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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

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Le Comté d'Edesse
Cette principauté compta moins d'un demi-siècle d'existence, et, au milieu d'un état de guerre permanent, n'eut jamais de frontières bien définies. Elle s'étendait sur les régions qui forment aujourd'hui les pachaliks de Malatia, de Séverek, d'Orfa, de Marasch et d'Aïntab.

Sur la rive gauche de l'Euphrate, cette principauté comprenait toute la région avoisinant Mardïn, le territoire d'Edesse, le district de Tell-Gouran, celui de Tela, la province nommée par Aboulfaradj (1) et les historiens arabes Schaabaktan, qui s'étendait au sud d'Edesse, ainsi que tout le district de Saroudj, dont la fertilité était célèbre depuis les temps les plus reculés.
1. Aboulfaradj. Chroniques syriac, page 313.

Les comtes d'Edesse poussaient alors leurs incursions dans le Diarbékr jusqu'à Amida et Nisibïn. Les habitants de Rakka, de Harran et de Rabbah communiquaient à grande peine, et les Musulmans terrifiés n'avaient plus que la route du désert pour gagner Damas.

Excepté Alep, Hamah, Emesse et Damas, villes tributaires des Francs, les Arabes ne possédaient presque plus rien en Syrie. Les Francs partageaient les récoltes de la campagne d'Alep.

Voici en quels termes Aboulfaradj parle dans sa chronique des possessions des Francs à la date de l'année 1129 : «  Hoc tempore, Francis, a Mardena et Schabachtana usque ad Arischam, iu confinio Egypti sitam, omnia subjecta erant. »

Les princes de la maison de Courtenay établirent leur résidence à Turbessel, sur la rive droite de l'Euphrate, et firent administrer les villes et les districts par des châtelains et des vicomtes, se bornant à occuper les forteresses et à lever les impôts sur les populations syriennes, arméniennes et musulmanes adonnées à l'agriculture.

L'immigration latine paraît avoir été peu nombreuse dans cette principauté, qui semble avoir gardé presque intacte son administration byzantine, et où domina, toujours l'élément syrien jacobite, que dirigeait le patriarche syrien d'Antioche, résidant au couvent de Saint-Barsauma, situé près de Gargar.

Aboulfaradj dit dans sa Chronique syrienne (page 334) qu'en 1138, au moment du siège d'Edesse, la plupart des défenseurs de cette ville étaient des Arméniens et des Syriens jacobites, les Francs n'y étant qu'en très petit nombre.

Hatab et Tulupe, Coris ou Coricie, Ravendal, Samosate, Bir et Sororgie en étaient les principaux fiefs.

De nombreux châteaux couvraient le pays en assurant, tout à la fois, la possession et la défense. Je ne citerai ici que les plus importantes de ces forteresses : Gargar, Rabban ou Gaban, Choros, Gakta, Bir, Tell-Gouran, Roum-Kalah, Hosn-Mansour, Tell-Khaled, etc., etc.

Cette principauté comptait quatre sièges archiépiscopaux du rite latin, Edesse, Tulupe, Coricie et Geruble.

Le patriarche syrien jacobite d'Antioche résidait, comme je l'ai dit tout à l'heure, dans la principauté d'Edesse, au monastère de Barsauma.

Edesse, Marès, Mélitène, Gargar, Samosate et Sororgie étaient les sièges d'évêchés de ce rite, qui comptait, dans le comté d'Edesse, ses deux monastères les plus importants, Mar-Barsauma et Bared.

L'archevêque arménien d'Edesse avait pour suffragants les évêques arméniens de Mélitène, de Gaban et de Gargar.

A la suite de la chute de cette principauté, Rom-Kalah devint la résidence des Catholicos ou patriarche de l'Eglise d'Arménie.

Il faut encore rattacher au territoire de la principauté d'Edesse plusieurs cantons des environs d'Alep qui furent un moment, possédés par les Francs et servirent, parfois, de théâtre aux luttes des princes de la maison de Courtenay, contre les Turcomans et les Atabeks de Mossoul et de Damas.

Le Boustan-en-Noukra s'étendait au nord et au nord-ouest d'Alep, entre cette ville et Hazart.

Le Ouady Boutnan est le nom sous lequel on trouve désignée, par les historiens arabes du moyen âge, la vallée fertile et peu profonde arrosée par le Nahar-ed-Dahab (Rivière d'Or), qui, après avoir pris sa source un peu au sud de Membedj, vient se perdre dans le grand lac salé de Djabboul.

Cette vallée comptait un grand nombre de bourgades et formait un des cantons les plus riches du territoire d'Alep.

C'est là que se voient les ruines des villes de Bozâa, d'El-Bab, de Deir-el-Hafer, qui jouèrent un rôle assez important dans les combats dont cette contrée fut le théâtre pendant la première moitié du douzième siècle.

Au sud-est du Ouady Boutnan, vers Baalis, s'étendait encore un district du territoire d'Alep nommé El-Fadja.

Le Djebel-es-Soummak, petit mouvement de terrain voisin des ruines de Kenesserïn (Chalcis), et qui, au nord-ouest, se prolonge jusqu'à Zerdana, donnait son nom à un canton passant, au moyen âge, pour un des plus fertiles et des mieux cultivés de la Syrie.

Le district nommé Djebel-Ahass, l'un des cantons les plus considérables de la partie sud-est du territoire d'Alep, était en partie montueux, et son site se retrouve facilement dans la chaîne de collines nommées Djebel-el-Haas, formant au sud et à l'ouest le bassin du grand lac salé de Djabboul. La bourgade principale de ce canton était Khanâssera; cette localité était fortifiée.

Le roi Baudouin II s'en étant rendu maître, au mois de septembre 1121, fit enlever les portes du château, qui furent transportées à Antioche. C'étaient, selon toutes apparences, de ces portes en fer forgé, ornées d'inscriptions couffiques, comme on en voit encore au château d'Alep et à celui de Bir-ed-jik.

J'ai dit, en commençant, que, sur la rive gauche de l'Euphrate, le comté d'Edesse comprenait encore la plus grande partie de la province du Schaabaktan, s'étendant au sud du territoire de Mardïn et qui, d'après Ibn-el-Athier (1), tirait son nom d'un groupe de collines s'élevant entre Harran et Ras-el-Aïn. Les Francs possédaient dans cette province les villes et forteresses de Bir, Saroudj, Djomoleïn, El-Moezzer ou Mausarah, El-Koradi, Sïn-ibn-O'tair, et en 1131, Jocelin II, comte d'Edesse, prit et détruisit une forteresse de cette région qui portait elle-même le nom de Schaabaktan (2).
1. Historiens arabes des Croisades, tome II, pages 33-119.
2. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, pages 317.


C'est dans cette principauté que résidait, dans la forteresse de Roum-Kalah, le Catholicos des Arméniens. Des sièges épiscopaux de ce rite existaient alors à Mélitène, à Gaban, à Gargar et à Samosate.

Le rite syrien jacobite comptait dans ce comté les évêchés d'Edesse, de Mélitène, d'Urima, de Samosate, de Turbessel, de Gargar et de Sororgie.

C'était au monastère de Mar Barsauma, près de Gargar, que le patriarche jacobite d'Antioche avait sa résidence habituelle.

ABIhÆ ou ABHEI (Mar), monastère jacobite creusé dans l'escarpement des rochers, au bord de l'Euphrate, près de Gargar (3), où il se voit encore, et qui fut pillé par l'émir Ifa en 1138. La Chronique ecclésiastique, d'Aboulfaradj nous a conservé les noms de deux archimandrites de ce monastère.
3. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, page 328.

ANATABA (4), château mentionné, avec Hazart, dans la chronique d'Aboulfaradj, et où se retirèrent, en 1150, les chevaliers francs qui occupaient la forteresse de Gogsoun (Coxon) quand cette ville tomba au pouvoir des Musulmans.
Cette forteresse me semble devoir être la même chose qu'Aïntab.
4. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, page 345.

ASTARED ou ESTARED (1), château de Mésopotamie, enlevé aux Francs par Nour-ed-din en 1144.
1. Vilken. Mémoires, page 81.

AURASCH, bourgade arménienne située sur le Singus, au sud-ouest de Samosate, et qui fut, en 1123, le théâtre d'une bataille perdue par le roi Baudouin II (2).
2. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 133.

BAB, ville du Ouady Boutnan, souvent mentionnée avec Bozâa, aujourd'hui El-Bab.

BABULA, forteresse enlevée aux Francs par Zengui, en 1149 (3).
3. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, page 343.

BAR SAUMA (couvent de Saint) ou Mar-Barsauma (4), résidence du patriarche syrien jacobite, titulaire d'Antioche, situé au bord de l'Euphrate, non loin de Gargar, et à une journée de Gakta. Aboulfaradj (5) donne une description assez détaillée de ce monastère, qui joua un rôle important au temps de la domination franque à Edesse. Il était bâti sur un rocher dans lequel une partie de ses dépendances avaient été creusées.
4. Historiens arabes des Croisades, tome I, pages 163, 309, 345.
5. Aboulfaradj. Chroniques Ecclésiastiques Editions Abloos, page 470.


BARE (Baré) ou HOSN-EL-BAREII, château de la principauté d'Edesse (6), non loin de Tulupe, pris par Nour-ed-din en 1151.
6. Historiens arabes des Croisades, tome I, page 481.

BARZMAN ou PH'ARZEMAN, ville voisine d'Hatab et de Marès, enlevée au comte Joscelin II, par Nour-ed-din (7).
7. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 165.

BEBOU (8), château voisin de Gargar. Ses ruines portent encore le même nom.
8. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 140.

BEHESNE ou BEHESDIN, place forte de l'Euphratese, entre Gaban et Heusn-Mansour, plus tard, elle fit partie du royaume de la Petite-Arménie, et demeura entre les mains des chrétiens jusqu'en 1267 (9). Cette ville porte encore de nos jours le même nom, et est habitée par deux cent soixante-dix familles. Le château, aujourd'hui ruiné, s'élève au sommet d'un rocher escarpé en forme de piton, dominant la plaine.
9. Historiens arméniens des Croisades, tome I, pages 108-179-375-657.

BILE ou BIR, aujourd'hui Bir-ed-jik sur l'Euphrate, fut donné en fief, vers 1117, par Joscelin Ier, comte d'Edesse, à Valeran, son cousin (1). Cette place fut rendue au prince de Mardïn, en 1145, à la suite de la prise d'Edesse par les Musulmans. On y voit encore les restes d'une importante forteresse.
1. Guillaume de Tyr. Livre XII, chapitre 17. Historiens arméniens, tome I, page 117.

La ville possède une enceinte flanquée de tours, à l'extrémité nord de laquelle, au sommet d'une colline de 180 pieds de haut environ, s'élève la forteresse. La base des murs est garnie de gigantesques talus en maçonnerie, percés de trois étages de meurtrières. Ce magnifique ouvrage, désigné, par les Arabes, sous le nom de Kalaat Beïda, a résisté aux tremblements de terre. On y remarque une jolie église transformée en mosquée, et une citerne de proportions colossales. Ce château possède quatre étages de magasins superposés.

BORDJ-ER-RASSAS (2), château possédé par Joscelin d'Edesse, et qui paraît avoir été situé à l'ouest de Turbessel, entre cette forteresse et Hatab; il fut pris par Nour-ed-din en 1149.
2. Historiens arabes des Croisades, tome I, pages 29-481.

BOZAA, ville du Ouady Boutnan, voisine de El-Bab (3). Cette place, après avoir été prise par les Grecs et les Francs, paraît avoir été remise à Joscelin d'Edesse, qui la conserva peu de temps. Nicetas la nomme Pizâa. C'est aujourd'hui un des villages les plus importants de la vallée du Nahar-ed-Dahab.
3. De Guignes. Histoire des Huns, tome III, 2e partie, page 139.

CAFERSOUD ou KAFRZOUD (4), village du territoire d'Alep possédé par Joscelin d'Edesse, et qui fut pris par Nour-ed-din en 1151.
4. Historiens arabes des Croisades, tome I, page 481.

CASA (1), château mentionné par Aboulfaradj comme enlevé aux Francs par Mesoud.
1. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, page 329.

CAUCABA (2), château très voisin d'Edesse, où se réfugièrent, en novembre 1146, les fantassins qui avaient accompagné le comte Joscelin II, après la reprise de cette ville par Nour-ed-din.
1. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, page 332.

CISEMBURG (3), casal voisin de Turbessel, donné, à l'Hôpital, en 1149, par le prince Raymond d'Antioche, aujourd'hui Zembour.
3. Codices Diplomatic, tome I, nº 20, page 27.

CORICE (4), ville archiépiscopale s'élevant sur les ruines de l'antique métropole de la Cyrresthique. Ce lieu est aujourd'hui nommé Koros, ou Eurup-Peschember, et se retrouve sur la rive droite du Nahar-el-Afrïn.
Cette ville formait, avec Tulupe, un des fiefs les plus considérables de la principauté d'Edesse. Son château est bâti sur une colline escarpée, à l'angle sud-ouest de la ville antique, dans les ruines de laquelle on signale les restes d'un stade, d'un théâtre, d'une basilique, etc.
4. Edrisi, tome II, page 139.

COXON (5), place forte de la Petite-Arménie, qui paraît avoir appartenu, un moment, à la principauté d'Edesse, aujourd'hui Gogsoun.
Cette ville était, au douzième siècle, le siège d'un évêché syrien jacobite (6).
5. Historiens arabes des Croisades, tome I, page 31.
6. Aboulfaradj. Chroniques syriennes, page 344.


DCHOULMAN (7), château de la principauté d'Edesse, qui s'identifie avec le village moderne de Dcholman.
7. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 96.

DIAR-HAFER (8), bourgade située dans le Ouady Boutnan, dévastée par Joscelin d'Edesse, en 1123. Cette localité se retrouve dans le village de Deir-Hafer, au nord-est de Djabboul.
8. Kamal-ed-Din. Ap. Rhoricht, page 276.

DJABBOUL (1), village du même canton, qui donne son nom à un grand lac salé dans lequel vient se jeter le Nahar-ed-Dahab ; ce bourg porte encore le même nom. Il fut également occupé en 1123 par le comte d'Edesse.
1. Kamal-ed-Din. Histoire d'Alep. Ap. Rhoricht, 276.

DJOMOLIN ou DJEMLIN-AL-MANSOUR (2), château de la région nommée le Chaabakhtan; c'est le même que Tell-Mouzen.
2. Historiens arabes des Croisades, tome I, pages 26, 442-443.

DJOUZ (3), château et bourgade placés entre Hatab et l'Euphrate et qui furent pris par Nour-ed-din en 1151.
3. Historiens arabes des Croisades, page 481.

DOLOUC, voyez Tulupe.
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Edesse ou Rohas
ORFA, nom moderne de la Rohas de l'antiquité et de l'Edesse des Croisades, est située sur les bords du Kara-Tchaï, le Scyrtus des anciens, aux pieds d'un massif de collines appelées le Top-Dag, désignées au moyen âge sous le nom de Montagne Sainte d'Edesse, à cause des nombreux monastères qui y avaient été bâtis, et que l'on voyait au loin dominant la contrée environnante. Les noms de quelques-uns de ces établissements nous sont parvenus; ce sont ceux de Mar-Salibo ou Beth-Yehidoye, de la Sainte-Mère de Dieu, nommé aussi Beth-Aksenoye, servant d'hospice aux étrangers. Enfin, ceux de Mar-Barbara, de Mar-Yakoub, de Mar-Serkis et de Mar-Ephrem (4). On sait que les moines de plusieurs de ces monastères prirent part à la défense d'Edesse contre Zenghi en 1144.
4. Zotemberg. Catalogue manuscrit syriac. Bibliothèque nationale, pages 14-19.

Le château dominant Edesse, est bâti sur un contrefort de ces montagnes. La ville s'élève au milieu de vastes jardins, sur un terrain légèrement incliné vers l'est.

Les restes de plusieurs églises datant de l'époque byzantine et de l'occupation franque, qui ont été transformées en mosquées, s'y voient encore.

D'après le colonel Chesney, Orfa compte environ 28,000 âmes.

Les bazars, en partie couverts, sont vastes et bien approvisionnés.

Cette ville a un assez grand commerce de transit. Elle possède plusieurs khans, une vingtaine de bains, cinq grandes mosquées et deux Medresseh. Elle est aussi le siège de deux évêchés, l'un jacobite et l'autre arménien. Ses rues sont étroites et sinueuses, comme celles de la plupart des villes d'Orient.

La population d'Edesse ne comprenait, au douzième siècle, qu'un petit nombre de Latins, et consistait surtout en Arméniens et en Syriens jacobites ou nestoriens. C'est dans cette principauté que le rite syrien jacobite avait son principal centre, au monastère de Mar-Barsauma.

Edesse avait un archevêque latin et était, à cette époque, le siège de prélats syriens, arméniens et jacobites.

Nous savons par les historiens latins et orientaux du moyen âge que les principales églises d'Edesse étaient celles des Saints-Apôtres, de Saint-Jean, de Sainte-Sophie, de Saint-Thoros, aux Arméniens, et des Saints-Confesseurs, aux Jacobites.

A la suite de la prise de cette ville par les Musulmans, ces derniers renversèrent la plupart des édifices dont elle était ornée. On trouvait alors dans les jardins, aux abords immédiats de la ville, les églises de Saint-Cosme, ou Mar-Kouzma, de Mar-Damian ou Saint-Damien, Mar-Serkis et le Martyrium des Saints-Confesseurs (1).
1. Josué le Stylite. Chroniques, page 53.

L'église des Quarante-Martyrs fut changée en mosquée et prit le nom d'Oglou Djami. Son clocher sert aujour-d'hui de minaret, et l'une des faces de la mosquée est formée par le côté sud de l'ancienne église.

Celle de Saint-Thoros, bâtie non loin de l'église de la Vierge, et près du rempart occidental de cette ville, fut également transformée en mosquée.

Celle de Sainte-Sophie, qui se voyait dans le quartier des Syriens, fut entièrement détruite.

De tous les édifices sacrés existant à Edesse, au temps des princes de la maison de Courtenay, il n'en reste que deux en la possession des chrétiens.

Le premier est l'église de la Vierge, aux Arméniens ; c'était un des monuments les plus anciens de la ville, D'après la Chronique syrienne, de Josué le Stylite, l'eunuque Urbicus l'aurait fait élever à ses frais dans le cours du cinquième siècle. Mais elle a été rebâtie presque entièrement en 1817. Au temps de la domination franque, elle contenait un tombeau qui passait pour celui de l'apôtre saint Thomas.

L'autre est l'église des saints Apôtres Pierre et Paul et sert aujourd'hui de cathédrale aux Syriens.

Les murailles d'Edesse, contemporaines de celles d'Antioche, et offrant une grande analogie avec ces dernières, présentent encore, aujourd'hui, un coup d'oeil imposant. Elles sont flanquées de tours carrées et barlongues assez rapprochées. Ces remparts, bâtis en pierres de moyen appareil, mesurent deux mètres et demi d'épaisseur, sur dix à douze d'élévation, dans les parties où ils ont conservé leur couronnement.

Les ouvrages avancés, précédant jadis l'enceinte, et qui sont mentionnés par Procope dans sa relation du siège d'Edesse, ont complètement disparu. Ils furent, selon toute apparence, détruits au moyen âge.

Quatre portes ouvertes dans les murailles donnent, aujourd'hui, accès dans la ville ; ce sont, au nord, la porte de Samosate, à l'est, la porte nommée Yeni Capou ou porte du Sérail, et la porte de Harran, enfin, au sud-ouest, la porte du Bey, près de l'Aïn-Rohas.

D'après Cahen de Cirbied, les murs d'Edesse auraient jadis été percés de six portes, trois vers le nord, savoir la porte de Samosate, celle du Palais, et celle dite des Lions ; au sud-est, celle de Harran ; au sud-ouest, celle du Prince, aujourd'hui Bey Capou, et enfin, à l'ouest, la porte du lac, située près de l'Aïn Rohas, et murée, dit l'auteur que je cite, depuis la reprise d'Edesse par les Arabes.

Ce dernier détail ne saurait nous laisser aucun doute sur son identité avec celle que les historiens arméniens des Croisades désignent sous le nom de porte des Eaux, et par laquelle Joscelin II pénétra dans la ville en 1146, au moment de sa tentative pour reprendre Edesse. Une coupure récente dans la muraille, non loin de l'Aïn Rohas, marque l'emplacement de cette porte, dont elle a pris le nom.

Le château est le premier édifice qui attire le regard du voyageur arrivant à Orfa. Construit sur une colline d'un relief de quatre-vingt-dix mètres environ, il en occupe tout le sommet.

Sa forme est rectangulaire. Il mesure à peu près 400 mètres de longueur, sur 100 de largeur; il est défendu par quinze saillants barlongs et deux maîtresses tours semi-octogonales du genre de celles que les Byzantins désignent sous le nom de (qpoupà).

Pour élever cette forteresse, Justinien avait fait raser le sommet de la colline. Des fossés avaient été creusés en avant des murs sur les trois faces du château regardant les dehors de la place. Ces fossés ne sont pas ce qu'il y a de moins remarquable dans cette immense ouvrage, dont les murailles ont un développement de 992 mètres. Ils sont taillés dans le roc vif et ont jusqu'à 31 mètres de large ; leur développement est de plus de 600 mètres de long. Quant à la profondeur, on peut l'estimer, en moyenne, à 12 mètres environ.

Une tour fort élevée formait le donjon de cette forteresse, elle fut détruite, en 1235, par le sultan Ala-ed-din-Kaïkobar, quand il se rendit maître d'Edesse après un siège de quatre mois (1).
1. Bayer. Histoire d'Edesse, page 334.

Deux portes donnent accès dans le château : une vers le nord, au pied de la maîtresse tour, à laquelle aboutit la rampe qui met la ville en communication avec la forteresse, et l'autre, percée à l'extrémité occidentale du château, ouvrait sur la campagne. Elle paraît avoir été précédée d'un pont jeté sur le fossé.

Du terre-plein de cette forteresse, le regard embrasse un horizon étendu, la ville en forme le premier plan, couronnée des coupoles et des minarets de ses mosquées, ainsi que de la masse imposante des khans de Goumrouk et de Koulah Oglou.

Avec sa ceinture de jardins, Orfa, vue de ce point, n'est pas sans analogie avec Damas, vue des hauteurs de Salahieh.

Ici, tous les édifices sont construits en pierres disposées par assises alternatives de calcaire et de basalte, ce qui ajoute beaucoup à l'effet pittoresque. Le plan des habitations est semblable à celui des maisons d'Alep et de Damas. C'est une cour centrale pavée de marbre, autour de laquelle s'ouvrent des salles et des divans décorés de toutes les richesses de l'art arabe. Ces maisons ont des puits fort profonds, mais elles reçoivent également les eaux de deux grands aqueducs souterrains, paraissant remonter à l'époque du Bas-Empire.

Vers l'ouest, les murailles s'élèvent sur un terrain de remblais, qui pourrait bien n'être autre chose que le terrassement dont parle Procope, et que Justinien fit exécuter pour abriter la ville, en même temps qu'il faisait détourner le cours du Scyrtus, dont les eaux cessèrent alors d'être à redouter pour les habitants d'Edesse, le nouveau lit du fleuve ayant été creusé dans la plaine, assez en contre-bas de la ville.

Cette partie des murs d'Edesse présente certaines traces de restaurations ; on y voit plusieurs ouvertures en arcs brisés, et le parapet qui la couronne est muni d'échauguettes en pierre. Il ne subsiste plus que peu de vestiges du palais des princes de Courtenay, cet édifice occupait l'emplacement du sérail actuel bâti, à la fin du dix-septième siècle, par Ahmed-Oglou pacha.

Ces princes, d'ailleurs, résidèrent rarement à Edesse. Cette ville semble être demeurée essentiellement byzantine, et les Francs n'y furent jamais qu'en très petit nombre, comparativement à sa population indigène.

Les nombreuses saignées faites au Kara-Tchaï, pour arroser les vastes jardins et les vergers au milieu desquels il coule, paraissent avoir déplacé plusieurs fois le lit de ce cours d'eau depuis le cinquième siècle. Les eaux du Kara-Tchaï ne sont pas seules à arroser la ville et ses jardins. L'antique source de Rohas, la fontaine Callirohé, en fait toujours l'ornement. Elle sort de terre près de l'Ibrahim Djami, mosquée principale d'Orfa, située presque au pied de la colline du château. Ses eaux remplissent un vaste bassin nommé Birket-Ibrahim. Entouré d'une margelle de pierre, il peut avoir soixante-quinze mètres de long sur une vingtaine de large.

Les nombreux poissons qu'on y trouve passent pour sacrés aux yeux des habitants de la ville, tant chrétiens que musulmans.

Un second bassin appelé Aïn-Zelkah par les Turcs, et Ghenatz-Agh par les Arméniens, est alimenté par une source moins abondante. Il se voit entre le château et la fontaine dont je viens de parler.

Ces deux sources sont si rapprochées, que plusieurs écrivains les ont confondues en une seule ; elles sont entourées d'arbres magnifiques. On y remarquait surtout, il y a quelques années, des platanes gigantesques. Sur la pente de la colline que couronne le château, se trouve un cimetière musulman nommé Ibrahim-el-Khalil. Les deux fontaines réunissent bientôt leurs eaux, et après avoir traversé un quartier de la ville, où elles font tourner plusieurs moulins, le ruisseau qu'elles forment va, dans les jardins, rejoindre le Kara-Tchaï, avec lequel il se confond.

L'Ibrahim-Djami (Mosquée d'Abraham) s'élève au bord du Birket-el-Khalil. C'est la plus importante d'Orfa; elle est précédée d'une vaste cour entourée de portiques, et est ombragée de magnifiques cyprès. Buckingham, qui réussit à y pénétrer lors de son passage dans cette ville, pense que c'est une ancienne église byzantine restaurée au temps de la domination franque.

Des couvents qui, alors, entouraient Edesse, il n'en subsiste plus qu'un seul, celui de Saint-Serge (Mar-Serkis), appartenant aux Arméniens.

GABAN (1), ville épiscopale et forteresse importante bâtie dans le Taurus, sur un affluent du fleuve Djyhoun, aujourd'hui Geiben.
1. Historiens arméniens des Croisades, tome I, pages 154-483-656, etc., etc.

GADIR (2), casal voisin de Turbessel, donné à l'Hôpital, en 1149, par le prince Raymond d'Antioche.
2. Codique diplomatique, tome I. page 27.

GAKTHA (3), ville et château, au bord de l'Euphrate, possédés par Joscelin II, aujourd'hui Kiakteh.
3. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 342.

GARGAR (4), place forte de l'Euphratese, donnée à Joscelin II en 1138 par le prince arménien Michel. C'était non loin de cette forteresse que s'élevait le célèbre couvent de Saint-Barsauma, résidence du patriarche des Syriens jacobites. Cette ville possédait deux évêchés, l'un syrien jacobite et l'autre arménien.
4. Historiens arméniens des Croisades, pages 36-133-342-515.

Le site de Gargar et son château se retrouvent dans la bourgade moderne, nommée Kerker, bâtie au sommet d'une montagne semblant inaccessible ; d'après Karl Ritter, son altitude, au-dessus de la mer, est de 742 mètres.

L'assiette de cette forteresse est séparée des crêtes environnantes par un fossé taillé dans le roc vif comme à Sahioun; la pile du pont a été également ici ménagée dans la masse. Un pont en bois qu'elle soutient conduit aujourd'hui à la porte ogivale, surmontée d'une inscription arabe, par laquelle on pénètre dans le château, qui est presque complètement ruiné; trois arcs doubleaux soutiennent la voûte du vestibule.

Une trentaine de maisons, habitées par des kurdes, s'élèvent au milieu des décombres. Ce château paraît avoir été édifié sur les fondements d'une forteresse antique, et le Dr. Ainsworth, qui visita Gargar en 1838, signale une inscription grecque du moyen âge, gravée sur le rocher, aux pieds des murs.
Aboulfaradj désigne, dans sa chronique, les montagnes voisines de Gargar sous le nom de Esta.

GERAPLE (Géraple) (1), ville archiépiscopale de cette principauté, a été, jusqu'à présent, confondue avec Hiérapolis (Membej). Je suis très porté à croire que c'est plutôt dans les ruines de la ville nommée dans l'antiquité Jerabolos, où se voient encore les restes d'une église et d'un château du moyen âge et qui se rencontrent sur la rive droite de l'Euphrate, entre l'embouchure du Sadjour et Kalaat-en-Nedjem, qu'il faut rechercher le site de Géraple ou Gérable.
1. Guillaume de Tyr. Editions Didot, tome I, page 789.

GUBA (2), ville épiscopale placée au bord de l'Euphrate, vers Gargar, et dont le territoire est cité par Aboulfaradj dans ses chroniques; d'après les textes, cette ville semble avoir été sur la rive gauche du fleuve, en face de Gargar.
2. Aboulfaradj. Chroniques syrienne, page 307.

GOURIS, ou KOURES, ou CHOROS, forteresse située sur une montagne, au nord-est de Samosate, et portant encore le même nom (3). Ce château fut pris par Nour-ed-din, en 1151. (Voyez Kars'z, page 317.)
3. Aboulfaradj. Chroniques syrienne, page 345.

HATAB (4), nommé aujourd'hui Aïntab. Cette ville formait alors, avec Tulupe, un des grands fiefs de cette principauté. Une forteresse assez considérable s'élève à l'extrémité de la ville sur une colline qui semble artificielle, ou, tout au moins, retaillée de main d'homme.
4. Guillaume de Tyr. Livre XVII, chapitre 17. Historiens arabes des Croisades, tome I, pages 138-143-136-164-183.

HEUSN-MANSOUR (1), forteresse à l'ouest de l'Euphrate, entre Samosate et Behesni, nommée aujourd'hui Adiaman. La ville est bâtie autour de la colline artificielle au sommet de laquelle était construit le château dont on ne trouve plus aujourd'hui que les substructions. La cité était entourée de murailles pourvues de fossés et percées de trois portes, le château avait une double enceinte.
1. Wilken. Mémoires, pages 84-108-342-614.

HIZAN (Tell), château de Mésopotamie, enlevé aux Francs en 1144, par Nour-ed-din (2).
2. Wilken. Mémoires, page 80.

KANDETHIL (3), bourgade de la principauté d'Edesse qui s'identifie avec le village ruiné du même nom, qui se trouve à six heures de l'est-sud-est de Bir.
3. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 96.

KARS'Z (4), château possédé par Joscelin II d'Edesse, et mentionné, par Hammer, au nombre de ceux que prit Nour-ed-din, en 1151. Ce château me paraît pouvoir être identifié avec la forteresse de Choros, au nord-est de Samosate. (Voyez page 315, Gouris)
4. Hammer. Histoire des Bathéniens, page 156. — Saint-Martin, tome I, page 194. — Aboulfaradj, Chroniques Syriennes page 274-294.

KORADI ou TELL-KARAD (5), château de Mésopotamie, enlevé aux Francs, en 1145, par Zenghi.
5. Historiens arabes des Croisades, tome II, page 119.

MACORA (6), ville du territoire de Mélitène, et qui est appelée aujourd'hui Masr.
6. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 449-616.

MARES (Marès), aujourd'hui Marasch, chef-lieu du pachalik de ce nom; fut un des grands fiefs de la principauté d'Edesse. Ses seigneurs ont fourni un chapitre aux familles d'Outre-Mer.

La ville est bâtie en amphithéâtre sur les pentes sud de l'Akhour-Dag, et voit s'étendre à ses pieds l'immense plaine nommée Cheker-Ovassi, arrosée par l'Erkenès-Sou. Deux ruisseaux descendus de la montagne traversent la ville et se réunissent au pied du château pour aller se jeter bientôt dans un des affluents de la rivière nommée Erkenès-Sou.

Le château de Marasch est assez bien conservé; il couronne une colline située au milieu de la ville, il est de construction byzantine; affecte la forme d'un trapèze et est flanqué de tours carrées.

Un passage de la Chronique de Michel le Syrien donne à penser que Marès n'était point entouré de murailles et qu'elle n'était défendue que par le château.

MEGNIG (1), localité voisine d'Edesse, où se livra, en 1084, une bataille célèbre.
1. Bibliothèque arménienne des Croisades, tome I, page 183.

MELITENE (Mélitène) (2) était la ville la plus septentrionale de la principauté. Le prince arménien Gabriel en avait fait hommage à Baudoin du Bourg en 1100. Aujourd'hui, c'est un amas de ruines nommées Eski-Malatia, à deux heures, au nord, de la nouvelle Malatia, chef-lieu d'un des pachaliks les plus considérables de l'Asie mineure. La montagne de Moursour, dominant cette ville au sud, était nommée, au douzième siècle, la Montagne Sainte de Mélitène, à cause de plusieurs monastères jacobites qui y étaient en grande vénération et que mentionne Aboulfaradj (3), notamment ceux de Mar-Barsauma, Mar-Aharon-Beth-Kenea et Beth-Zabarense, ils furent dévastés, par les Turcs, au mois d'octobre 1141.
2. Guillaume de Tyr, livre XI, chapitre 21.
3. Aboulfaradj. Chroniques Syriennes, page 330 et 463.


MOEZZER (4), ville de Mésopotamie, enlevée aux Francs, par Zenghi, en 1144.
4. Historiens arabes des Croisades, tome II, page 119.

NEHERELLUS ou NEHER-EL-DJOUZ (5), forteresse voisine de Turbessel. Ce lieu paraît être le même que Djoz, mentionné plus haut.
5. Historiens arabes des Croisades, tome II, page 481, et de Hammer. Histoire des Batheniens, page 183.

OUREM, OROUM ou OREMEN (Ormèn) (1), ville du nord de l'Euphrate qui dépendait de la principauté d'Edesse. Elle occupe le site de la ville antique d'Urima; on y voit encore quelques vestiges d'une forteresse médiévale, nommée Oroum Kalessi.
1. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page 102.

RABAN ou GABAN, forteresse du nord de l'Euphratese qui, après la chute de la principauté d'Edesse, fit partie du royaume d'Arménie. Voir Gaban.

RANCULAT (2), nom sous lequel les historiens latins des Croisades désignaient le bourg et le château de Roum-Kalah.
2. Guillaume de Tyr, Livre XVII, chapitre 17.

RAVENDAL (3), château et fief de la principauté d'Edesse, s'identifiant avec le site du village moderne de Ravendan. Ce château, dont il subsiste encore des restes importants, occupe le sommet d'une montagne escarpée ; du haut de ses murs, le regard embrasse la plus grande partie de la chaîne de l'Amanus. La famille qui tenait ce fief reçut, dans la suite, la seigneurie de Maraclée.
3. Historiens arméniens des Crois, tome I, pages 36-87-126.

ROUIAN (4), localité entre Damas et Alep, sur un torrent nommé Sébaïn, près de Tell es-Sultan.
4. Historiens arabes des Croisades, tome II, page 29.

ROUM-KALAH fut, tout à la fois, la place la plus forte de l'Euphratese, et servit, pendant deux siècles, de résidence aux Catholicos arméniens. A ce double titre, cette ville joua un rôle considérable, non-seulement pendant l'existence de la principauté franque d'Edesse, mais encore pendant presque toute la durée du royaume de la Petite-Arménie, dont elle devint un des boulevards principaux à l'est.

L'assiette de cette forteresse a été choisie sur un promontoire escarpé dominant, par trois de ses côtés, la vallée du Marsifax et le cours de l'Euphrate.

Un fossé de soixante pieds de largeur, creusé dans le roc vif, le sépare du plateau, auquel il se rattache topographiquement.

Les escarpements du rocher ont été taillés de façon à former la base des tours et des murailles, de telle sorte qu'il est difficile de dire où le roc finit et où commence la maçonnerie.

Les tours sont généralement barlongues, le parapet était crénelé avec meurtrières refendues dans les merlons.

La principale entrée de cette forteresse est à l'ouest, dans la vallée du Marsifax ; elle est défendue par trois portes successives, dont deux furent jadis munies de herses.

A Roum-Kalah, les habitations et les édifices sont en partie taillés dans le rocher, assez tendre, formant le promontoire qu'occupe le château.

On voit encore dans la partie sud-est de l'enceinte les ruines du couvent où résidaient les Catholicos d'Arménie, aujourd'hui remplacé par une mosquée au-dessous de laquelle on remarque des souterrains taillés dans le roc et munis d'un escalier descendant jusqu'au niveau du fleuve. Dans la partie haute du château se voient les vestiges de deux églises. La première, qui date de l'époque byzantine, est à trois nefs; la seconde, nommée Dar Nascite, était une superbe construction arménienne du treizième siècle. Il en reste encore deux magnifiques piliers ornés de riches chapiteaux.

Ce fut Béatrix de Saône, veuve de Joscelin II, qui, au moment de la chute du comté d'Edesse, fit, en 1154, don de cette forteresse au Catholicos Grégoire Batlavonni, pour lui et ses successeurs, et elle devint, depuis lors, jusqu'en 1292, leur résidence habituelle.

L'index géographique, joint à l'histoire de Salah-ed-din, écrite par Boha-ed-din, nomme Marciban, le petit cours d'eau qui, après avoir arrosé les jardins dépendant de Roum-Kalah, se perd dans l'Euphrate, au bas de cette forteresse. Ce fut le sultan Malek el Aschraf, fils de Kelaoun, qui enleva cette place aux Arméniens.

Roum-Kalah fut bombardé en 1839 par les troupes d'Ibrahim pacha, et les projectiles égyptiens endommagèrent grandement ces ruines intéressantes.

On compté environ quarante maisons, aujourd'hui abandonnées, dans la partie basse du château.

SAMOSATE ou SAMOSAC, en arabe Schemeisath (1), ville et forteresse importante, située sur la rive droite de l'Euphrate, et qui fut possédée, assez longtemps, par les princes d'Edesse. La famille de Samosac, dont plusieurs membres nous sont connus par des actes contemporains, paraît en avoir tiré son nom. Cette place fut remise aux Grecs en 1152, en même temps que les débris de la principauté d'Edesse, qu'ils ne surent conserver.
1. Historiens arméniens des Croisades, tome I, page (?) — Guillaume de Tyr, Livre XVII, chapitre 17.

SORORGIE (2), aujourd'hui Saroudj, était un des fiefs les plus considérables de la principauté d'Edesse; cette ville fut le siège d'un évêché syrien jacobite, et les seigneurs francs de Sororgie ont fourni un chapitre aux familles d'Outre-Mer.
2. Historiens occidentaux des Croisades, tome I, pages 54, 101-116-379.

SOUPROUS (3), ville et forteresse de l'Euphratèse, aujourd'hui Kouprous, village entre Samosate et Orfa.
3. Historiens occidentaux des Croisades, page 140.

TAGANCHARA (4), château voisin du monastère de Mar-Barsauma, pris en 1149 par l'Atabek Zenghi. Peut-être le même que Teghenkar ?
4. Aboulfaradj. Chroniques Syriennes, page 344.

TANZA ou THANESA (5), château de Mésopotamie, enlevé aux Francs en 1144 par Nour-ed-din. Cette place est comptée au nombre des forteresses du Schaabaktan.
5. Wilken. Mémoires, page 81.

TEGHENK'AR (la Roche Jaune) (6), château de l'Euphratèse, sur les confins de la Cilicie et qui dépendait de la principauté d'Edesse. Ce lieu paraît avoir été retrouvé dans le château nommé Altoun-Tasch-Kaleh (château de la Roche dorée), situé à l'ouest de Roum-Kalah, et dont il subsiste encore des ruines importantes.
6. Historiens arabes des Croisades, tome I, page 731. — Historiens arméniens des croisades, tome I, page 342.

TELL ASCHICHAN (1), forteresse enlevée aux Francs, en 1125, par Zenghi, qui se retrouve, je crois, dans le village moderne de Tell Atchan.
1. Aboulfaradj. Chroniques Syriennes, page 333.

TELL GOURAN (2), forteresse et bourgade de la Mésopotamie, dépendant de la principauté d'Edesse, prises aux Francs par Maudoud en 1112. S'identifie, sans hésitation, avec la localité moderne de Tell Gouran. La garnison était de quarante hommes d'armes, d'après le chroniqueur arménien.
2. Histoires arabes des Croisades, tome I. page 96. — Mathieu d'Edesse d'après Dulaurier, page 273.

TELL KABBASIN (3), château pris par les Francs en 1122, et qui paraît avoir été situé au nord-est d'Alep, entre Turbessel et Membedj.
3. Kamal-ed-Din. D'après Rhoricht, page 271.

TELL KHALID (4), château bâti au sud-est de Turbessel, possédé par les princes d'Edesse, il leur fut enlevé, en 1152, par Nour-ed-din ; ce lieu se retrouve dans le village moderne de Tell Khaled, sur la route d'Alep à Bir-ed-Jik, que domine un énorme tertre factice qui servit d'assiette à cette forteresse.
4. Histoires arabes des Croisades, tome II, page 183.

TELL KOURAD ou EL KARADA (5), château situé dans le district du Schaabaktan, pris par Maudoud, prince de Mossoul, en 1112 ; cette forteresse est peut-être la même que celle que nous trouvons désignée, dans les historiens orientaux des Croisades, sous le nom de El Koradi.
5. Kamal-ed-Din. Histoire d'Alep, d'après Rhoricht, page 239. — Histoires arabes des Croisades, tome II, page 334.

TELL MOUZEN, Thella, Tela, Til ou Tilium (6), ville et forteresse de Mésopotamie, nommée dans l'antiquité Tela Constantia. Elle était à dix milles de Ras-el-Aïn, et fut enlevée aux Francs par Zenghi en 1144. Ses environs paraissent avoir formé l'extrémité occidentale de la contrée nommée le Schaabaktan par les historiens orientaux des Croisades. Il subsiste encore des ruines considérables en ce lieu. Elles consistent en une enceinte carrée d'un demi-mille de côté. Ces murailles sont flanquées de tours arrondies et percées de quatre portes. On y trouve les ruines de plusieurs églises.
6. Histoires arabes des Croisades, tome II, page 442.

Au sud-est s'élève un tertre dominant au loin les ruines et la campagne environnante et que couronnent les restes de l'ancienne citadelle.

Ce lieu, nommé aujourd'hui Veran-Scheïr, a été récemment visité par Taylor et d'autres voyageurs.

TULUPE (1), grand fief de la principauté d'Edesse, que Guillaume de Tyr dit avoir été à cinq ou six milles de Turbessel, aujourd'hui Dalouk, près Aïntab.
1. Guillaume de Tyr, Livre XVII, chapitre 17.

TURBESSEL, ville et forteresse situées entre Hatab et Bir, résidence habituelle des princes de la maison de Courtenay. Cette localité est de nos jours nommée Tell Bascher. Mais il ne subsiste malheureusement presque plus rien du château bâti par les princes d'Edesse ; cette ville était, au moyen âge, le siège d'un évêché syrien jacobite.

UBREM (2), casal voisin de Turbessel, donné en 1149 à l'Hôpital, par Raymond, prince d'Antioche.
2. Codices Diplomatic, tome I, nº 25, page 71.

VARTAHERI (3), village près de Behesne. Positions à retrouver.
3. Codices Diplomatic, tome I, nº 25, page 108.
Sources: Emmanuel, Guillaume Rey - Les Colonies Franques de Syrie aux XIIe et XIIIe siècles. Paris Editions Picard, 1883
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les Codices Dipolaticos

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