L'erreur politique de Jacques de Molay

Les revers de la septième croisade hâtèrent la chute de l'empire latin en Orient. Le Saint-Siège voulut tenter un dernier effort : il eut la pensée de réunir en un seul les Ordres du Temple et de l'Hôpital. Grégoire X réunit un concile à Lyon pour le 7 mai 1274, où l'on devait traiter cette question.

La proposition fut repoussée, en prévision de l'opposition du roi de Castille et du roi Jacques d'Aragon.

Accon, (Acre), la dernière place de la chrétienté, tomba au pouvoir des Sarrasins le 16 juin 1291 le grand maître Guillaume de Beaujeu y fut tué avec cinq cents chevaliers. Dix-huit Templiers et seize Hospitaliers, seuls, échappèrent au massacre.

Jacques de Molay Acre ou Accon avait été prise en 1104 par le roi Baudouin ; Saladin s'en empara en 1187. Les croisés la reprirent sur les Sarrasins en 1191 ; elle resta au pouvoir des chrétiens jusqu'au 16 juin 1291 ; c'était le principal port des Templiers.
Le pape Nicolas IV se hâta de convoquer un concile à Salzbourg, afin d'envisager les moyens de porter secours à la Terre sainte. L'opinion générale était que si les Ordres militaires, que si le peuple avaient réuni tous leurs efforts au lieu de se diviser par des querelles d'intérêts, que si tout le monde avait fait son devoir, la ville n'eût pas été prise.

Nicolas IV n'avait pas perdu tout espoir ; des envoyés mongols étaient venus dans le but de contracter une alliance contre les Sarrasins. Le concile de Salzbourg décida qu'il fallait absolument réunir en un seul les trois Ordres militaires sous une règle uniforme, et appeler, le roi des Romains et les autres princes à la défense de la Terre sainte.
Nicolas IV mourut sans avoir rien pu entreprendre. Le grand maître Jacques de Molay se montrera hostile à ce projet de fusion. Il le déclarera impossible, à cause de la jalousie qui divisait le Temple et l'Hôpital.
Cette obstination des Templiers fut une des causes de leur perte ; on les accusa de sacrifier la Terre sainte à de mesquines jalousies, à des intérêts purement matériels.
Mais, n'oublions pas que les Hospitaliers n'étaient pas plus chauds que cela, le grand maître de l'hôpital, qui fut reçu par le pape, émit lui-même des réserves sur cette union.
Nous (les historiens) estimons que ceux qui s'opposèrent à la réunion des deux Ordres, que ceux qui ne poursuivirent pas la mise en œuvre de cette mesure devenue nécessaire, manquèrent de sens politique : ces deux Ordres réunis, avec leurs immenses richesses, leur valeur militaire, pouvaient créer dans les îles du Levant et de la Grèce un vaste empire maritime, arrêter l'essor des flottes musulmanes, empêcher le ravitaillement des côtes de Syrie, dominer les mers, préparer à la France un avenir immense de relations commerciales et politiques.

Certes, organiser des campagnes militaires avec les deux ou trois ordres sous l'autorité d'un quartier général tripartite pour une période et une guerre programmée, aurait été à mon avis plus rentable qu'une union qui aurait attisé les jalousies et les souvenirs de gloire de tel ou tel Ordre au détriment de l'autre.

L'utilité de cette fusion avait déjà frappé l'esprit de Louis IX ; c'est ce qu'on lit dans un mémoire de Jacques de Molay remis à Clément V en 1307. Nous croyons que Louis IX, Grégoire X et ses successeurs étaient dans le vrai. La campagne que Pierre I, roi de Chypre, accompagné de quelques chevaliers français, opéra en 1265 à Alexandrie, qui fut prise et pillée le 4 octobre ; les succès remportés sur les Sarrasins en 1267 à Japhé et à Sur (l'ancienne Tyr, en Syrie) par Pierre I, qui était devenu le maître de la mer, nous donnent la mesure de ce qu'on pouvait entreprendre avec les deux Ordres réunis, leurs richesses, leur valeur, leur organisation militaire. Il est permis de croire que si l'armée des Hospitaliers, qui combattit si vaillamment en 1267 à Japhé, avait été doublée de celle du Temple, le résultat de la descente sur cette partie des côtes de Syrie eût été bien différent.

Il est vrai que ces exemples sont réels et qu'ils ont donné toute satisfaction. Mais, c'était des armées distinctes sous une autorité réunie dans ce but identique et temporaire.

Il faut plutôt se demander pourquoi, ces unions n'ont telles pas été plus souvent utilisées ?

Les seuls réels unions réalisées et toujours gagnantes, ont eu lieu sous l'autorité des rois Baudouin au tout début des états latins. A ces moments là, la Terre Sainte était à conquérir. Plus tard, ne contait plus que son intérêt et ses biens, d'où perte de puissance et de réalité.

« La fusion des deux Ordres du Temple et de l'Hôpital eût elle réellement sauvé le Temple ? »

J'en doute personnellement, Philippe le Bel, voulait en tout premier lieu, les richesses des Templiers et secondairement que son pourvoir soit absolu.

En outre, je ne crois pas que l'union des deux Ordres aurait arrêté Philippe le Bel dans ses desseins de s'emparer des richesses de l'Ordre du Temple, il aurait fait la même chose avec les deux Ordres réunis.

Je suis et reste persuadé, que si l'Ordre du Temple était resté en Orient, sur l'ile de Chypre après la chute de Saint-Jean d'Acre, et qu'il ait joint ses forces restantes à celles des Hospitaliers, leur triste sort n'eut jamais existé.

Il ne faut pas perdre de vue qu'un des arguments des conseillés de Philippe le Bel était : L'Ordre du Temple est né pour reconquérir la Terre Sainte et garder les lieux saints, depuis que les chrétiens ont perdu l'un et l'autre, l'Ordre du Temple n'a plus lieu d'être.

La perte du Royaume Franc de Jérusalem

Baudouin IV, souverain honnête et sage, s'entendit avec Saladin pour une trêve entre les deux nations. Avec pour close de laisser passer les caravanes se dirigeant vers la Meque ou Médine. C'était sans compter sur l'aveuglement de Renaud de Châtillon.

Celui-ci, s'il eût été plus raisonnable et plus habile aurait pu exploiter à son profit la nécessité qui s'imposait à Saladin de passer par sa Terre pour maintenir la liaison entre ses deux royaumes, celui du Caire et celui de Damas. Il aurait pu se conformer aux règles de bon voisinage qui, au cours de longues trêves, s'étaient établies entre Francs et Musulmans, d'autant plus que Saladin était d'une loyauté vraiment chevaleresque.

Mais Renaud accumula les fautes

Vers 1181 il avait attaqué une nombreuse et très riche caravane qui venant de Damas se dirigeait vers la Mecque. Confiante dans une trêve établie entre le roi de Jérusalem et Saladin, elle alla camper dans le voisinage de Kérak. Renaud emmena des captifs et un abondant butin dans sa forteresse. Le roi indigné du procédé envoya plusieurs chevaliers du Temple et de l'Hôpital vers Renaud pour l'inviter à restituer aussitôt ses prises. Celui-ci ayant refusé, le souverain se vit obligé d'adresser des excuses à Saladin. Malgré cela le sultan se prépara à l'offensive. Au printemps 1182, une armée Musulmane allait piller la Galilée puis enlevait aux Francs la grotte-forteresse d'el Habis située au Sud-est du lac de Tibériade. Puis en juillet Saladin parcourait la Samarie et la Galilée et poussait jusqu'à Beyrouth.

Malek el Abdel

Le frère de Saladin, Malek el Adel, qui commandait au Caire en son absence, fit transporter du port de Damiette des vaisseaux de guerre sur la mer Rouge, qui se lancèrent à la poursuite de la flotte franque. Des combats eurent lieu sur terre et sur mer. Tous les Francs furent tués ou pris. Saladin fit décapiter les captifs amenés au Caire et à Alexandrie. Puis en septembre 1183 il envahissait la Galilée ; des rencontres eurent lieu avec l'armée royale. Enfin à la fin d'octobre le sultan montait contre Kérak un siège de grande envergure avec ses armées syriennes et égyptiennes et un matériel considérable.

La ville fut brusquement attaquée

Il semble bien que Renaud se soit laissé surprendre et il y eut un grand massacre. Combattants et citadins refluèrent vers le pont du château. La tête du pont fut défendue par un seul chevalier nommé Yvein qui fit là des prouesses extraordinaires. Jouant de l'épée à droite et à gauche, il envoyait dans le fossé les assaillants, protégeant ainsi la retraite des chrétiens. Enfin criblé de flèches il se replia et le pont fut abattu derrière lui.

- Or le château hébergeait à ce moment des seigneurs et de nobles dames ainsi que des jongleurs et des musiciens qui y étaient venus pour assister au mariage d'Isabelle, fille du feu roi Amaury et soeur du roi Baudouin IV, avec Onfroi IV de Toron, fils de « la dame dou Crac », Étiennette de Milly.

Ici se place un charmant trait de galanterie et de chevalerie qui marque admirablement les rapports courtois que pouvaient entretenir, même en temps de guerre, les princes Francs et Musulmans. Étiennette envoya à Saladin qui investissait son château une partie du festin nuptial et, en le faisant saluer par ses serviteurs, elle lui rappela le temps où, alors qu'elle était enfant, il était otage dans ce même château et où il la portait dans ses bras. Saladin fut très touché de ce souvenir, « il l'en mercia moult hautement » et demanda en quelle tour gîtaient les nouveaux mariés, et quand on la lui eut montrée il ordonna qu'on s'abstînt de tirer contre cette tour.

Renaud en péril

Renaud en grand péril alluma un feu sur la plus haute tour pour lancer au roi son appel de détresse. Vingt lieues à vol d'oiseau séparent Kérak de Jérusalem. Le roi Baudouin averti fit à son tour allumer un feu sur la Tour de David pour rassurer les assiégés de Kérak et partit aussitôt avec ses troupes. Saladin apprenant leur approche détruisit ses machines et leva le camp le 4 décembre.

Le roi Baudouin aveugle et paralysé, poursuivit néanmoins sa route. Accueilli avec enthousiasme par la garnison et le peuple de Kérak, il fit réapprovisionner le château et réparer les dommages causés par le siège, puis il regagna Jérusalem.

Le retour de Saladin

Saladin devait revenir quelques mois plus tard. Les chroniques franques et arabes parlent avec grands détails de ce siège de 1184 qui fut encore plus violent que celui de l'année précédente, et le sultan eut plus de peine à s'emparer de la ville. Il avait rassemblé des forces considérables et mit en batterie 14 mangonneaux. Mais le château lui aussi était bien pourvu d'engins de défense et les gens de Renaud de Châtillon accablaient les agresseurs de leurs projectiles. Ayant commencé le siège au milieu de juillet, Saladin un mois plus tard constatait que le château demeurait inébranlable. Puisque ses mangonneaux étaient inefficaces, il fallait combler le fossé large et profond qui séparait le château de la ville. Il fit à cet effet construire à l'aide de poutres et de briques trois galeries couvertes allant jusqu'à ce fossé. Ainsi l'on commença à le remplir de terre et de pierres. Des lettres rapportées par le chroniqueur Abû Chama sont comme des cris d'enthousiasme à la veille du triomphe qu'on croyait assuré. Cependant l'armée royale se dirigeait à marches forcées vers Kérak.

Appel aux combattants de Palestine

- Et voici un témoignage de l'ardeur que l'on mit en Palestine à réunir le plus grand nombre possible de combattants pour secourir la forteresse placée en avant-garde des états chrétiens. Il est dû à un seigneur français André de Vitré, qui ne faisait nullement partie de la noblesse de Terre Sainte. Il était simplement venu en pèlerinage à Jérusalem et était sur le point de retourner en France quand il apprit cette levée des troupes qui allaient se porter en hâte à l'aide de Kérak. S'y décidant aussitôt et prévoyant qu'il pouvait trouver la mort dans cette expédition, il agit comme tant de Croisés l'avaient fait: on a conservé un acte de lui par lequel il abandonnait certains de ses biens à divers établissements religieux en France. Saladin une fois de plus brûla ses machines et renonça au siège de Kérak.

Renaud n'arrête pas les pillages

Désormais la fatalité accablera le royaume de Jérusalem. Baudouin IV, souverain honnête et sage, désirait s'entendre avec Saladin lui aussi compréhensif et équitable. Mais le roi se mourait de la lèpre, et affaibli par cette atroce maladie, il ne pouvait maintenir dans l'obéissance certains barons et prélats dont l'esprit d'indépendance grandissait; ainsi Renaud de Châtillon agissant en seigneur insouciant de son devoir féodal et même en véritable chef de brigands.
Comme il l'avait déjà fait il recommence ses pillages vers le début de 1187, alors qu'une trêve est en cours. Il s'empare d'une caravane qui gagnant Damas passait sur son domaine. Saladin le menace et se plaint auprès du nouveau roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, qui adjure Renaud de restituer ce qu'il avait enlevé indûment. Celui-ci leur oppose un refus brutal. « La prise de cette caravane, dit l'Estoire de Eracles, fu l'achoison de la perdition dou roiaume de Jérusalem ». La colère de Saladin fut alors à son comble. Il jura de tuer Renaud de sa main. Il devait tenir parole quelques mois plus tard. Il fait envahir la Palestine et va lui-même dévaster le voisinage de Kérak et de Montréal. Le moment où les deux puissances allaient s'affronter dans un combat définitif était proche.

La traîtrise de Ridefort

Ce n'est pas ici le lieu de raconter la bataille de Hattin (à l'Ouest du lac de Tibériade) qui fut un effroyable désastre dont le royaume de Jérusalem ne devait jamais se relever. L'armée chrétienne ne comptait guère plus de 21 000 hommes et Saladin en avait 60 000. On a dit les hésitations du faible roi Guy de Lusignan dans le conseil de guerre qui se tint la veille de la bataille. Les appels pathétiques à la prudence du sage comte Raymond de Tripoli et de Baudouin d'Ibelin, le meilleur capitaine des armées chrétiennes: attendre des renforts annoncés, ne pas s'avancer vers l'ennemi, rester près des sources de Séphorie pour ne pas s'engager dans un territoire sans eau où l'armée serait accablée par la soif. La riposte violente du grand maître du Temple Gérard de Ridefort, les accusant de lâcheté. Le roi écoutant la voix de la raison. Et les barons se séparant. Puis en pleine nuit Gérard de Ridefort, allant retrouver le roi, le faisant brusquement changer d'avis, et soudain dans le silence du camp endormi, les tambours et les trompettes sonnant l'appel aux armes et la marche en avant. Et ce fut l'abominable journée du 4 juillet 1187.

Saladin vainqueur

- Au soir de la bataille les chefs de l'armée franque furent amenés sous la tente de Saladin. Il y avait là le roi Guy et son frère connétable du royaume, Renaud de Châtillon et son beau-fils Onfroi du Toron, le grand maître du Temple, les seigneurs de Giblet, du Boutron et de Maraclée, d'autres encore. Le sultan traita le roi avec honneur, mais apostrophant Renaud il lui reprocha d'avoir maintes fois manqué à la parole jurée et violé les trêves et comme il lui demandait ce qu'il ferait à sa place s'il le tenait en son pouvoir, Renaud lui aurait répondu :
« Je vous coperoie la teste ! » Saladin levant alors son sabre, lui trancha l'épaule et ses mamelucks achevèrent le rude guerrier Franc. La place de Kérak devait survivre plus d'un an à son dernier seigneur.

Saladin après sa victoire de Hattin envahit la Palestine. Il mit le siège devant Jérusalem et y entra le 2 octobre. Pendant ce siège, il vit venir à lui la princesse de Kérak, Étiennette de Milly, que la journée de Hattin avait cruellement éprouvée puisque son mari y avait trouvé la mort et son fils Onfroi de Toron y avait été fait prisonnier.
Saladin consentit à rendre la liberté à celui-ci à la condition qu'elle lui livrerait Kérak, ce qu'elle accepta. Le sultan fit chercher à Damas, Onfroi.

Kérak ferme ses portes

Étiennette et son fils partirent pour Kérak avec des émirs qui devaient prendre possession de la citadelle franque. Mais la garnison refusa d'en ouvrir la porte et de rendre la place aux infidèles. Humiliée la princesse revint en Palestine et fidèle à sa parole elle rendit son fils à Saladin. Le sultan la laissa se réfugier à Tyr que, dans l'abandon d'une grande partie de la Palestine, les Francs avaient vaillamment défendue et conservée; il fit restituer à la princesse ses serviteurs et ses richesses sans en rien retenir.

En mars Saladin fit investir Kérak

- La garnison de Kérak coupée de toute communication, abandonnée par la chrétienté vaincue, privée de ressources, tenait toujours avec un acharnement qui provoquait, de la part des Francs aussi bien que des Musulmans, une admiration dont les chroniques se font l'écho. Après avoir mangé leur bétail et leurs chevaux, les chiens et les chats, les défenseurs de Kérak n'ayant plus de quoi nourrir leurs femmes et leurs enfants préférèrent les vendre aux Musulmans dont ils obtenaient en échange des vivres, qui leur permettraient de résister plus longtemps.

La famine dans Kérak

Enfin la famine les accula à rendre la place, ce qui eut lieu vers novembre 1188. Saladin se comporta de façon chevaleresque envers ces héros. Il racheta leurs femmes et leurs enfants et les leur rendit, il « l'or donna grand avoir » et les fit reconduire en terre chrétienne. - Montréal résista plus longtemps encore et ne céda qu'en avril-mai 1189. Saladin témoigna à sa garnison les mêmes égards. Il s'était déjà emparé des autres places qui surveillaient le Derb el Hadj.

Ainsi se clôt l'histoire de l'installation des Francs en « la Terre d'Outre-Jourdain » principale baronnie du royaume de Jérusalem, qui avait commencé avec un voyage de reconnaissance fait à la fin de l'année 1100 par Baudouin Ier quelques semaines avant de recevoir la couronne de roi de Jérusalem.

La perte de Jérusalem

On parle trop souvent de la Maison du Temple comme d'un bloc parfaitement homogène, dont la politique n'aurait jamais varié. Tout au contraire, on peut y retracer l'influence pour le bien ou le mal, de beaucoup de maîtres.
La mort de Bertrand de Blancfort, le départ de Geoffroi Foucher, furent des pertes très sensibles pour le couvent. Les Templiers inclineront pendant quelque temps à élire pour maîtres des hommes qui auront rempli de hautes fonctions séculières plutôt que des chevaliers mûris au service de la Maison ; cette nouvelle orientation aura des suites funestes.

Election de Philippe de Milly
Pour succéder à Bertrand de Blancfort, on choisit Philippe de Milly élut maître en 1169, seigneur de Nablus. Le nouveau maître était d'une famille picarde établie en Syrie. Il assista comme chevalier séculier au siège de Damas en 1148, et son nom revient plusieurs fois dans les pages de Guillaume de Tyr. Il épousa l'héritière de la seigneurie d'Oultre Jourdain, et échangea ensuite ce fief trop exposé contre celui de Nablus près de Jérusalem (1) Philippe se fit Templier après la mort de sa femme, mais à ce qu'il paraît quelques jours seulement avant son élévation à la maîtrise. Le 13 août 1169, il atteste une charte du roi faite à Nablus, comme Philippe de Naplouse sans se qualifier de Templier, mais le 20 août il s'intitule Philippe, maître du Temple. Il se démit presque aussi vite de ses fonctions en 1171, pour accompagner Amaury dans son voyage à Constantinople en 1171, et nous le perdons désormais de vue. Il mourut le 3 avril, on ne sait plus de quelle année.

Election d'Odon de Saint-Amand
Nous ne connaissons guère son successeur Odon de Saint-Amand, que par la plume de Guillaume de Tyr, qui le détestait et ne s'en cachait pas. « C'était un homme ayant le souffle de la fureur en ses narines, ni craignant Dieu, ni respectant les hommes », écrit l'archevêque. Mais on n'a pas toujours tenu suffisamment compte des préventions de cet historien. Il se méfie, non sans raison, de l'indépendance arrogante des Templiers, qui commençaient à se croire tout permis ; cependant il exprime aussi les doléances épiscopales, voire les jalousies suscitées par les faveurs insignes accordées par Rome à l'Ordre presque depuis ses débuts. Et plus d'une fois, en ce qui concerne les Templiers, la version française de « l'Estoire d'Eracles » renchérit haineusement sur le texte latin de « l'Historia Sacra. » Néanmoins il est difficile d'écarter l'impression qu'à partir de la maîtrise de frère Odon, les Templiers se rendirent insupportables aux autorités civiles et religieuses à la fois.
Saint-Amand avait été maréchal de Jérusalem, puis grand échanson du Royaume (2). Cependant, une fois devenu maître, il lutta avec acharnement contre la puissance royale, d'une façon qui risquait d'entraîner des suites fâcheuses pour son ordre. Et nous mesurons, par l'intransigeance du maître, combien la Maison avait perdu de son intelligence diplomatique depuis quelques années.

Meurtre des émissaires du Vieux de la Montagne par les Templiers
En 1172, le Vieux de la Montagne, chef de la secte mystérieuse des Ismaéliens, niché dans les contreforts du « Lébanon », envoya ses émissaires au roi de Jérusalem pour lui offrir une alliance contre les Sarrasins ; il proposa encore de se faire chrétien avec tous ses zélateurs. Les Musulmans autant que les Francs craignaient le Vieux de la Montagne, les allées et venues de ses assassins invisibles, les dagues empoisonnées qui tranchaient ses querelles. Les Templiers et les Hospitaliers seuls se montraient insouciants. « A quoi bon tuer leur maître, disaient les Ismaéliens, puisqu'ils ne feront que mettre un autre à sa place ? » (3). Et lorsqu'Amaury accepta sans hésitation les propositions du Vieux, et renvoya ses émissaires avec des lettres et des présents pour leur scheik, les Templiers alors leur tombèrent dessus en cours de route et les égorgèrent.
Les motifs du meurtre ne nous sont pas connus. Mais les conditions posées par le Vieux comprenaient l'abandon par les Templiers d'un tribut qu'ils levaient sur les territoires des Ismaéliens. Amaury donna son assentiment et promit d'indemniser les chevaliers. Mais on peut se demander si les démarches du Vieux avaient d'autre but que de faire cesser ce tribut, quitte à berner le roi par quelques promesses illusoires. Il est difficile d'envisager la conversion en masse du scheik et de ses Haschichins fanatiques et les Templiers ressentirent probablement tout autant de scepticisme que nous.
Amaury, indigné et alarmé, fit des excuses au Vieux qui oublia ses projets d'alliance et sa conversion tout ensemble et somma le maître du Temple de lui livrer le coupable. Odon répondit que le meurtrier était un certain frère Gautier du Mesnil, chevalier borgne et stupide, qui serait jugé par son chapitre, mais qu'il refusait de livrer à la justice royale. Là dessus Amaury assembla quelques troupes, fit le siège de la commanderie de Sidon et se saisit de la personne de frère Gautier. Le roi confia en même temps à Guillaume de Tyr qu'il avait l'intention de dompter l'ordre du Temple, dont l'indépendance devenait une menace pour le royaume ; seule sa mort subite empêcha l'affaire d'avoir des conséquences très graves pour la Maison (4).
En refusant de livrer le meurtrier, frère Odon couvrait probablement celui qui n'avait fait qu'obéir à ses ordres. Mais en même temps, le maître du Temple entrait dans la lutte qui divisait les pouvoirs spirituel et temporel dans toute l'Europe, à propos des clercs criminels. Le cas d'un clerc coupable de meurtre ou de vol relevait-il ou non uniquement des cours ecclésiastiques ? Ce fut là la cause profonde et irréductible de la dispute entre Henri II d'Angleterre et Thomas Becket, qui se termina par l'assassinat de l'archevêque sur les marches de l'autel de Canterbury, pendant cette même année de 1172. Lorsque Odon de Saint-Amand ferma les portes de ses commanderies à la justice royale, il agissait dans le même esprit que Becket ; néanmoins les privilèges ecclésiastiques et la puissance militaire du Temple se complétaient les uns les autres de façon inquiétante, et un maître plus avisé que Saint-Amand se serait gardé de précipiter un conflit où la Maison avait tout à perdre.
Ce fut encore sous la maîtrise d'Odon de Saint-Amand que les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, toujours très jaloux les uns des autres, arrivèrent à la rixe ouverte. Mais il paraît que les deux maîtres comprirent combien ces luttes étaient malséantes, puisque frère Odon d'un côté, Roger des Moulins de l'autre élaborèrent des accords qui allaient régler les différends entre leurs maisons. Les querelles devaient être arbitrées premièrement par trois frères de chaque ordre, choisis par les commandeurs des Maisons ou des Provinces intéressées ; s'ils n'arrivaient pas à s'entendre, on devait faire appel aux amis communs, et finalement aux maîtres, auxquels on adresserait des lettres expliquant le fond de la dispute. « Et si aucun frère — dont Dieu les garde — briserait cet accord et cette paix, sachez qu'il enfreindrait les commandements des Maisons et des Chapitres de Jérusalem, et ne pourrait en faire amende sans venir par devant son maître et son chapitre en Jérusalem. » Alexandre III ratifia le traité le 2 août 1179.

Mort d'Amaury Ier, 1174
Les événements qui suivirent la mort d'Amaury Ier, en 1174, se déroulèrent selon le mode d'un roman de chevalerie. La perte de la Ville sainte inspira des récits contemporains nombreux et dramatiques, et l'oeuvre des chroniqueurs a suscité de multiples commentaires. Nous n'avons ici qu'à déterminer les responsabilités des Templiers, et à décrire leur part dans le désastre.
Amaury laissa comme héritier un garçon de treize ans, déjà atteint d'une maladie mortelle, la lèpre, et deux petites filles. La régence fut dévolue au comte Raymond de Tripoli, cousin du feu roi par sa mère. Puisque, en Terre sainte, les filles héritaient, Raymond pouvait se considérer comme successeur éventuel du royaume. Amaury en avait été peut-être jaloux, puisqu'il le laissa se morfondre dans les cachots d'Alep pendant huit ans après la défaite de Harim (1164). Le comte de Tripoli avait profité de sa captivité pour s'instruire, parlait couramment l'arabe et lisait le latin. Dès son retour en chrétienté, il épousa la princesse Eschive de Galilée, qui lui apporta en dot son fief, l'un des plus importants de la Terre sainte, avec son château de Tibériade sur le lac de Génésareth.
Vers cette époque, un chevalier errant de famille flamande, nommé Gérard de Ridfort, vint en Palestine chercher fortune. Il s'attira l'attention du comte Raymond qui le prit en amitié et le nomma maréchal de Jérusalem. Le comte promit même de lui faire épouser la première héritière qui serait à marier. Mais quand le seigneur de Botron décéda quelque temps après, laissant une fille unique, Lucie, qui hérita du fief, Raymond se laissa tenter par les offres très avantageuses d'un certain Plivain de Pise. Le Pisan proposa de lui verser le poids en or de la jeune fille en échange de sa main. « On mit la demoiselle dans une balance, et les pièces d'or dans l'autre, écrit le chroniqueur de l'Estoire d'Eracles, qui ajoute avec hauteur : Les Français ne tiennent jamais les Italiens pour gentilshommes, aussi riches ni preux qu'ils soient. »
Qu'en pensa Lucie dans son château de Botron sur la côte libanaise ? Aimait-elle déjà son prétendant flamand ? Et lui, Gérard, fut-il l'amant désespéré ou simplement l'ambitieux déçu ? Il tomba malade de fièvre, et peut-être de dépit, et se fit soigner dans l'infirmerie du Temple à Jérusalem où, dès sa guérison, il prononça ses voeux comme frère de l'Ordre « Mais aux trois voeux il ajouta un quatrième, celui de vengeance sur le comte Raymond. »

Les événements historiques de 1174-1187 en Terre sainte<
Les années de la régence du comte, de 1174 à 1177, furent les dernières à peu près paisibles dans l'histoire de la Terre sainte. Car désormais, en face des Francs affaiblis et désunis, se dresse la grande figure du sultan Saladin, qui réunit tout l'Islam et répond à la croisade par le Jihad.
Tout ceci fournit une sorte de prologue. Le drame véritable commence le jour de Sainte-Catherine, le 25 novembre 1177. Raymond était parti pour Antioche, lorsqu'on sut brusquement que « les Sarrasins étaient dans le pays. » Saladin venait de passer la frontière de l'Egypte et s'avançait sur Jérusalem, après avoir menacé Gaza et Ascalon. Faisant preuve d'un sens stratégique et d'un sang-froid remarquables pour un garçon de dix-sept ans, le jeune Baudouin IV, qui se trouvait en Ascalon, fit une sortie derrière l'armée turque qu'il surprit à Lidda, entre Jérusalem et la côte. Il n'avait pour troupes que les levées de la Palestine du Sud et quelques seigneurs des environs. Le maître du Temple arriva de Gaza par marches forcées avec quatre-vingts chevaliers du Temple, ce qui porta les effectifs du roi à cinq cents chevaliers.
« Ainsi comme ils s'en allaient tous en bataille, grande volonté avaient de venger les outrages que les mécréants avaient faits en ce pays. Grand courroux et grande hardiesse leur mettaient es coeurs le feu des villes qu'ils regardaient de toutes parts... »
La bataille fut dure mais brève. Pour la dernière fois des milliers de Sarrasins prirent la fuite devant la charge d'une poignée de chevaliers. Saladin lui-même tourna bride et s'enfuit jusqu'en Egypte, tandis que Baudouin et ses compagnons d'armes rentraient à Jérusalem chargés de butin.
Une paix très favorable aux Francs suivit la victoire de Lidda. La faction de la Cour qui s'opposait au comte de Tripoli, ayant à sa tête la mère du jeune roi, Agnès d'?desse, et son amant le patriarche Héraclius, profita des circonstances pour brouiller Baudouin avec son cousin. Raymond abandonna la régence et se retira à Tripoli, tandis que le maître du Temple le remplaçait comme conseiller militaire du roi.
Odon de Saint-Amand fut d'avis de construire un château qui fermerait le Gué de Jacob, passage du Jourdain en amont du lac de Génésareth, par où les razzias sarrasines pénétraient en Galilée. Baudouin objecta qu'il n'en avait pas le droit, par les conditions mêmes du traité récent. (Il était toujours convenu entre Chrétiens et Sarrasins qu'on ne bâtirait pas de nouvelles forteresses sur la frontière en temps de trêve.) Odon répondit que lui n'avait pris aucun engagement, et que son ordre se chargerait de la construction. [Nous décelons encore ici l'aptitude des Templiers à se considérer hors de tous cadres, féodaux ou ecclésiastiques]. « Mais ensuite, ils firent tant qu'ils persuadèrent au roi de venir les garder avec l'ost tandis qu'ils se mettaient à l'oeuvre. » Le Châtelet fut bâti pendant l'hiver de 1178-1179 sous la surveillance du roi et de Saint-Amand, et reçut une garnison de soixante frères du Temple et de quinze cents mercenaires à la solde du roi. Baudouin et frère Odon y laissèrent le sénéchal du Temple, et remontèrent la frontière vers Banyas, le long des pâturages où les chevaux de la caravane profitaient de l'herbe printanière, jusqu'au casal de Mesaphat où Saladin les surprit.
Le combat s'engagea mal pour les Francs « selon Guillaume de Tyr » par suite de l'impétuosité de frère Odon, qui se jeta, avec son couvent, à la rencontre des Turcs. Le maître et de nombreux chevaliers tombèrent aux mains du sultan, tandis que le roi lui-même ne dut son évasion qu'au dévouement des siens.
Saladin brûla le Châtelet après quelques jours de siège, et coupa la tête à tous les Templiers de la garnison. Le Roi lépreux, dépourvu de troupes et très malade, dut se résigner à conclure une nouvelle trêve.
Odon de Saint-Amand mourut en captivité le 9 octobre 1180. Il avait refusé de se laisser rançonner ou échanger : « Un Templier, disait-il, ne peut offrir comme rançon que sa ceinture et son couteau d'armes. » Il se peut qu'il n'ait pas voulu abandonner les frères du Temple qui partageaient sa prison, trop nombreux pour être rachetés.

Election à la Maîtirise d'Arnaud de la Tour Rouge
Les Templiers choisirent son successeur avec le souci de redresser la politique de leur Maison par un vigoureux coup de barre ; leur choix se porta sur un maître qui paraissait en toutes choses l'opposé de Saint-Amand. Arnaud de la Tour Rouge était déjà vieux. Il avait servi la Maison depuis de longues années et rien ne le liait aux factions de la Terre sainte, puisqu'il avait été maître en Espagne depuis 1167. Nous pouvons supposer, cependant, que son élection déplut aux admirateurs de frère Odon, et que ceux-ci commencèrent à se grouper autour de Gérard de Ridfort, jadis maréchal de Jérusalem, comme Saint-Amand, et maintenant sénéchal du Temple.
La mort du roi semblait proche. La succession revenait à sa soeur aînée, Sibylle, déjà veuve à seize ans et qui venait de se remarier avec un jeune croisé poitevin, Gui de Lusignan. En attendant de le faire roi « Si Guion est roi, je devrais être Dieu », disait son frère aîné Geoffroi de Lusignan, Sibylle lui donna son propre apanage de Jaffa et d'Ascalon, et persuada Baudoin de le nommer régent ou bayle du royaume.
Pendant quatre ans encore, le Roi lépreux lutta avec le plus beau courage contre son atroce maladie et contre les attaques répétées de Saladin. Quand il ne put plus monter à cheval, il se fit porter en litière à la tête de ses troupes. Il ne résigna le pouvoir qu'en dernier lieu entre les mains de Lusignan. Celui-ci eut vite fait de montrer son incompétence ; il suscita l'hostilité de beaucoup de barons syriens, et finalement outragea le roi en refusant brutalement de lui céder la ville de Jaffa comme résidence d'été.
Baudoin, aveugle et déjà mourant, imposa son autorité. Il réunit un parlement à Acre où il déclara Gui de Lusignan déchu de la régence et se réconcilia avec Raymond de Tripoli, auquel il confia la garde du royaume après sa mort. Il nomma comme successeur un enfant de cinq ans, fils de sa soeur Sibylle par son premier mari.
Le parlement convint ensuite d'envoyer une ambassade en Europe pour faire connaître la situation désastreuse de la Terre sainte. On désigna comme ambassadeurs le patriarche, et les maîtres du Temple et de l'Hôpital ; ils devaient s'adresser tout particulièrement à Henri II d'Angleterre [qui était comme Baudoin IV petit-fils de Foulques d'Anjou], et même lui offrir la couronne de Jérusalem si la branche cadette venait à s'éteindre.
Arnaud de Torroge mourut à Vérone en cours de route, le 30 septembre 1184 (5). Les deux autres émissaires trouvèrent les rois de France et d'Angleterre fort indifférents à toute croisade ; l'unique résultat de leur voyage fut l'imposition de la dîme de Saladin dont les Hospitaliers et les Templiers assurèrent la gérance — et la consécration, par le patriarche, de l'église ronde du Temple de Londres.

1184, Election à la Maîtirise suprême de Gérard de Ridefort
L'élection qui suivit la mort d'Arnaud de Torroge marque un des tournants de l'histoire du Temple. On décidait du choix d'un maître par la voix de treize grands électeurs ; leurs débats, comme tous les chapitres de l'Ordre, se déroulaient dans le plus profond secret — moins pour les cacher aux yeux du public que pour éviter des vendettas mortelles au sein même de la Maison. Sans en savoir rien de précis, nous pouvons penser qu'en 1184, les électeurs hésitèrent entre le sénéchal Gérard de Ridfort et Gilbert Erail, grand commandeur de Jérusalem et trésorier du Temple. Si la majorité eût donné sa voix à celui-ci, les péripéties des années suivantes auraient été profondément modifiées, car le grand commandeur possédait de sérieuses qualités de modération, d'habileté et de prévoyance. Mais quand les électeurs se présentèrent devant le couvent réuni dans la grand-salle du Temple de Salomon à Jérusalem, pour leur annoncer « Beaux seigneurs, rendez grâces et merci à Jésus-Christ... car nous avons de par Dieu et selon vos commandements élu le maître du Temple » le nom qu'ils livrèrent aux acclamations ou aux réticences des chevaliers fut celui de Gérard de Ridfort. Il fut le dernier maître proclamé dans la « Maison chêvetaine. »
Le parti du Flamand triomphait, et Gilbert Erail fut éloigné de la Terre sainte pour remplir les fonctions de « maître en Provence et en Espagne » jusqu'en 1189, et de « maître en Occident » de 1190 à 1193. Un couvent assagi par les désastres le rappellera enfin en Terre sainte comme chef suprême de l'Ordre (6).
Il est difficile de parler avec modération de Gérard de Ridfort. Il avait été et demeura un aventurier. Il possédait, exagérés, les défauts de Saint-Amand, sans les qualités militaires ni l'intégrité personnelle, qui les compensaient chez celui-ci. Gérard ne présentait aucune capacité militaire ; au contraire, il fit preuve d'une volonté bien arrêtée de survivre à tous les désastres qu'il provoqua. Il semble que le maître du Temple aurait pu oublier les offenses faites au jeune chevalier errant d'autrefois ; mais Gérard subordonna tout à sa vengeance personnelle. Les pouvoirs du chapitre général et du maître se contrebalançaient assez savamment, mais rien n'était prévu pour le cas où le chef de l'Ordre manquerait de tout sentiment de responsabilité.
Nous ne pouvons pas juger des réactions du couvent. Pendant les années critiques, le Temple se prêta docilement aux directives d'un énergumène. Les chevaliers se laissèrent-ils employer sans protestation ?
Ou la situation de la Terre sainte était-elle si embrouillée que la politique casse-cou de Gérard leur parut la meilleure ?
Il serait curieux de connaître les réflexions du vieux maître en Angleterre, Richard de Hastings, lorsqu'il débarqua en Palestine quelques mois après l'élection de Gérard de Ridfort...

1185, Mort de Baudoin IV
Baudoin IV mourut en 1185. Son héritier, le petit « Baudouinet » ne lui survécut qu'un an à peine, et le problème de la succession se posa de nouveau. A la rigueur, on pouvait hésiter entre les deux soeurs du Roi lépreux, car Sibylle, quoique l'aînée, était la fille d'une mère divorcée, et qui ne fut que comtesse d'Ascalon ; tandis que la légitimité de sa demi-soeur Isabelle, fille de la reine Marie, n'admettait pas de doute. Mais le choix concernait moins les deux princesses que Gui de Lusignan et Raymond de Tripoli.
On porta le petit corps à Jérusalem pour l'enterrer à côté de ses aïeux dans l'église du Saint-Sépulcre. Sibylle et Gui assistèrent aux funérailles, Raymond commit la maladresse de s'absenter. Ses ennemis personnels Gérard, le patriarche Héraclius, Renaud de Châtillon, seigneur d'Oultre Jourdain, saisirent l'opportunité inespérée de sacrer Sibylle reine selon les rites traditionnels. Pour parfaire la cérémonie, il fallait avoir accès au trésor, où la couronne royale était déposée sous trois serrures ; l'une des clefs appartenait déjà au patriarche, l'autre au maître du Temple. Il ne restait qu'à s'assurer de la troisième, confiée au maître de Saint-Jean, et Gérard et Héraclius se rendirent à l'Hôpital. Le maître, Roger des Moulins, persista longtemps dans son refus, mais enfin, sous la menace d'une émeute, « il jeta la clef au milieu de la pièce, et s'en alla. » Dans la rue, la foule bigarrée chantait : Malgré les poulains Aurons-nous roi poitevin en l'honneur de Gui de Lusignan.
On se dirigea en toute hâte vers la basilique du Saint-Sépulcre, où Héraclius posa le diadème sur la tête de la jeune femme, qui couronna ensuite son mari. Et Gérard de Ridfort s'écria à haute voix, en guise de bénédiction : « Cette couronne vaut bien le mariage de Botron. »
Raymond de Tripoli s'était arrêté à Nablus, chez Balian d'Ibelin, deuxième mari de la reine douairière Marie Comnène, et ainsi beau-père de la princesse Isabelle. Ils y rassemblaient un parlement pour traiter de la succession, lorsqu'ils reçurent les nouvelles du sacre de Sibylle et de Gui. Les partisans du comte de Tripoli procédèrent néanmoins à l'élection d'Isabelle et de son jeune mari Honfroi de Toron, lorsque celui-ci, qui ne briguait nullement la couronne, s'enfuit de Nablus et alla rejoindre sa belle-soeur à Jérusalem. Dès lors, ses électeurs n'avaient qu'à se disperser. Le comte de Tripoli se rendit à son château de Tibériade auprès de sa femme et de ses quatre beaux-fils. Raymond craignait pour sa propre sécurité et entama des pourparlers avec Saladin afin de se ménager un allié contre Lusignan qui menaçait de venir l'attaquer. Il avait toujours pratiqué une politique de bonne entente avec l'Islam et comptait des amis parmi les émirs ; mais ses négociations actuelles frisaient la trahison.
Le caractère de Raymond de Tripoli reste ténébreux. Deux hommes en qui nous pouvons avoir confiance, Guillaume de Tyr et Balian d'Ibelin sont de ses amis. L'archevêque l'admire sincèrement et en parle avec affection ; la chronique d'Ernoul, écrite par un écuyer de Balian d'Ibelin, le ménage autant que possible et témoigne de beaucoup de sympathie pour lui. Pourtant, il faut lui reconnaître une sorte d'inefficacité ; sa politique est négative, et il ne semble pas inspirer plus de confiance aux poulains que « le roi Guion » qui est incompétent mais au fond brave homme. Dans les circonstances où se trouvait la Terre sainte, Raymond commettait une faute très grave en mêlant les Sarrasins à une guerre civile. Les esprits modérés, tels que Balian d'Ibelin, Roger des Moulins, maître de l'Hôpital, et l'archevêque de Tyr se rendirent compte qu'une réconciliation s'imposait. Gui ne s'y refusa pas ; très faible de caractère, il prenait l'avis de tout le monde. Raymond de son côté devait la souhaiter. Balian d'Ibelin, et Roger des Moulins se chargèrent donc de la mission et persuadèrent Gérard de Ridfort de les accompagner. Ils comprenaient qu'il importait surtout de réconcilier ce dernier avec Raymond de Tripoli.
Les émissaires partirent de Jérusalem le dernier jour d'avril 1187, avec une escorte de dix chevaliers de l'Hôpital. Mais lorsqu'il traversa son fief de Nablus, Balian s'arrêta pour y passer la journée et dit aux deux maîtres qu'il les rejoindrait au château de la Fève, la nuit suivante. Le sort de la Terre sainte se joua cette nuit-là et un simple hasard décida de sa perte. En parcourant la ville de Sabas, vers minuit, sur les traces de ses compagnons de route, Balian se rappela que le lendemain serait la fête des saint apôtres Philippe et Jacques ; et comme il désirait entendre la messe, il se détourna de son chemin pour aller frapper à la porte de l'évêché. Ce visiteur nocturne dut apporter un certain émoi ; on s'imagine les valets accourant, encore mal réveillés et l'évêque qui se lève en maugréant contre les chevaliers errants. Il s'habilla et vint tenir compagnie au seigneur d'Ibelin, qui causa avec lui jusqu'à ce que le guet annonçât le jour, et l'évêque envoya chercher son chapelain pour dire la messe.
Balian reprit son chemin à l'aube avec ses sergents et ses écuyers. Quand il approcha du château de la Fève, sur la plaine d'Esdralon, le lendemain matin, il s'aperçut qu'un escadron de Templiers avait dressé ses tentes sous les murs du château ; mais les tentes étaient vides et le château abandonné. Son écuyer pénétra dans le donjon, monta aux étages et fouilla partout ; il ne trouva que deux hommes malades qui ne pouvaient rien lui dire.
Balian, très inquiet, allait rebrousser chemin, quand un Templier survint huchant et criant, qui lui raconta quel désastre était arrivé.
Saladin entreprenait une attaque sur la Palestine pour venger des caravanes égyptiennes pillées par les Francs en pleine trêve. Raymond, pris à son propre jeu, temporisa comme il put, mais il lui fallut permettre aux avant-gardes turques de faire une reconnaissance sur ses terres, à condition de se retirer au-delà du Jourdain le soir. Il fit proclamer la nouvelle dans tout son fief, en conseillant aux habitants de rester chez eux, car ils n'auraient rien à craindre des Sarrasins.
Encore une fois, un hasard voulut que cette chevauchée eût lieu le 1er mai, et que les deux maîtres en eussent intelligence au château de la Fève. Le maréchal du Temple, Jacques de Mailly, se trouvait au casal de Kakoun, à sept ou huit kilomètres de distance, avec quatre-vingt-dix chevaliers du couvent, et Gérard lui « envoya battant » ses ordres, « que tantôt qu'il aurait vu son commandement montassent et vinssent à lui. » Le couvent arriva à minuit et logea devant le château. Le lendemain à l'aube, les deux maîtres avec les cent chevaliers du Temple et de l'Hôpital passèrent par Nazareth où ils rassemblèrent encore quarante chevaliers séculiers, et s'avancèrent jusqu'à la Fontaine de Cresson... Sept mille Mameluks abreuvaient leurs chevaux au bercail.
Les chevaliers, qui débouchaient sur les hauteurs, avaient l'avantage du terrain, et le temps de considérer ce qu'il fallait faire. Gérard de Ridfort aurait chargé les infidèles aveuglément et sans hésiter, mais l'écart de nombre était tel que le maître de l'Hôpital et le maréchal du Temple lui conseillèrent la retraite. Se retenant d'insulter Roger des Moulins, Gérard se tourna contre Jacques de Mailly : « Vous parlez comme un homme qui voudrait fuir ; trop aimez-vous cette tête blonde que si bien la voudrez garder. Je mourrai face à l'ennemi comme un homme de bien, lui répondit frère Jacques. C'est vous qui tournerez bride comme un traître. » Il disait vrai ; à la fin de la bataille, seuls trois Templiers s'échappèrent, dont l'un fut Gérard de Ridfort, Lui tierce de chevaliers.
Jacques de Mailly aux cheveux blonds, portant une armure blanchie et monté sur un cheval blanc, combattit avec un courage admirable, fauchant comme blé ses ennemis tout autour de lui. Il refusa de se rendre, malgré les instances de ses adversaires et tomba transpercé de flèches d'arbalète.
Gérard s'enfuit à bride abattue jusqu'à Nazareth, où Balian le rejoignit. Nous ne savons pas quelles réflexions, quels reproches le seigneur d'Ibelin adressa au maître. Le lendemain ils partirent ensemble pour Tibériade, mais les blessures et peut-être la honte de Gérard furent trop cuisantes ; il s'arrêta en route, laissant son compagnon continuer sans lui. A Tibériade, Balian trouva le comte de Tripoli au désespoir ; les Turcs étaient passés à côté du château, leurs lances ornées des têtes des Templiers.
Raymond rentra à Jérusalem se réconcilier avec le roi, qui le reçut très amicalement. Gui servait sans cesse de cible « ou d'instrument » à la haine des autres, mais personnellement il ne gardait jamais rancune. On décida de rassembler le ban et l'arrière-ban du Royaume, et de mener toute la chevalerie de la Terre sainte contre le sultan.

Début de la bataille de Tibériade et de la défaite de Hattin
Les Templiers se donnèrent joyeusement à la préparation de la guerre ; ils brûlaient de venger leurs morts du 1er mai. Gérard versa à Lusignan le trésor déposé à la banque du Temple par Henri II et destiné à défrayer une croisade anglaise, cette croisade qu'on attendait toujours. Les plus optimistes parmi eux ont pu croire que tout allait bien. Le roi devenait leur obligé pour la vie ; le comte de Tripoli s'était rendu à merci ; la plus belle armée qu'on eût vue en Terre sainte et la mieux équipée dressait ses tentes autour de la fontaine de Séphorie en Galilée. Le patriarche montrait un visage plus soucieux ; à la veille du départ il se déclara malade, et confia aux Templiers la Sainte Croix, au lieu de la porter lui-même au-devant des infidèles.
Tous les seigneurs de la Terre se rassemblèrent au rendez-vous : Raymond avec ses quatre beaux-fils, Hugues, Guillaume, Odon et Raoul ; Balian d'Ibelin et Renaud de Sidon, Renaud de Châtillon et le jeune Honfroi de Toron, mari de la petite Isabelle. Les Hospitaliers arrivèrent sous la conduite de leur nouveau maître. Le couvent du Temple, fort de deux cent cinquante chevaliers d'élite « les pertes subies à Cresson laissaient des vides dans leurs rangs » s'augmentait des escadrons de frères sergents, de sergents à solde et de turcopoles. Ils avaient laissé en place les garnissons de Safet, de Tortose et de Gaza, mais à Jérusalem la « Maison chêvetaine » était vide.
L'armée chrétienne se trouvait à peine rassemblée lorsqu'on apprit que Saladin assiégeait en personne le château de Tibériade, que défendait la vaillante princesse Eschive en l'absence de son mari et de ses fils.
Dans un conseil de guerre convoqué sous la tente du roi, Hugues de Tibériade, l'aîné des beaux-fils du comte, prit la parole pour supplier avec des larmes qu'on portât secours à sa mère. Ce fut Raymond lui-même qui s'y opposa. « Tabarie est à moi, dit-il, ainsi que ma femme et mes biens, et nul ne perdrait autant que moi si elle est perdue. Et s'ils prennent ma femme et mes hommes et mon bien, et s'ils abattent ma cité, je les recouvrerai quand je pourrai, et je rebâtirai ma cité quand je pourrai, car j'aime mieux que Tabarie soit abattue, plutôt que voir toute la Terre perdue. » Et il évoqua le danger qu'il y aurait à avancer dans les collines arides, sans eau ni ombre, qui séparaient l'armée franque de la mer de Génésareth. On était à la veille de « Saint-Martin le Bouillant, le 4 juillet » et le pays se desséchait sous un ciel torride.
Les barons et le roi se laissèrent toucher par tant d'abnégation. Seul le maître du Temple demeurait irréductible. « Je vois le poil du loup », ricana-t-il. Le conseil néanmoins adopta l'avis du comte et se décida à attendre l'attaque de Saladin auprès des eaux-vives de Séphorie.
Mais à minuit, lorsque Lusignan se trouva seul dans sa tente, le maître du Temple pénétra chez lui et s'écria : Sire, croyez-vous ce traître qui tel conseil vous a donné ? C'est pour vous honnir qu'il vous l'a donné. Car grande honte aurez-vous et grands reproches... si vous laissez à six lieues près de vous prendre une cité... Et sachez bien pour voire que les Templiers mettraient leurs blancs manteaux jus [les déposeraient] et vendraient et engageraient tous ce qu'ils ont, que la honte ne fut vengée que les Sarrasins nous ont fait. Allez, dit-il, faites crier par l'ost qu'ils s'arment tous et vont chacun en sa bataille [division], et suivent le gonfanon de la Sainte Croix.
Gui eut la faiblesse de l'écouter et donna l'ordre de plier bagage et de se mettre en route au milieu de la nuit. L'étonnement, la confusion qui suivit ce revirement inattendu ne furent pas dissipés par le refus du roi de s'expliquer aux barons accourus à sa tente. Mais déjà la nuit était pleine de présages. On disait que les chevaux refusaient de boire, qu'une vieille sorcière faisait le tour du camp en y jetant des maléfices.
Les croisés se mirent en marche avant l'aube. Ils avancèrent vers l'est par une longue vallée aride qui montait entre des collines plus arides encore, jusqu'aux « Cornes de Hattin » ; sur l'autre versant, la route redescendait aux bords du lac de Tibériade. La distance à franchir n'était pas grande « une vingtaine de kilomètres de Séphorie à Tibériade » mais la longue caravane traînait au pas des piétons.
Raymond et ses beaux-fils commandaient à l'avant, comme seigneurs du fief. Le roi les suivait avec le gros de l'armée. Les Templiers fermaient la marche. Les troupes légères de Saladin ne tardèrent pas à repérer la colonne chrétienne, trahie dès le lever du soleil par l'éclat des caparaçons de fer, et les Sarrasins la harcelèrent toute la journée par des attaques brusques et des traits d'arbalète lancés par des cavaliers au galop. Les Francs et leurs chevaux mouraient de soif et de chaleur sous un soleil implacable.
Les Turcs employèrent leur stratégie accoutumée, concentrant leurs assauts sur l'arrière-garde de l'armée et visant les chevaux autant que les hommes. Les Templiers et leurs montures succombaient sous des flèches décochées par des adversaires beaucoup plus rapides et qu'ils ne pouvaient atteindre. La seule espérance eût été de dépasser Hattin et de déboucher sur le lac. Mais vers le soir, « soit que Gérard de Ridfort envoyât dire au roi que ses chevaliers n'en pouvaient plus, soit que le comte de Tripoli lui conseillât de s'arrêter au casal de Marescalcia où l'on trouverait de l'eau » Gui fit halte.
Au casal, les puits étaient à sec. Les Sarrasins approchaient, cernant les Francs de si près qu'un chat n'aurait pu s'échapper de l'ost sans être vu. Lorsque la tombée de la nuit apporta un peu de fraîcheur, ils mirent feu aux broussailles autour du village, et les chrétiens étouffèrent sous l'acre fumée. Cette nuit-là, un Templier enfouit la Sainte Croix dans les sables pour la soustraire aux mains infidèles.
Le lendemain à l'aube, des sergents à pied, mourant de soif, s'enfuirent vers la montagne à la recherche de sources et les chevaliers formèrent leurs escadrons pour livrer bataille. Raymond et ses beaux-fils fournirent la pointe en attaquant à la tête des troupes de Galilée. Mais lorsque les Turcs ouvrirent leurs rangs pour les laisser passer ? tactique habituelle des troupes légères musulmanes « le comte et ses hommes s'enfuirent jusqu'à la côte. »
Tous les autres tombèrent aux mains de Saladin, qui les reçut avec une courtoisie exquise. Il fit exception, cependant, pour Renaud de Châtillon, pillard des caravanes, et les frères du Temple et de l'Hôpital, que le sultan considérait comme les ennemis jurés de l'Islam. Châtillon eut tout de suite la tête tranchée, peut-être par Saladin lui-même. On livra les moines-soldats aux derviches et aux ulémas, bourreaux malhabiles, qui martyrisèrent chacun des chevaliers attachés au poteau. Avant le supplice, le sultan leur offrait la vie, à condition de « lever le doigt et crier la Loi », « se faire musulmans. » Sur deux cent trente Templiers, pas un ne faiblit (7). Pour une raison inconnue on épargna Gérard de Ridfort...

Prise de Jérusalem par Saladin
Il ne demeurait plus de chevaliers pour la défense de la Ville sainte. Le patriarche, réveillé enfin de sa vie d'intrigue et de luxure, organisa la résistance au moyen des bourgeois, des vieillards et des enfants dont les pères étaient prisonniers. Quand Balian d'Ibelin se présenta dans la cité, avec un sauf-conduit du sultan, pour assurer la sécurité de sa femme et de ses enfants, la foule en larmes réclama sa présence, et il trahit sa parole pour prendre le commandement de la place ; Saladin comprit et l'excusa.
Ce fut encore Balian qui traita la reddition de la ville après quelques semaines de siège. Elle était pleine de menues gens et d'enfants venus se réfugier des villages avoisinants. A force de démarches, Balian obtint que la cité ne serait pas mise à sac. « Il fut convenu, écrit Ibn Alathyr, témoin des événements, ... que chaque homme de la ville, riche ou pauvre, paierait pour sa rançon dix pièces d'or, les femmes cinq, et les enfants de l'un ou l'autre sexe, deux. Un délai de quarante jours fut accordé pour le paiement de ce tribut. Passé ce temps, tous ceux qui ne se seraient pas acquittés seraient considérés comme esclaves. Au contraire, en payant le tribut, on était, sur-le-champ, libre et l'on pouvait se retirer où l'on voudrait » (8). Saladin permit même aux habitants d'emporter leurs biens.
A l'égard des pauvres, le sultan exigea une rançon collective de trente mille pièces d'or pour sept mille personnes. L'Hôpital versa cette somme sur des fonds anglais déposés dans ses coffres-forts. C'était la contrepartie de la subvention payée à Lusignan par le Temple pour équiper l'armée perdue à Hattin.
Mais les pauvres se trouvaient beaucoup plus nombreux.
Donc vint le patriarche et Balian, si mandèrent les Templiers et les Hospitaliers, et les bourgeois, et leur prièrent pour Dieu d'aider les pauvres gens qui étaient en Jérusalem demeurés. Ils y aidèrent, et les Templiers et les Hospitaliers aussi donnèrent, mais n'y donnèrent pas tant comme ils dussent... Car ils n'avaient mie peur que l'on leur tollît à force, puisque Saladin les avait assurés. Que s'ils cuidassent que l'en leur en dût faire force, ils eussent plus donné qu'ils ne donnèrent.
Dans un accès de générosité, Saladin et son frère relâchèrent un grand nombre de pauvres sans rançon ; il en resta néanmoins onze mille qui ne furent ni rançonnés ni libérés.
Avec le concours du sultan, on divisa les réfugiés en trois bandes, la première menée par les Templiers, la deuxième par les Hospitaliers, et la troisième par Balian et le patriarche. Saladin fit escorter chaque groupe de cinquante cavaliers sarrasins jusqu'à Tripoli. Il se montra plus généreux que le comte Raymond, qui ferma les portes de sa ville aux rescapés de Jérusalem et laissa ses hommes d'armes piller les biens que les Sarrasins avaient épargnés.

Les erreurs et les responsabilités des Templiers
Si les Templiers ne versèrent pas assez librement leur trésor pour la rançon des pauvres, leur faute peut s'expliquer, sinon s'excuser, par la situation interne du couvent. Le maître était prisonnier, tous les chevaliers morts. Il ne restait plus à la tête des affaires qu'un certain frère Thierry, qui échappa à la bataille, et qui s'intitule le plus pauvre de tous les frères de la très pauvre Maison du Temple, qu'on dit grand commandeur. Ce rang ne lui donnait aucun pouvoir, selon la Règle, sauf de tenir conseil sur aucune chose qui arriverait en la Terre sainte avant le retour du maître, et de distribuer les armes. Par contre, il risquait d'être ignominieusement chassé de l'Ordre, comme le plus humble des frères, s'il dissipait en quoi que ce fût les biens de la Maison ou les richesses commises à sa garde. Thierry n'eut pas le courage d'enfreindre la Règle, et ne trouva pas le moyen de la contourner. Plus tard, lorsqu'il s'agira de la rançon de Saint Louis, un autre grand bailli saura montrer plus d'imagination.
A Thierry revint le pénible devoir d'annoncer le désastre aux frères de l'Occident et de réclamer des renforts pour le couvent anéanti. Il pleure deux cent trente chevaliers tués à Hattin, et soixante autres morts à Cresson. Lorsqu'il écrivait, Jérusalem, Ascalon, Tyr et Baruth résistaient encore, mais « les Turcs se répandaient comme des fourmis sur la Terre sainte. »
Thierry ne parle pas des trois châteaux des Templiers, Safet, Tortose, Gaza ; il est probable qu'il n'en savait rien. Safet sera vite pris d'assaut. Tortose résistera victorieusement jusqu'au bout. Les chevaliers tiendront bon à Gaza pendant plusieurs mois ; c'est Gérard de Ridfort qui leur ordonnera de rendre les armes, condition de sa propre libération. On peut dire, pour l'excuser, que le château isolé au milieu du pays devait fatalement succomber à plus ou moins longue échéance ; mais sa reddition nuisit encore à la réputation des Templiers.
L'Ordre pouvait refaire ses forces matérielles. Mais par son orgueil et sa folie, Gérard de Ridfort venait de donner un coup presque mortel à l'honneur du Temple. Désormais les manteaux blancs ne seront pas sans tache, et les chevaliers se verront livrés aux reproches et aux soupçons dont les chroniqueurs ne tariront plus.

Notes

(1) — L'Art de vérifier les dates. Ducange-Rey, Ligneages d'Outre-mer. Guill.Tyr. Lib. XVII, p. 759 et 782, 796. Lib. XVIII, p. 841.
(2) — Ducange-Rey, fjgneages d'Ouire-mer.
(3) — Joinville, éd. Wailly, p. 161.
(4) — Recutil des Hist. des Croisades; loc. cit. Guillaume Tyr. Lib. XX, cap. XXXII, p. 997-999.
(5) — L'Art de vérifier Les dates. Obituaire du Temple de Reims pour le jour.
(6) — Léonard, op. cit, p. 16, 24.
(7) — Bullaire ms. du Temple, t. I, p. 406. Clément III, 4 mars 1188, Quamvis Omne Tempore.
(8) — Recueil des Hist. des Croisades, Occid., t. II, Estoire d'Eracles, Lib. XXIII, cap. LXI, p. 93 et note.

Sources: Marion Melville — La Vie des Templiers — Gallimard, Paris 1951.

Chronologie de l'Ordre du Temple

1099 (15 juillet)
Prise de Jérusalem par les croisés. Fondation des états latins d'Orient.

Vers 1114
Hugues de Payns et quelques chevaliers champenois, appuyés par le comte Hugues de Champagne, entrent au service des chanoines du Saint-Sépulcre de Jérusalem afin de défendre et protéger les pèlerins visitant les Lieux saints.

Vers 1119-1120
Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer s'émancipent de la tutelle des chanoines du Saint-Sépulcre et fondent la milice des Pauvres chevaliers du Christ.

1120 (23 janvier)
Assemblée/concile de Naplouse. Fondation de l'ordre du Temple. Hugues de Payns, élu maître par les autres chevaliers, reçoit du roi Baudouin II sa résidence près du « Temple de Salomon » comme maison mère ou quartier général.

1125
Le comte de Champagne Hugues Ier se fait templier. Il mourra à Jérusalem peu après 1130.

1127-1129
Lettre de Hugues de Payns aux Chevaliers du Christ et chevauchée en Occident.
De laude novae militiae de Bernard de Clairvaux.

Avant le 31 octobre 1127
Fondation de la commanderie de Payns par Hugues de Payns.

1129 (13 janvier)
Concile de Troyes. Approbation et rédaction de la Règle du Temple.

1135 (mai)
Concile de Pise. Le pape Innocent II présente à l'assemblée le nouvel ordre et donne aux Templiers une liste des fêtes et jeûnes à observer.

1136 (24 mai)
Mort d'Hugues de Payns.

1139
Bulle Omne datum optimum. L'ordre du Temple, soustrait à l'autorité des évêques, relève directement du pape.

1187 (4 juillet)
Bataille de Hattin. Tous les Templiers capturés sont exécutés par Saladin qui s'empare de Jérusalem le 2 octobre suivant.

1191 (12 juillet)
Prise d'Acre par l'armée de la Troisième croisade.

1250 (5 avril)
Défaite de La Mansourah, suite à une charge inconsidérée des Templiers, provoquée par le comte Robert d'Artois. Saint Louis est fait prisonnier, 280 templiers sont tués.

1284 (16 août)
Mariage de la comtesse Jeanne de Navarre avec le futur Philippe IV le Bel.

1291 (28 mai)
Chute d'Acre et fin des états latins d'Orient.
Mort à Acre du grand maître Guillaume de Beaujeu le 18 mai.
Les Templiers évacuent leur forteresse de Château-Pèlerin pour l'île de Chypre (12 août).

1307 (13 octobre)
Arrestation de tous les templiers de France sur ordre du roi Philippe IV le Bel.

1311 (16 octobre)
Ouverture du concile de Vienne chargé de juger l'ordre du Temple.

1312 (22 mars)
Bulle Vox in excelso. Le pape Clément V abolit l'ordre du Temple.

1312 (2 mai)
Bulle Ad providam. Clément V attribue les biens des Templiers aux Hospitaliers.

1314 (18 mars)
Jacques de Molay, dernier grand maître de l'ordre du Temple, et Geoffroy de Charnay, commandeur de Normandie, sont brûlés sur l'île aux Juifs à Paris, après s'être rétractés de leurs aveux.

Chronologie du Temple, des Croisades et du Procès

1095
Première Croisade

1098
(Mars) Fondation de l'Ordre de Cîteaux

1118
Mort de Godefroy de Bouillon.

1119
Couronnement de Baudouin, roi de Jérusalem.

1119
Fondation de l'ordre du Temple par Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer.

1125
Le comte de Champagne se fait templier.

1126
Voyage d'Hugues de Payens en Europe.

1128
(13 janvier) Concile de Troyes, élaboration et approbation de la Règle du Temple. Quatorze frères sont connus par les actes.

1129
Le Temple s'implante en Espagne et au Portugal.

1134
Traité de Saint Bernard sur la Milice nouvelle.

1136
(24 mai) Mort d'Hugues de Payens. - Robert de Craon, 2 ème maître du Temple.

1139
Innocent II confirme l'ordre du Temple par sa bulle, Omne datum optimum au 1er concile du Latran.

1143
Baudouin III, roi de Jérusalem.

1146
Saint Bernard prêche la II ème croisade à Vézelay.

1147
(13 janvier) Mort de Robert de Craon. - Evrard des Barres. 3 ème maître du Temple.
(28 avril) Première mention d'un chapitre général.
La forteresse de Kalaat-Rawaah, en Espagne, est prise aux musulmans et confiée aux Templiers.

1148
Eugène III fixe définitivement l'habit des chevaliers du Temple et leur donne la croix rouge.

1149
Attaque d'Ascalon et donation de Gaza aux Templiers.

1150
Echec de la II ème croisade - Construction de Gaza.

1151
(mai juin) Evrard des Barres démissionne et se retire à Clairvaux. Bernard de Tremblay 4e maître du Temple.

1153
(19 août) Mort de Bernard de Tremblay au siège d'Ascalon. Evrard II, 5 ème maître du Temple.
(20 août) Mort de saint Bernard à Clairvaux.

1154
Mort d'Evrard II. (17 octobre) André de Montbard, 6 ème maître du Temple.

1156
Traité de Baudouin, roi de Jérusalem avec les Pisans. Bataille du lac Méron. Le Maître du Temple est fait prisonnier.

1162
Amaury Roi de Jérusalem

1163
Expédition d'Amaury contre les Fatimides du Caire. Traité avec le Sultan et mise en défense d'Antioche.

1164
Perte d'Arin et de Belvias.

1167
Livraison de la forteresse de Belvias aux musulmans.

1169
(2 janvier) Mort de Bertrand de Blanquefort. Philippe de Milly ou de Naplouse, 8 ème Maître du Temple.

1171
(3 avril) Philippe de Milly démissionne.
Eudes de Saint-Amand. 9 ème Maître du Temple.

1172
Ambassade des Ismaéliens auprès du roi de Jérusalem.
Assassinat des ambassadeurs par des frères du Temple.

1174
Baudouin IV, roi de Jérusalem. (hiver) Saladin assiège Alep.

1176
Deuxième siège d'Alep par Saladin.

1177
Bataille de Mongésirat.

1178
Construction de la forteresse du Gué Jacob.

1179
Prise du Gué Jacob par Saladin. Le maître du Temple est fait prisonnier.

1181
Mort d'Eudes de Saint-Amand. Arnaud de Tour Rouge, 10 ème maître du Temple.

1183
Désastre de Séphonie.

1184
(30 septembre) Mort d'Arnaud de Tour Rouge à Vérone.
Gérard de Ridefort, 11 ème Maître du Temple.

1185
Mort de Baudouin IV.

1186
Coup d'Etat de Guy de Lusignan.

1187
Bataille d'Hattin. Perte de Tibériade, Acre est donné en échange.
(20 décembre) Début du siège de Jérusalem par les musulmans.

1188
Perte de Gaza.

1189
Mort de Gérard de Ridefort au siège d'Acre. Robert de Sablé, 12 ème Maître du Temple.

1191
Capitulation d'Acre. Troisième croisade.

1192
Conrad de Montferrat est assassiné.
Les Templiers vendent Chypre à Guy de Lusignan, qu'ils avait reçue l'année avant de Richard Coeur de Lion.

1193
(13 janvier) Mort de Robert de Sablé. Gilbert Erail, 13 ème Maître du Temple.

1194
Exemption du Temple par Célestin III.

1195
Yacoub ben Yousef débarque à Algésiras et entame la conquête de la péninsule Ibérique.

1196
L'ordre de Saint-Sauveur de Montréal est affilié au Temple; dans le royaume d'Aragon, c'est la fin de cet ordre.
Trêve de cinq ans signée entre le roi d'Angleterre et Saladin le Maître du Temple participe.

1198
Almançor débarque à Tarifa et continue la conquête de la Péninsule ibérique.

1200
(20 décembre) Mort de Gilbert Erail. Philippe du Plaissiez, 14 ème Maître du Temple.

1204
Nouvelle trêve de six ans avec les musulmans. Prise de Constantinople.

1205
Mort d'Amaury de Lusignan, un conseil de régence est créé pour le royaume de Jérusalem.

1208
Le maître du Temple propose aux maîtres de l'Hôpital et des Teutoniques une trêve de cinq ans avec les musulmans.

1209
(12 novembre) Mort de Philippe du Plaissiez.

1210
(début de l'année) Guillaume de Chartres, 15 ème Maître du Temple.
(octobre) Al-MU'AZZAM dévaste la banlieue d'Acre.
Siège de Salvatierra en Espagne.

1211
Gautier de Montbéliard pille le rivage de Damiette.
L'évêque de Ségovie demande au pape la bulle de croisade pour l'Espagne.

1212
Bataille de Las Navas de Tolosa en Espagne.

1215
II ème concile du Latran.

1216
(16 juillet) Mort d'Innocent III, le pape du Temple.

1217
Début de la V ème croisade.

1218
(9 mai) Une partie des croisés s'engage à l'embouchure du Nil avec la flotte du Temple.
(20 mai) Combat naval contre les Egyptiens est gagné par les Francs.
(24 août) Prise de la Tour de Cosbaine.
(26 août) Mort de Guillaume de Chartres. (septembre) Pierre de Montaigu, 16 ème Maître du Temple.

1219
(5 novembre) Prise de Damiette.

1220
Invasion mongole.

1221
(printemps) Offre de paix par le sultan d'Egypte.

1228
Frédéric II part pour la croisade.
Le parti guelfe s'installe en Italie.
Les Cortes de Barcelone confient aux Templiers d'Aragon l'expédition sur les Baléares.

1229
(17 mars) Frédéric II entre à Jérusalem.
(21 mars) Négociation de l'empereur avec les musulmans. Traité de Jaffa.
(1 er mai) Départ de Frédéric II de Terre sainte.

1230
Vengeance de Frédéric II contre les Templiers par la calomnie.

1232
Mort de Pierre de Montaigu. Armand de Périgord, 17 ème Maître du Temple.
Alliance de Frédéric II avec le sultan Al-Kamül.
Annexion des Baléares à la Couronne d'Aragon.

1233
Concorde entre les Maîtres du Temple et de l'Hospital.

1236
Ibiza devient Espagnole.

1239
Nouvelle Croisade demandée par Grégoire IX.

1241
Invasion mongole sur la Terre sainte. Traité de Damas.

1242
Conquête du royaume de Valencia.

1243
Conquête du royaume de Murcia.

1244
Louis IX, roi de France, se croise.
17 octobre) Désastre de Forbie.
Le maître du Temple est blessé.
Jérusalem est à jamais perdu.
(20 octobre) Mort d'Armand de Périgord. Guillaume de Sonnac. 18 ème Maître du Temple.

1245
(juillet) Concile de Lyon.

1248
Louis IX s'embarque pour la croisade.
(décembre) Le roi de France reçoit l'ambassade du Grand-Mongol.

1250
(6 avril) Saint Louis est fait prisonnier à Damiette.
(6 mai) Damiette est remise aux musulmans, Saint Louis est libéré contre une rançon de 200 000 livres.
(3juillet) Bataille de Mansourah.
Mort de Guillaume de Sonnac. Renaud de Vichier, 19 ème Maître du Temple.

1252
(mars) Louis IX signe une trêve de quinze ans avec les Egyptiens.

1253
Attaque et fortification de Sidon.

1256
Ravages des Mongols.

1260
Acquisition des places de Sayette et Beaufort.

1265
(27 février) Prise de Césarée par les musulmans. (26 avril) Prise d'Arsuf, par les musulmans.

1266
Perte de Saphet.

1268
Perte de Jaffa, Beaufort. Banyus, Antioche. Gastein.

1273
(25 mars) Mort de Thomas Beraud. Guillaume de Beaujeu, 21 ème Maître du Temple.

1275
Concile de Lyon auquel assiste le Maître du Temple et plusieurs maitres d'écoles militaires.

1278
Nouvelle trêve avec les musulmans.

1285
Tripoli accepte la protection des Mameluks.

1291
Prise d'Acre, perte de la Terre sainte.
Mort de Guillaume de Beaujeu. Thomas Gaudin, 22 ème Maître du Temple.

1292
Retour en France des Templiers survivants.
(16 avril) Mort de Thibaud Gaudin. Jacques de Molay 23 ème Maitre du Temple.
Chapitre général de Montpellier.

1296
Jacques de Molay prend parti pour Boniface VIII dans le conflit qui l'oppose à Philippe le Bel.

1302
Concile de Rome. Bulle Unam Sanctam contre Philippe le Bel.

1305
Les Templiers sont dénoncés au roi d'Aragon et à Philippe le Bel. Election de Clément V.

1306
Philippe le Bel confisque les biens des juifs.
Le roi de France se réfugie au Temple pendant une émeute.

1307
Ouverture d'une enquête sur les Templiers par Clément V. sur la demande de Jacques de Molay.
(12 octobre) Jacques de Molay assiste aux obsèques de Charles de Valois.
(13 octobre) A l'aube, les Templiers de France sont arrêtés.
(25 octobre) Aveux de Jacques de Molay.
(27 octobre) Protestation de Clément V contre les inquisiteurs.
(17 novembre) Bulle de Clément V ordonnant l'arrestation de tous les Templiers du monde.

1308
Les inquisiteurs sont cassés de leur pouvoir par le pape, au scandale de Philippe le Bel.
(10-20 mai) Etats généraux de Tours.
(l7-20 août) Les Templiers, envoyés à Poitiers pour rencontrer Clément V, sont arrêtés à Chinon et questionnés par Nogaret.

1309
(août) Deuxième série d'interrogatoires.

1310
Philippe, impose Philippe de Marigny comme archevêque de Sens, il fait brûler cinquante-quatre templiers devant l'abbaye Saint-Antoine de Paris.
(juillet) Interrogatoire de Castille.
(octobre) Interrogatoire de Florence. Pendant cette même année, déroulement des conciles régionaux de Mayence, Rouen, York, Lisbonne, Tarragona, Salamanca, Medina del Campo.

1311
(5 juin) Fin du deuxième interrogatoire Concile de Canterbury Londres.

1312
(3 avril) Bulle Vox Clamantis.
(2 mai) Bulle Ad Providendam.
(6 mai) Bulle Considerantes dudum.

1313
(décembre) Procès de Jacques de Molay.

1314
(18 mars) Le même jour, jugement, rétractation de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay.
Ils sont brûlés le soir même à la pointe de l'lie aux Juifs à Paris.

1317
(10 juin) Fondation de l'ordre de Montesa en Aragon.

1319
(19 mars) Fondation de l'Ordre du Christ du Portugal.
Ces deux derniers Ordres sont les seuls à prétendre être les successeurs de l'Ordre du Temple.
Chronologie réalisée par Laurent Dailliez

Chronologie du Temple, des Croisades et du Procès

1095
Première Croisade

1098
(Mars) Fondation de l'Ordre de Cîteaux

1118
Mort de Godefroy de Bouillon.

1119
Couronnement de Baudouin, roi de Jérusalem.

1119
Fondation de l'ordre du Temple par Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer.

1125
Le comte de Champagne se fait templier.

1126
Voyage d'Hugues de Payens en Europe.

1128
(13 janvier) Concile de Troyes, élaboration et approbation de la Règle du Temple. Quatorze frères sont connus par les actes.

1129
Le Temple s'implante en Espagne et au Portugal.

1134
Traité de Saint Bernard sur la Milice nouvelle.

1136
(24 mai) Mort d'Hugues de Payens. - Robert de Craon, 2 ème maître du Temple.

1139
Innocent II confirme l'ordre du Temple par sa bulle, Omne datum optimum au 1er concile du Latran.

1143
Baudouin III, roi de Jérusalem.

1146
Saint Bernard prêche la II ème croisade à Vézelay.

1147
(13 janvier) Mort de Robert de Craon. - Evrard des Barres. 3 ème maître du Temple.
(28 avril) Première mention d'un chapitre général.
La forteresse de Kalaat-Rawaah, en Espagne, est prise aux musulmans et confiée aux Templiers.

1148
Eugène III fixe définitivement l'habit des chevaliers du Temple et leur donne la croix rouge.

1149
Attaque d'Ascalon et donation de Gaza aux Templiers.

1150
Echec de la II ème croisade - Construction de Gaza.

1151
(mai juin) Evrard des Barres démissionne et se retire à Clairvaux. Bernard de Tremblay 4e maître du Temple.

1153
(19 août) Mort de Bernard de Tremblay au siège d'Ascalon. Evrard II, 5 ème maître du Temple.
(20 août) Mort de saint Bernard à Clairvaux.

1154
Mort d'Evrard II. (17 octobre) André de Montbard, 6 ème maître du Temple.

1156
Traité de Baudouin, roi de Jérusalem avec les Pisans. Bataille du lac Méron. Le Maître du Temple est fait prisonnier.

1162
Amaury Roi de Jérusalem

1163
Expédition d'Amaury contre les Fatimides du Caire. Traité avec le Sultan et mise en défense d'Antioche.

1164
Perte d'Arin et de Belvias.

1167
Livraison de la forteresse de Belvias aux musulmans.

1169
(2 janvier) Mort de Bertrand de Blanquefort. Philippe de Milly ou de Naplouse, 8 ème Maître du Temple.

1171
(3 avril) Philippe de Milly démissionne.
Eudes de Saint-Amand. 9 ème Maître du Temple.

1172
Ambassade des Ismaéliens auprès du roi de Jérusalem.
Assassinat des ambassadeurs par des frères du Temple.

1174
Baudouin IV, roi de Jérusalem. (hiver) Saladin assiège Alep.

1176
Deuxième siège d'Alep par Saladin.

1177
Bataille de Mongésirat.

1178
Construction de la forteresse du Gué Jacob.

1179
Prise du Gué Jacob par Saladin. Le maître du Temple est fait prisonnier.

1181
Mort d'Eudes de Saint-Amand. Arnaud de Tour Rouge, 10 ème maître du Temple.

1183
Désastre de Séphonie.

1184
(30 septembre) Mort d'Arnaud de Tour Rouge à Vérone.
Gérard de Ridefort, 11 ème Maître du Temple.

1185
Mort de Baudouin IV.

1186
Coup d'Etat de Guy de Lusignan.

1187
Bataille d'Hattin. Perte de Tibériade, Acre est donné en échange.
(20 décembre) Début du siège de Jérusalem par les musulmans.

1188
Perte de Gaza.

1189
Mort de Gérard de Ridefort au siège d'Acre. Robert de Sablé, 12 ème Maître du Temple.

1191
Capitulation d'Acre. Troisième croisade.

1192
Conrad de Montferrat est assassiné.
Les Templiers vendent Chypre à Guy de Lusignan, qu'ils avait reçue l'année avant de Richard Coeur de Lion.

1193
(13 janvier) Mort de Robert de Sablé. Gilbert Erail, 13 ème Maître du Temple.

1194
Exemption du Temple par Célestin III.

1195
Yacoub ben Yousef débarque à Algésiras et entame la conquête de la péninsule Ibérique.

1196
L'ordre de Saint-Sauveur de Montréal est affilié au Temple; dans le royaume d'Aragon, c'est la fin de cet ordre.
Trêve de cinq ans signée entre le roi d'Angleterre et Saladin le Maître du Temple participe.

1198
Almançor débarque à Tarifa et continue la conquête de la Péninsule ibérique.

1200
(20 décembre) Mort de Gilbert Erail. Philippe du Plaissiez, 14 ème Maître du Temple.

1204
Nouvelle trêve de six ans avec les musulmans. Prise de Constantinople.

1205
Mort d'Amaury de Lusignan, un conseil de régence est créé pour le royaume de Jérusalem.

1208
Le maître du Temple propose aux maîtres de l'Hôpital et des Teutoniques une trêve de cinq ans avec les musulmans.

1209
(12 novembre) Mort de Philippe du Plaissiez.

1210
(début de l'année) Guillaume de Chartres, 15 ème Maître du Temple.
(octobre) Al-MU'AZZAM dévaste la banlieue d'Acre.
Siège de Salvatierra en Espagne.

1211
Gautier de Montbéliard pille le rivage de Damiette.
L'évêque de Ségovie demande au pape la bulle de croisade pour l'Espagne.

1212
Bataille de Las Navas de Tolosa en Espagne.

1215
II ème concile du Latran.

1216
(16 juillet) Mort d'Innocent III, le pape du Temple.

1217
Début de la V ème croisade.

1218
(9 mai) Une partie des croisés s'engage à l'embouchure du Nil avec la flotte du Temple.
(20 mai) Combat naval contre les Egyptiens est gagné par les Francs.
(24 août) Prise de la Tour de Cosbaine.
(26 août) Mort de Guillaume de Chartres. (septembre) Pierre de Montaigu, 16 ème Maître du Temple.

1219
(5 novembre) Prise de Damiette.

1220
Invasion mongole.

1221
(printemps) Offre de paix par le sultan d'Egypte.

1228
Frédéric II part pour la croisade.
Le parti guelfe s'installe en Italie.
Les Cortes de Barcelone confient aux Templiers d'Aragon l'expédition sur les Baléares.

1229
(17 mars) Frédéric II entre à Jérusalem.
(21 mars) Négociation de l'empereur avec les musulmans. Traité de Jaffa.
(1 er mai) Départ de Frédéric II de Terre sainte.

1230
Vengeance de Frédéric II contre les Templiers par la calomnie.

1232
Mort de Pierre de Montaigu. Armand de Périgord, 17 ème Maître du Temple.
Alliance de Frédéric II avec le sultan Al-Kamül.
Annexion des Baléares à la Couronne d'Aragon.

1233
Concorde entre les Maîtres du Temple et de l'Hospital.

1236
Ibiza devient Espagnole.

1239
Nouvelle Croisade demandée par Grégoire IX.

1241
Invasion mongole sur la Terre sainte. Traité de Damas.

1242
Conquête du royaume de Valencia.

1243
Conquête du royaume de Murcia.

1244
Louis IX, roi de France, se croise.
17 octobre) Désastre de Forbie.
Le maître du Temple est blessé.
Jérusalem est à jamais perdu.
(20 octobre) Mort d'Armand de Périgord. Guillaume de Sonnac. 18 ème Maître du Temple.

1245
(juillet) Concile de Lyon.

1248
Louis IX s'embarque pour la croisade.
(décembre) Le roi de France reçoit l'ambassade du Grand-Mongol.

1250
(6 avril) Saint Louis est fait prisonnier à Damiette.
(6 mai) Damiette est remise aux musulmans, Saint Louis est libéré contre une rançon de 200 000 livres.
(3juillet) Bataille de Mansourah.
Mort de Guillaume de Sonnac. Renaud de Vichier, 19 ème Maître du Temple.

1252
(mars) Louis IX signe une trêve de quinze ans avec les Egyptiens.

1253
Attaque et fortification de Sidon.

1256
Ravages des Mongols.

1260
Acquisition des places de Sayette et Beaufort.

1265
(27 février) Prise de Césarée par les musulmans. (26 avril) Prise d'Arsuf, par les musulmans.

1266
Perte de Saphet.

1268
Perte de Jaffa, Beaufort. Banyus, Antioche. Gastein.

1273
(25 mars) Mort de Thomas Beraud. Guillaume de Beaujeu, 21 ème Maître du Temple.

1275
Concile de Lyon auquel assiste le Maître du Temple et plusieurs maitres d'écoles militaires.

1278
Nouvelle trêve avec les musulmans.

1285
Tripoli accepte la protection des Mameluks.

1291
Prise d'Acre, perte de la Terre sainte.
Mort de Guillaume de Beaujeu. Thomas Gaudin, 22 ème Maître du Temple.

1292
Retour en France des Templiers survivants.
(16 avril) Mort de Thibaud Gaudin. Jacques de Molay 23 ème Maitre du Temple.
Chapitre général de Montpellier.

1296
Jacques de Molay prend parti pour Boniface VIII dans le conflit qui l'oppose à Philippe le Bel.

1302
Concile de Rome. Bulle Unam Sanctam contre Philippe le Bel.

1305
Les Templiers sont dénoncés au roi d'Aragon et à Philippe le Bel. Election de Clément V.

1306
Philippe le Bel confisque les biens des juifs.
Le roi de France se réfugie au Temple pendant une émeute.

1307
Ouverture d'une enquête sur les Templiers par Clément V. sur la demande de Jacques de Molay.
(12 octobre) Jacques de Molay assiste aux obsèques de Charles de Valois.
(13 octobre) A l'aube, les Templiers de France sont arrêtés.
(25 octobre) Aveux de Jacques de Molay.
(27 octobre) Protestation de Clément V contre les inquisiteurs.
(17 novembre) Bulle de Clément V ordonnant l'arrestation de tous les Templiers du monde.

1308
Les inquisiteurs sont cassés de leur pouvoir par le pape, au scandale de Philippe le Bel.
(10-20 mai) Etats généraux de Tours.
(l7-20 août) Les Templiers, envoyés à Poitiers pour rencontrer Clément V, sont arrêtés à Chinon et questionnés par Nogaret.

1309
(août) Deuxième série d'interrogatoires.

1310
Philippe, impose Philippe de Marigny comme archevêque de Sens, il fait brûler cinquante-quatre templiers devant l'abbaye Saint-Antoine de Paris.
(juillet) Interrogatoire de Castille.
(octobre) Interrogatoire de Florence. Pendant cette même année, déroulement des conciles régionaux de Mayence, Rouen, York, Lisbonne, Tarragona, Salamanca, Medina del Campo.

1311
(5 juin) Fin du deuxième interrogatoire Concile de Canterbury Londres.

1312
(3 avril) Bulle Vox Clamantis.
(2 mai) Bulle Ad Providendam.
(6 mai) Bulle Considerantes dudum.

1313
(décembre) Procès de Jacques de Molay.

1314
(18 mars) Le même jour, jugement, rétractation de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay.
Ils sont brûlés le soir même à la pointe de l'lie aux Juifs à Paris.

1317
(10 juin) Fondation de l'ordre de Montesa en Aragon.

1319
(19 mars) Fondation de l'Ordre du Christ du Portugal.
Ces deux derniers Ordres sont les seuls à prétendre être les successeurs de l'Ordre du Temple.
Chronologie réalisée par Laurent Dailliez

Les Chroniqueurs du Moyen-âge

La première croisade n'était plus qu'un souvenir. Si les colons étaient nombreux, les hommes d'armes étaient plus rares. Beaucoup avaient regagné leur pays; les autres étaient vieux ou morts. La croisade de 1101 fut un désastre pour la Palestine. Plus de cent mille immigrants furent massacrés ou faits prisonniers.

Selon Jacques de Vitry
« Personne ne pouvait aller tranquillement visiter les Lieux-Saints car les brigands et les voleurs infestaient les chemins, surprenaient les pèlerins, en détroussaient un grand nombre et en massacraient beaucoup ».

Ainsi naquit l'Ordre du Temple. Son but primitif fut de protéger les pèlerins sur les routes. Sous l'influence d'Hugues de Payens, d'origine champenoise, Geoffroy de Saint-Omer et quelques autres chevaliers bien intentionnés se réunirent en confrérie. Les documents antérieurs à l'Ordre permettant de dire que son fondateur était déjà d'un certain âge : à l'origine du Temple, il devait avoir cinquante-cinq ans. Quant aux pauvres chevaliers du Christ, la tradition n'a pas retenu les noms des premiers d'entre eux. Ils vécurent presque dans l'oubli jusqu'en 1126, date à laquelle Hugues de Champagne vint grossir les rangs de la Milice. Cela fit grand bruit et provoqua même la colère de saint Bernard.

Selon Guillaume de Tyr
L'Ordre fut fondé l'année où Baudouin devint roi. Cette précision est juste, car il fut couronné roi de Jérusalem en 1119, dans l'église de Bethléem. Les textes de la Règle du Temple en font état lorsqu'ils relatent le procès-verbal de l'assemblée : « par les prières de Maître Hugues de Payens, sous lequel ladite chevalerie prit son commencement par la grâce du Saint-Esprit, ils s'assemblèrent à Troyes... à la fête de Saint Hilaire en l'an de l'Incarnation de Jésus-Christ M et C et XXVIII, (1128) la neuvième année du début de ladite chevalerie ».

Nous devons alors rétablir les faits. L'assemblée de Troyes eut lieu le 13 janvier 1128. Avec les textes diplomatiques et principalement l'acte de la donation du 1er octobre 1127, nous pouvons établir que l'Ordre du Temple fut fondé entre le 1er novembre 1119 et le 12 janvier 1120.

Chronique de Jacques de Vitry
Le récit le plus complet, le plus objectif, que nous ayons sur les débuts du Temple est celui de Jacques de Vitry, dans son histoire de la Terre Sainte :

Certains chevaliers, aimés de Dieu et ordonnés à Son service, renoncèrent au monde et se consacrèrent au Christ. Par des vœux solennels, prononcés devant le patriarche de Jérusalem, ils s'engagèrent à défendre les pèlerins contre les brigands et ravisseurs, à protéger les chemins et à servir de chevalerie au souverain roi. Ils observèrent la pauvreté, la chasteté et l'obéissance, selon la règle des chanoines réguliers. Leurs chefs étaient deux hommes vénérables, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Omer. Au début, il n'y en avait que neuf qui prirent une décision si sainte et, pendant neuf ans, ils servirent en habits séculiers et se vêtirent de ce que les fidèles leur donnèrent en aumônes. Le roi, ses chevaliers et le seigneur Patriarche furent remplis de compassion pour ces nobles hommes qui avaient tout abandonné pour le Christ et leur donnèrent certaines propriétés et bénéfices pour subvenir à leurs besoins et pour les âmes des donateurs. Et, parce qu'ils n'avaient aucune église ou habitation qui leur appartînt, le roi les logea dans son palais, près du Temple du Seigneur. L'abbé et les chanoines réguliers du Temple leur donnèrent, pour les besoins de leur service, un terrain non loin du palais et, pour cette raison, on les appela, plus tard, les « Templiers ».

Le chroniqueur cardinal poursuit sa dissertation avec précision : « En l'an de grâce 1128, après avoir demeuré neuf ans dans le palais, vivant ensemble dans la sainte pauvreté, selon leur profession, ils reçurent une Règle par les soins du pape Honorius et d'Étienne, patriarche de Jérusalem, et un habit blanc leur fut donné. Ceci fut fait au concile tenu à Troyes, sous la présidence du seigneur évêque d'Albano, légat apostolique, et en présence des archevêques de Reims et de Sens, des abbés de Cîteaux et de beaucoup d'autres prélats. Plus tard, au temps du pape Eugène, ils mirent la croix rouge sur leurs habits, portant le blanc comme emblème d'innocence et le rouge pour le martyre ».

Dès 1126, le fondateur vint en France. Pour recruter et pour donner à son institution une base solide, reconnue par l'autorité ecclésiastique, les princes et les seigneurs.

Le séjour en France d'Hugues et de ses compagnons doit se situer entre 1127 et 1130, période la plus inconnue de l'Ordre, ou tout au moins la plus délaissée dans les études. Cependant, grâce aux actes, elle permet de faire la liaison entre le concile de Troyes et le traité de saint Bernard. Jusqu'à la mort de Hugues de Payens, le 24 mai 1136, cette période semble favorable aux Templiers, malgré la nouveauté d'association entre la vie religieuse et la vie militaire. Assurément, et on le comprend, la fondation de l'Ordre n'était pas sans inquiéter les contemporains et saint Bernard lui-même. Cela défavorisa, avouons-le, du moins dans certaines régions, les débuts de l'institution.

Et Saint-Bernard ?
Né vers 1092 au château de Fontaine-les-Dijon, Bernard se trouvait allié aux plus grandes familles de Bourgogne et de Champagne. Par sa mère Aleth, il descendait des anciens comtes de Bar-sur-Seine, et par son père il était parent des Grands de Bourgogne. Chez les chanoines de Châtillon, le jeune seigneur acquit les principales règles de la rhétorique en étudiant les auteurs classiques. En avril 1112, il entra au monastère de Cîteaux, fondé en 1098, avec une trentaine de compagnons, parents et amis. Sous la houlette d'Étienne Harding, le jeune moine se formera aux exigences de la vie monastique et, en 1115, il deviendra le premier abbé de la troisième fille de Cîteaux : Clairvaux. L'abbé donna un grand essor à son Ordre, dont il ne fut jamais le supérieur. A sa mort, Clairvaux avait fondé 61 abbayes.

La protection des chevaliers du Temple
Les chevaliers, sous la protection de Baudouin II, de Garimond patriarche de Jérusalem et de son successeur Étienne de la Ferté, vinrent en partie sur la terre de France pour y recruter. De la Palestine, il est fort probable que le Maître se rendit à Rome afin d'obtenir une entrevue avec le pape Honorius II. Cet entretien fut, sans aucun doute, à l'origine du concile de Troyes. Puis de Rome, Hugues de Payens rejoignit aussitôt son fils Thibaud. La chronique de Sainte Colombe précise cette généalogie :
« Thibaud de Payens, fils d'Hugues, premier Maître du Temple à Jérusalem ».
Le Grand-Maître du Temple rencontra partout de la sympathie et de l'admiration. Thibaud de Blois avait hérité des biens du comte de Champagne lorsque celui-ci était entré au Temple.
Le 13 janvier 1128, les chevaliers du Temple étaient à Troyes où s'ouvrait le concile qui allait examiner et confirmer la Règle de l'Ordre. Douze évêques, quatre abbés mitrés bénédictins, quatre cisterciens et quelques laïcs assistaient le légat.
Saint Bernard et les cisterciens ne semblent pas être pour beaucoup dans les débuts du Temple. Cela s'explique par l'inimitié de l'abbé de Clairvaux vis-à-vis du Temple.

L'opinion communément admise veut que ce soit l'abbé de Clairvaux lui-même qui ait écrit la Règle du Temple. Michelet, Dupuy, la Chronique de Belgique, Polydon Virgile, Guillaume de Tyr même, la lui attribue. Les manuscrits de la Règle du Temple, en liaison avec Jacques de Vitry, ne signalent aucunement la rédaction du texte par saint Bernard. La lettre d'Hugues de Payens, conservée à la bibliothèque de Nîmes, n'est que le reflet de cette opinion. D'ailleurs, selon le texte lui-même, une fois qu'Hugues de Payens eut exposé les statuts, le but et la fin de son Ordre, « les prélats approuvèrent de cette Règle ce qui leur semblait le plus sage et en retranchèrent ce qui leur semblait absurde, laissant à la discrétion du pape Honorius et d'Étienne de la Ferté, patriarche de Jérusalem, le soin d'achever cette œuvre incomplète ».
Après cette discussion Jean Michel, par l'ordre du concile et celui de saint Bernard à qui ce soin avait été confié « donc il na pas écrit la Règle lui même ».
Texte de Laurent Dailliez dans « Les Templiers ces inconnus » Librairie Jules Tallandier

Lexique de l'Ordre du Temple

Armement
Une lance à tête de fer, une massue plombée aux pointes saillantes, un écu triangulaire en bois recouvert de cuir pendu au cou par une courroie, orné de l'escarboucle (pierre précieuse et figure héraldique à 8 raies). Heaume, haubert (cotte de mailles) et cotte d'arme.

Banquier
Voici une liste des principales opérations bancaires traitées par les Templiers : dépôts d'argent, de bijoux, d'objets précieux, de titres. Comptes courants, billets de change. Prêts et avances, Séquestres, Consignes, paiement de rentes, Transmission d'ordre à distance (jusqu'en Orient). Les commanderies étaient des succursales.

Chevaux
Pour les chevaliers, trois chevaux et un écuyer. Un seul pour les sergents. Les harnais, étriers et éperons devaient être en métal non précieux ou peint.

Commanderies
Elles étaient de véritables centres économiques. Le but était de fournir des fonds pour protéger les pèlerins, puis faire la guerre en terre sainte. Si les cisterciens accrurent leurs revenus par « accident », pour les Templiers, ce fut voulu, car nécessaire. D'où la création de maisons fortes pour se mettre à l'abri des pillards, et servir d'exploitations agricoles. Les commanderies campagnardes étaient souvent édifiées sur un plan type cour centrale avec autour : chapelle, granges, écuries, caves et celliers. Les commanderies urbaines servaient d'entrepôts et de comptoirs, centres de circulation d'argent.
On dénombre environ 1 200 maisons en France, 600 commanderies. Dans l'Aube, les possessions s'étendaient sur plus de 80 villages.

Empire
Trois provinces en Terre Sainte, huit en Occident. Plus de 10 000 établissements dans le monde.
Malgré un essor très rapide, l'ensemble était solide, car très structuré, bien coordonné et hiérarchisé; de la maison à la province, au chapitre général, du commandeur local au grand maître.

Etendard - Le Baucent ou le Gonfanon
Appelé Baucent ou Baussant, mais son nom commun est Gonfanon par le Temple (argent au chef de sable) noir et blanc. Porté par le gonfanonier, enroulé autour de sa lance, ou par le turcoplier.

Hiérarchie
Le maître tenait le bâton, celui-ci était appelé aussi La verge qui était en fait appelée « Abacus ». C'était le bâton des Grands Maîtres (maîtres constructeurs) et avant eux celui d'Aaron au côté de Moïse, (soutien des faibles) et la verge était aussi (l'autorité et la punition). Il relevait du pape et était élu. Il était assisté d'un sénéchal. Ensuite venaient le maréchal, puis les 12 grands commandeurs. Toute une série compliquée de personnages de haut rang drapiers, turcoples, chapelains... Les commandeurs de maison ou précepteurs. Les chevaliers, les écuyers et les sergents (non nobles). Les donnés, les affiliés. Les frères convers, membres à part entière, mais cantonnés aux affaires matérielles. Donat et oblat. Frères de métiers (serviteurs, servientes). Frères profès. Enfin les serfs, dont la promotion sociale était assurée : tout serf donné devenait libre.

Idole - Capudou - Baphomet
Les Templiers adoraient-ils une « tête » ?
Ce fut une accusation du procès. Jamais personne ne l'a vue. On a parlé de différentes représentations un chat, une truie, un masque hideux, une tête à quatre visages, un crâne humain, le « capud » et autres appellations: le maufé, le baphomet...

Nombres et Chiffres
Certains chiffres symboliques et mystiques n'ont pas été choisis par hasard, le 3 : trois vœux, trois aumônes par semaine, trois jeûnes, la trinité, trois religions monothéistes, trois âmes de Platon, le triangle équilatéral générateur de la coupole par son double, l'étoile à 6 branches. Le 3 multiplié par lui-même donne les 9 fondateurs de l'ordre...
Sans oublier la croix à 8 branches, un alphabet secret, et le nombre d'or. Tous ces chiffres et leurs combinaisons sont utilisés en architecture (cathédrale de Chartres, rotonde de Paris, kraks orientaux, crypte de Gisors), pour coder les transactions bancaires, les opérations alchimiques, les symboles ésotériques et astrologiques...

Procès
Après avoir saisi les biens des juifs, puis ceux des Lombards, et afin d'assainir ses finances toujours en crise, Philippe Le Bel chargea son juge à la cour, Nogaret, de monter une cabale contre les Templiers. Ils étaient en particulier accusés de renier Dieu, de cracher sur la croix, d'actes obscènes, de sodomie et de sorcellerie. Il y eut 140 interrogatoires, 134 aveux. De multiples pendaisons en prison. Rien qu'à Paris, 36 succombèrent sous les tortures. L'abbé PETEL a particulièrement bien étudié plusieurs témoignages, en particulier ceux de Gauthier de Payns, Jacques et Foulques de Troyes, Nicolas de Cerres, Jean, Nicolas, Jacques et Étienne de Sancey. Que retenir des dépositions obtenues sous la contrainte ?
Il est vrai que les cérémonies de réception étaient secrètes et chargées de symboles à ne pas mettre entre toutes les mains. Si le reniement du Christ était pratiqué, n'était-ce pas en souvenir de la trahison de l'apôtre Pierre, qui ensuite reconnut sa faute et fut pardonné ? Était-ce pour ne pas s'attacher à une image, une représentation du divin ? Cette épreuve ne devait-elle pas permettre au postulant d'aller au-delà de lui-même, en dépassant sa plus grande abjection ?
Les baisers du candidat chevalier au maître, sur le front, le larynx, le cœur et le bas-ventre procèdent du même cérémonial symbolique. Chaque organe est le siège d'une faculté: pensée, parole, sentiment...
D'autres liens, avec le cosmos, la nature, peuvent s'y greffer...
Les Templiers étaient surtout coupables d'être une puissance autonome, tant financière que spirituelle.
Et le rapprochement avec les Sarrasins, la participation aux célébrations de rites musulmans, la sépulture proposée aux excommuniés; furent des motifs beaucoup plus importants qui provoquèrent la réaction du pouvoir royal et épiscopal.

Règle
La règle latine comportait 72 articles portant sur les devoirs religieux et les règlements journaliers.
Par exemple : la chasse est défendue sauf celle du lion. Souliers sans pointes, ni lacets. Une écuelle pour deux. Manger en silence. Enterré en habit monastique et non en tenue de combat, à même la terre, sur le dos : le retour à la terre. Vivre chastement, ne rien posséder. Pain, eau, peine et labeur.
Tous les jours trois pauvres doivent être nourris par les commandeurs de maison... Une autre règle, plus secrète, existait-elle ?
La discipline était très forte, la sanction pouvait aller du retrait temporaire de l'habit, à l'exclusion et à la perte de la maison.

Revenus
Droits de toutes sortes, sur les églises, les marchés, les foires, les terres, les maisons, les prébendes, les dîmes...
Dons de domaines entiers. Production des commanderies...

Sceau
Les 2 chevaliers montant le même cheval est avant tout un symbole de la dualité templière, Occident-Orient, Maître et disciple, 2 classes religieuses (frère de couvent et frère de métier) et bien d'autres divisions binaires que l'on retrouve dans la constitution même du Temple. C'est aussi le symbole du compagnon « mangeant le même pain ».
On en connaît une vingtaine de différents, ainsi l'Agnus Dei pour les maîtres en Angleterre.
Le plus célèbre est celui qui est sur les pages du site. Il a donné lieu à de nombreuses interprétations, de la plus simple (pauvreté, donc 1 cheval pour deux, 1 écuelle pour deux) à la plus cruelle, accusation d'homosexualité. Je penche pour l'humilité: 2 orgueilleux ne chevauchent pas sur la même selle. On peut y voir aussi un rapprochement avec la double condition, religieuse et militaire, humaine et divine, le bien et le mal, ange gardien ou diable...

Trésor
Avertis de la rafle, les Templiers disséminèrent leurs biens précieux dans différents lieux. Quelques petites découvertes fortuites sont possibles. Mais où est caché l'essentiel, et de quelle nature est-il constitué ?
Le soir du 12 octobre 1307, 12 templiers quittèrent le Temple de Paris, avec 3 voitures couvertes de paille pour une destination inconnue. On a parlé de bateaux vers l'Angleterre...
Le lendemain les coffres étaient vides de documents, d'objets précieux et de monnaies. Connaissant les talents de ces constructeurs de cathédrales et foreurs de souterrains, ces trésors sont réservés à de courageux initiés. Les détecteurs de métaux ne seront jamais suffisants. L'Égypte a gardé longtemps ses secrets. Pour le Temple, le jour n'est sans doute pas venu, la nuit est encore bien épaisse sur le trésor spirituel de L'ordre.
Extrait du recueil « Sur les traces des Templiers » de Jean-Claude Czmara. (Association Hugues de Payns)

La secte des Assassins

Qu'était-ce donc que cette mystérieuse confrérie des Assassins qui fit tant parler d'elle dans l'Orient médiéval ?

L'Islam était toujours en ébullition. Il s'était répandu avec une telle rapidité sur des peuples de culture, de religion, de races si dissemblables qu'il était travaillé par de sourdes réactions. Sa tolérance fondée sur la sourate du Coran : « II n'y a pas de contrainte en matière religieuse » était certes une excellente mesure politique, car les prescriptions légales du Coran ne pouvaient suffire aux besoins inattendus créés par les conquêtes et ses prévisions occasionnelles, limitées aux conditions primitives de l'Arabie, n'étaient nullement adéquates aux situations nouvelles. Mais cette tolérance adroite avait un inconvénient, dont l'histoire dogmatique de l'Islam révèle toute l'ampleur; elle favorisait les interprétations des commentateurs des volontés du Prophète qui, dans leur sincérité, laissaient prospérer des doctrines qui, tout en respectant l'esprit d'une tradition correcte, se détachaient en d'innombrables rameaux de l'arbre nourricier. Et l'autorité de ces commentateurs était reconnue car les prophètes ne sont pas des théologiens. Le message qu'ils apportent, sous l'impulsion directe de leur conscience, les notions religieuses qu'ils éveillent ne se présentent pas comme un ensemble doctrinal construit suivant un plan déterminé ; le plus souvent elles défient toute tentative de systématisation. Ce n'est que dans les générations suivantes, lorsque l'étude en commun des idées qui inspiraient les premiers adeptes a déjà provoqué la formation d'une communauté définie, que prennent corps et s'organisent, tant par des processus internes au sein de la communauté que sous les influences du milieu ambiant, les aspirations de ceux qui, se sentant appelés à être les interprètes des prédications prophétiques, comblent les lacunes de la doctrine originale, l'expliquent, y supposent ce dont son créateur n'a jamais eu l'idée, donnent des réponses à des questions auxquelles le fondateur n'a jamais songé, concilient des contradictions qui ne l'avaient pas troublé, imaginent des formules nouvelles, édifient un rempart de raisonnements à l'aide desquels ils veulent mettre leurs doctrines à l'abri des attaques intérieures et extérieures. Ils font plus pour prouver que pour expliquer. Ils sont les sources intarissables d'où coulent les spéculations des constructeurs de systèmes. C'est ce qu'il faut admettre impérieusement pour comprendre pourquoi tant de sectes se sont formées tantôt autour d'un illuminé propageant passionnément sa doctrine, tantôt issues d'obscurs courants collectifs remettant en question les dogmes fondamentaux de l'Islam. Parfois la violence de la foi s'accommodait mal des disciplines primitives. C'est ainsi que prit naissance l'ismaélisme engendrant à son tour la secte secrète des Interprètes des Lettres, celles-ci ayant pour les initiés une valeur numérique, une portée et des effets cosmiques, et celle des Assassins dont le culte de l'obéissance fanatique apparaissait sous la forme d'un véritable terrorisme. Les membres de cette communauté ne discutaient pas avec leurs adversaires : ils les supprimaient et regagnaient impunément leurs villages fortifiés du mont Liban. Ils accomplissaient leur besogne de tueurs en état d'extase. Henri, comte de Champagne, a raconté que, passant par les terres des Ismaéliens, et ayant été reçu par leur cheik, « le Vieux de la Montagne », celui-ci lui demanda si ses sujets étaient aussi obéissants que les siens et sans attendre sa réponse il avait fait un signe à trois jeunes gens vêtus de blanc qui s'étaient aussitôt précipités du haut d'une tour. Il avait vu leurs corps s'écraser sur les rochers. Une autre fois, le sultan Malek Shah ayant sommé le Vieux de la Montagne de se soumettre à lui et ayant menacé de le réduire par les armes s'il refusait ; ce dernier désigna un des hommes qui l'entourait et lui ordonna de se poignarder. S'adressant alors à l'ambassadeur du sultan qui avait assisté à la scène, il lui dit : « Va dire à celui qui t'envoie que j'ai soixante-dix mille fidèles animés du même esprit ».

Comment le Vieux de la Montagne parvenait-il à susciter de tels dévouements ?
Par quelle magie enchaînait-il ses disciples qui savaient attendre pendant des mois, des années, dans l'ombre des victimes désignées, l'ordre de tuer et de mourir ?

Les uns racontaient que Sinan, par des pratiques infernales, retirait leur âme à ses Dévoués afin d'en faire des automates. Ils propageaient des histoires terrifiantes. Les enthousiastes surenchérissaient sur les délices dispensées dans les repaires des Assassins et bientôt des récits merveilleux enjolivés par les conteurs circulaient dans toute l'Asie Mineure et l'Egypte, traversaient la Méditerranée et, mêlés aux histoires de guerre, parvenaient jusqu'au fond de l'Occident. Et l'imagination complaisante des poètes faisait briller aux yeux des naïfs ce paradis libanais que le Vieux de la Montagne entretenait pour ses élus ; où l'on trouvait errants en des jardins fleuris, comme il est dit dans le Coran expliquant ce qu'est le paradis de Mahomet, « des jouvenceaux choisis pour leur beauté, nourris de fruits rares et de viandes d'oiseaux, et des adolescentes passionnées ». Chateau de Masyâf Certes, personne ne se demandait comment des lieux aussi enchantés, avec leurs jardins féeriques, leurs oiseaux d'Ethiopie, leurs kiosques de porcelaine, leurs colonnades enduites d'ambre et de musc, leurs bocages de gazelles, avaient pu surgir du sol rocailleux de Masyâf. Ces visions n'étaient-elles pas plutôt le produit du haschisch qui possède le pouvoir de confondre avec la réalité les rêves des disciples, transformant peut-être, sous l'effet de leurs drogues, le bout de jardin crasseux qui se trouvait derrière la maison de Sinan, en un paradis éclatant de fleurs, de parfums et d'adolescents. Quoi qu'il en soit, les Élus étaient soigneusement dressés à leur métier de meurtriers. Leurs initiateurs les perfectionnaient dans le maniement des armes, leur enseignaient plusieurs langues. Leur vie journalière était dure et ascétique ; le dévouement au Grand Maître, qui avait su les détourner d'un monde décevant pour leur découvrir un autre monde, celui de l'exaltation qui devait les mener à la vie éternelle, était absolu.

Chateau de Masyâf Et les disciples, toujours plus nombreux, accouraient à Masyâf ; ils allaient vers ce noir soleil, tantôt comme vers un couvent, tantôt comme vers un suicide, toujours pour y rechercher avec volupté leur propre évanouissement. Ils allaient vers le Vieux de la Montagne, mystérieux, infaillible, tout-puissant et universellement redouté, pour mettre à ses pieds leur vie en échange de ce grand frisson mystique qu'ils recherchaient. La gloire de cet ordre despotique connut son apogée au XIIe siècle. A la même époque où les Templiers édifiaient leurs forteresses, les Assassins fortifiaient de nouveaux villages, et Masyâf, située en pleine montagne, devint le centre définitif de leur puissance en Syrie. Ainsi cimentée par la chaîne que formait une dizaine de citadelles, la puissance des Assassins s'étendait des frontières du Khorassan aux monts libanais et de la Caspienne à la Méditerranée. Lorsque le Vieux de la Montagne franchissait le seuil de son palais, un héraut le précédait en hurlant : « Tournez-vous devant Celui qui porte la mort des rois entre ses mains ».

La règle fondamentale de l'ordre établissait une énorme différence entre la doctrine secrète et celle qui était publiquement enseignée au peuple. Il y avait une hiérarchie des initiés. Plus les chefs, cachant la doctrine sous un voile impénétrable, se considéraient affranchis de toute contrainte morale et de toute loi religieuse, plus ils veillaient à ce que tous les devoirs prescrits par l'islamisme fussent observés par leurs sujets, lesquels considéraient les nombreuses victimes du poignard rituel comme des ennemis de la secte et de l'Islam, tombées sous les coups de la vengeance céleste dont les Ismaéliens étaient les exécutants. Et ils propageaient la parole du Grand Maître et de ses missionnaires promettant la domination, non pour eux ou pour l'ordre, mais pour l'Imam invisible dont ils étaient les envoyés et qui paraîtrait lui-même, lorsque l'heure serait venue, pour proclamer ses droits à l'empire universel. Une légende s'était créée autour d'eux et les chrétiens ajoutaient encore à la renommée du Vieux de la Montagne, mystérieux et despotique, dispensateur des délices de la vie, donnant la mort sur un simple signe, révéré comme un saint. Son alliance était recherchée comme un talisman et sa politique inquiétait les chrétiens de toute race. Frédéric Barberousse faillit être tué par un fanatique de cette secte en 1158, au siège de Milan. Richard Cœur de Lion est accusé d'avoir voulu se servir des Assassins pour se débarrasser de Philippe-Auguste. Joinville racontera avec sympathie que « saint Louis envoya au Vieux, parmi l'ambassade et les présents, Yves le Breton, frère prêcheur qui savait l'arabe ». Guillaume de Tyr s'étend complaisamment sur ce « Grand Maître d'un esprit supérieur, d'une vaste érudition, versé dans la loi chrétienne et connaissant à fond la doctrine de l'Évangile ». Telle était la puissance de cet ordre redoutable ayant porté l'assassinat à la hauteur d'une œuvre pie.

Histoire des assassins

Hassan (Image provenant d'une enluminure ancienne) Les Ismaélites, tout en se rattachant au souvenir de Mahomet, interprétaient l’islamisme à leur gré, et le dénaturaient entièrement. Ils défendaient de prendre au sérieux les pratiques du Coran, telles que la prière, le jeûne et l’aumône, et le khalife fatimite Hakem fonda au Caire une société dite de sagesse, qui condamnait tout ensemble le khalife de Bagdad, comme usurpateur, la foi et la morale comme des préjugés et des folies. La secte des Assassins est sortie de cette école.

Hassan, fils de Sabbah, était né dans le Khorazan ; son père, partisan d’Ali, l’avait confié, pour éviter les soupçons, à un Sunnite renommé par sa vertu entre les partisans du khalife de Bagdad ; mais de fréquentes conversations avec les Ismaélites l’entraînèrent dans leur doctrine, et il passa en Égypte pour recevoir de la bouche du khalife fatimite lui-même l’enseignement de la vérité. Accueilli avec empressement, admis à la plus intime faveur, et bientôt disgracié par l’habileté des courtisans, il revint en Asie à travers mille dangers, rapportant un grand désir de puissance, et tous les moyens nécessaires pour y parvenir (vers l’an 1073).

Hassan fit rapidement des disciples nombreux, et avec leur dévouement il s’empara de la forteresse d’Alamout dans le voisinage du sultan Malek-Schah. D’autres châteaux s’élevèrent dans les environs ; en vain Malek-Schah voulut les détruire ; son grand vizir fut mis à mort par un des disciples d’Hassan, et lui-même mourut sans avoir le temps d’assurer sa vengeance. D’autres meurtres, d’autres menaces, agrandirent cette puissance naissante. Le sultan Sindjar, qui régnait dans le nord-ouest de la Perse, s’était déclaré l’ennemi des nouveaux sectaires : un matin à son réveil, il trouve un stylet près de sa tête, et au bout de quelques jours il reçoit une lettre ainsi conçue : « Si nous n’avions pas de bonnes intentions pour le sultan, nous aurions enfoncé dans son cœur le poignard qui a été placé près de sa tête. » Sindjar fit la paix, par crainte, et accorda à Hassan, à titre de pension, une partie de ses revenus.

On dit qu'Hassan habita Alamout pendant 35 années, et que, dans cet intervalle, il ne se montra que deux fois sur la terrasse de son palais.
C’est alors qu’il organisa la société créée par lui, et qu’il la divisa en trois classes, les daïs, les reficks, et les fédaviés. Les daïs étaient les docteurs, les prédicants, chargés de convertir les infidèles. Les reficks étaient les compagnons, les initiés de la doctrine ; le peuple soumis à l’autorité tout à la fois religieuse et temporelle du chef suprême. Les fédaviés ou dévoués, étaient les instruments des volontés et des vengeances de leur maître.

Enfermés dès leur enfance dans les palais, sans autre société que leurs daïs, les fédaviés apprenaient que leur salut éternel dépendait de leur dévouement et qu’une seule désobéissance les damnait pour toujours. A cette crainte du châtiment se joignait avec la même efficacité l’espoir des récompenses; on leur promettait le paradis, on leur en donnait quelquefois une jouissance anticipée. Pendant leur sommeil, provoqué par une boisson enivrante, ils étaient transportés dans de magnifiques jardins où ils trouvaient à leur réveil tous les enchantements de la volupté ; après quelques jours de félicité extrême, le même breuvage les endormait de nouveau, et ils retournaient sans le savoir au lieu d’où on les avait emportés. A leur réveil ils racontaient, comme un songe ou comme une réalité, cette sorte de ravissement dont ils avaient joui, et ils s’animaient encore, par ce souvenir d’un bonheur passager, à mériter celui qui n’aura pas de fin. Introduits quelquefois devant leur seigneur, celui-ci leur demandait s’ils voulaient qu’il leur donnât le paradis, et sur leur réponse qu’ils étaient prêts à exécuter ses ordres, il leur remettait un poignard et leur désignait une victime.

Cette, société porta différents noms; on les appela Ismaélites orientaux, pour les distinguer de ceux d’Égypte ; Bathéniens ou partisans du culte intérieur ; Molahed ou impies ; et enfin Assassins. Ce nom n’est qu’une corruption de hachichin, qui lui-même vient de hachich ; le hachich était un breuvage enivrant qui servait à endormir les fédaviés. Le chef suprême s’appelait le Seigneur des couteaux, et plus souvent le seigneur de la Montagne, Scheick al Djébal. Le sens primitif de seigneur, dérivé de senior, a fait traduire ce mot par Vieux de la montagne.

La puissance des Assassins s’étendit successivement depuis la Méditerranée jusqu’au fond du Turkestan. Leurs châteaux étaient divisés en trois provinces : celles de Djébal, de Kuhistan et de Syrie ; chaque province avait à sa tête un dailbekir, immédiatement soumis au Vieux de la montagne. Pendant les 150 années que remplissent les règnes d’Hassan et de ses successeurs, ils entretinrent une continuelle terreur dans l’âme de tous les souverains de l’Asie. Le seul prince qui ne fléchit pas devant eux, et dont ils révérèrent la fermeté, ce fut Saint-Louis : il leur signifia qu’il était mécontent de leurs menaces, il demanda et il obtint réparation.

Les Assassins ne succombèrent que sous les coups des Mongols en 1258 ; le septième successeur d’Hassan, Rokneddin Kharchah, régnait alors. Les Mongols, sous la conduite d’Houlagou, le vainquirent et le mirent à mort. Les Assassin, recherchés dans toute l’Asie, furent impitoyablement massacrés, partout où il fut possible d’en trouver. Cependant ils ne purent tous être atteints, et il en existe encore aujourd’hui dans la Perse, sur les bords de l’Indus et du Gange, et dans les montagnes du Liban ; ils ont perdu leur puissance et leur fureur de meurtre; mais ils conservent en partie la doctrine ismaélite.
Sources: Gaillardin « Dictionnaire du XIXe siècle »

Les préceptoreries

Les préceptoreries : divisions territoriales portèrent toujours chez les Templiers le nom de préceptoreries. Ce ne fut qu'au XIVe siècle que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (Hospitaliers de Saint-Jean) leur donnèrent le nom de commanderies.

Les préceptories étaient autant de domaines considérables composés de fiefs et d'alleux, où ils établirent des châteaux-forts, et qu'ils mirent sous la garde d'un frère appelé précepteur « preceptor », maître, lequel avait l'entière administration de la terre, percevait les revenus dont il rendait compte sou pour sou, et avait sous son obéissance les chevaliers stationnés dans la maison et les profès qui se destinaient à entrer dans l'ordre. Il parut convenable aux intérêts bien entendus de la corporation et à la conservation de ses propriétés d'assigner à un chevalier les possessions d'un territoire déterminé pour les gouverner, les améliorer, et employer les revenus à l'avantage de tous.

La préceptorerie n'était donc qu'une pure administration dont l'ordre chargeait le précepteur sans lui rien transférer du droit de propriété.

La propriété résidait toujours dans l'ordre qui, pour la rendre plus productive et plus utile, s'associait, en quelque sorte, ses membres et les admettait à partager avec lui des fruits qui étaient jusqu'à un certain point ceux de leur zèle et de leur industrieuse vigilance.

A la naissance de l'Ordre, le conseil disposait immédiatement de tous les biens qui se multiplièrent promptement en Orient et en Europe. Il afferma d'abord , il députa ensuite d'anciens religieux auxquels il assignait un district, un territoire pour l'administrer, faire la perception des revenus et les envoyer en Palestine. Ces économes, auxquels on donnait, comme nous l'avons déjà dit, le nom de précepteurs, devaient un compte fidèle et n'étaient autorisés à retenir que leur modeste entretien.

Dans ces différents lieux où les précepteurs faisaient leur résidence, on réunissait les jeunes chevaliers qui, sous la discipline des anciens, se formaient à la vie religieuse et militaire et prenaient de bonne heure l'esprit de leur profession. C'étaient autant de communautés ou de couvents répandus dans toute la chrétienté qui renfermaient le dépôt le plus précieux et les plus chères espérances de l'ordre ; il en sortait des chevaliers instruits à tous les exercices militaires, pleins d'amour pour leur état et brûlant du désir d'aller au-delà des mers signaler leur courage et rivaliser de gloire avec leurs frères.

Ce fut dans ces cloîtres fortifiés de chaque commanderie que les Templiers se réfugièrent après leur retour d'Orient.

Confrérie des Frères bâtisseurs

En Europe, on assiste à la fondation de Cîteaux en 1098. La Chrétienté médiévale entre dans une phase ascendante, marquée par les débuts du premier art roman. C'est à cette époque, aussi, que l'on constate l'apparition des premières guildes anglaises de métiers (1110 - 1133), sous Henri 1er.
En 1118 est fondé l'Ordre des Templiers, dont les moines soldats guerroyant contre les Musulmans assiégeant les Lieux Saints.
A leurs contacts, et pendant les périodes d'accalmie, ils s'imprégnèrent des conceptions philosophiques et ésotériques de l'Islam.

Dévoués à la sécurité des pèlerins et à la défense du Saint Sépulcre, les Templiers, guerroyant plus que tous autres, eurent d'abord besoin d'ériger en Terre Sainte de multiples châteaux forts. De nombreux ouvriers maçons, groupés pour la plupart dans « l'Ordre du Saint Devoir de Dieu des honnestes compagnons », les y construisirent. Elargissant ensuite leurs activités au-delà de la Palestine, les Chevaliers du Temple firent élever bientôt, dans tous les pays d'Europe, une infinité d'établissements immobiliers. Plus de dix mille manoirs, outre les ouvrages militaires, portaient dans toute la chrétienté les couleurs de cet Ordre très puissant et prospère, jusqu'à ce que, au début du XIVe siècle, sous la pression du roi de France Philippe le bel, le pape Clément V le fit tragiquement conduire à sa perte par une procédure inquisitoriale approuvée par le Concile de Vienne.

En 1326, le Concile d'Avignon condamne les fraternités et les confréries, dont les pratiques, les insignes et le langage secret lui paraissent menacer l'orthodoxie de la foi. On attribue à la fin du XIVe siècle le manuscrit Hallywell, premier document connu attestant l'existence de la Franc-maçonnerie opérative anglaise.

En 1479 et en 1564, les tailleurs de pierre allemands se réunissent, édictent ou renouvellent certaines règles.

De tout cela concluons qu'il y a ainsi grande probabilité qu'au début du XIVe siècle d'anciens Chevaliers Templiers soient devenus Maçons, s'ils ne l'étaient déjà de longue date, à titre « d'acceptés ».

Il est curieux, en tout cas, de constater que c'est justement aux environs de ce milieu du XIV, siècle que, pour la première fois vraisemblablement, une Loge de Francs-Maçons fut, en Angleterre, non plus dissoute et dispersée selon l'usage, après que l'édifice à propos duquel elle avait été ouverte fut terminé, mais, au contraire, maintenue en activité et donc conservée pour elle-même.
Comment et pourquoi pareil fait se justifiait-il ?
La confrérie des compagnons du devoir

Ces collèges d'ouvriers, exemptés d'impôts et privilégiés pour les constructions publiques se perpétuèrent pendant tout la durée de l'empire romain et existaient encore à l'époque de la domination lombarde sous le nom de confréries ou de corporations franches.
Les papes leur accordèrent le monopole de la construction des églises et dans les chartes qu'ils leur donnèrent on voit qu'ils les exemptaient de toutes les lois et statuts locaux, édits royaux, règlements municipaux, concernant soit les corvées soit toute autre imposition obligatoire pour les habitants du pays. Munies de ces chartes les corporations franches se répandirent en Allemagne, en France et en Angleterre, leurs immunités firent donner à quelques-unes le nom de « francs-maçons ».

Les Frères Pontifs

D'autres se consacrèrent à la construction des ponts ; tels sont les frères pontifes que l'on trouve dans le Midi vers 1178.
Les templiers eux-mêmes furent compris dans l'ordre de ces corporations et ne dédaignèrent pas de s'associer aux travaux de construction. Ils se chargèrent de l'entretien des trois grandes routes du Midi de la France.
Des réunions annuelles sont prévues pour la fête du patron de la confrérie ou à l'occasion d'autres solennités. Une messe est alors célébrée pour les confrères et ceux-ci assurent un service de luminaires auprès de l'autel de leur confrérie et distribuent des aumônes.
Lorsqu'un des confrères meurt, les survivants le veillent, l'entourent pour ses obsèques, l'ensevelissent et font célébrer des messes pour le repos de son âme.
Ceux qui manquent à leurs obligations sont exclus de la fraternité. Quelquefois les confrères se groupent pour une tâche plus précise, comme les frères pontifes qui, dans le Midi de la France, entretiennent les routes et construisent des ponts. Ainsi le petit berger Bénézet, qui se met à la tête du groupe de frères qui bâtit le pont d'Avignon, constitué en un ordre proprement dit.

Pour exemple : A l'époque, les Templiers couvraient la région d'un réseau de Commanderies et de Templeries destiné à rassembler le ravitaillement nécessaire aux troupes combattant en Palestine. Il leur fallait aussi multiplier les voies d'accès vers leur grand port d'embarquement sur la Méditerranée, Saint-Gilles sur le Rhône qui leur appartenait en partie.
Ces deux impératifs les avaient amenés à organiser une véritable police des routes contre brigands et pillards de caravanes, mais aussi à faire appel à des organisations religieuses annexes pour construire les ponts nécessaires à leur trafic : les moines Pontifices (que d'aucuns appelaient Pères ou Frères Pontistes).

Déjà, les moines Pontifices avaient lancé le fameux pont d'Avignon sous la direction de leur prieur, l'abbé Bénézet (d'où le nom de pont Saint-Bénézet) comme aussi le pont de Bompas sur la Durance. Après le pont Saint-Nicolas, ces mêmes moines allèrent édifier le pont de Pont-Saint-Esprit.

Cet ordre constructeur comptait dans ses rangs des ingénieurs, des experts en carrières, des géologues, des architectes...

Ils formaient une admirable équipe de bâtisseurs. Hors des travaux, ils portaient une coule blanche marquée au coeur par deux arches de pont brodées au lin rouge.

L'évêque s'accorda donc avec la Commanderie templière de Saint-Maximin-lez-Uzès pour obtenir que viennent les moines Pontifices. Le prieuré de Saint-Nicolas de Campagnac les hébergerait pendant les travaux, abritant leurs prières et psaumes d'après labeur.

Les travaux commencèrent en l'an 1245. Ils ne s'achevèrent qu'en 1260. Il fallut quinze ans pour mener l'oeuvre à terme. Mais le pont reste inébranlable depuis plus de sept cents ans.
La règle est plus ou moins commune à toutes ces confréries

Toutes ces sociétés, depuis les Khasidéens jusqu'aux corporations franches avaient eu à la fois un caractère industriel et un caractère religieux et mystique : il fallait, pour être admis en leur sein, subir l'initiation par certaines épreuves, adopter certains dogmes, certains signes et paroles de reconnaissance. Au Moyen-Âge il s'y joignit l'idée féconde de secours mutuels contre l'autorité violente et despotique des seigneurs. C'est à cette époque de troubles que remonte vraisemblablement l'institution de compagnonnage actuel.

Le compagnonnage serait né dans la franc-maçonnerie et aurait été comme elle protégé par l'ordre des templiers. Faire naître le compagnonnage dans la franc-maçonnerie n'est pas une idée nouvelle mais il est bon de ne pas oublier que :
- la franc-maçonnerie moderne n'a d'autre ressemblance avec les anciennes confréries de maçons constructeurs que le nom.
- Qu'il faut distinguer deux maçonneries :
l'une matérielle et l'autre intellectuelle qui à une époque se sont réunies pour ne plus en former qu'une seule.
Donc, au lieu de dire que la franc-maçonnerie donna naissance au compagnonnage il est plus exact de dire que cette institution telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui est issue des corporations d'arts et de métiers.
Les compagnons donc feraient comme les francs-maçons remonter leur association à la fondation du temple de Jérusalem par Salomon.
En effet, ce temple aurait été construit pour abriter l'Arche d'Alliance selon le voeu du roi David. Mais celui-ci ayant du sang sur les mains, Dieu lui dit « C'est ton fils qui construira la maison ».
Ainsi Salomon entreprit l'édification du Temple.

Le compagnonnage

Depuis toujours, l'accueil est la valeur fondamentale du Compagnonnage. À chaque étape de son Tour de France, l'apprenti est reçu dans les maisons de Compagnons, où l'on vit autour de la mère et sous la responsabilité du Prévôt.

Le Compagnon est un homme libre : il a un métier qui lui assure la sécurité, le respect de ses pairs et la reconnaissance sociale.

Se former chez les compagnons, c'est d'abord « voyager la France », pendant cinq à sept ans, pour se mettre à l'école de ceux qui pratiquent le métier, de différentes manières.

Même à son apogée, le Compagnonnage ne comptait pas plus de 200 000 membres : il n'a jamais été un mouvement de masse. Il cultive, au contraire, sa différence par rapport au monde profane des simples manoeuvres.

Chaque Compagnon reçoit en héritage le patrimoine et les secrets d'un métier et d'une culture, des valeurs et traditions ancestrales, qu'il a à coeur de léguer à son tour aux jeunes générations.

On devient Compagnon à l'issue des deux cérémonies que sont l'Adoption en tant qu'Aspirant, puis la Réception. L'impétrant reçoit de ses pairs sa couleur frappée des symboles de son état, de son engagement et de ses devoirs, ainsi que sa canne, instrument du voyage, symbole de l'itinérance.

C'est le travail de réception, « l'oeuvre capitale », qui atteste les compétences que le compagnon a acquises au cours de ses années de voyage et d'apprentissage. On juge non seulement la maîtrise technique, mais aussi le comportement de l'Aspirant face aux difficultés du métier, sa patience et sa ténacité. La présentation de ce travail, pour être reçu Compagnon par ses pairs, n'est pas une fin en soi, mais plutôt une étape de son parcours, un nouveau point de départ : l'engagement du Compagnon n'est-il pas de faire de sa vie un chef-d'oeuvre, une vie de paix, de travail et d'étude, comme le lui rappellent les symboles frappés sur sa couleur ? Enfin, le Compagnon fini, Premier Compagnon ou rouleur est celui qui prend des responsabilités au sein du mouvement : il est reconnu par ses pairs au cours d'une cérémonie spéciale appelée finition. Il s'occupe en particulier de l'accueil et du placement des apprentis. « Le Compagnon fini est l'homme dont la conscience est ouverte à l'homme ».

La Franc Maçonnerie

Voici ce que dit la Grande Loge de France : L’histoire de la Franc-Maçonnerie peut se diviser en trois périodes : Il a existé tout d’abord une Maçonnerie dite opérative, qui ne comportait que des gens des métiers de la construction. Dans un deuxième temps, ces Loges vont recevoir des hommes étrangers au métier mais de qualité, qui deviendront des Maçons Acceptés. Enfin, les Loges perdront tout caractère opératif, pour devenir purement spéculatives.
Il convient de rappeler rapidement ce qu’est la Maçonnerie du métier. Elle est liée à la construction. Il faut noter que, de tous temps, les bâtisseurs ont eu le sentiment de faire œuvre sacrée. Citons, au sujet des bâtisseurs de cathédrales, ces lignes d’Albert Lantoine, historien de la Franc-Maçonnerie : Cet Art qui consistait à proportionner les diverses parties d’un monument, à dresser des flèches et des clochers audacieux, à courber des voûtes grandioses, sur lesquelles, le son, loin de s’atténuer, prenait une ampleur plus harmonieuse, semblait un art magique.
Ces Maçons opératifs se déplaçaient de ville en ville et n’avaient pas de local permanent. Ils utilisaient, pour entreposer leurs outils, se réunir, s’instruire, préparer leur travail ou se détendre, des locaux appelés Loges. On les appelait Francs-Maçons parce qu’ils n’étaient pas assujettis à un fief. Ils étaient francs, c’est-à-dire libres. Ces Francs-Maçons opératifs observaient un certain nombre de règles qui avaient pour but aussi bien de respecter les normes de qualité et de morale, que de préserver les secrets du métier. Leurs obligations comportaient aussi des devoirs de solidarité. C’est cette Franc- Maçonnerie opérative qui va se transposer en Franc-Maçonnerie spéculative aux XVIIème et XVIIIème siècles.
Les obligations des Francs-Maçons opératifs deviennent Loi morale, les outils de la construction deviennent des symboles, et la promotion sociale des ouvriers bâtisseurs se transpose en amélioration morale, spirituelle et matérielle de la société.

Pour plus d'information, voici le site de La Grande Loge de France.

Il ne faut pas tout mélanger

Ne pas confondre les confréries de « Maçons » ou « Bâtisseurs », qui forment des Ordres Monastiques proprement dits et qui sont aussi nommés des « Francs-Maçons » du fait de leur exemptions d'impôts et de tailles.
Au sein des « Francs Maçons' existaient des menuisiers, des vitriers tailleurs de pierres et tout un ensemble de professions qui étaient des confréries, mais étaient des confréries laïcs », bien qu'eux aussi exemptés d'impôts et de taille et dirigés par une règle de fonctionnement. Ces Ordres monastiques ou ces confréries laïcs existaient bel et bien à l'époque où les Templiers les utilisaient pour leur constructions, ils étaient aussi protégées par ces même Templiers.
En Orient à l'époque des croisades, ces ordres monastiques ou confréries laïcs sont regroupées sous l'égide de : l'Ordre du Saint Devoir de Dieu des honnestes compagnons.
En 1326, le Concile d'Avignon condamne les fraternités et les confréries, dont les pratiques, les insignes et le langage secret lui paraissent menacer l'orthodoxie de la foi. Avec la « Franc-Maçonnerie » actuelle, je me rends compte au fil des discussions ici et là, que les gens font un amalgame, ce n'est en aucun cas la vérité.
Il est exacte par contre, que cette Franc-Maçonnerie dirigée par la Grande Loge de France, utilise un langage réservé aux initiés tout comme le compagnonnage. Il en reste de nos jours, l'excommunication de la confrérie la plus connue, « la Franc-Maçonnerie ».

Franc-Maçonnerie et l'excommunication

La soutane contre le tablier.En froid dès le XVIIIe siècle, les deux camps se radicalisent lors des grands débats sur la laïcité et sur l'enseignement de la fin du XIXe et du début du XXe. Ce qui explique qu'il a fallu attendre 1983, pour que le droit canon ne menace plus d'excommunication les catholiques maçons [...]

Le nom de la franc-maçonnerie n'apparaît pas, mais c'est elle qui est visée. Les catholiques - la plupart d'entre eux, du moins - se réjouissent de cette mesure. Le bulletin paroissial de Saint-Joseph de Pau félicite ainsi le maréchal Pétain : « Il a enterré la République, régime qui est né dans l'assassinat, qui a vécu en semant la haine, en persécutant la religion, en trahissant la patrie. Il a supprimé la franc-maçonnerie, secte antipatriotique et antireligieuse, agissant dans les ténèbres contre les meilleurs Français […] ».

L'Eglise et la franc-maçonnerie se sont fait la guerre pratiquement dès les origines de celle-ci, au XVIIIe siècle. Les loges anglo-saxonnes, pourtant, sont déistes, affirment leur foi en l'Etre Suprême, Grand Architecte de l'Univers. Celles qui se fondent à leur suite, en France, en font autant. Mais, très inspirées par « l'esprit des Lumières » et les philosophes du temps, elles insistent davantage sur l'esprit de tolérance, la glorification de la science. Un auteur comme Pierre Bayle, dans son Dictionnaire historique et critique , publié à la fin du siècle précédent (1695-1697), a déjà prétendu qu'il existait une antinomie radicale entre la science et la foi et affirmé la relativité de toutes les religions. Cet esprit inspire les loges [...]

Le pape Clément XII réagit dès 1738 : une vingtaine d'années seulement après la création de la première loge, il interdit aux catholiques d'adhérer à la franc-maçonnerie. En 1751, son successeur Benoît XIV y ajoute la menace d'une sanction majeure : l'excommunication. Ce qui a pour effet de précipiter vers les loges tous les ennemis de l'Eglise : quand la guerre est déclarée, chacun choisit son camp. C'est vrai surtout dans les pays catholiques du sud de l'Europe - Italie, Espagne, Portugal - où la maçonnerie voit affluer des bataillons d'anticléricaux affirmés.

Beaucoup moins en France : les 600 loges que l'on recense dans le pays en 1770 comptent parmi leurs membres ou leurs dignitaires nombre de croyants, de prêtres, de prélats. Ce qui n'empêche pas ces loges de participer à la diffusion des idées de Voltaire, l'un des meneurs de la lutte antireligieuse, initié en 1778 à Paris par la loge des Neuf Soeurs en présence de Benjamin Franklin. Repères

1905 - Loi de séparation des Eglises et de l'Etat.
1961 - Le père Riquet donne une conférence à la loge Volney de Laval.
1971 - L'évêque Mgr Pézeril est reçu à la Grande Loge de France.
1974 - L'excommunication est réservée aux catholiques qui adhérent aux loges ouvertement antireligieuses. Jean-Paul II, 1978
En 1983, l'entrée en loge reste un péché grave, mais n'entraîne plus l'excommunication.

Absolution du pape Clément V

Absolution du pape Clément V, aux chefs de l'Ordre des Templiers

Parchemin de Chinon. Fait à Chinon, diocèse de Tours entre le 17 et 20 août 1308.

Il s'agit d'un exemplaire original, constitué d'une seule feuille de grandes dimensions (700x580 mm), qui était à l'origine accompagnée des trois sceaux des trois légats apostoliques qui formaient la commission spéciale apostolique « ad inquirendum » nommée par Clément V :
Bérenger Frédol cardinal prêtre titulaire de l'Eglise des saints Nereo et Achille, et neveu du pape ;
Etienne de Susy, cardinal prêtre de Saint Ciriaco in Thermis ;
Landolfo Brancacci, cardinal diacre de Saint Angelo.

Le document est dans un assez bon état de conservation, malgré la présence de nombreuses taches violacées très visibles du fait d'attaques bactériologiques. L'original était accompagné d'une copie actuellement conservée aux Archives Secrètes Vaticanes sous la dénomination « Archivum Arcis, Armarium D 218. »

Le document contient l'absolution accordée par Clément V au dernier grand maître des templiers, le frère Jacques de Molay, ainsi qu'aux autre chefs de l'ordre après qu'ils aient fait acte de repentance et demandé le pardon de l'Eglise ; après l'abjuration formelle, obligatoire même pour ceux qui étaient seulement soupçonnés d'activités hérétiques, les membres de l'Etat Major des Templiers sont réintégrés dans la communauté catholique, et de nouveau autorisés à recevoir les sacrements. Le document appartient à la première phase du procès contre les Templiers, quand Clément V était encore convaincu de pouvoir garantir la survie de l'ordre religieux-militaire, et répond à la nécessité apostolique de lever pour les moines-guerriers l'infamie de l'excommunication à laquelle ils s'étaient tout d'abord eux-mêmes condamnés, maintenant qu'ils admettaient avoir renié Jésus-Christ sous la torture de l'Inquisiteur français.

Comme d'autres sources de la même époque le confirment, le pape soutient que des comportements condamnables s'étaient bien introduits parmi les Templiers, et prévoit une réforme radicale de l'ordre, pour le fondre ensuite dans l'autre ordre religio-militaire, celui des Hospitaliers. L'acte de Chinon, vu comme nécessaire à la réforme, est pourtant resté lettre morte.

La monarchie française réagit en déclenchant un véritable mécanisme de chantage, au terme duquel Clément V, finit pas céder, au moment du concile de Vienne (1312) : ne pouvant plus s'opposer à la volonté de Philippe IV Le Bel, roi de France, qui imposait l'élimination des Templiers, le pape, après avoir entendu les pères conciliaires, décida de supprimer l'Ordre « con norma irreformabile e perpetua » (bulle Vox in excelso, 22 mars 1312).

Clément V spécifia toutefois qu'une telle décision ne pouvait pas constituer un acte de condamnation pour hérésie, à laquelle le concile n'aurait pu parvenir en se basant sur les différentes enquêtes des années précédentes. En effet, pour émettre une sentence définitive, il aurait été nécessaire d'organiser un procès, prévoyant aussi la défense des thèses de l'Ordre. Or, selon le pape, le scandale suscité par les accusations infamantes contre les Templiers (hérésie, idolâtrie, homosexualité et pratiques obscènes) aurait dissuadé n'importe qui d'endosser l'habit des Templiers ; et, d'autre part, un renvoi de la décision aurait entraîné la dilapidation des richesses considérables offertes par les chrétiens à l'Ordre chargé de défendre la Terre Sainte en y combattant les ennemis de la foi. L'examen attentif de ces différents dangers, ajouté aux pressions françaises, décidèrent le pape à supprimer l'Ordre des Chevaliers du Temple, de même qu'il était advenu par le passé, et pour des raisons moindres, à des ordres religieux plus considérables encore.

Archives secrètes du Vatican

Exemplaria Praetiosa III Processus contra Templarios
LA PREMIÈRE EDITION DU PROCESSUS DE CRITIQUE
pour les documents originaux des Templiers
Archives Secrètes du Vatican
Les Archives Secrètes du Vatican et de scrinium ont des fac-similés des originaux dans la procédure du procès des Templiers (Juin 28, 1308-1311), conservés dans les archives mêmes du Vatican.

Un élégant volume qui accompagne le fac-similé, comme d'habitude, et présente la transcription des actes de procédure pour la première fois (à partir de la transcription de Schottmuller de 1887) dans une édition critique.
Une initiative histoire de l'art majeur dédié aux passionnés de documents rares et précieux. Circulation Limitée à 799 exemplaires.

Intérogatoire des Templiers d'Avignon

Barbara Frale
L'interrogatorio ai Templari nella provincia di Bernardo Gui : un'ipotesi per il frammento del Registro Avignonese 305 Barbara Frale, L'interrogatoire des Templiers dans la province de Bernard Gui: une hypothèse pour le fragment de registre d'Avignon 305

Jacques de Molay - Le procès des Templiers

A partir du concile de Vienne, les Templiers durent être jugé selon leurs méfaits personnels; le jugement du grand maître et de plusieurs autres fut réservé au pape, qui délégua trois cardinaux, devant lesquels Jacques de Molay et les commandeurs de Guyenne et de Normandie avouèrent, dit-on, ce qu'on leur reprochait. Ils furent condamnés à une détention perpétuelle. Les cardinaux désirant donner au public le spectacle de la condamnation du grand maître, firent dresser un échafaud devant Notre-Dame de Paris, et y firent lire les aveux des Templiers; Jacques de Molay interrompit cette lecture et proclama que l'ordre du Temple était pur et saint. Un de ses compagnons fit la même déclaration. L'embarras fut grand. Les Templiers furent ramenés en prison. Jacques de Molay et son compagnon, qui avaient rétracté leurs aveux, furent brûlés sans jugement, par ordre du roi, dans une petite île aujourd'hui réunie à la pointe de l'île de la Cité, et placée entre le jardin du Palais et le couvent des Grands-Augustins. L'abbé de Saint-Germain des Prés, qui avait toute juridiction sur cette île, se plaignit de cette violation de ses privilèges, et le roi lui accorda des lettres de non-préjudice.

— On raconte que Jacques de Molay ajourna Philippe le Bel et Clément V, ses bourreaux, à comparaître dans l'année au tribunal de Dieu; c'est là une légende merveilleuse, mais le poète Geoffroi de Paris nous a laissé des derniers moments du grand maître, dont il fut témoin, un admirable récit, qui jette une grande lumière sur cet homme, dont la mort fut si courageuse et si chrétienne; de ce martyr, comme l'appelle Geoffroi de Paris, dont le supplice fut pour le peuple l'objet d'une poignante pitié. Molay attesta son innocence et appela la vengeance du ciel sur ses persécuteurs. Chrétien digne des premiers âges, il pria qu'on lui déliât les mains pour pouvoir adresser une dernière prière; et les yeux fixés sur l'église de Notre-Dame, sanctuaire révéré de la Vierge, la mort le prit doucement. On comprend que les témoins de cette belle mort, voyant moins d'un an après Philippe et Clément V appelés à rendre compte à Dieu de leurs actes, aient vu là un effet du jugement de Dieu et' de la malédiction de Jacques de Molay.
Sources : Correspondance Littéraire, publiée par MM. Ludovic Lalanne, L. Laurent-Pichat et G. Servois. Paris L. Hachette 1861.
(Livre numérique Google)

Jacques de Molay - Histoire de Paris sous Louis XV

Entre autres manuscrits, est une charte latine, par laquelle Jean-Marc Larménius, successeur du malheureux Jacques de Molay, transmet la grande maîtrise de l'Ordre du Temple à François Théobald ou Thibaud d'Alexandrie. Elle porte des caractères incontestables d'authenticité. A la suite de cette charte se trouvent les acceptations successives, « manu propria », de tous les grands maîtres du Temple, depuis Jacques de Molay.

Parmi les monuments, ouvrages de l'art, sont plusieurs objets, tels qu'un coffret en bronze, en forme d'église, contenant un suaire de lin, enveloppant des fragments d'os brûlés qu'on dit être ceux qui furent extraits du bûcher où périt Jacques de Molay. Ce suaire de lin est brodé en fil blanc sur ses bords; à son centre est une croix des chevaliers du Temple pareillement brodée. Parmi ces monuments, se trouvent l'épée qu'on dit avoir appartenu à Jacques de Molay, et plusieurs objets, comme la crosse, mitre, qui caractérisent la dignité pontificale du grand maitre (1).

De ces divers monuments il parait résulter que l'Ordre du Temple était divisé en deux grandes classes : l'institut de l'initiation intime et l'institut militaire. Il résulte aussi de ces faits historiques que les Templiers, échappés aux bûchers, fugitifs, dénués de fortune et de puissance, et conservant sans doute l'espoir d'être rétablis dans leurs anciennes possessions, se concertèrent, recueillirent les débris de leurs titres et documents, et reconnurent en secret un grand maître; qu'un de ces chefs, Thibaud d'Alexandrie, transmit, en 1340, la grande maîtrise, avec les manuscrits et autres monuments de l'Ordre, à Arnould de Bracque, issu d'une famille parisienne, très-puissante en France sous les règnes des rois Jean, Charles V et Charles VI (2).

Voilà comment ces titres et monuments sont parvenus en France et à Paris, et ont été mystérieusement conservés, jusqu'à nos jours, par les divers grands maîtres, du nombre desquels fut Philippe, duc d'Orléans, régent de France. Le grand maître actuel est le docteur Bernard Raymond Fabré-Palaprat.
1. Manuel des Chevaliers de l'Ordre du Temple, pages 29, 33, 34, 35.
2. Une rue de Paris porte encore le nom de cette famille. Arnould de Bracque et son fils Nicolas, maître d'hôtel de Charles VI, avaient un hôtel dans cette rue; ils fondèrent ensemble, en 1348, un hôpital et une chapelle à l'endroit qui fut occupé par les religieux de la Merci, religieux affiliés à l'Ordre des Templiers. Cette famille de Bracque avait ses tombeaux dans cette chapelle : Nicolas mourut le 13 septembre 1352.

Sources: Histoire physique, civile et morale de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours... ornée de gravures représentant divers plans de Paris, ses monuments et édifices principaux - Paris 1825.
(Livre numérique Google)

Jacques de Molay - La France sous Philippe-Le-Bel

Il y avait certes de grands abus à corriger; les Templiers étaient peut-être devenus inutiles et même dangereux (1); mais on ne pouvait avec équité les accuser d'hérésie. Or, l'hérésie fut le prétexte dont Philippe se servit pour abattre cette puissante famille militaire et religieuse, qui couvrait le monde de ses châteaux, dont les possessions étaient immenses, qui avait tout un peuple de vassaux et de clients dans toutes les classes de la société, et que ses richesses et sa puissance avaient rendue superbe. « Orgueil de Templier, » disait le proverbe, et c'est tout ce qu'on leur reprocha tant qu'ils furent debout. Ils faisaient d'abondantes aumônes, et Jacques de Molay pouvait affirmer, sans être contredit, qu'ils nourrissaient des milliers de pauvres. Si l'on invoque contre le Temple les aveux de plusieurs de ses membres, on peut répondre que les tortures arrachèrent ces aveux; les supplices attendaient ceux qui restaient fidèles à l'ordre, pendant qu'on promettait le pardon et des pensions à ceux qui avoueraient. La peur des tortures de l'inquisition fit trembler un grand nombre de chevaliers qui étaient allés sans crainte au combat; plusieurs se repentirent de leur faiblesse, se rétractèrent, et donnèrent, en proclamant leur innocence sur le bûcher, la plus grande preuve de la sincérité de leurs dernières déclarations.

A partir du concile de Vienne, les Templiers durent être jugé selon leurs méfaits personnels; le jugement du grand maître et de plusieurs autres fut réservé au pape, qui délégua trois cardinaux, devant lesquels Jacques de Molay et les commandeurs de Guyenne et de Normandie avouèrent, dit-on, ce qu'on leur reprochait. Ils furent condamnés à une détention perpétuelle. Les cardinaux désirant donner au public le spectacle de la condamnation du grand maître, firent dresser un échafaud devant Notre-Dame de Paris, et y firent lire les aveux des Templiers; Jacques de Molay interrompit cette lecture et proclama que l'ordre du Temple était pur et saint. Un de ses compagnons fit la même déclaration. L'embarras fut grand. Les Templiers furent ramenés en prison. Jacques de Molay et son compagnon, qui avaient rétracté leurs aveux, furent brûlés sans jugement, par ordre du roi, dans une petite île aujourd'hui réunie à la pointe de l'île de la Cité, et placée entre le jardin du Palais et le couvent des Grands-Augustins. L'abbé de Saint-Germain des Prés, qui avait toute juridiction sur cette île, se plaignit de cette violation de ses privilèges, et le roi lui accorda des lettres de non préjudice (2).

On raconte que Jacques de Molay ajourna Philippe le Bel et Clément V, ses bourreaux, à comparaître dans l'année au tribunal de Dieu (3); c'est là une légende merveilleuse, mais le poète Geoffroi de Paris nous a laissé des derniers moments du grand maître, dont il fut témoin, un admirable récit, qui jette une grande lumière sur cet homme, dont la mort fut si courageuse et si chrétienne; de ce martyre, comme l'appelle Geoffroi de Paris, dont le supplice fut pour le peuple l'objet d'une poignante pitié (4). Molay attesta son innocence et appela la vengeance du ciel sur ses persécuteurs. Chrétien digne des premiers âges, il pria qu'on lui déliât les mains pour pouvoir adresser une dernière prière; et les yeux fixés sur l'église Notre-Dame, sanctuaire révéré de la Vierge, la mort le prit doucement. On comprend que les témoins de cette belle mort, voyant moins d'un an après Philippe et Clément V appelés à rendre compte à Dieu de leurs actes, aient vu là un effet du jugement de Dieu et de la malédiction de Jacques de Molay (5).

La France fut le seul pays où l'on se montra cruel pour les Templiers : partout ailleurs, on donna leurs biens aux Hospitaliers et l'on forma des ordres nouveaux où ils furent admis.

Les causes de la suppression de cet ordre, telles que je viens de les exposer pour la première fois et qui nous sont connues par des documents authentiques inédits ou peu connus, furent pour les contemporains un mystère impénétrable.

Francesco Amadi, qui vivait au quinzième siècle, mais qui reproduit évidemment le récit d'un contemporain, raconte que le trésorier du Temple prêta au roi 200,000 florins sans l'aveu du grand maître, et qu'il fut pour cette faute chassé de l'ordre (6).
En vain Philippe demanda sa grâce, Jacques de Molay fut inflexible: de là, la haine du roi. Aimeri de Peyrac, abbé de Moissac, prétend que les Templiers avaient conspiré contre Philippe; Walsingham attribue l'animosité du roi au désir d'établir un royaume d'Orient au profit d'un de ses fils (7).

La plupart des chroniqueurs français parlent avec effroi des impiétés et des débauches des Templiers : tous racontent avec émotion leur fermeté dans les supplices (8).

La participation de Clément à la suppression de cet ordre célèbre a surtout paru inexplicable : on a cru qu'il avait agi par conviction, en présence des preuves irrécusables des crimes des Templiers. J'ai montré qu'il ne fut en cette circonstance que l'instrument, on peut même dire la victime, de Philippe le Bel, qui l'obséda pendant près de six années pour lui arracher une condamnation, et qui n'y parvint qu'en le menaçant d'un scandale inouï, de la condamnation de Boniface VIII comme hérétique.
Quant aux biens des Templiers qui paraissent avoir excité la convoitise de Philippe le Bel, ils furent adjugés par Clément V à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (9), qui était dévoué au roi (10); mais Philippe ne s'en dessaisit qu'à regret. Il prétendit que les Templiers lui avaient volé deux cent mille livres tournois, qu'il avait déposées au Temple (11). Les Hospitaliers promirent de restituer cette somme. Ce ne fut pas tout : on leur fit payer soixante mille livres pour les frais du procès, qui pourtant avaient déjà été prélevés sur les revenus du Temple (12); on leur fit donner quittance de tous les revenus échus depuis le séquestre des biens. Il y eut successivement plusieurs transactions de ce genre, et ce fut seulement en 1315 que Louis le Hutin délivra aux chevaliers de l'Hôpital les possessions des Templiers, après les avoir contraints de lui abandonner la moitié des meubles et même des ornements d'église (13), qui étaient d'une grande valeur. La part des Hospitaliers ne laissa pas que d'être fort belle, et il y aurait de l'exagération à dire, d'après saint Antonin, qu'au lieu de s'enrichir, ainsi qu'ils l'espéraient, ils s'appauvrirent en recevant les biens du Temple (14). Plus des deux tiers des possessions de l'ordre de Malte en France, à la fin du siècle dernier, avaient cette origine (15).
1. Dans un mémoire adressé en 1306 au roi d'Angleterre, Dubois proposait la suppression des deux ordres du Temple et de Malte, qui étaient divises, plein » de mauvaise foi et inutiles. De recuperatione terra sanctae, apud Bongars, Gesta Deiper Francos, pages 320 et 351.
2. Mars 1313. Or. Archives de l'Empire, K. 38, nº 12. — Copie du temps, Ibid., Reg. XXXIX, nº 1298; et Olim, tome II, page 599.
3. On a nié (Sismondi, Histoire des Français, tome IX, page 293) ce fait, qui n'était, dit-on, attesté que par des auteurs qui vivaient longtemps après. Un des plus anciens historiens qui en parle serait Paul Emile; c'est une erreur.
4. Chroniques de Guillaume de Paris, Buchon, page 219. Voyez aussi la Relation d'Amadi, Mas-Latrie, Histoire de Chypre, tome II, page 169.
5. L'historien italien Feretti de Vicence raconte une curieuse anecdote où il est question d'un Templier napolitain qui, mené devant Clément, lui reprocha son injustice. Conduit longtemps après au supplice, il s'écria: « Audi, papa trux... Ego quidem ab hoc nefando tuo judicio ad Deum vivum et verum, qui est in coelis, appello, teque admonco, ut intra diem et annum coram co pariter cum Philippo tanti sceleris auctore comparere studeas meis objectionihus responsurus, tuaeque excusationis causam editurus. Deinde obticuit et magnifice supplicium tulit. » Muratori, Rerum italicarum scriptores, tome IV, page 1017. Conf. Lacabane, Dissertations sur l'histoire de France au quatorzième siècle, tome I, page 2. On comprend que cet appel au jugement de Dieu, ce cri suprême de l'innocence, dut être prononcé plusieurs fois.
6. Mas-Latrie, Histoire de Chypre, preuves, tome II, page 690. Ces emprunts faits au Temple ne sont pas invraisemblables. En 1297, le roi se fit remettre 2500 livres tournois sur l'argent destiné à la croisade qui était déposé au Temple et s'engagea à en répondre pour les Templiers. A. I, or. K. 36, nº 51 bis, 29 mai 1297.
7. Baluze, Not. ad vitae pap. Aven., tome II, page 589.
8. Geoffroy de Paris, vers 6070 et suivants, éditions Bucbon.
9. Chronique G. de Frachcto, Historiens de France, tome XXI, page 37.
10. Voyez une lettre du grand maître Foulque de Villaret à Philippe le Bel, dont il se dit l'homme lige, et qu'il proclame « lucerna ardens que orthodoxorum plebem ducit, regit et illuminat. » Or. Trésor des chartes, J. 442, nº 13.
11. Prima compositio. Or. A. I, J. 368, nº 3. Félibien, Histoire de Paris, tome III, preuves, nº 320 (21 mars 1312, vieux style).
12. Sccunda comp. Felibien, Histoire de Paris, tome III, preuves, page 320.
13. Terria comp. Or. Trésor des chartes, J. 368 nº 4. Les biens des Templiers avaient été administrés pendant le séquestre par des commissaires nommés par le roi et par le pape. Voyez un compte du séquestre des maisons du Temple du bailliage de Troyes, en 1308. Or. Bibliothèque impériale, Mélanges de Clérembaut, tome IX, folio 223 et suivants — Le roi avait ordonné au prévôt des marchands de Paris de veiller à la garde des biens des Templiers à Paris. Or. Archives de l'Empire, K. 37, nº 39.
14. Apud Rainaldi, tome IV, page 547.
15. Voyez les archives de l'ordre de Malte aux Archives de l'Empire, série S. Dubois, dans le même mémoire où il proposa, en 1306, à Edouard d'Angleterre l'abolition des Templiers et des Hospitaliers, proposition qu'il fit aussi sans aucun doute à Philippe le Bel, évaluait à 800,000 livres le revenu de ces deux ordres. Ce calcul est sans doute exagéré, mais il montre quelle haute idée des hommes éclairés avait de la richesse de ces deux ordres religieux. De recuperatione terrae sanctae, apud Bongars, Gesta Dei per Francos, tome II, pages 320 et 321.

Edgard Boutaric. La France de Philippe le Bel. Etude sur les Institutions politiques et administratives du moyen-âge. Paris Libraire-Editeur Henri Plon. MDCCCLXI.
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Jacques de Molay - Histoire de l'Ordre des Templiers

Ce dernier et malheureux Grand-Maître fut recommandé par Boniface à Jean, roi de l'Ile de Chypre qu'il habitait (1298). Le Saint-Père rappelant tous les services de l'Ordre à la mémoire du monarque, lui commanda (1299) de faire une restitution complète des revenus dont il avait privé le Temple et l'Hôpital et de révoquer le décret par lequel il avait interdit aux membres des deux Collèges la construction de maisons et d'églises dans ses Etats [1].

Lorsque Gazan, roi des Tartares, eut pillé la Syrie, il députa des ambassadeurs à Rome pour offrir le pays aux Chrétiens et s'y faire envoyer les trois Ordres [2].

Clément V, assis dans la chaire apostolique, commença de longue main et sans doute sur l'instigation de Philippe-Le-Bel, roi de France, à menacer l'Ordre d'une révolution. Le nouveau Pape reprit le projet de fondre en un seul les Instituts du Temple et de l'Hôpital; Jacques de Molay, dans une justification de haute convenance, lui développa péremptoirement les dangers de cette mesure (1306).

Encore que la Terre-Sainte fût retombée au pouvoir des ennemis de la foi, les Chrétiens méditaient une nouvelle Croisade. Le Souverain Pontife recueillit des consultations, et Molay donna la sienne qui prouvait à la fois sa profonde science militaire et le vaste déploiement de forces qu'eût nécessité l'entreprise. Il supplia Clément de ne point la faire avec peu de monde, mais de rassembler tous les princes et les soldats de l'Europe (1206) [3].

Le Grand-Maître, que soutenait Amaury, prince de Tyr, prit Tortose en Syrie, et combattit bravement les Sarrasins. Sa vaillance fut souvent couronnée de succès. Enfin, chassé par le sultan du Caire, il crut trouver asile en France, où la sanguinaire avarice d'un roi lui réservait le plus affreux martyre.

Nous voici arrivés à la grande et déplorable catastrophe de 1313. Ce n'est point ici le lieu d'en raconter les causes, ni les détails ; occupons-nous de savoir ce que devint l'Ordre du Temple, après le supplice de Jacques de Molay et de ses Nobles Compagnons (quibus honos et gloria ! )

M. Reghellini pense que les Templiers échappés au désastre se réfugièrent dans les villes libres d'Allemagne et d'Italie, et il ajoute que l'Ordre du Temple de Bernard-Raymond est une invention qui ne fait que d'éclore. C'est, dit-il, un rite maçonnique tout moderne, et il n'est pas probable que l'Ordre du Temple se soit perpétué en France et à Paris, près des lieux où fumait encore le bûcher de Jacques de Molay.

Il est de notre devoir de rétablir les faits et d'envisager ici les deux exemplaires authentiques de la Charte de Transmission conservés dans les Archives de l'Ordre.

Il en résulte que le Grand-Maître Jacques, prévoyant les malheurs prêts à fondre sur l'Ordre, avait secrètement désigné (c'est-à-dire par une décision connue seulement des Chevaliers), pour son successeur, aussitôt qu'il ne serait plus, le Commandeur Jehan-Marc Larmenius de Hièrusalem.

Déjà avancé en âge, ce Commandeur réunit la plus grande partie de ceux de ses Frères qui avaient échappé au désastre; le décret de Molay est ratifié par ce Couvent-Général, et, pendant dix ou onze années, Jehan-Marc Larmenius se dévoue au gouvernement de l'Ordre. Mais ses forces s'épuisent, il réunit de nouveau ses Frères, et, le 13 de février 1324 , après leur avoir proposé pour son successeur le Commandeur François Théobald d'Alexandrie, déjà vieux et cassé lui-même, il lui impose les mains et l'institut, et le fait reconnaître comme Grand-Maître de la Milice du Temple; et ce fait, il le constate par l'acte du 13 février 1324, qu'on nomme la Charte de Transmission, acte qui contient des principes d'administration que l'Ordre suit encore aujourd'hui.

La Charte de Transmission est souscrite par Larmenius; François Théobald d'Alexandrie déclare sur cette pièce qu'avec l'aide de Dieu et du Convent-Général, il accepte la Grande-Maîtrise, et cette acceptation est renouvelée par tous ses successeurs jusqu'à nos jours.
1. Vertot, tome I, page 622.
2. Compilat. Chronol ap. Pistor., tome I, page 1106.
3. Du Puy, page 179 et suivantes

Essai sur l'histoire de l'Ordre des Templiers, Edouard Fraissinet. Bruxelles, 1840. - (Livre numérique Google)