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Études réalisées sur les Templiers

Maison du Temple de Balizy
Département: Essonne, Arrondissement: Palaiseau, Canton: Longjumeau - 91

Maison du Temple de Balizy
Maison du Temple de Balizy

Balisy, commanderie
La Commanderie de Balizy, également désignée sous le vocable de Temple de Balizy, était une Maison du Temple située dans le département de l’Essonne, entre les communes de Longjumeau et d’Épinay-sur-Orge.
Les seuls éléments historiques qui nous sont parvenus datent de l’époque hospitalière de la commanderie et donnent la date de sa fondation en 1288, après que Jehan de la Tour ait acheté un terrain au seigneur Guillaume Bataille. Ces terres relevant directement de la couronne, c’est le Roi Philippe IV le Bel qui entérina l’achat par une charte datée d’Octobre 1289. Le domaine était constitué d’une demeure à Balisy, de 110 arpents de terres, ainsi que d’un four banal. Cet achat se vit additionné d’un droit de pêche dans l’Yvette ainsi qu’un droit de pâture.
Les Templiers entreprirent ensuite de construire une petite chapelle dans le bourg, face à la ferme templière, ainsi qu’un pont sur le Rouillon encore visible.
Le Pont des Templiers, dernier vestige de la Commanderie Templière de Balizy fondée en 1288, se trouve dans le hameau de Balizy à Longjumeau. Il s’agit du plus vieux pont de l’Ile de France, classé Monument Historique en 1930. Le pont comporte deux parties : une arche principale qui enjambe le Rouillon, et deux arches plus petites. Toutes 3 de style roman. C’est à l’extrémité aval du pont que se trouve la croix de Jérusalem, symbole de l’ordre du Temple.
Sources : Les Templiers de Balisy

La croix templière de Balizy
Victor Chaudun, le fils de l’archéologue Albert Chaudun, le décrivait ainsi dans un article qu’il publia en 1950 :
« Ce pont, qui a été classé le 11 octobre 1930, grâce à M. Albert Chaudun, archéologue, mesure une quarantaine de mètres, comporte trois arches de style roman et, sous la plus grande, le Rouillon coule encore. C’est à la base de cette arche, qui forme un tunnel d’une vingtaine de mètres de long, que M. Chaudun découvrit une pierre sculptée de la croix de Jérusalem, symbole de l’Ordre du Temple. Cette croix pattée est très simple, gravée horizontalement et mesure 17 centimètres de long sur 13 centimètres et demi de haut. Sur le pont construit au XIIIe siècle par les Chevaliers du Temple, passe la route pavée menant de Longjumeau à la ferme du petit Balizy. Le ruisseau du Rouillon, de deux enjambées de large, s’appelait, il y a plusieurs siècles « ru lion », et était beaucoup plus important et plus capricieux qu’aujourd’hui. Il traverse la commanderie et a été canalisé par les moines, dans son cours actuel, avec des dalles de grès disposées tous les vingt à trente mètres, et barrant le lit dans toute sa largeur. Il y a ainsi une douzaine de déversoirs s’écoulant l’un dans l’autre, et servant probablement de viviers à poissons, ou à la culture du cresson. Il y avait un chemin pénétrant dans cette Commanderie venant de la route de Longjumeau, il y avait un gué, à deux cents mètres en aval des ponts, et il existe toujours à son débouché dans le hameau, et porte un nom curieux : chemin du chariot d’or. »

La route qui passe sur le pont
Supportant la route empierrée qui mène aujourd’hui le promeneur à pied au hameau neuf de Balizy répondant au nom de Clos de la Commanderie, le pont a été construit par les Templiers. Il suffit pour s’en convaincre de d’observer, à la base d’une des arches, la croix pattée gravée dans la pierre, parfaitement identifiable encore aujourd’hui. C’est aujourd’hui le pont le plus vieux d’Ile de France, et il fut classé Monument Historique en 1930. Il convient saluer ici avec reconnaissance le travail et le dévouement de MM. Pautet et Amaury et de leur équipe qui ont permis le défrichage du site et la remise en état du pont.

La croix templière de Balizy
Victor Chaudun, le fils de l’archéologue Albert Chaudun, le décrivait ainsi dans un article qu’il publia en 1950 :
« Ce pont, qui a été classé le 11 octobre 1930, grâce à M. Albert Chaudun, archéologue, mesure une quarantaine de mètres, comporte trois arches de style roman et, sous la plus grande, le Rouillon coule encore. C’est à la base de cette arche, qui forme un tunnel d’une vingtaine de mètres de long, que M. Chaudun découvrit une pierre sculptée de la croix de Jérusalem, symbole de l’Ordre du Temple. Cette croix pattée est très simple, gravée horizontalement et mesure 17 centimètres de long sur 13 centimètres et demi de haut. Sur le pont construit au XIIIe siècle par les Chevaliers du Temple, passe la route pavée menant de Longjumeau à la ferme du petit Balizy. Le ruisseau du Rouillon, de deux enjambées de large, s’appelait, il y a plusieurs siècles « ru lion », et était beaucoup plus important et plus capricieux qu’aujourd’hui. Il traverse la commanderie et a été canalisé par les moines, dans son cours actuel, avec des dalles de grès disposées tous les vingt à trente mètres, et barrant le lit dans toute sa largeur. Il y a ainsi une douzaine de déversoirs s’écoulant l’un dans l’autre, et servant probablement de viviers à poissons, ou à la culture du cresson. Il y avait un chemin pénétrant dans cette Commanderie venant de la route de Longjumeau, il y avait un gué, à deux cents mètres en aval des ponts, et il existe toujours à son débouché dans le hameau, et porte un nom curieux : chemin du chariot d’or. »

Le pont sur le Rouillon
L’architecture du pont est conforme aux techniques de l’époque, qui sont encore très proches de celles des Romains : arches voûtées en berceau, contrefort entre deux arches pour un meilleur maintien.

Les deux arches (en aval)
Trois arches se succèdent : une sous laquelle coule encore le Rouillon et deux arches jumelles qui sont barrées d’un côté par deux forts murets dont l’un est aujourd’hui endommagé. Ces deux murets servaient à contenir les eaux du Rouillon de façon à créer un étang de retenue. Un autre pont, de facture comparable mais moins spectaculaire, enjambe le Rouillon en amont. Le gué, en aval, a été réaménagé.

Vestiges de la maçonnerie des rives
De tels travaux de maçonnerie répondaient à un dessein précis. Il s’agissait en effet d’une véritable entreprise de domestication du cours de la rivière.

Le Rouillon canalisé
Tout le long de son cours, pour ce qui concerne la partie qui nous occupe, la rivière a été travaillée par la main de l’homme. Les berges ont été maçonnées et l’on en voit encore la trace en maints endroits. Le lit lui-même a été soigneusement étagé de façon à régulariser le cours et à créer une succession de bassins propres à l’élevage des truites. Au niveau du pont principal, la rivière ne passe pas sous l’arche double mais à l’écart, sous la voûte unique. En aval, les berges étaient maçonnées et il en subsiste des pans entiers, mais le lit proprement dit ne semble pas avoir été travaillé, ou du moins il n’en reste rien.

L’étang de la Commanderie
Les Templiers n’ont pas seulement domestiqué le cours de la rivière. Ils ont aussi pratiqué une dérivation à partir de son cours de manière à créer un étang artificiel.

Il est complètement à sec aujourd’hui, mais on en voit encore parfaitement la trace dans cette vaste cuvette qui vient buter sur le grand pont de Balizy, au niveau des deux arches. Les murets, dont l’un subsiste entier, faisaient en effet office de barrage de retenue. Les eaux du Rouillon remplissaient ainsi la cuvette ménagée dans le sol. Pour contenir une toujours possible montée des eaux, l’espace laissé libre entre les murets et les voûtes permettaient de libérer le flux qui rejoignait en aval du pont le cours de la rivière. La puissante maçonnerie des piles des arches jumelles étayées en outre par des contreforts ainsi que la longueur de ce couloir voûté qui passe sous la large route dallée laissent à imaginer la force que pouvait être amenée à exercer sur ce barrage l’énorme masse d’eau qui constituait l’étang.

L’ancien lac
On peut aujourd’hui s’y promener à pied sec, le traverser de part en part sans même se rendre compte du fait qu’autrefois l’espace était rempli d’eau.
Le Rouillon quant à lui poursuit son cours parallèle passe le pont sous l’arche qui lui est réservée, et s’en va rejoindre l’Yvette, au-delà de la maison de Balizy dont rien, hélas, ne subsiste plus.

La consommation du poisson
Toutes les commanderies d’Europe, en théorie du moins, ont possédé un étang. Réserve d’eau, mais surtout de poissons, l’étang fournissait une bonne part de la nourriture pour les Frères et sans doute aussi les hommes du Temple. Le poisson était en effet indispensable dans les temps de jeûne, et ils étaient nombreux. La Règle avait surtout codifié l’usage des viandes de boucherie ou du gibier, et on est surpris de constater que le mot « poisson » ne s’y trouve mentionné qu’une fois, au ch. 369 des Egards :
369. Et si le commandeur de la viande veut faire présent aux frères d’une chose, il doit le faire en commun. Et sachez que les frères ne doivent faire d’autres recherches de viande en dehors de celle que l’on donne à la communauté, si ce n’est des herbes des champs ou des poissons, s’ils savent les prendre par eux-mêmes, ou des bêtes sauvages s’ils savent les prendre sans chasser, de manière qu’ils n’enfreignent pas les commandements de la maison.

La Règle primitive semble a priori muette sur ce point, mais en réalité, la consommation du poisson se trouve évoquée au ch. 20 intitulé : « des mets du vendredi ».

20. Le vendredi, qu’il soit donné à toute la congrégation de la viande de carême, en révérence de la passion de Jésus-Christ. Nous demandons de jeûner de la fête de la Toussaint jusqu’à Pâques, sauf lorsque ce sera la fête de Noël, la fête de Notre-Dame ou la fête d’un des douze apôtres. Mais les frères faibles et malades ne sont pas tenus au jeûne. De Pâques à la Toussaint, ils peuvent manger deux fois par jour, à moins qu’il n’y ait un jeûne général.

Il faut savoir qu’en ce temps-là l’expression « viande de carême » désignait à la fois le poisson et les légumes. Voici ce qu’Emile Littré, le célèbre auteur du Dictionnaire, écrivait dans ses « Pathologies verbales ou Lésions de certains mots dans le cours de l’usage », ouvrage qu’il publia en 1880.

Viande
« La viande est pour nous la chair des animaux qu’on mange ; mais, en termes de chasseur, viander se dit d’un cerf qui va pâturer ; certes, le cerf pacifique ne va pas chercher une proie sanglante. Donc, dans viande, l’accident pathologique porte sur la violence faite à la signification naturelle et primitive. Dans la première moitié du dix-septième siècle, ce mot avait encore la plénitude de son acception, et signifiait tout ce qui sert comme aliment à entretenir la vie. En effet, il vient du latin vivendus, et ne peut, d’origine, avoir un sens restreint. Voyez ici combien, en certains cas, la destruction marche vite. En moins de cent cinquante ans, viande a perdu tout ce qui lui était propre. On ne serait plus compris à dire comme Malherbe, que la terre produit une diversité de viandes qui se succèdent selon les saisons, ou, comme Mme de Sévigné, en appelant viandes une salade de concombres et des cerneaux. Pour l’usage moderne, viande n’est plus que la chair des animaux de boucherie, ou de basse-cour, ou de chasse, que l’on sert sur les tables. Nous n’aurions certes pas l’approbation de nos aïeux, s’ils voyaient ce qu’on a fait de mots excellents, pleins d’acceptions étendues et fidèles à l’idée fondamentale. Vraiment, les barbares ne sont pas toujours ceux qu’on pense. »

Le travail des peaux
Dans le guide Joanne de la région, on pouvait lire : « On passe [...], en allant d’Epinay à Longjumeau, à Balisis, ancienne Commanderie de l’ordre de Malte, dépendance de Longjumeau, renommée pour son industrie et son commerce (tanneries, éducation d’abeilles, graines, farines, vins, fruits, bestiaux et cuirs). » On sait que le tannage des peaux exige à la fois des retenues d’eau et de l’eau courante. Les aménagements encore visibles le long du cours du Rouillon à la hauteur des terres de Balizy, ainsi que les mares qui, d’après un plan daté d’avant la Révolution, jouxtaient les bâtiments de la Commanderie, donnent à penser que les Templiers pratiquaient le tannage. Les cuirs étaient en effet indispensables à l’équipement des frères (ceintures, chaussures, étuis et fourreaux divers, sellerie...)

Procès des Templiers : Michel de Ballainvilliers, chevalier du Temple
Il n’existe à notre connaissance que deux mentions des Templiers de Balizy dans les archives. Elles se trouvent toutes deux dans les minutes du Procès de Paris et concernent la même personne, le chevalier Michel de Ballainvilliers.

La première intervient dans la brève déposition du frère Johannes de Vaubellant (Valle Bellaudi), de la commanderie du Mont-de-Soissons dans l’Aisne, telle qu’elle fut transcrite par le greffier du tribunal lors de sa comparution qui eut lieu le 7 novembre 1307 à Paris, soit moins d’un mois après l’arrestation.
(Michelet, Procès des Templiers, tome II, page 358-359).

Toutes les dépositions commencent par une sorte de déclaration d’identité : âge, lieu et date de réception, témoins. Johannes de Vaubellant âgé de 40 ans, a donc été reçu dans la chapelle du Mont-de-Soissons par le précepteur Nicolas de Saint Alban en présence de plusieurs frères. Il ne se souvient que de deux noms : Johannes de Villaribus et Michel de Ballainvilliers (Michæle de Balainviler), chevalier. La cérémonie eut lieu la veille de Noël 14 ans plus tôt, soit en 1293.

La seconde déposition eut lieu lors du grand procès, le lundi 15 février 1311 (Michelet, Procès des Templiers, tome I, page 550-554).
Plusieurs choses ont changé en 4 ans. Le nom est alors transcrit Vanbellant mais sans doute est-ce simplement dû à une erreur de lecture d’un des paléographes de l’équipe de Michelet. L’année de la réception connaît elle aussi une modification : elle aurait eu lieu, non plus 14 ans, mais 19 ans avant la déposition. Dans le premier cas, cela conduit à 1293, dans le second à 1292. La date, elle n’a pas changé : il s’agit toujours de la veille de Noël. Mais la nouveauté la plus importante tient à la mention concernant Michel de Ballainvilliers (Michæle de Ballaynvilier), déclaré alors comme décédé. Comme nombre d’autres Templiers, ce frère est donc mort en détention. On ne saura jamais si ce fut de vieillesse, de maladie, suite aux conditions de détention ou à la torture.

Michel de Ballainvilliers était-il un membre de la commanderie de Balizy en déplacement à Mont-de-Soissons à Noël 1292 ou 1293 ? Etait-il nommé ainsi seulement parce qu’il était originaire de Ballainvilliers et résidant à Mont-de-Soissons ? En l’absence d’autres documents, il est impossible de conclure sur ce point, mais il n’en reste pas moins que ce chevalier du Temple a connu, par la force des choses, la maison de Balizy auprès de laquelle et au sein de laquelle il a peut-être grandi. Il est aujourd’hui, à notre connaissance, l’unique lien humain qui nous relie à cette commanderie.

Bibliographie
Gérard Amaury : La Commanderie templière de Balisy, Association Renaissance et Culture, Section Histoire et archéologie, Ballainvilliers 1975. Les Templiers de Balizy
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