feu mestre Estène du Guet, 40 sous. Géraud, page 108 b.
4. Jehan de Ferrières, cordouanier, en la Tessanderie, 8 sous, Geraud, page 120 a.


Consultons maintenant le livre la Taille de 1292.
Nous lisons, page 109 b :
En celle parroisse [Saint-Gervés], en la rue Garnier-dessus l’Eaue, si comme elle se comporte, et de Sainne jusques aus Chapeaus (1).

Et sous cette rubrique, page 110 a :
La MÈSON NEUVE DU TEMPLE
Puis page 110 b : de la méson Jehan le Tondéeur jusqnes à Saint-Jehan d’une part et d’autre, et en la rue Estienne-de-Bailly (2) :
LE VIEZ TEMPLE
1. Ce nom inexpliqué provient (d’une enseigne).
2. Estienne de Bailly, 36 sous, Géraud, page 110 b.


Nous en avons les preuves.
La rue Estienne de Bailly est La rue d’entre Saint-Gervais et Saint-Jehan, devers Sayne, de la taille de 1313, page 115. Elle devint la rue de Longpont.
Jehan le Tondéeur : on ne rencontre dans les tailles, un tondeur [de drap] que là où il y a un drapier, fabricant.
Il y a effectivement un drapier, Jehan Gascoin, 25 sous, au bout de la rue de la Barre. Géraud page 118 b.
Il y a en outre, dans les environs : 2 foulons, 1 tailleur de robe, 1 tondeur, Guiart, 10 sous, qui demeure près de la porte Baudoyer (1) et de la rue du Temple.
Jean le Tondeur devait donc demeurer dans les parages.
1. La place Beaudoyer est à la fin de la rue du Boug Tibourg.

Voici donc la mention de deux bâtiments ayant certainement été construits par les Templiers, Nous remarquons, en outre, que la ligne qui précède le nom du Vieux Temple est ainsi libellée :
LE CONCIERGE AU SEIGNEUR DE COUCI
« 8 sous " Nous apprenons ainsi que l’hôtel de Coucy se trouvait auprès du Vieux Temple.
Continuons et consultons-les Livres des Tailles, de 1296 à 1300, et nous trouvons :
1296. — Castelain de Chiés, le seigneur de Couci, 10 sous (folio 21 v°).
1297. — Sous l’orme Saint-Gervès le renc au seigneur de Couci.
JEHAN CASTELAIN, concierge ou seigneur de Couci, 10 sous (folio 56 v°).
1298. — La viez Tesseranderie, du coing de la méson mestre Estinne du Guet, à destre, par devant l’Ostel-Dieu Saint-Gervèse, et par devant l’ourme jusques au Temple.
JEHAN CASTELAIN, CONCIERGE AU SEIGNEUR DE COUCI, 10 sous (folio 117 v° et folio 118 r°).
Aalizy fame Richart, vallet au visiteur [du Temple], 3 sous (folio 182, v°).
1300. — Du coing devant l’ourme. . ., à Saint-Jehn, à destre.

Troisième queste de Saint-Gervais :
JACQUELINE, CONCIERGE AU SEIGNEUR DE COUCI, 5 sous (folio 275, r°)

Enfin la Taille de 1313, cite au même endroit :
Robert, de Londres, concierge de l’hostel de Coci : 22 deniers.

Nous sommes fixés.
Ces documents, d’une incontestable authenticité, suffisent pour déterminer d’une façon certaine, l’emplacement des deux premiers Temples à Paris.

Appelons le Temple le plus ancien ou le Vielz Temple : Temple A, et le second, la méson neuve du Temple : Temple B et délimitons leur emplacement respectif.

En 2025
La rue Vieille-du-Temple, d’une longueur de 855 mètres, est située dans les 3e et 4e arrondissements, quartier des Archives, Saint-Gervais et Enfants-Rouges. Elle commence au 36, rue de Rivoli et finit au 1, rue de Bretagne.

Le Vieux Temple (A)
Ce Temple, le premier en date, était situé entre Saint-Gervais et Saint Jean-en-Grève, mais plus près de Saint-Jean-en-Grève.
La distancé entre ces deux églises était d’environ 115 mètres. A la fin du XIIIe siècle, il était voisin de l’hôtel de Coucy et ce dernier était situé non loin de l’orme planté devant la façade ou le porche de Saint-Servais, à droite, en se dirigeant vers Saint-Jean. Il devait donc se trouver tout près de cette tour qu’on a appelée le Pet-au-Diable, mais cette tour n’a jamais rien eu de commun avec le Temple A.
Voir le plan sur Wikipédia

Nous faisons remarquer que cette tour a été démolie au milieu du XVIe siècle et qu’il n’en restait que quelques substructions au XIXe siècle, quoiqu’on dise Bonnardot.
En voici la preuve :
« En 1554, on abattit la maison du Pet-au-Diable pour construire le trésor, revestier et chapelles neuves de l’église [Saint-Jean-en-Grève]. L’estimation des travaux fut faite par Charles Leconte, juré du roi et maître des œuvres de charpenterie, Guillaume Guillain, maistre des œuvres de maçonnerie et Etienne Grandrancy [lire : Grandrémy], clerc des œuvres (1) »
1. AN. S. 3403, cité dans COCHERIS et LEBEUF, tome I, page 359.

En 1322, le Vieux Temple (A) est ainsi qualifié « maison ou manoir. . . qui est communément appelé le Viez Temple, assis à Paris au cheveiz de l’église mons. Saint-Jehan-en-Grève, tenant d’un costé à la maison ou hostel du seigneur de Coucy et d’autre-part à la place ou voye commune par laquelle l’on va à laditte église Saint-Jehan. . . en la censive de l’hospital [Saint-Gervais], qui jadis fu du Temples (2) »
2. AN. S. 5075a, cité par BRUEL, page 17.

En 1466, II janvier, un arrêt du Parlement porte : « hostel, lequel souloit anciennement estre appelé le Vielz Temple, pour ce que jadis il avoit esté et appartenu aux Templiers, et depuis au grand prieur de France, à cause de sa dite commanderie », Voici donc bien déterminé remplacement du plus ancien, du premier Temple à Paris, avant 1252 (3).
3. C’est le Temple en 1146.
Actum Papisius in Templum, première mention de la maison du Temple à Paris, bien que M. de Curzon fasse remonter cette mention à 1143 (Cartulaire général de Paris).


La Villeneuve du TEMPLE (B)
Méson neuve du Temple à Paris
Vers 1152, Mathieu de Beaumont (sur Oise), avec l’assentiment de Mathilde, sa femme, et de ses enfants, Mathieu et Philippe, donnait aux Templiers une maison sise rue aux Barres, ayant appartenu à Frogier l’Asnier, avec tous ses droits et 41 sous de rente à prendre sur son domaine de Reuilly (1).
Les Templiers possédaient, en outre, en 1233, dans la rue aux Barres, une grange : granchia Templi de Barris, in censiva Templi (2), qui est encore citée : une grange aux Barres, en 1252 (3).

C’est là, certainement, l’origine du Temple B, En voici les preuves :
En 1351, ce Temple est ainsi désigné : manoir au chevet de l’église Saint-Gervais, avec une chambre ou il y a un huis de fer, appelée la voulte, où fut jadis le comptouer du Temple. (4).
1. AN, Original., K. 23, n°16, cité dans de Curzon, page 13.
1328, samedi 3 décembre : maison de Reuilly autrefois du Temple.
— G. Viard, Journaux du Trésor de Philippe VI de Valois. Paris, 1899, page 15. AN, S. 5086, n° 1. Parmi les témoins de l’acte figurent les frères du Temple : G. de Drusencourt (Drucourt, Eure) et Galeran.
2. AN. S. 5075.
3. AN, MM. 128, cité par de Curzon, page 314.
4. AN. S. 5544, de Curzon, page 314.

* * *

À notre avis, M, de Curzon s’est trompé quand il a écrit que ce bâtiment était le comptoir de l’ordre, pour les arrivages par la rivière.
Le mot comptouer ne signifie pas, à cette époque, un magasin ou un entrepôt, mais un endroit spécialement réservé aux comptes.
Ainsi : le comptouer des Lombards. Le mot comptoir n’a pris l’acception de magasin, et depuis, le sens de comptoir de commerçant, drapier ou même marchand de vin, que beaucoup plus tard, Au XIIIe siècle, il désigne une salle où l’on fait des comptes avec des gectouers (le mot jeton signifiait alors essaim d’abeilles) sur la table d’un échiquier ou abaque.

Le Vieux Temple en 1158 (A)
Une des premières réceptions solennelles, au Temple, à Paris, dont l’histoire fasse mention, est celle du chancelier du roi d’Angleterre, Henri II, le fameux Thomas Becket en 1158 (1117-1170).

Thomas de Londres, était fils d’un nommé Becket, et ce nom de Thomas Becket ne lui fut appliqué qu’une fois pendant sa vie : ce fut par un de ses assassins qui lui lança ce nom comme une insulte.

Thomas, ami du roi, était un homme actif et vigoureux, qui avait quinze ans de plus que le roi. Bien qu’ordonné diacre, il n’avait rien de l’homme d’église quand il fut nommé chancelier. Il aimait à vivre dans le luxe et son train de maison somptueux, ainsi que l’éclat de ses fêtes étaient le sujet de toutes les conversations dans le pays. Bien qu’il aimât La plaisanterie et se montrât d’humeur joyeuse au milieu de sa grandeur, néanmoins jamais sa vie privée ne donna aucune prise à la médisance : elle était exemplaire. Un jour d’hiver qu’il chevauchait à côté du roi Henri II, qui aimait les promenades à cheval, le roi essaya, en riant, de lui arracher un beau manteau neuf écarlate pour le donner à un pauvre. Thomas résista de son mieux et les deux cavaliers faillirent tomber de leur monture pendant la lutte. Finalement, le mendiant eut le manteau.

Au printemps de 1158, le roi envoyait son chancelier à Paris, pour demander la main de Marguerite, fille du roi de France, encore une enfant de trois ans, pour le fils du roi d’Angleterre, également en bas âge, qui devait mourir sans avoir été roi, en 1183. Le mariage n’eut lieu qu’en 1170.

Pour éblouir les Français, l’ambitieux chancelier n’épargna aucune dépense, et il arriva en France avec un train vraiment royal. Il était accompagné d’une escorte de plus de 200 cavaliers richement vêtus, sans compter les gens de pied. Parmi ces derniers on remarquait les écuyers, portant les boucliers des chevaliers et tenant en main les destriers ; les jeunes pages ayant sur le poing des oiseaux de vol ; les valets, les maîtres d’hôtel, etc. le personnel de la maison du chancelier, chevaliers et clercs, tous défilant à cheval, deux par deux, et enfin, le chancelier entouré de ses familiers.

À la suite, venaient huit chariots traînés chacun par cinq chevaux, chargés de bagages. Le chancelier apportait vingt-quatre costumes dont plusieurs entièrement en soie et garnis de fourrure, destinés à être offerts en cadeau aux princes et aux princesses de la Cour de France. Deux chariots portaient de la cervoise en tonneaux, boisson qu’on voulait faire goûter aux Français (1).
1. Cent ans plus tard, en 1271, septembre, nous relevons dans la ruelle Guy-de-Han, plus tard Jean-Evroul, le nom de Marguerite la Cervoisière, Anglaise. Ce qui prouve que les Français avaient pris goût à ce genre de boisson (AN. S. 82 b).

Une voiture spéciale transportait une chapelle portative pour célébrer, encours de route, le service religieux.
Quand cet immense cortège traversait les villages ou pénétrait dans les châteaux, deux cent cinquante jeunes garçons ouvraient la marche en chantant des airs dans la langue de leur pays.
Le défilé se terminait par une troupe de valets tenant en laisse des chiens et des lévriers, et enfin des fourriers conduisant des sommiers chargés de meubles, etc.
A cette vue, Les Français étonnés sortaient de leurs maisons en demandant ce que c’était que cette bruyante multitude de gens.
« C’est le chancelier du roi d’Angleterre qui se rend auprès du roi de France », leur répondait-on ; et les Français répliquaient : « Quel roi admirable que celui qui a un chancelier si puissant et si magnifique ! »

Thomas se dirigea vers Paris en passant par le château de Meulan (castrum Medlenti). Il traversa Poissy, le Pecq, Charlevanne (la chaussée de Bougival), Rueil, Nanterre, Neuilly, la chaussée du Roule, atteignit la place de Grève et descendit au Temple, situé alors derrière le chevet de Saint-Jean-en-Grève.

Le chancelier avait été prévenu que, suivant l’usage, le roi de France avait l’habitude de se charger de la dépense des personnages qui lui rendaient visite, et qu’il avait défendu, par un édit, de lui vendre quoi que ce soit à Paris, Thomas envoya des fourriers faire des provisions de pain, de viande, de poisson, de comestibles à Lagny, à Pontoise, à Corbeil, à Saint-Denis, et à son arrivée au Temple, ses gens lui annonçaient qu’il pouvait compter sur trois jours de vivre d’avance pour mille hommes par jour. Un seul plat d’anguilles, fourni dans une journée, fut payé 100 livres sterling. Ce détail suffit pour avoir une idée de la richesse de la table du chancelier.
Nous ajouterons qu’il est probable que les chevaux de l’escorte furent parqués dans les granges qui bordaient alors la place de Grève, et que les gens de la suite durent trouver à se loger, en partie au Temple, en partie chez l’habitant, parce que nous ne connaissons pas à cette époque de monument assez vaste, à Paris, pour recevoir une pareille affluence de monde.
Il est encore possible qu’on ait dressé des tentes sur la place de Grève, comme on avait dû le faire en route.

Selon nos calculs, la visite de Thomas à Paris, dura trois jours ; et il est vraisemblable qu’il y eut, à cette occasion, des fêtes dont le souvenir ne nous a pas été conservé et qu’il y eut de grandes réceptions, tant au Palais du roi de France qu’au Temple même, Nous savons que le chancelier s’acquitta heureusement de son ambassade et qu’il obtint tout ce qu’il demanda.
Lors de son départ, il distribua tous ses vases d’or et d’argent, tous ses vêtements précieux, donnant soit un manteau, soit une cape de petit-gris, soit une pelisse, soit même un palefroi anglais ou un destrier.
Thomas devait revenir en France quelques années plus tard, mais alors il était archevêque de Cantorbéry et exilé et son histoire ne nous appartient plus.

En 1538, 16 novembre, Henri VIII défendait de célébrer la fête du saint martyr et ordonnait de détruire toutes ses images. . .

L’HUIS DE FER
Nous relevons, dans le document de 1351, ce passage : une chambre où il y a un huis de fer, appelée la Voulte, où fut jadis, etc. (1)
Il y avait alors, à Paris, une autre maison fermée avec une porte de fer (2). En réalité, elle se composait de deux maisons réunies, données par leur propriétaire, Barthélemy de Roye, grand chambrier de France, à l’Abbaye de Joyenval (3), fondée par lui, en 1221. Cet « ostel » était situé sur la paroisse Saint-Germain-L’auxerrois, dans une rue appelée rue des Deux-Portes : c’est la rue aux II portes delez la rue Saint-Germain, dit Géraud, page 25, et la rue entre deux portes, de la Taille de 1313, de Buchon, page 20 (4).
1. Géraud, page 81 b. Porte du Temple et rue du Temple.
« Celui qui maint en lu méson Huitace de la voste, 8 sous. »
Il s’agit très probablement ici de cette voûte, dans ce quartier bien qu’il y en eût d’autres, comme la voûte d’Auquanz (Ourscamp), place Baudoyer. Génaud, page 109, a et b et page 124 b. C’est dans cette dernière maison, appartenant, à l’abbaye d’Ourscamp, que descend, à Paris, Guichard, évêque de Troyes.
2. Nous rappelons que la tour du Louvre renfermait une chambre du Trésor, fermée avec un huis de fer.
3. L’abbaye de Joyenval est une ancienne abbaye desservie par les Prémontrés, dont les vestiges se trouvent actuellement sur un golf en bordure de la forêt de Marly, près du désert de Retz, sur le territoire de la commune de Chambourcy (département des Yvelines).
4. Porto, amont et porte à veau, dit Guillot de Paris.


A cette époque, les deux portes étaient une mesure de précaution et de défense (2). Mais cet « ostel » donné aux moines prémontrés de Joyenval était, de plus, fermé avec une porte de fer (3).
2. Il existait alors une autre rue des Deux-Portes, sur la rive droite, entre les rues de la Verrerie et de la Tisseranderie.
3. Géraud, page 20.
— Nicole, la Chamberie de Geinval (Joyenval), 4 sous.
— 1296, Taille.
— Raoul le Breton, à l’uis de fer, 40 sous ; au coin de la rue des Lavandières, parmi la rue Saint-Germain, à destre, jusques au bout de la rue Thibaut ans dez.
1313. — Item, joignant les maisons de l’abbé de Joe en val que l’on dit l’uis de fer.
(AN. KK. 283, folio 3 V° ; L, 1253, page 30 V°).

Encorbellement
Fig. 17 - Encorbellement, au coin de la rue des Barres et de la rue Grenier-sur-l’Eau, et portant les armoiries de l’abbaye de Maubuisson (existant encore en 1911, date à laquelle ces recherches ont été écrites).

Il est évident que ces deux maisons, celle du Temple et celle de l’Abbaye de Joyenval, munies de portes de fer, renfermaient des valeurs. Les moines de l’abbaye, comme les chevaliers de la milice du Temple recevaient des dépôts d’argent. Est-ce qu’en 1295, Jehan de Pontoise, évêque de Winchester, ne confiait pas 26.000 livres tournois aux abbayes de Saint-Denis, de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève (4) ?
4. Delisle, Opérations financières des Templiers, page 67.
— Il existait certainement alors, à Paris, d’autres endroits que le Temple où l’on pouvait toucher de l’argent, ainsi qu’on le voit dans un acte où il est que question de 40.000 livres tournois à prélever apud Temptum vel alibi in civilité Pariseinsi ubi idem frater noster duxit eligendum (Layettes du Trésor des chartes tome III, page 132).


La Villeneuve du Temple (B)
Situé derrière le chevet de Saint-Gervais, dut servir de comptouer vers 1158, ou même jusqu’en 1265-7370, date de la construction de la Tour du Temple (Louis XVI), située en pleine campagne, en dehors des murailles de l’enceinte de la ville (1).
1. Léopold Delisle, Opérations financières des Templiers, page 5. C’est dans cette tour que s’effectuent les premiers paiements.

Au XVIIe siècle, la maison neuve du Temple de la rue des Barres, dite Petit-Temple, reconstruite en 1618, conservait toujours son nom (2).
2. Bruel, page 19.

COUCY SES SEIGNEURS
Un sire de Coucy, un des premiers barons du royaume, avait été condamné à mort par saint Louis pour avoir exercé le droit de justice seigneuriale dans son fief, en faisant périr trois jeunes gens coupables d’un délit de chasse.
Sa grâce fut obtenue pour la noblesse.
Son fils, Enguerrand IV ; mort en 1311, épousait Jeanne de Flandre, comtesse de Nevers, fille du comte de Flandre. Elle mourait eu 1333. Ce seigneur de Coucy habitait, à Paris, l’hôtel de Coucy, cité plus haut, qu’il tenait probablement de son père.

Enguerrand V (1260-1321) épousait, en 1284, Chrétienne de Bailleul et héritait, en 1311, de l’hôtel de Coucy, de Paris (3).
3. AN. JJ. 46, page 61, de Lépinois, Histoire de Coucy et des seigneurs. Le 15 novembre 1400, Louis d’Orléans achetait le château de Coucy 400.000 livres tournois, à Marie de Coucy, dont le père, Enguérand, et le mari, Henri de Bar venaient de mourir à la bataillé de Nicopolis. — Siméon Luce, la France au XIVe et au XVe siècle. Paris, 1890, page 235.

LES HOTELS DE COUCY A PARIS
Le terrain sur lequel étaient situés :
1° — Le vieux Temple ou Temple A.
2° — Le vieil hôtel de Coucy.
3° — L’hôtel de Raoul de Coucy, affectait une forme triangulaire. Deux côtés de ce triangle mesuraient 150 mètres de long, et le troisième 100 mètres.

Ces hôtels notaient donc pas très importants ; mais la disposition du terrain avait dû changer, si toutefois le vieux Temple avait jamais eu un enclos. Néanmoins, comme nous le répétons, la distance entre Saint-Gervais et Saint-Jean ne dépassa jamais 115 mètres ; mais le vieux Temple devait avoir des dépendances le long de la place de Grève, comme nous le verrons.

Cet emplacement d’environ 1 hectare 44 ares renfermait, outre le vieux Temple, deux hôtels de Coucy.
Le premier, le plus ancien, est celui dont nous parlons plus haut et dont nous connaissons les concierges, de 1292 à 1313, qui était situé à côté du vieux Temple.
Le second avait été vendu, en 1376, par François Chanteprime de Sens (1), général sur le fait des aides, à Monseigneur Raoul de Coucy, chevalier, seigneur d’Encre (et non d’Entre, comme l’écrit de Curzon et de Montmirail en Brie. Il comprenait :
« Une maison, tour, cour, jardin, séant au martelet Saint-Jehan-en-Grève, et fut pavé 3.000 francs d’or (2).
1. En 1372, François Chanteprime était trésorier (Siméon Luce, la France au XIVe et au XVe siècle. Paris, 1890)
En 1398, Jacques Mercadé, et sa femme, Jeanne Chanteprime, font construire une chapelle à Saint-Gervais (Cocheris et Lebeuf tome I, page 344).
En 1475, Marguerite de Chanteprime, veuve de Pierre de Canteleu, fonde une chapelle Notre-Dame à Saint-Gervais (Cocheris et Lebeuf, I, 329). Chunteprime, maître des Comptes (1381-1417), a son jeton dans la collection Feuardent (Jeton et minéraux, tome I, n° 1694, page 131).
2. AN. S. 5075, n° 32, pièce II.
— Bruel, page 6. C’est cette tour qui devint la tour du Pet-du-Diable.

Dix ans après, août 1389, Raoul de Coucy, neveu d’Enguerrand, mariait sa fille, Marguerite, à Guy de Nesle, seigneur d’Offemont, et lui donnait en dot la maison de Saint-Jean-en-Grève.
Au mois de décembre, les deux époux l’échangeaient avec maître Jean de Béthizy et sa femme pour s’en aller demeurer rue Saint-Victor (3).
3. AN. S. 5595. Bruel, page 7.

Un censier de 1447, dans lequel est, pour la première fois, nommé l’ostel du Pet-du--Diable porte :
« Ou martelet Saint-Jehan.., sur un grant ostel où il y a une tour appelée l’Otel du Pet-au-Diable les hoirs de feu maître Jehan de Bethisy, tenant par devers l’église Saint-Gervais à l’ostel de Coussy (1) »

Ainsi, les héritiers de Jean de Béthizy qui occupent l’ancien hôtel de Raoul de Coucy, avec une tour, sont voisins d’un ostel de Coussy par devers (ou tourné vers) l’église Saint-Gervais (2)
Bien plus, en 1482, 24 juillet, nous trouvons la mention « d’une maison et ses appartenances assise à Paris, près le chevet Saint-Jehan, appelée vulgairement l’ostel du Pet-au-Diable, tenant d’une part à l’ostel du Grand-Cornet, appelé l’ostel de Coussy, et d’autre part à l’ostel du Panier-Vert »
Il y avait donc sûrement deux hôtels de Coucy. L’un, cité dès 1292 ; l’autre acheté en 1379 par Raoul de Coucy, et échangé par son gendre en 1389. Le premier était, nous le savons, voisin du vieux Temple ou Temple A ; le second était à côté ; Raoul de Coucy, neveu d’Enguerrand, était venu habiter à Paris, auprès de son oncle.
Voici, du reste, la liste des propriétaires du petit hôtel de Coucy (dit Pet-au-Diable).
1322, Jean Billouard (3).
1. L’hôtel du Pet-au-Diable était donc le petit hôtel de Coucy.
(AN. Censier MM. 134).
2. Le vieil hôtel de Coucy, cité en 1292, était donc plus rapproché de Saint Gervais que le petit hôtel de Coucy. « Ces mots : par devers, dit M, Bruel, doivent indiquer seulement l’orientation de l’hôtel qui était situé assez loin de l’église Saint-Gervais. »
C’est trop dire : il n’était distant que d’une soixantaine de mètres.
Un acte de 1466 porte : « Ostel du Pet-au-Diable tenant d’une part à l’ostel du Grand-Cornet et d’autre part à l’ostel du Panier-Vert »
3. En 1313 Jehan Billouard paie 45 livres de taille, il demeure : du bout de la Poterie juques au viez cimetière Saint-Jehan.
Son nom se trouve dans l’Inventaire de Rob. Mignon, édition Ch. V Langlois. Paris 1899, pages 367, 374, 378.
En 1469, 30 décembre, un Jean Billouard, escuyer, est seigneur de Tancio, de la Motte et de Monguirost, demeurant audit Tancio.
Tesseus, Montgirod, La Motteservolex (Savoie) ?
BN. français 20408.
En 1322, J. Billouard est argentier de Charles le Bel.


1328. Erard d’Alemant (1).
1362, 1373. Pierre Paien (2).
1379, François Chanteprime, le vend à Raoul de Coucy.
1389. R. de Coucy le donne à son gendre et à sa fille qui l’échangent en 1389, 21 décembre, avec Jean de Béthisy (3), dont les héritiers l’occupent en 1438-1482.
Cet hôtel existait encore en 1780 (4).
« SAUVAL dit que le nom de Pet-au-Diable, vient d’une ancienne tour carrée qu’on nommait autrefois la synagogue, le martelet Saint-Jean, le veux Temple, et hôtel du Pet-au-Diable, par dérision pour les Juifs. Le même auteur conteste, avec raison, l’existence d’une synagogue en ce lieu, très voisin de la rue de la Tacherie, où les juifs en possédaient une (5) »
Nous devons dire qu’on rencontre, dans les titres du Temple, en 1298, la mention d’une maison, en cet endroit, appelée la synagogue, sans qu’on puisse l’identifier avec le Pet-au-Diable : « Les juifs y avaient une synagogue encore en 1298 (6) »
La Taille de 1298 ne porte aucune mention de cette synagogue, pas plus que la taille précédente de 1292, ni les suivantes.
Les juifs du quartier demeuraient paroisse Saint-Merri, rue de l’Attacherie (la Tacherie), dans la cour Robert-de-Paris, et paroisse Saint-Paul, au Franc-Mourier.
La Tour du Pet-au-Diable, dit M. de Curzon, page 435, ne dépendait pas du Temple, et il a raison.
La Tour barlongue du Pet-au-Diable écrit Bonnardot, fut démolie en 1843 ; elle comprenait deux étages et servait de magasin (7).
1. Clerc du Trésor. Bailli de Meaux en 1314-1315 ; d’Amiens en 1318 (Inventaire de Rob. Mignon, pages 20, 202, 209, 221).
2. Chevalier, conseiller du roi, 1358, 5 novembre (Siméon Luce, Bertrand du Guesclin, page 246).
3 Jean de Bienville, de Béthisy (J. Viard, Journaux du Trésor, 1345, décembre n° 198).
4. Bruel « Chose remarquable, dit Bruel, le cens est toujours de 20 livres 1 denier, comme au moyen-âge. »
5. BRUEL et SAUVAL fait une confusion dans son énumération.
6, AN. S. 5544.
7. BONNARDOT, Dissertation archéologique sur les anciennes enceintes de Paris. Paris 1852, in-4°.
— D’autres auteurs prétendent que la tour était carrée, comme on le voit dans un dessin de la collection Destailleur (BN. Est).


Nous avons vu plus haut quelle avait été démolie en 1554. La tour vue par Bonnardot n’était donc pas la vraie tour du Pet-au-Diables mais une nouvelle bâtisse hybride élevée sur les anciennes substructions.
Nous ne parlerons pas de la grande pierre trouvée en cet endroit en 1451 (1).
1. Cf, SAUVAL, I, 145-157.

Réception de Henri III, roi d’Angleterre, à Paris, en 1254
LES 9, 10 et 11 DÉCEMBRE.

« Après avoir pacifié la Gascogne, rien ne retenait plus Henri III dans ce pays [qu’il confiait à la garde de son fils aîné Edouard]. Mais il craignait un voyage en mer « qui, disait-il, lui causait toujours une fâcheuse indisposition » Il voulait revenir par la France, à petites journées, assister à la translation des ossements de sa mère morte huit ans auparavant, à Fontevraud, le 4 juin 1246, et y visiter les tombes de ses ancêtres (2) ; voir la célèbre abbaye de Marmoutier, et prier, à Pontigny, sur la tombe du saint évêque de Cantorbéry (1233-1240), Edmond Rich, et enfin rencontrer à Paris le roi de France, son beau-frère (3), à peine revenu de la Croisade. Pour un pareil voyage, qu’il voulait faire avec une pompe inaccoutumée, il fallait beaucoup d’argent, sans parler de ce qu’il fallait pour acquitter les dettes que le roi avait contractées en Gascogne. Ces soins retinrent Henri III à Bordeaux jusqu’au 3 novembre, jour de son départ, » Voici son itinéraire.
2. Henri II roi d’Angleterre, mort à Chinon en 1191.
Eléonore de Guyenne, son épouse, morte en 1204, à Fontevraud, Agée de quatre-vingt-un ans.
Richard, Cœur de Lion, son fils, mort à Chalus en Limousin, en 1199.
Isabelle, femme de Jean sans Terre (Bassebæur, Fontevraud Tours, 1890).
3. Marguerite de Provence, femme de saint Louis, était la sœur d’Aliéner (ou Eléonore de Provence), femme de Henri III.


Itinéraire nu roi Henri III
Parti de Bordeaux le 3, le 5 il est à Blaye ; le 6 et 7 à Cognac ; le 11 et 12 à Bois-Pouvreau (aujourd’hui Boispoureau), commune de Ménigoûte (Deux-Sèvres) ; le 15 à Fontevraud ; le 20 à Marmoutier ; le 22 et 23 à Vendôme ; le 24 à Orléans ; le 27 à Chatillon-sur-Loing ; le 20 à la Ferté-Loupière ; le 3 décembre à Pontigny ; le 4 à Montereau ; le 6 et 5, à Saint-Maur-des-Fossés ; les 9, 10 et 11 à Paris ; le 11 et 12 à Saint-Denis.

De là, il gagne Beaumont-sur-Oise, Amiens, Montreuil-sur-Mer, Boulogne, Wissant ; revient à Boulogne où il célèbre la Noël et s’embarque le dimanche 27 décembre. Enfin, il arrive à Londres, le 4 janvier 1255 (1).
1. Ch. Bemont, Rôles gascons, tome I. Supplément. Paris, 1896.

Sceau Templiers   Sceau Templiers
Fig. 19 à 20 - Sceaux divers des Templiers, de 1290.

Sceau Templiers   Sceau Templiers
Fig. 19 à 20 - Sceaux divers des Templiers, de 1280.

Cet itinéraire nous permettra de relever bien des erreurs commises par tous les historiens et les chroniqueurs.
Actes promulgués par Henri III pendant son séjour de trois jours à Paris, les 9, 10, et 11 décembre 1254.
PS. Je ne note que les actes réalisés au Temple de Paris.

Au temple de Paris le 10 décembre.
Au Temple, Paris, 10 décembre.
A la demande de Robert de Glastonia (2), le roi autorise Roger de la Haul (3) et ses héritiers à avoir une garenne libre dans les terres de son domaine de Ewerlaund, dans le comté de Southampton.
2. Glastonbury, commune Somerset.
3. Ou de la Hangl (Bémont).


Au Iemple 10 décembre.
A la demande de Robert Galerand, un des chevaliers de son escorte, le roi autorise Hugh le Bigod (4) Jeanne, sa femme, et leurs héritiers, à ouvrir un marché hebdomadaire, le mercredi, dans leur manoir de Kirkeby Moresheved (5), comté d’York, et une foire annuelle, la veille, le jour et le lendemain de la Nativité de la Sainte Vierge (8 septembre), et un marché hebdomadaire, le jeudi, dans leur manoir d’Hesel-sur-Humbre, comté d’York (6).
4. Hugue le Bigod, lord justice d’Angleterre, frère du comte de Norfolk, Roger et marié à Jeanne d’Estouteville.
5. Kirkby Moorside.
6. Hessle on-Humber.
7. Isabelle de Lusignan, dame de Craon, femme de Maurice V de Craon (département de la Mayenne), sénéchal d’Anjou.


Au Temple, 10 décembre.
Le roi fait délivrer un sauf-conduit jusqu’à l’Assomption, à Guy de Chenevos ou de Goneros, chevalier, se rendant en pèlerinage à Saint-Jacques [de Compostelle], en traversant la Gascogne.

Au Temple, 10 décembre.
Le roi fait un don à Isabelle, lady de Groun, sa sœur (7). Ses exécuteurs testamentaires recevront annuellement 100 marcs que le roi lui avait accordés sa vie durant, pendant trois ans après sa mort, pour payer ses dettes.

Au Temple, 10 décembre.
Le roi reconnaît devoir à Geoffroi de Curtom, bourgeois de Paris, 60 marcs pour deux chapes brodées et une nappe d’autel achetées à Paris, pour le service du roi. Payables à Westminster, à la Saint-Jean d’été (24 juin).

Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre.
A la demande de Barthélemy de Badellesmere (1), le roi autorise Raoul de Saint-Léger et ses héritiers, à établir un marché hebdomadaire, le vendredi, dans son manoir de Halecumbe (2), comté de Kent, et une foire annuelle, la veille, le jour et le lendemain de la Toussaint.
1. Barthélemy de Batlielamare, frère de Gilles (?)
2. Hallcomble.


Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre.
A la demande de maître Walter de Titinden ou Titindon (3), le roi exempte Guillaume de Titinden de toute charge civile : juge, shérif, coroner, etc.
3. Tenterden, comte de Kent.

Du Temple en dehors De Paris, 10 décembre. — Le roi autorise Kobert Galerand à poursuivre, en cours de Rome, les affaires du roi et à contracter un emprunt de 100 parcs au nom du roi, ainsi qu’un autre de 50 marcs.

Du Temple en dehors de Paris, 10 décembre.
— A la demande de Jean de Gray (membre de l’escorte), le roi accorde à maître Robert de Hersyn (ou Hèresyn [Bémont]) et à ses héritiers une garenne libre dans les terrains de son domaine de Grave Weston et Hordesal (4), dans le comté de Nottingham et de Ravenesfeld (5), dans le comté d’York.
4. Ordasall.
5. Ravenfield.

* * *

Nous ferons remarquer que, parmi ces actes, les uns sont dates du Temple — apnd Templum Parisiis — et les autres, du Temple en dehors de Paris (without) : apud Templum extra Parisios (1).
1. BEMONT, pages LXXVIII, LXXIX.

Le roi d’Angleterre aurait donc délivré ces actes, les uns au Vieux Temple, dans Paris, et les autres au Nouveau Temple en dehors des murs. Autrement, pourquoi cette distinction ?

Les Fêtes à Paris
C’est bar un chroniqueur anglais, Mathieu de Paris, que nous connaissons les détails de la réception du roi d’Angleterre, Henri III, par le roi de France, Louis IX, dans la ville de Paris, au mois de décembre 1254.

Saint Louis avait ordonné de décorer les maisons et les façades des églises de feuillage et de guirlandes de fleurs. Les étudiants français et étrangers, et parmi ces derniers, les Anglais.se livrèrent à la joie et firent des manifestations enthousiastes en laveur du roi : ils illuminèrent, chantèrent des chansons et ornèrent leurs demeures de fleurs (?)
Henri III arriva à Chartres où Louis IX, parti à sa rencontre, l’attendait. Il était escorté de mille superbes cavaliers (mille equos pulcherrimos) sans compter les chariots et les bêtes de somme. Les deux rois entrèrent dans Paris, et là, le roi de France dit au roi d’Angleterre :
« Mon cher ami, vous voici dans la ville de Paris. Où vous plaît-il de descendre ? Voici mon palais, au centre de la ville [Louis désigne ainsi le Palais et non le Louvre, comme le pense M. de Curzon. Le Louvre n’a jamais été au centre de la ville].
Si vous voulez [habiter, il est à votre disposition ; mais si vous préférez le Vieux Temple, Vetus Templum qui est en dehors de la ville, où il y a plus de place, ou ailleurs, comme il vous plaira, vous êtes libre. »

Le Seigneur, roi d’Angleterre, choisit pour domicile le Vieux Temple parce que sa compagnie était nombreuse et qu’il y avait dans ce même Vieux Temple des bâtiments suffisants et convenables pour y loger sa nombreuse escorte. Mais malgré le nombre des chambres, son cortège était si important que beaucoup de ses gens se virent obligés de camper à la belle étoile, à cause du nombre insuffisant des maisons inhabitées qui donnaient sur la place de Grève.

(Voici la preuve que le roi d’Angleterre avait bien choisi le Vieux Temple pour s’y loger avec sa suite et Mathieu de Paris s’est trompé. Le Vieux Temple n’était pas en dehors des murs)
Les chevaux furent placés dans des écuries plus commodes que les chambres trop petites des maisons.
(La traduction de Huillard-Bréholle est mauvaise parce qu’il a pris le Vieux Temple pour le Nouveau).

« (Henri arrive à Paris le mercredi 9 décembre 1254 et y séjourne le jeudi 10 le vendredi 11 décembre ; en tout trois jours).
« Saint Louis le reconduisit une journée de chemin et Henri continua son voyage jusques à Boulogne où il arrête quelque temps pour prendre le vent. Il y passa la fête de Noël et s’embarqua enfin le dimanche suivant, 27 de décembre, »
(Cette année, le jour de la naissance du Seigneur tomba à La sixième férie, c’est-à-dire un vendredi).
Bonnin, l’éditeur d’Eude Rigaud, dit : le roi de France avec la reine Marguerite et la comtesse d’Anjou alla à sa rencontre (à Henri III) jusqu’à Orléans et le conduisit à Paris. Henri III logea au Temple, appelé alors Ville neuve des Templiers
Quelques jours après, Louis le reconduisit à Soissons.
L’archevêque (de Rouen) n’accompagna le roi qu’aux portes de la capitale avec le clergé et les dignitaires.

Voici donc le roi d’Angleterre descendu le mercredi 9 décembre au Vieux Temple, derrière Saint Jean-en-Grève.
Le lendemain matin jeudi, il fit faire une distribution de vivres aux pauvres. On leur donna à profusion du pain, du vin, du poisson et de la viande. Il alla ensuite, guidé par Louis IX, visiter la Sainte-Chapelle (les reliques) et autres lieux saints où il laissa des offrandes. C’est ce même jour qu’il offrit un grand dîner au roi de France dans la vaste salle royale du Temple. Suivant la mode anglaise (d’outre-mer) on avait tapissé les murs avec les boucliers des chevaliers anglais parmi lesquels se trouvait celui du roi Richard [Cœur de Lion] (1).
1. Nous donnons, dans l’appendice, la description de quelques-uns de ces boucliers.

Le Festin au Vieux Temple.
À ce festin assistèrent les deux familles royales qui comprenaient beaucoup de personnes : Louis IX avait à sa droite Henri III, son hôte, et à sa gauche Thibaud II le Jeune, roi de Navarre, son futur gendre, alors âgé de dix-sept ans.

Parmi les dames :
La reine, Marguerite de Provence (trente-cinq ans).
Ses sœurs : Sancie ou Senchie de Provence, femme de Richard, duc de Cornouailles, frère de Henri III.
Beatrix, comtesse de Provence et de Forcalquier, comtesse d’Anjou, femme de Charles d’Anjou, frère de Louis IX.
Leur mère, Beatrix de Savoie, veuve de Raimond Béranger IV, et 18 comtesses (2).
2. La troisième sœur de la reine Marguerite, Aliénor de Provence, femme de Henri III, était restée en Angleterre avec Richard de Cornouailles, frère du roi pendant la régence (1253-1254).

Les Enfants
Isabelle, fille de Louis IX et de Marguerite de Provence, alors âgée de treize ans.
Louis, fils aîné de Louis IX, âgé d’environ douze ans ; Philippe, second fils de Louis IX, âgé de neuf ans (Jean, le troisième fils, n’avait que quatre ans).

Planche des sceaux des Templiers à diverses dates du XIIIe siècle.
Les sceaux des Templiers BNF

Les princes
Alphonse, comte de Poitou, frère du roi, et sa femme, Jeanne de Toulouse.
Charles, comte d’Anjou, frère du roi, et sa femme citée plus haut.
Les ducs au nombre de 25.
Les évêques au nombre de 12. Il y avait en France 12 archevêques et 84 évêques.
Parmi ceux qui assistèrent au festin, nous relevons :
L’archevêque de Bourges : Philippe Berruyer.
L’archevêque de Rouen : Eude Rigaud.
L’évêque d’Evreux : Jean de la Cour d’Aubergenville.
L’évêque de Senlis : Robert de la Houssaye.
Le doyen de Saint-Agnan d’Orléans : Étienne.
Le doyen de Saint-Martin de Tours : Guy de Neauphle.
Il nous faut encore ajouter des barons mêlés aux évêques et des chevaliers en grand nombre.
Parmi les autres personnages importants figurent le bouteiller Etienne de Sancerre, Pierre de Chambli, Guy de Chevreuse, etc.

Le repas fut abondant et splendide quoique ce fût un jour de poisson, c’est-à-dire maigre.
Pendant le repas, le public fut admis dans la salle où tout le monde put circuler et même manger à l’aise : pas de concierge, pas de police (exactor).

Sur les instances de Louis IX, Henri III passa la nuit du 10 au 11 au Palais. Pour s’y rendre, il traversa la place de Grève, prit la rue qui conduisait à Saint-Germain-L’auxerrois jusqu’au Grand Pont, qu’il traversa, non sans remarquer l’élégance et la blancheur des maisons construites en gypse, c’est-à-dire en plâtre, généralement à trois étages (tricameratas) (1).
1. Voici une nouvelle preuve que le festin eut lieu au Vieux Temple. Nous sommes en hiver et les deux rois revinrent au Palais avant quatre heures, sans quoi le roi d’Angleterre n’aurait pu remarquer la blancheur des maisons situées sur le Grand Pont. De plus, cette description nous apprend que la rue Saint-Germain-L’auxerrois s’étendait alors de l’église jusqu’à la place de Grève.

Ce récit nous prouve que le Vieux Temple ou Temple A était bien situé derrière Saint-Jean-en-Grève.
La Grève, place réservée par Louis VII, à la demande des bourgeois, commençât à se border de maisons, et le Vieux Temple avait des dépendances sur cette place dont il était distant d’une trentaine de mètres.

Lors de la venue d’Henri III à Paris, le Nouveau Temple ou le Temple Neuf, le Novum Templum dont parle Grégoire X dans sa lettre datée du 31 juillet 1274 et dont le donjon était élevé en 1265, pouvait déjà recevoir des hôtes, puisque le roi Henri III y rassemble ses conseillers pour promulguer des actes. Une partie des gens de l’escorte put même s’y loger.
Nous tenons les chiffres avancés par les chroniqueurs pour inexacts ; généralement ils sont exagérés. En donnant le nombre de mille cavaliers, Mathieu de Paris comprend sans doute les nobles et leurs valets ; mais néanmoins on se demande comment une pareille suite avait pu tenir dans les abbayes mentionnées dans l’itinéraire. Il ne faut pas oublier que nous sommes un hiver et que beaucoup de gens du cortège couchent dehors avec leurs chevaux.

Nous avons dit que la distance entre Saint-Gervais et Saint-Jean-en-Grève était d’environ 115 mètres. Il était donc matériellement impossible de loger un pareil nombre de chevaux dans un espace aussi réduit, même en comptant la voie publique. Il est donc certain qu’une grande partie de l’escorte fut obligée d’aller, en dehors de l’enceinte de Philippe Auguste, demander un abri au Nouveau Temple.

Le roi Henri qui, en sortant de table, se rend au Palais avec Louis IX, traverse la Grève, prend la rue Saint-Germain-L’auxerrois, franchit le Grand Pont et entre au Palais par la Gour-le-Roy.
Mais malgré tous les efforts pour loger les hommes et les chevaux, un grand nombre passe la nuit à la belle étoile (sub divo).
En traversant le Grand Pout, bordé de maisons en plâtre et bois, Henri III passa devant la maison appartenant au Temple, don de dame Adélaïde la Gentille, qui se trouvait à la tête du pont, dans la Cité. Cette Maison était louée en majeure partie à des serviteurs de la maison royale.
En 1292, on en comptait encore dix-huit. Ce n’est qu’en 1296 que tous ces domestiques furent logés dans la Cour-le-Roy, c’est-à-dire dans la Cour du Palais, intérieurement : Ceux dedans la Cour-le-Roy.

Henri III s’arrêta à Boulogne où il célébra la fête de Noël qui tombait un vendredi, et nous savons que si, à Paris, le banquet avait eu lieu un jour de poisson, a Boulogne on fut autorisé à manger de la viande le vendredi de Noël, 1254- Mais la fête fut attristée par la mort du trésorier de la reine, clerc spécial du roi et conseiller, nommé Lierre Chaceporc, qui succomba la veille de Noël à Boulogne même. C’était un Poitevin, qui était archidiacre de Wells et parent de Hugue Chaceporc.
Le roi fut très sensible à cette perte.

CONCLUSIONS
Le premier Temple de Paris (Temple A) fut construit dans la seconde moitié du XIIe siècle, vers 1143, peut-être en 1145-1146, après la mort de Louis VI, sous le règne de Louis VII. La dédicace de l’église eut lieu le 11 janvier 1217.

Il était situé derrière Saint-Jean-en-Grève, alors chapelle baptismale de Saint-Gervais, qui ne fut érigée en paroisse qu’en 1212.
L’origine, cette paroisse s’étendit jusqu’au cimetière Saint-Jean, situé hors les murs, jusqu’à la porte Baudoyer.
Les Templiers construisirent ensuite le Temple B, méson neuve du Temple ou Petit Temple, vers 1256, sur des terrains qui leur furent donnés par Mathieu de Beaumont, derrière le chevet de Saint-Gervais, entre la rue des Barres, la rue Frogier-l’Asnier et la rue Garnier-sur-l’Eau. Cette maison leur servit à placer les dépôts d’argent et les valeurs qu’on leur confiait : ce fut leur comptouer.
Lors de la visite d’Henri III, en 1253, on n’en fait pas mention.

Enfin, le troisième et dernier Temple, le Temple Louis XVI, fut élevé en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste, à 700 mètres des murailles, à 1.300 mètres des bords de la Seine.
Commencé vers 1240, Henri III y promulgue des actes et y loge une partie de sa suite ; mais le donjon ou la tour ne fut terminé qu’en 1265, par Jean de Tour, qui meurt en 1310. Il eut un enclos fortifié et devint la fameuse prison de la famille royale pendant la Révolution.

Jamais ce dernier temple n’est nommé le Vieux Temple, excepté par erreur, mais quelquefois le Temple Neuf, Novum Templum. C’est celui que représente le sceau de 1290 que nous publions.

Nous ne saurions manquer de faire remarquer la solidité extraordinaire des constructions employées pour les temples par les Templiers.
Le Vieux Temple dure six siècles.
Le Petit Temple, à peu près le même temps.
Et le Temple Neuf ou Temple Louis XVI dure plus de six siècles.
Et on est obligé de démolira grand-peine ces massives constructions.
C’est dans l’épaisseur du mur du Temple Louis XVI qu’un fondeur put couler en bronze une statue, grandeur naturelle, de Jeanne d’Arc.

Appendice

I. — Les Constructeurs du Temple à Paris

I

En l’an 1222, le 29 mars, trépassa frère Hubert, trésorier de la religion du Temple ; et fut enterré en l’élise du Temple, à Paris, devant le Crucifix. Lequel trésorier, en son temps, fit faire la tour et les logis du Temple et autres édifices comme il appert en l’épitaphe dessus sa tombe.
Requiescat in pace. Amen (1).
1. De Curzon, page 120. Tiré (les procès-verbaux de 1520).

Cette date est celle où le Trésor royal a été déposé pour la première fois au Temple, sous le règne de Philippe Auguste (1180-1223).
La tour avait donc été élevée pour cet usage (2).
2. De Curzon, page 122. Il s’agit ici du Temple A.

II

Johannes, nomine de Turo, quondam thesaurarius Templi, qui Templi construi fecit Parisius (3).
3. Recueil des Historiens de France, tome XXV, page 35.
— Léopold Delisle, Opérations financières des Templiers, page 68. Il s’agit ici du Temple (Louis XVI).


Hubert, trésorier du Temple, meurt en 1222.
Jean de Tour, trésorier du Temple, meurt en 1310, près d’un siècle après Hubert, il est donc fort possible que Hubert ait fait construire le Temple A, et Jean de Tour le Temple (Louis XVI).

D’autre part, on lit dans DUBREUL :
En l’an 1306, l’édifice de la grosse tour quarrée de l’hostel du Temple fut achevé. Lequel avait esté dessiné et commencé sous la commanderie d’un nommé Jean le Turc : lequel, peu après sa mort, ayant este accusé et convaincu d’hérésie, ses os furent déterrer et brûle et la cendre espandüe au veut.
Cette Tour est flanquée de quatre petites tourelles aux quatre coins, et sert communément à mettre des poudres à canon, ou autres munitions, selon la volonté du Hoy ou du Grand maistre de l’Artillerie (4).
Il est évident que Jeun le Turc est Jean de Tour. Quant au dépôt de poudre, nous verrons plus loin qu’effectivement on établit au XVI et au XVIIe siècles un magasin de poudre à canon tant au Temple qu’à la maison neuve du Temple ou Temple B.
4. Théâtre des antiquitez de Paris. Paris, 1639, page 650.

II — Le Trésor au Temple
Sous le règne de Louis VIII (1223-126) il y avait deux trésors distincts : l’un qui resta au Temple [probablement la maison de la rue des Barres, ou Temple B], jusqu’au règne de Philippe le Bel ; l’autre qui se trouvait au Louvre. Ce trésor du Louvre n’était pas une simple réserve, c’était une caisse aussi bien que le Trésor du Temple. Dans son testament, daté de 1225, Louis VIII désigne ainsi le Louvre : « Notre tour à Paris près de Saint Thomas », où il tient renfermé de l’or, de l’argent, de la monnaie en espèces, « pour la défense du royaume », ad regni defensionem (1).
1. Petit-Dutaillis, Louis VIII, page 388.

Ceci tend à prouver que le Louvre, comme nous l’avons toujours affirmé, ne se composait encore sous Louis VIII que d’une tour unique.
M. Jousselin nous apprend que, sous Philippe le Bel, le Trésor fut officiellement transféré au Temple, le 24 juin 1303.
Au mois de juillet, Hugues de Pairaud, visiteur du Temple, en France, recevait plein pouvoir pour recueillir les recettes de la « seconde subvention », page 14.
La dîme de 1303 fut versée au Temple, page 15.

D’une façon générale les documents financiers étaient envoyés aux gens des comptes et l’argent au Temple (1).
1. Jusselin, l’Impôt royal sous Philippe le Bel. Toulouse, 1906. Positions des thèses de l’École des Charles.

* * *

Le donjon était bâti avec des pierres du haut banc franc et liais du faubourg Saint-Jacques et de Montsouris (2).
2. De Curzon, Procès-verbal de 1678, page 115.

En 1495, les fossés qui avaient contenu de l’eau autrefois, avaient été comblés du temps des Templiers, et il n’y en avait plus eu depuis (3).
3. De Curzon, page 115. AN. S. 5558.

Nous nous demandons d’où aurait pu provenir l’eau des fossés du Temple, sinon des pluies.
Ce quartier était en marais ; maïs nous savons qu’il y avait des étangs à poisson — [des mares] — place Baudoyer (1).
1. La place Baudoyer est une voie située dans le 4e arrondissement de Paris, en France, dans le quartier Saint-Gervais

En 1536, 24 mai, de Louviers, bourgeois du Paris, signait une requête des voisins de la porte Baudoyer pour la réparation d’un cours d’eau, près de la Croix.
Cet endroit est, il est vrai, éloigné du Temple, mais ceci explique les industries énumérées par nous dans le quartier de la place Baudoyer, alors pourvu d’eau : teinturiers, foulons, baudroyers, etc.
Dans tous les cas, s’il y avait jamais eu des eaux stagnantes dans les fossés du Temple, elles n’avaient pas dû y séjourner longtemps ; les fontaines de la rue Saint-Martin étaient la plupart du temps taries (Cf. notre Étude sur les fontaines à Paris, qui paraîtra incessamment).

III. — Présence des Rols de France au Temple
Philippe III le Hardi : 1275-1283, 10 mars, 9 et 12 avril ; 1285, 3 et 4 juin.
Philippe IV le Bel : 1295, septembre (4) ; 129O, juin ; 1302, du 6 janvier au i5 février, sauf le 28 janvier, jour où il se rend a Saint-Denis (5) ; 1306 (le roi se réfugie au Temple pendant une émeute).
Comme le Temple n’est cité, à Paris, dans aucun acte de Louis VI (1081-1137), il est probable qu’il n’existe pas encore sous ce roi.
4. AN. J. 1020. — Histoire de France, tome XXI, page 435 b.
5. Histoire de France, tome XXI, page 435 b.


IV. — Les Clients du Temple
Rois, princes, princesse, etc.
Louis VII, Louis VIII, Philippe Auguste, la reine Blanche, Louis IX, Alphonse, comte de Poitiers, Charles d’Anjou, Robert d’Artois, Robert de Clermont, Robert de Nevers, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Jeanne de Navarre, etc. (1).
1. Léopold Delisle, Opérations financières des Templiers.

V. — Les Hôtes du Vieux Temple (Temple A)
1230. — Jacques de Bazoche, évêque de Boissons.
1236. — Pierre de Gollomedio, prévôt de l’église de Saint-Omer.
1246. — Arnoul, évêque d’Amiens (2).
2. De Curzon, page 246.

VI. — Les Hôtes du Temple (Louis XVI), ou maison neuve du Temple ou Temple B.
Le comte de Clermont, Louis, petit-fils de Louis IX, fils de Robert de Clermont et de Beatrix de Bourbon, né en 1279, mort, en 1341 « se haherjoit de Paris près, c’est assavoir dehors les Portes, com au Temple, ou au Louvre, ou au Trois Mors et ans Trois vis, près des Aveugles (3) »
Avant de partir pour l’Espagne, sous-la conduite de du Guesclin, les chefs des routiers sont reçus au Temple par Charles V, en personne, pour y signer un traité (4).
1413. — Le duc de Berry loge au Temple avec ses gens.
1414. — Les ambassadeurs anglais : l’archevêque de Winchester (le cardinal Henri Beaufort), les comtes de Dorset, de Salisbury, de Gray, avec 500 à 600 chevaux, descendent au Temple et y donnent, pendant trois jours, des fêtes : joutes, bals, festins, etc.
3. Histoire de France, tome XXI, 688 a.
4. De Curzon, page 245.


Prisonniers du Temple
Jacques de Molay, Enguerrand de Marigny, d’abord au Temple, puis au Louvre et enfin reconduit au Temple.

VII — Ce que dévient le Vieux Temple (Temple A)
Le Vieux Temple qui appartint d’abord au Templiers, puis au Grand Prieur, était loué en 1322, 20 livres 1 denier ; en 1376, 20 livres 1 denier.
Il existait donc lors de l’achat de la maison aux piliers, le futur hôtel de ville, dont il devait être assez rapproché.

1438. — 20 livres à un tavernier.
1469. — « A Dreux Budé, pour l’ostel du Vielz Temple qu’il tient à louage pour 20 livres. »
1415. — « Sur une ruelle étroite, séant derrière l’ostel où demeure ledit maître Guillaume (maître des garnisons des vins de Charles VI, ce qui explique le nom de la rue des Vieilles-Garnisons), oultre le chevet de l’église de Saint-Gervais et au long d’une masure à lui appartenant, aboutissant d’un bout à la rue aux Bretons et d’autre à la rue de la Mortellerie (1) »
1425. — Dreux Budé fait une fondation à Saint-Gervais.
1458. — 9 février. Dreux Budet Jeanne Pescharde, sa femme, revendiquent une somme de 8 livres parisis de rente aliénée par une confrérie de la Conception Notre-Dame, dans une chapelle de Saint-Gervais (2).
1480. — Hôtel des Garnisons. « Aux héritiers de feu maître Dreux Budé pour l’ostel du Vielz Temple, appelé l’hostel des Garnisons, 4 livres. »
1528. — Loué pour 43 livres 4 sols.
1564. — Loué pour 120 livres.
1587. — Loué pour 120 livres.
Au XVIIe siècle, le Grand Prieur fait bail et transige au sujet de la maison du Petit Temple de la rue des Barres, qui quoique reconstruite en 1618, conservait encore son nom (3).
1. AN. JJ. 168, n° 325.
2. Léon Mirot, les Fondations de la famille Budé de l’église Saint-Gervais, (Bulletin de l’Histoire de Paris, 1905, page 185.
3. C’est le Temple B. De Curzon et Bruel.


VIII. — Hôtel des Barres
Cité des 1269, cet hôtel était situé au coin de la rue des Barres (4), et de la Mortellerie (ancienne Foulerie) et appartenait à une famille célèbre.
4. Ce nom vient vraisemblablement des Barres en bois destinées à étendre les étoffes sorties des mains des foulons, des teinturiers, etc. La rue des Poulies était voisine et tirait son nom d’un emploi analogue.

Un chevalier, Guillaume des Barres, doué d’une force prodigieuse, accompagnait Philippe Auguste dans sa croisade (1191). C’est lui qui terrassait à Messine, le roi d’Angleterre, Richard, dans une lutte courtoise.
En 1247, Evrard des Barres fait don d’un moulin aux Templiers (5).
5. Cartulaire général de Paris, page 265.

Nous retrouvons un chevalier du même nom en Angleterre, sous Henri III : Jean des Barres.
Vers 1354, Guillaume des Barres, miles strenuissimus, donnait 40 livres parisis à la fabrique.

Vers 1362, Guillaume des barres vendait son hôtel de la rue des Barres au monastère de Saint-Maur, et il était presque aussitôt amorti par le régent Charles (1).
1. De Curzon, page 314.

1499. — Feu Gilbert Fournier, maître en théologie, donnait au collège Montaigu 10 livres tournois à prendre annuellement sur une maison de la rue des Barres, au chevet de Saint-Gervais, dont elle est séparée par la rue, et ayant pour enseigne Marie-Madeleine (2).
2. Obituaires de Sens, tome I, page 115 et 780.

En 1782, l’hôtel des abbés de Saint-Maur, s’appelait l’hôtel de Charni (3).
3. Jaillot, la Grève, page 4.

IX. — Hôpital de Saint-Gervais ou de Saim-Anastase (4).
La Maison-Dieu Saint-Gervais avait été fondée en 1171, par Garin-Lemaçon et son fils, Harcher, prêtre et curé de Saint-Jacques-la-Boucherie. Elle était donc plus ancienne que Saint-Jean-en-Grève, et s’appelait alors l’aumône Saint-Gervais (1179) (5).
4. Cocheris. Certains auteurs écrivent Saint-Anastase, d’Après l’abbé Gautier, curé de Saint-Gervais, il faut lire Saint-Anastase.
5. Bourbon, Lebeuf. Cette maison est citée en août 1239 : Domus Dei de Sancto Gervasio tunc dono C sol, test domino Petro, capellano (Histoire de France, tome XXII, page 600)


Elle était située à côté de Saint-Gervais ; en 1851, elle se trouvait au n° 65 de la rue de la Tisseranderie. A cette date, la chapelle, construite à environ 4 mètres au-dessous du sol, mesurait 6 mètres de côté et avait la forme d’un parallélogramme régulier. La hauteur de la voûte d’arête atteignait 5 à 6 mètres, elle était soutenue par 12 colonnes (1).
1. Revue archéologique, tome VIII, avril, septembre 1851.
— Troche, Notice historique et archéologique sur l’ancien hôpital de, Saint-Gervais dit de Sainte-Anastase, page 255.


Rebâti en 1411, l’hôpital fut transféré en 1657, 10 avril, dans un hôtel assez vaste de la rue Vieille-du-Temple, l’hôtel d’O, entre la rue des Rosiers et celle des Franc-bourgeois. L’ancien hôpital demeura sur pied jusqu’en 1758, époque où on l’abattit parce que les bâtiments et la chapelle tombaient en ruines, dit Lebeuf ; mais Troche avait pu voir les fouilles de 1851, qui achevèrent d’en dispenser les derniers vertiges (2).
2. 1473. « Places à commencer de la maison appartenant à Saint-Gervais faisant le coin de la rue des Barres jusque-là la porte de l’église qui est devant l’Ostel-Dieu appelé l’Ostel-Dieu Saint-Gervais. » (Bournon et Lebeuf, page 56, 57.) Il y avait un « bel et notable cimetière » touchant à l’église à l’endroit de la porte Baudoyer (Ibidem, page 56).

X. — La Tour de la rue des Deux-Portes
Dans le même quartier que le Vieux Temple, c’est-à-dire rue de la Tixeranderie, existait une rue des Deux-Portes, citée en 1281, qui aboutissait rue de la Verrerie. Dans cette rue se trouvait encore un manoir avec une tour, appartenant, en 1350, à un certain Jean Billouard, qui meurt vers 1340 (3). Son hôtel passa à Poillevilain (4) puis au comte de Poitiers, de 1351 à 1362 ; au duc de Berry, à la reine Blanche, veuve de Philippe VI, en 1376 ; à Alexandre le Boursier, maître des Comptes, adjudicataire en 1415 ; enfin, aux héritiers de ce dernier de 1438 à 1447.
3. Ce Jean Billouard possédait deux immeubles dans ce quartier. Ce riche propriétaire était argentier de Charles-le-Bel. Voir plus Haut.
4. Jean Poillevilain, gouverneur de toutes les monnaies de France, en 1348 (J. Viard, Journaux du Trésor).


Au sujet de cette tour, SAUVAL écrit :
« C’est la vieille tour de M. Barentin » et Bonnardot ajoute qu’elle fut détruite vers 1685 ou 1702 (5).
Il s’agit ici de Jean, sire de Basentin, conseiller du roi et maître des requêtes, cité par Cocheris et Lebeuf, en 1370, et non Barentin (6).
La Tour de la rue des Deux-Portes fut abattue en 1700 ou 1701 (7).
5. Bonnardot, Vieilles enceintes.
6. Bruel et de Curzon, page 324, 325. AN. S. 5586 ; MM. 133 ; S. 5075.
— Cocheris-Lebeuf, II, 477.
7. Mauperché, Paris ancien, Paris moderne, 1813.


XI. — La Maison de l’Abbaye de Maubuisson
Suivant nous, le Temple B s’élevait au coin nord formé par la rue des Barres et la rue Garnier sur l’eau. Dans le coin, en face, se trouvait une maison occupée par l’abbesse de Maubuisson, dès 1292.
Une pierre chargée des armoiries de la célèbre abbaye subsiste encore à cette place sous l’encorbellement d’une tourelle disparue, seul souvenir de cette demeure.
Nous lisons, en effet, dans Gèraud, page 128 b :
« L’abbesse de Maubuisson, page 128, 12 d » dans la rue don Viez Poulies.

Il est probable que l’abbaye avait possédé une maison à Paris presque aussitôt après sa fondation (mai 1236) et que cette maison avait été bâtie pour elle sur un terrain situé derrière Saint-Gervais, qu’on lui aurait donné.
Les armes de l’abbaye de Maubuisson portaient : I au, de Castille, de gueules au château à trois tours d’argent ; au 2, de France, d’azur à la fleur de lis d’or, sommé d’une crosse d’or tournée à senestre et entouré d’une légère guirlande de feuillage et de fleurs bleues ou violettes au cœur d’argent. La lettre gothique M posée sous l’écu.

Mais nous préférons les armes suivantes :
Parti de France et de Castille, séparé par une crosse abbatiale tournée à gauche, l’écu entouré de deux palmes. Ces dernières Semblent conformes à celles que présente la pierre encore en place au coin de la rue aux Barres (l’Abbaye de Maubuisson, page 85.).
La pierre qui porte ces armoiries est fruste et à peine lisible, mais on y distingue encore très nettement la fleur de lis.

Emplacement de la maison de l’Abbaye
Géraud identifie la rue des Vieilles-Poulies avec l’impasse Putigneux ; nous allons démontrer qu’il a raison.
Nous relevons, en effet, parmi les possessions de l’abbaye de Maubuisson, à Paris :
« La maison de la rue des Barres, derrière Saint-Gervais, acquise en 1327, par transaction, de la succession de maître Guillaume Hilaire, doyen de Péronne, divisée primitivement en deux maisons appelées l’Hôtel de la Crosse et l’Hôtel dit Cerf. Cet immeuble qui portait aussi le nom de Maison de Maubuisson, était enclave dans le pâté de maisons circonscrit par la place Baudoyer (prope portam Baldoerie) la rue des Barres, la rue Garnier-sur-l’Eau, la rue Frogier-l’Asnier et la rue des Viez-Polies.
Elle était dans la censive du grand chambrier de France. » [Il faut lire suivant nous, du grand prieur.]

La Taille de Géraud nous prouve que cette maison appartenait à l’abbaye avant 1327, et que la rue des Vieilles-Poulies donnait, d’un côté, rue Frogier-l’Asnier et de l’autre, rue Barres. C’est le passage Putigneux, prolongé jusqu’à la rue des Barres.

Cette maison est ainsi qualifiée dans la suite : « Maison au chevet de Saint-Gervais, dans la censive des Filles-Dieu de Paris, avec grange sur la rivière, vers la rue des Barres, censive Saint-Eloy. »
En 1520 1er avril, l’Hôtel de la Crosse, tenant à l’Hôtel du Cerf est loué à Guillaume Galois et à sa femme, moyennant 42 livres, 4 sols parisis de cens annuel, la vie durant des preneurs.

En 1520, une partie de la Maison de Maubuisson est louée à Jehan, dit Léon, moyennant 50 livres.
En 1534, cette maison est louée pour 70 livres à Guillaume Poussepain.
En 1681, 18 avril, Germain Jolly et Louis Sallé prennent la maison entière à bail, pour 700 livres.
En 1689, 5 février, le procureur de l’abbaye la loue aux Dames de la Croix qui l’occupent vraisemblablement jusqu’à la Révolution, moyennant un loyer de 1,450 livres à l’origine, somme qui descend jusqu’à 1.200, et même 875 livres (1712 1er avril) pour remonter à 1.400, 1.500, 1.600 livres (1753, 1er mai).

« On possède une quittance de finance délivrée par Jean de Turmenyes de Nointel, garde du Trésor royal, aux dames de Maubuisson, propriétaires d’une maison, rue des Barres, occupée par les Dames de la Croix, de la somme de 457 livres 4 deniers pour le rachat au denier 18 de celle de 21 livres 8 sols pour Laquelle ladite maison a été employée au rôle arrêté pour l’entretien des lanternes et nettoiement des rues, en 1703... pour être lesdites dames déchargées à l’avenir et à commencer du 1er janvier 1704 desdits entretiens (1). »
1. Dutilleux et J. Depoin, l’abbaye de Maubuisson 4e partie. Analyse du Cartulaire. Pontoise, 1885, pages 257, 258.

Jaillot avance que la maison fut reconstruite en 1610 et que le couvent des Filles de la Croix ne s’installa qu’en 1636. Nous voyons plus haut que ce n’est qu’en 1689 que les Dames de la Croix la louent au procureur de l’abbaye (2). Ceci ne prouve pas que la maison ne fut pas reconstruite, mais Jaillot a dû faire confusion.
2. Jaillot, la Grève page 56.

En effet, Dulaur dit qu’il y avait, à Paris, quatre couvents des Filles de la Croix. La communauté dont nous nous occupons, se nommait : les Filles de la Congrégation de la Croix, et était située rue des Barres, n° 14. Elles s’établirent à Paris, en 1664. Supprimées en 1790, leur maison fut convertie en une maison particulière (3).
3. Dulaure, tome V, page 191. Les numéros de la rue sont, depuis Dulaure, intervertis, c’est-à-dire que les numéros pairs sont actuellement de l’autre côté de la rue et ne se suivent plus dans le même ordre. Il existe des travaux de spécialistes sur le numérotage des rues de Paris. La date de l’installation nous parait être 1689.

Enfin, après avoir cité la maison de l’abbaye de Maubuisson, Lefeuve ajoute : « Les chapelles à colonnes qu’elles (les religieuses) ont laissées dans les caves des numéros 9 et 10 de la rue de la Barre, n’étaient pas des lieux de plaisance. Le n° 17 est plus vieux encore. La rumeur publique le fait dépendre d’un couvent d’hommes, mais lequel ? (1) »
1. Lefeuve, Anciennes maisons de Paris.

Il est probable que le couvent d’hommes auquel il est fait allusion n’était autre que la maison neuve du Temple Malheureusement, nous n’avons pu vérifier les assertions de Lefeuve ; mais M. le curé de Saint-Servais nous a promis de s’en occuper.

Lorsqu’on démolira la Maison de Maubuisson, on ce qui en reste, ce qui ne peut tarder, on sera fixé et on verra si vraiment les caves sont dignes d’intérêt. Quant aux substructions de la maison neuve du Temple, il est probable qu’elles ont depuis longtemps disparu. Du moins, rien dans les immeubles de cette rue ne permet de supposer qu’il reste des traces du vieux comptouer des Templiers

XII — LE FOUR DU TEMPLE
Mathieu de Beaumont avait encore donné aux Templiers, en 1152, un four et ses dépendances, situé à la porte de Paris. MM. de Curzon et de Lasteyrie ont cru qu’il s’agissait, ici de la porte du Châtelet, rue Saint-Denis, alors la Sellerie (1). Mais Jaillot (2) nous apprend que ce four, dit Four du Temple, était situé entre la maison de la Barre (du Bec) et la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, par conséquent sur le territoire et dans la censive du Temple, alors qu’il se trouvait encore dans l’enceinte. Lorsque les Templiers furent installés en dehors des murailles, ils n’avaient plus besoin d’un four distant de plus de 800 mètres de leur enclos : ils le louaient. M. de Curzon cite, page 328, la rue du Four-du-Temple, qui est mentionnée en 1252 (3), 1270 et 1274 (4), et la met aux Barres. Ce four était loué 8 livres de croît de cens, à ferme. Évidemment, le Temple, à ce moment, n’avait pas besoin de deux fours, et il y a eu confusion entre la rue Barre-du-Bec et la rue aux Barres, si Jaillot a raison, ce qui est probable.
1. La porte de Paris ne signifie pas nécessairement la porte du Châtelet. Il y avait une porte des Barres ou suivant d’autres auteurs, des Barrés, à Paris, avant Philippe Auguste ou de son temps. Les Templiers n’avaient pas besoin d’un four aussi éloigné de leur Temple, même du Temple A.
2. Jaillot, Quartier Saint-Avoye, page 4.
3. AN. MM. 128.
4. AN. S 5544.


Nous lisons, en effet, dans les Cartulaires Notre-Dame (5) : 1280, août. « Item, in vico veteris Templi, in domo Hilarii de Polies que est de Sancto Eligio et facit cuneum vici Anquetini Falcatoris, etc..., a parte vici qui dicitur la Bretonnerie, eundo versus Furnum Templi, a parte sinistra continue usque ad ruellam du Franc-Mourier, que est de Sancto Eligio. »
5. III, 279.

La censive de Saint-Eloi était très importante, et l’abbaye de Saint-Eloi, alors aux moines de Saint-Maur, avait un four dans sa censive, connue nous le voyons dans le Livre de la Taille de 1292.

Rue du Porte-Baudoyer :
Aceline du four Saint-Eloy, 2 sous (page 125 a) et rue des Viez-Poulies ; Nicolas, du four Saint-Eloy, 2 sous (page 128 b).
Le four Saint-Eloy était rue de l’Aigle, premier nom de la rue Saint-Antoine.
En 1813, on voyait encore, rue Saint-Paul, n° 40, la grange Saint-Eloi, et, avant la Révolution, il y avait tout près de cet endroit la prison Saint-Éloi (6).
6. Mauperché, Paris ancien, Paris moderne, 1813.

XIII. — LA RUE GARNIER-SUR-L’EAU
La méson neuve du Temple, on Temple B, était située au coin de la rue aux Barres et de la rue Garnier-sur-l’Eau. La rue Garnier-dessus-l’Eau, était-elle donc été baignée par la Seine, en 1292, et avant ?

C’est certain, et, les murs de la vieille église Saint-Gervais trempèrent souvent dans les eaux du fleuve. Troche (1) ne parle-t-il pas des travaux que le besoin de se préserver des inondations de la Seine nécessitait dans ce quartier ?
En 1292, cette rue compte, parmi ses 57 habitants : un pêcheur, Gervais, qui paie 2 sous ; un passeur, Jacques, 2 sous ; un porteur d’eau, Nicolas, 2 sous, du cote situé sur la paroisse Saint-Gervais ; et deux teinturiers, Bertaut, 2 sous, et Gaufroi, 3 sous, du côté situé sur la paroisse Saint-Paul.
1. Troche, Notice historique et archéologique sur l’ancien hôpital Gervais dit de Sainte-Anastase (Revue archéologique, tome VIII, avril septembre 1851, page 259).

Il faut se bien garder de lire Grenier-sur-l’Eau. Le mot grenier ne se trouve ni dans Godefroy, ni dans la Curne de Sainte-Palais (Cf. Dueange, Graneria et Granerium et Batifollum). Ce mot n’a aucun sens ; mais c’est probablement, lui qui a fait croire à M. de Curzon que les templiers avaient là des magasins pour les arrivages par la rivière.
Le mot grenier, dans le sens de réserve sons les toits est peu usité au XIIIe siècle. Au XVe siècle, on disait galatas — d’où galetas — nom dérivé d’un faubourg de Constantinople, Galata. Mais il n’y avait sûrement pas d’entrepôt sur l’eau, dans cette rue, ni au XIIIe siècle, ni avant, ni après.

Dans la rue voisine et perpendiculaire à la rue Garnier-sur-l’Eau, nommée rue Frogier-l’Asnier (2) située sur la paroisse Saint-Gervais, d’un côté, on comptait deux teinturiers : Sohier et Bertaut, 2 sous chacun.
Tous ces métiers, comme ceux cités plus haut, avaient besoin d’eau et ils en trouvaient à leur portée. Nous pouvons affirmer que les pêcheurs, et surtout les passeurs, se trouvent tous nécessairement sur le bord même du fleuve, à cette époque, comme du reste, les meuniers, ces derniers assez souvent sur l’eau (3).
2. Frogier-l’Asnier (Asinarius) vivait en 1154 la rue, nouvelle alors, prit son nom en 1152.
3. Géraud, page 107, 108, 109, 128 et passim.
Guillot de Paris dit :
Je ving en la Mortelerie,
Ou a mainte teinturerie.
Ce qui donnerait raison à Bournon, qui fait venir le nom de porte Baudoyer des (Baudraiers) qui sont encore 15 à Paris, en 1282.
Lebeuf, nous apprend que sur la place Baudoyer il y a alors des étangs à poissons (Cocheris-Lebeuf, tome I, page 548).
Comme nous le disons ailleurs, ces étangs étaient des mares provenant des eaux pluviales ; autrement rien ne les justifie.


XIV. — RUE DU TEMPLE ET RUE VIEILLE DU TEMPLE
Lorsque le Temple (Louis XVI) ou (Maison neuve du Temple avec son donjon) fut construit, à 700 mètres des murailles de l’enceinte de Philippe Auguste, la voie qui y conduisait directement prit, le nom de rue du Temple, tandis que l’autre rue du Temple, la première située presque dans le prolongement de la rue de la Barre prit le nom de « Viez-rue-du-Temple »

La rue du Temple mesure actuellement 1200 mètres de longueur (1) à partir de la place de Grève (place de l’hôtel-de-Ville), mais en 1292, elle ne comprenait que la partie située entre la rue neuve Saint-Merry (rue Saint-Merry) et le passage Sainte-Avoye ; c’est-à-dire qu’elle n’avait que 200 mètres de longueur.
1. La rue du Temple mesure actuellement 1335 mètres, depuis la place de l’hôtel-de-Ville jusqu’à la place de la République ; niais nous avons supprimé les 135 mètres compris entre le square du Temple et la place de la République. Il y avait donc plus d’un kilomètre entre la Grève et le Temple (Louis XVI).

La « Viez-rue-du-Temple » ou rue Vieille-du-Temple mesure 885 métrés de longueur, depuis la rue de Rivoli jusqu’à lu rue de Turenne : mais en 1292, elle partait de la « Grand-Rue » à la porte Baudoyer de (rue de Rivoli), et aboutissait à la porte Barbette (rue des Franc-Bourgeois), mesurant environ 260 mètres de longueur.

Vers 1200, la rue Vieille-du-Temple, en dehors de la muraille, n’était qu’un chemin se dirigeant à travers les marais et la culture du Temple, dit Bonnardot (page 251) qui n’en sait rien (2).
2. Vieilles enceintes.

La rue du Temple (Viez-du-Temple) se nommait, en 1235, Vicus militiæ Templi, et, en 1252, rue de la Chevalerie-du-Temple (Jaillot-Sauval).

Cette rue est la rue qui devint par la suite, la rue Vielle-du-Temple parce qu’il n’y en avait qu’une seule à cette époque. Mais le prolongement de la rue du Temple, du côté de la Grève, s’appelait alors rue aux Barres ou rue de la Barre. Au XIIIe siècle, il y avait, dans ce quartier, deux rues de la Barre : l’une dite Barre-du-Bec (Hélouin) paroisse Saint-Merri : l’autre, la rue de la Barre ou aux Barres, paroisse Saint-Gervais.
En 1313, on lit celle rubrique ; « De l’ostel des Barres jusques au Coing des Chapiau. » Il existait donc alors un ostel des Barres dans cette rue. Nous en donnons l’histoire appendice VIII.

XV. — LA GRÈVE ET L’ÉGLISE SAINT-JEAN
Avant 1234, B. prieur de Saint-Martin-des-Champs, donnait au couvent de Saint-Martin-des-Champs 40 sous à prendre sur des chambres situées sur la Grève.
Au XIIe siècle, Robert, prêtre, avait donné à Saint-Victor, 5 sous à prendre sur sa maison sise à la Grève.
Vers 1275, Alard, dit : le Passeur, a une maison située rue Saint-Jehan-en-Grève.
Parmi les habitants, nous relevons les noms de Jeanne la Coquatrix, du curé de Saint-Jean, Jean Juin, de Jean Gencien, bourgeois de Paris, de Dreux Budé et de sa femme Richard (nommée plus haut, la Peschard, quand il faut lire la Richarde).
XIIIe siècle. Raherus Chanarius a sa maison dans la grand-rue, devant l’ospital Saint-Gervais (1).
1. Obituaires de Sens, tome I, pages, 443, 448, 601, 836, 798, 853.

XVI. — L’ABBAYE de PREUILLY (Indre-et-Loire)
Gantier, l’évêque de Chartres, en 1239, avait été prieur de Preuilly, ensuite abbé de Fontaine-Jean (Loiret), enfin évêque. C’est lui qui donna à l’abbaye de Preuilly la grande maison de la rue Frogier-l’Asnier.

Jeanne la Champenoise et sa fille, Jeanne fies Places, avaient donné à l’abbaye de Preuilly 20 livres à prendre annuellement, sur Plusieurs maisons, sises à Paris, rue Frogier-l’Asnier, avant la maison. (2).
L’abbaye de Quinssi, sise dans le même quartier, et citée par Géraud, est celle de Quincy-sous-Sénart (Seine-et-Oise).
2. Obituaires de Sens, tome I, pages, 884, 887.

XVII. — SAINT-JEHAN-EN-GREVE
L’érection de la cure do Saint-Jean-en-Grève daté de janvier 1212 (3). Mais la petite église fut depuis agrandie. L’église fut supprimée en 1790, vendue le 7 janvier 1800, et démolie pour élargir la rue du Tourniquet.
3. Bournon-Lebeuf.

La chapelle de la Communion, construite en 1735, fut annexée à l’hôtel de ville, où elle servit de lieu de réunion sous le nom de salle Saint-Jean. Elle lui abattue en 1837, reconstruite par Lesucur en 1842 et brûlée en 1871.

Suivant Jaillot, les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem furent ainsi appelés parce que leur chapelle était sous l’invocation de saint Jean l’Aumônier ou de saint Jean-Baptiste.
Il n’y aurait donc rien d’invraisemblable à ce que les Templiers eussent donné ce nom à l’église Saint-Jean-en-Grève ; auparavant chapelle baptismale de Saint-Gervais.
Ce n’est qu’en 1326, c’est-à-dire longtemps après le déménagement des Templiers, que Charles le Bel permit d’agrandir l’église ancienne et d’abattre des maisons voisines (peut-être celles qui avaient servi d’écuries aux gens de l’escorte de Henri III en 1254).
Du reste, la dédicace de l’église du Temple était sous le litre de la sainte Vierge et de saint Jean-Baptiste (1).
1. Lebeuf.

Les comptes de 1227 à 1326 nous apprennent que le cens capital des places libres, place de Grève, s’élevait à 15 livres.

En 1285, Raoul le Normand payait 10 sous par an la place qu’il occupait place de Grève. Il y avait donc une trentaine de places à bâtir à la fin du XIIIe siècle, autour de la place de Grève (2).
2. Histoire de France, tome XXII.

XVIII. — Le Petit Temple au XVe siècle (3).
« En 1427, vint à Paris une femme nommée Margot, assez jeune, comme de vingt-huit à trente ans, qui était du pays de Hainaut, laquelle jouait le mieux que oncques on eût vu, et avec ce jouait devant main [d’avant-main ou de la paume], derrière main [d’arrière-main] très puissamment, très malicieusement, très habilement, comme pouvait faire homme ; et peu venait d’hommes à qui elle ne gagnât, si ce n’était les plus puissants joueurs. Et était le jeu de Paris, où le mieux on jouait, en la rue Garnier-Saint-Ladre, qui était nommée le Petit Temple (4), »
3. Jeu de Paume.
4. Journal d’un bourgeois de Paris (1405-1440), édition Tuetey. Paris, 1881, page 222.


Notre bourgeois se trompe à notre avis : il a voulu dire rue Garnier sur l’eau : il aura confondu, sauf erreur de noire part.

En 1640, dans la rue Geoffroi-l’Asnier (Frogier-l’Asnier), il existait deux culs-de-sac : Putigno et Putigneux (ce dernier subsiste toujours) qui servaient de passage et d’entrée à deux jeux de paume (5).
5. Jaillot, Saint-Paul, page 18.

Ceci prouverait que Margot fréquentait le jeu de Paume de la rue Garnier-sur-l’Eau et non Garnier-Saint-Lazare.
Le cul-de-sac Putigneux est l’ancienne rue des Vieilles-Poulies.

En 1292, il y avait, dans la queste Temple hors les murs, 5 paumiers (sur les 13 paumiers alors à Paris ; payant 5, 10, 18 et 20 sous de taille. Ces paumiers devaient avoir leurs établissements de jeu tout contre les murailles de l’enceinte de Philippe Auguste. Ce détail peut être utile pour l’orientation suivie par les répartiteurs de la taille (Géraud, page 177 a).

XIX. — Un Mariage au Temple
En 1349, 5 juillet, Gaston III Phébus, comte de Poix, épousait Agnès, fille de Philippe III, roi de Navarre. Les conditions arrêtées, dès 1347, il Vincennes, le mariage fut béni au Temple, et le 5 juillet
1349, Philippe de Valois ratifia le contrat à Pontigny. Agnès fut répudiée en 1373 et Gaston de Poix mourut en août, en 1391 (1).
1. J. Viard, Journaux du Trésor, n° 2537, page 449.

XX. — Une Réception au Temple
Réception d’Alexandre de Vendôme, frère cadet de César, second fils naturel de Henri IV. Il avait cinq ans, 1er février 1604.
(Cf. H. de Curzon, Une Réception au Temple. Paris, 1886).

XXI. — Fondation d’un autel à Saint-Gervais
1305, 22 février. — Jean Clairsens, clerc du roi, chanoine de l’église de Saint-Quentin, en Vermandois, demeure rue du Vieux-Temple (2), et fonde une chapellerie à Saint-Gervais (3).
2. C. N. D.
3. Bournon-Lebeuf, page 57.
— Cf. Inventaire de Rob. Mignon, Edition Ch.-V, Langlois. Paris, 1899, pages 93, 94, 96, 250, 329, (1289-1293).
— Clairsens junior (1294), page 71.
— Le clerc junior est le petit-fils d’un G. Clairsens.


XXII. — La Haute Justice du Temple
En 1338, la haute justice du Temple comprenait le territoire circonscrit par les rues du Temple et Vieille-du-Temple à l’ouest et à l’est, et par les murailles de Philippe-Auguste au sud (4).
4. Tanon, les Justices, page 135.

XXIII. — La Couture du Temple
La Couture du Temple, vaste territoire, comprenait les marais de la Boucelle (veuve Boucel), le Pré du Temple, la Terre aux Lions, les Courtilles Barbette, Beauchamp, de Mesnil Mautemps (Ménilmontant de Menies (?), du pressoir Saint-Martin et du pressoir Vaudetar, etc.
(Ces pressoirs sont les anciens pressoirs du chapitre Notre-Dame et de l’évêque de Paris, en 1282) (5).
5. De Curzon, page 208.

XXIV. — Armoiries décorant la salle du banquet offert par Henri III à Louis IX au Vieux Tempe, en 1254.
Mathieu de Paris nous a laissé la description de quelques-uns des écus suspendus aux murailles de la grande salle royale du Vieux Temple. Il est même probable que les dessins conservés dans le manuscrit publié par Luard sont de sa main.

Écu royal d’Angleterre : de gueules à trois lions d’or [ces lions sont des léopards, à notre avis].

Clare ou Gloucester : d’or à trois chevrons de gueules.

Gray : d’argent à trois fasces d’or (1).
Valence : le Comté de March : écu burelé fascé d’azur et d’argent, ligues à volonté, mais en commençant par la ligne d’argent.
Pour son fils, ajouter : Lambel de gueules à cinq pendants à la ligne supérieure d’argent qui reste libre avec trois léopards passant à chaque pointe.
1. Rietstap dit : fascé d’argent et d’azur.

Plessis-Warwick : échiqueté d’or et d’azur à la bande d’hermine.
Lusignan ou Luzignan champ d’argent.
De Moles (Nicolas) : d’argent à deux barres de gueules avec trois tourelles en chef.
Fitz-Nicolas (Raoul) de gueules à un quintefeuille d’or à la bordure échancrée d’argent.
Bigot (Hugue) comte de Norfolk : d’or à la croix de gueules.
Nous trouvons en outre, dans Mathieu de Paris, les armoiries suivantes :
France : d’azur à six fleurs de glaïeul d’or (gladioli flores aurei) ou semis de fleurs de lis d’or.
Navarre (roi de) : d’azur à la bande d’argent (alba) avec lignes d’or de chaque côté (utrobique lineata aureo).
Des Barres (Jean) : de gueules à la croix ancrée d’or.
Templiers : d’argent au chef de sable.

XXV. — Dons au Temple ou mini cartulaire
1137 avant 1147. — Don aux Templiers, par dame Gente, d’un moulin sous le Grand Pont.
Cette pièce est une des plus anciennes qui intéressent la maison du Temple à Paris (2).
2. Cartulaire général de Paris, page 265.

1141. — Don par Louis VII à son médecin qui la tenait du Temple, d’une maison sur le Grand Pont. M. de Curzon l’appelle Dulcisson.
— M. Luchaire le nomme Obison. C’est le mari d’Adélaïde dite la Gente, citée dans la pièce précédente, dont il vivait séparé.

1145. — Le doyen Barthélemy et le chapitre Notre-Dame de Paris donnent aux Templiers 60 sous à prendre sur le change.

1247, 5 avril. — Donation aux Templiers par Bernard de Bailleul, mentionnant le premier chapitre tenu par le Temple à Paris (1).
1. Cartulaire générât de Paris, page 307. Quand les Templiers se rendaient aux époques et termes fixés à leur chapitre général, ils trouvaient au Vieux Temple des logements convenables. Or, il faut qu’ils reposent tous dans un seul palais, car ils traitent de nuit leurs affaires dans le chapitre (Mathieu de Paris, année 1254).

1152. — Mathieu, comte de Beaumont-sur-Oise, donne à Dieu et aux frères du Temple de Salomon, un four et une maison ayant appartenu à Frogier l’Asnier, avec la justice, et le port situé devant les Barres, et 41 sous de cens à prélever sur son domaine de Reuilly, puis 17 setiers d’avoine, une mine et des poules à prendre chaque année (2).
2. Douet d’Arcq, Recherches sur les anciens comtes de Beaumont-sur-Oise. Amiens, 1865, in-4° page 3.

En 1328, la maison de Reuilly, quondam Templi, était passée a l’abbaye de Saint-Antoine (3).
3. J. Viard, Journaux du Trésor.

1170. — Don de 69 sous, offert au Temple par le chapitre Notre-Dame, à prendre sur le Grand Pont.

1179. — Malgré l’opposition du prévôt de Paris, on reconnaît au Temple le droit de justice foncière dans les maisons et sur toutes les places situées dans sa censive, en deçà de l’enceinte des murs de la Ville (1).
1. Cocheris-Lebeuf, II, 463.
— AN. S. 5544. Le Temple n’était pas encore en dehors des murs qui n’étaient même pas commencés.


1179. — Les Templiers possèdent en paix et à perpétuité toutes les maisons, les jardins, les rues et places de leur censive, avec les droits de cens et de rente, domaine et justice foncière qui y sont attachés... en dehors desquels le roi se réserve tout autre droit de justice, haute et basse (2).
2. De Gurzon, page 177 (AN. K. 34, n° 24).

1181-1182. — Don au Temple d’une arche du Grand Pont.

1185. — Don du comte Robert au Temple de 30 livres à prélever sur la prévôté de Paris (3).
3. Léopold Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste.

1190. — Philippe-Auguste assigne aux Templiers 10 livres à prélever à Lorris (4).
4. Léopold Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste.

1194. — La Comtesse Eléonore de Vermandois, fille de Raoul, comte de Péronne, femme de Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, donne au Temple 10 livres parisis à prendre sur le péage de Grespi (5).
5. Douët d’Arcq, Recherches sur les anciens, page 59. Les comtes de Beaumont-sur-Oise et leur famille sont particulièrement généreux envers les Templiers.

1199. — Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise donne aux Templiers le bois de Verrines, au diocèse de Senlis (6).
6. Douët d’Arcq, Recherches sur les anciens comtes de Beaumont-sur-Oise. Amiens, 1865, in-4° page 4.

1205. — Christophe Malcion, chambellan de Philippe Auguste, lègue 10 sous de rente au Temple (7).
7. Jaillol, le Temple, page 35.

1208. — Différend entre Mathieu III et les Templiers (8).
8. Douët d’Arcq, locution cité, page 41.

1215, octobre. — Raoul Arondel donne aux Templiers des vignes situées entre Rosny et Villemomble (9).
9. Douët d’Arcq, locution cité, page 92.

1253. — Don de Philippe III au Temple (10) ?
10. Cartulaire Notre-Dame.

1239. — Le Temple tient à main morte du chapitre Notre-Dame la maison et le moulin donné par dame Gente. « Nous l’avions laissée (la maison) à feu Thomas le Coffrier, à raison de 9 sous de cens annuel à payer par nous auxdits doyen du chapitre » (11)
11. Cartulaire Notre-Dame.

1282, juillet. — Philippe le Hardi concède aux Templiers deux étaux à boucheries dans leur domaine, hors les murs, malgré les réclamations des bouchers de Paris. Les étaux auront 12 pieds de longueur et les bouchers seront au nombre de deux. Ils pourront avoir un aide pour écorcher, cuire et rôtir la viande, main non pour la débiter et la vendre (1).
1. Cartulaire Notre-Dame.

1293. — Le Temple possède des moulins au port de Grève.
— Le port de Grève était situé en face la rue des Barres (2).
2. Ruelle aux moulins des Barres, ruelle des moulins du Temple.
— Cf. Jaillot, le Temple, page 5.


1304, juin. — Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, reine de France, est tellement satisfaite des services que lui ont rendus les Templiers, qu’elle leur fait accorder l’amortissement général de leurs biens.
— Cet acte est scellé des sceaux de la reine et du roi, et date de Paris. (3)
3. De Curzon.

1385. — Le Temple possède les 3 moulins dits moulins du Temple : 240 livres (4).
4. Cartulaire Notre-Dame.

Plan d’après Jaillot
Fig. 34. — Plan d’après Jaillot (1782). BNF

XXVI. — Documents annexes sur le Temple.
1211. — Le prieur du Temple donne à Sainte-Opportune une maison sise in vico novo juxta domum defuncti Simonis Franques. (5).
5. Dubreul, opuscule cité, page 875. Telle est l’origine du nom de la rue Simon-le-Franc.

1217, 11 janvier. — C’est en ce jour qu’eut lieu la dédicace de l’église du Temple à Paris que les Templiers venaient d’agrandir (6).
6. De Curzon, Documents annexes, page 301. Il s’agit fort probablement ici du Temple construit par le frère Hubert qui meurt en 1222, c’est-à-dire du Temple A.

1240, mars. — Le Temple n’a aucun droit de justice ni dans son moulin, ni dans sa maison du Grand Pont. Ponce d’Albon est alors précepteur du Temple.

1240, avril. — Saint-Martin-des-Champs est situé sur le chemin qui conduit au Temple (7).
7. Le Temple était donc déjà, à cette date, installé à la place où nous le trouvons dans la suite : c’est le Temple (Louis XVI).

1247, juillet. — Pierre de Louveciennes et Jacqueline, sa femme, vendent à Henry de Montmorency, pour (5 livres parisis, une maison située à Paris, outre Grand Pont, sur le chemin qui conduit au Temple, dans la censive dite Cramoel (?)
— Il s’agirait, dans ce cas, du chemin qui conduisait du Grand Pont au Vieux Temple, derrière Saint-Jean, empruntant la rue Saint-Germain-L’auxerrois et la place de Grève.

1256, 23 juin. — Courtille située après le Temple, devant la Pissote Saint-Martin. Il est certain que c’est le Temple (Louis XVI).

1263, mars. — Thomas dit le Marchand, et Marguerite, sa femme, reçoivent du chapitre Notre-Dame une maison sise outre Grand Pont sur le chemin du Temple.

1264, juillet. — Léonard de Plaisance, bourgeois de Paris et Aline, sa femme, ont vendu en janvier 1260, pour 50 livres, un cens de 58 sous 8 deniers à prendre sur des maisons sises à la Grève, à la Bouclerie (et non à la Boucherie) et auprès du four du Temple.

1266, janvier. — Isabelle d’Auton, veuve de Raoul d’Auton, chevalier, et Jeanne, sa fille, ont vendu aux maître et frères de la milice du Temple, à Paris, pour 2.440 livres, la ville de Blavo-Monte (Blémont ?).

1270. — Les « hôtes et mansionnaires » du Temple, tant hors les murs que dedans, sont contraints de payer la taille et de faire le guet ; mais, en 1298, le Parlement fait rendre les gages saisis par le prévôt de Paris, à la suite du refus du Temple et de ses habitants en 1296, de payer pour le don de 100.000 livres offert au roi par la ville (1).
1. De Curzon, page 164.

1270, novembre. — Frère H..., trésorier du Temple, reçoit en don de Philippe de Nemours, des terres sises à Guercheville (Département: Seine-et-Marne, Arrondissement: Fontainebleau - 77) (2).
2. Ce n’est pas le frère Hubert, cité plus haut, qui meurt en 1222.

1279, août. — Philippe le Hardi conclut un accord avec les Templiers au sujet de leurs droits et privilèges. Les Templiers auront dans les censives et dans les terres qui leur appartiennent dans l’enceinte, le droit de propriété et de justice. Le roi se réserve pour lui et ses successeurs la haute et basse justice.

1282, 15 février. — Mention de sept arpents de terre situés près du Temple, dans le territoire de Dives et du tiers du pressoir de Divis.

1282, 20 août. — Albert, dit de Laye (l’Haye), possède deux parts du pressoir appelé vulgairement pressoir du Chapitre, situé à Paris, près du Temple, dans le territoire de Dives, auprès du pressoir de l’évêque de Paris (3).
3. C’est là une preuve que l’évêque et le chapitre de Notre-Dame avaient des vignes non loin du Temple (Louis XVI). Mais où ? à Charonne.

1286, 28 février. — Geoffroi de Vichier est visiteur général du Temple.

1280, 16 octobre. — Jeanne, dite la Meresse, de Chevilly, habitant Paris, et sa sœur, Isabelle, reçoivent, leur vie durant, 7 arpents de vigne et le pressoir du chapitre, près du Temple, dans le territoire de Dives, moyennant un cens annuel de 100 livres.

1388, 27 octobre. — Prélèvement de 15 livres annuellement sur la rue du Vieux-Temple.

1315, 27 août. — Maison sise rue du Vieux-Temple dans la censive de l’abbé de Tiron (1).
1. Les documents sans référence proviennent du cartulaire Notre-Dame, III, passim.

1328, mars ; 1329, mai. — Denis de Lorris est ordinator scriptorum Templi, et reçoit 5 sous par jour (2).
2. J. Viard, Journaux du Trésor, page 4.

1469. — Dreux-Budé, pour l’ostel du Vielz Temple qu’il tient à louage, 20 livres (3).
3. De Curzon, passim.

1480. — Location aux héritiers de feu Dreux-Budé « pour l’oslel du Vielz Temple », appelé l’ostel des Garnisons, 24 livres.

1575, 27 décembre. — Le Petit Temple est cité dans une énumération entre Saint-Antoine-le-Petit et Sainte-Catherine-du-Val, comme magasin d’approvisionnement de poudre.
Saint-Antoine-le-Petit était situé dans la rue Saint-Antoine, à gauche, en allant vers la Bastille, et il s’agit certainement, ici, de la méson neuve du Temple de Géraud, page 110 a, autrement dit du Temple B (4).
4. Registres de la ville.

1585, 29 et 30 mars. — Le Temple (Louis XVI) est gardé par le capitaine Ragueneau avec 6 hommes, de 6 heures du soir à 5 heures du matin (5).
5. Registres de la ville, VIII, pages 435, 436.

1588, 20 mai. — Une garnison de 20 hommes garde dans le Temple les « pouldres à canon » (6).
6. Registres de la ville, IX, page 136.

1590. — M. Lhuillier établit au Temple sa « place de bataille » (7).
7. Registres de la ville, IX, page 617.

1594, 29 avril ; 1596, 21 mars ; 1598, 27 avril ; 1603, 24 avril ; 1604, 28 avril. — Le capitaine Marchant se tient dans la Cour de la Commanderie, au Temple, avec sa monstre d’archers » (8).
8. Registres de la ville, XI, pages 25, 101, 225, 286, 310.

1596, 7 juin. — Le bureau de la ville reçoit, pour fabriquer le « pain des pauvres », 15 muids de blé pris en la maison du Pet-au-Diable (9).
— Nous savons que cette maison avait été démolie en partie en 1554, selon le document cité par M. Bruel. On la reconstruisait en 1610, et nous la retrouvons encore au XVIII siècle. Cependant, elle existait toujours en 1596 puisqu’elle était utilisée comme entrepôt de grains.
9. Registres de la ville, XI, page 291.

1559, 27 mars. — Jean Thomas, prêtre, demeurant au Temple, à Paris, donne à son filleul, Jean Brisemiche, une maison avec jardin et vignes, sise à Cernay et Sannois, qu’il tenait de Nicole Brisemiche, prieur de l’église du Temple, à Paris (10).
10. Coyecques, Insinuations, page 673, n° 5193.

1230, mars. — Gaultier le Mortellier loue, à l’Hôtel-Dieu de Paris, une maison sise aus Polies (aux Poulies) censive de Saint-Gervais (1).
1. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, 1894, n° 257.

1232, juin. — Maison située à Paris, auprès des Barres, dans la rue où sont les Mortelliers (Mortaria) (2).
2. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 290. Ces deux articles nous fournissent l’étymologie de la rue de la Mortellerie.

1238, janvier. — Marie des Barres, mère du vénérable maître Jean des Barres, chanoine de Paris, possède une grange située auprès de la maison du curé (presbytère) de Saint-Jean-en-Grève, qu’elle donne à Dreux-Lenches et à ses héritiers (3).
3. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 375.

1242-1243, avril. — Odeline, veuve de Simon, dit Poisson, certifie que sa mère, feue Héloïse la Morelle, a donné à l’Hôtel-Dieu de Paris, 13 sous parisis à prendre sur un pré situé entre le Temple et la courtille Barbette, que tient Herbert Gatosis, dans la censive de Sainte-Opportune (4).
4. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 470.

1244, janvier. — L’Hôtel-Dieu de Paris vend à Durand Bruisebant et à Erembourg, sa femme, moyennant 4 livres parisis de croit decens, un pré situé entre la courtille Barbette et le Temple, près du pré de Pierre-dit-Vilain (5).
5. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 480.

1262, mai. — Perrenelle, veuve de Guillaume Toutain, donne à l’Hôtel-Dieu de Paris, avec réserve d’usufruit de 40 sous parisis de cens annuel, 3 arpents de terre situés derrière le Temple, où poussent en certains endroits des roses, dans la censive du Roi (6).
6. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 701.

1259, janvier. — Rue qui va de la porte Baudoyer à la maison qu’on appelle les Barres (7).
7. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 674.

1279, mars. — ... Plusors mésons qui sont devant Saint-Gervès que le Temple de Paris tient (8).
8. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 783.

1286, 24 mai. — Vidimus du testament de Arnoul, le cervoisier de la porte Baudoyer. Il ordonne de vendre une maison située derrière Saint-Gervais, contiguë à la maison de Thomas d’Hierres et à celle de Raoul Normand (9).
9. Coyecques, Archives de l’hôtel-Dieu. Paris, n° 816.

1341 (n. s.) 11 janvier. — Maison de Jean du Temple... soyans en la parroisse de Saint-Gervais-de-Grève, de Paris, entre deux rues, dont l’une est appelée rue du Neuf-Temple et autrement rue des Barres, devant le cimetière Saint-Gervais..., et l’autre, rue Frogier-l’Asnier (1).
1. J. Viard, Documents parisiens. Paris, 1900, page 105.
— M. J, Viard fait remarquer dans une note, qu’il n’a vu indiquer nulle part ce nom de rue du Neuf-Temple, II, 100.


1348, septembre. — Maison d’Ysabeau de Lagny à présent à Pierre Mignier, place Baudoier, tenant d’une part à Jaquemart de Montreuil, et d’autre à M. de Maubuisson (2).
2. J. Viard, Ibidem, page 320.

1348, septembre. — Maison Robert le serrurier, rue de la Vieille-Tisseranderie, devant l’ostel Billouard (3).
3. J. Viard, Ibidem, page 320.

1348, septembre. — Maison au coin de la rue de la Vieille-Tisseranderie et de la rue Violeite, tenant d’une part à Jean Billouard (4).
4. J. Viard, Ibidem, page 322.

1340, 1er au 15 avril. — Maison de Pierre de Charonne, en la Viez Tisseranderie, tenant d’une part à une maison qui est au chapitre Notre-Dame de Paris, qui fu Nicolas le tapicier et d’autre à la maison au seigneur de Coucy (Enguerrand V, qui épouse Catherine d’Autriche en 1338 et meurt vers 1344) (5).
5. J. Viard, Ibidem, page 53.

XXVII. — Topographie
1230, mars. — Gaultier le Mortellier loue, à l'Hôtel-Dieu de Paris, une maison sise aus Polies (aux Poulies) censive de Saint-Gervais (1).

1232, juin. — Maison située à Paris, auprès des Barres, dans la rue où sont les Mortelliers (Mortaria) (2).

1238, janvier. — Marie des Barres, mère du vénérable maître Jean des Barres, chanoine de Paris, possède une grange située auprès de la maison du curé (presbytère) de Saint-Jean-en-Grève, qu'elle donne à Dreux-Lenches et à ses héritiers (3).

1242-1243, avril. — Odeline, veuve de Simon, dit Poisson, certifie que sa mère, feue Héloïse la Morelle, a donné à l'Hôtel-Dieu de Paris, 13 sous parisis à prendre sur un pré situé entre le Temple et la courtille Barbette, que tient Herbert Gatosis, dans la censive de Sainte-Opportune (4).

1244, janvier. — L'Hôtel-Dieu de Paris vend à Durand Bruisebant et à Erembourg, sa femme, moyennant 4 livres parisis de croît de cens, un pré situé entre la courtille Barbette et le Temple, près du pré de Pierre-dit-Vilain (5).

1262, mai. — Perrenelle, veuve de Guillaume Toutain, donne à l'Hôtel-Dieu de Paris, avec réserve d'usufruit de 40 sous parisis de cens annuel, 3 arpents de terre situés derrière le Temple, où poussent en certains endroits des roses, dans la censive du Roi (6).

1259, janvier. — Rue qui va de la porte Baudoyer à la maison qu'on appelle les Barres (7).

1279, mars. — ... Plusors mésons qui sont devant Saint-Gervès que le Temple de Paris tient (8).

1286, 24 mai. — Vidimus du testament de Arnoul, le cervoisier de la porte Baudoyer. Il ordonne de vendre une maison située derrière Saint-Gervais, contiguë a la maison de Thomas d'Hierres et à celle de Raoul Normand (9).

1341 (n. s.) 11 janvier. — Maison de Jean du Temple... soyans en la parroisse de Saint-Gervais-en-Grève, de Paris, entre deux rues, dont l'une est appelée rue du Neuf-Temple et autrement rue des Barres, devant le cimetière Saint-Gervais..., et l'autre, rue Frogier-l'Asnier (10).

1348, septembre. — Maison d'Ysabeau de Lagny à présent à Pierre Mignier, place Baudoier, tenant d'une part à Jaquemart de Montreuil, et d'autre à Madame de Maubuisson (11).
— Maison Robert le serrurier, rue de la Vieille-Tisseranderie, devant l'ostel Billouard (12).

1348, septembre. — Maison au coin de la rue de la Vieille-Tisseranderie et de la rue Violeite, tenant d'une part à Jean Billouard (13).

1340, 1er au 15 avril. — Maison de Pierre de Charonne, en la Viez Tisseranderie, tenant d'une part à une maison qui est au chapitre Notre-Dame de Paris, qui fu Nicolas le tapicier et d'autre à la maison au seigneur de Coucy (Enguerrand V, qui épouse Catherine d'Autriche en i338 et meurt vers 1344) (14).
1. Coyecques, Archives de l'hôtel-Dieu. Paris, 1894, n° 357.
2. Ibid., n° 290. Ces deux articles nous fournissent l'étymologie de la rue de la Mortellerie.
3. Ibid., n° 375.
4. Ibid., n° 470.
5. Ibid., n° 480.
6. Ibid., n° 701.
7. Ibid., n° 674.
8. Ibid., n° 783.
9. Ibid., n° 816.
10. J. Viard, Documents parisiens. Paris, 1900, page 105.
M. J, Viard fait remarquer dans une note, qu'il n'a vu indiquer nulle part ce nom de rue du Neuf-Temple, II, 100.
11. J. Viard, ibid., page 320.
12. Ibid., page 320.
13. Ibid., page 322
14. Ibid., page 53.


XXVIII. — Censive du Temple dans l’enceinte de Philippe-Auguste
Avec le censier de 1247. On peut se former une idée des terrains possédés par les Templiers, lors de leur premier établissement dans le territoire que Philippe-Auguste devait, par la suite, enclore de murailles. Ces terrains étaient, suivant nous, bornés par les rues qui furent ultérieurement nommées : rue des Blancs-Manteaux (1297) ; Vieille-rue-du-Temple ; rue Frogier-l’Asnier, rue de la Barre, rue Saint-Jean-en-Grève, rue Sire-Gentien, rue Barre-du-Bec (1273) et rue du Temple.
Ce fut ce territoire qui, très probablement, devint la paroisse de Saint-Jean-en-Grève, en 1212, dès que l’enceinte de Philippe-Auguste fut terminée, et alors que les Templiers abandonnèrent l’intérieur de la ville. Saint-Gervais forma un îlot dans ce territoire (6).
6. Vers 1125, Galleran, comte de Meulan, avait donné à Saint-Victor 40 sous à prendre sur le monceau Saint-Gervais (Obituaires de Sens, I, 552). Le monceau Saint-Gervais fut donné au roi par l’évêque Guillaume et le chapitre Notre-Dame, en 1222, par la Charta Pacis. (Tardif, Layettes du Trésor des chartes, I, 555).

Voyons les parties de la censive de la Commanderie du Temple situées dans l’intérieur de l’enceinte en 1247 :
En la grant Bretonnerie jusques à la rue Dorée (rue des Billettes, rue Barre-du-Bec) ;
La petite Bouclerie (et non Boucherie comme l’écrit Cocheris), la rue Andriu-Malel, la Tisserande, Barres-sur-les-Molins, rue Sans-Chief où li juifs demeurent, la rue feue Alice-dou-Temple (1), la petite Bretonnerie, la rue Thibaut-le-Talleur (est-ce la rue Bourc-Thihout ?), la rue des Rosiers (2), la rue de l’Escouffe (nom d’arbre ou d’oiseau [milan]), entre la rue des Rosier et la rue de Marivaux, les Barres, c’est à laisser au polies desriers nostre granche (3), et en la rue devant nostre granche des Barres, rue Frogier-l’Asnier, cimetière Saint-Jean, joste la meson de la bæsse de Chiele (4) au commencement de la Venerie (la Vannerie), c’est en la Tannerie ;
C’est au for (place) Villorille (Guillorille) ou bout de la Poterie ;
C’est en la rue Saint-Germain-L’auxerrois, c’est là où l’on vent les gélines (la poulaillerie), c’est au bout de la Scierie devant nostre halle. (Cette halle aux Champeaux avait été donnée aux Templiers par Constance, sœur de Louis VIII, en 1172 [de Curdons] (5);
C’est au perron Gascelin, en la Harengerie, en la rue Pierre-Chiel-d’Ail, en la Chartonnerie la Charronnerie delez Saint-Innocent ;
C’est en Champiaux, vers Saint-Eustache, en la rue où l’on fait les huches et tonniax (la Tonnellerie), devant Saint-Michel, on bout de l’Orberie, devant la Cavaterie de lez Saint-Germain-le-Vielz, ou bout de la Juyrie en marché palu, sur le pertuis ou la boe coule à petit pont, ce est oultre petit pont a senestre seur Seinne, en la boucherie du petit pont encontre rue qui va à Saint-Julien-le-Povre en la rue de Loreillon, en la rue feu Estienne le Mour (?), en la ruelette eprés sur Sainne, Platrière vers le palais des Ternies ;
C’est le devant des moines de Sarnay ;
C’est devant celle ruelette ;
C’est en la rue des Escrivains, emprès la méson à seigneur de Lices ;
C’est ou bout en montant la Grant-Rue, les halles au poisson, en Merderel, la Tisserandcrie (6)
1. Plus tard nommée rue Perrot-d’Etampes, puis rue des Singes.
2. Les enfants de Jean Pain-Molet y demeurent (Cocheris).
3. En 1247, les Templiers possédaient donc encore la grange qui leur avait été donnée en 1233.
4. Géraud, page 125 a. Porte Baudéer, par. Saint-Paul. La méson de l’abbéesse de Chièle, 12 deniers. Elle n’avait pas changé depuis 1247 jusqu’en 1292.
5. Cette maison des Halles provenait de Durand de Clichy qui l’avait cédée à Béatrice, femme d’Hermann. Tardif, Cartons des rois, n° 640.
6. Cocheris-Leheuf (AN. MM. 128).


XXIX. — Philippe le Bel et les Temple (1292)
En 1292, le Temple était propriétaire d’une maison sur le Grand Pont, dans laquelle étaient logés des attachés au Palais.
Sur 33 locataires nous relevons 18 employés de Philippe le Bel, dont voici les noms :

Guillaume, le portier le Roi : 4 livres. » , »
La fame Alain du Celier : » 16 sols. »
Galeran, des napes : » 58 »
Estienne de la Chambre, la guète : » 32 sols. »
Son gendre : » 8 sols »
Robin le Picart : » 8 sols »
Henri, le gardinier : » 3 sols »
Mahi, le tailléeur : » 6 sols »
Renaut, le Tailléeur [au Comte de Clermont] (1) » 20 sols »
Adam, la guète : » 9 sols »
Prot, la guète, son frère : » 6 sols »
André, la guète : » 6 sols »
La famé Boudran : » 2 sols »
Morise, le coutepointier : » 12 sols »
Raoul des Estables : » 8 sols »
Gilet, du Séjour : » 8 sols »
Quait, du Séjour : » 6 sols »
Rogier, le portier le Roy : » 8 sols » (3).
1. Louis 1er, petit-fils de saint Louis, fils de Robert de Clermont et de Beatrix de Bourbon, né en 1279, mort en 1341.
2. Perrot ou Pierre.
3. Géraud, page 137 a. Paroisse Saint-Barthélemy. — La méson du Temple sus Grand Pont.


En 1296, toutes ces personnes étaient logées dans la Cour du Palais (1).
Ceux dedans le court le Roy
Morise le breton, coutepointier : » 30 sols »
Simon, la guète : » 12 »
Pierre, la guète : » 9 »
Renaut, le tailléeur au Comte de Clermont : » 20 »
Adam, la guète : » 10 »
Estienne, de la chambre : » 38 »
Galeran, le concierge : 6 livres 15 sols »
Gilet du Celier et sa mère : » 18 »
Roger, le portier : » 36 »
Mestre Gautier, le mareschal : 4 livres 12 sols »
Mahi, le tailléeur : » 20 »
1. AN. KK. 283, folio 26.

Mêmes noms en 1297 (2) :
Morise, le coutepoinlier : » 36 »
André, la guète : » 10 »
Simon, la guète : » 12 »
Pierre, la guète : » 10 »
Henri, le gardinier : » 12 »
Mahi, le gardinier : » 20 »
Renaut, le tailléeur au Comte de Clermont : » 20 »
Ameline, la bouderane (3) : » 36 »
Adam, la guète : » 10 »
Estienne, de la Chambre : » 30 »
Galeran, le concierge : » 15 »
Gile du Celier et sa mère : » 18 »
Roger, le portier : » 36 »
Mestre Gautier, le mareschal : 6 livres » »
2. KK. 283, page 60.
3. Veuve de Bouderan.


Noms en 1299 (4)
Ce sont ceux de l’ostel le Roy
Eudes Dechies [Deschiens], le portier : » 10 sols »
Gile du Celier : » 20 »
Galeran, le concierge : 6 livres 4 sols »
Estienne, de la chambre : » 30 »
Symon, la guète : » 12 »
Adam, la guète : » 10 »
Thomas, de la Chambre aus deniers : » 30 »
Gilbert, le lyonnier (5) : » 8 »
Henri, le gardinier : » 12 »
Mestre Gautier, le mareschal : 7livres, 10 sols »
Ameline, la bouderane : » 36 »
Le fuiz feu Morize, le coutepointier : » 36 »
Mestre Guillaume Julien, orfèvre : 6 livres, 4 sols »
4. KK. 283, folio 209.
5. Est-ce que Philippe le Bel aurait-eu des lions ?


Enfin en 1300 :
Eude Deschiens, portier (2) : » 10 »
Guillaume d’Évreues, du Gelier : » 36 »
Galeran, le concierge : 6 livres, 4 sols »
Estienne, de la Chambre : » 30 »
Symon, la guète : » 12 »
Adam, la guète : » 10 »
Thomas, de la Chambre aus deniers : » 30 »
Gilbert, le lyonnier : » 8 »
Henri, le gardinier : » 12 »
Mestre Gautier, le mareschal : 7 livres, 10 sols »
Ameline, la boudrane : » 36 »
Denyse, neveu feu Morise, le coutepointier : » 36 »
Morize, la guète : nichil
Renaut, le tailléeur au comte de Clermont : » 50 »
Mestre Guillaume Julien, orfèvre : 6 livres, 4 sols »
2. Deschiens est un nom propre, parce que nous lisons en 1299 (folio 220 r°)
Rue pavée (quartier Saint-André-des-Arts) :
Jehan Isaac, qui garde les chiens le roy « 3 » et en 1296, (folio 30).
Jehan Isaac, qui garde les lévriers du roy « 6 »
Ce valet de chien demeurait tout à côté de l’hôtel de Jeanne de Navarre, la femme de Philippe le Bel (lycée Fénelon).


XXX. — Relevé des noms des personnes présentant un intérêt.
POUR NOTRE TRAVAIL (1292)

Géraud. Page 131 b. — Dame Jeanne des Poulies, 70 sous.
Sa fille, 20 sous.
P. III b. — Guillaume des Poulies, 20 sous, demeurant rue Jean-Noblet.
P. 130 a. — Denise des Poulies, 58 sous, rue Vieille-du-Temple.
Tous ces personnages jouissent d’une certaine aisance ; si rien ne prouve qu’ils fussent parents, du moins venaient-ils tous de la rue des Poulies, et probablement exerçaient-ils le métier détendeurs.
P. 128 b. — Jean desouz l’Orme [Saint-Gervès ?] 2 sous, rue des Vielz-Poulies.
P. 127 a. — Guillaume de la Voûte, 2 sous, rue aux Nonnains-d’Ierre.
P. 128 a. — Guillaume de Saint-Gervès, 4 livres, 12 sols, en la Foulerie.
P. 107 a. — Benoiet de Saint-Gervès, 36 sous, vers Barbéel.
P. 111 b. — Jehan de Saint-Gervès, clerc, 2 sous, Vieille-rue-du-Temple.
P. 133 a. — Jehan de Saint-Gervès, clerc, 2 sous.
P. 104 b. — Jehan de Saint-Gervès, clerc, 2 sous, en la Tanerie.
P. 84 b. — Richart de Saint-Gervès, couraier, 8 sous, rue des Petiz-Chans.
P. 108 a. — Fremin de l’Egle, 16 sous, cimetière Saint-Jehan. Ce Fremin est voisin du four Saint-Eloi, rue de l’Egle.
P. 123 a. — Guillaume de la Foillie, 2 sous, en la Bretonnerie, vraisemblablement de la Folie-Morel, hors les murs.
P. 132 a. — Agnès, des Barres, 2 sous.

Maisons religieuses
P. 106 b. — Frère Poince pour les mésons de Reingni, 16 livres.
P. 107 a. — Méson de Barbeau, 10 livres.
P. 107 a. — Méson de Prully, 10livres.
P. 108 a. — Méson de Quinssi, 8 livres.
Toutes ces maisons, situées sur la paroisse Saint-Gervais, paient une taille beaucoup plus élevée que les autres.

P. 109 b. — Jacques, concierge d’Osquanz (Ourscamp), 12 sous.
P. 109 b. — Etienne de Roissy, concierge de l’ostel de l’arcevesque de Bourges, 8 sous.
P. 120 a. — Dame Asceline, concierge à l’abbé de Saint-Faron de Miauz, 2 sous.
P. 125 a. — La méson à l’abbéesse de Chièle, à la porte Baudéer, 12 deniers.
P. 127 b. — La méson à l’abbéesse d’Ierre, rue aux Nonnains-d’Ierre, nichie.
P. 128 b. — L’abbéesse de Maubuisson, rue des Viez-Poulies, 12 deniers.
Toutes ces maisons sont sur les paroisses Saint-Jehan-en-Grève ou Saint-Gervais.

XXXI. — Membres du Parlement en 1255
Il est pour nous fort probable que la plupart des personnages cités sur cette liste assistèrent au banquet donné l’année précédente dans la salle royale du Vieux Temple.
Le doyen : Guy.
Eude Rigaud, archevêque de Rouen.
Simon, trésorier de Saint-Martin de Tours.
Maître Eude de Lorris.
Etienne, doyen de Saint-Aignan d’Orléans.
Maître Jean de Wlliaco (de Sully) (Loiret, arrondissement Gien).
Maître Guillaume de Milly.
Maître Simon de Pogneiis (?)
Maître Thomas de Paris.
Le seigneur de Nesle (Jean).
Le comte de Ponthieu.
Le connétable de France.
Le seigneur Pierre de Fontaines.
Le seigneur Pierre, le Chambellan (de Chambly).
Le seigneur Gervais de Seranis (de Sézanne, Marne).
Le seigneur Julien de Péronne.
Le seigneur Jean de Quarrois (?).
Le seigneur Mathieu de Belna (de Beaune ?).
Le maître des arbalétriers (G. de Chatillon).
Les baillis de Vermandois.
Les baillis de Cæn.

XXXII. — Les Vieux endroits de Paris au XIIIe siècle
Lorsque les Templiers construisirent le Vieux Temple, au milieu du XIIe siècle, ils trouvèrent à leur disposition un terrain très bien placé, sur la rive droite, dans la ville naissante, à côté du vetus forum, autrement dit la Grève, par opposition au novum forum des Champeaux.
Les contours de la Grève commençaient à se couvrir de maisons, et il est certain pour nous, d’après le récit de Mathieu de Paris, que le Temple possédait des dépendances en bordure sur cette place.
Saint-Jean n’avait pas encore l’importance qu’il acquit par la suite : c’était une ancienne chapelle baptismale de Saint-Gervais — Ce qui explique sa proximité de la vieille église — et cette chapelle n’avait été érigée en paroisse qu’en 1212, c’est-à-dire une quarantaine d’années avant la visite du roi d’Angleterre, Henri III, en 1254.

Tous les endroits qualifiés de vieux, en 1292, sous Philippe le Bel, existaient sûrement cent ans auparavant, sous Philippe-Auguste.
Par exemple, le vieux cimetière Saint-Jean, qui était alors entouré de maisons, était un ancien champ de sépulture, situé naturellement en dehors de l’enceinte de Louis VI, mais il fut enclavé dans celle de Philippe-Auguste. Nous disons naturellement, parce que jusqu’alors les cimetières étaient en dehors des villes.

Puis : la vieille Draperie, la vieille Joaillerie, la vieille Pelleterie, la vieille place aux Fourneaux : la vieille Platrière (par. Saint-Nicolas-des-Champs), la vieille Tannerie, la vieille Monnaie, la vieille Juyrie (Juiverie), la rue ou les rues des vieilles-Poulies (2), et enfin la vieille rue du Temple et le Vieux Temple, tous lieux compris dans l’enceinte de Philippe-Auguste.
2. Ce nom venait des poulies qui servaient à tendre les cordages sur lesquels on exposait les toiles, les draps, les étoffes teintes pour les faire sécher. A Montfort-l’Amaury, les poulies sont actuellement les anciennes prairies dans lesquelles on étendait les étoffes fabriquées dans cette ville. Ce nom désigne toujours les anciens remparts de cette ville. En Italie, à Florence, on tendait les cordes en travers des rues pour faire sécher les draps et on voyait encore récemment des traces de ce mode de suspension.
Quelquefois on se servait de perches ou de barres, comme à Paris, d’où le nom de rue des Poulies et de rue des Barres.


Toutes les fois qu’une rue, citée dans la Taille de 1292, ne renferme plus d’artisans exerçant le métier que porte le nom de la rue, ce fait seul prouve l’ancienneté de la rue. Ainsi, la rue de la Barillerie qui ne renferme plus qu’un seul barillier, en 1292, remonte au XIe siècle. On peut donc ainsi se former, à la rigueur, une idée des voies nouvelles percées sous Philippe le Bel.
La plus grande partie des voies du quartier où se trouvaient le Temple A et le Temple B fut ouverte entre les règnes de Philippe-Auguste et de Philippe le Bel. Auparavant, le quartier comprenait des enclos plus ou moins importants que le percement des rues nouvelles fit disparaître.
En 1292, la porte du Temple était située rue du Temple, un peu au-dessous du passage Saint-Avoye actuel.
Nous lisons, en effet, dans un acte de 1485 : « Rue Sainte-Avoye, anciennement dite rue du Temple, à commencer au lieu où souloyt être la porte du Temple, près de la chapelle Sainte-Avoye (1). »
Sainte-Avoye remontait à 1288, et la porte du Temple fut reportée plus loin en 1485.

XXXIII. — Templiers à Paris
1150. — Evrard, grand-maître de l’ordre du Temple.
1172. — Frère Gillebert, chapelain du Temple.
1172. — Eustache Chien, précepteur du Temple.
1172. — Bernard, changeur.
1172. — Jean de Saint-Martin.
1172. — Jozon.
1172. — Guillaume Tranchevache.
1172. — Ponce.
1172. — Fubert (2).
1224. — Frère Alain Martel, maître de la milice du Temple en Angleterre, est un des ambassadeurs de Henri III auprès de Louis VIII, à Paris.
— Frère Olivier de la Roche, précepteur du Temple en France.
1224. — Chrétien, aumônier du roi.
1226. Frère Evrard le Templier, conseiller du roi (3).
1240. — Gilles, trésorier du Temple (4).
1257, 27 juin. — Frère Pierre dit Boucel, trésorier du Temple.
1257. — Bienvenu, trésorier du Temple (5).
1257. — Guillaume d’Argenteuil, clerc du trésorier, puis trésorier du Temple, mort en 1307.
1. De Curzon, 316 (AN. S. 1571, MM. 172).
2. Tardif, Carton des rois, n° 640.
3. Ch. Petit-Dutaillis, Louis VIII.
4. Layettes du Trésor des chartes, II, 431 a.
5. Layettes du Trésor des chartes, III, n° 4350.


Agnès de Ferrières, femme de Baudouin Boucel, morte en 1303, a un pré près du Temple (1).
1314. — Guy Florent, maître Geoffroy de Briançon ou Briénon (2).
1. Gaignières, Catalogue, n° 207, 3395, 3396.
2. Notices et extraits des Mss., tome XX, page 212.


XXXIV. — La Voûte d’Ouscamp à Paris, 1292
Nous donnons, en terminant, quelques détails intéressants sur la maison que possédait à Paris l’abbaye d’Ourscamp, parce que ce nom est tellement estropié qu’il a dérouté des auteurs comme M. Abel Rigault, qui n’a pas pu l’identifier dans son travail sur Guichard, évêque de Troyes, où il cite, page 149, l’ostel d’Ocans, porte Baudover, où descend Guichard dans un de ses voyages à Paris, sans deviner qu’il s’agissait de la maison de l’abbaye d’Ourscamp.

Nous lisons dans les cens dus à l’abbaye d’Ourscamp : « Aux frères de l’Hôtel-Dieu de Paris, 30 sous payables aux quatre termes habituels pour la maison que Mathieu de Saint-Germain, bourgeois de Paris, et sa femme, Heluis, nous ont donnée, située à Paris, à la porte Baudoyer, devant l’Aigle, faisant le coin de la rue [F]rogier-l’Asnier (3). »
3. Peigné-Delacourt, Cartulaire d’Ourscamp, page 575.

Abbaye Ourscamp

Cette maison est évidemment celle qui se trouve mentionnée dans Géraud, en 1292 :
Raoul d’Auquanz, 12 sous ; Moreau, de la petite voûte d’Auquanz, son compaignon, 18 sous (4).
Et dans Buchon, Taille de 1313, du Coing des Chapiaus jusqu’à l’abbé de Joy [Jouy] : Geneviève, fame feu Moriau d’Auquens, 30 sous ;
Jean Ride, concierge d’Auquens, 4 livres 10 sous.
L’Aigle est le nom du territoire et probablement d’une enseigne qui donne son nom à la rue, dans laquelle se trouvait le four Saint Eloy, qui devint la rue Saint-Antoine.
Comme on le voit, dans les pièces du procès de Guichard, cette maison se trouvait tout près de la porte Baudoyer, sur la place du même nom, ce que viennent confirmer la Taille de Géraud et celle de Buchon.
4. Géraud, page 124 b.

XXXV. — Sceaux du Temple
Il existe un sceau du Temple appendu à une charte d’octobre 1214, alors que les Templiers occupaient le Vieux Temple. On y voit la représentation grossière du Saint-Sépulcre ou temple rond à deux portes ouvertes. En exergue, on lit : Milites Templi Salomonis

On trouve dans la collection Clairambault (Collection du Saint-Esprit, 1144, tome XLV, n° 68) un autre sceau du Temple dont nous donnons le croquis en fac-similé. Nous croyons qu’on peut le dater de 1280, et il était probablement appendu au testament d’un seigneur de la Tour d’Auvergne. Il représenté deux chevaliers du Temple armés de lances et montés sur le même cheval. En exergue : Sigillum militum Xristi (Christi).
Le contre-sceau qui l’accompagne nous montre un frère du Temple en robe assis sur un escabeau, le bras étendu. Légende : Sigillum secretum.

Enfin, le plus curieux est celui dont nous publions la photogravure. Il se trouve aux Archives nationales, n° 9915 du catalogue (S. 5067).
Il nous offre la vue du Temple (Louis XVI) en 1290. C’est la plus ancienne vue authentique d’un monument de Paris, croyons-nous.
Nous en avons déjà publié une autre, mais moins ancienne, qui représente le Palais de Philippe le Bel (Palais de justice) vers 1313, d’après un des trois jetons conservés à la Bibliothèque nationale (département des médailles) ; au musée de Cluny et dans la collection Feuardent.
Légende : Sigillum terre et dominii domus milicie Templi Parisius

Sceau Templiers
Sceau Templiers

XXXVII. — Sceaux anglais
L’importance de ces sceaux conservés aux Archives nationales est confirmée par la comparaison qu’on en fera avec les armoiries données par Mathieu de Paris.
Cette comparaison est d’autant plus intéressante qu’il n’y a pas à hésiter un seul instant sur l’authenticité entre les sceaux et les armoiries données par Mathieu de Paris ; le sceau fait foi.

1259, 30 octobre. — Henri III.
Type de Majesté. Long sceptre terminé par un oiseau, à la main droite ; à la gauche, le globe surmonté d’une longue tige terminée par une croix. Les pieds posés sur deux lionceaux.
Henricus, dei gracia rex anglie, dominus hybernie, dux Aquitannie.
Revers. — Type équestre. Le heaume couronné, le bouclier aux trois léopards. Même légende.

Eléonore de Provence, femme de Henri III. La reine debout, sur un socle, sous lequel est un lionceau.
[Aliénor de] I gracia regina anglie domina hyber [nie].
Revers. — Un arbre auquel est suspendu un écu aux trois léopards... ducissa normannie [et a] quitannie co [milissa].

1269, octobre. — Bigod (Hugues le) lord justice d’Angleterre.
Armorial. Un lio (1).
† Sigillum hugonis Bigod (Cf. Mathieu de Paris).
1. Mathieu de Paris se trompe quand il dit : croix de gueules sur champ d’or.

1259, octobre. — Glocester (Richard de Clare, comte de).
Equestre, aux armes, la cotte d’armes flottantes.
[Sig]illum Ri[cardi de Cla]re comitis Hertfordie.
Revers. — Ecu à trois chevrons, timbré d’un fleuron et supporté de deux lions dans la pose de l’adossé.
[Sig]illum Ricardi de Clare [comitis G [lovernie].

1259. — Gray (Richard de).
Equestre, le bouclier aux armes (deux fasces). (Mathieu de Paris dit trois fasces d’or).
† Sigillum Ricardi de Gréai.

1228, juin. — Raoul, sénéchal du roi d’Angleterre.
Armorial. Ecu à un quintefeuille et à l’orle de huit besants.
Sigillu[m] Radulfi fil. Nicola (Cf. Mathieu de Paris).

1259, octobre. — Warwick (Jean du Plessis, comte de).
Armorial. Ecu à six annelets, 3, 2 et 1.
† S. Joh [ann]is de Plessetis, comitis Warewichie (1).
1. Mathieu de Paris se trompe encore dans les armes qu’il attribue à ce personnage.

1195. — Richard, Cœur de Lion.
Type de Majesté, avec l’épée à la main droite et à la gauche, le globe, qui est surmonté d’une tige terminée par une croix. De chaque côté de la tête, un soleil et un croissant ; de chaque côté du trône, une branche à trois fleurs.

† Ricardus, dei gracia rex Anglorum.
Revers. — Type équestre. Sur le bouclier, un lion rampant,
† Ricardus dux normannorum et aquitanorum et comes andegavorum.
Nous donnons le sceau de Richard Cœur de Lion parce que ses armoiries figuraient sur son écu appendu dans la salle royale du Temple, au banquet du 10 décembre 1264, où il fut l’objet d’une remarque de la part d’un seigneur anglais, disant au roi Henri III que les Français seraient froissés et même n’oseraient pas manger ! (Cf. Mathieu de Paris).

1227. — Richard, frère de Henri III, comte de Poitou avant 1242-1243, régent d’Angleterre avec sa belle-sœur, la reine Aliénor, pendant l’absence du roi (1253-1254).
Equestre, aux armes,
Sigillum Ricardi filii...
Revers. — Ecu au lion rampant couronné et à la bordure besantée ... [Pic] taviensis.
(Richard, mort en 1199, était représenté par son écu.).
Sources : PITON. La Cité de Paris : bulletin de la Société historique et archéologique du IVe arrondissement, page 105 à 177. Paris 1911 BNF



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