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Création de la Milice des pauvres chevaliers du Temple de Salomon

Origine et fondation de l'Ordre du Temple par Laurent Dailliez
Alexis Comnène se réjouit trop vite de l'arrivée des croisés francs. Il croyait les transformer en simples auxiliaires de l'Empire byzantin et leur faire comprendre que les territoires qu'ils traversaient, s'ils étaient aux mains des Turcs, avaient un maître en sa personne. Si le comte de Toulouse refusa de signer le serment à Alexis, tous les autres seigneurs le firent. Néanmoins, les troupes avancèrent vers Jérusalem. Les places turques tombèrent les unes après les autres : Iconum le 15 août 1097, Héraclée le 10 septembre, Césarée fin septembre. Après la chute de Marash, Antioche fut reprise en octobre 1097, alors que la Cilicie était entre les mains de Tancrède et de Baudoin. Le siège d'Antioche commença le 30 octobre 1097 et dura jusqu'au 3 juin 1098.

Malgré la prise du château de Harenc, la croisade piétina dans la région d'Antioche. Après une émeute, le 13 janvier 1099, les croisés, suivant la promesse de Raymond de Marra, levèrent le camp et partirent vers le sud. Arrivé dans la principauté d'Antioche, Raymond, voyant la richesse des terres, les fit stationner à nouveau. Les détachements provençaux occupèrent Maraclée et Tortose. Godefroy de Bouillon, à la tête des troupes wallonnes et flamandes, assiégea Jabala. D'autres troupes se regroupèrent aux environs d'Acre (Ptolemaïs).

Les Turcs perdirent Jérusalem le 26 août 1098, laissant la Ville Sainte entre les mains des Égyptiens. Ceux-ci, ne voulant pas abandonner cette conquête, proposèrent aux croisés d'accomplir leur pèlerinage en toute quiétude. L'offre fut refusée. Le 7 juin 1099, l'armée franque, avec ses quarante mille hommes, parmi lesquels il fallait compter vingt mille fantassins et seulement mille cinq cents cavaliers, commença un siège qui dura jusqu'au 14 juillet, date de l'assaut final. Le 15, Godefroy de Bouillon pénétrait dans la ville. Après cinq siècles d'occupation, la Ville Sainte était délivrée de l'emprise et du joug musulmans, et revenait, pour peu de temps d'ailleurs, entre les mains des chrétiens.

Bien qu'ayant refusé la couronne royale, Godefroy de Bouillon gouverna le nouveau royaume franc. Il fut remplacé par Baudouin Ier, comte d'Edesse, en 1100. Celui-ci reçut la couronne le jour de Noël 1100 des mains de Daimbert, patriarche de Jérusalem, à Bethléem. H. Claesener note que les rois de Jérusalem dateront leur règne du couronnement de Bethléem et non de celui de Jérusalem. Cette mention semble inconnue des historiens du Temple, qui datent de 1118 la fondation de l'Ordre. Malgré le couronnement d'un roi, le territoire ne comprenait encore qu'une étroite bande de terre longeant la côte méditerranéenne d'Antioche jusqu'à Jaffa. Au nord, avait été formé le comté d'Edesse ; au sud, le royaume se terminait en pointe de lance par le château de Montréal.

Les pèlerins affluaient encore plus nombreux. Les colons, encouragés par la politique d'expansion du roi de Jérusalem, s'installaient sur les nouvelles terres. Foucher de Chartres, le chapelain royal, rappelle comment les occidentaux se placèrent en Orient :
« Considérez et réfléchissez à l'intérieur de vous-mêmes, comment, en notre temps, Dieu a transformé l'Occident en Orient. Nous qui étions des occidentaux, nous sommes devenus des orientaux ; celui qui était romain ou franc est devenu ici un Galiléen ou un habitant de la Palestine, et celui qui demeurait à Chartres ou à Reims se voit citoyen de Tyr ou d'Antioche. Nous avons déjà oublié le lieu de notre naissance, déjà il est inconnu à plusieurs d'entre nous ou du moins nous n'en recevons plus de nouvelles. Tel d'entre nous possède déjà en ce pays des maisons et des serviteurs qui lui appartiennent par droit héréditaire, tel autre a épousé une femme qui n'est pas sa compatriote, une Syrienne, une Arménienne ou même une Sarrasine qui a reçu la grâce du baptême, tel autre a chez lui ou son gendre ou sa bru ou son beau-père ou son beau-fils ; celui-ci est entouré de ses neveux ou même de ses petits-neveux ; l'un cultive ses vignes, l'autre ses champs ; ils parlent diverses langues et sont déjà tous parvenus à s'entendre. Les idiomes les plus différents sont maintenant communs à l'une et à l'autre nation, et la confiance rapproche les races les plus éloignées. Il a été écrit, en effet : le lion et le boeuf mangeront au même râtelier. L'étranger est maintenant indigène, le pèlerin est devenu habitant. De jour en jour nos parents et nos proches nous viennent rejoindre ici, abandonnant les biens qu'ils possèdent en Occident. Ceux qui étaient pauvres dans leur pays, ici Dieu les a fait riches ; ceux qui n'avaient que peu d'écus possèdent ici un nombre infini de byzantins ; ceux qui n'avaient qu'une métairie, Dieu leur donne ici une ville. Pourquoi retournerait-il en Occident, celui qui trouve l'Orient si favorable ? »

La première croisade n'était plus qu'un souvenir. Si les colons étaient nombreux, les hommes d'armes étaient plus rares. Beaucoup avaient regagné leur pays ; les autres étaient vieux ou morts. La croisade de 1101 fut un désastre pour la Palestine. Plus de cent mille immigrants furent massacrés ou faits prisonniers. Selon Jacques de Vitry, « personne ne pouvait aller tranquillement visiter les Lieux-Saints car les brigands et les voleurs infestaient les chemins, surprenaient les pèlerins, en détroussaient un grand nombre et en massacraient beaucoup ».

Ainsi naquit l'Ordre du Temple. Son but primitif fut de protéger les pèlerins sur les routes. Sous l'influence d'Huges de Payens, d'origine champenoise, Geoffroy de Saint-Omer et quelques autres chevaliers bien intentionnés se réunirent en confrérie. Les documents antérieurs à l'Ordre permettant de dire que son fondateur était déjà d'un certain âge : à l'origine du Temple, il devait avoir cinquante-cinq ans. Quant aux pauvres chevaliers du Christ, la tradition n'a pas retenu les noms des premiers d'entre eux. Ils vécurent presque dans l'oubli jusqu'en 1126, date à laquelle Hugues de Champagne vint grossir les rangs de la Milice. Cela fit grand bruit et provoqua même la colère de saint Bernard.

Néanmoins une question se pose. Quelle est la date exacte de la fondation du Temple ? Les textes sont trop clairs pour ne pas en faire état. La tradition attribue celle de 1118. Selon Guillaume de Tyr, l'Ordre fut fondé l'année où Baudouin devint roi. Cette précision est juste, car il fut couronné roi de Jérusalem en 1119, dans l'église de Bethléem. Les textes de la Règle du Temple en font état lorsqu'ils relatent le procès-verbal de l'assemblée : « par les prières de Maître Hugues de Payens, sous lequel ladite chevalerie prit son commencement par la grâce du Saint-Esprit, ils s'assemblèrent à Troyes ; à la fête de Saint Hilaire en l'an de l'Incarnation de Jésus-Christ M et C et XXVIII, la neuvième année du début de ladite chevalerie ». Nous devons alors rétablir les faits. L'assemblée de Troyes eut lieu le 13 janvier 1128. Avec les textes diplomatiques et principalement l'acte de la donation du 1er octobre 1127, nous pouvons établir que l'Ordre du Temple fut fondé entre le 1er novembre 1119 et le 12 janvier 1120.

Le récit le plus complet, le plus objectif, que nous ayons sur les débuts du Temple est celui de Jacques de Vitry, dans son histoire de la Terre Sainte : « Certains chevaliers, aimés de Dieu et ordonnés à Son service, renoncèrent au monde et se consacrèrent au Christ. Par des voeux solennels, prononcés devant le patriarche de Jérusalem, ils s'engagèrent à défendre les pèlerins contre les brigands et ravisseurs, à protéger les chemins et à servir de chevalerie au souverain roi. Ils observèrent la pauvreté, la chasteté et l'obéissance, selon la règle des chanoines réguliers. Leurs chefs étaient deux hommes vénérables, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer. Au début, il n'y en avait que neuf qui prirent une décision si sainte et, pendant neuf ans, ils servirent en habits séculiers et se vêtirent de ce que les fidèles leur donnèrent en aumônes. Le roi, ses chevaliers et le seigneur Patriarche furent remplis de compassion pour ces nobles hommes qui avaient tout abandonné pour le Christ et leur donnèrent certaines propriétés et bénéfices pour subvenir à leurs besoins et pour les âmes des donateurs. Et, parce qu'ils n'avaient aucune église ou habitation qui leur appartînt, le roi les logea dans son palais, près du Temple du Seigneur. L'abbé et les chanoines réguliers du Temple leur donnèrent, pour les besoins de leur service, un terrain non loin du palais et, pour cette raison, on les appela, plus tard, les [Templiers] ».

Le chroniqueur cardinal poursuit sa dissertation avec précision : « En l'an de grâce 1128, après avoir demeuré neuf ans dans le palais, vivant ensemble dans la sainte pauvreté, selon leur profession, ils reçurent une Règle par les soins du pape Honorius et d'Etienne, patriarche de Jérusalem, et un habit blanc leur fut donné. Ceci fut fait au concile tenu à Troyes, sous la présidence du seigneur évêque d'Albano, légat apostolique, et en présence des archevêques de Reims et de Sens, des abbés de Cîteaux et de beaucoup d'autres prélats. Plus tard, au temps du pape Eugène, ils mirent la croix rouge sur leurs habits, portant le blanc comme emblème d'innocence et le rouge pour le martyre ».

Au moment du concile de Troyes, les chevaliers du Temple étaient plus nombreux qu'on ne l'a dit. Le recrutement se fit au long des années précédant la religieuse assemblée. Guillaume de Tyr note neuf chevaliers dont il nous donne certains noms. Il y joint André de Montbard, alors que celui-ci n'entre au Temple que vers 1140, et laisse de côté Hugues de Champagne, lequel était dans l'Ordre avant le concile. Durant la période du concile, nous avons quatre frères connus en Terre Sainte, mais il serait bizarre qu'Hugues de Payens n'ait laissé là-bas que trois ou quatre chevaliers. Cela se confirme par les mentions diverses de noms de Templiers durant cette époque. On en compte selon les textes officiels, quinze. Il devait bien en rester d'autres !

Dès 1126, le fondateur vint en France. Pour recruter et pour donner à son institution une base solide, reconnue par l'autorité ecclésiastique, les princes et les seigneurs.

Le séjour en France d'Hugues et de ses compagnons doit se situer entre 1127 et 1130, période la plus inconnue de l'Ordre, ou tout au moins la plus délaissée dans les études. Cependant, grâce aux actes, elle permet de faire la liaison entre le concile de Troyes et le traité de saint Bernard. Jusqu'à la mort d'Hugues de Payens, le 24 mai 1136, cette période semble favorable aux Templiers, malgré la nouveauté d'association entre la vie religieuse et la vie militaire. Assurément, et on le comprend, la fondation de l'Ordre n'était pas sans inquiéter les contemporains et saint Bernard lui-même. Cela défavorisa, avouons-le, du moins dans certaines régions, les débuts de l'institution.

Né vers 1092 au château de Fontaines-les-Dijon, Bernard se trouvait allié aux plus grandes familles de Bourgogne et de Champagne. Par sa mère Aleth, il descendait des anciens comtes de Bar-sur-Seine, et par son père il était parent des Grands de Bourgogne. Chez les chanoines de Châtillon, le jeune seigneur acquit les principales règles de la rhétorique en étudiant les auteurs classiques. En avril 1112, il entra au monastère de Cîteaux, fondé en 1098, avec une trentaine de compagnons, parents et amis. Sous la houlette d'Etienne Harding, le jeune moine se formera aux exigences de la vie monastique et, en 1115, il deviendra le premier abbé de la troisième fille de Cîteaux : Clairvaux. L'abbé donna un grand essor à son Ordre, dont il ne fut jamais le supérieur. A sa mort, Clairvaux avait fondé 61 abbayes.

Durant les 38 ans de son abbatiat, Bernard eut des contacts avec Cluny, les monastères bénédictins non clunisiens, les ermites et les groupements d'ermites, les chanoines réguliers, les Prémontrés, la société civile. A travers les croisades et les différents entre les rois et les empereurs, il eut aussi un rôle politique. Mais quels furent exactement ses rapports avec le Temple ?

Les chevaliers, sous la protection de Baudouin II, de Garimond patriarche de Jérusalem et de son successeur Etienne de la Ferté, vinrent en partie sur la terre de France pour y recruter. De la Palestine, il est fort probable que le Maître se rendit à Rome afin d'obtenir une entrevue avec le pape Honorius II. Cet entretien fut, sans aucun doute, à l'origine du concile de Troyes. Puis de Rome, Hugues de Payens rejoignit aussitôt son fils Thibaud. La chronique de Sainte Colombe précise cette généalogie : « Thibaud de Payens, fils d'Hugues, premier Maître du Temple à Jérusalem ».

Le Grand-Maître du Temple rencontra partout de la sympathie et de l'admiration. Thibaud de Blois avait hérité des biens du comte de Champagne lorsque celui-ci était entré au Temple. Ce retournement du comte était dû à divers soupçons contre son épouse, accusée d'infidélité. De ce fait, Eudes de Champagne ne fut pas l'héritier légitime ; ce fut Thibaud, le neveu, le comte de Champagne ayant refusé de reconnaître son fils comme enfant légitime.

Le 13 janvier 1128, les chevaliers du Temple étaient à Troyes où s'ouvrait le concile qui allait examiner et confirmer la Règle de l'Ordre. Douze évêques, quatre abbés mitres bénédictins, quatre cisterciens et quelques laïcs assistaient le légat.

Saint Bernard et les cisterciens ne semblent pas être pour beaucoup dans les débuts du Temple. Cela s'explique par l'inimitié de l'abbé de Clairvaux vis-à-vis du Temple.

L'opinion communément admise veut que ce soit l'abbé de Clairvaux lui-même qui ait écrit la Règle du Temple. Michelet, Dupuy, la Chronique de Belgique, Polydon Virgile, Guillaume de Tyr même, la lui attribue.

Les manuscrits de la Règle du Temple, en liaison avec Jacques de Vitry, ne signalent aucunement la rédaction du texte par saint Bernard. La lettre d'Hugues de Payens, conservée à la bibliothèque de Nîmes, n'est que le reflet de cette opinion. D'ailleurs, selon le texte lui-même, une fois qu'Hugues de Payens eut exposé les statuts, le but et la fin de son Ordre, « les prélats approuvèrent de cette Règle ce qui leur semblait le plus sage et en retranchèrent ce qui leur semblait absurde, laissant à la discrétion du pape Honorius et d'Etienne de la Ferté, patriarche de Jérusalem, le soin d'achever cette oeuvre incomplète ».

Après cette discussion Jean Michel, « par l'ordre du concile et celui de saint Bernard à qui ce soin avait été confié [donc il refusa d'écrire la Règle], mérita, par la grâce divine, d'en être l'humble écrivain ».
Que penser alors ?
Saint Bernard ne semble pas avoir eu à travailler sur le texte. C'était pour lui un cas de conscience. L'hésitation est sensible et ne se traduit que par une explication nette en vertu du droit canon et de la méconnaissance totale de l'Ordre pour lequel il doit écrire.
Malgré l'incitation à la défense active de la Terre Sainte contre les ennemis de la foi, l'action de l'abbé fut pratiquement nulle.

Il paraît impensable que saint Bernard ait écrit la règle d'un ordre dont il déclare lui-même ne pas connaître les principes de base.
Et puis, il ne semble pas avoir éprouvé de sentiments particuliers envers les Templiers et les fondations religieuses de Palestine.
Ne regrette-t-il pas l'entrée de son oncle, André, dans la Milice ?

Dans une lettre au pape, demandant une bénédiction et datée de 1141, il déclare : « Il est mon parent, et, selon l'avis du prophète, je n'ai pas dû mépriser mon propre sang ».
Mais quelle rancoeur sentons-nous !

La première Règle du Temple relate surtout les observances religieuses, car les pauvres chevaliers du Christ avaient suivi la règle de saint Augustin. Celle élaborée du concile se rapproche de cette règle.

Elle s'ouvre sur le procès-verbal du concile. Soixante-douze articles, se subdivisant en plusieurs parties, font suite à ce prologue.

Les sept premiers ont trait à la vie religieuse de l'Ordre. Son rituel, dirions-nous. L'office était entendu debout ou à genoux, avec beaucoup de dévotion. Si les affaires de la maison les empêchaient d'y assister, ils devaient réciter pour matines treize patenôtres, pour vêpres neuf et pour les autres heures sept. Lorsqu'un frère mourait, un office et une messe solennelle étaient célébrés pour le repos de son âme ; chaque frère récitait cent oraisons dominicales et pendant quarante jours un pauvre devait être nourri à la place du défunt. Les chevaliers laïcs, servant Dieu et le Temple pendant un temps, participaient eux aussi aux privilèges spirituels de l'Ordre. A la mort de l'un d'eux, les frères devaient alors trente patenôtres et un pauvre devait être nourri pendant sept jours. Les chapelains qui servaient le Temple « ad tempus » avaient droit aux vêtements, au vivres, mais ne pouvaient pas prélever sur les aumônes et les offrandes faites à l'Ordre. On remarque que le Temple n'a pas encore de chapelain à son service, les chapelains sont seulement à temps.

Les onze articles suivants concernent la vie quotidienne. Les frères prenaient leurs repas dans le réfectoire commun, en silence, écoutant une leçon généralement tirée de l'Écriture Sainte. On servait de la viande trois fois par semaine, le mardi, le jeudi et le dimanche. Les frères chevaliers recevaient, ce jour-là, double part, tandis que les sergents et les écuyers se contentaient de la ration ordinaire. Seul le vin était servi en égalité. Les autres jours de la semaine, le menu comportait deux ou trois mets de légumes ou de purée. Le vendredi, du poisson. Le carême était observé de la Toussaint jusqu'à Pâques, excepté les jours de fêtes : Noël, les fêtes de Notre-Dame et des Apôtres. Après le repas, les frères rendaient grâce et le reste du pain était donné aux pauvres. Le soir, une collation était servie selon le jugement et la discrétion du Maître. Mais après les compiles, le silence était de rigueur, sauf en cas de grande nécessité militaire ou pour les besoins urgents de la maison. Les frères fatigués étaient dispensés des matines, avec l'accord du Maître, mais devaient dans ce cas dire treize patenôtres dans le lit (sic). La vie commune est obligatoire pour tous.

Le texte s'intéresse ensuite au vêtement. Les robes seront d'une couleur identique, unie : blanc, noir ou brun. Dessus, les frères porteront un manteau blanc. Les pelisses, les fourrures sont bannies, sauf les peaux de moutons et d'agneaux. Les vêtements usagés seront donnés aux écuyers. Les frères porteront la barbe et la moustache et les souliers n'auront ni pointes ni lacets. Au dortoir, chacun aura son lit, avec une paillasse, un drap, un traversin et une couverture de laine. Le Templier se couchait vêtu d'une chemise et d'un caleçon ; une lumière devait brûler toute la nuit.

Avant d'aborder la discipline et les codes hiérarchiques, la Règle traite des chevaux et des armures. Le Templier pouvait avoir trois bêtes et un écuyer. La simplicité et la pauvreté étaient de rigueur : pas d'étriers et de mors en or ou en argent. Dans le cas d'un cadeau et que l'armure soit dorée, il fallait la peindre. Tout était étudié jusque dans les plus petits détails. Ainsi, dans le cas où un chevalier laïc s'engageait à temps, on notait le prix de son cheval afin de lui restituer la moitié de sa valeur à son départ ; pour leur part, les écuyers et les sergents étaient obligés de verser des arrhes pour le respect de leur engagement vis-à-vis de la maison.

L'obéissance au Maître était passive. Les frères se confessaient des fautes commises contre la Règle afin de recevoir une pénitence proportionnée à la gravité de l'acte. On remarquera, dans la transcription française de la Règle et de son complément, la sagesse des pénitences.

Les derniers articles sont très divers et ne comportent pas de suite. Les frères ne peuvent avoir en leur possession ni malles ni sacs à serrure. Ils ne peuvent pas recevoir de lettres de leurs parents ni d'autres personnes sans permission ; dans ce dernier cas, elles seront lues devant le Maître. On demande ensuite la plus grande humilité, de ne pas se faire orgueil des péchés et des vaines folies faites alors que les frères étaient encore dans le siècle. Ils ne peuvent garder de cadeaux, même ceux de leurs parents. Ils sont dans l'obligation de les remettre au Maître ou au Sénéchal. La chasse est interdite sauf celle du lion. L'infirmier doit faire preuve de charité et d'égards pour les malades et les vieillards...

On se rend compte, à la lecture des articles de cette première Règle, que les frères acceptèrent, dès le début de l'Ordre, des chevaliers, des sergents et écuyers mariés, qu'ils associaient à la maison. Les frères « in tempore » ne recevaient pas l'habit blanc. S'ils mouraient avant leur femme, la moitié de leurs biens revenait à l'Ordre. Des soeurs ne pourront être reçues au Temple. Cette clause ne paraît nullement avoir été respectée ni prise à la lettre, car, tout au long de leur courte histoire, les Templiers acceptèrent des femmes en qualité d'oblates ou de données et même de véritables moniales comme nous le verrons en Espagne.

Les frères du Temple ne peuvent pas avoir de relations avec les excommuniés, mais, par contre, ils peuvent recevoir des aumônes de personnes interdites.

Les articles suivants règlent la vie gouvernementale de l'Ordre en général. Le Chapitre est l'autorité suprême de l'Ordre. Les frères qui y assistent doivent garder le secret sur ce qui est dit.
Ne voit-on pas encore, de nos jours, les moines tenir des chapitres en dehors des religieux qui n'ont pas prononcé des voeux ?

Celui qui désire devenir frère du Temple en fait la demande par-devant le Chapitre, sous la présidence du Maître. Après avoir entendu le texte de la Règle, le néophyte entre au noviciat dont la durée est fixée par le Maître lui-même, en général un an, suivant le code de Droit Canon.

La Règle du concile de Troyes, en dehors de quelques données militaires sans grande importance, est avant tout la législation d'une communauté religieuse. Les transformations futures, à partir de 1157, ne seront apportées qu'en vertu de l'expérience et de l'influence de l'Ordre. Le code disciplinaire sera modifié au XIIIe siècle et, dans les textes qui suivront, de nombreux exemples seront cités, exemples d'une grande importance qui permettront de mieux connaître le rôle de l'Ordre. L'expérience des Templiers se manifeste, néanmoins, dans la première Règle. Si les Pères du concile font état des chevaliers laïcs admis à partager leur vie avec les frères, et cela pendant un certain temps, c'est que sûrement il y eut des exemples. D'ailleurs, ne voyons-nous pas Foulques d'Anjou faire le pèlerinage en Terre Sainte où il servit comme « confrère du Temple ».

Que dire du cas d'Alfonso Ier d'Aragon qui légua à chacun des trois Ordres [Temple, Saint-Jean de Jérusalem et Saint-Sépulcre] un tiers de son royaume, par un testament rédigé en 1131, moins de quatre ans après le concile.

Il en est de même du roi du Portugal, Alfonso Henriques qui se dit lui-même frère du Temple, de Raymond Bérenger IV d'Aragon et de bien d'autres seigneurs encore.

Toutefois on remarque déjà que l'autorité de l'Ordre n'est pas le Maître, mais le Chapitre. Dès les débuts, le Maître n'a qu'un pouvoir représentatif, toute l'autorité réside dans l'assemblée des frères.

Cette ordonnance n'est peut-être pas très explicite dans le texte latin, mais elle prendra une très grande importance dans la règle française.

Durant quelques années encore, les Templiers erreront dans les pays occidentaux, établissant des contacts, faisant connaître leur genre de vie et recueillant dons et aumônes pour l'oeuvre de Terre Sainte.
Sources : Texte de Laurent Dailliez - Les Templiers ces Inconnus - Editions Jules Tallandier - 1972

Régine Pernoud


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