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Zenghi

Biographie d'Emad-Eddin Zenghi
Tandis que le désordre régnait, dans les dernières années du XIe siècle, parmi les Musulmans, en Syrie, en Egypte et en Mésopotamie, il s'éleva au milieu d'eux un homme qui parvint en peu de temps à une grande puissance, qui se montra aussi habile homme de guerre que grand politique, et qui, au besoin, eut recours au crime et à la perfidie, pour arriver à ses fins ; c'était Emad-Eddin Zenghi, appelé « Sanguinus » par nos chroniqueurs.

L'historien des Atabeks dit que Zenghi était fils de l'ancien maître d'Alep, qui était l'émir turc Aksancar ; il n'avait que dix ans lorsque son père mourut, trois ans avant l'entrée des chrétiens en Syrie. Il fit ses premières armes sous Kerboga ; il servit ensuite sous Moudoud et Borsaki, et il se trouva à presque toutes les guerres qui furent faites contre les chrétiens, se distinguant chaque fois que l'occasion lui en était offerte.

On lit dans l'histoire des Atabeks que, lorsque les princes de Damas et de Mossoul faisaient le siège de Tibériade, en 1113, Zenghi, alors au service du prince de Mossoul, et devenu ensuite si redoutable aux chrétiens, se distingua par sa bravoure contre une partie de la garnison, qu'il poursuivit jusqu'à la porte de la ville : se croyant soutenu par sa petite troupe, il alla même frapper la porte de sa lance. Il ne cessa de provoquer les Francs, jusqu'à ce qu'enfin, ne voyant arriver personne pour le seconder, il retourna au camp, sans avoir reçu aucune blessure. Nommé gouverneur de Bosra par le sultan Mahmoud, il rétablit la tranquillité dans cette ville. Il accompagna ensuite le sultan dans la guerre qui eut lieu au sujet des démêlés que le calife Mostarched eut avec l'intendant de Bagdad pour le sultan. Mahmoud donna la place de cet intendant à Zenghi, en témoignage de sa reconnaissance pour sa conduite. C'est ainsi que Zenghi arriva par degrés à la principauté de Mossoul, qui convenait mieux à son ambition qu'une position, qui, quelque importante qu'elle fût, le tenait sous l'oeil du calife et sous la surveillance directe du sultan.

L'historien que nous venons de citer, après avoir fait un tableau de l'abaissement des Musulmans et de la puissance des chrétiens à cette époque, ajoute : « Lors donc que le Dieu très-haut eut jeté les yeux sur les princes musulmans, et qu'il eut vu l'état de mépris où était tombée la religion véritable, lorsqu'il eut reconnu les chefs hors d'état, d'en prendre la défense et trop faibles pour protéger ses adorateurs, lorsqu'il eut considéré la barbarie de ses ennemis, leur inhumanité, les calamités et les désastres qui affligeaient les fidèles, il s'attendrit sur l'islamisme et ses disciples, et résolut de faire cesser l'état d'avilissement, l'esclavage et le deuil où ils étaient plongés. Il résolut de susciter contre les chrétiens un homme capable de les punir de leurs attentats et d'en tirer une juste vengeance. Il voulut foudroyer les démons de la croix, comme il avait foudroyé ses anges rebelles. Aussitôt il chercha de l'oeil dans sa chère troupe de braves, et dans l'élite de ses guerriers aussi sages qu'ardents, et il n'en vit pas de plus propre à ses desseins que le martyr Zenghi ; il n'en vit point qui eût un coeur plus inébranlable, une volonté plus ferme, une lance plus irrésistible et plus pénétrante ; ainsi donc, il lui remit la porte des forteresses et le gouvernement de son peuple. »

L'histoire des Atabeks raconte l'élévation de Zenghi à la principauté de Mossoul, à peu près en ces termes : « Massoud, fils de Borsaki, n'ayant laissé en mourant qu'un frère en bas âge, celui qui était chargé de la conduite du jeune prince envoya deux députés à Bagdad, pour demander au sultan l'investiture de la principauté de Mossoul en faveur de cet enfant. Les députés étant à Bagdad, firent la connaissance d'un ami de Zenghi, qui les engagea à le demander pour prince. Les députés, allant trouver le vizir du sultan, lui dirent : « Tu sais que la Mésopotamie et la Syrie sont en proie aux ravages des Francs. Depuis la mort de Borsaki, l'audace des chrétiens n'a plus de bornes. Celui qui nous gouverne est un enfant; il nous faut nécessairement un homme ferme et habile à la guerre, qui puisse repousser l'ennemi. Nous te faisons connaître l'état des choses, afin qu'il n'arrive rien de fâcheux à l'islamisme ni aux Musulmans, car c'est nous qui serions coupables aux yeux de Dieu, et qui mériterions les reproches du sultan. Le vizir ayant rapporté ces paroles au sultan, le prince demanda quel était l'émir qu'on jugeait le plus propre à la défense des Musulmans. Les députés indiquèrent Zenghi. Le sultan approuva d'autant plus volontiers ce choix qu'il connaissait Zenghi, sa bravoure, ses talents et sa prudence. Aussitôt il fit venir les députés, et régla avec eux le tribut que lui paierait Zenghi (c'était le droit de vasselage; mais nous ne savons pas en quoi consistait ce droit), et il fit ses conditions. Après quoi on rédigea le diplôme d'institution, et Zenghi fut déclaré prince de Mossoul. Djiaouli, gouverneur du fils de Boursaki, s'empressant de se conformer aux ordres du sultan, alla, avec ses troupes, au-devant du nouvel émir de Mossoul; du plus loin qu'il l'aperçut, il mit pied à lerre, et courut lui baiser la main. Le premier usage que Zenghi fit de son autorité, ce fut de donner à Djiaouli une ville avec tout son, territoire. Pour préluder aux grands desseins qu'il méditait, Zenghi établit, parmi ses troupes, une discipline telle qu'on n'en connaissait pas d'exemple avant fui. Il sut bientôt réunir la principauté d'Alep à celle de Mossoul. En 1144, il s'empara de la ville d'Edesse, capitale du comté de ce nom, fondé par Baudouin, frère de Godefroy de Bouillon, et extermina tous les habitants de cette ville. Zenghi périt en 1145, assassiné par ses esclaves; il s'était rendu, par ses exploits, la terreur des chrétiens. Nos historiens du temps des croisades, qui l'appellent, comme nous l'avons dit, « Sanguinus », rapportent ce distique, qui fut fait à la nouvelle de sa mort : « Quant bonus eventus ! Fit sanguine sanguinolentus, Vir homicida, reus, nomine sanguineus. »

Le père d'Ibn-Alatir, auteur de l'Histoire des Atabeks, avait occupé une place importante auprès de Zenghi, et ce que le fils rapporte du vainqueur d'Edesse à l'autorité d'un témoignage contemporain. A ce titre, le portrait qu'il trace de Zenghi est digne d'attention. « J'ai, dit-il, ouï dire à mon père que Zenghi était d'une belle figure; il avait le teint brun et les yeux bleus. Sa vie fut des plus glorieuses; jamais personne ne montra plus d'intelligence et d'activité dans les affaires. Ses sujets vécurent sous lui dans une parfaite sécurité, et le faible n'eut rien à craindre du fort. Quiconque a connu la principauté de Mossoul, telle qu'elle était avant Zenghi, peut juger par lui-même combien elle a gagné sous le gouvernement de ce prince. Mon père me disait : Je me souviens de l'état où se trouvait Mossoul, cette mère des cités, au commencement du règne de Zenghi. La plus grande partie de la ville était en ruine. Mais à mesure que l'autorité de ce prince s'affermit, le pays commença à jouir de la paix; les méchants furent contenus, et les Musulmans accoururent en foule. On vit alors Mossoul s'embellir d'édifices superbes : Zenghi y fit construire plusieurs palais; il fil rehausser les murailles de la ville, et donner plus de profondeur aux fossés; il ouvrit même une nouvelle porte, qu'on appela de son nom. Il fit aussi planter des jardins autour de la ville. Avant lui, les fruits y étaient rares; on vendait le raisin à la livre, et quand le marchand voulait couper une grappe, il se servait de la serpette, prenant bien garde de laisser tomber un grain à terre. Mais sous Zenghi, on eut autant de fruits qu'on voulut. Un des grands mérites de Zenghi, c'est le soin qu'il avait de se tenir au courant de tout. Il savait tout ce que faisaient les princes, ses voisins, et les rois étrangers; il les faisait épier jusque dans leur intérieur. Son attention se portait principalement sur la cour du sultan ; il sacrifiait à cet objet des sommes considérables; mais aussi il était instruit des projets que méditait le sultan, de ses vues hostiles et pacifiques.... Zenghi vivait familièrement avec les officiers, et aimait à les éprouver lui-même; aussi ne lui arriva-t-il jamais d'élever quelqu'un au-dessus de son mérite, ou de ne pas l'élever assez. Il marquait à chacun de la confiance à proportion de sa capacité. Une de ses maximes était qu'un prince ne doit jamais laisser sortir de ses Etats un homme qui a été à son service. Il avait la coutume de disséminer ses trésors dans les principales villes de ses Etats. S'il survient, disait-il à ce sujet, quelque malheur imprévu, dans une de mes provinces, et que je ne puisse m'y rendre en personne, au moins on aura les moyens de remédier au mal. Pour ce qui regarde sa bravoure et son audace, il suffit de dire qu'elles étaient comme passées en proverbe. L'historien des Atabeks ajoute qu'il tenait de son beau-père que Zenghi était entouré d'ennemis. D'un côté, était le calife de Bagdad, commandant des croyants, qui lui portait une haine si forte qu'il vint même une fois l'assiéger dans Mossoul. D'un, autre côté, était Massoud, sultan de la Perse ; ses Etats et ceux de Zenghi se touchaient : c'était, sans contredit, le prince le plus puissant de son temps, celui qui avait les plus, nombreuses armées et qui haïssait le plus Zenghi. D'autre part, était le prince de la Grande-Arménie, pays vaste et défendu par ; des forces considérables. Tous ces princes étaient contraires à Zenghi. On en peut dire autant du prince de Mardin, dans la Mésopotamie. Eh bien ! Malgré ces désavantages, il prit à ses voisins plusieurs, provinces. Et les Francs, quelle puissance n'avaient-ils pas acquise ! Et pourtant il leur enleva plusieurs villes, il les défit en diverses rencontres. Jusqu'à lui, les chrétiens, dominaient partout; ils envahissaient les provinces musulmanes. La terreur qu'ils inspiraient était si grande, qu'à leur approche les habitants abandonnaient leurs foyers. C'est Zenghi qui fit cesser cet état d'inquiétude; et n'eût-il fait que prendre Edesse, ce serait encore une conquête immense. »

Le même historien vante la bienfaisance, l'activité, l'élévation d'esprit, la constance dans, les affections que son père avait remarquées chez Zenghi. « Ce prince, ajoute-t-il, ne pardonnait pas une insulte faite à une femme, et surtout à la femme d'un de ses soldats. » Mais Ibn-Alatir se garde bien de parler des mauvaises qualités du héros de l'islamisme. Aboulfarage même, qui était chrétien, se tait sur la politique perfide qui était le mobile de toutes les actions de Zenghi. L'historien des Atabeks n'est pas, cependant, sans laisser percer, dans certains passages de son récit, l'esprit artificieux qui caractérisait Zenghi. « Le sultan, dit-il, n'avait cessé, tout le temps de son règne, d'être inquiété par des rébellions. A chaque entreprise de ce genre, il en attribuait la cause à Zenghi. Il connaissait la finesse de ce prince, sa puissance, ses ressources, son crédit sur l'esprit, des émirs et des gouverneurs des provinces. Ses soupçons étaient fondés. Zenghi fomentait le désordre, afin qu'on ne songeât pas à lui. Enfin le sultan, se voyant libre de toute autre inquiétude, manifesta l'intention d'aller réduire Zenghi. A cette nouvelle, Zenghi se hâta de faire de grandes soumissions, et obtint d'être maintenu dans Mossoul, moyennant la somme de cent mille pièces d'or.

« Le sultan aurait voulu de plus qu'il vint lui rendre hommage en personne : il s'y refusa, donnant pour excuse la proximité des Francs, et la nécessité où il était de leur faire la guerre. Ce qui décida surtout le sultan à laisser Zenghi tranquille, c'est qu'on lui dit que, dans la Syrie et la Mésopotamie, il n'y avait que Zenghi qui pût prendre la défense des Musulmans. Bien des émirs, faisait-on observer au sultan, ont déjà gouverné Mossoul, tels que Maudoud, Borsaki et autres ; ils recevaient du sultan des armées nombreuses : mais aucun ne pouvait protéger le pays contre les Francs; cet état a duré jusqu'à Zenghi. Pour lui, il n'a reçu ni soldats, ni argent; et, cependant, il a enlevé aux chrétiens une grande quantité de places et de provinces, et il les a vaincus plusieurs fois. Cet homme là fait honneur à l'islamisme. Une autre raison qui adoucit le sultan, c'est la manière adroite dont Zenghi en usait envers lui. Zenghi avait mis au près de la personne du sultan son fils aîné Seif-Eddin; le sultan chérissait ce jeune homme, et lui marquait la plus grande confiance. Un jour Zenghi manda à son fils de s'enfuir secrètement, et de venir à Mossoul. Mais il lui fit fermer les portes de la ville, et le renvoya au prince avec ces mots : J'ai appris que mon fils avait quitté votre service sans votre permission; j'ai refusé de le voir, et je vous le renvoie. Cette action plut beaucoup au sultan, qui, dès ce moment, ne refusa plus rien à Zenghi. »

Toute la conduite de Zenghi n'était qu'un tissu d'artifices : quelle preuve plus évidente en chercherait-on que ce qu'il fit, lorsqu'il vit que, malgré sa puissance et le déclin rapide de celle des sultans Seldjoukides, les peuples conservaient par habitude une certaine considération pour les princes de cette maison qui dominait depuis près d'un siècle en Perse. Il jugea que, pour ne pas éveiller l'envie, il était prudent de régner à l'ombre de leur autorité. Il aima mieux n'être qu'au second rang et avoir tout le crédit du premier. Non content de se ménager le calife et le sultan de Bagdad, il mit donc en scène une espèce de fantôme de prince, nommé Alp-Arslan, de la maison des Seldjoukides, qu'il combla d'honneurs et de titres, se réservant seulement l'exercice de l'autorité. Il poussa l'artifice jusqu'à entretenir à dessein Alp-Arslan dans le vin et dans la débauche. C'était cet Alp-Arslan qui était censé le prince de Mossoul; Zenghi n'était que son Atabek, et c'est de là que Zenghi est ordinairement désigné dans les auteurs arabes par son titre d'Atabek. Ce n'est pas qu'Alp-Arslan n'essayât de temps en temps de s'affranchir de cette tutelle, et de s'emparer du pouvoir. Ainsi, après la prise d'Edesse, et tandis que Zenghi assiégeait une forteresse sur l'Euphrate, Alp-Arslan tenta de faire une révolution à Mossoul. Zenghi s'empressa d'y revenir; mais il se contenta de rétablir la tranquillité, se gardant bien de changer de maître, de peur de se créer un rival dangereux.

Peu de temps s'écoula entre la prise d'Edesse et la mort de Zenghi, qui fut tué sous les murs d'une forteresse musulmane voisine de l'Euphrate, dont il voulait s'emparer. « Zenghi, dit l'auteur de l'Histoire des Atabeks, fut assassiné pendant son sommeil par quelques-uns de ses Mameluks, tandis qu'il faisait le siège du château de Djiabar. Ceux qui commirent ce meurtre se sauvèrent aussitôt dans la place, et annoncèrent ce qu'ils avaient fait. On se hâta d'en donner la nouvelle aux assiégeants. Les serviteurs de Zenghi coururent à son lit et le trouvèrent rendant le dernier soupir. Ainsi finit Zenghi. Un beau matin il s'éteignit sans pouvoir se prolonger jusqu'au soir. »

Zenghi et l'Orient Chrétien

1130 Quand Bohémond II, qui avait épousé Alix, fille de Baudouin II, roi de Jérusalem, eut recueilli l'héritage de son père, il se vit attaqué par Josselin, comte d'Edesse, qui s'unit aux Musulmans pour lui faire la guerre; il avait la bravoure des héros de sa famille, et il fut tué dans un combat contre les Musulmans, en 1130. C'était, dit Guillaume de Tyr, un prince agréable à Dieu, « Deo amabilis. »

Il ne laissait qu'une fille en bas âge, nommée Constance, et sa mort fut une source de calamités pour la principauté d'Antioche. Alix, sa veuve, était, dit l'historien Guillaume de Tyr, tourmentée par l'esprit du démon. C'était surtout une femme très ambitieuse, et il n'avait pas fallu moins que la fermeté de son père pour l'empêcher d'oublier qu'elle était mère. Mais, après la mort de Baudouin, elle s'était abandonnée à ses penchants ambitieux, et avait même sollicité, pour les satisfaire, l'appui du fameux Zenghi, à qui elle avait envoyé, au rapport de l'archevêque de Tyr, « un palefroi aussi blanc que la neige, ferré d'argent, avec un frein d'argent, et couvert d'une housse blanche, symbole de la candeur de ses promesses. » Elle avait réussi à se faire un partisan de Pons, comte de Tripoli, qui osa prendre en sa faveur les armes contre le roi de Jérusalem. Mais Foulques lui fît éprouver une sanglante défaite. Lors d'un second voyage que le roi de Jérusalem fit dans la principauté d'Antioche, il remporta sur les Turcs une victoire qui lui acquit une grande influence, dont il se servit pour rétablir l'ordre troublé par les intrigues d'Alix. Il pensa qu'il convenait de donner à la fille de Bohémond un époux qui pût gouverner la principauté, et il jeta les yeux sur Raymond, fils puîné de Guillaume IX, comte de Poitou. Ce prince se rendit en Orient, sous le costume d'un simple pèlerin, afin de ne pas éveiller les soupçons de l'ambitieuse Alix. Son mariage avec Constance fut célébré dans l'église de Saint-Pierre d'Antioche, et Alix fut reléguée à Laodicée, qu'on lui donna en apanage.

Atabek, mot qui veut dire père du prince, et qui signifie à peu près la même chose que vizir ou lieutenant. Plusieurs émirs, chargés sous ce nom du gouvernement de certaines provinces, par les sultans Seldjoukides, usurpèrent le pouvoir suprême dans les Etats dont l'administration leur avait été confiée. C'est ainsi que les Atabeks fondèrent une dynastie en Syrie. Aksancar, surnommé Kassim Eddoulet, qu'il ne faut pas confondre avec Aksancar surnommé Boursaki, était originairement un officier turc, qui avait été élevé avec le fameux Malek-Schah, qu'il avait toujours servi fidèlement, et qui, lorsque ce prince fut parvenu à l'empire, obtint de lui des charges importantes et devint son favori. Le grand crédit d'Aksancar ne manqua pas d'éveiller contre lui la jalousie. Le célèbre vizir Nizam-el-Moulk chercha à l'éloigner du sultan. Tout en faisant l'éloge des services d'Aksancar et de son dévouement à Malek-Schah, il proposa, lorsqu'Alep passa sous le sceptre des Seldjoukides, de lui donner cette ville et le commandement des armées du sultan dans cette contrée. Aksancar se rendit à Alep, où il se fit aimer des habitants et respecter de ses voisins. Après la mort du sultan Malek-Schah, lorsque Toutousch disputa l'empire de Perse aux enfants de son frère, Aksancar abandonna le parti des fils de son bienfaiteur, et reconnut Toulousch pour sultan. Mais, changeant ensuite de parti, il s'attacha à celui du sultan Barkiaroc. Toutousch, pour le punir de son inconstance, marcha contre lui à la tête d'une nombreuse armée. Le sultan Rarkiaroc envoya l'émir Kerboga au secours d'Aksancar, qui n'en fut pas moins vaincu et fait prisonnier par Toutousch, en 1094. Le sultan de Syrie s'empara d'Alep, et ayant fait venir Aksancar en sa présence, il lui demanda comment il l'aurait traité si le sort des armes l'avait livré entre ses mains ? Aksancar répondit au sultan qu'il l'aurait fait mourir, et il fut aussitôt exécuté. Tous les émirs qui avaient été attachés à Aksancar demeurèrent fidèles à son fils Zenghi, qui n'était Agé que de dix ans. Kerboga le prit sous sa protection et eut soin de son éducation. Zenghi accompagna Kerboga dans toutes ses expéditions; après la mort de cet émir, il s'attacha à Djiokarmisch, qui s'était rendu maître de Mossoul; et Djiokarmisch étant venu à mourir à son tour, Zenghi passa au service de l'émir, qui le remplaça dans le gouvernement de Mossoul. Cet émir s'étant ensuite révolté contre le sultan, Zenghi l'abandonna, et fit la guerre contre les Francs, sous Maudoud et sous Boursaki. Ce dernier émir, ayant reçu du sultan le gouvernement de Mossoul, donna l'intendance de Bosra au jeune Zenghi, qui fut confirmé dans la possession de cette ville par le sultan Mahmoud. Zenghi accompagna ensuite Mahmoud dans la guerre qui s'éleva à l'occasion des démêlés que le calife Mostarsched eut avec l'intendant de Bagdad pour le sultan. Ce prince fut si satisfait de la conduite de Zenghi, qu'il lui donna la place de cet intendant, en 1127. Quoique cette place fût très-importante, l'ambition démesurée de Zenghi s'accommodait mal de la dépendance où le retenaient la présence du calife et le voisinage du sultan. La mort de Boursaki, émir de Mossoul, vint, à sa grande satisfaction, l'éloigner de Bagdad. Les Francs étaient alors maîtres de tous les pays qui s'étendent depuis la Mésopotamie jusqu'à l'Egypte ; il ne restait aux Musulmans, en Syrie, qu'Alep, Damas, Emèse et Hama. L'intérêt de l'islamisme exigeait qu'on opposât un général habile aux entreprises des chrétiens. Quand, à la mort de Boursaki, son esclave Djiaouli envoya demander au sultan Mahmoud l'investiture de Mossoul pour le fils de son maître, les ennemis que cet esclave avait à la cour servirent la cause musulmane en demandant sa déposition et celle des enfants de Boursaki, et en faisant sentir la nécessité de donner le gouvernement de Mossoul à Zenghi, qui était seul capable d'empêcher la Syrie de tomber tout entière aux mains des chrétiens.

Zenghi partit aussitôt pour Mossoul, dont Djiaouli le mit en possession sans aucune difficulté. La première expédition du nouvel émir de Mossoul fut de s'emparer d'une ville que les descendants du calife Omar avaient bâtie dans une île du Tigre. Il alla ensuite faire le siège-de Nisibin, qui appartenait à l'émir ortokide Timourtasch, prince de Mardin. Celui-ci réclama le secours d'un de ses parents, qui régnait dans le voisinage; mais Zenghi ne leur laissa pas le temps de réunir leurs troupes : il pressa le siège et s'empara de la ville. Harran, Saroudje, et la plupart des places de la Mésopotamie tombèrent bientôt sous sa puissance. Alep avait appartenu à l'émir Boursaki; mais son fils Masoud en avait donné le gouvernement, après sa mort, à un émir dont la conduite provoqua une révolte des habitants. Zenghi profita de cette occasion de se rendre maître de cette ville, où il entra aux acclamations de tout le peuple. Il ne se laissa plus conduire dès lors que par des vues d'ambition, et rechercha tous les moyens d'étendre ses Etats; il donna au sultan de Perse cent mille pièces d'or pour être conservé dans son gouvernement de Mossoul. Dans le dessein d'entreprendre une expédition contre les Francs, il fit demander des troupes à Bouri, prince de Damas. Celui-ci ordonna à son fils, qui commandait dans Hama, de se rendre auprès de Zenghi avec les forces dont il pouvait disposer. Mais Zenghi le fit arrêter et enfermer dans Alep avec les émirs, et marcha vers Hama, dont il s'empara d'autant plus facilement, que cette place était dégarnie de troupes. Il trompa également l'émir d'Emèse, qu'il fit aussi arrêter et conduire au pied, des murailles de la ville, pour qu'il ordonnât à son fils d'en ouvrir les portes. Mais les habitants refusèrent d'obéir. Cette conduite rendit le prince de Mossoul odieux à tous ses voisins. Les Ortokides entrèrent dans ses Etats avec une armée de vingt mille hommes; mais ils furent défaits par Zenghi, qui, après cette guerre contre les Ortokides, fit une incursion sur le territoire d'Antioche et assiégea Athareb. Bohémond s'avança contre Zenghi, oui quitta le siège d'Athareb pour marcher a sa rencontre. Le prince d'Antioche fut vaincu et tué dans le combat qui eut lieu. La ville d'Athareb fut ensuite prise et rasée. A la nouvelle de la mort de Bohémond, Baudouin II, roi de Jérusalem, accourut dans la principauté d'Antioche, où sa présence était d'autant plus nécessaire, que la veuve de Bohémond, quoique fille du roi, se proposait de traiter avec Zenghi, à qui elle avait envoyé un beau cheval blanc, ferré en argent et richement caparaçonné. Zenghi passa de là sur le territoire de Tripoli, dont il tint le prince assiégé dans une forteresse. Mais la comtesse de Tripoli ayant appelé à son secours Foulques, qui venait de monter sur le trône de Jérusalem, Zenghi, dont les troupes étaient fatiguées de la guerre, ne voulut point attendre l'arrivée du roi, et conclut la paix aves les Francs, en 1131.

Zenghi prit ensuite parti dans les querelles des princes seldjoukides qui se disputaient le trône ; mais il fut battu en défendant les intérêts de Mahmoud, et obligé de revenir à Mossoul. Le sultan Sandjar, le lus puissant souverain de la maison des Seldjoukides, ayant entrepris de rétablir la paix dans sa famille, ordonna à Zenghi, qui ne put lui résister, de marcher vers Bagdad, de se rendre maître de cette ville, et d'y faire faire la prière publique au nom de Togrul. Le calife Mostarsched se mit lui-même à la tête de son armée, pour livrer bataille à Zenghi, et remporta une victoire après laquelle il fit faire au prince de Mossoul de violents reproches de sa conduite. Zenghi, outré de la hauteur avec laquelle lui parla l'envoyé du calife, le fit arrêter. Le droit des gens, méprisé dans la personne de cet ambassadeur, fournit un prétexte au calife de se remettre en campagne, dans le dessein d'assiéger Mossoul. Mostarsched sortit de Bagdad à la tête de trente mille hommes ; mais il assiégea en vain Mossoul, d'où Zenghi s'était éloigné. Fatigué d'avoir passé trois mois inutilement devant la capitale de la principauté de Zenghi, le calife fit la paix avec lui. Zenghi punit ensuite un émir kurde d'avoir fourni des secours au calife pendant son expédition contre Mossoul. Il conçut enfin le projet de s'emparer de Damas et de détruire cette principauté ; mais l'intervention des Francs l'empêcha d'exécuter ce dessein. Zenghi échoua aussi dans la tentative de s'emparer d'Emèse ; et, pour se venger, il envoya le gouverneur d'Alep ravager les environs de Laodicée, où il fit un si grand nombre d'esclaves, que toute la Syrie en était remplie.

En 1137, Zenghi tourna ses armes contre les Francs, et choisit, pour ravager les terres du comte de Tripoli, le temps où il vit Antioche assiégée par l'empereur grec Jean Comnène, qui prétendait que les Francs devaient lui remettre cette ville. Raymond, comte de Tripoli, appela à son secours Foulques, roi de Jérusalem; et ces deux princes, ayant réuni leurs forces, marchèrent contre Zenghi, qui, de son côté, alla au-devant de leur armée et la défit complètement. Le comte de Tripoli fut fait prisonnier. Zenghi assiégea le roi de Jérusalem et tous les seigneurs qui l'accompagnaient, dans le château de Barin, appelé par les Francs le château de Montferrand ou de Montferrat. Tous les chrétiens se réunirent pour délivrer leur roi; le prince d'Antioche lui-même quitta cette ville, quoique les Grecs fussent campés dans les environs. Zenghi poussa le siège avec vigueur, afin de prendre la place avant que les Francs pussent y arriver. Elle manquait de vivres et ne pouvait plus tenir longtemps, quand le prince d'Antioche et le comte d'Edesse parurent avec leurs troupes. Zenghi, qui craignait encore que l'empereur de Constantinople ne se joignît à eux, fit faire des propositions de paix aux assiégés, avant qu'ils fussent informés de l'arrivée des princes accourus à leur secours. Les Francs, qui étaient épuisés par la famine et par les fatigues, s'empressèrent de conclure un traité par lequel ils livraient la place et s'engageaient à payer une somme de 50,000 pièces d'or. Zenghi remit en liberté le comte de Tripoli ; il s'empara ensuite d'Emèse. L'empereur de Constantinople, après avoir fait la paix avec Raymond d'Antioche, s'était retiré à Tarse en Cilicie, où il avait passé l'hiver, et au printemps suivant il s'était remis en campagne avec le prince d'Antioche, le comte de Tripoli et le comte d'Edesse. Il s'approcha d'Alep, qu'il trouva trop bien fortifiée pour essayer de s'en rendre maître; il alla alors prendre d'assaut la ville d'Athareb, et mettre ensuite le siège devant Césarée, ville située entre une montagne et l'Oronte, à une journée de Hama. Elle appartenait à un émir, de la famille des Moncadites. Les Francs avaient persuadé à l'empereur que Zenghi n'interviendrait point pour la défense de cette place. Mais, loin de refuser à l'émir de Césarée les secours qu'il lui demanda, Zenghi vint camper à Hama, d'où il envoyait des détachements harceler les Grecs et les Francs. Il leur offrit plusieurs fois la bataille, que les Francs voulaient accepter ; mais ce ne fut point l'avis de l'empereur. Le prince de Mossoul força les Francs et les Grecs à lever le siège, en semant la division parmi eux. Il tomba alors sur leur arrière-garde, et leur fit des prisonniers. Cette retraite des chrétiens fit d'autant plus de plaisir au sultan Masoud, lorsque Zenghi la lui annonça, qu'on avait craint, à Bagdad, que les ennemis de l'islamisme ne prissent Alep et ne pénétrassent plus avant dans l'Orient.

Zenghi, s'étant emparé de Balbek par capitulation, n'observa aucune des conditions, auxquelles la place s'était rendue, et en fit pendre la garnison. Il avait épousé la mère du prince de Damas, parce qu'il espérait, par ce moyen, se rendre maître de cette place importante; mais, n'ayant pu parvenir à son but, il offrit au prince de Damas, en échange de sa capitale, les villes d'Emèse et de Balbek. Comme on ne voulut point écouter ses propositions, il entreprit le siège de Damas; mais il fut obligé d'y renoncer. Cependant le prince de Damas fit la paix avec lui, en s'engageant à faire faire la prière publique, en son nom, dans les mosquées de la ville. Un des lieutenants de Zenghi ayant fait la conquête d'une partie du pays des Kurdes, ces peuples sauvages s'en vengèrent par des excursions sur le territoire de Mossoul. Zenghi marcha contre eux, et leur prit leur principale forteresse, qu'il rasa, et à la place de laquelle il en construisit une autre, à laquelle il donna son nom. Le sultan Masoud, qui n'aimait point Zenghi malgré ses nombreuses victoires, avait pris ses dispositions pour l'aller attaquer et pour détruire entièrement sa puissance ; mais le prince de Mossoul détourna cet orage en offrant au sultan une somme considérable d'argent. Masoud exigeait que son vassal se rendît auprès de lui; mais Zenghi, à qui cette démarche répugnait, prétexta que la guerre qu'il faisait aux Francs ne lui permettait pas de s'éloigner de ses Etats, et le sultan parut satisfait. Le chef de l'empire chancelant des Seldjoukides comprit d'ailleurs que Zenghi était le seul émir qui fût capable de résister à toutes les forces des chrétiens.

La ville d'Edesse, chef-lieu de l'Etat chrétien fondé par Baudouin, frère de Godefroy de Bouillon, était alors un des plus puissants établissements que les Francs possédassent en Orient : ils se répandaient de là dans tous les environs, et ils faisaient des courses jusque dans le Diarbékir, qui appartenait aux Ortokides, trop faibles pour les repousser.

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Carte du Diarbekir - Sources : Diarbekir

Zenghi, qui connaissait et redoutait le courage de Josselin, comte d'Edesse, résolut de lui donner le change sur ses desseins à l'égard de cette ville, et de l'en écarter avant de l'attaquer. Il alla, à cet effet, porter la guerre dans le Diarbékir, et forcer un prince Ortokide à faire faire la prière publique en son nom. Josselin qui, contre la coutume des anciens comtes d'Edesse, avait abandonné le séjour de cette ville, pour demeurer à Turbessel, apprit tout à coup que sa capitale était assiégée par Zenghi, qu'il croyait occupé de la guerre dans le Diarbékir. Espérant profiter de l'inimitié qui existait entre le comte d'Edesse et le prince d'Antioche, Zenghi était venu, à marches forcées, former le siège de la place dont il méditait la ruine: il somma immédiatement les habitants de se rendre ; mais, quoiqu'ils manquassent de provisions, ils refusèrent de le faire. Le prince d'Antioche ne se pressa pas de se réconcilier avec le comte d'Edesse, qui lui demandait des secours. Quelques troupes, envoyées par la reine régente du royaume de Jérusalem pendant la minorité de Baudouin III, arrivèrent lorsque les murs de la place étaient déjà minés ; ils ne tardèrent pas à s'écrouler sous les efforts des assiégeants, et la ville, prise d'assaut, fut livrée au pillage; tout fut égorgé, hommes, femmes et enfants. Zenghi, s'étant rendu ainsi maître d'Edesse, en 1144, en fit réparer les fortifications, et, après y avoir laissé une nombreuse garnison, il marcha à la conquête de toutes les places que les Francs possédaient dans les environs. Il faisait le siège d'une de ces places, lorsqu'il apprit que son lieutenant dans Mossoul venait d'être tué. Il y avait dans cette capitale un prince de la famille des Seldjoukides, Alp-Arslan, fils du sultan Mahmoud, à qui Zenghi, qui se contentait de prendre vis-à-vis de ce prince le titre d'Atabek, faisait accroire que tous les pays qu'il soumettait lui appartenaient. Mais cette soumission apparente n'empêchait pas Zenghi de ne laisser aucune autorité à Alp-Arslan. On conseilla à ce prince de profiter de l'absence de Zenghi pour se rendre maître dS Mossoul, en se défaisant du lieutenant de l'Atabek, qui fut en effet assassiné ; mais les habitants firent échouer cette tentative de renversement de la puissance de Zenghi, en lui demeurant fidèles, et le prince seldjoukide fut enfermé dans le château de Mossoul, où on l'avait attiré. Zenghi, ayant appris que tout était ainsi apaisé, continua de faire la guerre dans les pays où il se trouvait. Pendant qu'il faisait le siège d'un château appartenant à un émir arabe, il fut assassiné pendant la nuit, par ses esclaves, en 1145 ; il était âgé d'environ soixante ans. Zenghi étendit considérablement l'Etat qu'il avait reçu du sultan seldjoukide de Perse, ou plutôt il se forma un empire aux dépens des Ortokides, de la principauté de Damas et des Francs. Il est regardé par les écrivains orientaux comme un des plus grands hommes qu'ait produits l'islamisme, et on peut voir à l'article Zenghi, qu'ils font un éloge exagéré des vertus d'un prince qui ne prit jamais que son intérêt pour unique règle de sa conduite.

Zenghi laissait plusieurs enfants, dont le second, Nour-Eddin, avait épousé la fille d'Anar, régent de la principauté de Damas. Sa mort n'en occasionna pas moins de grands troubles dans son camp, où rien n'était capable de maintenir les soldats dans le devoir, ni les émirs dans l'obéissance. Ce qui causa le plus de désordre et ce qui pensa ruiner la famille des Atabeks, ce fut la présence d'Alp-Arslan, qui s'était rendu au camp de Zenghi le jour même de sa mort. Toutes les troupes s'assemblaient déjà autour de ce prince et paraissaient vouloir se déclarer en sa faveur, lorsque Djemal-Eddin, vizir de Zenghi, s'entendit avec un autre émir pour conserver aux enfants du fondateur de la puissance des Atabeks l'empire qu'Alp-Arslan voulait leur enlever. Djemal-Eddin alla trouver ce prince et gagna sa confiance en paraissant favoriser ses desseins. Pendant ce temps, il chargeait le gouverneur de Mossoul d'annoncer la mort de Zenghi à Seïf-Eddin, l'ainé des enfants de ce prince, pour qu'il vînt s'emparer au plustôt de la capitale. Le vizir envoyait en même temps à Mossoul tous les émirs auxquels il avait fait prêter le serment de fidélité à Seïf-Eddin, et il entourait Alp-Arslan de plaisirs et de chanteuses, afin de l'éloigner des affaires. Ce prince se croyait déjà paisible possesseur des Etats de Zenghi, et se plongeait dans la débauche, lorsque Djemal-Eddin, ayant appris que Seïf-Eddin était maître de Mossoul, fit paraître devant Alp-Arslan un homme qui lui offrit de lui livrer cette ville. Le vizir, voyant que le prince seldjoukide donnait dans le piège, saisit cette occasion de l'engager à se rendre dans la capitale, l'assurant que Seïf-Eddin viendrait au devant de lui le reconnaître pour son maître, et qu'alors il serait facile de se saisir de sa personne. Alp-Arslan se mit en marche vers Mossoul, mais une partie de son infanterie l'abandonna dans la route, et, quand il eut passé le Tigre, Djemal-Eddin le quitta et se rendit promptement à Mossoul, d'où il envoya un émir pour l'arrêter. Cet émir amena Alp-Arslan à Mossoul, où il fut enfermé. Seïf-Eddin, reconnu ainsi prince de Mossoul, reçut du sultan Masoud la robe d'honneur et l'investiture de ses États. D'un autre côté, Nour-Eddin, second fils de Zenghi, s'était retiré à Alep, avec le sceau de son père, et s'était emparé de cette ville. L'empire de Zenghi fut, par suite de ces événements, partagé en deux États. Le premier, soumis à Seïf-Eddin, eut Mossoul pour capitale, et Alep fut celle du second, qui appartint à Nour-Eddin.

La nouvelle de la mort de Zenghi fit concevoir aux chrétiens quelque espérance d'arracher Edesse aux mains des infidèles. Pendant que Nour-Eddin était occupé à établir sa puissance dans Alep, Josselin, comte d'Edesse, qui demeurait alors à Turbessel, fit proposer aux habitants d'Edesse de lui livrer leur ville. Ils étaient chrétiens, et la garnison turque étant peu nombreuse, ils promirent au comte de lui ouvrir leurs portes. Josselin passa aussitôt l'Euphrate, à la tête d'un corps considérable de troupes, et se présenta pendant la nuit au pied des murailles d'Edesse, où il fut introduit. La garnison turque et les Musulmans se réfugièrent dans la citadelle, dont, faute de machines de siège, Josselin ne put s'emparer. Ils envoyèrent un courrier à Mossoul pour instruire Seïf-Eddin de leur situation ; mais Nour-Eddin, à la nouvelle de l'occupation d'Edesse par Josselin, s'était mis à la tête de ses troupes et était venu investir la ville. Les Francs, qui n'étaient point en état de se défendre, prirent le parti de se faire jour à travers les ennemis. La garnison turque du château les attaqua par derrière en même temps que les troupes de Nour-Eddin leur barraient le passage. Presque tous les habitants d'Edesse furent ainsi massacrés ; les vieillards, les malades, les femmes et les enfants furent foulés aux pieds des chevaux, et la ville, reprise par Nour-Eddin, retomba au pouvoir des infidèles. Josselin s'enfuit à Turbessel.
Sources : Nouvelle Encyclopédie Théologique, dictionnaire sur toutes les parties de la science religieuse. Par L'Abbé Migne, tome XVIII Paris 1852

Baybars

Wapédia Mobil : Baybars - 1er. Bibliographie
Il est né au Kiptchak vers 1223 et est vendu comme esclave à Damas après l'invasion mongole dans les années 1240. Envoyé en Égypte, il entre au service du sultan ayyoubides As-Sâlih Ayyûb comme garde du corps, qui lui fait donner une formation militaire. Il participe activement au coup d'État qui renverse la dynastie ayyoubide et se traduit par l'assassinat de Tûrân Châh, le fils d'As-Sâlih Ayyûb, en 1250. Au service du sultan mamelouk Sayf ad-Dîn Qutuz, il remporte sur les Mongols la victoire d'Aïn Djalout, 3 septembre 1260, qui sauve l'Égypte des destructions massives que vient de subir Bagdad. A son retour au Caire, il renverse le sultan Sayf ad-Dîn Qutuz, qui lui refusait le poste de gouverneur de la Syrie, se proclame sultan et accueille Al-Mustansir bi-llah, l'un des survivants de la famille des Abbassides, dont il fait un calife fantoche, mais qui lui confère une légitimité supplémentaire. Celui-ci sera rapidement remplacé par Al-Hakim Ier en 1262.
Administrateur efficace, Baybars crée une marine de guerre, une armée permanente, restaure les routes et organise un remarquable service postal.

Sources Wapédia Mobil : Baybars
Voir cet Article détaillé : Bahrites

Le sultan Baybars 1er ou Bibars

Bibars Ier, Bondochar, sultan d'Egypte, de la dynastie des Mameluks baharites. En l'an 1259, l'émir Koutouz, profitant de l'extrême jeunesse du sultan Nour-eddin-Ali, le fit déposer et prit sa place. Etant entré en Syrie l'année suivante, pour en chasser les Mogols, il les battit, leur enleva la plupart des villes qu'ils avaient conquises sur les Musulmans et s'achemina vers l'Egypte. Arrivé aux sables qui la bornent du côté de la Syrie, il fut assassiné dans un lieu écarté, le 24 octobre 1260.

Quelques auteurs disent qu'il était alors à la chasse. Ce meurtre fut commis par Bibars-Bondochar, le Mameluk qui avait déjà trempé les mains dans le sang du sultan Malek-Moadan. Il avait été porté à cette action par le refus qui lui avait été fait du gouvernement d'Alep, qu'il avait demandé au sultan. Aboulféda rapporte qu'après l'assassinat, Bibars et ses complices s'étant présentés, les mains encore dégoutantes de sang, au chef des émirs, celui-ci demanda qui avait commis le meurtre : «  C'est moi, dit Bibars. - En ce cas, répondit le chef des émirs l'autorité t'appartient.  » Et Bibars fut aussitôt proclamé sous le titre de «  Malek-Daher  », c'est-à-dire «  roi triomphant.  » Il avait eu d'abord l'intention de prendre celui de «  Malek-Kaher  », ou «  roi terrible  »; mais on lui fit observer que ce titre ne serait pas de bon augure.

La chronique des moines de Padoue raconte, de la même manière que les écrivains arabes, comment Bibars s'empara du trône. «  Un jour, dit la chronique, le sultan qui revenait d'arrêter l'invasion des Tartares, étant à quatre lieues de Babylone, se livra au plaisir de la chasse. Pendant que les guerriers qui l'accompagnaient s'étaient répandus çà et là, un des émirs, nommé Bondochar, qui aspirait à la dignité royale, voyant que le Soudan était presque seul, l'attaqua tout à coup avec ses satellites et le tua. Il se rendit sans perdre de temps à Babylone, puis au Caire, où il s'empara de force de l'autorité, tuant tous ceux qui lui résistaient.  »

Dès que Bibars se vit maître de l'Egypte, il s'occupa avec ardeur de réduire complètement la Syrie à sa domination ; ce qui exigerait qu'il surmontât trois forces contraires : les chrétiens, les Tartares-Mogols et les émirs de cette province, qui s'étaient déclarés indépendants. Pour y parvenir, il résolut d'abord de mettre l'Egypte à l'abri des invasions des Francs, et, dans cette vue, il fit fermer la bouche de la branche du Nil qui passe à Damiette. «  On enfonça, dit Makrizi, des troncs d'arbre dans le lit du fleuve, à l'endroit où il se jette dans la mer, et il devint impossible aux gros navires de le remonter.  » En outre il chercha à se faire des alliés chez les chrétiens d'Occident, afin d'être instruit de tous les projets qu'on pouvait former contre lui. C'est pourquoi il envoya une ambassade à Mainfroi, roi de Naples et de Sicile, et fils naturel de Frédéric II. Ce prince, qui était en opposition avec le Saint-Siège, se montrait tout disposé à favoriser l'islamisme. Bibars choisit pour cette mission l'historien Djémal-Eddin, qui rapporte lui-même qu'il fut très-bien accueilli, et que non seulement Mainfroi lui permit de rester auprès de lui, mais qu'il l'admit dans sa société. Djémal-Eddin parle avec admiration du crédit dont les Musulmans jouissaient à la cour de Mainfroi. Ce prince en avait un grand nombre à son service, et leur témoignait en toute occasion la plus grande confiance.
L'islamisme était publiquement professé en Sicile. On voit par là que Charles d'Anjou ne calomniait point Mainfroi lorsque, repoussant les propositions d'accommodement que cet ennemi déclaré du Saint-Siège lui envoyait, il répondait : «  Dites au sultan de Lucéra que je ne veux ni paix ni trêve avec lui, et que, dans peu de temps, je l'enverrai en enfer ou qu'il m'enverra en paradis.  »

Enfin, dès la première année de son règne, c'est-à-dire dès 1260, Bibars fit passer en Syrie des troupes nombreuses, et tels furent leurs progrès que, le 15 janvier 1261, elles enlevèrent Damas au sultan Ilmeddin-Sandjar. Bibars se rendit à peu près sans coup férir maître de presque toutes les places de cette province, à l'exception de celles qui étaient occupées par les chrétiens.

Il rencontra, en 1265, une résistance invincible devant Saint-Jean-d'Acre, qu'il assiégeait en personne. La fureur qu'il en conçut contre les chrétiens, le porta à exercer d'affreux ravages sur le territoire de cette ville, et sur ceux de Tyr, de Tripoli et de la forteresse de Carac.
En 1265, il enleva aux croisés Césarée et Arsur, et dans ces entreprises il paya plus d'une fois bravement de sa personne. Le cadi Mohi-Eddin, auteur d'une Vie de Bibars, dit en racontant le siège d'Arsur : «  J'ai vu ce prince marcher seul et sans suite un bouclier à la main. Tantôt il était dans les galeries couvertes, tantôt aux ouvertures qui donnaient sur les fossés, tantôt sur les bords de la mer, d'où il lançait des traits aux navires chrétiens qui approchaient, du rivage, tantôt dans des machines roulantes, tantôt derrière les parapets, d'où il combattait de pied ferme, ou observait les efforts des siens pour les récompenser. Un jour il lança trois cents traits de sa main; une autre fois il se plaça à une ouverture du chemin couvert, du côté des fossés, un arc à la main. En vain les assiégés s'avancèrent contre lui, armés de dards et de crocs pour le mettre en pièces, rien ne put lui faire lâcher pied. Il avait à ses côtés un émir qui le fournissait de flèches et de pierres, avec lesquelles il tua deux cavaliers chrétiens. Pendant tout le siège, il ne cessa d'aller et de venir au milieu des combattants, seul et sans suite, et ne voulant pas qu'on fît attention à lui.  »

Il entreprit ensuite le siège de Safed qui, après une défense énergique, fut pourtant contrainte de se rendre le 23 juillet 1265. On peut voir, à l'article Royaume de Jérusalem, de quelle abominable fourberie il se souilla lorsqu'il fit trancher la tête aux défenseurs de la place de Safed, au nombre d'environ deux mille. Un écrivain arabe rapporte un trait qui achève de montrer ce qu'était ce tyran tout souillé de meurtres. «  Après le massacre des chrétiens, dit le continuateur d'Elmacin, les habitants d'Acre, touchés de la mort de leurs frères, qu'ils regardaient comme des martyrs, envoyèrent demander leurs corps, disant qu'un tel dépôt ne pouvait que leur porter bonheur. Un député s'étant présenté à ce sujet au sultan, le prince, sans rien répondre, remit l'audience à un autre jour ; puis, prenant avec lui une partie de ses troupes, il partit sur le soir, marcha toute la nuit, et arriva le lendemain matin aux portes d'Acre. Comme on ne s'attendait pas a cette attaque, il trouva les habitants répandus dans la campagne et vaquant à leurs affaires : tout à coup le sultan fond sur eux l'épée à la main et tue tous ceux qu'il rencontre ; un grand nombre de chrétiens perdirent ainsi la vie. Après cette action, Bibars partit comme un éclair et reprit le chemin de son camp. A son retour, il fit appeler le député d'Acre et lui dit : «  Vous veniez chercher ici des martyrs : vous en trouverez auprès d'Acre; nous venons d'en faire, et plus que vous n'en vouliez.  »

Il se rendit maître de Jaffa par surprise, le 9 mars 1268, et le 29 mai suivant, il prit d'assaut Antioche, qu'il mit à sac. Enfin en 1272, il termina sa lutte contre les chrétiens par une trêve qu'il conclut avec Hugues III le Grand, roi de Chypre et de Jérusalem, pour 10 ans, 10 mois, 10 jours et 10 heures. Mais il continua à soutenir la guerre contre les Mogols auxquels il fit essuyer, quelques années après, une sanglante défaite près de Damas, ou près d'Emèse. Il paraît qu'il s'attendait à avoir prochainement avec les Tartares une lutte plus formidable que celle qu'il avait soutenue, lorsqu'il mourut. La fin de cet homme si remarquable par ses qualités, par ses succès et surtout par ses crimes, mérite d'être rapportée.

L'année même de sa dernière victoire sur les Mogols, une éclipse de lune donna lieu à quelqu'un de prédire qu'un grand prince allait mourir. Bibars crut à cette prédiction et voulant en assurer la réalisation sur un autre, afin de s'en garantir lui-même, il arrêta son choix sur un descendant d'Ayoub. Il fit donc empoisonner un vase dans lequel il se proposait de faire servir à boire à sa victime. Mais le vase resta par mégarde dans la chambre de Bibars, qui ayant eu soif, s'en servit pour satisfaire ce besoin. Saisi d'une diarrhée intense, le sultan se fit transporter au château de Damas, où il expira le 25 mai 1275 selon Bernard le Trésorier, ou le 2 juillet 1277 selon les autres historiens. Il avait alors environ soixante ans, et il en avait régné dix-sept. Il s'est surtout caractérisé par son ambition, par son activité et sa cruauté. Il était originaire des bords de la mer Noire, et avait été amené tout jeune à Damas. Vendu au prix de huit cents pièces d'argent, il avait été acheté par un émir qui le revendit à cause d'une tache blanche qu'il avait dans l'oeil. On rapporte que, lorsque Bibars fut monté sur le trône, cet émir n'osait paraître devant lui; mais Bibars, qui l'aperçut un jour par hasard, lui cria : «  La taie, ta taie.  » A ce mot l'émir changea de couleur, baisa la terre et s'écria : «  Pardon, o maître, pardon !  » Bibars se hâta de le rassurer.

Suivant les historiens arabes, Bibars avait véritablement du génie, du courage, de l'intrépidité même ; il était d'une haute stature et d'une force extraordinaire ; il avait la peau brune, les yeux bleus, la voix forte. Il fut surnommé Bondochar, du nom de son premier maître ; il passa ensuite au service du sultan Malek-saleh, sous lequel il devint chef des Mameluks baharites, et de ce poste il parvint au trône. Son autorité s'étendait sur l'Egypte, la Cyrénaïque, la Nubie, l'Arabie et la Syrie. Bibars affectait une grande sévérité de moeurs et beaucoup de respect pour la religion musulmane ; il bannit de ses Etats la prostitution, et il défendit l'usage du vin, qui était devenu très-commun en Egypte. C'étaient des marchands italiens qui en fournissaient ce pays, et le commerce en était affermé. Mais, quoiqu'il fût une branche considérable de revenus pour l'Etat, Bibars n'hésita pas à s'en priver, et à prononcer la peine de mort contre quiconque exprimerait le jus de la vigne. Bibars ne cessait de lever des tributs énormes sur les peuples et particulièrement sur les chrétiens et sur les juifs ; un grand mécontentement régnait dans son empire à ce sujet.

Guillaume de Tripoli, chroniqueur du XIIIe siècle, qui a vécu en Orient, a tracé du sultan Bibars un portrait tellement fidèle, que les traits s'en retrouvent épars dans les historiens arabes. «  Bibars, dit-il, est, si l'on peut dire, comparable à Jules César par sa gloire militaire, et a Néron par sa méchanceté. il a soumis à sa domination cinq royaumes, sur lesquels il régna tout seul, savoir : le royaume d'Egypte, celui de Jérusalem, où régnèrent jadis David et Salomon, le royaume de Syrie, qui a Damas pour capitale. le royaume d'Alep, dans la terre d'Emath, et celui des Arabes, autrefois le pays des enfants de Moab et d'Ammon. Ce sultan a déjà fait périr deux cent quatre-vingts de ses émirs et amis, par deux, par trois ou par quatre à la fois, sous prétexte qu'ils avaient voulu le tuer. Quant à ceux qui vivent encore, il leur a imprimé une si grande crainte, qu'ils n'osent plus aller dans la maison l'un de l'autre, ni se parler entre eux. L'ami même craint de se découvrir à son ami. Afin de se faire redouter de tout le monde, le sultan se déguise et voyage sans cesse avec une petite suite de quatre, cinq ou sept personnes, et tandis qu'on le croit en Egypte, il parcourt les provinces d'Asie, ou bien il est en Asie, quand on le croit en Egypte : aussi n'y a-t-il que ceux qui l'accompagnent qui sachent où il est. S'il arrive qu'on l'aperçoive quelque part, qu'on le reconnaisse, il ne faut pas qu'on dise : Voilà le sultan, ni qu'on lui rende des honneurs : il veut qu'on reste la bouche close et les yeux fermés, et qu'on se garde de dire, à moins qu'il ne soit déjà passé : C'est le sultan. Personne n'oserait s'informer ni demander où il est. Il a fait massacrer un malheureux qui, l'ayant reconnu, était descendu de cheval et avait fléchi le genou en se prosternant par respect. Les compagnons de ce malheureux, qui n'avaient point reconnu ni salué le sultan, en furent quittes pour la peur.

Dans un temps où Bibars faisait secrètement ses préparatifs pour aller en pèlerinage à la Mecque, un de ses émirs, son ami et son serviteur, s'approcha de lui et lui demanda d'un ton respectueux, la permission de l'accompagner dans un si saint voyage. «  Et comment sais-tu que je dois faire ce pèlerinage ?  »
Demanda le sultan. Le pauvre émir répondit : «  J'ai fait des recherches et j'ai deviné que vous vouliez faire ce voyage.  » Aussitôt, par l'ordre du tyran, l'émir fut conduit sur la place publique, où était un grand concours de peuple : là on lui coupa la langue en criant devant les assistants : «  Voilà la punition de quiconque veut scruter les desseins du sultan.  »

Ce prince donne volontiers sa foi, ajoute le chroniqueur : il jure, il promet; mais il ne garde sa parole qu'autant que cela lui convient; il aime à trouver les autres sincères, et n'a aucune honte d'être dominé par la fourberie. Il se vante de surpasser tous les autres hommes en puissance et en renommée, et ne reconnaît personne au dessus de lui. Il dit que Mahomet était un grand homme; mais il répète souvent qu'il a fait de plus grandes choses que lui et qu'il en fera de plus grandes encore. Il méprise la puissance des chrétiens et leurs guerriers, et s'en moque, en disant : «  Le roi de France, le roi d'Angleterre, l'empereur d'Allemagne même et les Romains, sont venus contre moi, et se sont dissipés comme la nue qu'emportent les vents.  »

Bibars doit être considéré comme le prince qui a le plus contribué à développer la puissance des Mameluks. Peu de temps après qu'il se fut emparé de la souveraineté, un certain Achmed, qui se prétendait prince de la famille des Abbassides, et ne s'habillait que de vêtements noirs, vint en Egypte. Bibars comprit tout le parti qu'il pouvait tirer de cette circonstance : loin de considérer l'homme noir comme un compétiteur dangereux, il le reconnut pour calife; mais, en lui attribuant l'autorité spirituelle, il se fit conférer par lui l'investiture de la toute puissance temporelle.
Sources : Nouvelle Encyclopédie Théologique, dictionnaire sur toutes les parties de la science religieuse. Par L'Abbé Migne, tome XVIII Paris 1852

Le sultan Baybars 1er ou Bibars

Il arriva alors un événement très-funeste aux chrétiens d'Orient, et qui remplit Bibars de joie; ce fut la chute de l'empire fondé par les Latins à Constantinople, et l'expulsion des Francs de cette ville : cette révolution, malgré son importance, a peu attiré l'attention des auteurs arabes; Aboulfarage est presque le seul qui, dans sa chronique arabe, soit entré à cet égard dans quelques détails. Voici ce qu'il dit; on y verra quel esprit régnait alors chez les Grecs : «  Des hommes très-savants dans l'avenir avaient prédit que celui-là chasserait les Francs de Constantinople et régnerait sur tout l'empire grec, qui renfermerait dans son nom les deux lettres de l'alphabet grec M et X. Or, on remarquait à cette époque, à la cour de Théodore Lascaris, empereur des Grecs de Nicée, un patrice appelé Michel (MIXAEA) Paléologue, homme habile et entreprenant. Lascaris ne douta pas que ce ne fut l'homme en question et il le fit enfermer; il voulait même le faire mourir, et il n'en fut détourné que par les soumissions de Michel. Après la mort de Théodore, Michel fut nommé tuteur de son fils : alors il n'eut plus qu'une pensée ; ce fut d'accomplir la première partie de la prophétie. Comme il rencontra d'abord de la résistance, il résolut d'user de stratagème : il attendit que la division se fût mise entre les Vénitiens et les Génois, qui se disputaient alors le commerce de l'Orient, et que toutes les forces vénitiennes qui étaient à Constantinople se fussent rendues à Acre pour y combattre les Génois. De plus, pour achever d'affaiblir Constantinople et attirer les Francs d'un autre côté, il ordonna au commandant d'une de ses forteresses de faire semblant de se révolter et de vouloir leur livrer la place. Quand tout fut prêt, il passa le Bosphore avec son armée, et entra de nuit dans Constantinople, par une vieille porte qu'on avait néglige de garder, et qui lui fut indiquée par un berger. Aussitôt l'empereur Baudouin et les Francs s'embarquèrent sur leurs vaisseaux, et la ville fut occupée sans résistance.  »

Bibars regarda cet événement comme fort heureux pour l'islamisme. Suivant Makrizi, il se hâta de se mettre en relation avec Michel Paléologue, qui avait fini par s'emparer de l'autorité souveraine (1), et de faire alliance avec lui. Michel, pour se l'attacher, rétablit l'ancienne mosquée qui était à Constantinople, et Bibars se chargea de fournir les lampes, les voiles, les parfums, et tout ce qui pouvait servir à la splendeur du culte mahométan. Ce fut ainsi que le sultan parvint à se fortifier au dedans et au dehors, et qu'il put enfin s'occuper sérieusement de ses grands projets contre les colonies chrétiennes de la Palestine.
1. Au reste, ni Makrizi ni les autres auteurs arabes ne font mention de Paléologue ; ils n'appellent jamais le souverain de Constantinople que du nom de Lascaris, sans doute parce que c'était au nom de ce jeune prince que Michel avait d'abord entrepris ses conquêtes.
Bibliothèque des Croisades, Volume 4, Chroniques Arabes. Par Joseph-François Michaud, Joseph Toussaint Reinaud. Paris 1829

Baybars 1er ou Bibars, sultan d'Egypte

VIIIe Croisade. Pontificat de Clément IV. 1268-1270.
En proie à l'anarchie et envahi par une armée de Mongols, l'empire des Sarrasins allait expier ses sanglants triomphes sur les chrétiens d'Asie; déjà ceux-ci souriaient à l'espoir de mettre à profit les revers d'un ennemi cruel, pour relever leurs états : vain espoir ! Le Mongol ne doit être pour eux qu'un nouvel agresseur, et Ptolémaïs le théâtre des combats de deux ennemis du nom chrétien. Cependant le sultan du Caire, Koulouz, après avoir complètement défait les Mongols, dont le chef a trouvé la mort en voulant rallier ses phalanges, renouvelle la trêve avec les chrétiens, au grand mécontentement de ses turbulentes milices ; bientôt il est assassiné par Bibars, le plus terrible ennemi de la croix, et celui-ci jure, en montant sur le trône, qu'il ne posera point les armes avant d'avoir anéanti leurs états. Tel était l'orage qui menaçait la Palestine, quand une députation partie de Ptolémaïs vint implorer le secours de l'Occident. Les ambassadeurs reçurent à la cour de Rome un accueil empressé ; mais l'état de l'Europe ne permettait point que les promesses du Saint-Siège pussent être sitôt réalisées : la guerre ou les divisions intestines embrasaient l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre. Quelques guerriers français s'étaient seuls embarqués pour la Terre-Sainte, sous la conduite d'Eudes, comte de Nevers , fils du duc de Bourgogne; et, avant que ce faible renfort eût atteint la Syrie, Bibars, portant le fer et la flamme au sein des possessions chrétiennes, s'était emparé de Césarée et d'Arzouf, de Safed et de Jaffa ; enfin Antioche avait succombé sous l'effort des armes victorieuses du sultan, et l'étendard de la croix ne flottait plus en Asie que sur les tours de Tripoli et de Ptolémaïs.

Quand la nouvelle de ces désastres parvint en Italie, les troubles venaient d'y être comprimés : Charles d'Anjou, frère de Louis IX, était couronné roi de Sicile, et Clément IV pouvait enfin s'occuper des affaires des chrétiens d'Asie. Le nouveau roi s'était engagé à leur envoyer des secours, et avait, en attendant, député une ambassade à Bibars, pour lui demander la paix ; mais le sultan du Caire avait éludé sa demande. Sur ces entrefaites, le roi de France, qui depuis longtemps nourrissait dans son coeur le projet d'une nouvelle expédition en Palestine, demande l'adhésion du pape à sa dévote entreprise, puis, ayant convoqué une assemblée extraordinaire des barons, seigneurs et prélats de son royaume, il y paraît tenant dans ses mains la couronne d'épines de J.-C. Après avoir exhorté les assistants à s'armer pour la croisade, il reçoit lui-même la croix des mains du légat, dont les discours achèvent d'entraîner l'assemblée déjà émue par ceux du pieux souverain. La France, heureuse sous l'administration, paternelle d'un roi qu'elle chérissait, et pleine encore du souvenir des périls auxquels il avait été exposé pendant la dernière croisade, ne vit point sans douleur les apprêts de cette nouvelle expédition. Cependant l'époque du départ est fixée; la république de Gênes doit fournir une flotte aux croisés ; et pour subvenir aux frais de la guerre sainte, le Saint-Siège ordonne la levée d'une dîme sur les revenus du clergé, pendant trois années. A l'exemple du roi de France, celui de Portugal, ainsi que Jacques, roi d'Aragon, jurèrent de prendre les armes pour la délivrance de Jérusalem, et les prédications ordonnées par le pape avaient amené sous l'étendard du Christ un grand nombre d'Anglais, d'Ecossais, de Catalans, de Portugais de Castillans. Enfin, Si Louis, après avoir pris de sages mesures pour l'administration de son royaume, s'embarque à Aigues-Mortes la 14 juillet avec son armée, et touche à la rade de Carthage au bout de quelques jours de navigation. Là les chefs assemblés décident qu'on commencera l'expédition par la conquête de Tunis, afin d'ouvrir à l'armée le chemin de l'Egypte, et en même temps pour diviser les forces du sultan du Caire qui menace Ptolémaïs, où toutefois vient d'aborder. La flotte fournie par le roi d'Aragon. Quarante-huit jours étaient à peine écoulés que les croisés occupaient un camp retranché devant Tunis et Carthage. A l'aspect des phalanges chrétiennes les Maures aient d'abord pris la fuite; cependant le de Tunis ne tarda pas à se montrer dans la plaine à la tête de son armée, semblant attendre le combat, tandis que Bibars, son allié, lui préparait des renforts. Mais Si Louis ne voulait commencer l'attaque qu'après l'arrivée de son frère, Charles d'Anjou, qui ne pouvait longtemps se faire attendre. Sur ces entrefaites une maladie contagieuse produite par la chaleur vint assaillir les croisés dans leur camp, et bientôt la soif, la famine et la peste y exercèrent les plus affreux ravages. Après avoir eu la douleur de perdre son fils, le duc de Nevers, Saint Louis succomba lui-même à la contagion, qu'il n'avait pas craint d'affronter pour porter à ses malheureux compagnons d'armes des consolations et des secours : le même jour (15 août 1270) le duc d'Anjou rejoignait les croisés. La mort de Saint Louis répandit une consternation profonde dans l'armée des chrétiens ; toutefois le courage ne les abandonne point : Charles d'Anjou en prit le commandement ; et, après avoir vaincu Le roi de Tunis en plusieurs rencontres, il lui accorda la paix. Une trêve de 10 ans venait d'être conclue lorsque le prince Edouard débarqua sur les côtes d'Afrique avec des troupes d'Ecosse et d'Angleterre. Ainsi que les autres croises qui retournaient en Sicile, ce prince se rembarqua le 18 novembre ; mais il n'avait pas abandonne le projet de secourir les chrétiens qui, en Lutte aux fréquentes attaques du sultan du Caire, pouvaient à peine lui faire face. Les hospitaliers et les templiers s'unirent aux guerriers d'Edouard, et formèrent une armée d'environ 7,000 hommes, à la tête desquels le prince anglais remporta quelques avantages sur les Sarrasins; cependant, appelé bientôt en Europe par Henri III, il fut forcé d'abandonner les chrétiens de la Palestine, qui, livrés à eux-mêmes, allaient bientôt essuyer les plus grands revers.

Le sultan Keloun avait succédé à Bibars sur le trône d'Egypte ; et, non moins acharné que lui contre les chrétiens, il devait accomplir le cruel serment de son prédécesseur.

La prise de Margrat, de Tortose et de Laudicée, signale son avènement au trône; Tripoli, ruiné de fond en comble, a disparu sous ses coups ; enfin, Ptolémaïs , seule ville qui reste aux chrétiens, devient le but de ses efforts : mais tandis que ses émirs mettent le siège devant le dernier rempart d'Asie sur lequel flotte encore la croix, il succombe à une courte maladie, et son fils Ghail, qui lui succède, fait le serment solennel d'anéantir l'empire des Francs en Asie. A peine le nouveau sultan a-t-il enseveli son père, qu'il se rend devant Ptolémaïs. déjà assiégé par 200,000 Sarrasins : il ordonne un assaut général, et, après un combat acharné, la nuit seule vient suspendre le carnage en imposant aux musulmans la retraite dans leurs tentes. Bientôt la désertion du roi de Chypre, qui s'embarque pour Limisso avec ses chevaliers et 3,000 soldats, vient mettre le comble à la détresse des chrétiens ; indignés de cette félonie, ceux-ci ne perdent point courage ; mais après des prodiges de valeur de la part des chevaliers du Temple et de l'Hôpital, Ptolémaïs succombe à l'effort des Sarrasins qui y sèment le massacre et l'incendie. Pendant que le cruel sultan faisait égorger sans pitié 10,000 habitants qui invoquaient sa clémence, le château du Temple tenait encore : tout à coup les murailles de cette forteresse s'écroulent, et en ensevelissant Sous leurs ruines ses vaillants défenseurs, elles les dérobent du moins à la furie d'un vainqueur dont l'atroce joie eût blessé leurs derniers regards.
Sources : Biographie universelle classique : ou, Dictionnaire historique portatif, Volume 1. Par Charles Théodore Beauvais de Préau, Antoine-Alexandre Barbie. Paris M. DCCC. XXIX.

Universalis : Sultanat Memelouk - repères chronologiques

1171 Fondation de la principauté syro-égyptienne par Saladin. Début du règne des princes ayyoubides.

1250 Révolte du régiment de mamelouks «  bahrites  » du prince ayyoubide al-Salih Ayyub contre le fils de celui-ci qui vient de lui succéder et veut les écarter.

1260 Victoire mamelouke d''Ayn Djalut sur les Mongols. Baybars, un officier mamelouk, assassine le prince Kutuz et prend sa place.

1277 Mort de Baybars. Son fils Berke khan devient sultan mais, en 1279, il est contraint d'abdiquer par Qalawun, ancien compagnon d'armes de Baybars, qui prend sa place.

1291 Khalil, un fils de Qalawun, s'empare d'Acre et met fin à la présence croisée en Orient.

1323 Paix conclue avec les Mongols, par Muhammad al-Malik al-Nasir, un autre fils de Qalawun.

1337 Expansion du pouvoir mamelouk en Anatolie et en Cilicie arménienne ; contrôle de la Nubie.

1382 Fin de l'époque des mamelouks «  turcs  » dits «  bahrites  ». Accession au pouvoir restreinte aux seuls mamelouks d'origine circassienne dits «  burdjites  ». Début de la concurrence ottomane.

1402 Affaiblissement temporaire des Ottomans, grâce à la victoire des Mongols de Tamerlan à Ankara.

1403-1406 Famine provoquée par l'insuffisante crue du Nil et peste consécutive.(...)
Sources : Encyclopédie Universalis

Islam-Médiéval : Baybars - Cadre historique général de la recherche

Au moment où les Croisés arrivèrent dans le Bilâd al-Shâm, l'empire musulman était marqué par un grand éclatement politique : au Caire, depuis 969, un califat chiite fatimide rivalisait avec le califat abbasside de Bagdad. Ce dernier fut ensuite mis sous tutelle par les Türks seldjoukides qui entrèrent dans la ville en 1055 ; leur arrivée dans le monde islamique favorisa l'émergence de pouvoirs locaux, en particulier dans les pays du Levant. Ce morcellement politique permit le succès de la première Croisade (1096-1099), laquelle donna naissance par la suite à la constitution de quatre États latins : Jérusalem (prise en 1099), Tripoli, Antioche et Édesse.

Lorsque les Mongols attaquèrent la région, le Bilâd al-Shâm était confronté à cette présence étrangère latine depuis près de deux siècles. La Syrie, menacée au milieu de principautés chrétiennes, était alors divisée entre trois princes ayyoubides dont le plus puissant d'entre eux était al-Malik al-Nâsir Yûsuf qui régnait à Alep et à Damas. Vers la fin de l'année 1259, Hülegü lança sa campagne sur la Syrie du Nord, Alep fut prise le 18 janvier 1260, peu après, Damas tomba aux mains de son général en chef, Kitbugha, dont la progression fut arrêtée en septembre 1260, à 'Ayn Jâlût, par les troupes du sultan mamelouk al-Malik al-Muzaffar Qutuz et son émir Baybars. Cette victoire mémorable permit à ce dernier de s'emparer du pouvoir. L'hostilité et l'état de guerre entre Mamelouks et Mongols d'Iran durèrent plus de soixante ans, la période des plus grandes tensions étant celle où Ghazan Khan, converti officiellement à l'islam, attaqua à trois reprises Damas (1299, 1300 et 1303).

Islam-Médiéval : 1. La mobilisation religieuse

Les pouvoirs musulmans ne perçurent que peu à peu les objectifs réels des Croisés, nouveaux acteurs de la géo-politique régionale, dont la religion, la langue et la culture leur étaient fortement étrangères. L'arrivée des Mongols, elle, a provoqué un traumatisme plus direct : la chute de Bagdad et la mise à mort du calife ont réveillé les traditions eschatologiques dont on trouve l'écho dans les sources narratives mais aussi dans les inscriptions gravées sur de nombreux monuments (Alep, Homs, etc.) et dans la littérature apocalyptique. Baybars est présenté comme celui qui, à l'instar d'Alexandre, a repoussé les «  nouveaux peuples de Gog et Magog  ».

Dans ses études sur les réactions musulmanes aux Croisades, E. Sivan a montré que l'idée du jihâd s'est imposée progressivement aux détenteurs du pouvoir alors qu'elle fut immédiate dans les milieux religieux.
Les modalités de la réaction à l'ennemi mongol ont donné lieu, jusqu'ici, à quelques analyses déjà anciennes. Le péril mongol a favorisé la résurgence du hanbalisme à travers les activités religieuses de grandes familles hanbalites en vue comme les Banû Taymiyya et les Yûnînî. Les hanbalites organisèrent, par exemple, des séances d'enseignements à destination des chaféites comme en attestent les documents de samâ'ât et d'ijâzât, conservés à la Bibliothèque al-Asad de Damas.

Nous proposons, à la lumière des sources récemment publiées (historiques et juridiques) et des documents manuscrits (samâ'ât et ijâzât), de mener une étude comparée des arguments et des moyens de propagande utilisés contre ces deux types d'assaillants.

Islam-Médiéval : 2. La perception de l'autre et la création littéraire

Dès qu'un personnage historique devient source de création littéraire et artistique, il tend à se transformer en figure «  mythique  » : ainsi Alexandre, Muhammad, Saladin, Gengis Khan et Baybars ont donné naissance à d'innombrables récits fabuleux devenus supports de croyance. Les contacts entre Croisés, Mongols et musulmans ont ainsi favorisé, de part et d'autre, l'élaboration d'images types et le développent des valeurs qui s'y rattachent. Pour les chrétiens occidentaux et orientaux, la légende du Prêtre Jean en est un exemple particulièrement significatif, très actif d'ailleurs au moment des invasions mongoles dans le Bilâd al-Shâm. Par ailleurs, certaines figures mythiques prolongent d'anciennes traditions en les renouvelant fortement. Elles servent ainsi de point de départ à de nouvelles filiations. Il s'agira pour nous de suivre la formation et les transformations des modèles et de relever, en particulier, les modifications qui ont résulté des contacts de l'Islam avec les autres cultures et univers religieux qui ont pénétré le Bilâd al-Shâm.

Une «  littérature de contact  », épique, populaire et poétique, est née de la confrontation brutale à l'autre. Cette production littéraire permet de comprendre le processus qui, à partir d'éléments relativement bien connus, conduit, à travers remaniements et continuations, à l'élaboration de véritables gestes (sîra-s). Le développement de ces sîra-s correspond à un phénomène de «  popularisation  » de la culture savante et, selon J.-Cl. Garcin, «  répond aux besoins d'un public élargi de nourrir son imaginaire  ». La Sîrat Baybars et les contes des Mille et une nuits, sans cesse remaniés et transformés, en sont des exemples bien connus. Ainsi, l'étude de cette littérature, mise en parallèle avec les sources historiques, relève de l'histoire des représentations.

La recherche systématique des éléments proprement historiques dans cette littérature est riche d'enseignements pour l'historien ; il s'agit d'intégrer dans la trame historique l'apport des sîra-s. De telles sources apportent une dimension anthropologique à l'analyse historique. Mais il importe aussi de comprendre pourquoi tel homme ou tel fait se sont transformés en héros ou en thèmes d'épopée. Il faut aussi se poser la question : pourquoi certains moments de l'histoire ont été insérés rapidement dans la «  geste  » tandis que d'autres n'y ont eu accès qu'au terme d'une longue évolution ?
Sources : Islam-Médiéval Cnrs

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