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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

Ville d'Antioche
Antioche-Gertrude-BellVille de Syrie du Nord, sur l'Oronte, à 22 kilomètres de la côte, ancienne fondation séleucide, Antioche devint au 1er siècle avant Jésus-Christ la plus importante cité romaine d'Asie. Ville commerçante, Antioche était aussi un centre intellectuel et théologique important. C'est là que les disciples de Jésus furent appelés pour la première fois « chrétiens », et Antioche joua un grand rôle dans l'expansion du christianisme en Orient. Attaquée et pillée à plusieurs reprises par les Perses, elle fut reconstruite par Justinien (527-565). Conquise par les Arabes en 637 ou 638, elle constitua, dans les premiers siècles de l'occupation musulmane, un point fort dans l'organisation de la défense des frontières. Reprenant l'offensive contre les Arabes, les Byzantins s'emparèrent à nouveau d'Antioche en 969 et la conservèrent jusqu'en 1084, date à laquelle elle tomba entre les mains des Seldjoukides. Aussi, lorsque les Francs de la première croisade arrivèrent à Constantinople, l'empereur Alexis Comnène leur fit jurer de lui rendre la ville une fois qu'ils l'auraient conquise. Après un siège long et pénible, la ville fut prise par les croisés le 28 juin 1098 et remise au Normand Bohémond.

Étagée sur le mont Silpius, Antioche était entourée de jardins, ceinte d'une muraille de plus de 12 kilomètres et dominée par une citadelle édifiée au Xe siècle. Elle comprenait de nombreuses églises, telle la cathédrale Saint-Pierre où furent enterrés les princes et les patriarches latins. Siège d'un évêché arménien, d'un patriarcat grec et d'un patriarcat jacobite avant l'arrivée des Francs, elle vit alors remplacer le patriarche grec par un patriarche latin, mais ceux-ci autorisèrent à certaines époques un patriarche grec à se réinstaller à Antioche.

La vie politique à Antioche dans la première moitié du XIIe siècle fut marquée par les conflits avec les musulmans de Syrie du Nord et par les tentatives de Byzance pour faire reconnaître sa suzeraineté. A partir de 1146, le prince Raymond d'Antioche dut faire face à la contre-offensive musulmane menée par Nûr al-Din et, en 1188, lorsque Saladin conquit un grand nombre de places fortes de Syrie du Nord, la ville même d'Antioche fut menacée. Mais une trêve fut conclue et, après la mort de Saladin, les conflits avec les Ayyoubides se firent rares alors que la tension s'accroissait considérablement avec le royaume arménien de Cilicie. En 1193, alors que Bohémond III était retenu prisonnier par Léon II, prince de Petite-Arménie, les habitants d'Antioche, pour se défendre, proclamèrent la commune. En 1201, après la mort de Bohémond III, Léon II de Petite-Arménie et Bohémond IV de Tripoli s'opposèrent pour la possession d'Antioche. Bohémond IV finit par l'emporter en 1219 et réunit ainsi les deux États d'Antioche et de Tripoli. Avec Bohémond V (1233-1251) puis Bohémond VI (1251-1275), Antioche s'affaiblit et, sous l'influence du roi de Petite-Arménie, choisit le camp des Mongols. En 1268, le sultan Baybars s'empara de la ville et massacra la population pour la punir de son alliance avec les Mongols. Sous les Mamelouks, elle ne fut plus qu'une localité sans grande importance.
Sources : Anne-Marie Eddé - Dictionnaire encyclopédique du Moyen-âge — Editions du Cerf — Paris, 1997.

 

Antioche chrétienne
Antioche gravure Musulmane Antioche fut évangélisée d'abord par des chrétiens de Jérusalem dispersés par la persécution qui suivit la mort d'Étienne (Actes des Apôtres, XI, 19-20). Paul et Barnabé y séjournèrent toute une année (env. 43). C'est à Antioche que les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens (Actes, XI, 26), vraisemblablement un sobriquet dont les affublèrent les païens. Antioche est le point d'attache de Paul et le centre de ses missions ; il y revient à chacun de ses voyages (Actes, XII, 25 ; XIII, 1-3 ; XIV, 26-27 ; XV, 25). Antioche devint ainsi le centre du christianisme helléniste (par opposition à Jérusalem, qui reste le centre des chrétiens d'origine juive) et le foyer de l'expansion du christianisme en Orient, aussi bien vers la Cilicie ou l'Asie que vers la Syrie et la Mésopotamie. Si rien ne permet d'assurer que « l'autre lieu » où se rend Pierre après sa délivrance miraculeuse (Actes, XII, 17) soit Antioche, Pierre y est certainement vers 48-49 (Gal., II, 2-11 : l'incident d'Antioche). Une ancienne tradition, dont la liturgie avait conservé le souvenir, fait de lui le premier évêque d'Antioche (Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, XXXVI, 2).

Parmi les évêques d'Antioche dans les premiers siècles, on retiendra les noms de saint Ignace, martyr à Rome vers 107 (Lettres), de saint Théophile, auteur vers 180 d'une apologie A Autolycus, de Paul de Samosate et d'Eustathe, qui prit part au concile de Nicée (325) et fut un nicéen convaincu. Le sixième canon du concile de Nicée confirme la préséance et les privilèges de l'évêque d'Antioche, après ceux de Rome et d'Alexandrie. Les remous de la crise arienne troublèrent longtemps l'Église d'Antioche. Plusieurs synodes se tinrent à Antioche : en 341, le synode dit « des Encænies » (dédicace de la basilique) rédigea un symbole qui passait sous silence le terme de consubstantiel (omoousiov), défini à Nicée. Après 361, Antioche eut en même temps trois évêques, un arien et deux catholiques : Mélèce, que soutenait l'Orient (saint Basile), et Paulin, reconnu par Rome (le pape Damase) et Alexandrie. Le « schisme d'Antioche » dura jusqu'en 415. Lors de la crise nestorienne, l'évêque Jean d'Antioche prit à Éphèse le parti de Nestorius (431), mais en 433 il se désolidarisa de lui en même temps qu'il se ralliait à Cyrille d'Alexandrie. Au VIe siècle, Antioche connut des patriarches monophysites (Pierre le Foulon, Sévère), et la majeure partie de la population adhéra au monophysisme (jacobites), sans doute par opposition à la politique du basileus de Constantinople. Actuellement Antioche est le siège d'un patriarche grec-uni (en résidence à Alep), d'un patriarche syrien jacobite, d'un patriarche syrien-uni et d'un patriarche maronite.

Les nombreuses églises connues par les textes anciens ont disparu sans laisser de traces, ou gisent encore sous terre. On a identifié au-delà de l'Oronte les ruines de deux basiliques. Le calice d'Antioche, en argent ciselé, découvert en 1910, date vraisemblablement du Ve ou du VIe siècle. On y voit sur les rameaux d'une vigne les figures assises du Christ et des apôtres.
Sources : 1995 Encyclopædia Universalis France S.A. Tous droits de propriété intellectuelle et industrielle réservés.

 

L'école d'Antioche
Antioche ReproductionAntioche devint rapidement un centre intellectuel et théologique important, aux caractéristiques bien marquées. Après l'apologiste saint Théophile, le premier théologien antiochien que nous connaissions est Paul de Samosate (évêque à partir de 260 environ). Dans l'état actuel de nos sources, il est difficile de reconstituer avec certitude l'enseignement de ce personnage, au demeurant assez étrange. Il semble avoir considéré le Christ comme un homme, adopté par Dieu ; il représenterait déjà la tendance rationaliste qu'on reprochera à la tradition antiochienne. Vigoureusement contré par le prêtre Malchion, « un sophiste savant, chef de l'enseignement de la rhétorique dans les écoles helléniques » (Eusèbe, Hist. eccl ., VII, XXIX), il fut condamné et déposé par deux synodes successifs (264-265, 268-269).

Au début du IVe siècle, saint Lucien, prêtre martyrisé sous Dioclétien (312), est un savant exégète, auteur d'une recension de la Bible grecque (Septante) et du Nouveau Testament : il pose par là les bases de la critique biblique, qui sera une caractéristique de l'exégèse antiochienne. D'autre part, les premiers ariens se réclameront de lui, sa théologie semble en effet avoir été subordinatienne : le Verbe (Logov) est inférieur au Père.

Mais c'est la fin du IVe siècle et la première moitié du Ve siècle qui verront la période la plus brillante de l'« école d'Antioche ». Entendons par là non pas une institution universitaire, ni même une école catéchétique analogue à celle d'Alexandrie, mais une tradition intellectuelle et spirituelle, un esprit et une méthode, qui vont marquer une génération d'exégètes et de théologiens. Tout au plus peut-on retenir que Diodore rassemble autour de lui, dans un monastère qui est en même temps un centre d'études (aokctcrioi), des disciples, dont quelques-uns furent très grands : Théodore de Mopsueste, saint Jean Chrysostome et peut-être aussi Théodoret.
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Le choix des implantations
Antioche Situation L'urbanisation résulte aussi de la nécessité d'établir ou d'affermir un contrôle politique gréco-macédonien, puis romain, sur un immense domaine, peuplé de non-Grecs dont la majorité ne sera jamais assimilée et d'en exploiter les ressources. À cet égard, c'est un phénomène nouveau, la conquête débordant de loin le terrain effectivement occupé. Alexandre installe par milliers des mercenaires grecs et les invalides de son armée dans les cités qu'il crée sur le plateau iranien et en Asie Centrale : en Arachosie (au sud de l'Hindou Kouch, région de Kandahar), en Bactriane (vallée de l'Oxus [Amou-Darya] et de ses affluents), en Margiane (vallée de Murgh-Ab, Merv), en Sogdiane (vallées du Zérafchan avec Samarcande, de l'Iaxarte [Syr-Darya] avec Alexandrie des Confins [Eschatè ], actuelle Khodjend/Leninabab), etc. Les rives égéennes étaient alors assez riches en hommes pour que les rangs de ces colons fussent fournis ; les ressources agricoles et minérales de la Bactriane, les facilités qu'elle offre au commerce permirent à l'hellénisme de s'y enraciner et d'y prospérer, bien loin de la mer Égée et des oliviers. Peut-on apprécier d'ailleurs le dépaysement qu'éprouvèrent ces hommes ? Comme l'Ionie familière, les vastes oasis d'Asie Centrale leur offraient le charme de plantureux vergers. Bien que nous sachions peu de chose de la manière dont ils s'administraient, nous voyons qu'ils transportèrent là leur culte d'un héros fondateur, les plaisirs du théâtre et les maximes de la sagesse delphique...

L'étude des implantations montre comment les exilés se souvenaient de leur patrie sur des sites étrangers. La Syrie du Nord, aux premiers temps de la conquête, vit se dessiner une « nouvelle Macédoine », avec une autre Béroia, une autre Pella, une autre Édesse, avec des régions aux noms identiques, Piérie, Bottiaia (ce dernier appliqué au même type de paysage, des bas-fonds fertiles, en Macédoine à l'ouest de l'Axios, en Syrie autour du lac Amyké)... Certaines de ces villes étaient importantes depuis des millénaires (Béroia/Alep ou Édesse/Osrhoé). Leurs nouveaux fondateurs ont cherché et souligné les analogies, peu évidentes à nos yeux, entre paysages syriens et gréco-macédoniens. Un lexicographe du VIe siècle après J.-C., Étienne de Byzance, se fait l'écho lointain de leur nostalgie, à propos d'Édesse d'Osrhoène « ainsi appelée à cause de ses eaux courantes » (Édesse de Macédoine est célèbre par ses cascades). Ces analogies peuvent d'ailleurs être de divers ordres ; Pella de Syrie du Nord se trouvait dans une région de grand élevage bovin comme son aînée de Macédoine ; son territoire est arrosé par l'Oronte qui, dans cette partie de son cours, a reçu le nom d'Axios. D'autres régions, comme celle du golfe Persique, offrent des cas semblables.

Certaines de ces appellations furent éclipsées ensuite par des noms dynastiques, notamment chez les Séleucides, installés en Asie sur un énorme domaine à l'unité incertaine et difficile à contrôler. Après être devenu, en 301, le maître d'un pays que sa descendance devait gouverner près de deux siècles et demi, le premier d'entre eux, Séleucos Nicator, créa en Syrie du Nord quatre cités de grand avenir, les « villes sœurs », Séleucie, Antioche (d'après le père de Séleucos, Antiochos), Apamée (d'après son épouse, Apama) et Laodicée (d'après sa mère, Laodice). Elles ont fixé les centres de la Syrie antique jusqu'à l'islam. À une époque où tout grand pouvoir était forcément méditerranéen, le général vainqueur a choisi une zone, en contact facile à la fois avec la mer et avec la riche et fidèle Babylonie, qu'on appela « Syrie séleucide » tellement sa marque y fut profonde.

Antioche et Apamée exploitent deux plaines fertiles, abritées par des massifs montagneux qui défendent leur approche et offrent des sites de piémont à fortifier. D'autre part, sur une côte inhospitalière, alors que la plupart des ports phéniciens étaient aux mains de son rival Ptolémée, Séleucos fit creuser deux bassins artificiels, à Séleucie et à Laodicée : Laodicée (aujourd'hui Lattakié) fournissait à Apamée un débouché maritime indépendant de la phénicienne Arados ; Séleucie donnait toute sa valeur à la route de l'Oronte, qui paradoxalement n'avait pas jusque-là d'accès à la mer (l'estuaire du fleuve étant mal abrité et dangereux). Leur évolution ne fut pas tout à fait celle qu'avait prévue leur fondateur, qui privilégiait Séleucie, alors que ce fut Antioche qui eut la plus grande prospérité ; il n'empêche qu'un millénaire d'histoire de la Syrie a été modelé par le sens politique d'un général macédonien et grâce à la compétence de ses ingénieurs.

Le fils et successeur de Séleucos, Antiochos Ier, est attentif à la vallée du Méandre, fertile, bien hellénisée, voie d'accès vers l'intérieur de l'Asie Mineure et vers la côte sud. Aux sources du fleuve (qui commandent un carrefour routier), il refonde Kélainai, vieille capitale phrygienne et résidence satrapale au temps des Achéménides (avant Alexandre), et l'appelle Apamée (dite « de Phrygie »), plaçant une ville où l'élément iranien restait important sous le patronage de sa mère, la princesse bactrienne Apama (le bourg qui avait précédé Apamée de Syrie devait avoir aussi un caractère iranien, à en juger par son nom ancien, Pharnaké). Dans la vallée, la même dynastie impose ses noms à Antioche du Méandre, à Nysa ; aux alentours, à Stratonicée de Carie, Apollonia de la Salbaké, Antioche de Pisidie... Les habitants de cette dernière cité, à l'intérieur du plateau anatolien, sont des colons de Magnésie du Méandre (sur le cours inférieur du fleuve), ce qui souligne une unité régionale fondée sur des routes et non seulement sur un bassin fluvial.

Antiochos Ier, agissant avant son avènement comme lieutenant de son père Séleucos, dut veiller sur les marches orientales de leur domaine, ravagées par des envahisseurs nomades venus du nord-est. Il restaure la domination macédonienne dans la contrée à partir de 294 puis refonde et rebaptise des Alexandrie qui deviennent Antioche « de Margiane » et « de Scythie » (ex-Alexandrie des Confins). Pour y renforcer l'élément grec, le roi organise ou relance une immigration en provenance de la vallée du Méandre, notamment de Magnésie, d'où est originaire la famille du futur roi gréco-bactrien Euthydème Ier, et sans doute de Milet. Mégasthène, ambassadeur de Séleucos auprès du roi indien (maurya) Tchandragoupta et auteur d'une étude sur l'Inde qui fit autorité, était probablement l'un de ces colons venus de l'Ionie jusqu'au cœur de l'Asie pour y prospérer pendant un siècle et demi. Ces installations n'auraient pas pu réussir et durer sans l'appui d'une partie au moins de l'ancienne aristocratie achéménide. Pendant des siècles, les héritiers d'Alexandre continuent à fonder des villes, même en l'absence de conquêtes nouvelles. Les luttes entre les diadoques, puis entre les royaumes hellénistiques et entre ceux-ci et Rome, expliquent largement cette activité. On trouve ainsi, dans les hautes plaines en arrière de la côte égéenne de l'Anatolie, gardant les passages entre les montagnes, un chapelet de colonies macédoniennes. Ces soldats paysans, fiers de leurs origines, protègent les cités grecques du royaume de Pergame contre les chapardages des tribus indigènes, mysiennes, qui gardent leurs troupeaux dans les pâturages plus à l'est et s'abritent dans des villages perchés. Au IIe siècle avant J.-C., lorsque Aristonicos se révolte contre le legs du royaume de Pergame aux Romains et prend le nom de règne d'Eumène III, sans pouvoir jamais occuper sa « capitale » Pergame, le bastion de sa résistance est constitué par les villes de Thyateira (en plaine), d'Apollonis et de Stratonicée du Caïque (en position forte). Le prétendant (tué en 130) reçoit l'appui de ces « mysomacédoniens ». Quant aux indigènes qui vivent plus à l'intérieur du pays, ils ne forment à leur tour des cités qu'à partir de la période romaine (Ier s. av. J.-C.). Leur assimilation très progressive se laisse dater d'après les noms reçus à cette occasion par les villages des « brigands » : Julia Gordos, Julia Ankyra en Mysie Abbaïtide, Tibériopolis en Phrygie. Pour Julia Gordos, la région a bénéficié du sens politique d'un chef de bande et prêtre d'un dieu local (c'est une source de revenus et d'autorité), nommé Cléon, à l'époque des guerres entre Antoine et Octave : il sut rallier au bon moment le parti vainqueur et en obtint, outre des terres, une autre prêtrise lucrative ; il est vrai qu'elle lui fut attribuée, peut-être avec intention, fort loin de ses montagnes. L'urbanisation, relative (les nouveaux citadins restent sans doute des paysans), se conjugue ici aux besoins de la police intérieure des États.

Les préoccupations des fondateurs apparaissent donc multiples, stratégiques et politiques, commerciales, agricoles. Il faut y ajouter le souci de gloire personnelle du souverain qui répand son nom et souvent honore son pays natal, notamment, sous l'Empire romain, lorsqu'il est d'origine provinciale (Philippe l'Arabe crée Philippopolis [Chahba] dans le Hauran et Justinien, Justiniana Prima dans l'Illyricum — peut-être Caricin Grad en Serbie). Il peut même, exceptionnellement, honorer ainsi son favori (Hadrien confère le nom d'Hadrianeia à la patrie d'Antinoos, Bithynion, aujourd'hui Bolu en Turquie, et établit en Égypte la cité grecque d'Antinooupolis, à l'endroit où ce beau garçon s'était noyé). Au total, pendant toute l'Antiquité, la fondation d'une ville est un acte courant. Comme le dit un esclave de comédie nommé Gripus (« Crochu »), qui rêve tout éveillé : « Quand je serai devenu un illustre personnage, je fortifierai une vaste cité ; cette ville, je lui donnerai pour nom Gripus, monument de ma gloire et de mes exploits, car j'y fonderai un grand empire » (Plaute, Rudens, v. 934 sqq., vers 200 av. J.-C., d'après un original grec du IIIe siècle).
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Principauté d'Antioche
Templiers.netL'une des principautés de l'Orient latin né de la Première Croisade, organisée par Bohémond Ier de Tarente autour de la place d'Antioche, l'une des plus importantes villes musulmanes, prise par les Francs le 2 juin 1098, après un siège de près de huit mois. La principauté, et en particulier le port de Lattaquié, fut l'objet d'une âpre compétition entre Bohémond et les Byzantins. En l'absence de Bohémond, prisonnier des musulmans, puis volontairement exilé en Europe pour y chercher d'illusoires renforts, la principauté fut énergiquement gouvernée par son neveu Tancrède, qui lui succéda lorsqu'il mourut en 1111 ; puis, en 1112, par Roger de Salerne, qui étendit son protectorat jusque sur la principauté musulmane d'Alep.

Antioche, après la mort de Roger, en 1119, ne cessa de connaître les difficultés nées des rivalités politiques intérieures autant que de la menace turque. L'arbitrage imposé par les rois de Jérusalem, voire la régence que s'arrogèrent le roi Baudouin II et le roi Foulques, sauvegardèrent cependant la principauté jusqu'à l'avènement de Raymond de Poitiers, qui épousa en 1136 l'héritière de Bohémond II, la jeune Constance. Soumise à la menace des Byzantins, qui assiégèrent la ville en 1137 et firent reconnaître leur suzeraineté par Raymond, à celle des Turcs de l'atabeg Zengi, maître d'Alep, qui occupa rapidement toutes les terres à l'est de l'Oronte, la principauté d'Antioche fut momentanément soulagée par la Deuxième Croisade, qu'avait provoquée la chute du comté d'Édesse en 1144 ; mais les dissentiments entre les chrétiens, avivés par les relations suspectes qu'entretenait Raymond avec sa nièce, la reine de France Aliénor d'Aquitaine, conduisirent les croisés à abandonner l'idée d'une attaque contre Alep et à se diriger vers Jérusalem, laissant Antioche dans une situation extrêmement précaire (1148). Celle-ci dura cependant plus d'un siècle, pendant lequel la place joua un rôle essentiel dans les échanges économiques entre l'Orient asiatique et l'Europe. L'importance des colonies marchandes italiennes fut, en particulier, l'un des facteurs originaux de la vie politique à Antioche.

La principauté ne put résister, au milieu du XIIIe siècle, à la pression exercée par les mamelouks d'Égypte, déjà vainqueurs de Saint Louis en Égypte même. Antioche tomba en 1268.
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