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Possessions des Croisés en Orient-Latin

Les suite du désastre de la deuxième Croisade — Chute d'Edesse
Après l'échec de la deuxième croisade qui avait mené le roi Louis VII d'Antioche à Jérusalem (alors que le prince d'Antioche l'adjurait d'assiéger Alep), puis au siège de Damas (juillet 1148), Nour ed din reprend ses campagnes dans la Principauté d'Antioche.
Vers ce temps il fait un raid vers Arcican (1). Il s'empare d'Al-Bara dans le Djebel Zawiyé (à la fin de septembre 1148). Dans le Nord il fait des raids sur Koumith, Anaqib (2), Marasya, Yaghra. Mais devant le fort de Yaghra (3) Raymond de Poitiers le surprend pendant qu'il campait et le force à s'enfuir en abandonnant ses bagages (novembre 1148) (4).

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Localisation d'Apamée - Sources : René Dussaud

Au printemps 1149 Nour ed din repousse Raymond qui pillait le Djebel Laïloun, puis il va menacer Apamée. Après quoi il assiège Nepa dans le Sud du Roudj et au voisinage du Ghab. Raymond se met en route et va camper au Tell Kashfahan sur la rive gauche de l'Oronte, près de Djisr esh Shoghr, Nour ed din affecte de s'éloigner et Raymond va renforcer la garnison de Nepa, et campe dans la plaine voisine. Les Musulmans en grand secret vont occuper les collines environnantes et encerclent la troupe franque. Le Prince d'Antioche et ses compagnons font une charge héroïque pour se dégager. La plupart sont tués ; parmi les morts se trouvent le comte Renaud de Marach et Raymond de Poitiers dont la tête parée d'une monture d'argent est envoyée au calife de Ragdad. C'est la bataille de Fons Muralus (29 juin 1149) en un lieu que les chroniques arabes appellent Ard el-Hatim. Dussaud (page 167) pense que la bataille eut lieu près de MAARRATA au Sud-Est de NEPA et nous croyons qu'il a raison. Nous proposons plus précisément JOUBB MAARRATHA (carte Rhab Nord au 50.000e), Joubb signifiant puits c'est-à-dire un point d'eau ce qui correspond à Fons (5).

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Localisation de Djisr esh Shoghr - Sources : René Dussaud

Aussitôt Nour ed din va exploiter hardiment sa victoire en attaquant sur plusieurs points. Il va camper sous les murs d'Antioche. Mais le vaillant patriarche Aimery organise la défense de la ville. Nour ed din ravage le voisinage et pousse jusqu'au port Saint-Siméon (Le Soudin). Il va conquérir les Places qui défendaient la route franchissant l'Oronte à Djisr esh Shogr : Belmesyn (Mechmechane) et Arcican (Arzarhane).
Remontant vers le Nord il occupe outre Artah et Imm, Salqin situé au débouché du défilé d'Ermenaz, puis le Fort de Tell Ammar (6), enfin la grande Place-forte de Harrenc (Harim), en juillet 1149 (7). Nour ed din avait aussi envoyé un de ses lieutenants assiégé Apamée, qui se rendit le 26 juillet 1149.
Désormais toutes les Places d'Outre-Oronte qui dépendaient de la Principauté d'Antioche étaient perdues.

La mort, au combat de Fons Muratus, du Prince d'Antioche et de Renaud comte de Marach eut une autre conséquence : la chute en peu de temps de toutes les places du comté d'Edesse que Joscelin II ne sut défendre contre les attaques de plusieurs princes musulmans : Nour ed din, son beau-frère Masoud I, malik d'Anatolie, Qara Arslan, prince de Kharput et de Hisn Kaifa, Timourtash, émir de Mardin. Joscelin II ne participa qu'au début de l'offensive car il fut pris dans une embuscade par des Turcomans, puis il fut livré à Nour ed din et conduit à Alep le 4 mai 1150. Il mourut en captivité. Sa femme Béatrice de Saône, ayant auprès d'elle leur fils Joscelin III, organisa la résistance à Turbessel (Tell Bascher). Guillaume de Tyr fait un éloge émouvant de sa mâle énergie : « Femme de haut lignage, mais plus noble encore de coeur. » Dès septembre 1149 Marach était tombée. Puis ce furent Gargar, Hisn Mansour et d'autres Places du Haut-Euphrate prises par Qara Arslan.
A la fin de mai 1150 Masoud I occupa Kaisoun, puis Behesni et Raban (8), mais à Turbessel il échoua malgré un siège en règle, devant l'opposition de Béatrice et des défenseurs de la Place.
En même temps Nour ed din assiégeait Hazart (Azaz) la place la plus avancée de la Principauté d'Antioche vers le Nord-Est, puis s'en étant emparé et y ayant mis une garnison, il rentra à Alep en juillet 1150.

Après la chute de cette Place, Turbessel se trouvait de plus en plus isolée. C'est alors que le roi de Jérusalem Baudouin III, voulant, comme tant de fois ses prédécesseurs, remplir sa charge de suzerain tutélaire des états francs, partit de Jérusalem avec Onfroi II de Toron, Guy de Beyrouth et d'autres barons du royaume avec leurs contingents pour se porter au secours des dernières Places du comté qui luttaient encore. Ils suivirent la route du littoral ; à Tripoli le comte Raymond II se joignit à eux. Ainsi arrivèrent-ils à Antioche. Là une entente raisonnable s'établit. L'empereur Manuel Comnène offrait de racheter à la comtesse tout ce qui subsistait du grand Etat du Nord. Béatrice se rendait compte qu'elle ne pourrait tenir longtemps et qu'il lui incombait de sauver ses guerriers et les populations chrétiennes qui demeuraient sur sa terre. Elle accepta, préférant abandonner de bon gré à un Prince chrétien plutôt que de force aux Musulmans, l'héritage de son fils. Le roi de Jérusalem trouvait que cette mesure était sage.
Les Places de l'ancien comté d'Edesse encore libres furent remises aux délégués de l'Empereur : Turbessel, Hatab (Aïntab), Tulupe (Duluk), Ravendal, Ranculat, Bir (ou Bile) (Biredjik), Samosate.
Certaines familles restèrent, s'inclinant devant leurs nouveaux maîtres grecs. Mais beaucoup, Francs, Arméniens, Syriens jacobites, préférèrent gagner la région d'Antioche avec les troupes qui les protégeraient. Ainsi s'organisa l'exode avec vieillards, femmes, enfants, bêtes de somme et nombreux charrois de mobilier et provisions.
Ce fut la longue marche vers l'exil de populations qui s'éloignaient pour toujours de leurs maisons et de leurs terres. Le roi avait organisé l'escorte avec l'aide d'Onfroi de Toron, de Raymond de Tripoli et d'un des principaux seigneurs d'Antioche Robert de Sourdeval ; cinq cents chevaliers encadraient cette foule d'émigrants et la défendaient contre les attaques de Nour ed din et de ses cavaliers turcs qui durent finalement battre en retraite.
Mais les troupes byzantines qui remplacèrent les chevaliers francs furent incapables de résister aux attaques des Turcs. En quelques mois ceux-ci emportèrent toutes ces Places. Turbessel qu'avait si bien défendue la comtesse Béatrice tombait le 12 juillet 1151 aux mains de Nour ed din. Le comté d'Edesse, l'un des quatre Etats francs de Terre Sainte avait cessé d'exister (9).
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Revenons maintenant à la Principauté d'Antioche.
Le roi Baudouin III se souciait fort de la voir privée d'un Prince qui pourvoirait à sa défense. La Princesse Constance était veuve depuis le désastre de juin 1149 et elle éludait plusieurs propositions de mariage avec de grands personnages qui lui avaient été faites. Enfin elle s'éprit d'un jeune chevalier sans fortune mais beau et vaillant, Renaud de Châtillon (10). Il était arrivé en Syrie à la suite de Louis VII, après quoi il était resté à la solde de Baudouin III qui l'avait envoyé à Antioche. Le roi, lassé des refus successifs de la Princesse, consentit à cette déconcertante union et le mariage eut lieu vers mai 1153. Ce ne fut pas un bon choix que celui de Renaud comme Prince d'Antioche : combattant d'une audace inouïe, assurément, mais dépourvu de tout esprit chrétien, guerrier de baroud et de pillage, cruel, vindicatif, insoucieux du respect de la parole donnée, en somme un aventurier de haut vol.

Il se mit tout d'abord à la solde de Manuel Comnène pour aller reprendre au Prince arménien Thoros II des Places que celui-ci avait récemment enlevées à l'Empire. Il y eut un combat en 1155 entre troupes d'Antioche et troupes arméniennes dans la région d'Alexandrette (11) sans doute près du pilier de Jonas.
Puis Renaud se brouilla avec Manuel Comnène et s'allia avec Thoros pour aller piller l'Ile de Chypre (12) qui dépendait de l'Empire.

Mais notre propos est de parler de la lutte entre le Prince d'Antioche et l'atabeg d'Alep (13). En 1155 Nour ed din fait un raid contre Antioche. En 1156 Renaud va menacer Alep ; en revenant il est attaqué près d'Harrenc et battu par Ibn ad-Daya, ministre de Nour ed din.

Un espoir de récupérer des territoires d'Outre-Oronte allait apparaître avec l'arrivée à Beyrouth de nouveaux croisés sous les ordres d'un grand seigneur d'Occident, Thierry d'Alsace, comte de Flandre, qui pour la troisième fois venait en Terre Sainte. Sa femme Sibylle, soeur du roi Baudouin III, l'accompagnait.
Peu après le débarquement du comte de Flandre, de grands tremblements de terre eurent lieu pendant l'été 1157 dans toute la Syrie, principalement au-delà de l'Oronte à Alep, Maarrat en Noman, Cafertab, Apamée, Sheïzar, Hama et Homs. Ces circonstances étaient particulièrement favorables à une expédition contre l'atabeg d'Alep. Une concentration de troupes chrétiennes amenées par le roi de Jérusalem, Renaud de Châtillon et le comte de Tripoli, Raymond III, eut lieu dans la plaine de la Boquée, au pied du Crac des Chevaliers. De là elles allèrent attaquer le Chastel de Ruge (14) près de Djisr esh Shoghr, mais la Place était si bien gardée et bien fortifiée que l'armée chrétienne se retira et gagna Antioche.

Cependant Nour ed din organisait sa riposte. Rassemblant des troupes de la province d'Alep et des mercenaires turcomans, il se rendit à Imm, il donna des ordres pour réparer les forteresses les plus éprouvées par les tremblements de terre, il fit occuper Sheïzar dont les émirs mounqidhites avaient été écrasés par l'écroulement des murailles, et donna la Place à Ibn ad-Daya. Puis il se dirigea vers Sermin et de là vint camper à Nepa (Inab). C'est là qu'en octobre 1157 il tomba gravement malade et fut obligé de se faire transporter en litière à Alep.

Les princes chrétiens avaient décidé d'assiéger Sheïzar et le roi Baudouin, voulant une véritable coalition chrétienne, avait demandé au Prince arménien de Cilicie Thoros II son concours. C'est ainsi que se présentèrent devant la grande forteresse de l'Oronte les forces du roi de Jérusalem, du comte Thierry de Flandre, du comte de Tripoli, du Prince d'Antioche et du Prince de Cilicie. En bon ordre le siège s'organisa ; sans contre-attaque on installa les machines et le bombardement commença.
La résistance étant très faible, au bout de quelques jours les Francs dressèrent des échelles et de plusieurs côtés pénétrèrent dans la ville basse qui fut occupée aisément (15). Des Ismaéliens qui, profitant du désarroi du tremblement de terre et de la mort des émirs mounqidhites, s'étaient établis dans Sheïzar, s'enfermèrent dans la citadelle. Mais cette grande forteresse qui était si longtemps restée indépendante et qui avait repoussé tant d'assauts, était désormais incapable de résister. Maintenant, sans coup férir, les Francs en seraient maîtres. Mais alors se produisit par suite d'une stupide question de préséance, un incident qui leur fit perdre le résultat de tant d'efforts.
Le roi voulait donner Sheïzar à Thierry de Flandre qui aurait pu là organiser et défendre un grand fief franc du Moyen-Oronte. Mais Renaud de Châtillon, sous le fallacieux prétexte que les émirs de Sheïzar avaient souvent payé un tribut à Antioche, accepta mais à condition que Thierry lui prêterait hommage. Le comte de Flandre qui ne voulait pas devenir le vassal d'un parvenu, répondit qu'il accepterait volontiers la suzeraineté du roi de Jérusalem mais d'aucun autre.

Ainsi par l'âpreté et la morgue de Renaud de Châtillon les Princes chrétiens déjà vainqueurs abandonnèrent leur conquête ; « ce mauvais génie de l'Orient latin » comme l'appelle justement René Grousset, faisait perdre aux états de Terre Sainte leur dernière chance de garder des territoires sur l'Oronte.

La campagne de Sheïzar paraît devoir se situer à la fin de 1157 (16). Nour ed din fit occuper Sheïzar par un de ses émirs, puis se rendit sur place pour faire restaurer les fortifications et il y installa son fidèle ministre Ibn ad-Daya. Après avoir quitté Sheïzar, les Francs avaient occupé la citadelle d'Apamée, mais cette occupation ne devait être que passagère.

Ainsi l'armée chrétienne avait échoué devant Chastel de Ruge, elle s'était retirée avant de donner le dernier assaut contre Sheïzar, elle avait pris Apamée sans combat. Le roi de Jérusalem ne pouvait laisser retourner son beau-frère en Flandre sans qu'il eût participé à un vrai succès militaire.
Il décida donc les princes alliés à conduire l'armée au siège de Harrenc (Harim), grande Place-forte, à peu de distance du Pont de Fer sur l'Oronte, placée sur la route d'Alep à Antioche et qui de février 1098 à juillet 1149, avait défendu l'approche d'Antioche contre les attaques des troupes d'Alep.
Ce fut la dernière entreprise d'envergure, le dernier siège important mené par une grande armée franque contre une puissante forteresse au-delà de l'Oronte. Le siège commença le 25 décembre 1157. Guillaume de Tyr a raconté comme aurait pu le faire un témoin oculaire les détails de ce siège. Cette fois enfin l'entente des Princes Francs était absolue, les opérations furent menées avec méthode, chaque chef avec son contingent avait son quartier d'attaque, les machines de siège furent montées en bonne place et le bombardement fut efficace. L'émulation se manifestait entre ces groupes de combattants. La garnison d'Alep ne bougeant pas, les fourrageurs de l'armée franque pouvaient en toute sécurité aller chercher des vivres jusqu'aux portes de la grande cité musulmane.

On reconnut que la forteresse de Harrenc était bâtie sur un tertre peu élevé « une mote fête à main » de terre rapportée (17), donc un véritable Tell artificiel, qu'il serait facile de miner. On décida donc de construire des chaz c'est-à-dire des échafauds mobiles dont la charpente supérieure serait couverte de peaux d'animaux fraîchement écorchées pour protéger du feu ces machines destinées à abriter les mineurs. On alla tout alentour chercher du bois pour faire des échelles et des tiges pour faire des claies.
Quand les chaz furent construits, les mineurs y entrèrent et on les fit avancer jusqu'au tertre, tandis que tous les mangonneaux effectuaient en même temps un bombardement intense. Les chefs et les servants rivalisèrent d'ardeur, si bien que ce siège qui, normalement aurait dû se poursuivre pendant un an, dura moins de deux mois. « Un jor avint, dit le traducteur de Guillaume de Tyr, que une de noz grosses perrières que l'en claime Chaable (18) gitoit dedenz la ville granz pierres de que l'une aconsut (atteignit) le chevetaine del chastel... »
Les Francs se rendirent compte que le commandant de la place avait été tué lorsqu'ils virent le désordre qui se mettait parmi les défenseurs. Aussi l'attaque fut encore renforcée, et les assiégés capitulèrent dans les premiers jours de février 1158 (19). Le roi de Jérusalem remit à Renaud de Châtillon la Forteresse de Harrenc qui depuis la première croisade avait dépendu de la Principauté d'Antioche. Renaud restaura les fortifications et y installa une forte garnison (20).

Bientôt celui-ci, profitant d'une rechute de maladie de Nour ed din, dirigea maintes expéditions de pillages dans les territoires d'outre-Oronte saccageant, nous dit Ibn al-Qalanisi, forteresses et villages.

Sur ces entrefaites une alliance s'était établie entre Manuel Comnène et Baudouin III qui en septembre 1158 épousa Théodora Comnène, nièce du Basileus. Cette entente entre les deux souverains mit Renaud de Châtillon dans l'obligation de reconnaître la suzeraineté byzantine sur Antioche où l'Empereur fit une entrée triomphale le jour de Pâques 12 avril 1159. L'empereur pour justifier son intervention en Syrie avait promis son concours contre les Musulmans.
Il décida donc avec Baudouin III et Renaud de Châtillon une levée de troupes pour aller combattre Nour ed din. Celui-ci apprenant ces mouvements envoya dans tous ses territoires des ordres de se préparer à la guerre (21). Il fit commencer la construction d'un avant-mur à Alep, il fit démanteler des places qui, trop lointaines, risquaient de tomber aux mains des Francs qui les utiliseraient, ainsi Khoros à l'Ouest de Kilis.

Pendant ce temps les forces chrétiennes se concentraient à une journée de marche d'Antioche, entre Imm et le gué de la Balaine sur le Nahr Afrin que Claude Cahen (22) a fixé définitivement au Nord d'Artah, près du village de Bellané. Il y avait là un fort, tout près de la frontière musulmane.
Nour ed din, fort effrayé par ce rassemblement de combattants grecs et francs, offrit à l'Empereur de rendre plusieurs milliers de prisonniers francs parmi lesquels se trouvaient des seigneurs de haut lignage tels que Bertrand, fils d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, en captivité à Alep depuis onze ans et le grand maître du Temple, Bertrand de Blancafort, pris deux ans plus tôt ; Manuel accepta (fin de mai 1159) et aussitôt renonça à ses projets guerriers. Nour ed din ayant exécuté son offre, l'empereur lui fit de beaux présents et avec l'armée grecque se mit en route dès le mois de juin pour regagner ses Etats.

Il semble que vers ce temps, le Prince d'Antioche disposant de ses troupes reprit au Nord de Bellané le Fort de Cheih el-Hadid, qu'il fit des raids en direction du Roudj et qu'il reprit le château d'Arcican (23) près de Djisr esh Shoghr. En novembre 1160, toujours téméraire et féru de rapine, il va faire une razzia de troupeaux dans la contrée d'Aïntab. Au retour ramenant ses prises qu'encadraient ses cavaliers assez dispersés, les Francs sont assaillis par une troupe musulmane commandée par Ibn ad-Daya (24). Presque tous sont faits prisonniers. Renaud de Châtillon ne devait être libéré qu'en 1176.

Lors de la prise de Renaud de Châtillon, le fils du Prince d'Antioche Raymond de Poitiers et de la Princesse Constance, Bohémond III était mineur. Constance voulait garder le pouvoir. Mais le roi de Jérusalem confia la régence de la Principauté au Patriarche Aimery de Limoges. Il avait auparavant conclu une trêve avec Nour ed din.

Sur ces entrefaites l'Empereur Manuel envoya à Antioche des ambassadeurs pour négocier son mariage avec Marie d'Antioche, fille de la Princesse Constance. Celle-ci qui recherchait l'appui byzantin accepta avec joie et le mariage eut lieu à Sainte-Sophie de Constantinople le 25 décembre 1161.

Revenons aux projets que Nour ed din ne cessait de former contre les Francs. A la suite d'un tremblement de terre qui, en août 1161, avait endommagé quelques forteresses de la Principauté d'Antioche le sultan d'Alep était allé attaquer Harrenc, mais la garnison de la forteresse résista et des troupes franques, arméniennes et grecques vinrent harceler Nour ed din qui fut obligé de se retirer. En même temps le roi Baudouin faisait augmenter les fortifications de Djisr el-Hadid (25). A cette époque (1161-1162) Nour ed din parvint à reprendre Arcican et le détruisit (26).

Baudouin III mourut le 16 février 1162 ; son frère cadet, Amaury Ier, lui succéda sur le trône de Jérusalem.
En 1163 les Barons d'Antioche ayant expulsé la Princesse Constance, remirent le gouvernement de la Principauté à son fils Bohémond III.

Les revers et les succès alternent pour Nour ed din dans sa lutte, contre les Francs. En 1163 il s'attaqua au comté de Tripoli et vint avec son armée camper dans la plaine de la Boquée au pied de la montagne que couronne le Crac des Chevaliers, se préparant à assiéger cette puissante forteresse (27). Mais les Francs avertis de sa manoeuvre avaient réuni des troupes qui, profitant de la chaleur du milieu du jour où les soldats musulmans dormaient sous leurs tentes, tombèrent à l'improviste sur le camp, faisant un grand massacre. Nour ed din parvint à grand peine à s'enfuir.

L'année suivante, août 1164, Nour ed din prenait une éclatante revanche. Pour renforcer ses troupes il avait fait appel à son frère Qotb ad-Din, atabeg de Mossoul, et aux princes ortoqides. Il marcha contre Harrenc pour en faire le siège. Les Francs eux aussi s'étaient rassemblés : Bohémond III, Raymond III de Tripoli et leurs chevaliers et sergents étaient accompagnés de Constantin Coloman et de Thoros avec leurs contingents grecs et arméniens ainsi que d'Hospitaliers et de Templiers. Cependant l'armée musulmane était beaucoup plus nombreuse que l'armée chrétienne. Quand celle-ci approcha, l'atabeg d'Alep s'éloigna de Harrenc pour l'attirer vers la Plaine d'Artah.
Malgré l'opposition de Renaud de Saint-Valéry, seigneur de Harrenc (28), et de Thoros qui devinèrent un piège les Francs suivirent les troupes musulmanes. Ils campèrent à Sofaif (Safsaf) (29) entre Harrenc et Imm. Puis quand les deux armées furent au contact, les troupes d'Alep et de l'ortoqide Qara Arslan prirent la fuite jusqu'à Imm. La chevalerie franque, renonçant enfin à la poursuite, rebroussa chemin, mais pendant ce temps l'armée de Mossoul avait massacré l'infanterie chrétienne. Encerclée par les deux corps musulmans, l'armée franque eut plus de dix mille tués, au dire de Kamal ad-din et une quantité des leurs furent faits prisonniers parmi lesquels les principaux chefs, le Prince d'Antioche et le comte de Tripoli, Constantin Coloman, Hugues de Lusignan et le gouverneur du Crac (30). Seuls Thoros et son frère Mleh avec leurs Arméniens échappèrent au désastre (11 août 1164).
On a conservé une lettre d'un dignitaire de l'Ordre du Temple Guy Foucher, adressée au roi de France Louis VII (31) lui racontant le désastre : le jeune Prince d'Antioche et les autres chefs captifs conduits à Alep ; soixante chevaliers du Temple tombés sur le champ de bataille ; Antioche privée de défenseurs et n'ayant pas plus de deux mois de vivres ; le Patriarche Aimery se dépensant sans compter, s'exposant à la mort, approvisionnant les forteresses, distribuant tout ce qui est nécessaire à la subsistance des habitants.
Le lendemain de la bataille, 12 août, Nour ed din prenait possession de la forteresse de Harrenc. Sagement il s'abstint de marcher sur Antioche car si la ville eût été prise facilement, la citadelle aurait résisté et obtenu le secours des Byzantins. Il se contenta d'envoyer quelques troupes faire des incursions jusqu'aux Ports du Soudin et de Lattaquié.
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Désormais l'Oronte formait à l'Est la frontière de la Principauté d'Antioche.
Lorsqu'en novembre 1164 le roi de Jérusalem Amaury revint de sa deuxième campagne en Egypte, il trouva fort menacée la Principauté d'Antioche dont le Prince était en captivité. Son beau-frère Thierry d'Alsace, comte de Flandre, venait d'arriver pour la quatrième fois en Terre Sainte avec des renforts.
Appelé à l'aide par la noblesse d'Antioche, le Roi s'y rendit en hâte accompagné du comte de Flandre. Il organisa la défense, renforça les cités et les châteaux et négocia la rançon de Bohémond III. Nour ed din, redoutant une intervention de Manuel Comnène qui venait d'épouser la soeur de Bohémond, remit en liberté le Prince d'Antioche dès l'été 1165.

Bohémond se rendit à Constantinople auprès de l'Empereur qui le reçut fort honorablement, mais l'obligea, malgré l'opposition du clergé latin, à introduire à Antioche un patriarche grec qui jouirait des mêmes honneurs et privilèges que le Patriarche latin. Celui-ci, Aimery de Limoges, en signe de protestation quitta Antioche et se retira dans le château de Cursat (32) qui faisait partie de la mense du Patriarcat latin. Il devait y résider jusqu'en 1170.

Nous arrivons à l'époque dont René Grousset a souligné l'importance en parlant de « la fatale date de 1168 (33) » qui marque un tournant des Croisades. C'est en cette année que Saladin devient maître de l'Egypte. La Syrie franque se trouva désormais enfermée entre les forces d'Alep et de Damas, où commandait Nour ed din, et celles du Caire.
La Cour de Jérusalem s'alarma de cette menace. « Les Francs furent remplis d'épouvanté » écrit Ibn al-Athir (34). Au début de 1169 une grande assemblée des principaux du royaume latin se réunit et décida d'envoyer des ambassadeurs aux plus grands princes d'Occident pour obtenir la levée d'une nouvelle croisade. Leurs démarches échouèrent complètement. L'un d'eux, l'archevêque de Tyr rentra tristement en Terre Sainte après un voyage de deux années « et n'aporta ne secours ne espérance (35). » Après la mort de Nour ed din, 15 mai 1174, Saladin acheva l'encerclement des états Francs en réunissant sous son autorité, outre l'Egypte, les territoires de Damas (fin 1174), puis de Hama et de Homs (1175), enfin, plus tard, d'Alep (1183).
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Voici encore des tentatives des Francs au-delà de l'Oronte
En août 1177 le comte de Flandre, Philippe d'Alsace, cousin germain du roi Baudouin IV, arrivait en Terre Sainte avec des troupes flamandes. Raymond III de Tripoli voulut profiter de ces renforts pour aller attaquer Hama (novembre 1177), mais devant la résistance énergique de la garnison, l'armée chrétienne leva le siège au bout de quatre jours. A son tour le Prince d'Antioche Bohémond III demanda au comte de Flandre son aide pour aller assiéger Harrenc que les Francs avaient perdue en 1164.

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Localisation du château d'Harrenc (Hârim) - Sources : René Dussaud

L'armée croisée arriva devant la place à la fin de novembre 1177. Alors qu'elle croyait pouvoir s'en emparer facilement, elle se heurta à une défense acharnée et il fallut monter une importante artillerie. Au début, les servants des mangonneaux attaquèrent avec vigueur et l'on préparait déjà les échelles pour l'assaut. Les mineurs ayant foré des galeries sous la citadelle, une muraille s'abattit et les écrasa. Les combattants, pris de panique, renoncèrent devant la menace de nouveaux éboulements. L'ardeur tomba, le siège traîna. Le Prince d'Antioche et le comte de Flandre, s'en désintéressèrent. Dans le camp ils jouaient aux dés et aux échecs, puis ils allaient se divertir à Antioche, démoralisant ainsi leurs meilleurs capitaines. Les assiégés reprirent courage. L'atabeg d'Alep, As-Salih, put faire pénétrer des renforts dans la Place et envoya une troupe inquiéter le camp ennemi ; elle battit des fourrageurs francs à Atma, dans le Djebel Seman, à l'Est du gué de la Balaine. Après plusieurs mois de vains efforts, l'armée franque décampa en mars 1178 (36).

Cette décevante entreprise militaire pour le succès de laquelle le généreux Baudouin IV avait envoyé un fort contingent de combattants faillit entraîner la perte du royaume. En effet Saladin, revenant d'Egypte lors du début du siège de Harrenc et voyant que la Palestine était dégarnie de troupes, envahit brusquement le Sud de la Judée. Le roi eut le temps d'aller s'enfermer dans la citadelle d'Ascalon. Saladin, sûr de la victoire, jugea inutile de s'attarder à l'assiéger et laissa ses lieutenants piller la plaine côtière. Mais alors qu'il se préparait à marcher sur Jérusalem, Baudouin, ayant rassemblé toutes ses forces, écrasa l'armée musulmane à Montgisard (Tell Djezer) à 6 km au Sud-Est de Ramleh. Saladin faillit être tué. Cette rencontre eut lieu le 25 novembre 1177. Ce fut pour les Francs une éclatante victoire. Renaud de Châtillon, ancien prince d'Antioche, libéré de captivité en 1176 et devenu par son mariage avec Etiennette de Milly, seigneur de la terre d'Outre-Jourdain, s'y couvrit de gloire.

Saladin acheva ses conquêtes dans la Syrie musulmane en se faisant céder en juin 1183 Alep par Imad ad din Zengi II, représentant de la dynastie Zengide à laquelle la population de cette cité était fort attachée.
Restait l'importante place-forte de Harim qui gardait le territoire musulman à la frontière de la Principauté d'Antioche. Elle avait pour gouverneur Sarkhuk, un vieux mameluk de Nour ed din, qui refusait de reconnaître le nouveau maître d'Alep. Il fit même appel aux Francs d'Antioche. Mais, malgré son opposition, la garnison de Harim ouvrit ses portes à Saladin le 24 juin 1183 (37).
Le Prince d'Antioche fut fort effrayé de cette nouvelle conquête si proche de ses Etats. Craignant une attaque imminente contre Antioche il partit en hâte pour la Palestine et prenant avec lui au passage le comte de Tripoli il alla demander du secours au roi de Jérusalem alors à Saint-Jean d'Acre. Celui-ci lui promit son aide et lui donna aussitôt trois cents chevaliers et sergents montés qui le suivirent à Antioche.
Heureusement Bohémond III put conclure une trêve avec Saladin et le comte de Tripoli fit de même.
Mais ce ne fut qu'un répit et bientôt allait se produire le désastre de Hattin.

>>> Suite >>>
Paul Deschamps — Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III — La Défense du comté de Tripoli et la principauté d'Antioche. Editions Paul Geuthner Paris 1977.
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Notes - Les suite du désastre de la deuxième Croisade
1. Claude Cahen, page 382.
2. Non identifié.
3. A Yaghra près du Nahr Yaghra et au bord d'un petit lac se trouvait un village de pêcheurs chrétiens. Nous proposons de situer le Fort à Qastal Qara Yaghra alors que Dussaud le place un peu plus au Sud. Le site connu depuis l'antiquité est tout proche des marécages qui prolongent au Nord-Est le lac d'El-Amq appelé aussi Lac d'Antioche. Yaghra se trouvait sur un chemin qui le reliait à l'Est au Fort franc de Cheih al-Hadid ; à l'Ouest avec la forteresse franque de Trapesac (Darb Sak) que l'on gagnait en une journée de marche en franchissant le Qara Sou au Pont de Taha Ahmed. Voir Dussaud, page 435-439. — René Grousset, tome II, page 272. — Claude Cahen, page 136, 382.
4. Michel le Syrien, livre I, XVII, ch. X, éditions Chabot, III, page 288.
5. Guillaume de Tyr, à propos de la mort de Raymond, écrit : « occisus est... inter urbem Apamiam et oppidum Rugiam in eo loco quod dicitur Fons Muratus. » Traduction : « Ce advint entre la cité de Paumiers et le chastel de Ruge », livre I. XVII, c. 9, Historiens occidentaux des croisades, tome I B, page 771-3. — Voir Claude Cahen, page 161, note 57 et page 383, note 10, qui cite Ibn Furat III, 14 r° et situe le combat plus au Nord-Ouest au-delà de Nepa. [Claude Cahen, note 10 : Et non au-delà d'Inab comme on a cru ; le lieu du combat est appelé Fons Muratus par les Latins, Ard al-Hatîm par Ibn Furat, topographiquement précis.]
6. Claude Cahen, page 153 signale qu'on voit près de cette localité les ruines d'un Fort.
7. Guillaume de Tyr, livre I, XVII, c. 10, Historiens occidentaux des croisades, tome I B, page 774-5. — Voir Claude Cahen, page 382 à 384.
8. Michel le Syrien, I. XVII, ch. 12, éditions Chabot, III, page 295.
9. René Grousset, tome II, page 284-307. — Claude Cahen, page 384-9.
10. Aujourd'hui Châtillon-Coligny (Loiret). Le village est dominé par un haut donjon, sans doute de la fin du xne siècle.
11. Guillaume de Tyr, page 835. — Michel le Syrien, traduction Chabot, III, page 314. — traduction arménienne de Michel le Syrien, Documents arméniens, tome I, page 349. — Michel le Syrien, livre I, XVIII, en. IV, éditions Chabot, III, page 314. — Colonel Jacquot, Antioche, tome I, page 150. — Voir René Grousset, tome II, page 334-5. Cahen, page 392.
12. Michel le Syrien, éditions Chabot, III, page 315. — René Grousset, tome II, page 335-7.
13. Claude Cahen, page 395, note 1.
14. Guillaume de Tyr, Historiens occidentaux des croisades, tome I, page 847. — René Grousset, tome II, page 379.
15. Ibn al-Qalanisi, page 342.
16. Guillaume de Tyr, livre I, XVIII, c. 19, Historiens occidentaux des croisades, tome I B, page 852-853, traduction d'Eracles. — René Grousset, tome page 382-386. — Claude Cahen, page 397-398.
17. Ce tertre en effet a été aménagé de main d'homme mais il fut à la fin du xne siècle revêtu d'un glacis de pierre de moyen appareil par le sultan d'Alep Malik Zahir Gazi : voir Van Berchem, Voyage en Syrie..., page 229-238, qui considère qu'il ne reste plus trace de travail franc à la forteresse de Harim où tout ce qui subsiste du Moyen Age paraît être dû à des architectes musulmans.
18. Chaable, Chatble (latin cadabula) grosse perrière.
19. Ibn al-Qalanisi, page 344.
20. Guillaume de Tyr, livre I, XVIII, c. 19, Historiens occidentaux des croisades, tome I B, page 852-3.
21. Ibn al-Qalanisi, page 344.
22. Guillaume de Tyr, livre I, XVIII, c. 25, Historiens occidentaux des croisades, tome I B, page 864 « vadum balenae... » Grégoire le prêtre, Historiens arméniens, tome I, page 189 situe Bala à la limite des territoires d'Alep. Cahen, page 135-136. On cherchait cette position à environ 35 km au Nord-Est près d'un Pont de l'Afrin. -— Voir Dussaud, page 229. A noter qu'entre Imm et Bellané où étaient réunies les troupes, il n'y a qu'une distance de 9 km. Dans le récit des marches de la première croisade en 1097 Raoul de Caen, Historiens occidentaux, tome III, page 641, cite deux fois Balena: Jam proxima fluvio qui Balenae oppidi jugera irrigat...» et page 650 : « vallem propinquam tenebat Flandriae comes, in qua Balena, Bathemolin, Corsehel, Barsoldan oppida erant. »
23. Claude Cahen, page 404.
24. Claude Cahen, page 405 et note 1.
25. Claude Cahen, page 407-408.
26. Grégoire le Prêtre, Documents arméniens, I, page 199 : Nour ed din alla assiéger le formidable château Ardzkhan qui se rendit à composition. Il le démolit et le détruisit de fond en comble. Plus tard il est encore question d'Arcican : en 1193 Saladin céda à Bohémond III d'Antioche une part des revenus des districts limitrophes d'Antioche, c'est-à-dire le territoire entre le lac d'Antioche et d'Arcican. Abou Chama, Livre des deux jardins, Historiens orientaux des croisades, tome V, page 91.
27. L'armée franque était composée d'Hospitaliers du Crac et de Templiers, de chevaliers de Poitou et de l'Angoumois commandés par Hugues de Lusignan et Geoffroy Martel qui avaient débarqué à Antioche et de combattants grecs sous les ordres du duc de Cilicie Constantin Coloman. Cette bataille est figurée sur une fresque ornant un mur d'une chapelle de l'Ordre du Temple à Cressac (Charente). Une réplique de cette peinture est exposée au Musée des Monuments français. Michel le Syrien raconte en détail cette bataille, éditions Chabot, tome III, page 324.
28. Claude Cahen, page 398, 408 et 540. — Voir Michel le Syrien, livre I, XVIII, ch. 10, éditions Chabot, III, page 325. — Robert de Torigny, année 1164. M. G. Historiens Scriptores, tome VI, page 508 et 514.
29. Kamal ad-din, Histoire d'Alep, traduction Blochet, Revue de l'Orient Latin, tome 1895, 4, page 539-540.
30. Ibn al-Alhir, Histoire des atabegs de Mossoul, Historiens orientaux des croisades, tome II, page 220-223 et Kamel..., Historiens orientaux des croisades, tome I, page 538-540. — Guillaume de Tyr, page 896-897. — Voir René Grousset, tome II, page 459-464. — Claude Cahen, page 408-409 et note 9.
31. Dom Bouquet, Recueil des Histoire des Gaules et de la France, tome XVI, page 62-64, n° CXLVII ; Paris, in-folio 1614.
32. A 14 km au Sud d'Antioche. Appelé Qal'at Qoseïr, Qal'at es Zau, Qalat el-Akd : carte d'Antioche de 1944 : Kalei Kasi, altitude 379 m. — Voir Michel le Syrien, livre I, XVIII, ch. 11, éditions Chabot, III, page 330.
33. René Grousset, tome II, page 535.
34. Ibn al-Athir, Histoire des atabegs de Mossoul, Historiens orientaux des croisades, tome II, 2, page 258-9.
35. Guillaume de Tyr, page 960.
36. Guillaume de Tyr, I. XXI, c. 20-24. Historiens occidentaux des croisades, tome I B, page 1037-47. — Ibn al-Athir, Historiens orientaux des croisades, tome l, page 631-632. — Ibn Chaddad, Historiens orientaux des croisades, tome III, page 63-4. — Imad ad-din, dans Abou Chama, Historiens orientaux des croisades, tome IV, page 191. — Kamal ad-din, dans Revue de l'Orient Latin, tome IV, 1896, page 149-152. — Michel le Syrien, livre I, XX, c. 7, éditions Chabot, tome III, page 374-6. Gesta Henrici... édit., Stubbs, 1867, I, page 130-1. Voir René Grousset, tome II, page 648. — Claude Cahen, page 419.
37. René Grousset, tome II, page 720-721.


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Paul Deschamps — Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III — La Défense du comté de Tripoli et la principauté d'Antioche. Editions Paul Geuthner Paris 1977.
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Note : Claude Cahen, page 380 — La chute d'Edesse
La chute d'Edesse avait provoqué une émotion qu'exploita saint Bernard pour prêcher une seconde croisade. Celle-ci se distingue de la première par sa composition ethnique Français et Allemands, ni Anglo-Normands ni Italiens et son commandement le roi de France Louis VII et l'Empereur allemand Conrad III au lieu de barons. Elle se distingua aussi de la première croisade par sa réalisation, qui ne fut qu'une série de catastrophes.
Sa simple annonce avait déjà indirectement nui aux Francs.

Depuis que Mas'oûd de Qonya avait acquis le Djahân, il s'intéressait aux confins septentrionaux de la Syrie. Il n'avait pu les attaquer tout de suite, parce qu'il avait à résister à une série d'attaques de Manuel Comnène, qui cherchait à lui reprendre, au nord d'Antalya, des territoires dont les Turcs s'étaient emparés lors de la mort de Jean Comnène, et bénéficiait naturellement de l'alliance du Dânichmendite Yaghî-Siyân de Sîvvâs ; mais quand le Basileus apprit la préparation d'une croisade, il rentra chez lui et ne songea plus qu'à se rapprocher des Turcs, avec lesquels il signa la paix de 1147. Dès lors une partie des forces seldjouqides pouvaient être envoyées vers le sud-est, et des hostilités eurent lieu entre le fils de Mas'oûd, Qilîdj Arslân, et les Francs sur les confins de Mar'ach. Noûr ad-dîn en profita pour attaquer de son côté les possessions des Francs sur celles de leurs frontières qui le rapprochaient plus de Qilîdj Arslân, moins peut-être pour l'aider que pour circonscrire préventivement le domaine de ses éventuelles acquisitions. Il occupe, en des moments mal déterminés, Sînâb, Sal'ân et d'autres places au nord de 'Azâz d'une part, de l'autre, Artâh, Bâtriké, Bâsoûta, Chîh al-Hadîd, c'est-à-dire qu'il détient la ligne de communications directes de Tell-Bâchir à Antioche et tient la plaine d'Antioche même sous une perpétuelle menace ; peu après (octobre 1147), c'est au tour de Hâb et Basârfoût de tomber entre ses mains, lui livrant la clé du Roûdj ; en vain Raymond s'avançe-t-il jusqu'à Dânîth, faute de troupes assez nombreuses il doit se replier sur le Djabal Bârîsa, et en novembre Noûr ad-dîn achève la réduction du Djabal Banî'Oulaïm par la conquête de Kafarlâtâ ; c'est à ce moment qu'arrive en Syrie la nouvelle de l'approche d'une nouvelle croisade.

Ni Conrad III, ennemi des Normands d'Italie, ni Louis VII, mari d'Aliénor d'Aquitaine, nièce de Raymond d'Antioche et par conséquent également mal disposée pour Roger II, n'ayant accepté l'invitation de ce dernier de les transporter par mer, la croisade repassa, comme la première, par Constantinople. On ne pouvait donc pas éluder la question de ses rapports avec Byzance. Comme jadis Alexis Comnène, Manuel subordonnait son aide à la promesse de restitution aux Grecs des territoires qui seraient conquis ; seulement la présence, à la tête des Croisés, d'un roi et d'un empereur, ce dernier égal juridique du Basileus, rendait impossible une demande d'hommage, et diminuait par conséquent les facilités de contrôle de Manuel sur les croisés ; aussi les vit-il venir avec une grande méfiance. De leur côté les Francs, nourris des sentiments rapportés de la première croisade contre les Byzantins, refusèrent le concours de l'armée grecque ; leurs déprédations achevèrent de les faire mal voir, et, lorsqu'ils furent passés en Asie Mineure, il se noua une véritable alliance de fait entre les populations chrétiennes et les Turcs, qui aboutit à la destruction d'une partie des croisés ; Louis VII parvint à Antioche avec une moitié de son armée primitive, Conrad, par mer, à Jérusalem, avec une poignée d'hommes. De cette première étape de là croisade, les possibilités d'une collaboration franco-byzantine sortaient condamnées pour plusieurs années et la domination turque en Anatolie consolidée.

Le second acte, qui se joua à Antioche, ne fut pas plus heureux. Arrivés en Syrie, qu'y feraient les croisés ? Chacun naturellement tirait à soi, et de Jérusalem, où l'on espérait l'acquisition de Damas, on pressait Louis VII de venir rejoindre Conrad; d'autres ambassades arrivaient de Tripoli et de Tell-Bâchir, et Raymond essayait d'entraîner le roi de France à profiter de la panique causée à Alep par la nouvelle de son arrivée pour une attaque brusquée sur cette ville. Cette dernière requête était assurément la plus judicieuse, car Noûr ad-dîn était autrement dangereux pour les Francs que Mou' in ad-dîn qui savait Noûr addîn, malgré leur réconciliation officielle, prêt à profiter de ses moindres embarras. Et n'était-ce pas la puissance zenguide qui avait été la cause de la croisade ?

Mais Louis VII, ignorant des choses syriennes, ne songeait qu'à accomplir son voeu de croisé en allant au Saint-Sépulcre; un incident privé précipita sa décision : Aliénor n'aimait pas son mari, et elle était séduisante et coquette; Raymond essayait de profiter de sa parenté avec elle pour influencer Louis VII en faveur de ses projets, puis, lorsqu'il vit la vanité de ses efforts, pour se venger en l'encourageant dans ses intentions de divorce; Louis VII crut qu'il s'y ajoutait entre eux des relations coupables, et, emmenant de force Aliénor, partit brusquement d'Antioche, sans prendre congé du prince, et gagna Jérusalem. Aucun contingent antiochien ne devait l'y rejoindre. Aucun contingent tripolitain non plus, car à Tripoli avait débarqué un corps provençal, commandé par Alphonse Jourdain, et, celui-ci étant mort empoisonné, son fils Bertrand accusa le comte Raymond de l'avoir fait supprimer comme rival possible. La croisade se révélait Comme un facteur de désunion.

La fin fut pire encore. Les croisés attaquèrent Damas. Euneur fit appel à Saïf ad-dîn de Mossoul et à Noûr ad-dîn, qui, on pense bien, ne se firent pas prier. Euneur n'en demandait d'ailleurs pas plus, et évita de les laisser arriver jusqu'à Damas; il fit sentir aux Francs le danger qu'eût présenté pour eux l'unification de la Syrie sous Noûr ad-dîn, et les Francs de Syrie firent lever le siège (juillet 1148). Ceux d'Occident, ne comprenant rien aux choses du pays, les accusèrent de lâcheté; le fils d'Alphonse Jourdain pendant ce temps entrait en guerre contre Raymond II, et ce dernier, pour le déloger d'une place qu'il avait occupée, fit appel à Euneur et Noûr ad-dîn; les croisés se refusèrent à plus rien faire pour les Francs de Syrie. Beau résultat en vérité, et qui d'un coup anéantissait, avec le prestige de la croisade, une des raisons que Noûr ad-dîn et les Musulmans avaient cru avoir de ne pas pousser les Francs à bout.

On s'aperçut immédiatement de cette conséquence dans l'ardeur qu'apporta Noûr ad-dîn à combattre les Francs du nord. Il n'attendit même pas la levée du siège de Damas pour les attaquer, les sachant réduits à leurs propres forces. On le voit attaquer Joscelin, qui vient personnellement solliciter sa clémence, et peut-être faire un raid vers Arzghân; après l'affaire de Tripoli dès la fin de septembre il enlève al-Bâra. A un moment indéterminé, sans doute en représailles des attaques récentes de Qilîdj Arslân sur Mar'ach, Raymond d'Antioche conduit un raid vers le nord; Mas'oûd sollicite une diversion de Noûr ad-dîn, qui va occuper le bas Nahr al-aswad (Koûmîth; 'Anâqib, Marâsya, Yaghrâ). Là, il est vrai, il a trop présumé de son étoile. Raymond, entre temps revenu et se trouvant à Djabala, accourt en compagnie de son allié le chef assassin kurde 'Ali b. Wafâ, surprend Noûr ad-dîn campé sous Yaghrâ sans méfiance, et, à la suite d'un combat où la situation des musulmans a été compromise par un accès de jalousie de Chîrkoûh contre Ibn ad-Dâya, le réduit à fuire en abandonnant tous ses bagages (novembre). Mais ce ne fut là qu'un heureux coup de main, d'où ne résulta , aucune reconquête importante; Noûr ad-dîn ayant sans peine refait ses forces à Alep, put dès le printemps refouler Raymond venu razzier le Djabal Laïloûn, puis inquiéter Apamée.

Le pire fut que Noûr ad-dîn ne se trouva pas le seul à profiter du désastre des Francs, ni Antioche la seule à en souffrir. Joscelin II, d'abord indifférent à la mort de son ancien ennemi, ne tarda pas à s'éveiller à un sentiment plus juste de la situation. Renaud de Mar'ach mort sans héritier, il avait annexé son fief, mais n'avait pu pour autant en organiser la défense ; et attirés par cette circonstance, simultanément arrivaient au nord Mas'oûd le Seldjouqide, au nord-est Qara Arslân l'Artouqide. Dès l'été 1149, Mas'oûd enlevait Mar'ach dont le clergé et la garnison, malgré les clauses de la capitulation, furent massacrés sur la route d'Antioche ; puis il allait prendre Sâm et Douloûk et dévaster les environs de Tell-Bâchir.

Joscelin cette fois put l'écarter par un tribut, parce que Baudouin III envoyait en hâte, sous son connétable Onfroi de Toron, un renfort vers Tell-Bâchir, et surtout sans doute parce que Noûr ad-dîn agit en médiateur . Les rapports de ce dernier avec Mas'oûd sont un jeu savant : de Mar'ach, le Seldjouqide avait demandé l'aide de Noûr ad-dîn, qui, ne pouvant refuser de secourir un musulman contre des chrétiens sans désavouer toute sa politique, lui envoya Chîrkoûh ; et certes il ne pouvait que gagner à l'affaiblissement des Francs sur leur frontière nord. Mais on conçoit qu'il n'en tenait pas moins à éviter l'installation de Mas'oûd en Syrie et soit à l'éloigner de conquêtes plus méridionales soit à les opérer avant lui. D'où sa médiation à Tell-Bâchir.

En même temps Kara Arslân de Hiçn Kaïfâ et Khartpert qui, délivré par la mort de Zengi de ses inquiétudes djéziréennes, n'avait plus de raisons de ménager les Francs, enlevait Bâboûlâ à son seigneur arménien, puis attaquait Gargar, dont il poursuivit les habitants en fuite jusque dans la montagne de Mar Barçauma ; l'année suivante, il reparaissait devant Gargar et Tighenkar ; en vain Joscelin envoyait-il contre lui, avec Basile de Gargar, un autre Arménien, Grégoire de Kiahtâ et Hiçn Mançoûr, et le Franc Mahieu de Kaïsoûn : ils furent pris par Qara Arslân, et les deux seigneurs arméniens durent accepter l'échange de leurs châteaux contre des places que leur donna Qara Arslân à l'intérieur de ses états (début de 1150).

Dans l'hiver 1149-1150, Joscelin remporta peut-être un succès sur Noûr ad-dîn mais sans lendemain. De toute façon, ses états étaient parcourus en tous sens par des Turçomans ; en avril 1150, comme, il se rendait à Antioche, il se trouva accidentellement séparé de son escorte et, entre 'Azâz et Cyrrhus, pris par des Turcomans, qui le livrèrent à Noûr ad-dîn; il fut enfermé à Alep, où, après avoir eu les yeux crevés par ordre de Noûr ad-dîn, il devait mourir après neuf ans de dure captivité.

Alors ce fut la curée, et en deux ans à peine tout disparut de ce qui restait du comté d'Edesse. Dès 1150, Timourtach de Mardin, rivalisant avec son cousin de Hiçn Kaïfâ, enlevait Samosate, Bîra, Khouroûç, Kafarsoûd, et établissait sa suzeraineté sur Qal'at ar-Roûm, abandonnée par la femme de Joscelin au Catholicos Grégoire Bahlavoûnî comme plus capable de la défendre que le seigneur arménien antérieur, Michel. Timourtach se serait ainsi constitué une nouvelle province si, à la faveur de la distance, son gouverneur à Bîra ne s'était soulevé peu après l'avènement de son fils Alpî et n'avait fait appel à un autre Artouqide, Chihâb ad-dîn ibn Ayâz, qui reconnut la suzeraineté de Noûr ad-dîn.

De leur côté, Noûr ad-dîn et Mas'oûd attaquaient Tell-Bâchir, qui devait revenir au second comme dot de la fille de Mas'oûd, qu'il épousait. Mas'oûd prit alors prétexte d'une sédition dans ses états pour laisser Noûr ad-dîn seul au siège, mais enleva Kaïsoûn, Behesnî, Ra'bân, Marzbân au successeur de Mahieu, Renaud; il remit le tout, ainsi que Mar'ach, à son héritier présomptif Qilîdj Arslân. Noûr ad-dîn, renonçant pour l'instant à Tell-Bâchir, prit 'Azâz, Cyrrhus (juin), puis, après une diversion estivale sur le Krak des Chevaliers, Tell-Khâlid et Hiçn Kerzîn avec le Nahr al-Djauz (octobre).

Si vaillante que fût la femme de Joscelin, mère de Joscelin III encore enfant, si forte Tell-Bâchir, où affluaient les réfugiés, la situation en devenait de plus en plus critique; il n'était plus possible de communiquer avec Antioche que par la route détournée de 'Aïntâb et Marri, et combien de temps cette route même, menacée au nord et au sud, résisterait-elle ?

C'est alors qu'intervint Manuel Comnène. Loin de renoncer aux visées syriennes de son père (il intervenait au même moment en Cilicie), il vit dans la triste condition des Francs une occasion de réaliser des progrès de leur côté. Constance d'Antioche, restée veuve avec deux fils en bas âge, cherchait déjà, semble-t-il, comme plus nettement plus tard après la captivité de son second mari Renaud, à s'appuyer, en partie pour échapper à la tutelle jérusalémite, sur Manuel Comnène, prolongeant en somme la politique des dernières années de Raymond. Une négociation se noua, ayant pour but de faire acheter par les Byzantins les places possédées encore par Béatrice au nom de son mari Joscelin. Baudouin III accourait alors pour parer au danger causé par la capture de ce dernier. Il n'avait pas été consulté, mais, conscient de l'impossibilité de défendre longtemps Tell-Bâchir, il vit dans la solution byzantine un moyen soit de se procurer une aide, soit de ne pas laisser aux Francs la responsabilité de la défaite totale; de toute façon mieux valait les Grecs que les Musulmans. La vente fut conclue; il ne restait plus qu'à rapatrier les garnisons franco-arméniennes et leurs familles.

Lamentable exode s'il en fut. Les familles franques attachées depuis deux générations à leur nouveau terroir, les Arméniens trop liés à leur domination pour affronter les Byzantins ou les musulmans, durent s'arracher de leurs maisons, emportant hâtivement leurs affaires, pour suivre dans sa retraite l'armée amenée par Baudouin III pour installer les Grecs et ramener les Francs. On passa par 'Aïritâb, qu'Onfroi de Toron et Robert de Sourdeval demandèrent en vain au roi de leur inféoder. Noûr ad-dîn, informé de la retraite, accourait le harceler, et, pris entre lui et les lieutenants seldjouqides de Douloûk, les Francs auraient couru un gros danger s'ils n'avaient pu se réfugier à temps dans 'Aïntâb. Il n'en fallut pas moins repartir, toujours harcelé par Noûr ad-dîn. Du moins Baudouin àvait-il organisé la marche avec maîtrise, encadrant les convois entre lui-même en tête, Raymond de Tripoli et Onfroi en queue, les chevaliers d'Antioche sur les flancs, avec défense formelle de se laisser attirer par l'ennemi hors des rangs; quand les Francs furent engagés dans la montagne, la poursuite devint plus difficile pour les musulmans, qui manquaient de vivres, et les chrétiens purent atteindre la région de Marrî et de là gagner Antioche.

Noûr ad-dîn ne voulut pas cependant s'être dérangé en vain, et alla prendre Rawandân, malgré une diversion du « comte » grec de Tell-Bâchir vers Tell-Khâlid, dont le gouverneur musulman le battit. Ce ne fut alors l'affaire que de quelques mois d'expulser les Grecs des quelques places qu'ils avaient pu occuper. Au printemps de 1151, Mas'oûd vint s'emparer de 'Aïntâb. De son côté Noûr ad-dîn, tout en se dirigeant vers Damas où l'appelaient d'autres ambitions, faisait assiéger Tell-Bâchir par Hasan de Manbidj, qui réduisit la forteresse par la famine en juillet 1151. De l'ancien comté d'Edesse il ne restait plus rien.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 5 : Claude Cahen, page 161 — Fons Muratus
C'est près de là, dans la plaine, qu'il faut placer le Fons Muratus, de Guillaume de Tyr, XVII, 9, Ard al-Hatîm des sources arabes, où fut battu et tué Raymond, en 1149 ; le récit de la bataille (en particulier Ibn Furat, III, 14 r°) exigé une localisalion sur le chemin de retour d'Inab vers Tell Kachfâhân et non dans la montagne au-delà d'Inab, comme le croit Dussaud, page 167.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 6 : Claude Cahen, page 153 — Tell'Ammâr-Darkoûch
Les petits massifs de l'ouest ne sont traversés que par des chemins d'intérêt local, mais comprennent des bourgades toujours actives. Dans le Djabal Dovili, on signale dans notre période Salqîn, d'où des chemins rayonnent vers Djisr al-Hadîd, Hârim, Armenaz, et Tell'Ammâr-Darkoûch ; et Tell 'Ammâr, au-dessus de laquelle, à quelques kilomètres au nord-est, sont les ruines d'une petite forteresse. Mais le vrai chef-lieu de la région est, entre le Djabal Dovili et le Djabal A'lâ, Armenâz, d'où l'on communique facilement avec Salqîn, Djisr al-Hadîd, et Hârim, au sud, avec Tell 'Ammâr, Ma'arra-Miçrîn, et avec le Roûdj par une large vallée sèche où le Bîr at-Tayyîb (carte d'Etat Major : Bîrar-Menaz !) marquait la limite du district (Le Strange pages 386, 482).
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 13 : Claude Cahen, page 395 — Renaud contre Alep
Claude Cahen, page 395 note (1) : Ibn Furat, III, 66 r° (Noûr ad-dîn contre Antioche, 1155), Qal. G 325 et I F., III, 94 r° (Renaud contre Alep, rattrapé vers Hârim et battu par Ibn ad-Daya; celui-ci enleva ensuite Bourdj ar-Raçâça, resté sans doute a un seigneur local). D'après I. A. At., 194 K 137 (H 5013), Hârim, qui ne serait pas devenue possession de Noûr ad-dîn en 1149, aurait été attaquée par lui en 1156. Cette date est impossible pour le récit même d'I. A., outre qu'il est en contradiction avec les faits de 1157-1158 sur lesquels il ne peut y avoir de doute : I. A. dit que Hârim appartenait à Bohémond, ce qui en droit est vrai, mais en fait prouve, d'après la comparaison avec toutes les informations musulmanes sur cette période, qu'il ignore Renaud de Châtillon, et se comprend par conséquent mieux après la capture de ce dernier en 1160, qui rend effectif le principat de Bohémond. Après la victoire de Noûr ad-dîn, I A., cite des vers qui impliquent que Hârim, auparavant, n'appartenait pas aux Francs : ces vers ont donc été faits dans une autre circonstance. A. Ch. attribue ces vers à Ibn Mounaïr, qu'il croit mort en 1153 mais qui paraît être mort en réalité en 1158, et peut donc les avoir composés lors du raid en 1156, où Renaud fut battu près de Hârim. Quant au récit même de, I. A., on remarquera qu'il est très proche de celui qu'il donne en 1162 et peut donc n'en être qu'un double.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 13 : Claude Cahen, page 398 — Renaud contre Baudouin III
Ceux-ci choisirent comme objectif Chaïzar. Renforcés par Thoros, ils poussèrent activement le siège, et en quelques jours occupèrent la ville basse, dont la population était démoralisée. La citadelle, bien que défendue par une bande d'Assassins qui avaient espéré s'en emparer à la faveur du tremblement de terre, paraissait devoir succomber vite, lorsqu'éclata un de ces dissentiments stupides dont l'histoire féodale offre trop d'exemples : Baudouin III désirait donner Chaïzar à Thierry, qui avait les ressources nécessaires pour la défendre ; Renaud, rappelant que Chaïzar avait souvent payé tribut à Antioche, demandait l'hommage de Thierry ; Thierry ne pouvait admettre, lui comte de Flandre, de prêter hommage à un petit seigneur comme Renaud. Bref, le siège fut abandonné, et les Francs se bornèrent à occuper en route, de façon toute provisoire, la citadelle d'Apamée. Toutefois le dissentiment n'alla pas plus loin. A la place de Chaïzar on attaqua Hârim (décembre). Le siège fut bien conduit, avec mangonneaux, tours, soldats répartis en groupes ayant chacun leur tâche, tandis que les fourrageurs allaient impunément chercher des vivres jusqu'aux portes d'Alep. Le gouverneur du château ayant été tué par un mangonneau, la garnison musulmane capitula (février 1158). Redressement appréciable pour la sécurité d'Antioche et dont on conçoit que Thierry ait tiré un certain orgueil. Pour le moment il se retira dans le royaume avec Baudouin; Hârim devait être concédé à un de ses compagnons, Renaud de Saint-Valéry.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 24 : Claude Cahen, page 404 — Reprise du château d'Arcican
Ce n'est pas que l'expédition byzantine eût été pour eux sans aucun profit. La peur d'une intervention grecque empêchera pendant plusieurs années Noûr ad-dîn d'exploiter à fond ses succès contre les Francs, et l'on va voir que les contingents grecs laissés en Cilicie apporteront plusieurs fois à ces derniers un appui non négligeable. Les pèlerins gagnaient au rétablissement de l'unité de domination de Constantinople à Antioche par l'Anatolie méridionale. Les forces franques d'Antioche pouvant être exclusivement tournées contre l'Islam, quelques raids heureux furent opérés par Renaud vers le Djabal Soummâq; il résulte aussi de la suite des événements qu'à ce moment ou en 1157 furent récupérés Chîh al-Hadîd et Arzghân, ce qui assura la défense du 'Amouq et de l'Oronte.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 26 : Claude Cahen, page 407-408 — Djisr el-Hadid
On voit mal comment Noûr ad-dîn profita de l'affaiblissement des Francs d'Antioche causé par la captivité de Renaud. Il semble s'être borné au début à quelques raids sur le 'Amouq et Chîh al-Hadîd, il à l'établissement de Turcomans sur la frontière d 'Artâh. Lorsque Baudouin vint à Antioche, une trêve fut conclue. Toutefois en août 1161, un tremblement de terre ayant, endommagé quelques places antiochiennes, il vint attaquer Hârim ; la place était de taille à résister, et des troupes franques, arméniennes et grecques étant venues le harceler, tout en se refusant à un engagement décisif, il dut aux approches de l'hiver se contenter d'un partage des revenus du district. En même temps Baudouin avait fait développer les fortifications de Djisr al-Hadîd. Au sud seulement Noûr ad-dîn avait réussi à reprendre Arzghân, et à lancer de là un raid vers, Lattakié, auquel les Francs essayèrent vainement de répliquer par une diversion contre Alep (7). Dans l'ensemble, l'appui jérusalémite et grec protégeait efficacement Antioche. En 1162-1163, Noûr ad-dîn, occupé à réduire le seigneur arabe de Qal'a Dja'bar ou à combattre les Francs de Syrie centrale, n'inquiéta plus Antioche. En 1163, il fut surpris sous le Krak des Chevaliers par une armée comprenant, outre des Francs de Tripoli, des Antiochiens aux ordres de Robert Mansel et des Grecs amenés par mer par Coloman. La situation des Francs paraissait donc satisfaisante.

C'est alors que survint le désastre de 1164. Amaury, on le verra, était engagé dans une expédition en Egypte, où il combattait Chîrkoûh, que Noûr ad-dîn y avait envoyé. Pour sauver son lieutenant du danger qu'il courait, le prince turc résolut d'opérer une puissante diversion à l'autre extrémité des possessions franques, et, la campagne de Chîrkoûh ayant diminué ses effectifs, il avait fait appel à son frère Qotb ad-dîn de Mossoul et aux Artouqides. Ainsi pourvu de forces nombreuses, il vint reprendre le siège de Hârim abandonné trois ans plus tôt. A la coalition musulmane, les chrétiens répondirent par la coalition qui venait de faire ses preuves au Krak : à Bohémond et Raymond de Tripoli s'adjoignirent Coloman et Thoros, ainsi que des Temrpbers et des Hospitaliers, au total six cents chevaliers contre le double ou le triple du côté musulman. A leur approche, Noûr ad-dîn se retira, comme d'Inab en 1149. Contrairement à leur tactique de 1161, les Francs, malgré les conseils de Renaud de Saint-Valery, le poursuivirent. Attirés par lui dans la plaine d'Artâb, où il pouvait sans gêne profiter de sa supériorité numérique, les Francs chargèrent l'aile droite occupée par les Alépins et les Artouqides, qui avaient ordre de fuir ; mais pendant la poursuite, le reste des musulmans massacra les piétons francs ; au retour des chevaliers, ceux-ci furent encerclés, décimés, Bohémond, Raymond, Coloman et bien d'autres pris; seuls Thoros et son frère Mleh purent fuir (11 août 1164). Le butin ramené par les contingents djéziréens répandit en Orient la gloire de Noûr ad-dîn, des lettres pressantes des Francs à Louis VII la connaissance de leur nouveau désastre, le plus grave, en apparence, qu'ils eussent encore subi en bataille rangée.

Les conséquences n'en furent pas immédiatement aussi terribles qu'on eût put craindre, parce que Noûr ad-dîn, après avoir reçu la capitulation de Hârim, et envoyé des bandes piller jusqu'à Souwaïdiya, se détourna vers le sud et, afin de dégager plus promptement l'Egypte, alla enlever Bânyâs au roi de Jérusalem, préférant des succès méridionaux à une conquête de la Syrie du Nord qui eût risqué d'amener une réplique byzantine. Indirectement, Byzance sauvait donc pour le moment Antioche. Il n'en restait pas moins que la frontière était ramenée définitivement à l'Oronte, comme avant les succès de Renaud, que la chevalerie antiochienne était réduite à une poignée d'hommes, bref que la principauté ne pouvait plus prétendre jouer dans la politique syrienne qu'un rôle de second plan. Les circonstances allaient lui permettre de le jouer pendant plus de deux décades dans une relative sécurité.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Note 36 : Michel le Syrien — Siège d'Harrenc (Hârim)
Chapitre X — De l'époque à laquelle Boémond, fils de Bedawi, régna à Antioche, et Amaury, roi de Jérusalem, entra pour la seconde fois en Egypte. A cette époque Ya'qoub-A[r]çlan mourut, et aussi le maphrien Ignatius. A cette époque les Francs furent battus près de Harîm, et le seigneur d'Antioche et (celui) de Tripoli furent pris.

Après que Raynald 3 eut été pris par les Turcs et enfermé à Alep, sa femme, à qui appartenait Antioche, qu'elle avait reçue en héritage de son père, prit l'autorité sur cette ville et elle la gouvernait. Elle avait un fils qui était parvenu à sa majorité, mais elle ne lui permettait aucunement de gouverner, et les grands en étaient scandalisés. Et comme 5 [elle était molestée par les grands, elle manda à l'empereur des Grecs, qui était son gendre, de venir et qu'elle lui livrerait la ville. Le patriarche et les grands en eurent connaissance, et ils firent venir Thoros de Cilicie. Celui-ci entra à Antioche; il chassa la reine de la ville, et affermit le fils de celle-ci sur le trône.

La même année, Nour ed-Dîn, ayant réuni une nombreuse armée de Turcs, alla faire le siège de Hesn Akrad, afin de pouvoir envahir et piller la région de Tripoli. Un jour, vers midi, comme le peuple des Turcs se reposait sous ses tentes, les croix des Francs apparurent tout à coup, et une grande terreur s'empara des Turcs. On rapporte que quand Nour ed-Din vit les enseignes des Francs, il se précipita hors de sa tente, en chemise et sans manteau, et sauta sur son cheval qui était attaché, selon l'usage. Un Curde s'avança et coupa les entraves du cheval, et Nour ed-Dîn put s'enfuir et se sauver. Les Francs saisirent le Curde et le tuèrent; ils passèrent beaucoup de Turcs au fil de l'épée ou les enchaînèrent et les emmenèrent à Tripoli.

En l'année 1475, Ya'qoub-Arslan mourut subitement à Kiangar (1), qui est sur les rives du fleuve Halys. Il eut pour successeur Ismaël, son petit neveu. Celui-ci prit pour femme la veuve de Ya'qoub-Arslân, qui était la fille du sultan.
1. Le texte de Barhébre porte : « sur le fleuve Kângar qui est sur les rives du fleuve Halys. »

Nour ed-Dîn mit le siège contre Harim. Alors cinq princes se réunirent : le prince d'Antioche (Bohémond III), le comte de Tripoli (Raymond le Jeune), Thoros de Cilicie, le grec Doucas (Constantin Calaman, gouverneur grec de Cilicie) de Tarse, et le Maître des Frères, avec environ treize mille cavaliers et piétons.

Ils se rencontrèrent avec Nour ed-Dîn et les Francs furent honteusement taillés en pièces (11 août). Le comte, Doucas et le prince furent faits prisonniers et furent emmenés enchaînés à Alep. Tous les Frères furent tués. Thoros se sauva à Antioche, où le patriarche des Francs fit un grand deuil : il brisa les semantra et fit cesser les prières. Nour ed-Dîn s'empara de Harim et du couvent grec de Siméon. Il fit les moines captifs avec tous les gens du pays.
Note 36 : Claude Cahen, pages 418, 419 — Siège d'Harrenc (Hârim)
Une compensation eût pu être acquise au désastre si l'expédition égyptienne avait réussi, mais il n'en fut rien. La date avait été choisie de façon à correspondre à l'arrivée d'un croisé, le comte Philippe de Flandre (août 1177). La conduite de celui-ci fut étrange et néfaste. Il refusa la régence que lui offrait Baudouin IV, qui était lépreux, et s'opposa à tout autre candidat. Puis il n'accepta de participer à l'expédition égyptienne qu'avec tant de retard et de conditions que finalement la flotte et l'or byzantins reprirent la route de Constatinople sans avoir servi à rien.

Philippe avait-il été manoeuvré par Raymond de Tripoli et Bohémond III auxquels une campagne égyptienne ne pouvait rien rapporter ? Il accepta en tous cas de venir passer l'hiver à Antioche.

Pour ne pas compromettre les rapports, Baudouin IV lui donna un renfort, avec lequel, après un raid sur Hamâh, il gagna Chaïzar, où Bohémond le rejoignit pour décider d'une campagne. Les circonstances invitaient à tenter de reprendre Hârim. Saladin écarté, les chefs d'Alep s'étaient disputés, le vizir arabe Ibn al-'Adjamî avait été assassiné à l'instigation de Gumuchtekîn, puis celui-ci arrêté par aç-çâlih sous l'inculpation de négociation secrète avec les Francs. Hârim lui appartenait. La garnison, refusant de reconnaître le gouverneur envoyé à sa place, fit appel aux Francs, comme moyen de pression sur aç-çâlih; elle n'en refusait pas moins de se soumettre à eux. Saladin étant retenu en Egypte par la crainte de la descente byzantine, Bohémond jugea que s'il attaquait Hârim nul ne pourrait la secourir. L'entreprise fut décidée (novembre).

Elle s'annonçait bien. A Bohémond et au comte de Flandre s'étaient joints Raymond de Tripoli, Roupen, des Hospitaliers et des Templiers. Pour montrer leur résolution de ne pas partir avant la victoire, ils construisirent des huttes de branchage, des canaux pour l'écoulement des pluies d'hiver. D'autre part Saladin, venu en hâte tenter une diversion sur la Palestine, fut battu par Baudouin IV et réduit à fuir en Egypte, si bien que la tranquillité des assiégeants ne devait pas être troublée. Mais ces beaux débuts furent sans suite. Dans l'oisiveté du siège, les princes ne songèrent bientôt plus qu'à s'amuser, les croisés occidentaux à profiter des plaisirs tout proches que leur offrait Antioche. Puis Philippe en voulut à Bohémond de l'avoir éloigné de Palestine au moment d'une victoire sur Saladin. L'attaque est mal menée, des mines s'éboulent, les soldats se découragent tandis que les assiégés reprennent courage. Des troupes d'aç-çâlih défont des fourrageurs francs près d'Alma, introduisent peut-être même, des renforts dans Hârim, dont la garnison ne fait plus maintenant de difficulté à le reconnaître. Aç-çâlih offre une indemnité, le partage des revenus du 'Amouq, menace en cas de refus de se réconcilier avec Saladin; le comte de Flandre parle de partir, les Templiers insistent pour l'acceptation des propositions alépines. Les Francs se retirent et, quelques jours plus tard aç-çâlih entre à Hârim (mars 1178). Il n'est pas utile de dire que Philippe n'avait pas gagné dans l'affaire un redoublement de prestige; il fit ses Pâques à Jérusalem, et s'embarqua à Lattakié pour Constantinople.
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Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
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