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La Terres Sainte à l'époque Romane - L'Orient au Temps des Francs

Chute de Saint-Jean-d'Acre par Paul Deschamps

La fin d'une épopée : La chute de Saint-Jean-d'Acre (1)
Sept mois après la mort de saint Louis, Beibars voulant chasser les chrétiens du Levant, commença par attaquer le Crac gardé par les Hospitaliers. La place tombait le 8 avril 1271.

Après lui, le sultan Qélaoun enlevait en 1285 Margat, autre grande place forte de l'Hôpital, puis il se rendait maître en 1287 du port de Lattaquié. Enfin, la ville de Tripoli capitulait en 1289. Les Francs ne possédaient plus que Beyrouth, Saïda, Tyr, Saint-Jean-d'Acre et, un peu plus au sud, la forteresse d'Athlit que gardaient les Templiers. Qélaoun mourut le 10 novembre 1290.

Son fils al Ashraf Khalil lui succéda.

Quelques mois plus tard, il arrivait devant Saint-Jean-d'Acre avec un matériel de siège considérable et une armée comptant soixante mille cavaliers et cent soixante mille fantassins. Le 5 avril 1291, il investit complètement la place.

Les chrétiens ne pouvaient lui opposer que huit cents chevaliers et sergents montés, et quatorze mille combattants à pied, parmi lesquels des pèlerins peu entraînés à la guerre.

Plan de Saint-Jean d'Acre en 1291
Voir le plan topographique de Saint-Jean d'Acre
Sources : Paul Deschamps

Cette lutte si inégale où les chrétiens se défendirent héroïquement nous a été racontée en grands détails par un combattant, témoin oculaire, qu'on appelle le « Templier de Tyr », secrétaire du grand maître des Templiers, Guillaume de Beaujeu.

Les Hospitaliers et les Templiers étaient alors en grand conflit, mais devant cet ultime péril, Guillaume de Beaujeu et le grand maître des Hospitaliers, Jean de Villiers, ainsi que leurs frères, s'unirent pour se battre vaillamment et chercher la mort ensemble. Ils se partagèrent en secteurs la défense de l'enceinte, composée de deux murailles : les Templiers établis au nord depuis le rivage; puis les Hospitaliers protégeant le faubourg de Montmusart, jusqu'à la porte Saint-Antoine.

Plus au sud, Amaury, frère du roi Henri II de Chypre et de Jérusalem, à la tête des chevaliers de Syrie et de Chypre, défendait un grand saillant avec à l'avant-mur la tour Neuve d'Henri II et, au second mur, la tour Maudite. Le commandeur Conrad de Feuchtwangen et les chevaliers Teutoniques les appuyaient. Enfin, à l'extrême sud et jusqu'à la mer, derrière les tours Saint-Nicolas, du Légat et du Patriarche, se tenaient Jean de Grailly à la tête des gens d'armes du roi de France, Otton de Grandson commandant ceux du roi d'Angleterre, enfin la troupe de la « commune d'Acre. »

Le 15 avril, les Templiers firent, tout au nord, une sortie par la porte Saint-Lazare pour incendier les machines ennemies, mais ils échouèrent.

Le 4 mai, le roi Henri II arriva de Chypre avec deux cents chevaliers et cinq cents fantassins et un ravitaillement considérable qui rendirent courage aux combattants et permirent de prolonger la lutte.

Cependant al Ashraf donnait l'ordre de démolir les tours et, à chacune, des équipes de mille mineurs, se relayant, sapaient les ouvrages. Le 15 mai, un pan de muraille s'effondrait, et la tour Neuve était enlevée. La porte Saint-Antoine allait être prise, quand les Templiers et les Hospitaliers, encouragés par le maréchal de l'Hôpital Mathieu de Clermont, repoussèrent les assaillants.

Mais la fin était proche. Le 18 mai, le sultan ordonna l'assaut. Les mameluks enlevèrent la tour Maudite puis se portèrent contre la porte Saint-Antoine. Ce fut encore Mathieu de Clermont qui les fit reculer. Puis le moment arriva de la résistance suprême : le Templier de Tyr nous raconte que les deux grands maîtres, prenant chacun avec eux une douzaine de frères, s'avancent dans l'espace étroit entre les deux enceintes pour tenter, semble-t-il, de reprendre la tour Maudite.

Mais devant les masses musulmanes qui accablaient cette poignée de combattants de feux grégeois qui les aveuglaient et de carreaux d'arbalète « rien ne valut, ils croyaient férir sur un mur de pierre. » Guillaume de Beaujeu, alors qu'il levait le bras, reçut une flèche dans l'aisselle. « Et quand il se senty féru à mort, il se retira. Ses compagnons lui criant de ne pas partir, il répondit d'une voix forte : « Seignors, je ne peus plus car je suy mort ! vées le cop ! » Et adonc veymes le pilet clavé (le trait fiché) en son corps. » On le porta au Temple où il expira.

Mathieu de Clermont alla vers lui : « et vi le maistre dou Temple qui estoit mort, et retourna à la bataille et mena avec luy tous ses frères que nul ne le vost abandonner... et là se combaty vigoureusement et occit, luy et ses compagnons, mout de Sarazins, et en la fin il fu mort, luy et les autres, come chevaliers preus et hardis, bons crestiens, et Dieus ait leur âme. »

Jean de Villiers, grièvement blessé, fut sauvé par les siens. Jean de Grailly, blessé aussi, et Otton de Grandson, furent refoulés vers le port. Grandson réussit à faire embarquer les blessés et les survivants sur des navires vénitiens. Ainsi Jean de Grailly et Jean de Villiers purent gagner Chypre.

Le patriarche de Jérusalem, Nicolas de Hanapes, qui avait pendant tout le siège soutenu le courage des combattants, parvint, étant blessé, à gagner le port et monta sur un vaisseau, mais, au lieu de s'éloigner, il voulut sauver des combattants restés sur le rivage et le navire surchargé coula avec tous ceux qui l'occupaient ou s'y accrochaient.

Le grand port de Tyr fut enlevé le 19 mai.

Saïda fut prise le 14 juillet; Beyrouth, le 21. Tortose, aux Templiers, fut évacuée le 3 août, et la forteresse d'Athlit, au sud de Saint-Jean-d'Acre, le 14 août.

De la chute de Saint-Jean-d'Acre il reste un témoin : quand on visite Le Caire, on est très surpris de rencontrer dans une rue un portail du plus pur style français du temps de saint Louis; il provient de l'église Saint-André de la grande cité. Le vainqueur, le sultan al Ashraf Khalil (2), mourut peu après, et c'est alors qu'on démonta pierre à pierre le portail; on en transporta les éléments au Caire et on le remonta, comme un trophée, à l'entrée du tombeau de son frère et successeur, le sultan Malik Nasir Mohammad.

Portail d'une l'église de Saint-Jean-d'Acre
Portail du XIIIe siècle, provenant d'une église de Saint-Jean-d'Acre, transporté et remonté au Caire, après la victoire des Sarrasins en 1291.
Sources : Paul Deschamps

1. R. Grousset : Histoire des Croisades et du Royaume de Jérusalem, tome III, pages 751-763.

2. Dans la longue inscription qui exalte ses hauts faits à l'entrée de la citadelle d'Alep, le sultan mamelouk al-Malik al-Ashraf Khalil (689/1290-692/1294) est qualifié d'« Alexandre de son temps. » Bien que l'épithète ait été utilisée avant lui par des émirs turcs et par Baybars, elle reçoit une signification particulière en raison de ses victoires éclatantes remportées contre les Francs et les Arméniens et, en conséquence, de ses espoirs de reconquête de l'Irak sur les Mongols. La dynastie mongole des Ilkhans, qui régnait sur la Perse, se réclamait d'un Alexandre devenu un héros national iranien. L'Alexandre qu'évoque al-Malik al-Ashraf est plus proche de l'« Homme aux deux cornes » qui, dans le Coran, édifie le mur contre Gog et Magog. Les exploits du sultan, dont l'ambition était de restaurer le califat à Bagdad, acquéraient ainsi une dimension eschatologique qui faisait de lui à la fois un conquérant universel et le fondateur d'une nouvelle ère de l'islam.

Sources : Paul Deschamps - Au Temps des Croisades - Hachette Littérature. Paris 1972

La commanderie de l'Ordre des Hospitaliers â Acre

La Commanderie Hospitalière de Saint-Jean d'Acre constituait l'un des monuments majeurs de l'ancienne ville médiévale ; on n'en connaissait guère, jusqu'â présent, qu'une â deux salles voûtées, tout le reste étant enterré ou caché par des constructions ottomanes. Les fouilles menées depuis plus d'un demi-siècle ont permis de renouveler totalement la connaissance de cet ensemble monumental de premier plan, qui comprenait salles, cuisines, latrines, dortoirs et logis d'accueil pour les pèlerins. Cette synthèse des travaux archéologiques révèle ce complexe jusqu'â présent inédit en langue française.

La Chute de Saint-Jean d'Acre. René Grousset

Avènement du sultan al-Ashraf Khalil
Qalâwun, ayant terminé ses préparatifs, allait quitter l'Égypte pour la Syrie, quand la mort le surprit le 10 novembre 1290. Ce décès faillit sauver Acre, car la guerre civile fut sur le point d'éclater entre Mameluks. Un des émirs du défunt, le lieutenant général Turuniâi, avait formé un complot pour renverser le fils de Qalâwun, le jeune al-Ashraf Khalil. Mais al-Ashraf savait de naissance jouer le jeu mameluk. Il éventa le complot, fit arrêter l'émir, le tortura savamment et le fit exécuter. Après cette entrée en matière, nul ne s'avisa de lui disputer le trône et il reprit à pied d'oeuvre la campagne projetée contre Saint-Jean-d'Acre.

Les barons d'Acre essayèrent d'arrêter le sultan par une ambassade. Mais les ambassadeurs, Philippe Mainebeuf, chevalier d'Acre, « quy sa voit mout bien le lengage sarazinés », un Templier originaire de Chypre nommé Barthélémy Pizan, un Hospitalier et un scribe, furent jetés en prison sans avoir obtenu audience. Un envoyé du grand maître du Temple, Guillaume de Beaujeu, reçut un meilleur accueil à cause des relations amicales que celui-ci avait généralement entretenues avec la cour du Caire. Mais ce fut pour s'entendre formuler un refus de causer définitif, bien qu'exprimé en termes courtois. Voici ce texte, traduit de l'arabe en vieux français par le « Templier de Tyr », tel qu'il le remit au grand maître et qu'il nous l'a laissé : « Le Soudan des soudans, le roy des roys, le seignor des seignors, Melec el-Esseraf, le puissant, le redouté, le chasteours des rebels, le chasseour des Frans et des Tatars et des Ermins, aracheour des chastiaus des mains des mescreans, seignor des II mers, serveour des II sains pelerinages, à vous le noble maistre dou Temple, le véritable et sage, salus et nostre boune volenté. Pour ce que vos avés esté home véritable, si vous mandons letres de nostre volenté, et vos faisons à saver que nous venons en vos parties por amender les tors fais, pour quey nos ne volons que lacomunauté d'Acre nous dée mander letres ny prézent, car nos ne le resevrons point (1). »
1. Traduction du Templier (ou prétendu tel), in Les Gestes des Chiprois, page 807.

Siège d'Acre par al-Ashraf

Le soin avec lequel la lutte avait été préparée du côté musulman, notamment en ce qui concerne les machines de siège, nous est exposé par l'historien Abu'l Fidâ qui, membre de la petite dynastie ayyûbide de Hamâ, nous raconte tout au long ce qui fut fait dans cette principauté sur les ordres d'al-Ashraf. « Al-Ashraf, se dirigeant vers Acre avec l'armée d'Egypte, envoya aux troupes de Syrie l'ordre de venir le rejoindre avec leurs catapultes. Mon cousin al-Muzaffar, prince de Hamâ (1) et mon père se mirent en marche avec toutes les troupes de la principauté de Hamâ, et, en passant par Hosn al-Akrâd, nous nous fîmes remettre une grande catapulte appelée la mansourienne qui formait la charge de cent chariots. On en distribua les pièces aux troupes de Hamâ. Je reçus pour ma part la charge d'un chariot, car j'étais alors émir de dix hommes. Notre marche avec les chariots eut lieu vers la fin de l'hiver. Depuis Hosn al-Akrâd jusqu'à Damas nous eûmes de la pluie et de la neige, de sorte que nous éprouvâmes beaucoup de difficulté à faire avancer les chariots, les boeufs n'ayant pas assez de force pour les traîner et une partie de ces animaux étant morts de froid. Nous mîmes, à cause des chariots, un mois à faire la route de Hosn al-Akrâd à Acre, alors qu'à cheval on met d'ordinaire huit jours. Le sultan avait également ordonné qu'on amenât de toutes les places fortes les catapultes et autres machines de siège, de manière qu'on vit arriver devant Acre un plus grand nombre de catapultes, grandes ou petites, qu'il ne s'en était jamais vu (2). »

L'armée musulmane s'élevait, d'après les estimations les plus plausibles, à soixante mille cavaliers et cent soixante mille fantassins environ.

Le jeudi 5 avril 1291 le sultan al-Ashraf vint s'établir devant Acre et investit complètement la place. Six jours après, ses machines, rapidement remontées, commençaient à battre la muraille. Ses grandes catapultes, » la Mansourienne », la « Furieuse », avaient chacune comme objectif une des principales tours du mur d'enceinte, sans parler des engins plus légers, « les taureaux noirs » (qara bugha) qui, par leur martelage incessant, faisaient encore plus de mal.
1. Muzaffar III Maftmûd, prince de Hama de 1284 à 1299. On se rappelle que la maison de Hamâ était la seule branche de la famille aiyûbide qui ait conservé son fief sous la suzeraineté mameluk. Elle devait le garder jusqu'en 1341.
2. Abu'l Fidâ, page 163.


Organisation de la défense d'Acre

En réunissant toutes les forces chrétiennes. Francs de Syrie et de Chypre, croisés et pèlerins nouveaux venus, marins italiens en escale, la place d'Acre comptait de 30 000 à 40 000 habitants, dont 800 chevaliers ou sergents montés et 14 000 combattants à pied, pèlerins compris (1). Les Ordres militaires dont la politique égoïste et les querelles étaient en grande partie responsables de l'effondrement de l'État franc, se retrouvèrent, à l'heure suprême, dignes de leurs origines. On pouvait beaucoup reprocher à ces hommes, mais ils surent noblement mourir. Il ne faut pas faire exception pour les Teutoniques, bien que leur grand maître, Burchard de Schwanden, ait, à peine arrivé, résigné ses fonctions, malgré les instances de ses chevaliers, au début de 1290, à la veille de la bataille (2); il fut brillamment remplacé par le commandeur de Franconie, Conrad de Feuchtwangen, qui montra la bravoure allemande traditionnelle (3).

Voici quelle fut la répartition des secteurs de défense. Les Templiers, sous leur grand maître Guillaume de Beaujeu, dont la conduite fut admirable, et les Hospitaliers, sous leur grand maître Jean de Villiers, non moins héroïque, assumèrent la défense de toute la partie septentrionale du rempart, c'est-à-dire du mur extérieur qui, au nord, couvrait le faubourg de Montmusart, les Templiers dans le secteur nord-ouest, depuis la mer, les Hospitaliers leur faisant suite jusqu'au saillant du double mur allant vers la Tour Maudite et vers la Tour Neuve du roi Henri II. Le frère du roi Henri II, Amaury, qui commandait les chevaliers de Syrie et de Chypre, avait comme secteur le saillant central que défendaient, pour le second rempart, la Tour Maudite, pour l'avant-mur la Tour Neuve du roi Henri II, tour ronde récemment construite à 80 mètres en avant de la précédente et, plus en avant encore, la Barbacane du roi Hugues, reliée à la Tour Neuve par un pont de fust (4). Le commandeur teutonique Conrad de Feuchtwangen se joignit aux chevaliers chypriotes pour la défense de ce secteur. Enfin la partie sud-est du mur qui se dirigeait en ligne droite, suivant une direction nord-sud, depuis la Tour Neuve et la Tour Maudite jusqu'au port, et qui était jalonnée par les Tours de Saint-Nicolas, des Bouchers, du Pont ou du Légat et du Patriarche, était défendue par Jean de Grailly, commandant des gens d'armes du roi de France, et par Otton de Grandson, commandant des gens d'armes du roi d'Angleterre qui avaient également avec eux les Croisés et pèlerins récemment arrivés et aussi les gens de la « commune d'Acre (5). » A l'exception des Génois, qu'on ne voit guère mentionnés (leur récent traité d'amitié avec le sultan explique peut-être cette absence), les communiers italiens participèrent vaillamment à la défense. Les Pisans avaient notamment construit près de la Rue des Allemands, c'est-à-dire au voisinage de la Tour Saint-Nicolas et de la Tour du Pont, une grande catapulte qui contrebattit efficacement les machines musulmanes.
1. Les Gestes des Chiprois, paragraphe 484. Cf. Mas Latrie, tome I, page 488.
2. « Lor maistre estoit partis, outre (contre) le gré des seignors d'Acre, et ala en Poille demourer » (Les Gestes des Chiprois, paragraphe 485).
3. Il n'apparaît avec le titre de grand maître qu'en avril 1292. Cf. Rohricht, Zusatze und Verbesserungen zu. Du Gange, page 13, n° 15, rectifiant du Cange-Rey, page 906.
4. Rey, Colonies franques, page 459.
5. Cf. Excidium Acconis, in Martène, Amplissima Collectio, tome V. col. 765-766; Mas Latrie, tome I, page 488-489.


Tentatives de sortie des défenseurs d'Acre

Pendant la nuit du 15 avril, — nuit où « la lune luyseit come le jour » — le grand maître du Temple Guillaume de Beaujeu, aidé par Otton de Grandson, tenta une sortie par la porte Saint-Lazare, c'est-à-dire dans le secteur des Templiers, à l'extrême nord du faubourg de Montmusart, près de la mer. Avec 300 chevaliers, il surprit le contingent de Hamâ qui campait en face. Les Templiers massacrèrent les veilleurs, enlevèrent les avant-postes et parvinrent jusqu'aux tentes ennemies, mais leurs chevaux s'embarrassèrent dans les cordages des tentes, l'éveil fut donné, et Guillaume de Beaujeu, accablé sous le nombre (il y avait 2 000 cavaliers dans le camp de Hamâ), dut rentrer dans Acre sans avoir pu incendier les machines adverses (1). Pendant ce même mois d'avril les Francs tentèrent une autre sortie, mais, cette fois, en profitant au contraire d'une nuit obscure. On avait choisi pour cette nouvelle tentative le secteur de la Porte Saint-Antoine, à l'angle sud-est du quartier de Montmusart (2). « Encore fu ordené que tous les seignors et le poier d'Acre à cheveu deussent yssir à demy nuit de la Porte Saint-Antoine et férir subitement sur les Sarazins, et fu ce fait ordené si privéement que nul ne le sot tant que l'on coumanda : Montés à chevau ! » Et la lune à sele oure ne rayeit mie, ains estoit mout escure (3). »

Mais les Musulmans étaient sur leurs gardes. Ils « firent un si grant luminaire de fanons quy sembloit estre jour entre yaus. » Dix mille Mameluks montaient en selle. Il fallut rentrer précipitamment dans Acre sous une furieuse charge ennemie.

Le 4 mai le roi Henri II arriva de Chypre avec 200 chevaliers et 500 fantassins et un ravitaillement considérable. On n'a pas assez signalé combien la venue de ce malheureux épileptique au milieu des secousses du bombardement était en soi méritoire et héroïque (4). Du reste, sa présence rendit courage aux défenseurs (5). Il essaya aussitôt de la diplomatie et envoya à al-Ashraf le chevalier Guillaume de Villiers et le Templier Guillaume de Cafran pour essayer d'obtenir la paix. Mais al-Ashraf fut intraitable : « M'avez-vous apporté les clés de la ville ? » Il ajouta seulement que, par pitié pour la jeunesse et la maladie de Hugues II, il consentirait à accorder la libre sortie de toute la population avec tous ses biens (6).
1. Chiproit, paragraphe 491 ; Abu'l Fidâ, page 164.
2. « La porte Saint-Antoine s'ouvrait dans l'angle rentrant formé par le point de jonction du quartier de Montmusart avec le mur de la ville proprement dite. » Rey, Colonies franques, page 460.
3. Les Gestes des Chiprois, tome I page 492.
4. Comme le signale Rohricht (G. K. J., page 1016 et 1018), les attaques contre la conduite d'Henri II, sur son prétendu départ précipité en Chypre le 15 mai (Excidium Acconis, 770) et contre la tenue sous les armes de son frère Amaury sont de simples calomnies.
5. « Fu grant confort à la gent sa venue » (Les Gestes des Chiprois, paragraphe 493).
6. Les Gestes des Chiprois, paragraphe 493.


Prise de la Tour du roi Henri par les Mameluks

Le travail des mineurs musulmans portait principalement sur les défenses du saillant confié aux chevaliers de Syrie et de Chypre. D'après Bar Hebraeus, al-Ashraf avait assigné à la destruction de chaque tour une équipe de mille sapeurs se relayant sans cesse (1). Le 8 mai, d'après Sanudo, les chevaliers chypriotes incendièrent eux-mêmes la barbacane du roi Hugue, ouvrage avancé devenu intenable (2). Les mineurs ennemis concentrèrent alors leur effort sur la Tour Neuve du roi Henri II, dont, le 15 mai, tout un pan de façade s'écroula dans le fossé (3). Le lendemain matin mercredi 16 les Mameluks s'emparèrent de la tour. Ils commençaient à combler le fossé et à escalader le mur, à la faveur d'une forte brèche, devant la Porte Saint-Antoine, quand les Templiers accourent au secours du secteur attaqué. De son côté le maréchal de l'Hôpital Matthieu de Clermont fit des prodiges de valeur, rendit courage aux siens et empêcha, pour ce jour-là, la prise de la ville (4).
1. Bar Hebraeus, in Reinaud, page 370.
2. Rey, Colonies Franques, page 459.
3. Les Gestes des Chiprois, paragraphe 494.
4. Exeidium Acconis, pages 770-773.


Mort héroïque de Guillaume de Beaujeu

Le vendredi 18 mai à l'aube, al-Ashraf lança l'assaut final. « Et quant vint le jour dou vendredy, avant jour, une grande nacare (batterie de cymbales) souna mout fort, et au son de celle nacare quy avoit mout oryble vois, les Sarazins assaillièrent la cité d'Acre de toutes pars (1). » Les Mameluks, s'avançant à pied, en colonnes profondes, submergèrent tout. Pénétrant, grâce à la possession de la Tour du roi Henri, entre le mur extérieur et le mur intérieur (2), ils occupèrent d'un seul élan la fameuse Tour Maudite qui leur livrait le saillant le plus redoutable du mur intérieur (3). De là une partie d'entre eux s'élancèrent vers la Porte Saint-Antoine, au rentrant formé par l'intersection du mur de Montmusart et du mur intérieur. Ce fut ici que se concentra la suprême résistance. Le maréchal de l'Hôpital Matthieu de Clermont y fit un instant reculer l'ennemi (4). Les Templiers, eux aussi, tinrent dans la tempête. Le bon chroniqueur, qui fut un des héros de cette journée terrible, nous montre leur grand maître Guillaume de Beaujeu courant avec une douzaine des siens et le grand maître de l'Hôpital arrêter les milliers d'assaillants : « Le maistre dou Temple prit X ou XII frères et sa mehnée et vint vers la Porte de Saint-Antoine tout par entre les deux murs et passa par la garde de l'Ospitale et mena le maistre de l'Ospitau o (= avec) luy, lequel mena aucuns (= quelques-uns) de ses frères et vindrent à la Porte de Saint-Antoine et trouvèrent les Sarazins venant à pié... (5) »

N'est-elle pas digne de l'épopée chrétienne qu'elle va clore, cette démarche du vieux grand maître qui à l'heure suprême, en une réconciliation bientôt scellée par leur sang, vient chercher le chef de l'Ordre ennemi — deux siècles de politique adverse, de passions rivales, de haine — pour, tous deux, aller ensemble à la mort ?

Ce que cette poignée d'hommes de fer voulaient, c'était aveugler la voie entre les deux enceintes, sauver l'enceinte intérieure, reconquérir la Tour Maudite.

Mais devant les masses musulmanes sans cesse déferlantes, « riens ne valut », les deux héros semblaient « férir sur un mur de pierre. » Aveuglés par la fumée du feu grégeois, ils ne se voyaient plus l'un l'autre. Tels, dans ces tourbillons et ces jets de flamme, au milieu de la pluie de carreaux d'arbalètes, tout le reste des Francs ayant cédé, eux, pied à pied, résistaient encore. Il était trois heures quand le grand maître du Temple reçut le coup mortel.

A ce moment il levait le bras gauche. L'arme lui entra sous l'aisselle, profondément. « Et quant il se senty féru à mort, si se mist à aler, et l'on cuyda que il s'en alast volentiers pour soy sauver; et XX des Crussés d'Espolète (vingt Croisés de Spolète) li vindrent devant et ly distrent : « Pour Dieu, sire, ne vous partés, car la ville sera tant tost perdue ! » Et il lor respondy hautement, que chacun l'oy : « Seignors, je ne peus plus, car je suy mort : vées le cop ! » Et adons veymes le pilet clavé (= le trait fiché) en son cors. » Ses fidèles le portèrent au Temple où il expira (1).

Récit saisissant d'un témoin oculaire où achève de se dessiner en traits inoubliables la physionomie de ce dur politique, si semblable à bien des égards à son cousin, le roi de France Philippe le Bel, et qui, à l'heure suprême, fut un des héros de notre race.
1. Les Gestes des Chiprois, paragraphe 496.
2. Ibid., paragraphe 497.
3. Rey, Colonies Franques, p. 460.
4. Exeidium Acconis, pages 777-779.
5. Le secrétaire de Guillaume de Beaujeu, dit le « Templier de Tyr », paragraphe 498.
6. Récit de son secrétaire, dit le Templier de Tyr, paragraphe 498.


Mort de Matthieu de Clermont

Le maréchal de l'Hôpital Matthieu de Clermont n'eut pas une fin moins belle. Après s'être couvert de gloire devant la Porte Saint-Antoine, il avait un instant trouvé refuge dans la maison-forteresse du Temple qui pouvait longtemps encore défier les assauts. Mais à peine y eut-il salué la dépouille de Guillaume de Beaujeu qu'il retourna au combat. « Et vy le maistre dou Temple qui estoit mort, et retourna à la bataille et mena o (= avec) luy tous ses frères, que nul ne le vost abandonner, et vindrent en la rue des Jenevés, et là se combaty vigoureuzement et osist (occit), luy et ses compagnons, mout de Sarazins, et en la fin il fu mort, luy et les autres, come chevaliers preus et hardis, bons crestiens, et Dieus ait l'arme de yaus (= leur âme ! (1). » Quand au grand maître de l'Hôpital, Jean de Villiers, il fut grièvement blessé, mais put être sauvé, par les siens.

Tandis que les Mameluks, malgré le sacrifice des Templiers et des Hospitaliers, s'engouffraient dans la ville par la Porte Saint-Antoine, Jean de Grailly et Otton de Grandson qui, avec les Français et les Anglais, avaient longtemps défendu la Porte Saint-Nicolas et la Tour du Pont ou Tour du Légat, finissaient par être écrasés sous le nombre. Jean de Grailly était grièvement blessé, et Grandson refoulé sur le port avec les survivants. De plus les bataillons mameluks qui avaient emporté la Tour Maudite se ruaient au coeur de la ville, dans le quartier des Allemands, la rue de Saint-Romain où ils s'emparaient des catapultes des Pisans, et le quartier Saint-Léonard, jusqu'au quartier génois où, comme on vient de le voir, ils arrêtaient le retour offensif du maréchal de l'Hôpital. Du moins Grandson réussissait-il à faire embarquer sur les vaisseaux vénitiens tout ce qu'il avait pu ramener de blessés, notamment Jean de Grailly qui, avec le grand maître de l'Hôpital, Jean de Villiers, fut conduit en sûreté à Chypre (2).
1. Ibid., page 816, paragraphe 505. Cf. Excidium Acconis, 772, 781.
2. Cf. Mas Latrie, tome I, page 495, d'après une lettre de Jean de Villiers, Hist. litt. de France, XX, page 94; Excidium Acconis, 781; A midi, page 192. Otton de Grandson résida un an à Chypre, puis il se rendit en Cilicie à l'appel du roi d'Arménie Thoros III. Il y collabora avec l'historien Hayton, seigneur de Gorigos, l'auteur de la Flor des Estoires d'Orient, à la réorganisation du royaume arménien, devenu désormais la seule base chrétienne sur le continent. En 1293 il rentra en Angleterre. Il semble qu'il soit l'auteur du Memoria terrae Sanctae, projet de nouvelle croisade envisageant le débarquement d'une armée occidentale en Cilicie et la coopération avec les Arméniens et les Mongols. C.f. Kohler, Deux projets de croisade. XIIIe XIVe siècles. Revue de l'Orient latin, 1903-1904, page 418-419, tenant compte des études de M. Bémont.


Les tentatives d'embarquement; massacre de la population d'Acre

Mais les bateaux disponibles étaient insuffisants. Plusieurs coulèrent à pic sous les grappes humaines qui les surchargeaient. Ce fut, d'après plusieurs sources, le cas du patriarche de Jérusalem, Nicolas de Hanapes. Ce vaillant prélat, dominicain du diocèse de Reims, après avoir, pendant le siège, soutenu avec un zèle admirable le courage des chrétiens, se dirigeait, blessé, vers le port. Ayant trouvé refuge sur un bateau, il voulut avec lui sauver le plus grand nombre possible de malheureux; mais il n'eut pas le courage de repousser les derniers arrivants, si bien que l'embarcation sombra avec tous ses occupants (1).

La masse de la population resta livrée aux fureurs des Mameluks. Dès la prise de la Tour Neuve du roi Henri par les troupes musulmanes, le mercredi 16, un grand nombre de femmes et d'enfants étaient montés à bord des navires en rade, mais le lendemain une tempête les obligeait à retourner dans leurs maisons, comme pour les livrer au massacre du 18. « Sachés que seluy jour fu oryble à veyr, écrit le Templier de Tyr, témoin oculaire, car les dames et les bourgoizes et damoizelles et autre menue gens aloyent, fouyant par les rues, lorenfans en lor bras, et estoient ploureuzes et esperdues et fouyéent as marines (= vers le port) pour yaus garantir de mort. Et quant Sarazins les encoutréent, l'un pernoit la mère et l'autre l'enfant, et les portoient de leuc en leuc, et les départoient l'un de l'autre; et tel fès estoit que il estoient en tenson (= querelle) l'un Sarazin et l'autre pour la feme, que elle estoit tuée par yaus; et aucunes fois (parfois) la femme estoit emmenée et l'anfant alaitant en estoit geté à terre, que chevaus le fouloient; et de dames avet qui estoient grosses et estoient si desreites en la presse qu'y moroient estaintes et la créature qui estoit en son cors aussi (2). »
1. Version acceptée par Mas Latrie, tome I, page 496, et Rey, in Du Cangk-Rey, page 733-734, d'après l'Excidium Acconis, page 782; Sanudo, page 231, et Jean d'Ypres, ap. Martène, Thes., anecd., III, 771. Les Gestes des Chiprois, page 815, donnent une version différente. « Le patriarche Nicole se recully sur une nave des Venessiens et un marenier le prist par la main et il eschappa et chay (= chut) en mer et fu néé. Or ne sait on pas si ce-luy qui le prist par la main le layssa aler pour ce que il avoit mis en sele nave son aver ou se il ly eschappa de main pour ce que il ne le post tenir. » Nicolas de Hanapes avait été nommé patriarche le 30 arril 1288.
2. Les Gestes des Chiprois, page 814.


Défense de la maison du Temple

Parmi les nombreuses maisons fortifiées et castilles dont Saint-Jean d'Acre était rempli, une seule pouvait tenir : la maison des Templiers, non seulement à cause de la puissance de ses murailles et de ses tours, mais parce que, située sur la pleine mer, dans la partie sud-ouest de la cité, elle formait comme une forteresse particulière en communication directe avec le large. Le soir de la prise des remparts et de la mort du grand maître, le Bourguignon Pierre de Sevry, maréchal du Temple, et le commandeur Thibaut Gaudin se barricadèrent dans ce réduit avec les chevaliers survivants, après avoir fait réunir sur le rivage, au pied des murailles, les embarcations disponibles, génoises, vénitiennes ou pontificales. Tout ce qui dans la population d'Acre, hommes et femmes, put se réfugier dans cette forteresse du Temple, y trouva le salut et, de là, avec le roi Henri II, s'embarqua pour Chypre. « Et quant tous ces leins (= navires légers) firent velles (= mirent à la voile), siaus du Temple qui là s'estoient recullis (dans leur forteresse, au bord de la mer) jetèrent un mout haut cry, et se partirent les vasiaus... »

Pendant plusieurs jours la forteresse du Temple défia toutes les attaques. Le sultan al-Ashraf offrit alors aux Templiers une capitulation honorable, avec autorisation de se retirer librement à Chypre, en emmenant toute la population réfugiée chez eux. L'accord fut conclu sur ces bases; les étendards sultaniens furent, en signe d'armistice, arborés sur la grande tour, tandis qu'un émir était admis dans la forteresse avec une centaine de mameluks, pour présider à l'embarquement des chrétiens (1). Mais dans l'ivresse de leur triomphe ces Mameluks se mirent à violenter les dames franques. A ce spectacle, les chevaliers se jettent sur eux, les exterminent, abattent le drapeau du sultan et ferment de nouveau les portes. Tandis que le commandeur Thibaut Gaudin s'embarque pour Sidon et de là pour Chypre avec le trésor et les reliques de l'Ordre, le maréchal Pierre de Sevry se prépare à soutenir jusqu'à la mort un nouveau siège.
1. Extidium Acconis, page 782.

Les funérailles des Templiers

Le château, avec ses défenseurs réduits au désespoir, semblait imprenable. Le sultan al-Ashraf recourut à une félonie. De nouveau il offrit à Pierre de Sevry une capitulation pleine d'honneur avec évacuation à Chypre. Pierre eut l'imprudence de se fier à de tels serments. Il se rendit auprès du sultan avec une partie des siens. A peine al-Ashraf les tint-il qu'il les fit tous décapiter. Alors ceux des Templiers qui étaient encore restés dans leur forteresse, les blessés, les malades, les vieillards, résolurent de résister jusqu'à la mort. Le sultan dut recommencer le siège de la forteresse à coups de mines. La base était sapée, des pans entiers du mur s'effondraient. Les Templiers résistaient toujours. Le 28 mai la brèche étant suffisamment large, al-Ashraf lança l'assaut final, mais le poids des masses ennemies fit céder les étançons des sapes et tout le bâtiment s'effondra, ensevelissant sous ses décombres, avec les derniers Templiers, les colonnes d'assaut mameloukes. Le « Temple de Jérusalem » eut pour ses funérailles deux mille cadavres turcs.

Evacuation des dernières places franques

La chute d'Acre provoqua l'abandon des places franques qui tenaient encore. Adam de Caffran, bailli de Tyr pour le roi Henri II, regagna précipitamment Chypre. La ville « qui estoit une des (plus) fortes cités dou monde » fut occupée sans opposition par les Mameluks le 19 mai (1). Les Templiers songèrent à défendre Sidon qui leur appartenait. Le commandeur du Temple Thibaut Gaudin s'y était réfugié avec le trésor de l'Ordre. Il y réunit les frères échappés au massacre et y fut élu grand maître à la place de Guillaume de Beaujeu. Sidon se composait de la ville de terre ferme et du château insulaire ou Qal'at al-Bahr. Quand arrivèrent les Mameluks, commandés par l'émir al-Shujâ'i, les habitants avaient évacué la ville et s'étaient réfugiés avec les Templiers dans le château, d'où ils gagnèrent Chypre. Thibaut Gaudin se rendit aussi à Chypre, promettant de ramener des secours. Mais là, soit inertie, soit mésentente avec les Templiers chypriotes, il ne fit rien pour les défenseurs du château de Sidon. Comme al-Shujâ'i construisait une chaussée entre la terre fermé et l'îlot, ceux-ci, par une nuit obscure, s'embarquèrent à leur tour pour Chypre. Les Mameluks occupèrent le château de Sidon qui fut détruit (14 juillet 1291) (2).

Les Francs de Beyrouth, se fiant à des trêves particulières avec les Mameluks et à la parole de l'émir Shujâ'i, sortirent, sur les conseils de ce dernier, pour venir le complimenter au passage. Il les fit tous prisonniers et occupa la ville (21 juillet) (3).

Le district franc de Caïffa fut de même occupé sans difficulté et les monastères du Carmel furent détruits (30 juillet). Restaient encore Tortose et Château-Pèlerin, possessions des Templiers. Ils évacuèrent Tortose le 3 août et Château-Pèlerin le 14 août. Les Templiers ne conservèrent (jusqu'en 1303) que l'îlot de Ruad, au sud de Tortose, par où un jour — en 1914 — les « Francs » devaient reprendre pied en Syrie.
1. La forteresse de Toron (Tibnîn), la seconde place du comté de Tyr, avait été conquise par les Mameluks (par Baibars) dès 1266.
2. Les Gestes des Chiprois, paragraphe 509-510, page 817.
3. Ibid., paragraphe 511.

Sources : René Grousset - Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem, tome III. Paris Perrin 1936

Voyage à Saint Jean d'Acre

Nous avons couché dans une bergerie, entourés d'Arabes, de vaches et de chèvres. Le lendemain, lorsque le muezzin appelait les musulmans à la prière du haut de la petite mosquée du village nous avons pris le chemin de Jaffa où nous sommes arrivés après trois heures de marche. Les pères latins de Jaffa informés de quelques accidents de peste qui avaient eu lieu, disait-on à Saint-Jean d'Acre, se sont empressés de me l'annoncer mais ces nouvelles pouvaient n'être que de vains bruits, et malgré leurs avis, je suis venu a Saint-Jean d'Acre en passant par Arsur, que nous n'avions pu visiter a notre premier passage sur cette route.

Arsur ou Arsouf s'élevait aux bords de la mer à deux lieues au nord de Jaffa ; c'était une des places fortes de la Palestine, et son nom est devenu célèbre par un des plus grands combats des, croisades.

Vous avez traversé la plaine d'Arsur et vous avez vu ce champ dé bataille où se sont rencontrées les deux grandes renommées des vieux âges, Richard-coeur-de-Lion et Saladin. Le village arabe d'Arsouf, bâti sur une hauteur, indique la place où fut la vieille cité dont il a pris le nom. Les restes d'Arsur touchent de plus près à la mer que le village les ; débris les plus considérables appartiennent aux murailles de la ville. Ce que j'aurais voulu trouver parmi ces ruines, c'est le tombeau de Jacques d'Avesnes, placé dans une église consacrée a la Vierge ; mais au milieu du désordre de ces décombres, comment reconnaître la place du tombeau du brave chevalier ?

Que de cendres glorieuses ont été emportées par le vent de la Palestine ! Vous savez que des jardins avoisinaient Arsur du côté de l'orient ; on en retrouve encore aujourd'hui autour du village arabe. Soixante ou quatre-vingts familles habitent Arsouf, bâti avec les pierres de la vieille ville. C'est sans doute aussi avec les pierres d'Arsur que fut restaurée, il y a quinze ans, la cité de Jaffa. Je ne vous dirai rien de la forêt d'Arsur où se réfugièrent les soldats de Saladin pour échapper a l'épée victorieuse des croisés. Cette forêt, que la hache ou la flamme ont peu a peu éclaircie et dépouillée, n'est plus qu'une vaste étendue de terrain couverte çà et là de petits arbustes les forêts ont leur gloire et leurs ruines comme les cités.

Je suis arrivé à Saint-Jean d'Acre le 26 avril. Il m'a fallu attendre l'autorisation du pacha avant d'entrer dans la ville. Notre agent que j'avais averti de mon arrivée, m'a envoyé un de ses cavaz pour m'accompagner jusqu'à la, maison consulaire. M. Catafago, qui se montre pour moi plein de bienveillance et d'amitié, ne m'a pas laissé ignorer le retour de la peste à Saint-Jean d'Acre.

Pour qui aime les brillants souvenirs de notre moyen-âge chevaleresque, la plaine de Saint-Jean d'Acre est bien intéressante à parcourir; la peste, qui remplit la cité de funérailles, ne m'a point empêché d'aller visiter les emplacements des camps et les champs de bataille des croisés et des Sarrasins.

En traversant la ville, il fallait ne recevoir le contact de personne; deux cavaz écartaient avec leur bâton ceux qui passaient trop près de moi. La cité d'Acre, dont les rues sont si étroites si sales, si tristes, a pris un aspect plus sombre sous le fléau terrible. Quelque soin qu'on prenne, il est bien difficile de ne rien toucher au milieu de ces bazars encombrés, d'hommes et de marchandises ; la mort est la pourtant. Qui serait tente, d'après cela, d'envier le destin du voyageur ? Les dangers de la mer et d'une terre barbare ne sont, si vous voulez que des périls vulgaires ; mais voilà que la peste envahit mon chemin et qu'il me faut heurter des cadavres pour arriver a l'éclaircissement d'un point d'histoire ; la science que je cherche ne se montre à moi qu'après le péril comme la victoire le théâtre de mes explorations, pacifiques devient comme un champ de bataille, où sifflent les Sèches mortelles d'un fléau plus redoutable que la guerre.

Y a-t-il beaucoup de gens dans le monde qui vous draient faire de la littérature et de l'érudition à ce prix ?

La plaine de Saint-Jean d'Acre, du côte du nord, commence au pied du mont Saron, et s'étend, du côté du sud, jusqu'au pied du Carmel, sur un espace d'environ quatre lieues ; de l'ouest à l'est, la plaine se prolonge à peu près a une lieue et demie. Le Bélus, que Boha-Eddin et d'autres auteurs arabes ont appelé Nahr-Alhalou rivière d'eau douce et que les gens du pays appellent, tantôt Nahr-el-Ramyn et tantôt Nahr-el-Kardane, se jette dans la mer à un quart d'heure à l'est de la ville, sous la petite, éminence où gisent quelques ruines nommées Akkah-el-Kharab (Acre la ruinée) ; ce lieu marque évidemment la limite orientale de l'ancienne cité. La plaine est marécageuse en beaucoup d'endroits, et de ces marais s'échappent des exhalaisons funestes à la santé des habitants. Le terrain offre très peu d'arbres ; on m'a dit que plusieurs points du golfe de Saint-Jean d'Acre étaient boisés avant le passage de Bonaparte, mais que l'armée française n'y laissa que des rivages nus. A une demi-heure, au nord-est de la ville, Abdallah-pacha a fait construire une maison de plaisance et des kiosques élégants qui ont coûté m'a-t-on dit, des millions de piastres ; dans chaque kiosque jaillit une source d'eau qui retombe dans un bassin de marbre. Auprès de ces riantes demeures est un aqueduc qui vient abreuver la cité musulmane. Un village appelé Smirii, entouré de figuiers et de mûriers, se voit dans la plaine, à une heure d'Acre, vers le nord ; une demi-heure au-delà de Smirii, sur une hauteur voisine de la mer, un village arabe a hérité du nom et des ruines de l'antique cité d'Achzib, mentionnée dans les livres de Josué et des Juges.

A différentes distances de Saint-Jean d'Acre s'élèvent, au nord et au nord-est, plusieurs collines qui découpent la plaine. La première est celle de Thuron, appelée par les auteurs arabes tour-a-tour colline des Mosallins ou des Prians et Mossallaba. La seconde colline est celle que Boha-Eddin nomme Aïadia, et Gauthier Vinisauf, Mahaméria. La troisième est la colline de Kisan.

Le Bélus coule au pied des hauteurs de Thuron et d'Aïadia. Les montagnes citées dans les chroniques arabes sous le nom de Karouba, sont les montagnes de Saron qui partent du cap Blanc appelé en arabe el-Mecherfy et courent de l'ouest à l'est jusqu'aux rives du Jourdain. Je crois que les Arabes du moyen-âge ont donné à ces monts le nom de Karouba, à cause de la grande quantité de caroubiers qu'on y trouve. Voilà les lieux qu'il était important de reconnaître afin de bien comprendre les chroniques chrétiennes et musulmanes pour les attaques et les combats fameux des années 1189 et 1190.

J'ai cherché sur la colline de Thuron la place où furent dressés le pavillon du roi Guy de Lusignan et les autres pavillons des chevaliers et des soldats chrétiens, chaque jour de nouveaux croisés arrivaient sur des navires ; la mer était pour eux, comme le disait Saladin, la mer s'était déclarée pour les enfants du feu.

A chaque nouveau renfort venu d'Allemagne, de France, d'Angleterre et d'Italie, le camp s'agrandissait et menaçait peu à peu la cité ; je n'ai point trouvé les fossés profonds, les remparts de terre qui entouraient le camp et lui donnaient l'aspect d'une place forte. Plus rien ne reste de ces travaux merveilleux qui causèrent tant de surprise aux troupes de Saladin des chevaux qui n'ont point encore connu de cavaliers, des chamelles avec leurs petits paissent maintenant sur l'emplacement du camp des chrétiens. Les tentes de l'armée musulmane couvraient la colline de Kisan et environnaient de tous côtés les tentes chrétiennes; le camp de Saladin ressemblait à une cité arabe, comme le camp des chrétiens ressemblait à un château franc.

Sept mille boutiques, bien approvisionnées dont chacune était plus considérable que cent boutiques ordinaires d'une ville turque ; plus de mille bains tenus par des Africains, entourés de palissades et de nattes pour cacher les baigneurs ; un vaste marché d'habits neufs et d'habits vieux ; une place renfermant jusqu'à cent quarante loges de maréchaux ferrants, grand nombre de cuisines à vingt-huit marmites pouvant contenir chacune une brebis entière, tels étaient les quartiers et les bazars qui formaient le gros du camp de Saladin, véritable cité, comme vous voyez ; on y trouvait réunies toutes les richesses et les industries de l'Orient.

Le camp des Francs avec ses remparts de terre, ses machines et ses tours de bois, ses tentes et ses bannières, le camp des musulmans avec ses constructions variées et tout son appareil oriental, devaient offrir de curieux spectacles du haut des murailles de Ptolémaïs. J'ai parcouru les hauteurs de Kisan couvertes d'arbustes, tout préoccupé de la grande image de Saladin, et longtemps j'ai contemplé cette montagne de Karouba qui servait de quartier d'hiver au glorieux fils d'Ayoub.

En traversant le terrain qui sépare la colline de Thuron de cette d'Aïadia ou de Mahaméria, j'ai songé aux combats dont il a été le théâtre ; que de cadavres le Bélus a été chargé de porter a la mer ! Que de cendres chrétiennes ont été mêlées au sable de ses rives En quelque lieu qu'on jette ses regards dans la plaine de Saint-Jean d'Acre, on découvre un champ de bataille ; en quelque lieu qu'on marche, on foule une terre que le glaive musulman abreuva du sang de nos croisés. Cette plaine vit alors ce que l'Europe et l'Asie avaient de plus grand, Richard, Philippe-Auguste, Saladin, Malek-Adel, et les plus nobles guerriers des deux religions rivales ; jamais terre n'avait tremblé sous le choc de plus vaillantes armées ; et pour que rien ne manquât à sa gloire, le destin des combats a voulu que les aigles de Bonaparte soient venues s'y abattre en passant. Vous avez raconté dans votre Histoire des Croisades les nombreuses batailles, les longues misères des Francs devant les murs de Ptolémaïs, batailles et misères qui finirent par la prise de la ville ; ce siège de Saint-Jean d'Acre, dans les années 1189 et 1190, est un des morceaux les plus éloquents de votre Histoire et le plus habilement tracés en vous lisant sur les collines de Thuron et de Mahaméria, la plaine d'Acre redevenait pour moi ce qu'elle fut sous les bannières de Richard, de Philippe-Auguste et de Saladin, et je suivais tous les combats, tous les mouvements, tous les drames de la guerre.

L'histoire des expéditions d'outremer n'offre rien de plus intéressant et de plus dramatique que la chute de Saint-Jean d'Acre en 1289; Ptolémaïs était alors la cité la plus riche, la plus puissante et la mieux fortifiée de la Syrie ; sous ses murailles accoururent, quatre cent mille musulmans commandés par le sultan Malek-Aschraf, fils et successeur de Kélaoun cent mille chrétiens habitaient Saint-Jean d'Acre, la ville eut d'abord pour sa défense près de vingt mille guerriers, mais bientôt la désertion diminua le nombre de ceux qui combattaient pour la croix. L'ennemi avait annoncé son arrivée devant Ptolémaïs par la dévastation des vignes et des jardins qui couvraient la plaine et les collines que je viens de parcourir ; du Carmel au Carouba, la terre fut de nouveau foulée par les légions du croissant ; durant quarante jours, les catapultes et les béliers construits avec les bois de Naplouse et du Liban, ne cessèrent de battre la cité ; trois cents tambours placés chacun, sur un chameau étaient destiné à étourdir et, à troubler les assiégés par un effroyable bruit. Dans, votre récit de ce siège, vous avez dit quel fut l'héroïsme des défenseurs de, Saint-Jean d'Acre, quelles furent les dernières misères des habitants. Les chroniques arabes rapportent que les musulmans vainqueurs renversèrent les remparts, les tours, les églises et les maisons en retrouvant aujourd'hui la ville avec six mille habitants et de bonnes murailles, on serait presque porté à croire que la démolition d'Acre ne fut pas aussi complète ; mais toujours est-il vrai que la cite perdit par le glaive ou par la fuite sa grande population, que Ptolémaïs vit de vastes ruines accumulées autour d'elle, et qu'avec cette métropole chrétienne tombèrent les dernières espérances, les derniers restes du royaume de Godefroi. Dans les circonstances présentes, il n'est pas sans intérêt de remarquer qu'en 1289, la destruction partit de l'Égypte pour venir visiter Saint-Jean d'Acre.

Pendant que mon esprit s'abandonne au souvenir des antiques combats qui ont ébranlé la plaine et la ville d'Acre, la renommée nous annonce que des combats nouveaux se préparent contre la cité ; les mariniers arabes arrivés d'Alexandrie, et les caravanes venues par le désert, confirment les bruits vagues répandus depuis quelque temps en Palestine ; l'ambitieux vice-roi songe sérieusement à venir attaquer la cité d'Abdallah. Quoique la ville soit encore mieux fortifiée aujourd'hui qu'à l'époque du passage de Bonaparte, et que d'épaisses murailles, du côté.de la terre, et des écueils, du côté de la mer, défendent bien la place, il est certain qu'une flotte et une armée comme celle dont on parle, en viendront facilement à bout. Toutefois la prise d'Acca ne suffira point pour établir la domination de Mehmet-Ali en Syrie ; les troupes égyptiennes pourront s'emparer du pays, mais la grande difficulté sera de le garder, ainsi que je le disais, il y a dix jours, au oadi de Gaza. Après ces rapides conquêtes, que deviendra la Syrie ? Je l'ignore.

Tout ce que je puis vous affirmer, c'est que la Syrie serait à la France si la France en voulait. Ce que je dis la n'est point l'effet d'une illusion vaine ; je parle d'après les sympathies universelles du pays ; c'est un fait que, je constaté parce que je le trouve partout, et qu'il me frappe de toutes les manières.

Livré tout entier aux préoccupations d'une guerre prochaine, le peuple de la Syrie ne songe pas aux embarras politiques que Mehmet-Ali pourra susciter plus tard contre le sultan Mahmoud ; des événements qui, pour leur accomplissement, demandent une, deux ou trois années, appartiennent, dans l'esprit des Arabes, a un avenir lointain, et, sur une terre où la vie ne se compose que du jour et du lendemain, personne ne s'en occupe. On sait pourtant, et dans les intimes causeries plus d'un Arabe répète que le sultan Mahmoud s'inquiète du pouvoir toujours croissant du pacha d'Egypte.

En attendant que le démon de la guerre vienne s'asseoir sur les murailles d'Acca, Abdallah-pacha, fuyant la peste, s'en va, dès demain, habiter son kiosque du, Carmel, M. Catafago va se réfugier aussi sur la montagne d'Elie, où l'attendent depuis quelques jours sa femme et ses filles. J'ai fait demander un mukre et des chevaux d'un village voisin, et dans quelques heures je partirai pour Tyr.
Sources : Correspondance d'Orient, tome V, par M. Michaud, Joseph-François et M. Poujoulat, Jean-Joseph-François. Editions : Ducollet (Paris) 1834

Histoire et archéologie

Histoire et archéologie de Saint-Jean d'Acre à travers les siècles
Saint-Jean-d'Acre, la Ptolémaïs des Romains. Elle était comptée au nombre des anciennes villes de la Phénicie avec les noms d'Ace, d'Accon, d'Acca et d'Acre. Celui de Saint-Jean parait lui être venu des chevaliers hospitaliers de cet ordre, qui s'y réfugièrent après la ruine de Jérusalem. Quelques auteurs ont prétendu qu'elle devait plutôt cette dénomination à une belle église dédiée à saint Jean, qui fut construite dans ses faubourgs, du côté de l'orient.

L'historien Josèphe, dans son livre XI, chapitre 10, de la Guerre des Juifs, nous décrit l'exposition de cette ville. « Ele est sur la Méditerranée, dans une grande plaine, bornée au midi par le mont Canne!, au levant par les montagnes de la Galilée, et au nord par une autre montagne qu'on appelle Echelle-de-Tyr. Selon les apparences, elle appartient à la tribu d'Aser; mais rien ne dénote qu'elle ait jamais été au pouvoir des Israélites. »

Le même historien que nous venons de citer ajoute qu'elle fut possédée par le roi Démétrius, fils de Seleucus. La trahison la lit ensuite tomber dans les mains d'Antiochus Epiphane. Assiégée quelque temps après par Alexandre, roi de Judée, elle fut prise et cédée à Ptolémée. Elle acquit le nom de Ptolémaïde sous les rois d'Egypte qui la gouvernèrent, et nous voyons dans les Actes des apôtres qu'elle s'appelait ainsi chez les Grecs et chez les Romains.

Notre navigation étant achevée, nous débarquâmes de Tyr à Ptolémaïde. Les Perses, qui la possédèrent quelque temps, en firent une barrière contre les attaques des Egyptiens de Phénicie, comme nous le dit Strabon : « Ptolémaïde, ville importante, qui se nommait Ace auparavant, offre à la Perse un refuge assuré dans les guerres d'Egypte. » Différentes médailles nous apprennent que Ptolénmïde fut aussi une colonie Romaine. Les Sarrasins s'en rendirent maîtres, et l'appelèrent Acca, d'un de ses premiers noms. Après l'avoir retenue jusqu'en 1104, ils furent chassés par les chrétiens. Ceux-ci se la virent enlever à leur tour en 1187, par Saladin, soudan d'Egypte ; mais un siège de trois années la leur rendit de nouveau en 1191. A dater de cette époque, elle fut, t'espace d'un siècle, possédée et gouvernée à la fois par dix-neuf souverains, qui sont : Henri, roi de Jérusalem ; le roi de Naples et de Sicile ; le prince d'Antioche ; le comte de Jaffa ; le comte de Tripoli ; le prince de Galilée ; le légat du pape ; le prince de Tarente ; le roi d'Arménie ; le duc d'Athènes ; les généraux des armées de Florence et de Pise, d'Angleterre et de Gènes ; enfin les grands-maitres des ordres de Saint-Jean de Jérusalem, des Templiers, des chevaliers Teutoniques et de Saint-Lazare. Chacun d'eux y possédait une autorité absolue et indépendante dans leurs différents quartiers. Cette diversité de gouvernements occasionna, par de longues divisions, la chute irréparable de cette ville, en 1291.

Une fois retombée entre les mains des infidèles, elle fut saccagée et démolie pour ne plus se relever de ses ruines. Nous lisons dans les Macchabées que le peuple de cette ville égorgea, par la trahison de Triphon, Jonathas, frère de Judas Macchabée, avec vingt mille hommes.

Vespasien et Titus y séjournèrent quelque temps pour se préparer à faire le siège de Jérusalem.

Dans le XIIe siècle il s'y tint un conseil général, où l'on mit en délibération le siège de Damas. Guillaume de Tyr, en son Histoire de guerre Sainte, a conservé les noms des personnages fameux qui s'y trouvèrent ce furent : Conrad, empereur des Romains ; Louis IX, roi de France ; Baudouin, roi de Jérusalem, et plusieurs autres princes, comtes, ducs, évêques, archevêques et légats, au nombre desquels était le cardinal Guidon Bellagi de Florence.
Acre fut aussi visitée par les apôtres, et particulièrement par saint Paul, qui y prêcha le christianisme.
On y compte, parmi les saints martyrs, Paul et Julienne sa soeur, qui rougirent la terre de leur sang sous le règne de Valérien.

Saint-Jean-d'Acre resta longtemps après sa ruine dans un état de malheur et d'inhabitation. La Porte elle-même s'embarrassa peu de remettre cette ville en meilleur ordre. Vaccardio, prince des Druses, dont les armes conquirent toute la Syrie dans le XVIIe siècle, essaya d'y construire quelques édifices et de la rendre plus habitable. Maison regrette qu'il en ait en quelque sorte détruit le port, en le comblant avec les ruines des anciennes maisons. Son but était d'empêcher l'approche de la ville aux galères du Grand-Seigneur, et de leur enlever par ce moyen un asile qui pouvait devenir préjudiciable à la grandeur renaissante de cette cité. Il est facile de voir, par les vestiges de ce port, devenu fort étroit, qu'il avait été très commode et garanti d'ailleurs du souffle de l'accident par une épaisse muraille en forme de môle dont il reste quelques débris. On ne peut y entrer qu'avec des bateaux ou de très petits navires. Après la chute de Faccardin, Acre retomba sous la puissance ottomane.

Il ne reste de cette ancienne ville que des débris assez informes de monuments qu'y avaient été construits par les chrétiens. On trouve dans la partie occidentale quelques ruines d'une église consacrée a Saint-André. Trois grandes fenêtres, que le temps n'a pas encore détruites, donnent une haute idée de cet édifice. Le palais de l'évêque était contigu à cette église, et le gouverneur a fait élever une maison sur ses fondements. Pour en combler quelques parties souterraines, il ordonna d'y jeter un grand nombre de statues et de bustes de marbre qui représentaient des saints : comme on les trouva enfouis dans les alentours, il est probable qu'ils appartenaient à l'église de Saint-André. A peu de distance de là on voit les restes du port des galères et de l'arsenal.

Il y avait dans ce même lieu un bâtiment considérable, presque entièrement renversé aujourd'hui c'était l'hospice des chevaliers du Temple, qu'on appelait !e Château-de-Fer, parce qu'il avait été enduit d'écume de cette matière, dans la partie qui regarde la mer. Ce côté de muraille subsiste en son entier, avec un débris de la galerie qui conduisait d'un quartier à l'autre.

Le palais du grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, avec toute l'étendue de l'hospice, sert d'habitation au chef d'Acre, à sa famille et à une partie de sa cavalerie. Cet édifice doit sa conservation presque entière à l'épaisseur étonnante de ses murs. Il est particulièrement remarquable par deux tours très élevées et par ses souterrains qui renfermaient des moulins à main, dont on fait encore quelque usage. Le gouverneur a formé dans l'une de ces tours une salle immense, au milieu de laquelle est une grande fontaine ornée de marbres de toute espèce.

La chapelle du grand maître, sous l'invocation de la sainte Vierge, subsistait en assez bon état en 1660 ; mais on l'a démolie en partie l'année d'après, pour en faire le palais d'un fils du gouverneur.

Dans la partie méridionale de cette place, et à côté de la porte de Nazareth, s'élèvent les débris de l'église et du monastère de Saint-Clair. C'est dans cet asile mémorable que des vierges vertueuses se mutilèrent le visage afin de se soustraire, dans le sac de la ville, à la brutalité des barbares, qui, ne voyant en elles que des objets d'horreur, en firent un affreux massacre.

On trouve la description de plusieurs églises, monastères et hospices de Ptolémaïs dans le code diplomatique de l'ordre religieux et militaire de Saint-Jean, et encore dans le testament d'un certain Saliba, bourgeois de cette ville, fait en 1264, par lequel il abandonnait la totalité de ses biens meubles et immeubles à la maison de l'hospice, en en réservant toutefois des legs pieux à chaque église, monastère et communauté de cette ville.

Le petit nombre de temples religieux, subsistants aujourd'hui dans Acre, est d'une époque moderne.

Il y a deux églises latines, dont l'une, très-petite, sert de paroisse, dédiée à Saint-Jean-Baptiste, et placée dans le district des nations européennes. Elle est desservie par les Pères de la terre sainte, qui occupent à côté un hospice fort commode et ouvert en tout temps aux religieux et voyageurs. Près de ce quartier d'Europe, au nord de la ville, est une chapelle remarquable dont la sainte Vierge est la patronne, où se rassemblent toutes les femmes qui suivent le rite latin. Les Grecs-unis y possèdent une fort belle église, élevée en partie sur l'ancien temple de Saint-André, dont elle a conservé le nom. L'église des Maronites a été construite d'après leur dessin, depuis ses fondements. Parmi différentes espèces de marbres qu'ils ont recueillis des runes de la ville pour la décorer, on remarque deux grosses colonnes de porphyre qui servent de soutien à l'arc du maitre-autel.

L'église des Grecs schismatiques est la plus grande qu'il y ait dans Acre, et l'on a fait usage également d'anciens matériaux pour la bâtir. Les Hébreux y ont aussi une petite synagogue, qu'il ne leur est pas permis d'agrandir, le gouverneur exigeant d'eux qu'ils se contentent d'un terrain de maison dont il leur accorde la propriété.

On trouve dans cette ville trois mosquées appartenant aux Arabes mahométans, de la religion dominante. Deux ont été construites par le gouverneur, et l'autre, qui fut élevée dans le XIIIe siècle, eut pour fondateur Seraf, fils de Malec-Messur, soudan d'Egypte. En face de cette dernière mosquée est une place assez étendue, de la construction du même Seraf, qu'habitent, en quartiers séparés, les différentes nations d'Europe. Les revenus qu'on en perçoit sont destinés à entretenir ce temple mahométan.

Les rues d'Acre sont toutes si étroites, que lorsqu'il y passe un chameau, même dans les plus larges, il serait impossible à un autre animal de passer de front avec lui. On n'emploie à la construction des maisons que des pierres carrées, et point de briques.

Les toits, bien différents des nôtres, sont faits en plates-formes ou terrasses sur lesquelles on se promène, et rappellent les pavés dont parle Vitruve.

Dans la construction d'un édifice, lorsque le dernier plancher est couvert de poutres plus ou moins fortes, l'on cloue dessus des planches de cyprès, serrées fortement l'une à l'autre cette couverture supporte à son tour plusieurs solives, placées en travers, où l'on étend du foin, de la paille hachée avec de la chaux mêlée de petites pierres, et le tout ensemble s'aplanit par le moyen d'un maillet ; on jette sur cette première couche du charbon pilé, une seconde de chaux et de sable, et enfin, l'on met un troisième lit de plâtre, de chaux, de cendre et de charbon pilé, qu'on étend avec un cylindre, et auquel on donne le lustre et le poli avec un battoir. Voila la manière ordinaire de faire ces terrasses. Si le pavé se lézarde par la force des chaleurs, on en remplit les fentes de chaux, de cendre et d'huile, et il résiste aux plus longues pluies, jusqu'à devenir impénétrable à l'eau.

Les maisons faites en coupole sont enduites ou recrépies de cailloux pilés avec de la chaux, qu'on emploie avec le plus grand soin pour y donner le lustre.

On se sert également de chaux dans le crépi intérieur du bâtiment, et quand elle est vive on étend dessus ou de l'étoupe ou de la bourre précaution qui devient nécessaire pour soutenir la seconde couche faite de plâtre.

Il y a dans la ville deux bazars ou marchés toujours abondamment fournis : l'un renferme toutes sortes de comestibles, et l'on trouve dans l'autre un assortiment d'habits et d'étoffes d'usage.

A la distance d'un mille de la cité neuve, on trouve les débris de la tour Maudite, qui forme une espèce d'angle vers le nord de la mer. On y avait fait monter un moulin à vent. C'est de ce côté-là que les infidèles entrèrent lorsqu'ils prirent Acre sur les chrétiens. L'éloignement de la ville nouvellement construite aux anciennes murailles n'est pas de plus d'un mille ; mais il faut plus d'une heure pour parcourir cette enceinte de terrain.

La première Acre était enfermée d'une triple fortification, séparée par deux fosses, dont l'un au dehors et l'autre au dedans recevaient les eaux de la mer. Comme ils étaient creuses dans la rue s'en est conservé quelques parties. De distance à autre, les murs étaient flanqués de grosses tours. L'air n'est pas sain dans cette ville, et chaque année il y règne des maladies nombreuses, au temps des chaleurs. Il faut en attribuer la cause au peu de largeur des rues et à quelques marais qui avoisinent la ville. La meilleure précaution que puissent prendre les Européens pour se garantir de la malignité de cet air, c'est de s'astreindre à une nourriture modérée, et de fuir surtout t'humidité de la nuit, comme. aussi de ne pas se lever avant que le soleil n'ait dissipé ou fondu l'amas de nuages et de vapeurs qui chargent l'atmosphère chaque matin.

Le scheick Daher, émir de la Galilée, au XVIIIe siècle, s'empara de la ville par surprise, releva ses murs, déblaya son port, et lui rendit en partie de son ancienne importance. Ce fut sous Djezzar-Pacha, successeur de Daher, que Bonaparte vint mettre le siège devant cette place, le vingt mars 1799, et le leva le vingt mai suivant, en l'accablant de ses feux, et, la laissant presque réduite en cendres. Après le départ de Bonaparte, Djezzar-Pacha la rebâtît. Elle fut prise en 1832 par Ibrahim-Pacha pour le compte de Mehmet-Ali, auquel elle fut enlevée en 1840 avec la Syrie. On n'a reconstruit que ses fortifications. Sa population, qui était de 20,000 habitants, n'est plus que de 8000. L'évêché de Ptolémaïs, sous la métropole de Tyr, date du IVe siècle.

Il existe toujours quoi qu'il n'y ait presque point de Grecs parmi les habitants. Il y eut du temps des croisades un évêque latin qui dépendait de l'archevêque latin de Tyr.

Saint-Jean-d'Acre est 110 kilomètres de Jérusalem, au nord-nord-ouest. Latitude nord, 32° 54° 55° , longitude est, 55° 45° 50° . Le commerce consiste en coton et riz récoltés dans ses environs.
Sources : Dictionnaire de géographie sacrée et ecclésiastique, contenant le dictionnaire géographique de la Bible par Barbié Du Bocage.... contenant en outre les tableaux suivants : tableau alphabétique de tous les lieux de la Terre Sainte... tableau synoptique de la France catholique en 1854, conversion des degrés en grades et des grades en degré. T. 2 - par M. Benoist,... et A. de Chesnel (t. 2) ; publié par M. l'abbé Migne,...par M. l'abbé Riondey... - chez l'éditeur (Paris) - 1848-1854.

Les quartiers

Saint-Jean d'Acre - Akka Akko - Les quartiers
Saint-Jean d'Acre et ses quartiers
Les plans de la ville à des époques différentes
Plan de la vieille ville de Saint-Jean d'Acre
Quartier Pisan de Saint-Jean d'Acre
Quartier Pisan Pisan-structures
Quartiers Vénitien et Provencal de Saint-Jean d'Acre
Quartier des Templiers de Saint-Jean d'Acre
Quartier Templiers, emplacement Templiers-sructures
Quartier des Hospitaliers de Saint-Jean d'Acre
Quartier Hospitalier, emplacement des Hospitaliers-structures
La Commanderie de l'Ordre des Hospitaliers à Acre
Autres quartiers
Eglises et Monastères de Saint-Jean d'Acre

Saint-Jean d'Acre et ses quartiers

Plan des quartiers de Saint-Jean d'Acre
Saint-Jean d'Acre - Quartiers au XIIIe siècle

Les Quartiers de Saint-Jean d'Acre
Au Temps des Croisades

A - Citadelle du Port
B - Mole protégeant le port
C - Tour au bout du mole : tour des Mouches
D - Tour du Patriarche
E - Tour du Pont
F - Tour Saint-Nicolas
G - Tour de la Malédiction
H - Porte du Roi
J - Secteur Venitienne
K - Secteur des Hospitaliers de Saint-Jean
L - Secteur des Templiers
M - Tour du Diable
N - Porte Saint-Lazare
O - Porte du Couvent Saint-Antoine
P - Tour des Pèlerins
Q - Tour des Allemands
R - Porte de Fer
S - Le Château
T - Place du Patriarche
V - Hôpital
X - Temple

1 - Quartier Vénitien
2 - Quartier Pisan
3 - Quartier Génois
4 - Quartier Allemand
5 - Palais actuel
6 - Mosquée de Djezzar
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Les plans de la villes à des époques différentes

Reinhold Rohricht - Saint Jean d'Acre les Monuments

René Grousset - Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem (Paris 1934).
Saint Jean d'Acre plan de Rene Grousset

Steven Runciman - Une histoire des croisades (Cambridge University Press - 1951). Le croquis d'Acre est très schématique.
Il fait une erreur dans la position de l'église Saint-Andrew, au nord du Temple, mais sa localisation de Saint (Sabas ou Sabes) semble être correct. La plupart des autres bâtiments sont correctement localisées.
Saint Jean d'Acre plan de Steven Runciman

Jean Richard - Dans son article "Colonies marchandes privilégiées et marché seigneurial. La fonde d'Acre et ses droitures". "Moyen Age 60/1953) 325-340.
L'auteur fournit une carte de Saint-Jean d'Acre et montre le quartier "fondé" par les italiens et la localitation de la "terra vacua" concédé à la Vermiglioni. Saint Jean d'Acre plan de Jean Richard

Charles Oman - Une histoire de l'art de la guerre au Moyen-Age, 1898.
L'auteur propose une carte d'Acre, en montrant la position relative des Croisés et les armées musulmanes, dans la lutte pour la possession de la ville, toujours sous contrôle musulman.
L'armée des croisés est présentée en coincée entre la ville et l'encerclement des forces musulmanes. Leur ligne de communication était ouverte seulement vers la mer. Charles Oman

Harold Lamb - Les Croisades - Doubleday, New York, 1930. L'auteur propose une carte d'Acre, similaire à la précédente par celle de Charles Omar, mais qui illustre bien les lignes de la communication et de fournitures en provenance de la flotte chrétienne à l'armée croisée et aux forces terrestres, à la fois pour le nord et le sud de la ville. Harnold Lamb

Lange Santino - Architecture des croisades en Palestine - Professeur d'architecture du Colège polytechnique de Milan qui a fait une synthèse des résultats de plusieurs archéologues travaillant sur la période des Croisades - Publié par Pietro Cairoli - Como.
Les principaux édifices d'Acre ont été éliminés dans la citadelle, en particulier, la première construction que des Templiers, avaient près de la mer.
La deuxième, celle des l'hospitaliers, il n'en reste que quelques parties, mais on peut envisager suivant les vestiges et les murs qu'ils restent, l'importance de ce quatier. Santino Lange

1. Salle des Chevaliers.
2. Fortifiée et l'entrée des appartements souterrains de la citadelle des Hospitaliers.
3. Principal porte appelée "Notre-Dame".
4. Restes des murs de la petite ceinture.
5. Les murs du quartier "rectangulaire".
6. Vestiges du quartier Génois.
7. Caravansérail du quartier Vénitien.
8. Caravansérail du quartier Pisan.
9. Place du Port, quartier commercial général.
10. Reste des murs, reste de la tour de garde du port.
11. Le principal mole.
12. Vestiges de la maison du phare.
13. Tour de Garde du quartier Venitien.
14. Les murs de l'arsenal.
15. Reconstruction des anciens murs croisés par les Ottomans.
16. Le parapet de l'actuel bastion.
17. Restes les fondations d'une salle dans le quartier du Temple, sur laquelle on a construit l'Eglise de Saint-Georges.

Plan en relief de Saint-Jean d'Acre
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973

Plan de la vieille ville de Saint-Jean d'Acre

Plan de N. Makhouly et de C.N. Johns
Plan de la vieille ville de Saint-Jean d'Acre 1. Intérieure du mur (Daher el Omar)

2. Extérieur du mur (Jazzar Pasha)

3. La bande de terre et au-dessus la porte de (Tour Kapu)

4. La digue en front de mer

5. Tour el Kummandar

6. Tour Kuraiyim

7. Tour el Hadid

8. Tour es-Sanjaq

9. Digue port intérieur

9a. Qahwet el Bahr (actuelement un centre de santé)

10. EL SUQ Abyad

11. La mosquée de Jazzar

11 bis. Vieux Sérail et la crypte des Croisés

12. La Citadelle (Tour El Khazna)

13. Arsenal (Prison et Jardin)

13a. Caserne et prison actuelle

14. Crypte de Saint Jean Sous la Prison

15. Hammam el Basha

16. L'église Saint George et le mémorial des officiers britanique

17. L'église Saint-André et la crypte

18. L'église Saint John

19. Les ports

20. Caravansérail el Umdan

20a. Caravansérail esh Shuna

21. Caravansérail des Francs

21a. Couvent latin

22. Caravansérail Esh Shawarda

23. Inscription latine des Croisés
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Quartier Pisan de Saint-Jean d'Acre

Le Quartier Pisan à Saint-Jean d'Acre Le quartier des Pisans est le plus petit des quartiers de la commune. Le quartier Pisan a été fondé en 1168, par l'obtention d'une charte du roi Baudouin. Le quartier s'étend de "La Maison du Temple", à l'ouest du port. Sa limite ouest est le quartier du Temple et son voisin au Nord est le quartier Génois.
La plus grande partie de sa superficie est occupée par le bâtiment du Caravansérail (Khan a-Shuna) qui a servi de magasin et de quartier commerçant aux Pisans.
Les sources d'enregistrement que le quartier a une boulangerie, une maison de bains, des logements, une taverne, et des magasins.
L'église de Saint-Pierre, patron de la ville de Pise est apparemment au sud du Caravansérail, non loin de l'église des Croisés de Saint André, (l'église moderne de Saint-Jean).
Après la prise d'Acre en 1191, les Pisans sont retournés dans leur quartier, mais furent expulsés du quartier et d'Acre en 1193.
En 1195, ils sont revenus s'installer à Acre et ont fortifié la ville par des murs et des tours.
Au cours du 13e siècle le quartier Pisan ainsi que le quartier Génois ont subi de gros dommages à cause des guerres permanentes entre Génois et Pisans, ces hostilités, qui ont eu lieu en 1222, 1258-1259 et 1287, ont ruinée les moyens de défenses de ces quartiers Pisans et Génois, ces moyens de défenses ont été détruit à plusieurs reprises.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Quartier Pisan structures

Le plus petit quartier est probablement le quartier pisan (block 18011) Il a seulement 120 mètres de long et 100 mètres de large, et sa population est peu nombreuse en raison de sa petite superficie. Il est situé à l'extrémité sud de la ville, et de là on peut y rejoindre le port. Il borde le quartier du Temple à l'ouest et le quartier génois au nord. D'une façon caractéristique, une petite partie est habitée, et la plupart de la surface est occupée par un « khan » Nous pensons que c'était également le cas autrefois et que le quartier pisan est maintenant plus une place commerciale qu'un district résidentiel, ressemblant davantage à une aire de stockage.

Il faut noter que le quartier est dépeint différemment dans les deux anciennes cartes, celle de Sanuto et celle de Paulinus. Pour des raisons logiques, nous pensons que la carte de Paulinus est plus réaliste ; l'emplacement marqué sur la carte indique l'emplacement « khan » qui subsiste aujourd'hui sous le nom de Khan es-Shuna. La baie mentionnée sur la carte de Sanuto semble être une déformation du même symbole, car il semble très improbable qu'il y ait eu un quai à l'extérieur d'un port fortifié.

Khan es-Shuna (35. Caravansérail de Shuna, a été en grande partie conservé) 64 mètres par 50, représente le khan pisan dans ses dimensions originelles, probablement réduit en taille à l'intérieur de la cour par l'adjonction d'une rangée de hangars sur le côté nord. C'était une structure utile, constituée de simples blocs, avec une entrée principale du côté du port et une sortie supplémentaire au nord. Elle marque les limites du quartier pisan sur trois côtés. En plus, il y a de grands halls construits autour d'une petite cour qui peuvent être atteints par un couloir sur le côté depuis la cour du khan (32. Bâtiment public situé dans le quartier Pisan dans un passage à côté du Caravansérail.) La fonction de ces halls était publique ou administrative, la structure est sans aucun doute originelle et l'une des plus sophistiquée d'Acre.

La porte de Khan es-Shuna est le premier point atteint par les caravanes traversant la ville en passant par la grande route, et par elle, elles pénétraient dans le quartier pisan. La porte des citoyens était située légèrement plus au sud (33. Porte de défense du quartier Pisan) et menait au centre du quartier (30), au sud du khan, laquelle place est maintenant occupée par le cimetière musulman.

Les positions du site nécessitent quelques éclaircissements : le bâtiment (34. Maison édifiée sur des fondations croisées, dominant le chemin d'accès au quartier Pisan) était donc adjacent au coin du Khan el Umdan et bloquait la grand route. Ainsi il dominait cette portion de la route et couvrait les deux entrées au quartier pisan.

Un chemin étroit allait de Khan es-Shuna et du bâtiment (34. Maison édifiée sur des fondations croisées, dominant le chemin d'accès au quartier Pisan) à la porte des citoyens (33. Porte de défense du quartier Pisan). A l'intérieur du bâtiment à la porte, le chemin s'incurvait vers l'est jusqu'au port pisan (27. Vestiges du port du quartier Pisan. Le mur et la porte donnant sur la mer sont d'origine. Ils sont de nos jours utilisés comme café) et vers l'ouest jusqu'à la place centrale (30). Cette place elle-même est entourée d'une série de halls (32. Bâtiment public situé dans le quartier Pisan dans un passage à côté du Caravansérail) et des ruines de quelques grands bâtiments (28. Bâtiments publics du quartier Pisan) probablement les maisons communes du quartier.

A l'ouest du quartier pisan, il y avait une autre disposition probablement due au fait que le sud de Khan es-Shuna, le quartier templier et le quartier pisan étaient construits dos à dos. La rue qui s'étendait de la porte fortifiée du quartier templier (97. La grille de défense du quartier Templier, le passage et la tour de garde « au deuxième étage » ont été conservés dans leur forme originale) atteignait obligatoirement une porte du quartier pisan sur le même côté. Des vestiges de cette porte sont à trouver dans le bâtiment (31. Porte de défense du quartier Pisan) ici aussi avec une série de virages secs jusqu'à ce que le quartier lui-même soit atteint de l'autre côté.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Quartiers Vénitien et Provencal de Saint-Jean d'Acre

Quartiers Vénitien et Provencal de Saint-Jean d'Acre Les Vénitiens s'installèrent d'abord à Acre en 1110, et en 1124 leur quartier a été élargi au terme du pacte de Gormond (pactum Varmundi). Le quartier situé le long de la côte de l'avant-port, même si la zone n'a pas été en leur possession. La "rue de la Chaîne", déjà mentionnée, les séparent de la mer. Le quartier Vénitien a été largement repris par les "Vénitiens eux-mêmes" (Fundus Venetorum), qui était le centre du quartier. L'auberge est identique dans le cadre du plan de la région avec la présence du Caravansérail des Francs, le plus ancien caravansérail à Acre. Les restes de la structure des Croisés sont reconnaissables dans les fondations et les colonnes de l'édifice actuel. Non loin de là, vers le nord-est, il y avait l'église de Saint-Marc à côté du "Palais de la Commune." Le reste de la zone était occupée par des habitations, des entrepôts et des magasins, les restes de ces structures sont aujourd'hui en dessous du niveau du sol.

Au Nord-est de la Vénétie les quartiers laïcs, rue de Provence, avec l'Eglise de Sainte Marie des Provencals. Les communes de Provence, dont les commerçants ont atteint le pays à bord des navires de Marseille, a acquis la rue, dans une charte de 1115, qui a été renouvelée de temps en temps.
Une charte a été accordée à des commerçants de Montpellier en 1229 par l'empereur Frederick II de Hohenstaufen, qui avait interdit aux navires de Marseille de jeter l'ancre à Acre.
La rue de Provence s'étendait de l'artère principale au sud-ouest jusqu'à atteindre la "Rue de la Chaîne".
A l'intersection près de la mer, on trouvait le monastère grec-orthodoxe de Saint-Demetrius, qui doit être recherché au sud de la Tour a-Sultan. Il est fait mention de ce monastère pour la première fois au début du 12ème siècle, il a été emporté en 1290 par la mer, lorsqu'elle empieta sur les terres.
La mosquée al-Ramel, à qui l'on a ajouté une fenêtre à menaux en marbre dans un des murs de la cour, avec une inscription latine se référant au Maître Ebule Fazle "qui a construit l'église", est supposé être de l'ancienne église de Saint-Marie : les lettres de l'inscription et le nom de l'homme sont à la fois du Sud de la France.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Quartier des Templiers de Saint-Jean d'Acre

Quartier des Templiers de Saint-Jean d'Acre Ce quartier occupait le sud-ouest de la vieille ville.
C'est apparemment en 1130 que les Templiers firent l'acquisition du palais fortifié de du vizir al-Afdal, qui résidait à proximité et au bord de la mer.
Les contemporains disaient qu'il était le plus étentu de la ville.
Le bâtiment ressemble à un castrum dans le plan - la structure d'un carré avec des tours d'angle: "Sur chaque côté de la citadelle, il y avait une petite tour, et sur chacune d'elle il y avait un lion sculpté gros comme un éléphant et tout en or".
Les vestiges de cette forteresse étaient encore visibles dans le milieu du 18e siècle, mais ont disparu complètement lorsque Dahar al-'Omar a utilisé les pierres de construction pour ériger les murs de la ville.
La citadelle des Templiers fut le dernier bastion chrétien a résister, lorsque Acre est tombé entre les mains des Mamelouks (1291).
Elle semble avoir été située à proximité du phare moderne où il existe désormais un lagon peu profond.
Dans la période des Croisades ce domaine était en partie au-dessus du niveau de la mer mais il fut submergé en raison de la montée de la mer.
La principale entrée du quartier Templiers était à l'Est. Il était défendu par une porte-tour, mentionné dans les documents historiques et contemporains et sur les cartes, dont les restes ont été largement préservés.
Une rue qui mène de la place portuaire délimite les quartiers de Pise et de Gênes, elle a été appelée la rue de Sainte-Anne, car elle a adopté le nom du couvent et l'église qui s'y trouvait.
Les vestiges de l'église existent probablement sous l'actuelle église de Saint-André, qui est immense - le port, la place et la rue qui séparent les quartiers Pisans et les Génois sont enterrés sous les structures modernes.
C'est ici que nous sommes susceptibles de trouver la résidence du Grand Maître de l'Ordre des Templiers, ainsi que d'une autre église, à la fois mentionnée dans les sources.
Le "Temple de Tyr" décrit ce voisinage comme suit:
"De l'autre côté [du quartier] vers celui des Pisans il y a une autre tour et près d'elle, au-dessus de la rue Sainte-Anne, il y a un magnifique palais qui appartenait au maître de l'Ordre. Un peu plus loin, au-dessus du monastère de Sainte-Anne, il y a un haut clocher et une grande et magnifique église". Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973
 

Quartier Templiers emplacement des sructures

District O, le quartier templier est clairement indiqué sur la care de Sanuto. Il est entouré de rues qui existaient déjà durant la période des Croisades et qui sont toujours présentes aujourd'hui. Le quartier était protégé par la forteresse du Temple, qui à notre avis, s'élevait sur le rivage dans la partie de la baie qui est maintenant sous les eaux, ou presque (104. Eglise Saint John bâtie sur les fondations de l'église croisée Saint André). Cette affirmation est encore à démontrer, mais elle est basée sur des facteurs géographiques et sur l'importance stratégique de l'extrémité de la péninsule. L'aménagement soigneux de cette surface de la baie suggère qu'elle a été aplanie et préparée pour des besoins de construction ou — comme nous le pensons — débarrassée de tout élément jusqu'à la couche la plus basse. La forteresse elle-même, qui était célèbre pour sa beauté et sa force, a été complètement détruite, et les pierres qui la composaient probablement utilisées pour d'autres constructions.

Le quartier templier était très vaste ; sa population était probablement variée et ne comptait pas seulement des chevaliers templiers, des prêtres et leurs serviteurs. La plupart des maisons étaient grandes, beaucoup étaient très grandes et imposantes. Dans le centre du quartier, il y avait une des fondations qui ont contraint les constructeurs arabes à faire des rues en espalier, pour surmonter les gigantesques structures actuellement sous la ville nouvelle.

Deux tours de garde sont indiquées sur la carte de Sanuto dans ce quartier. L'une était au nord, derrière l'important quartier où les quartiers génois et les quartiers rectangulaires longeaient le quartier templier. Elles ont maintenant disparues, mais elles peuvent être localisées sans difficultés (88) où elles dominent l'entrée ouest et les entrées et sorties des quartiers voisins. Un grand et important bâtiment subsiste à cet endroit (89. Grande résidence croisée avec de nombreux vestiges originaux. Site important du quartier Templier) — un « château » avec une grande cour intérieure, partiellement couverte d'un toit, autour de laquelle étaient disposées de nombreuses chambres de toutes tailles.
De nombreux vestiges de ce bâtiment, tel que l'épais mur ouest, qui est un bon exemple du style particulier des constructions des Croisades, ont été conservés dans leur état originel.
Le bâtiment est situé dans une position dominante (92. Espace suivant la ligne de construction croisée) ce dernier est d'un grand intérêt architectural et est très bien construit.
Aujourd'hui, deux rues partent de cet endroit vers l'est. Durant la période des Croisades, la partie la plus au nord existait et les bâtiments isolés faisaient partie du quartier du Temple. Ce petit endroit séparait le quartier du Temple et le quartier génois d'une façon inhabituelle : des bâtiments faisaient en saillie de l'un ou l'autre des quartiers : une forte structure rectangulaire en avancée du bâtiment (89. Grande résidence croisée avec de nombreux vestiges originaux. Site important du quartier Templier) et une rangée de boutiques ou d'échoppes du quartier génois (91. Bâtiments résidentiels originaux de type moyen).
Ces structures couvraient les entrées et empêchaient de voir cet endroit depuis les rues. A la base, cette disposition a été mise en place parce qu'aucun des quartiers ne souhaitait donner à l'autre un avantage stratégique.

Sur la carte de Sanuto, il y a une autre tour de garde à la jonction des routes importantes qui mènent à trois directions, séparant ainsi le quartier du Temple, le quartier génois et le quartier pisan (97. La grille de défense du quartier Templier, le passage et la tour de garde « au deuxième étage » ont été conservés dans leur forme originale).

Après avoir localisé l'endroit, nous trouvons la tour elle-même. C'est l'un des vestiges les plus intéressants de cette période et une explication de la méthode des Turcs dans la reconstruction des ruines de la cité des Croisades. Le bâtiment est l' une des portes fortifiées qui mène au quartier Templier, et d'importantes mesures de sécurité ont visiblement été prises lors de la construction. Il n'est pas visible des rues qui s'en approchent. Il forme un long passage couvert, avec des salles de garde de chaque côté, et a été conservé dans sa forme originelle, bien que le sol à l'intérieur du carré soit plus haut que l'ancien niveau. Une échelle de bois mène au plancher supérieur par un étroit passage ; des restes épais de murs peuvent être vus parmi des constructions plus récentes. Bien que nous ne puissions pas reconstituer une image très précise à partir de ces fragments, il n'y a aucun doute qu'une tour s'élevait à cet endroit. Si nous nous approchons du point du toit qui domine la jonction des trois rues, il devient évident que c'est exactement l'emplacement de la tour d'où les rues étaient gardées. Un examen minutieux révèle que le plancher de la tour était probablement complet et était installé sur la rue, et n'était pas relié aux piliers dans la rue en dessous, ce qui ainsi formait une entrée voutée à la porte. Quand l'édifice a été reconstruit, il y a eu une tentative de relier les piliers endommagés et le plancher suspendu, et les arches furent reconstruites sur les anciennes. Cet ajout a été exécuté au petit bonheur et la pièce de la tour n'était pas fermée, mais la méthode de remise en état donne une idée plausible de l'apparence antérieure de l'endroit.

A l'ouest de l'entrée fortifiée, juste en dessous, il y a un grand (tel) dans lequel les bâtiments sont enfouis sur une grande superficie. Les rues montent et descendent en pente rapide au moyen de marches, et toutes les maisons sont intactes uniquement au dessus du 2ème étage contrairement aux maisons au-delà du (tel) qui ont conservé un rez-de-chaussée. Tous les maisons sur le (tel) sont érigées sur des murs qui servaient de fondations. Les puits sont nombreux dans le secteur ; ils sont probablement les vestiges des lourdes structures des Croisades.

Sous l'entrée de l'église Saint André (99. Salle croisée sous l'église Saint André), on a découvert il y a quelques années un grand hall, avec une rangée de piliers semblables à ceux de la crypte de Saint Jean. Aujourd'hui, son aspect général a été altéré par l'ajout de structures et d'étais. Nous avons mesuré ce hall et tenté de déterminer sa taille et sa forme à partir des côtés.
Une tentative a été faite de trouver un chemin sous le bâtiment des « nonnes » (98) dans lequel les murs sont plus épais que d'habitude et il y a d'autres halls orientés en direction du hall situé sous Saint André. Probablement s'agit-il des ruines les plus importantes de la ville ; mais nous n'avons pas réussi à les localiser ou à déterminer son importance à cause du sable et des détritus qui se sont accumulés et qui auraient dû être enlevés pour permettre une exploration efficace.

Un autre très grand bâtiment (100. Grande maison originale) était adjacent à celui-ci au sud. Son aspect extérieur a lui aussi été endommagé par des constructions annexes ; de nouveaux étages ont été ajoutés et il a été divisé en multiples lots.
Ce bâtiment a seulement été localisé, mais pas exploré. Le site de Saint André (l'église des Croisés) à l'extrémité sud du quartier semble être occupé aujourd'hui par l'église Saint John (101. Vestiges des maisons croisées) Celui-ci est nettement indiquée sur la carte de Sanuto comme étant un repère pour les bateaux voulant entrer dans le port.

Beaucoup de caractéristiques du grand quartier du temple sont restées inexpliquées. La seule chose que nous avons pu faire pour aider des recherches ultérieures était de déterminer la superficie du (tel) et la surface qui englobe les lourdes structures au temps des Croisades et qui ont obligé ceux qui ont reconstruit la ville à élever leurs bâtiments. Un énorme travail de fouille est indispensable ici, mais il n'y a pas d'autres solutions pour savoir si cela recouvre des grands bâtiments ou des monceaux de ruines. En raison de la reconstruction particulière de ce quartier, le quartier moderne est tout à fait intéressant par son caractère, fait d'allées et d'escaliers, chemins sinueux et culs de sacs, menant à des maisons qui ne peuvent être atteintes qu'à pied.

La plupart des maisons sont grandes, avec de grandes pièces, de larges halls d'entrée et des grandes cours intérieures. Une visite de cette maison (95. Une grande maison construite sur des vestiges croisés) qui est la plus belle des maisons d'Acre vaut le détour. Une autre maison (93. Dans cette maison les traces archéologiques sont parfaitement visibles. On a utilisé une pierre tombale pour réaliser le pavage) est intéressante car elle est un exemple de la façon dont les fractures archéologiques ont été utilisées lors de la reconstruction. Nous avons également trouvé une pierre de couverture d'une tombe d'un évêque faisant office de dallage (elle est maintenant au Musée municipal). Les maisons au delà des portes fortifiées (96. Bâtiments résidentiels originaux de type petit. Il est envisagé de les restaurer) sont d'origine. Elles sont des bâtiments résidentiels d'un plus petit type. Les grandes maisons qui ont été construites sur les ruines des châteaux dans le sud du quartier (101-103. Vestiges des maisons croisées) sont également intéressantes et sont dignes de faire l'objet de plus amples investigations.

En contraste avec les autres districts, le quartier du Temple est constitué d'unités plus grandes et plus majestueuses, mais de ces splendeurs passées rien ne subsiste aujourd'hui. Il n'y a plus que dénuement, murs écroulés, maisons abandonnées, négligées et immondices qui s'accumulent.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Quartier des Hospitaliers de Saint-Jean d'Acre

Quartier des Hospitaliers de Saint-Jean d'Acre Ce quartier est situé à l'extrémité nord de la vieille ville. Lors de la dernière étape de son développement, au début du 13e siècle, il fut le plus vaste quartier de la ville, mais il semble avoir été constitué uniquement de bâtiments conventuels.
Dès le milieu du 12e siècle, les Hospitaliers ont entretenu une maison et un hôpital à Acre, Theodorich en (1172) a déclaré : "Les Hospitaliers ont également fondé une imposante maison", le premier noyau de ce quartier semble avoir été installé dans le secteur sud autour de la Posta, dont les fondations datent du début de la période arabe, et les Hospitaliers ont probablement élargi un vieux caravansérail arabe.
Après la capture d'Acre par les Musulmans en 1187, Saladin a fondé une "Mahkama" ou collège théologique, dans la maison hospitalière. L'Ordre a récupéré sa propriété lorsque les Francs reprirent la ville.
Avec la perte de Jérusalem, il a fallu trouver un gîte pour le Maître de l'Ordre à Acre et de le construire. Il fut aussi construit les bâtiments nécessaires pour héberger les différents grades des frères.
En 1193, les Hospitaliers comme la zone était trop petite pour répondre à leurs besoins, Guy de Lusignan leur a accordé une large bande s'étendant des frontières de la Porte de Saint-Jean (la Porte de l'Hôpital) dans le mur nord de la ville à la Tour de l'Hôpital, qui n'était pas loin de la mer.
Au cours de la décennie 1194 1204, les Hospitaliers construisirent ici un immense complexe de structures magnifiques, dont la plus célèbre reste "la crypte" et d'autres édifices.
Au 13ème siècle, le quartier des Hospitaliers était constitué de quatre blocs de bâtiments - le "Grand Maneir," l'infirmerie (Domus Infirmorum), l'Église de Saint-Jean, et des entrepôts (La vote).
Le "Grand Maneir" fut la résidence du Grand Maître et dispose également de bureaux et d'un réfectoire. Sa zone coïncide en partie avec celle de la citadelle turque, qui a été construite sur ses salles, après avoir été remplie de terre.
Le réfectoire, situé dans la partie sud du complexe, a été préservé dans son intégralité et est aujourd'hui connu sous le nom de "La crypte de Saint-Jean" au nord de ce vaste complexe, il y a une rue entre ses murs et la ville.
Au Sud, le réfectoire est voûté il y a aussi une rue, qui sépare complètement le refectoire du "Maneir" et des bâtiments de l'infirmerie, la dernière section est à l'Est et est probablement la "Posta", alors que l'aile ouest est enterrée sous les bains turcs, aujourd'hui le Musée.
Au Sud de l'infirmerie il y avait l'Église de l'Ordre dédiée à Saint-Jean, son emplacement est inconnu, au sud de la "Posta" les Hospitaliers ont construit une grande et solide salle voutée, encore complètement préservée, identifiée comme étant la "Banque" ("Le Selier") qui est au sec et servait très probablement à stocker les fournitures de l'ordre, un tunnel souterrain, encore intact, relie la salle voutée au réfectoire, peut-être pour faciliter le transfert des denrées alimentaires.
Ces indications sont basées sur les cartes de la période, ainsi que sur un seul document de 1253 qui se réfère à l'ensemble des repères et des conseils à leur ordre.
En outre, appartenait aux Hospitaliers un autre très grand bâtiment dans le nouveau quartier de Montmusard, connu sous le nom de "l'Auberge", il servait à accueillir et à héberger les frères chevaliers combattants de l'ordre, commandé par un maréchal.
Selon les sources, le bâtiment était long de 300 mètres et avait une grande cour.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

Quartier Hospitalier, emplacement des structures

Sur les anciennes cartes, le quartier hospitalier est bordé à l'est par la grand route qui mène de la porte nord au port ; au sud par le quartier génois, et à l'ouest par un grand nombre de quartiers et le clos du château. La forteresse des Hospitaliers, l'hôpital et l'église apparaissent dans le quartier sur les cartes. C'étaient les plus importants bâtiments, bien qu'il y en aient beaucoup d'autres dans ce grand quartier.

Nous avons déjà noté ces différences entre les cartes en ce qui concerne la grand route. Sur la carte de Sanuto, elle est droite, ce qui en définitive indique qu'elle était considérée comme conduisant à une direction précise malgré ses tournants. D'un autre côté, la carte de Paulinus indique clairement des changements de direction de la route au centre de la ville ; dans la partie sud du quartier des hospitaliers. Il est clair d'après la carte qu'un point stratégique était défini de façon à dominer la route de l'extrémité sud au quartier (50. Probablement une tour de défense situé à l'extrémité sud du quartier Hospitalier ; de nos jours un café). Un point particulier est commun à ces deux cartes. Les rues qui mènent de l'est à l'ouest par le quartier ne croisent pas la grand route, qui mène du nord au sud. Elles tournent brusquement vers le nord avant les croisements supposés. C'est le cas aussi pour l' importante rue qui mène de la porte du milieu au mur est du quartier des hospitaliers (indiqué sur les cartes par un trait gras).

Probablement, cette rue principale s'étendait vers l'ouest en ligne droite avant la conquête des croisés, et nous supposons que les hospitaliers s'installèrent à la croisée de deux routes principales de la ville de façon à contrôler les principales voies de communication.

La forteresse des hospitaliers elle-même était adjacente au mur nord de la ville entre la seconde et la troisième tour à l'ouest. La troisième tour constituait la porte principale de la ville et était le point de départ de la grand route qui conduisait vers le sud au port. Ainsi, la forteresse dominait aussi la porte principale de la ville.

Parallèlement au mur nord, à une petite distance du sud, les anciennes cartes montrent des rues pénétrant dans la forteresse de l'est à l'ouest. Ces deux rues, qui couraient parallèlement à la ligne de fortifications, servaient de voies d'accès pour les troupes, dont les bases étaient situées dans le mur de la forteresse.

La rue jusqu'à l'ouest du quartier est indiqué sur les deux anciennes cartes comme sinueuses et pleines de tournants brusques. Au sud de la forteresse, il y a un virage sec qui marque probablement l'emplacement de l'une des entrées au quartier de ce côté.

La superficie du quartier des hospitaliers coïncide avec les districts E et F et font partie des blocs 18012 et 8013. La partie sud de ce quartier ainsi que tout le nord-est de la ville constitue le plus large et le plus haut (tel) à Acre. Le niveau du sol est à plus de 6 mètres au dessus du niveau de celui des Croisades. La raison de ceci pourrait être que les maisons du quartier des hospitaliers qui étaient particulièrement grandes et imposantes, ne furent détruites qu'en partie ou ont constitué un si important tas de ruines qu'il ne valait pas la peine de les déplacer.

L'élévation du niveau du sol a anéanti toutes traces des rues. Dans cette partie de la ville, ni les rues ni les maisons des Turcs ne suivent le dessin installé par les Croisés. Les limites du quartier des hospitaliers ne sont plus discernables dans cette étendue. Ici les dirigeants turcs se sont fortifiés et ont construit leurs châteaux et les postes de garde sur chaque côté. La surface a été élevée et renforcée, et les maisons qui demeuraient en dessous du nouveau niveau étaient systématiquement remplies de sable. Ce district a toujours été connu pour ces entrepôts et des vestiges de grandes maisons s'élevant du sol et servant de fondations pour les grandes maisons qui y furent édifiées. Cependant, les opinions ont divergé quant à leur étendue et identification des ruines, et dans de nombreux cas, nous avons été nous aussi incapables d'arriver à des conclusions précises ; de nombreux problèmes demeureront irrésolus tant que tout n'aura pas été nettoyé et les grands entrepôts ensevelis déblayés.

Nous avons tenté de pénétrer parmi les éboulements par tous les côtés pour mesurer et lister les structures enfouies et nous pouvons ajouter de nouveaux faits à ceux déjà connus. Les sites suivants ont été clairement identifiés.

La Posta (57. Bâtiment de la « Posta » : très grand bâtiment original parfaitement inventorié et don les détails sont connus) a toujours été identifié comme constituant les fondations d'un bâtiment public auquel ont été ajoutés 2 étages.
Il est à 6 mètres en dessous du niveau de la rue adjacente ; pendant longtemps il a été utilisé comme fosse à purin pour la ville et était rempli de sédiments jusqu'au plafond. Nous l'avons déblayé et avons découvert un large bâtiment avec des salles, surmontées de voûtes en berceau avec des intersections de 7 mètres au dessus du sol, supportés par 4 piliers d'une épaisseur de 3 mètres et des murs souvent encore plus épais.

Nous avons été incapables d'expliquer les raisons de cette construction et il y a encore de recherches à faire. L'usage de ce bâtiment ne peut être déterminé par son plan général. Il est plus large et plus massif que d'ordinaire, mais la superficie utilisable est petite par rapport à la surface des immenses piliers. Il y avait peut-être un autre étage, mais cette supposition peut aussi être fausse. Dans tous les cas, ceci est sans aucun doute l'étage principal au niveau de la rue comme il l'était à l'origine.

Aujourd'hui, l'accès à la Posta se fait par une cour en contrebas du niveau de la rue jusqu'au sud du bâtiment lui-même. Il était également rempli de décombres et de sédiments laissés par les eaux usagées. Nous avons déblayé la cour également et avons découvert une structure inconnue jusqu'à maintenant — la grille est du quartier, qui s'ouvre sur la rue principale de la ville (55. Grande porte du quartier Hospitaliers.)

Cette grille est composée de grosses pierres en forme de voutes en berceau ; elle est plus haute que toutes les autres grilles que nous avons déjà trouvées à Acre. Alors que la partie centrale est restée intacte, la partie qui était reliée au mur du quartier a été détruite, et l'intérieur a été préservé uniquement sur une hauteur d'environ 3 mètres. Il y a eu tellement d'ajouts faits sous les voutes depuis le temps qu'il est très difficile d'identifier sa forme originelle.

Pendant que nous déblayions le sol, nous avons découvert des canaux d'écoulement des eaux. Nous avons nettoyé l'endroit et avons trouvé au niveau des Croisés beaucoup de vestiges des Croisés tels que piliers, corniches, bases etc…

La présence de cette grille permet d'établir une possible explication de la fonction originelle de la Posta en fonction de la position des maisons du quartier des Hospitaliers. Nous ne sommes pas surs que cela soit la bonne version, et nous ne pouvons que considérer ceci comme une supposition.

Etant donné qu'elle est adjacente au mur du quartier, la Posta est fermée sur son côté est. Elle est proche de l'entrée des civils qui conduit au secteur de l'hôpital , l'église et autres bâtiments qui servaient aux pèlerins, aux blessés, aux serviteurs et aux civils qui venaient se placer sous l'influence de l'ordre des Hospitaliers. A côté de l'entrée, il y avait une grille (62. Portes originales de la forteresse) qui donnait accès directement à la forteresse et était utilisée par les chevaliers et leurs troupes. On peut en déduire que la Posta était reliée avec cette entrée, et était un genre de premier passage fortifié pour la réception et le tri de tous les arrivants au-delà de la grille quand ils attendaient soit d'être soignés, de pouvoir se reposer et peut-être même passer la nuit. Elle peut aussi avoir constitué un point de rassemblement pour les pèlerins et peut-être également un centre de commerce. Dans tous les cas, la Posta et la grille du quartier formaient l'une des plus grandes structures dans laquelle les bâtiments croisés sont restés intacts et en bon état — un bel exemple de la solidité des édifices de l'époque.

Qu'est-ce qui existe au sud de l'entrée ? Le mur se prolonge vers le sud, et dans la partie résidentielle, on a pu trouver « des cassures archéologiques ». A l'est de cette ligne il y a des bâtiments situés à un bas niveau, tandis qu'à l'ouest tous les bâtiments ont un étage de plus, avec une différence en hauteur de près de 5 mètres. Nous avons étudié ce phénomène attentivement et découvert un autre énorme bâtiment (54. Grand bâtiment croisé au sud de la porte d'entrée du quartier des Hospitaliers) inconnu à ce jour, similaire à la Posta. Il est également plein de sédiments et sa caractéristique devra être étudiée après qu'il ait été déblayé.

Sur la carte de Sanuto, il y a 3 bâtiments dans le quartier hospitalier : l'église, l'hôpital et la forteresse ; voyons ce qu'il reste de tout ceci aujourd'hui.

Nous pensons qu'il est possible de localiser l'église. La mosquée Az-Zaitum (51) a été construite, semble t'il, avec les pierres restantes de l'église après sa complète destruction. Nous n'avons pas exploré le bâtiment, mais nous pouvons affirmé que les murs de la partie centrale de l'église qui s'élevait est-ouest, sont restés en place et ont été utilisés par les Turcs comme base des plafonds voûtés de la mosquée. Il est possible que les piliers dans la cour indiquent une autre ligne du bâtiment originel. A l'ouest le bâtiment devient compliqué ; des restes demeurant de l'ancienne structure ont été incorporés dans les ruelles et les maisons du district.

Le fameux hôpital des Hospitaliers, qui est cité dans presque toutes les descriptions contemporaines, était sans aucun doute un bâtiment central important de l'ordre, dont la mission était de prendre soin des malades et de la guerre sainte contre les infidèles musulmans. Nous pensons que le bâtiment des bains turcs, qui est maintenant un musée archéologique appartenant à la municipalité d'Acre(59. Musée municipal dans les bains Turcs, construit sur les restes croisés ; à notre avis, ce sont les vestiges de l'Hôpital des Hospitaliers) a été construit sur l'hôpital,qui est enterré, comme toutes les autres constructions dans le secteur, environ 6 mètres sous le niveau actuel ; mais cette hypothèse demande d'importants approfondissements. Nous n'avons aucun élément pour confirmer cette affirmation si ce n'est notre appréciation de l'importance de cet emplacement, qui est situé dans le centre du quartier et de ce fait devrait avoir abrité uniquement des bâtiments importants. Nous avons déjà mentionné que les bâtiments importants étaient habituellement construits sur les restes des structures similaires d'une ancienne période. Il y a des caveaux dans les bains qui n'ont pas encore été explorés car ils sont remplis de gravats et de sable jusqu'aux plafonds. Nous ne pouvons que souligner la possibilité d'une trouvaille archéologique importante s'ils étaient déblayés. Le bâtiment est adjacent à la Posta à l'est et la forteresse des hospitaliers au nord , au sud, il semble s'étendre dans une partie du quartier résidentiel.

La forteresse des Hospitaliers remplissait une double fonction pendant la période des Croisades : elle était à la fois un palais royal et une caserne. Aussi grande et aussi importante que la forteresse des Templiers, c'était la plus grande ruine de la cité détruite et ses pierres servirent de fondations aux constructeurs turcs du palais.

Les opinions divergent en ce qui concerne l'étendue et l'identification des différentes parties de la forteresse, la principale pomme de discorde étant la localisation exacte du mur nord de la cité des Croisés. Nous disposons de suffisamment d'indications pour parvenir à des conclusions définitives quant à l'étendue de la forteresse, son plan général et sa localisation dans le quartier.

La tour de Bur el-Hazna (66. Une tour sur les fondations d'une tour croisée, « Porta domine nostre ». Elle domine l'entrée principale au nord de la ville, à partir de laquelle la on pouvait rejoindre la rue principale qui menait au port. Cette tour connue sous le nom de Burj el Hazna a été recouverte d'une couche supplémentaire de la pierre et est complètement scellé) s'élève sur le site de la quatrième tour du mur nord, ou est peut-être un vestige de celle-ci. Elle est indiquée sur la carte de Paulinus en tant que « P(OR)TA DO(MIN)E NO(ST)(RE). A l'est de cette tour il y a un pont, qui conduit à l'hôpital, et sous le règne des Turcs à un arsenal. Ceci est le site de la porte principale de la ville, la porte de la grand route qui menait au port.

De toutes les suggestions faites quant à la localisation de la forteresse, la plus proche de la vérité est probablement la plus simple : l'hôpital actuel coïncide avec la forteresse, qui prend la forme d'une large rectangle entourant une grande cour intérieure (61. Forteresse des Hospitaliers. Le plus grand et le plus important site d'Acre, un exemple d'une forteresse érigée à l'intérieur des murs de la ville. Quatre ailes entourent une large cour intérieure. Cette forteresse est aussi une partie des murs de la ville et comprend deux tours. Trois ailes sont intactes avec leurs grandes salles incluant celle connue sous le nom de crypte Saint-Jean. De nos jours, ce sont les fondations d'un asile d'aliénés) sur tous ses côtés. La plupart des lignes de ce bâtiment sont évidentes. Au nord, les murs des salles de la forteresse formaient les murs de la ville elle-même. Au sud de cette rangée de halls il y avait les grilles (62. Portes originales de la forteresse) et (63. Portes originales de la forteresse) par lesquelles on pénétrait de l'est et de l'ouest. Les grilles sont situées où elles devraient être selon la carte de Sanuto, qui indique des rues parallèles aux murs de la ville menant de l'est à l'ouest dans la forteresse.

L'aile la plus à l'est est encore intacte. Il y a des salles souterraines, dont quelques unes sont remplies de sable tandis que d'autres sont inaccessibles. Seuls quelques éléments de l'aile ouest de la forteresse subsistent, mais l'aile sud est intacte ; la salle connue sous le nom de « Crypte de Saint Jean » en est une partie.

L'identification de la forteresse dans son ensemble est l'une des plus importantes évidences de l'étendue de la cité des Croisés et de la localisation du mur nord.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973  

La Commanderie de l'Ordre des Hospitaliers à Acre

Le 15 juillet 1099, après un siège de cinq semaines, les Croisés se rendaient maîtres de Jérusalem et fondaient le royaume de Jérusalem. Cinq ans plus tard, en 1104, la ville d'Acre subissait un siège maritime et terrestre et, sous l'effet des efforts conjugués du roi de Jérusalem Baudouin Ier et d'une flotte génoise, la ville tombait aux mains des Croisés. Un modèle particulier d'implantation prenait forme à Acre. Le roi s'installa au nord de la ville et y érigea un château fortifié. Des commerçants, originaires de Gênes, de Venise et de Pise construisirent leurs propres quartiers autonomes, à proximité du port. En leur voisinage, des édifices destinés aux divers ordres militaires furent construits : les Hospitaliers s'installèrent au nord de la ville dans une zone située à l'ouest du château royal, les Templiers, au sud-ouest de la ville et, plus tard, les Chevaliers Teutoniques à proximité de la muraille orientale. Les autres quartiers importants étaient : le quartier du Patriarche où l'on édifia l'Eglise de la Sainte-Croix - la Cathédrale d'Acre - le « Quartier Provençal », etc. À côté des marchands chrétiens, des marchands musulmans et même juifs exerçaient leurs activités au sein de la ville. Un grand nombre d'édifices publics furent construits dans le même temps à Acre : des bâtiments fortifiés, des églises, des tribunaux, des auberges pour pèlerins et marchands, des marchés couverts, des bains publics, des boulangeries et des maisons particulières.

Les Hospitaliers à Acre

Dès les premières années de l'implantation des Croisés à Acre, les Hospitaliers reçurent, dans la ville, des biens qui devinrent ainsi leur propriété. Un témoignage de ce fait se trouve dans un document de 1110, quand le roi Baudouin Ier leur octroya l'autorisation de garder des bâtiments, reçus en dons, au nord de l'Eglise de la Sainte-Croix. Dans les années 1130, une partie des bâtiments de l'ordre fut endommagée lors de travaux d'élargissement effectués dans la zone de l'église, du côté nord. A la suite de cet incident, les Hospitaliers abandonnèrent le territoire où ils étaient installés et entreprirent la construction d'une nouvelle implantation dans la partie nord-ouest de la ville, contiguë à l'enceinte nord, du XIIe siècle, de la ville. C'est la commanderie des Hospitaliers que nous connaissons de nos jours. Un premier témoignage de l'existence de cette commanderie se trouve dans un document daté de l'an 1149, à l'époque de la reine Mélisende, dans lequel est décrite la construction d'une église du nom de Saint-Jean située au cœur de cette zone, au sud de la nouvelle commanderie. En l'an 1169, le pèlerin allemand Théodoric décrit la commanderie des Hospitaliers d'Acre comme étant un édifice fortifié particulièrement impressionnant, avec lequel seule la citadelle des Templiers pouvait rivaliser.

Après la défaite des Croisés à la bataille de Hattin, en l'an 1187, Acre tombait aux mains des Musulmans. Ses habitants chrétiens s'enfuirent. Ils y revinrent quatre ans plus tard, en l'an 1191, lors de la conquête par Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, et par Philippe Auguste, roi de France, arrivant à la tête de la troisième croisade. Les Hospitaliers se réinstallèrent dans leur résidence à Acre mais ces bâtiments étaient devenus insuffisants à satisfaire leurs besoins. En effet, à cette époque, Jérusalem n'était pas revenue sous domination chrétienne. L'ordre avait ainsi perdu son principal établissement de Jérusalem.

Les nouveaux gouvernants du royaume, Guy de Lusignan (1192) et Henri de Champagne (1193) octroyèrent aux Hospitaliers des concessions, leur offrant ainsi la possibilité d'agrandir leur maison d'Acre jusqu'à la rue qui longeait les murailles de la ville, au nord. Cela les amena à reprendre une œuvre de construction dont le but était le transfert à Acre du Grand maître qui siégeait à la tête de l'Ordre, ainsi que de son quartier général. Cette œuvre qui débuta à la fin du XIP siècle et qui s'est prolongée bien avant dans le XIIIe siècle, permit l'élargissement du quartier des Hospitaliers au sein de leur ancien centre : de nouvelles ailes furent ajoutées ainsi que des étages supplémentaires.

Historique des recherches

Lorsque l'on examine l'historique des recherches consacrées à l'époque des Croisés à Acre, il faut tout d'abord rappeler les nombreux voyageurs qui continuèrent au long des siècles - du XIV au XVIIP siècle - à se rendre en visite à Acre et qui décrivirent les ruines muettes de la ville des Croisés. Il faut également rappeler les personnages importants pour notre recherche que sont : Cornélis de Bruyn, voyageur néerlandais qui, s'étant rendu à Acre en l'an 1679, peignit le centre Hospitalier, ou bien encore ce marin français qui faisait partie d'un équipage de Gravier d'Ortières et qui, vers 1686, réalisa une vue détaillée d'Acre prise de la mer — comme un observateur contemplant, du sud, les ruines de la cité. En ces années-là, la ville des Croisés demeurait dans sa désolation : ses constructions étaient dévastées et, pour une partie d'entre-elles, recouvertes de sable. Aux XVIIIe et XIXe siècles, à l'époque de Dahir al-'Umar, de Ahmad al-Jazzar et de leurs héritiers, s'y édifia une nouvelle ville, musulmane, qui enfouit au-dessous d'elle les vestiges de la ville des Croisés.

En 1942, une vaste campagne de relevés archéologiques et architecturaux, ayant pour nom « Exploration Winter », fut entreprise à Acre, sur l'initiative du pouvoir britannique. Cette investigation a fait ressortir combien Acre est unique en tant que ville fortifiée, entourée de murailles anciennes, qui réunit deux époques architecturales importantes : la ville des Croisés des XIIe et XIIIe siècles et la ville ottomane du XVIIIe au XXe siècle. C'est l'exploration Winter qui fixa les règles de base selon lesquelles devaient s'effectuer la conservation d'Acre, la ville historique.

Acre, Centre Hospitalier, plan des bâtiments suivant les fouilles effectuées dans les années 1992-1999 (dessin Raanan Kislev).
1 : Salles 1 à 6 ;
2 : Salles 7 et 8 ;
3 : Salle 9, entrée nord ;
4 : Salle 10, les toilettes ;
5 : Salle des Piliers ;
6 : Salle des prisonniers ;
7 : la cour centrale ;
8 : Salle des voûtes - le « Refectorium » ;
9 : la « Salle Disparue » ;
10 : la « Belle Salle » ;
11 : rue des échoppes ;
12 : rue sud ;
13 : le Hammam turc ;
14 : les sous-sols de l'Église Saint-Jean.

Après la création de l'État d'Israël, le professeur Joshua Prawer, pionnier dans le domaine de la recherche sur les Croisés en Israël, initia un programme de mise au jour des ensembles francs. Les fouilles étaient exécutées par des employés à la Direction des Parcs Nationaux et, elles se sont déroulées au cours des années 1958 -1963. On mit au jour : les salles 1 à 3, un long et étroit corridor situé dans la Salle des Piliers ainsi que la Salle des Arcades (le « Réfectoire »).

En 1962, l'Etat d'Israël prit l'initiative d'un vaste relevé au sein de la vieille ville d'Acre. Ce relevé, dirigé par Alex Kesten, a montré de manière systématique l'étonnante imbrication existant entre les édifices monumentaux datant des Croisés et ceux de l'époque ottomane qui se retrouvent tantôt les uns à côté des autres, tantôt les uns au-dessus des autres et qui, ensemble, forment en le sauvegardant un tissu urbain bien particulier nous offrant un témoignage éclatant des deux époques à la fois. A la suite des relevés de Kesten, on adopta un plan général d'urbanisation pour la vieille ville d'Acre, établissant que celle-ci serait dorénavant considérée comme une ville historique à préserver. Acre a été inscrite par l'UNESCO sur la liste des villes possédant un patrimoine historique ayant une valeur internationale, à conserver.

En 1990, à la suite de fissures apparues dans le plafond de la Salle des Piliers, l'on commença à fouiller, à des fins de prospection préalable, au niveau de la cour de promenade - celle de la prison, au temps du mandat britannique - dans le but de réduire la pression qu'exerçait le remplissage de terre. Ces travaux amenèrent le Ministère du Tourisme à financer, pour ce site, des fouilles de grande envergure destinées à révéler l'ensemble architectural souterrain des Croisés. Les fouilles archéologiques qui débutèrent là, en 1992, furent effectuées par la Direction des Antiquités et financées par le Ministère du Tourisme et la Société pour le Développement d'Acre.

Le complexe des bâtiments de l'Ordre des Hospitaliers

Prison d'Acre Akka Akko
Centre Hospitalier, vue d'ensemble des fouilles d'Acre Akka Akko Sources - Image Lynda Syntax


La construction qui se dévoila à nos yeux et que l'on décrit ci-dessous, représente le stade ultime de la commanderie des Hospitaliers, tel qu'elle était lors de son abandon par eux, en l'an 1291. Il est important de se rappeler que le début de la construction date du milieu du XIIe siècle et qu'elle a été réalisée en plusieurs étapes, au cours de cette même période. Le complexe des bâtiments Hospitaliers (dont la surface est de 4500 m2) se trouve dans la partie nord-ouest de la vieille ville et était contigu à la muraille nord de l'enceinte entourant la ville. De forme carrée, le bâtiment s'élève sur deux à trois niveaux entourant une cour centrale (fig. 1). Les murs extérieurs de la construction sont particulièrement épais. L'édifice a deux entrées, l'une au sud et l'autre au nord, protégés par des portes monumentales : ceci en faisait un ensemble fortifié en soi, bien qu'il ait été situé au sein d'une ville défendue par des fortifications. L'ensemble des bâtiments remplissaient deux fonctions principales : la première, servir d'auberge aux frères de l'Ordre, la seconde, être un lieu d'accueil pour les milliers de pèlerins qui arrivaient en ville et, leur offrir un lieu où ils puissent être soignés.

La cour centrale

Quartier Hospitaliers d'Acre Akka Akko
Quartier Hospitaliers d'Acre Akka Akko Sources - Image Michael Dawes

L'ensemble architectural est construit autour d'une cour centrale, à ciel ouvert, d'une superficie de 1200 m2. Cette cour est entourée d'une série d'arcades tandis que, dans sa partie orientale, se trouve un escalier menant aux étages supérieurs. Dans la partie nord de la cour était creusé un puits, d'une profondeur de 4,5 m ; à côté de celui-ci se trouvaient deux bassins peu profonds enduits, de 40 cm de profondeur (fig. 2). Les bassins étaient drainés par des conduites d'égout qui passaient au-dessous du niveau de la cour et débouchaient dans l'égout central — que l'on décrira plus loin. Dans la partie sud de la cour, un puits supplémentaire avait été creusé : on a découvert à son voisinage un bassin enduit d'une profondeur de 1,5 m, ayant la forme d'une baignoire. Il semble que le puits nord fournissait l'eau destinée à la boisson et la lessive, tandis que le puits sud apportait l'eau pour se laver.

L'aile nord

Cette aile avait été construite tout contre le rempart nord de la ville. Le long de la muraille, l'on trouve une rangée de dix salles. Les salles 1 à 6, construites d'un seul tenant, étaient subdivisées en salles par des murs dans lesquels étaient intégrées des ouvertures cintrées. Les espaces intérieurs sont couverts de voûtes en berceau plein cintre, d'une hauteur de dix mètres. La plus grande partie de la construction est d'origine et date de l'époque franque, sauf quelques réparations locales. Les murs extérieurs de cet ensemble sont construits de manière particulièrement massive : ce sont des murs en pierre de taille d'une épaisseur de 3,5 m, témoignant du fait que l'ensemble avait, à l'origine, été planifié comme une construction isolée ; ce n'est que plus tard que lui ont été accolées les salles 7 et 8 (voir 2 du plan) qui se trouvent du côté ouest.

Dans le mur sud des salles, étaient percées des fenêtres orientées vers un passage étroit situé entre ces salles et la « salle des Piliers », au sud. L'entrée vers les salles se trouve dans le mur sud de la salle 2. Là, une ouverture de 4 m de large reliait, par un corridor couvert, les salles à la grande salle voûtée situé au sud. Dans le mur nord de la salle 2 était aménagée une nouvelle ouverture qui aboutissait à une esplanade pavée, recouverte de dalles de pierre, à proximité du fossé nord. Une ample volée de marches, en pierres de taille, arrivait à l'esplanade accolée à la face externe du mur des salles ; il semble que cet ensemble empruntait un pont de pierre qui, enjambant le fossé nord de la ville, conduisait à la Tour des Hospitaliers - tour chargée de garder la Porte Sainte-Marie et la route qui se dirigeait vers le Nord, vers le quartier Montmusard et, au-delà, vers Tyr.

Les salles 7 et 8

Elles ont été bâties plus tard, sur trois niveaux. A l'étage inférieur se trouve un grand réservoir destiné à recueillir l'eau de pluie. Le réservoir est divisé en deux salles ; chacune d'elles, de 5 m sur 13, est couverte d'une voûte d'arêtes s'élevant à une hauteur de 7,5 m. Les salles sont enduites, du sol au plafond, d'un épais mortier hydraulique en grande partie conservé. Les deux salles sont reliées entre elles par une ouverture ayant la forme d'une vaste arche, ce qui en fait un seul et même réservoir ayant une capacité d'environ 1000 m3. L'ouverture par laquelle le réservoir se remplit se trouve dans la partie nord de la voûte de la salle 8 et, l'ouverture d'où l'on puise l'eau se trouve dans la partie sud de la voûte de la salle 7.

Au second niveau sont construites des salles et des magasins de plan similaire à celui des salles du premier. Ces réserves, qui s'élevaient à une hauteur de 7 m, étaient voûtées d'arêtes ; celles-ci se sont écroulées et des pans entiers de leurs maçonneries sont tombées par-dessus les matériaux de remplissage, sur une épaisseur de 3 m ou plus. On en déduit que l'effondrement s'est produit longtemps après l'année 1291, année où le bâtiment fut abandonné par les Hospitaliers. Après avoir creusé dans cette couche de remplissage, l'on a découvert, sur le sol de la construction, des centaines d'ustensiles de terre cuite, in situ, bien alignés, rang après rang. Ces ustensiles de terre cuite sont des pains de sucre, poteries en argile de forme conique ayant, en leur sommet, une ouverture par laquelle se vidait la mélasse de la canne. Les ustensiles, déposés en ligne, s'appuient les uns contre les autres, le long du mur est de la salle 7, protégés de la casse par de la paille dispersée sur le sol et disposée entre eux.

Dans une autre partie de la salle l'on a trouvé, couchées sur le sol, des dizaines de jarres dénommées « jarres à mélasse » ainsi que des pains de sucre.


(fig. 3) Acre, Centre Hospitaliers, salle 7, la réserve des ustensiles à sucre
Image - Howard Smitline (IAA)

Ces ustensiles étaient destinés à être utilisés lors du processus de fabrication du sucre cristallisé — une industrie qui était devenue l'une des plus florissantes d'Acre à l'époque des Croisés. Cette grande réserve, où sont emmagasinés de nombreux ustensiles servant à la fabrication du sucre, vient conforter ce que nous savons grâce à de nombreux documents historiques : ces derniers témoignent du fait que les Hospitaliers étaient à la tête du développement de l'industrie du sucre dans la région d'Acre, branche économique qui faisait entrer dans les caisses de l'Ordre d'abondants bénéfices.

Tout contre le mur sud, dans la salle 8, on a découvert un ensemble d'escaliers conduisant au troisième niveau. Cet étage n'a pas été conservé ; mais, d'après les nombreux vestiges des parties écroulées, on peut supposer qu'il avait été construit avec faste, dans le style gothique. On a retrouvé des éléments d'arcs gothiques en pierre, sur lesquels sont visibles, bien conservés, les fragments d'une peinture sur enduit, haute en couleurs, noir, jaune et rouge. À côté des fragments d'arches, on a découvert aussi la clef de voûte qui fermait la croisée des ogives (?). Cette clef de voûte est particulièrement grande et ornée d'une rosette ronde aux feuilles d'acanthe.

La salle 9

Cette salle sert de passage entre la cour centrale et le fossé nord ; elle est couverte d'une voûte d'arêtes. Le passage se fait par un porche couvert d'un arc que défend une tour massive, construite au-dessus.

La salle 10 et le réseau principal des égouts

Cette aile, qui se situe dans le coin nord-ouest de l'ensemble, est construite sur trois niveaux et constituait l'aile des latrines publiques. Le premier niveau est un niveau souterrain où se réunissent des conduites d'évacuation vers lesquelles étaient conduites les eaux usées de dizaines de canalisations, intégrées dans les murs du bâtiment, arrivant des salles des latrines publiques construites au-dessus de celui-ci (fig. 4).


(fig. 4) - Acre, Centre Hospitalier, salle 10, salle souterraine collectant les latrines collectives
Image - Howard Smitline (IAA)

Dans le pourtour externe des murs du bâtiment étaient intégrées des conduites supplémentaires, dont le rôle était de rassembler et de canaliser, sur trois niveaux, l'eau de pluie venue des toits de l'ensemble, permettant lors des précipitations de laver d'un jet puissant la pièce où se rassemblaient les eaux usées. Le sol de cette pièce était dallé de dalles de pierres lisses, disposées sur un sol ayant une forte pente, ce qui permettait un lavage efficace, avec un écoulement des égouts vers un collecteur principal. La pièce était reliée sur son pourtour, à cette conduite centrale par cinq canalisations efférentes.

Le collecteur d'égout principal traversait l'ensemble hospitalier, du nord au sud, assemblant les eaux usées venues du réseau des latrines publiques, de la cour centrale et des autres constructions.

Un certain nombre de fouilles de sondage ont été effectuées un peu partout dans la ville, dans le but de suivre le tracé de ce collecteur ; il s'avère que c'est un chenal de 1 m de large sur 1,8 m de haut qui, traversant la ville du nord au sud, servait de réseau de tout-à-l'égout municipal. Ce chenal se déversait dans la mer, dans la zone du port (fig. 5).


(fig. 5) - Acre, Centre Hospitalier, canal souterrain de l'égout
Image - Howard Smitline (IAA)

Au premier étage, au-dessus du collecteur des eaux usées, est construite une pièce servant de latrines, dont les dimensions sont de 5 m sur 10 m, couverte d'une voûte à croisée d'ogives s'élevant à une hauteur de 10 m. Dans cette pièce, les sièges de latrines étaient organisés en quatre rangs de huit, deux accolés au mur sud et au mur nord, deux autres placées au centre. L'évacuation était assurée par des conduites donnant directement vers le collecteur des eaux usées. Dans le mur nord, tourné vers le fossé nord, avaient été percées trois fenêtres, pour l'aération.

Au-dessus de cette pièce étaient construites des latrines supplémentaires qui n'ont pas été entièrement conservées ; en effet, à cet emplacement a été construite une autre salle à l'époque ottomane. Lors de fouilles faites au-dessous du carrelage de celle-ci, on a découvert une partie de l'agencement des sièges de latrines de cette salle. Il s'est avéré qu'il n'y avait ici que deux rangées de sièges alignés le long des murs de la salle. L'ensemble de ces latrines, découvertes en entier, est unique en son genre. Quelques rares installations de ce type ont été retrouvées en Angleterre et au Pays de Galles, dans des monastères et des hôpitaux des XIIIe et XIVe siècles

L'aile occidentale

Cette aile n'a pas encore été fouillée ; mais, d'après ce qui y a été déjà trouvé il semble que cette aile ait été bâtie sur deux niveaux au moins. Les vestiges architecturaux en ont été découverts parmi les éboulis, dans la partie ouest de la cour centrale. De plus, on a retrouvé, à leur place, accolés au mur de l'édifice, des chapiteaux décorés de corbeilles ou d'ornementations représentant des personnages ; ceux-ci indiquent que l'aile occidentale, elle aussi, était construite dans le style gothique. On y entrait, à partir de la cour centrale, par deux larges ouvertures couvertes d'arcs et elle servait, semble-t-il, d'aile d'habitation de l'Ordre.

L'aile Sud

C'est dans cette partie de l'ensemble que se trouve construite la salle la plus impressionnante, mise au jour dans les années 1960. Elle est couverte par huit voûtes sur croisée d'ogives, hautes de 10 m, retombant sur trois piliers cylindriques d'un diamètre de 3 m.

Quartier Hospitaliers d'Acre Akka Akko
(fig. 6) - Quartier Hospitaliers d'Acre Akka Akko Sources - Image Michael Dawes

Les ogives retombent sur des chapiteaux engagés ornés de bouquets de fleurs, de corbeilles ou d'un décor à fleur de lys ; les clefs sont décorées de rosettes bien conservées. L'édifice est considéré comme étant l'une des constructions représentant le mieux le passage du roman au gothique dans la région. Il est vraisemblable qu'il servait de réfectoire à l'Ordre et que la salle située à l'est de ce réfectoire servait de cuisine.

L'aile orientale

Dans cette aile se trouvait une salle de vastes dimensions, la « Salle des Piliers », dont la superficie est d'environ 1300 m2. L'édifice est constitué d'un ensemble de 15 modules identiques couverts de voûtes d'ogives s'élevant à une hauteur de 8 m, retombant chacun sur quatre piliers de pierre carrés. Dans la zone sud et nord de la salle, des pans de voûtes se sont écroulés et sont tombés au-dessus d'une épaisse couche de matériaux de remplissage, d'une hauteur de 3 m, témoignant du fait que le plafond s'est écroulé longtemps après l'époque des Croisés -peut-être au moment de l'intense activité bâtisseuse de l'époque ottomane, au XVIIIe siècle.

La salle des prisonniers

A l'est de la grande salle des piliers, on a découvert une salle supplémentaire, qui n'a aucun lien direct avec l'ensemble Hospitalier mais se trouve en communication avec la rue qui passait à l'est. Cette salle se trouve à un niveau inférieur de 2,5 m à celui des bâtiments qui lui sont contigus et son sol a été taillé à même la roche naturelle. Elle est couverte de six voûtes d'ogives en croix, d'une hauteur de 5 m. Hormis la porte au sud, la salle n'a ni fenêtres, ni aucun autre moyen d'éclairage. Le long des murs, l'on peut remarquer des dizaines de trous carrés dans lesquels se fixaient des crochets de métal portant les anneaux auxquels l'on enchaînait les prisonniers. Le fait que la pièce soit dépourvue de fenêtres, isolée de l'ensemble, construite à un niveau inférieur à celui où se déroulait la vie du quartier, vient renforcer l'hypothèse selon laquelle cette construction était la prison située dans le quartier des Hospitaliers et que mentionne un document de l'époque.

La rue sud

Au sud de l'ensemble architectural des Hospitaliers, on a découvert une rue publique qui passait par le secteur des Hospitaliers. La rue suivait le tracé suivant : à partir de la porte située dans le mur d'enceinte nord de la ville, appelée « Porte Saint Jean », elle allait vers le sud, le long du mur oriental du complexe Hospitalier. De là, la rue se dirigeait vers l'ouest et passait entre le complexe Hospitalier et l'église Saint-Jean. Après avoir parcouru environ 50 m, la rue tournait vers le sud en direction du quartier génois. Dans cette partie se trouvait une porte monumentale de pierre, qui permettait aux Hospitaliers, en cas d'urgence, d'interdire au public le passage par cette rue. Celle-ci, d'une largeur de 4 m, était à ciel ouvert mais, de loin en loin et sur de courts tronçons, elle était couverte de voûtes d'arêtes. De cette rue, au sud, bifurquait une autre rue publique qui se dirigeait vers l'est (en direction du Quartier Royal). Cette rue, particulièrement large (d'environ 10 m) était pavée de dalles de pierre. Le long de la rue, dans sa partie sud, on a découvert trois échoppes orientées vers la rue mais, il est clair que, par la suite, des boutiques supplémentaires se sont installées là.

L'église Saint-Jean

La construction de cette église est mentionnée pour la première fois dans un document datant de l'an 1149, de l'époque de la reine Mélisende. L'église était bâtie sur un réseau de salles voûtées et s'élevait à une très grande hauteur. Cet ensemble de voûtes est composé de deux parties. La partie la plus ancienne est à l'ouest, composée de deux salles voûtées d'arêtes ; pour constituer le soubassement de l'église, on y ajouta vers l'est quatre modules voûtés d'arrêtés d'une hauteur de 5,5 m.

Cet ensemble de salles voûtées est resté entier, même après la destruction de l'église elle-même ; il est connu, de nos jours, sous le nom de « la Posta ». Au-dessus de celui-ci l'on a construit, au XIXe siècle, « la Saraya », le bâtiment de l'administration du pouvoir ottoman. Un sondage effectué dans la cour de la « Saraya » a révélé une partie du sol revêtu de dalles de marbre aux tons variés, trois colonnes de marbre écroulées sur place, un chapiteau corinthien polychrome, en marbre (fig. 7).


(fig. 7) - Acre, Centre Hospitalier, châpiteau de marbre peint,
l'un des vestiges de l'église Saint Jean-Baptiste
Image - Howard Smitline (IAA)

De plus, on a découvert un autre chapiteau polychrome, sur lequel est peinte une croix Hospitalière, en orange sur fond noir. Sur le sol de marbre on a trouvé une quantité de morceaux de vitraux brisés aux multiples couleurs. Il semble que l'on ait ainsi mis au jour une partie de la nef de l'église Saint-Jean de l'Ordre des Hospitaliers. C'est pourquoi l'ensemble des voûtes qui supportait l'église et que l'on a dénommé la « Posta », est en fait la crypte de l'église.

Les marques de tailleurs de pierre

De nombreuses marques de tailleurs de pierre ont été découvertes, gravées sur les pierres de construction du complexe Hospitalier. Ces marques lapidaires constituent un des traits caractéristiques les plus marquants de la construction de l'époque franque.

Conclusion

Les fouilles archéologiques effectuées dans le complexe architectural des Hospitaliers, qui avaient commencé dans les années cinquante du siècle dernier, ont été reprises dans les années quatre-vingt dix et se poursuivent depuis. Ces fouilles — parallèlement aux fouilles de sauvetage effectuées ces dernières années, au cours desquelles ont été découverts des tronçons de murailles de la ville, les bains publics du quartier Montmusard, une rue d'échoppes dans le quartier génois et d'autres vestiges encore... - confirment les descriptions des pèlerins chrétiens qui visitèrent la ville du XVe au XVIIIe siècle. Les vestiges de la ville de l'époque franque sont encore particulièrement impressionnants. Les fouilles accomplies ne représentent encore qu'un bien mince aperçu, une sorte de coup de projecteur donné sur la ville encore enfouie sous la ville ottomane : une ville entière avec ses rues, ses églises, ses forteresses, ses marchés et ses maisons individuelles. La suite des fouilles de l'Acre antique transformera ce lieu en l'un des sites les plus impressionnants de l'archéologie du pays.
Sources : Eliezer Stern - L'Architecture en Terre Sainte au temps de Saint Louis — Tome 164-1, année 2006.

Bibliographie

J. Prawer, Histoire du Royaume latin de Jérusalem, traduit de l'hébreu par Gérard Nahon, 2 volumes, Paris, 1969-1970.

B. Dichter, The Maps of Acre. An Historical Cartography, Acre, 1973.

D. Jacoby, « Crusader Acre in the Thirteenth Century: Urban Layout and Topography », Studi medievali, 1979, 3e série, t. 20, p. 1-45.

B. Z. Kedar, « The Outer Walls of Frankish Acre », Atiqot, 1997, t. 31, p. 157-180.

J. Patrick Greene, Medieval Monasteries, Londres, 1992.

J. Riley-Smith, The Knights of St.John in Jerusalem and Cyprus, Londres, 1967.

[Pour une autre interprétation, voir J. Riley-Smith, « Further Thoughts on the Layout of the Hospital in Acre », dans D. Coulon, C. Otten-Froux, P. Pagès et D. Valerian (édition), Chemins d'outre-mer. Etudes sur la Méditerranée médiévale offertes à Michel Balard, Byzantina Sorbonensia 20, t. 2, Paris, 2004, p. 753-764.]
Sources : Eliezer Stern - L'Architecture en Terre Sainte au temps de Saint Louis — Tome 164-1, année 2006.  

Autres quartiers

Acre Quartier du Patriarche En plus de ces quatre quartiers, il y avait des quartiers spéciaux au nord-est de la vieille ville, ceux de l'Ordre teutonique, celui du patriarche, et de la cathédrale Sainte-Croix, peut-être la Grande mosquée (al-Jazzar). Leurs restes sont enterrés juste en dessous de la surface et leur taille est indiquée par le fait qu'un tel archéologique est ici sur une hauteur de plus de 6 mètres au-dessus de la ville Croisée.
La fouille et le nettoyage de ce monticule pousserait probablement à la découverte de structures intéressantes.
La définitivement délimitées quarts n'ont pas suivi l'ensemble de la ville de la région.
Une grande partie de celui-ci était "neutre" et appartenait à la Couronne ou de diverses églises, nobles ou bourgeoises. Le marché royal (Funda Regis) était situé dans la partie nord-est de la ville, sur une importante artère est-ouest.
Il s'agit d'un complexe, une place de marché, des maisons douanières, le siège de la Cour du marché (Cour de la Fonde), et d'une auberge. Ibn Jubayr a laissé une description pittoresque de la Funda Regis d'Acre :
"Nous avons été reçu à la maison avec déférence, cette maison est un caravenserail fait pour accueillir les caravanes. Juste avant la porte, il y a des bancs de pierre, des tapis sont déposés par les Chrétiens commis de douane. Les marchands ont déposé leurs bagages et déposée dans les étages supérieurs.
Les bagages de tous ceux qui n'étaient pas des marchands ont également été examiné dans le cas où il figure cachée de marchandises, après quoi les propriétaire ont été autorisés à aller chercher un hébergement où il voulait".
Comme cela a été dit, un nouveau quartier appelé Montmusard développé au nord de la vieille ville, les murs et pas défendus resté jusqu'au milieu du 13e siècle.

Acre Quartier des Allemands L'opinion est divisée sur la signification du nom et de sa dérivation. Certains le font remonter au Français, l'interprétation est que "La coline des Chevaliers", d'autres voient dans le nom du mot arabe qui signifie Mazar un tombeau sacré.
Le quatier complètement disparu. Bien que les vestiges des structures des Croisés soient fréquemment découvre quand les fondations modernes sont creusées dans cette partie de l'Acre, qui se situe à l'extérieur des murs, il n'y a pas de possibilité d'identifier les bâtiments du quartier.
La seule source fiable pour identifier le plan général sont des cartes de la ville et des chroniques fragmentaires du 13e siècle.
Les alentours étaient entourés par une double ligne de remparts érigée par le roi Louis IX de France entre 1251 et 1254.
Ils étaient habités (Inter alia) par des Syriens Chrétiens et très certainement aussi par des Juifs.
De grandes parties appartenaient aux Ordre des Hospitaliers et des Templiers et il y avait ici des palais, des marchés, des parcs à bestiaux.
Une autre partie appartenait à l'évêque de Bethléem, plusieurs maisons religieuses et églises étaient aussi situées là-bas, et une zone spéciale était occupée par les Francs d'origine anglaise.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973

Eglises et Monastères

Les sources attribuent à Acre pas moins de trente-sept églises. La cathédrale, l'Eglise de la Sainte Croix, était située au Nord-Est de la ville en bordure du quartier Hospitaliers. Parmi les fidèles des églises de la cité, l'église de Saint Michel, au Nord-Ouest de la cité sur la côte, donna son nom à la proche enceinte de la cité, et Saint André situé sur près sur la côte près de l'extrémité sud du cap "Le Cap des Tempêtes", était apparemment l'église de la commune de Saint André, qui joua un rôle prédominant dans l'histoire du royaume dans les années 1230 et 1240. Son emplacement à la pointe du cap en fit un des points repères dominant de la cité, et on s'y réfère dans les instructions navales.

Des vestiges de l'église ont été vus par de nombreux voyageurs qui visitèrent Acre après sa destruction. Un dessin de 1681 nous permet de reconstruire le bâtiment. C'était une belle stucture gothique avec une nef et deux ailes, éclairées par des fenêtres ogivales à lancette et entourée par des arcades aveugles aux arches pointues. Il y avait trois portails dont l'un fut démonté après la chute d'Acre par le sultan Baibars et fut reconstruit au Caire en l'honeur de sa victoire sur les Francs à l'entrée de la mosquée où se trouve son mausolé. Les vestiges de l'église disparurent à la fin du XVIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, une petite église Grecque-Orthodoxe dédiée à Saint Jean fut construite sur ses ruines, qui se situe près du phare actuel. En dessous ont été découvertes des cryptes croisées appartenant à l'ancienne église.

Les Odres Militaires maintinrent également des églises dont les nombreux ordres religieux avaient de maisons à Acre: les Carmélites, les Dominicains, les Augustains et les Franciscains. Le monastère franciscain fut fondé par Saint Francois d'Assise qui se trouvait à Acre en 1219. Il y eut aussi des couvents appartenant aux Augustains, les Soeurs de Sainte Claire, Saint Lazare, Sainte Anne, Sainte Catherine, Sainte Brigitte et d'autres.
Sources : B. Dichter Eng. - The Maps of Acre and Historical Cartography - Published by the Municipality of Acre - Israel - 1973

Acre Archéologiques

Saint-Jean d'Acre Akko Akka — Recherches Archéologiques

Saint-Jean-d'Acre - Akko - Akka : The old city 1961
Sources : Image Polbar

Aux XIIe et XIIIe siècles, Acre était la plus grande ville du royaume croisé de Jérusalem. Elle venait au second rang, après Jérusalem, à cause de son très vaste port, bien protégé, par lequel transitait la majeure partie du commerce entre les États francs et l'Occident (9). Juste après la défaite des Francs à la bataille de Hattin, le 4 juillet 1187, la ville tomba aux mains de l'armée ayyubide. En 1191, l'armée de la troisième croisade la libéra. Les Croisés ne réussissant pas à reprendre Jérusalem, occupée depuis le 2 octobre par Saladin, Acre devint la capitale administrative du royaume.

Un siècle plus tard, le 18 mai 1291, elle fut prise par les troupes d'al-Malik al-Ashraf, en même temps que les autres villes de la côte, et fut victime d'une politique mamelouk de « la terre brûlée », dont le but était d'empêcher toute possibilité de nouvelle croisade. (10)
Par une ironie du sort, cette destruction systématique a transmis aux archéologues de nombreux vestiges des constructions de la ville médiévale, du fait de la méthode de démolition adoptée par les Mamelouks : ils abattirent les étages supérieurs, en épargnant les étages inférieurs, mais en les recouvrant et en les comblant par des gravats. Comme les maisons d'Acre possédaient deux à trois étages, un, voire deux des niveaux inférieurs ont ainsi été pour tout ou partie conservés. Quand on reconstruisit la ville bien plus tard, aux XVIIIe et XIXe siècles, on intégra ces ruines aux nouvelles constructions de la ville ottomane ou, le plus souvent, on construisit par-dessus (11).

Par conséquent, sous les maisons modernes, on a découvert des centaines de bâtiments publics et privés construits aux XIIe et XIIIe siècles. Les vestiges de ces bâtiments étaient plus ou moins préservés ; parfois ils étaient pratiquement intacts.

Ces transformations ont fait de la ville d'Acre la meilleure source d'information pour l'architecture domestique de l'époque franque. Les deux autres grandes villes du royaume, Jérusalem et Tyr, sont plutôt décevantes à cet égard. A Tyr, aucune fouille de grande envergure n'a été entreprise et pratiquement rien n'a été publié sur les vestiges de l'époque franque. (12)

A Jérusalem, où l'on trouve de nombreux bâtiments publics importants de cette époque, souvent encore en fonction, peu de maisons médiévales de taille notable sont préservées et la plupart de celles qui subsistent sont dans un état très fragmentaire.

Ainsi, Acre est, archéologiquement parlant, de loin la ville la plus importante, parce qu'elle possède des vestiges d'un grand nombre de maisons de la période franque. Sa population ayant compté une large proportion de marchands italiens, l'architecture domestique, qui y est très développée, présente deux caractères intéressants : en premier lieu, de vastes immeubles d'habitation constituent le type commun dans les quartiers de marchands ; en second lieu, l'architecture de ces quartiers ressemble de près à celle des métropoles, Gênes, Pise et Venise (13).

C'est l'architecte Alex Kesten qui a entrepris l'étude la plus importante sur la ville franque d'Acre, en 1960-1961 (14). Cette étude comprend les plans de masse et de brèves descriptions de plus de cent immeubles. Kesten signale la préservation remarquable de nombreux vestiges d'habitations domestiques. Depuis, le travail archéologique intensif de la dernière décennie a porté essentiellement sur les monuments publics, en particulier le vaste complexe des Hospitaliers. Seul un petit nombre d'immeubles domestiques a été mis au jour, souvent lorsqu'ils étaient contigus à une structure monumentale. Cet article, qui est une contribution à une étude exhaustive de l'architecture domestique franque en Orient, espère en partie changer cet état de fait, en présentant une première vue d'ensemble sur l'habitat franc dans la ville d'Acre (15).

La composition sociale, unique en son genre, de la ville franque d'Acre, en particulier la présence de communautés nombreuses de marchands italiens, fait d'elle une excellente source d'informations pour ce type de maisons. En examinant les vestiges et en résumant les sources documentaires de l'époque, on peut dresser une typologie de base comprenant cinq types différents d'édifices domestiques : les maisons avec cour, les grandes maisons avec plusieurs logements, appelées palais, les maisons tours, les maisons de marchands avec boutiques au rez-de-chaussée et les maisons construites sur des parcelles étroites.

La maison avec cour

Plus que tout autre type, la maison avec cour prévalait dans la ville franque. On en a retrouvé dans toutes les principales agglomérations ayant livré des vestiges d'habitat domestique et, dans la ville d'Acre, elles sont de loin le type (16).

Les Francs ont adopté les deux plans de base des maisons avec cour : la demeure avec cour centrale, caractéristique des localités urbaines surpeuplées, et la maison avec cour extérieure contiguë, située à l'occasion dans les zones périphériques des grandes villes, mais le plus souvent dans les petites agglomérations et les lotissements ruraux. Il semble que les Francs n'aient pas choisi eux-mêmes ce plan de masse. Ce genre s'est imposé de lui-même, car il était extrêmement répandu dans les villes qu'ils occupèrent. Une fois qu'ils eurent pris possession de ces maisons, les nouveaux occupants des lieux eurent vite fait d'apprécier les bienfaits de ce type d'architecture, car la maison à cour centrale protège des hautes températures de l'été. Il semble bien naturel qu'ils aient alors construit leurs propres maisons selon les mêmes critères.

Type A : les maisons avec cour centrale

Plusieurs maisons avec cour à Acre, et c'était probablement le cas dans d'autres grandes villes côtières telles Tyr et Sidon, sont de larges structures rectangulaires à deux niveaux, avec cour centrale. La maison type possède une entrée avec passage voûté, donnant accès depuis la voie publique à une cour entourée de plusieurs logis (17). Dans la plupart des cas, ces maisons étaient occupées par plusieurs familles ou louées par des marchands à d'autres marchands saisonniers.

Kesten décrit une d'elles : « ...Un palais ou une maison d'une famille importante pendant la période croisée. De nombreux vestiges de cette période, des murs et peut-être des plafonds, donnent une idée de la forme originelle de la maison, bien qu'il y eût de nombreux ajouts et des transformations radicales au-dessus du premier niveau. De grandes pièces sont disposées autour d'une cour rectangulaire sur laquelle s'ouvrent toutes les portes et les fenêtres. On pénètre actuellement dans la maison directement dans l'une des pièces, par une brèche. A l'intérieur de la cour, on identifie clairement l'entrée originelle, à l'ouest. Un corridor latéral conduit à des pièces utilisées principalement comme cuisines, magasins etc. »

« Au-dessus d'une des portes, de nombreux signes sont gravés dans la pierre. Certaines des pièces voûtées sont particulièrement intéressantes. La plupart des murs sont extrêmement épais. » (18)

Cette maison est située au centre du quartier génois (plan B, n° 3).

Une partie du bâtiment, d'une superficie totale d'environ 616 m2, semble effectivement dater de l'époque franque, bien que les reconstructions et les additions ultérieures soient plus importantes que ne le suggérait Kesten (19).

Les murs extérieurs, quant à eux, possèdent les caractéristiques typiques de la construction franque : un cordon en forme de « dents de chien » règne à l'étage de la façade méridionale, qui donne sur la rue (20) ; de nombreuses marques de maçons sont visibles sur cette façade et à l'intérieur des deux cours (21). Sur le côté nord de la cour principale, trois consoles profilées qui surmontent la porte appartiennent, semble-t-il, au bâtiment originel. Sur le côté est de la cour, trois grandes arcades reposent sur un pilier central : elles sont appareillées en « ablaq », alternance de pierres de différentes couleurs formant un appareil décoratif, constitué de pierres de mollasse locale et d'une autre pierre de couleur chamois pâle (22).

Une autre cour, située au sud (plan B, n° 4), est en partie couverte ; elle est bordée sur trois côtés par plusieurs pièces de taille variée (fig. 3Maison à cour intérieure dans la quartier Génois
Maison à cour intérieure dans la quartier Génois
). Le rez-de-chaussée de cette maison est pratiquement intact et une partie de l'étage semble être originel. Ce bâtiment est plus petit que le précédent. La superficie du rez-de-chaussée est de 320 m2 et il semble avoir appartenu à une seule famille (23). On entre dans cette maison, comme on le faisait probablement à l'époque franque, par une porte surmontée d'un arc donnant accès à un passage sombre, haut, étroit et voûté (1,20 m de large et 5,40 m de long). Sur le mur droit ouvre une petite fenêtre haute, avec un linteau de marbre sculpté fig. 4Linteau sculpté en marbre d'une maison du quartier Génois
Linteau sculpté en marbre d'une maison du quartier Génois
.

A l'extrémité du passage, à gauche, une porte débouche vers la cour centrale. L'accès indirect, coudé et voûté, est caractéristique de ces maisons, à l'instar des maisons à cour musulmanes. Au bas du jambage de la porte, on distingue une crapaudine où pivotait le gond d'une porte à un seul battant. Le linteau en bois est certainement une réfection tardive. Au-dessus, un arc de décharge aveugle est destiné à réduire la pression de la superstructure sur le linteau. Sur le jambage gauche, une rainure verticale appartient à un mécanisme de penne de serrure, qui a disparu.

Aujourd'hui, seule une petite partie de la cour originelle est à ciel ouvert. Le reste a été colonisé, stade après stade, en couvrant d'une voûte en berceau les deux tiers nord de la cour, tandis qu'un demi-berceau recouvre l'angle sud-ouest. Seule une petite surface, près du passage d'entrée, reste donc encore à l'air libre. De tels empiétements dans la cour se constatent ailleurs dans la ville. Une augmentation considérable du nombre d'occupants dans la maison peut avoir rendu nécessaire la transformation de la cour jadis ouverte en espace fermé.

Cet exemple pourrait refléter la rapide augmentation de la population d'Acre durant la seconde moitié du XIIe siècle. Les activités des flottes et des communautés italiennes ont largement contribué au développement d'Acre, pour en faire le port principal dans la Méditerranée orientale. La population de la ville s'est également beaucoup accrue après qu'elle fut réoccupée, pendant la troisième croisade (1191), par des réfugiés venant de Jérusalem et d'autres villes de l'intérieur, tombées aux mains de Saladin en 1187. Aussi, la ville s'est-elle développée beaucoup au nord (faubourg de Montmusard) et à l'est. Il semble qu'il faille envisager aussi un accroissement de la densité de population dans la partie de la ville la plus ancienne, ainsi que l'occupation de zones ouvertes à l'intérieur des murs.

Les empiétements observés dans les cours de ces maisons sont l'indice d'un déclin des conditions générales de vie dans ces quartiers anciens. Ce phénomène n'est pas unique ; un processus similaire est constaté dans la ville médiévale du Caire où, selon D. Behrens-Abouseif, « l'architecture domestique semble avoir subi un développement parallèle à celui de l'architecture religieuse, marqué par la réduction et la couverture des cours, ainsi que par la transformation des iwans latéraux en simples recoins » (24).

Les maisons de petite taille avec cour centrale constituent un autre type courant à Acre. Leurs plans de masse sont semblables à ceux des grandes maisons à cour commune ; à leur image, on y entrait depuis la rue à travers un passage couvert menant directement à la cour. De là, on accédait à des pièces variées et, par l'escalier, à l'étage. Dans le quartier génois, une petite maison à cour est bien conservée (fig. 5)Maison à deux niveaux quartier Génois
Maison à deux niveaux à grande salle de premier étage du quartier Génois
- (plan B, n° 5). Comme dans toute la construction domestique d'Acre, la maçonnerie de cette maison est constituée de moellons grossiers en grès, liés par un mortier tirant vers le gris. La maison communique avec une rue couverte, récemment mise au jour par les archéologues C'était originellement un bâtiment à deux niveaux, avec une petite cour centrale (3,60 x 8 m), une boutique sur la rue et d'autres pièces au rez-de-chaussée. A l'étage, se trouve une salle qui mesure 4,25 x 12,73 m et dont les trois travées sont encore partiellement couvertes de voûtes d'arêtes (fig. 6)Maison à cour intérieure du quartier Génois
Grande salle de premier étage voûtée d'arêtes dans la maison à cour intérieure du quartier Génois
.
Sur toute la longueur du mur sud, dix embrasures surmontées par un arc servent soit de fenêtres soit d'armoires murales (fig. 7)Niches du mur latéral de la grande salle
Niches du mur latéral de la grande salle
. Le côté nord de la salle, face à la cour, est rythmé par trois piliers engagés qui supportent trois arcades : sous l'arc central, une pierre de seuil désigne apparemment l'entrée ; les deux autres arcs étaient visiblement obturés par des murs minces. Haut perchée dans le mur occidental, on voit une grande fenêtre à larges ébrasements. Sur le mur est, une large porte couverte par un arc ouvre sous une petite fenêtre ; il semble qu'elle conduisait à un balcon qui surplombait une étroite ruelle (ses seuls témoins sont trois consoles de pierre). C'est là une des habitations domestiques franques les mieux conservées à Acre, et, par exception, on peut y observer un étage. A l'origine, ce deuxième niveau s'étendait aussi au-dessus des pièces situées au nord de la cour, ce que l'on peut en déduire de la présence d'un conduit de latrine dans la pièce voûtée qui en occupe l'angle nord-est ; ce conduit descendait depuis une pièce située l'étage, aujourd'hui détruite. A l'extrémité est de la cour, on note une voûte basse en berceau surmontée d'une seconde voûte, probablement utilisée comme entrepôt. Au sud, s'alignent trois pièces avec voûtes d'arêtes ; la voûte de l'espace central s'est effondrée et l'accès à la travée orientale est à présent obturé.

Type B : les maisons avec cour adjacente

Nombre de très petites maisons consistaient simplement en un groupe de pièces ou de logis situés sur l'un ou les deux côtés d'une cour, les autres côtés étant fermés par un haut mur. Dans certains cas, plusieurs petites maisons se partageaient une même cour. Trois maisons sont ainsi réparties autour d'une cour dans le quartier génois (fig. 8) (plan B, n° 6). Un passage voûté, long et étroit (12 m x 1,7 à 3 m de large), mène à la cour ; sur son flanc est, trois recoins voûtés peu profonds peuvent avoir servi d'échoppes ou avoir accueilli de petits étals. A son extrémité, il forme un angle droit pour donner accès à une cour de taille moyenne (7,5 x 9,2 m). Au sud de celle-ci, un porche voûté d'arêtes, haut de 4,6 m, donne sur une vaste salle voûtée. Sur le côté nord de la cour, la façade d'un second bâtiment s'ajourait d'une porte et d'une fenêtre (murées), surmontées par d'autres baies dont plusieurs paraissent dater de la période franque. A l'est de la cour, d'autres structures médiévales comportent une large pièce avec une voûte d'arêtes : elle mesure 6 x 5,2 m et ouvre sur la rue une porte et une fenêtre ; sur son côté nord, un étroit passage voûté donnait accès à d'autres pièces, situées plus loin à l'ouest.

La grande salle du bâtiment sud appartient à la prochaine catégorie que nous allons examiner, le « palacium ». C'est un bâtiment de construction soignée, à six travées, avec des murs massifs et deux forts piliers qui supportent les retombées des voûtes d'arêtes et les arcs doubleaux.

Palais - Demeures à plusieurs logis

On a découvert à travers la ville des vestiges de plusieurs salles massives, constituées par la juxtaposition de nefs couvertes de voûtes d'arêtes, que soutiennent un ou plusieurs gros piliers. Leurs dimensions varient, mais elles sont toutes très larges et très hautes, et leur construction est soignée. L'épaisseur de leurs murs prouve qu'elles appartenaient à des structures à plusieurs étages.

Si nous n'avions pas eu l'heureuse fortune de conserver deux documents du XIIIe siècle, il nous aurait été difficile d'interpréter ces structures. Nous pouvons les identifier avec une quasi-certitude comme appartenant à des bâtiments cités dans ces sources sous le nom de palais. Ces documents sont des inventaires des propriétés appartenant aux communautés vénitienne et génoise dans Acre et Tyr. Marsiglio Zorzi, bailli de Venise, a dressé un inventaire détaillé des possessions vénitiennes à Tyr et à Acre en 1243 et 1244 (26). Les autorités génoises, Guillielmo di Bulgaro et Simone Malocello, ont dressé en 1249 un deuxième inventaire des propriétés appartenant à la communauté génoise dans Acre. Les inventaires vénitiens et génois font tous deux fréquemment mention de palais parmi les propriétés de la communauté. Dans l'inventaire vénitien, ils sont décrits avec beaucoup de détails.

En examinant ces listes, Joshua Prawer a noté que les Génois d'Acre possédaient un plus grand nombre de palais que les Vénitiens ; il s'est donc demandé si la raison n'en était pas « ... qu'un immeuble de trois ou quatre étages méritait un tel nom aux yeux de l'administration génoise (27). » En fait, il ne s'agissait pas de palais résidentiels destinés à une famille de marchands aisés, comme ceux des cités maritimes italiennes. Le terme « palacium » était, semble-t-il, utilisé pour décrire de grands bâtiments comprenant plusieurs logis, occupés par des marchands du lieu et d'autres de passage. Comme l'a bien noté Marsiglio Zorzi, les bâtiments comprenaient tous de multiples étages contenant des magasins, des manufactures, des chambres individuelles et des appartements à louer ou à vendre. Le rez-de-chaussée était généralement consacré à des entrepôts et à des boutiques. Aux étages, se trouvaient des chambres et des logis occupés par des marchands de passage. Certains logis possédaient des cours attenantes, contenant parfois une citerne, et d'autres des loggias sous lesquelles les commerçants pouvaient vendre à l'étal leurs marchandises sur des tables (tabula) ou des bancs (banci).

Certains de ces bâtiments, tel le Grand Palais du Fondaco, étaient des édifices importants communautaires. Pour Prawer, ce palais correspond au bâtiment à pavillons faisant face à la mer qui apparaît sur la carte de Marino Sanudo au XIV siècle (28). Selon Zorzi, ce n'est apparemment rien de plus qu'un immeuble de prestige. Le rez-de-chaussée comprenait seize boutiques, cédées à bail pour des loyers de 34 à 61 besants ; on louait douze petites pièces pour trois besants chacune ; onze pièces se partageaient le premier étage et dix pièces de différentes tailles le deuxième.

Près du Grand Palais du Fondaco, un autre grand immeuble de ce genre, à trois étages, contenait dix logis, mais aussi des magasins appartenant à la commune, qui y stockait des pierres, de la craie et du bois (29).

Il partageait un escalier extérieur avec le Grand Palais du Fondaco (30). Au nord du quartier vénitien, le palais du Bailli était un bâtiment de un ou deux étages, avec de grandes boutiques au rez-de-chaussée ; à l'extérieur, sous un portique ou une loggia, les marchands déployaient leurs marchandises sur huit bancs (tabule sive banche) (31). Tels étaient les principaux palais dans le quartier vénitien, mais il en y avait aussi plusieurs autres : une maison à étage avec onze pièces et une maison de trois étages dans le Fondaco, possédant une étable au rez-de-chaussée (32). Les descriptions de l'inventaire génois sont beaucoup moins détaillées ; il mentionne seulement l'existence de palais, sans donner beaucoup de détails sur leur distribution interne.

Comme la plupart des bâtiments d'Acre, ces édifices étaient construits avec le grès local. Parfois, cependant, les solides piliers en pierre de plus d'un mètre de section étaient montés en pierre de taille calcaire, bien dressée. On ne distingue que sporadiquement un « layage » diagonal et des marques de maçons de facture typiquement franque, généralement dans des endroits protégés ; leur rareté est probablement due à l'érosion des surfaces des parements en grès (kurkar).

Comme on le voit dans le tableau en (fig. 9)
Maison Surface totale Mur Nombres de travées Nombres de piliers libres
9
7
8
4
5
138 m2
382,5 m2
156 m2
363,7 m2
231,8 m2
1,1 m
1,4 m
1 m
1,1 m
1,1 m
9
12
4
9
6
4
6
1
4
2

Les dimensions des rez-de-chaussée conservés sont comprises entre 138 et 382,5 m2. Si nous multiplions ces chiffres par trois ou quatre, en fonction du nombre des étages, qui n'ont pas survécu, nous avons une idée de superficie réelle offerte par ces bâtiments.

Le niveau du sol originel était plus bas qu'il ne l'est à présent. Aussi des fouilles seraient-elles nécessaires pour déterminer la hauteur exacte initiale des voûtes. Quoi qu'il en soit, les murs sont en moyenne conservés jusqu'à une hauteur d'au moins 6 m. Dans beaucoup de ces maisons, les structures ne sont pas uniformes. Dans certains d'entre eux la hauteur des travées varie. En outre, bien que ces bâtiments paraissent à l'extérieur de forme régulière, l'alignement des piliers est souvent déficient et leurs dimensions diffèrent, ce qui, par voie de conséquence, est aussi le cas des travées. La cause en est peut-être à rechercher dans l'existence de substructions plus anciennes, qui ont dû influencer la forme des superstructures, ainsi que la division de l'espace aux étages. Les arêtes et parfois la voûte entière sont construites avec des petites pierres en forme de briques, recouvertes d'enduit, dont des fragments s'observent çà et là. Des arcs doubleaux peuvent diviser les travées, dont les voûtes sont souvent percées d'ouvertures quadrangulaires et de conduits communiquant avec l'étage.

Un des meilleurs exemples de palais est situé dans le quartier génois (fig. 10)Plan d'un Palais Génois d'Acre
Plan du rez-de-chaussées d'un palais du quartier Génois
- (plan B, n° 7). Cet édifice a conservé son rez-de-chaussée pratiquement intact. Les étages ont été entièrement reconstruits au XIXe siècle, avec une ambition manifeste (33). A l'origine, on y accédait à l'ouest depuis une ruelle étroite et voûtée, sur laquelle ouvraient trois grandes portes : deux d'entre elles sont maintenant obturées ; la troisième a été murée, puis éventrée pour être remplacée par le grand portail actuel. Ces portes étaient manifestement des entrées de boutiques. Celles-ci sont fréquemment mentionnées dans les rez-de-chaussée des palais, par exemple au Palais du Bailli, qui avait des (stationes.. . subpalatio...) (34). Sur l'autre ruelle qui longeait le bâtiment au nord ouvraient au moins deux autres portes couvertes d'arcs, probables entrées de boutiques supplémentaires ; cet espace est maintenant occupé par un escalier conduisant à l'étage. L'intérieur est divisé en douze travées aux voûtes d'arêtes bien construites et pourvues d'arcs doubleaux. Il n'existe pas deux voûtes identiques : celle de la travée nord-est est considérablement plus basse que les autres ; souvent de forme irrégulière, les piliers ont des dimensions variées. On note l'existence de conduits dans au moins deux des piliers et d'ouvertures dans certaines voûtes. Il semble qu'il y avait une porte à l'arrière du bâtiment.

Dans une autre maison de ce genre, située dans le quartier pisan, un unique pilier central, de 1,12 m2 de section, supporte les retombées de quatre voûtes d'arêtes, couvrant 156 m2 (fig. 11)Plan d'un palais du quartier Pisan d'Acre
Plan d'un palais du quartier Pisan d'Acre
- (plan B, n° 8). La facture des voûtes est typique de ces maisons : le mortier de couleur crème, à forte teneur en chaux et en cendres, lie une maçonnerie en arêtes de poisson. Une porte ouvre à l'extrémité nord du mur occidental et le mur oriental est percé de deux fenêtres d'environ 1 m de large et 2 m de haut. On note, un peu au nord de la porte, un escalier extérieur et, à l'ouest, d'autres voûtes.

Dans le même quartier, une salle en ruines dénommée le « bâtiment du Rotary » (plan B, n° 9) jouxte une autre maison médiévale par son côté nord et communiquait probablement avec elle. Cette salle, qui mesure 363,7 m2, comprend neuf travées massives voûtées d'arêtes, dont deux, au sud-ouest, sont détruites (fig. 12)Voûtes du bâtiment dit du Rotary dans le quartier Pisan d'Acre
Voûtes du bâtiment dit « du Rotary » dans le quartier Pisan d'Acre
. Les voûtes, de belle qualité, sont portées par quatre gros piliers et douze pilastres. Considérant que le niveau du sol est beaucoup plus haut qu'il ne l'était dans le passé (comme on peut le voir par la présence des arcs enterrés sur le mur occidental), la hauteur originelle des voûtes doit avoir atteint environ 7 m.

Les maisons tours

Les maisons tours étaient probablement très répandues dans les quartiers des communes, mais sans doute pas autant que le suggère le pèlerin du XIVe siècle, Ludolph de Suchem, qui prétend qu'il y avait une tour à chaque coin de rue (35). Comme les tours de nombreuses villes italiennes, celles-ci n'étaient pas isolées, mais constituaient un élément d'une grande maison, telle la maison avec cour. Très peu de maisons tours ont survécu. On en a repéré une dans le quartier Pisan, contiguë à la loggia d'un premier étage (fig. 13)Tour à loggia quartier Pisan d'Acre
Tour faisant partie d'une maison à loggia du quartier Pisan d'Acre
- (plan B, n° 10). Une seconde est conservée dans le quartier génois (fig. 14)Tour dans le quartier Génois d'Acre
Tour dans le quartier Génois d'Acre
- (plan B, n° 11) (36).

Une fois de plus, les listes de propriétés nous donnent plus de renseignements concernant ces tours. Dans le quartier vénitien, on louait des pièces aux deux étages d'une tour ; au dessous, une voûte servait de prison (37). Dans le quartier génois, il y avait deux tours, la « Vieille Tour » et la « Nouvelle Tour », et les « Gestes des Chiprois » font référence à des tours seigneuriales des communes, qui possédaient des plates-formes de défense (hourds) (38).

Maisons de marchands avec magasins au rez-de-chaussée

Zorzi fait mention de maisons avec des boutiques au niveau de la rue et des logements au-dessus, par exemple une maison avec deux boutiques au rez-de-chaussée, deux pièces au premier étage et une au second. Une autre maison possédait une échoppe au rez-de-chaussée et une chambre à chaque étage (39). On a, semble-t-il, repéré à travers la ville des vestiges de ce genre de maisons, caractérisées par de grandes entrées, mais aucune n'a conservé un étage.

Maisons bâties sur des parcelles étroites

Dans la partie nord-ouest de la ville, on a identifié une rue bordée de maisons élevées sur des parcelles étroites et allongées. Kesten, qui appelle cette zone le « quartier rectangulaire » ou « burgus novus » (plan B, n° 12), les a ainsi décrites : ce sont « ...de petites unités construites à la file, avec en général une pièce unique en façade et des murs latéraux mitoyens. Le plan de base consiste en une pièce accessible depuis la voie publique, avec une petite cour centrale derrière et une seconde pièce au-delà. Autrefois, les maisons avaient un seul étage et ne dépassaient pas le niveau du mur (probablement le mur du burgus novus). Cette forme de bâtiment est répandue dans le quartier. Aujourd'hui encore, on peut distinguer quelques maisons de ce type, bien qu'elles soient souvent masquées par des structures additionnelles, spécialement des escaliers menant aux étages supérieurs, construits postérieurement » (40).

On trouve des maisons semblables ailleurs dans la ville. Dans un exemple du quartier pisan, on pénètre dans la demeure sur le côté ouest, sous une voûte en berceau (fig. 14)Tour dans le quartier Génois d'Acre
Tour dans le quartier Génois d'Acre
(plan B, n° 13) ; les trois travées du rez-de-chaussée sont voûtées d'arêtes et mesurent dans oeuvre 25,6 x 9 m. Au nord, l'édifice communique avec une ruelle étroite.

La longueur et la largeur de ces maisons peuvent varier considérablement, mais elles sont toutes allongées et étroites. Leur petit côté affronte la rue et comporte probablement une devanture de boutique. La plupart d'entre elles ne comptaient sans doute qu'un ou au maximum deux niveaux.

Sources : L'architecture en Terre Sainte au temps de Saint Louis - L'Architecture civile Franque à Césarée, Acre et Jérusalem de Adrian Boas

Notes — Recherches Archéologiques

9. La ville croisée d'Acre (la moderne Akko) est située sur un petit promontoire à l'extrémité nord de la baie de Haïfa (référence sur la carte 128-259).

10. Cette politique mamelouk de démantèlement des villes côtières et des forteresses eut pour but d'empêcher que se renouvelle le succès de la Troisième Croisade (1191-1192).
11. Avant la renaissance de la ville à époque ottomane, au XVe siècle, une très petite agglomération d'environ trois cent maisons, appelée « Acre la noeufe », se situait le long du port encore en activité. A partir de 1516, des marchands français se sont installés dans le « Khan al-Ifranj ». Sur cette activité de peuplement, voir B. Arbel, « Venerian Trade in Fifteenth Century Acre », Asian and African Studies, Haifa, t. 22, 1988, p. 227-288. Bertrandon de la Brocquière a rapporté que plus de trois cent maisons étaient situées à l'une des extrémités de la ville en ruines, à une certaine distance de la mer. Voir Bertrandon de la Brocquière, Le voyage d'Outremer, éd. C. Schefer, Paris, 1892, p. 27.
12. Pour une très bonne étude des sources écrites sur la ville croisée de Tyr, voir M. H. Chehab, Tyr à l'époque des Croisades, Bulletin du Musée de Beyrouth, t. 31, Paris, 1975-1979, 2 vol.
13. Ces marchands étaient le plus souvent des résidents saisonniers recherchant des villégiatures pour une période limitée, généralement pour une demi-année entre deux « passagia ».
14. A. Kesten, « Acre, the Old City, Surveys and Plans, 1962 », dans B. Dichter, TheMaps of Acre, An Historical Cartography, Akko, 1973, p. 70-98.
15. La présente discussion fait suite à une étude entreprise entre 1992 et 1995, dans le cadre d'une étude plus générale des immeubles domestiques francs. Voir A. J. Boas, Domestic Architecture in the Frankish Kingdom of Jérusalem, thèse non publiée de l'Université hébraïque de Jérusalem, 1995.
16. Dans l'étude entreprise pour cet article, 24 maisons au total ont été examinées ; 16 au moins sont des maisons à cour.
17. De telles entrées indirectes sont typiques de l'architecture domestique musulmane.
18. A. Kesten, « Acre. The Old City, Surveys and Plans, 1962 », dans B. Dichter, The Maps of Acre, an Historical Cartography, Akko, 1973, p. 15. Kesten a mené une étude des bâtiments de la période croisée en 1960-1961.
19. Distinguer les constructions datant des XIIe et XIIIe siècles de celles datant des XVIIIe et XIXe siècles n'est pas toujours aussi facile qu'on le pense. Beaucoup de bâtiments plus anciens possèdent aussi des voûtes similaires à celles des bâtiments de l'époque franque. Certaines caractéristiques de la maçonnerie franque, comme les surfaces à « layage » oblique les marques de maçons, très utiles à l'identification, ont disparu à cause de l'érosion de la pierre de molasse utilisée.
20. Au-dessus des portes donnant sur la cour se trouve un des linteaux sculptés auquel fait référence Kesten. Il comporte deux rosettes et une croix ; il n'est pas de facture franque et semble être l'oeuvre de moines grecs orthodoxes du monastère adjacent.
21. Sur l'utilisation des marques de maçonnerie pour identifier les bâtiments francs, voir C. Clermont-Ganneau, Archeological Researches in Palestine during the years 1873-1874, vol. 1, trad. Aubrey Stewart, London, 1899, p. 1-38 ; D. Pringle, « Some Approaches to the Study of Crusader Masonry Marks in Palestine », Levant, t. 13, p. 173-199.
22. Mablaq est une technique courante dans l'architecture musulmane, en particulier pendant la période mamelouk, mais elle se retrouve aussi dans l'architecture franque, comme dans la chapelle du château de la mer à Sidon.
23. A l'époque de notre étude la maison était divisée en deux propriétés ; la partie occidentale était inoccupée, sous scellés, et ne pouvait être visitée. Toutefois, la plus grande partie du rez-de-chaussée (195 m2) a été examinée.
24. D. Behtens-Abouseif, Islamic Architecture in Cairo, Leiden, New-York, Copenhague, 1989, p.35.
25. La fouille a été entreprise par le Service des Antiquités d'Israël en 1994.
26. O. Berggotz, Der Berkbt des Marsiglio Zorzi, Francfort-sur-le Main, Bern, New-York, Paris, 1990, p. 172-181.
27. J. Prawer, Crusader Institutions, Oxford, 1980, p. 239.
28. Pour cette carte, voir B. Dichter, The Maps of Acre, Acre, 1973, p. 18, 21-24.
29. O. Berggotz, op. cit. note 26, 1990, p. 177.
30. Tous ces bâtiments semblent avoir eu des escaliers extérieurs, fait inhabituel dans l'habitat franc, tant public que privé. En général, les escaliers sont toujours le plus souvent internes et construits dans l'épaisseur des murs, afin d'économiser l'espace. Ici cette caractéristique permet d'identifier ces bâtiments comme italiens plutôt que typiquement francs.
31. O. Berggotz, op. cit. note 26, 1990, p. 172-173 ; J. Prawer, op. cit. note 27, 1980, p. 233.
32. O. Berggotz, op. cit. note 26, 1990, p. 177.
33. La construction massive franque, avec murs et piliers généralement d'un mètre d'épaisseur, a été idéale pour supporter la charge des grandes maisons construites au-dessus.
34. O. Berggotz, op. cit. note 27, 1990, p. 172.
35. « A chaque coin de rue, se dressait une grande tour flanquée d'une porte à chaînes de fer », Palestine Pilgrims Text Society, 13 vol., Londres, 1890-1897, 12/3, p. 51.
36. Au moment de l'étude, on pouvait encore observer ces maisons de l'extérieur.
37. O. Berggotz, op. cit. Note 27, 1990, p. 177. Les tours servaient à l'occasion de prisons ou alors contenaient des prisons. En 1198, le roi Aimery a donné une turris carceris à Guillaume de Petra, Regesta Regni Hierosolymitani, éd. R. Rohricht, Innsbtuck, 1893, n° 746.
38. Cornelio Desimoni, « Quatre titres des propriétés des Génois à Acre et à Tyr », Archives de l'Orient latin, p. 215 et sq. ; Gestes des Chiprois, Publications de la Société de l'Orient Latin, Série historique, éd. G. Raynaud, Genève, 1887, p. 151.
39. J. Prawer, op. cit. note 27, 1980, p. 236.
40. J. Prawer, op. cit. note 27, 1980, p. 236.

Sources : L'architecture en Terre Sainte au temps de Saint Louis - L'Architecture civile Franque à Césarée, Acre et Jérusalem de Adrian Boas

Acre Topographie

Etude sur la Topographie de la ville Acre au XIIIe siècle
La ville d'Acre (Legend plan Acre), devenue au XIIIe siècle capitale du royaume latin, passait alors pour la première place de guerre de la terre sainte.

C'était, en même temps, le grand entrepôt commercial de cette partie du bassin de la Méditerranée. A côté des Vénitiens, des Pisans et des Génois, les marchands des autres grandes villes maritimes, comme Marseille, Montpellier, Ancone et Barcelone, y possédaient des comptoirs approvisionnés des produits de l'Orient par les négociants arabes de Mossoul, de Damas et d'Alexandrie (1).

On rencontrait dans ses rues de nombreux étrangers de toutes conditions et on y entendait parler les langues et les idiomes les plus divers.

Burcard de Mont-Sionqui visita Acre en 1284 décrit ainsi le site et l'aspect de cette ville : « Accon autem civitas munita est muris, antemuralibus, turribus et fossatis et barbacanis fortissimis, triangulam habens formam, ut clypeus, cujus duae partes junguntur mari magno. Tertia pars campum respicit (2). »

Malheureusement il ne reste presque plus rien de ces murailles célèbres, en avant desquelles se voyaient, près de l'église Saint-Nicolas « extra muros, » les deux cimetières de la ville : celui de Saint-Michel et celui de Saint-Nicolas.

« En arrivant (à Acre) on nous conduisit à la douane qui est un caravansérail destiné à recevoir les caravanes. »

« Vis-à-vis de la porte il y a des bancs recouverts de tapis où se tiennent les écrivains de la douane, qui sont chrétiens; ils ont des encriers en ébène dorés et bien ornés et font les écritures en arabe, langue qu'ils parlent également. »

« Celui qui est à leur tête et qui est fermier de la douane s'appelle simplement chef, titre tiré de l'importance de sa charge... Tout ce qui est perçu par eux appartient au fermier des douanes, qui paie une très forte somme au gouvernement. »
« Ce fut dans ce lieu que les marchands de notre compagnie transportèrent leurs marchandises et ils s'installèrent à l'étage supérieur de l'édifice. Quant aux gens qui n'avaient pas de marchandises, on examina leurs bagages, puis on les laissa aller. On procéda à ces opérations avec douceur et mansuétude, sans aucune violence ni surcharge. »

Nous savons également par le même auteur que les musulmans possédaient alors une mosquée dans Acre.

Un cimetière arabe -G- qui se trouve à 900 mètres environ à l'est de la ville moderne a remplacé ici, comme à Jérusalem, le cimetière latin du moyen âge et indique la position de ce lieu de sépulture, qui s'étendait entre les ouvrages établis en avant de « la tour neuve du roi Henri » et le Tell-el-Foucar nommé au moyen âge le Toron, seul tertre existant à l'est d'Acre et que nous trouvons signalé en ces termes, par le continuateur de Guillaume de Tyr, dans sa relation du siège de cette ville par le roi Guy de Lusignan : « Quant li rois Guis vint devant Acre si se herberja sus un toron qui devant Acre estoit sor le cimetière de Saint-Nicolas (3). »

Les récits des chroniqueurs et des pèlerins qui visitèrent Acre à cette époque nous apprennent que les courtils ou jardins de la ville s'étendaient, de ce côté, jusqu'au Belus (Nahar Kourdaneh), qui alors, comme de nos jours, faisait tourner plusieurs moulins (4).

Malheureusement, comme je l'ai dit plus haut, l'église Saint-Nicolas-du-Cimetière (5) ayant complètement disparu (6) et les murs d'Acre n'ayant laissé presque aucun vestige de ce côté, les seuls jalons qui nous restent pour reconstituer cette partie des abords de la ville sont : la jetée orientale du port, une dépression -A- qui paraît être l'ancien fossé creusé au pied des murs, et le Tell-el-Foucar sur lequel s'élevaient alors les fourches patibulaires d'où lui était venu le nom de « morts mspensorum (7), sous lequel nous le trouvons désigné dans des documents contemporains.

Les Templiers possédaient plusieurs pièces de terre de ce côté, notamment un jardin situé entre le cimetière Saint-Nicolas et ce tertre (8).

Grâce aux traces des anciens fossés, j'ai pu établir d'une façon régulière la mesure géométrale de la superficie de la ville au moyen âge.

Acre mesurait environ 1,700 mètres de longueur maxima, c'est-à-dire parallèlement à la mer, et un peu plus de 1,000 mètres dans sa plus grande largeur de la mer à la tour angulaire (tour neuve du roi Henri).

Elle était divisée en deux : la cité proprement dite et le quartier de Montmusart, formant la partie nord de la ville.

Nous ne possédons malheureusement que peu de renseignements contemporains sur la topographie d'Acre, et ce n'est guère que par les iconographies que nous avons une idée approximative des divers quartiers de la ville.

Les seuls plans modernes de cette ville et de ses environs sont :
1. celui qui fait partie des archives de l'expédition d'Égypte;
2. celui du colonel Paultre ;
3. celui des fortifications modernes, relevé en 1840 par le commandant du génie Burton.

Dans les deux premiers de ces documents on trouve, exactement tracés, les vestiges du grand fossé couvrant au nord et au nord-est le quartier ou bourg de Montmusart. Le plan de Paultre indique un certain nombre d'arasements de murailles, pour la plupart disparus aujourd'hui, mais dont j'ai pu relever moi-même quelques traces au mois de décembre 1859.

On voyait alors en -B-, à l'extrémité ouest du fossé, là où il aboutit au rivage, les fondations d'une énorme tour ronde. De ce point, jusqu'aux glacis de la place, on reconnaît encore sans peine les traces du mur qui bordait la ville du côté de la mer.

Au moment du siège de Saint-Jean-d'Acre par Bonaparte, outre la tour ronde angulaire dont je viens de parler et qui est désignée dans le plan sous le nom de tour du Diable, on voyait encore la base d'une autre tour vers le point -C-, ainsi que l'arasement du rempart de la face nord-est de Montmusart.

Les traces de la muraille qui, au moyen âge, séparait ce quartier de la ville proprement dite, sont indiquées sur une longueur assez notable par Paultre, et la ligne qu'elles formaient passait près du pied du glacis des nouvelles fortifications d'Acre.

Les travaux du siège de 1799 et de celui entrepris par Ibrahim-Pacha en 1832, ainsi que la construction des nouveaux ouvrages d'Acre en 1837, ont fait disparaître la plupart de ces vestiges de la ville du moyen âge. A ce titre, le plan du colonel Paultre est doublement précieux.

Nous savons par les documents officiels de la campagne de Syrie que les travaux de siège de l'armée républicaine eurent pour point de départ, le 20 mars 1799, les fossés est et nord-est de l'ancienne ville.
A la suite du tremblement de terre de 1199, les murailles d'Acre furent en grande partie reconstruites.

Voici comment Wilbrand d'Oldenbourg parle de ces ouvrages et décrit la ville d'Acre :
« Hec est civitas bona et fortis, in littore maris sita, ita ut, dum ipsa in dispositione sit quadrangula, duo eius latera angulum constituentia a mari cingantur et muniantur ; reliqua duo latera fossa bona et larga et profunda funditus murata et duplici muro turrito pulchro ordine coronantur, eomodo, ut prior murus suis cum turribus ipsam matrem non excedentibus a secundo et interiore muro, cujus turres altae sunt et validissimae, prospiciatur et custodiatur (9). »

De ce passage nous devons conclure que ces murailles, élevées en même temps que celles de Tyr, du Château-Pèlerin et de Tortose, devaient présenter la plus grande analogie avec celles de ces forteresses.

De toutes les iconographies des villes de la terre sainte qui nous ont été laissées par le moyen âge, celles d'Acre paraissent de beaucoup se rapprocher le plus de la vérité, tant pour la position relative des édifices, si nous en jugeons par ceux dont les restes fixent, pour nous, d'une manière indiscutable, les emplacements, que pour le tracé général des murailles de la ville et des tours qui les défendaient.

Les voies figurées dans ces iconographies n'indiquent, à coup sûr, que les grandes artères circonscrivant les divers quartiers de la ville. Quant aux nombreuses rues sillonnant Acre en tous sens, nous connaissons les noms d'un certain nombre d'entre elles, mais sans pouvoir en préciser l'emplacement.

Les iconographies d'Acre que nous possédons sont au nombre de quatre.

La première a été publiée par Bongars et reproduite sous forme de plan historique par d'Anville.

Deux autres, dont je me suis servi, sont tirées, la première d'un manuscrit de la Bibliothèque du Vatican (11), et c'est celle que je reproduis ici; la seconde du n° 3939 du fonds latin des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris.

Ces trois documents sont presque identiques et ne présentent que de légères variantes permettant plutôt de les compléter les uns par les autres.

Quant à la quatrième, qui se trouve à la Bibliothèque du Musée Britannique, elle a été publiée par Jomard (Monuments de la géographie, plan 5).

Ce dernier document diffère assez des précédents et paraît loin de présenter les mêmes garanties d'exactitude. La forme donnée à la ville d'Acre par les trois premières répond parfaitement aux descriptions de Burcard de Mont-Sion et de Wilbrand d'Oldenbourg.

La double muraille garnie de tours qui couvrait Acre à l'est et au nord-est s'y trouve représentée avec l'indication des noms de plusieurs tours et de ceux des principales portes s'ouvrant, tant dans les remparts proprement dits, que dans le mur séparant la cité d'Acre du quartier de Montmusart.

Nous savons que les murs d'Acre étaient flanqués de grosses tours, généralement barre-longues; qu'ils formaient, dit Wilbrand d'Oldenbourg, deux lignes de défense et qu'en avant de la première, commandée par la seconde, régnait un large et profond fossé dont il subsiste encore des traces très reconnaissables.

Il y avait alors des règles et des formules pour l'architecture militaire comme il en existait pour l'architecture religieuse et civile. Ainsi, en prenant pour point de comparaison les défenses de Tortose et du Château-Pèlerin et en reportant sur le terrain les dispositions indiquées par les iconographies, nous serons amenés à conclure que si le tracé des murailles d'Acre présentait une analogie frappante avec celui des remparts du château de Tortose, il y a tout lieu de penser que, par leurs proportions, les tours d'Acre devaient se rapprocher plutôt de celles du Château-Pèlerin et par leur forme de celles de Césarée, mais en étant plus saillantes sur les courtines.

La face orientale des remparts d'Acre formait un front oblique s'étendant de la mer à la tour ronde dite tour neuve du roi Henri pour l'avant-mur, et pour la seconde ligne à la tour Maudite, placée à l'angle nord-est de ce second rempart. Chacune de ces murailles était flanquée de cinq tours, en comptant les deux ouvrages que je viens de nommer.

Si, comme tout donne à le penser, la légère dépression -A- indique l'ancien fossé, et que l'on trace, d'après les arasements figurés dans le plan du colonel Paultre, la muraille qui séparait la cité d'Acre du quartier de Montmusart, on aura, par l'intersection des lignes ponctuées, la position des tours Maudite et du roi Henri, la première à 520 mètres de la mer et la seconde à 600 mètres environ, si nous adoptons la distance de 40 mètres comme celle séparant les deux murailles. A Tortose, au Krak-des-Chevaliers et au Château-Pèlerin, la distance qui séparait les deux enceintes sur les points vulnérables n'excédant jamais ce chiffre.

Voici les noms qui nous sont parvenus des tours flanquant chacun de ces remparts. A l'angle nord du premier mur se voyaient la tour neuve du roi Henri, puis la tour Saint-Nicolas, celle des Bouchers, celle du Pont dite aussi tour du Légat (12) Quant àla cinquième, bâtie dans la mer à une certaine distance du rivage et où se terminait le rempart, son nom nous est encore inconnu.

Entre ces tours principales il devait exister des saillants secondaires et d'une moindre importance, à en juger, du moins, par le passage suivant extrait d'une des chartes du Cartulaire de l'Ordre Teutonique : « Et aliam parvam turrem in cantone murorum civitatis a parte orientali (13). »

Or le grand espace séparant les cinq tours dont je viens de parler, et qui aurait été en moyenne de 140 mètres d'axe en axe, donne beaucoup de fondement à cette conjecture.

Pour la seconde muraille, l'iconographie de la Bibliothèque du Vatican, que je reproduis ici, nomme tours des Génois les deux saillants les plus rapprochés de la mer. La troisième tour n'a pas de nom et la quatrième, qui précède la tour maudite est appelée tour des Pèlerins.

Nous savons qu'à Acre, comme au château de Tortose, de vastes magasins voûtés formant place d'armes étaient adossés aux remparts de la ville (14).

Les portes et poternes s'ouvrant dans cette partie des murs d'Acre étaient celles du Pont ou du Légat, ainsi que celles de Saint-Nicolas et de Saint-Thomas. Cette dernière, qui semble n'avoir été qu'une simple poterne, paraît avoir tiré son nom d'un couvent des frères de Saint-Thomas qui était contigu à l'hôpital Notre-Dame des Allemands.

D'après Sanudo, une porte était percée dans la courtine de la seconde enceinte près de la tour Maudite et en avait pris le nom.

Comme à Tortose et au Château-Pèlerin, ces portes paraissent s'être ouvertes dans le flanc ou sous le commandement des ouvrages dont elles portaient le nom. C'est du moins ce que nous devons conclure du passage suivant, extrait d'une des chartes constituant le cartulaire des chevaliers de l'ordre Teutonique : « Concedo... turrem, quae est super portam Acconis quae porta appellatur porta Sancti Nicholai... porta, quae est sub turre, per quam intratur et exitur de villa (15). »

Ces ouvrages devaient donc présenter une très grande analogie avec la tour-porte du château de Tortose, dont la saillie sur la courtine est de 17 mètres (16).

Sur les divers points du périmètre des anciennes murailles d'Acre, où se retrouve la trace des fossés, la dépression mesure, aujourd'hui, de 45 à 50 mètres en largeur ; mais il faut tenir compte, ici, de la nature du terrain qui, loin d'être de la roche vive, comme à Tortose, est d'une nature sablonneuse, s'éboulant facilement, de telle façon que l'excavation s'est élargie en se comblant.

Comme ce côté de la ville était le plus exposé aux attaques de l'assiégeant, on avait élevé dès l'origine, en avant de la première muraille, des ouvrages avancés tels que des barbacanes et des lices en palis plantées sur des terrassements précédés de fossés et renforcés de tourelles et de murailles crénelées; ouvrages analogues à ceux dont j'ai plusieurs fois trouvé des traces aux abords des châteaux que j'ai relevés en Syrie (17).

Nous savons par Marino Sanudo et par Amadi que tous ces ouvrages furent réédifiés en maçonnerie et complétés par des tours d'une défense sérieuse quelques années avant le siège de 1291. Dès le commencement du XIIIe siècle on remplaçait déjà, en Europe, nous dit Viollet-le-Duc (18), les lices et les barbacanes de bois par des enceintes extérieures et des barbacanes en maçonnerie. Sanudo cite notamment une tour que Jeanne d'Alençon, la comtesse de Blois, fit ajouter en 1287 à la barbacane de la porte Saint-Nicolas.

Plusieurs autres ouvrages analogues se voyaient en avant de cette partie des murs d'Acre et on y accédait par des ponts, les uns en bois, les autres en maçonnerie, ainsi que nous l'apprend le même auteur.

La grande barbacane de la porte de Laon à Coucy est, je crois, de tous les édifices militaires remontant au XIIIe siècle parvenus jusqu'à nous, celui qui doit présenter le plus d'analogie avec les barbacanes d'Acre, tant par ses vastes proportions (90 mètres de diamètre) que par les tours qui la défendaient et le viaduc en maçonnerie qui reliait son terre-plein à une poterne s'ouvrant dans les murs de la ville.

J'ai dit plus haut que l'angle nord-est de la première enceinte d'Acre était formé par un grand ouvrage circulaire nommé tour neuve du roi, élevé par Henri II, roi de Chypre et de Jérusalem.

En avant s'étendait une première défense appelée barbacane du roi Hugues, et qui eut à supporter les premières attaques des Musulmans au mois de mai 1291.

Sanudo, après avoir décrit les travaux d'approche des Musulmans dirigés contre la barbacane du roi Hugues et celle de Saint-Nicolas (19), dit que le roi Henri de Chypre arriva le 4 mai au secours de la ville assiégée, avec deux cents chevaliers et cinq cents fantassins; puis il ajoute : « Et octavo die ejusdem mensis destruxerunt (le roi de Chypre et ses chevaliers) sbaralium (sive barbacanum) regis Hugonis, imposueruntque ignem ; pontem quoque muro adhaerentem similiter : quia aliquibus videbatur quod haec defendere non valerent (20). »

Il y a donc à conclure de ce passage que la barbacane dite du roi Hugues était en charpente ou tout au moins munie de hourds en bois et que c'était un pont de « fust » qui la reliait à la tour neuve du roi.

C'est par ce point que les Musulmans pénétrèrent dans la ville en s'emparant de la tour neuve où commandait le prince de Tyr. « Sarraceni autem XV madii violenter ceperunt turrim rotundam novam Regis quae erat ante turrem Maledictam (21) et intraverunt Sarraceni per dictam turrim novam, toto conatu, usque ad barbacanum, et obtinuerunt ; inde per pontem lapideum, quem fecerant christiani, ut per eum a magno muro ad barbacanum transirent, civitatem ingressi sunt, diverteruntque ; aliqui versus portam Sancti Nicolai, alii versus portam Legati. Tunc christiani fugam capiunt versus mare ; et Sarraceni, per scalas libere muros ascendunt, et infra civitatem jam omnia occupant... »

La panique fut telle, à ce moment, chez les chrétiens, que le grand maître du Temple, celui des chevaliers Teutoniques et Jean de Grailly ne purent réoccuper les ouvrages dont les Musulmans venaient de se rendre maîtres, et qu'ils furent refoulés dans les rues de la ville par la masse des fuyards. Sanudo raconte ensuite l'entrée des Musulmans dans Acre : « Post haec videntes Turchi quod nulla esset defensio ad portam turris Maledictae in civitatem intrantes, etc. »

Il paraît donc certain que le second mur fut enlevé sans combat et que ce fut par une porte sans défense que les Sarrazins pénétrèrent dans la ville.

Mais il est temps de revenir à la description des autres parties des murailles d'Acre. De la tour neuve du Roi et de la tour Maudite les deux remparts s'infléchissaient à angle droit de l'est à l'ouest jusqu'à la porte Saint-Antoine, qui se trouvait à l'angle sud-est du quartier de Montmusart.

Les iconographies sont toutes d'accord pour n'indiquer que deux tours à chaque rempart sur cette face. Toutes également sont unanimes pour désigner les deux tours de la première enceinte : la première, près la Tour Neuve du Roi, sous le nom de Tour des Anglais, et la seconde sous le nom de Tour des Vénitiens.

L'iconographie vaticane nomme tour du Sang celle des tours du second mur qui est voisine de la tour Maudite. C'est ce mur qui, se prolongeant directement vers la mer, séparait le quartier de Montmusart de la cité d'Acre.

La porte Saint-Antoine s'ouvrait dans l'angle rentrant formé par le point de jonction des remparts du quartier de Montmusart avec le mur dont je viens de parler. Elle tirait son nom du couvent qui en était voisin. Le mur qui nous occupe paraît avoir été précédé d'un fossé vers le nord (22)

Le château d'Acre était à cheval sur cette muraille (23).

Quatre portes percées dans ce rempart entre le château et la mer mettaient en communication les deux parties de la ville.

La plus rapprochée de la mer était la porte Saint-Michel; elle tirait son nom de l'église voisine, placée sous le vocable de ce saint.

La suivante s'appelait la porte Neuve.

La troisième était dite porte de l'Hôpital, à cause du voisinage de cette maison.

La quatrième enfin, qui était en même temps la plus rapprochée du château, porte Notre-Dame.

Ces différents noms sont un des renseignements tout à fait nouveaux que nous trouvons dans l'iconographie de la Bibliothèque du Vatican et dans celle du manuscrit de Paris.

Passons maintenant à l'étude des remparts qui défendaient vers l'est le quartier de Montmusart.

J'ai déjà dit que le fossé qui régnait en avant de cette partie de la ville est encore très visible sur presque tout son développement.

On reconnaît, à première vue, qu'il formait vers le milieu un angle obtus au lieu de la ligne droite figurée dans les iconographies.

Le plan de Paultre porte l'indication d'arasements d'une portion de ce mur qui, à partir de l'emplacement de la porte Saint-Antoine, était encore reconnaissable le long du fossé sur une longueur de 360 à 380 mètres, au mois de mars 1799.

Les iconographies sont d'accord pour figurer cinq tours à chacun de ces remparts, dont Joinville attribue la reconstruction ou tout au moins la restauration au roi saint Louis.

Il est probable, comme je l'ai déjà dit, que ces documents graphiques n'ont mentionné ici que les ouvrages principaux; car le développement du fossé, en avant de cette partie des murs, ne mesure pas moins de mille soixante mètres environ, de l'emplacement de la porte Saint-Antoine à la mer, ce qui donnerait entre ces tours un écartement si considérable que nous devons préjuger l'existence entre elles de saillants secondaires (24).

Le grand ouvrage arrondi formant l'angle nord de l'enceinte d'Acre dont j'ai encore vu les substructions, et que nous trouvons désigné dans les documents modernes sous le nom de tour du Diable, paraît répondre à l'ouvrage muni de deux tours figurant à l'angle nord de l'iconographie du Vatican.

Il était, selon toutes apparences, destiné à défendre la porte Saint-Lazare que nous savons avoir été située à peu près en ce point.

Voici la description du mouillage d'Acre donnée par Marino Sanudo : « Accon autem portum habet, ibique unum scolium faciens dictum portum : ad quod scolium prodenses debent dari. Ab oriente autem turris est Muscarum; et si quem venire contigerit ad prefatum portum, naviget a longe a templo Sancti Andreae per tria milliaria, propter siccam (24) quae est super Sancto Andrea per rectum, donec viderit domum quae fuit conestabulis in turre Muscarum ; et tunc poterit facere viam portus et cum intraverit dictum portum naviget in tantum intra predictum, ut castrum Cayphae sive Porphyriae per medium pupis sui navigii relinquatur, tenens dictam Muscarum turrem per mediam proram navigii ante dicti : et hunc modum tenendo, secure ire poterit intra portum. »

Un bas-fond dangereux sur lequel on ne trouve pas plus de deux à trois mètres d'eau s'étend, en effet, à cinq encablures (980 mètres) en avant de l'angle sud-ouest de la ville.

Ayant déjà décrit l'ensemble du port d'Acre, je ne reviendrai pas ici sur ce sujet et je ne m'occuperai que de ses dépendances, c'est-à-dire de l'arsenal maritime.

Le mot « arsena », que nous lisons dans l'iconographie du Vatican vers l'extrémité sud du quartier

Sainte-Croix, ne saurait nous laisser aucun doute sur la destination des deux bassins -D- et -E-, aujourd'hui comblés, mais qui, communiquant avec le port, devaient présenter au XIIIe siècle une grande analogie avec l'arsenal de Pise dont M. Georges Rohault de Fleury a donné une si curieuse restitution dans son livre sur la Toscane au moyen âge.

Combien nous devons regretter qu'il ne subsiste plus de vestiges des bâtiments accessoires complétant alors cet établissement maritime, à coup sûr le plus considérable de la terre sainte et dont M. Michaud vit encore les restes en 1831 (25) !

Divisée en quartiers distincts ou vici fermés de portes ou de chaînes, Acre devait présenter alors plus d'un point de ressemblance avec les villes maritimes de l'Italie (26).

Les maisons des grands Ordres Militaires tenaient, tout à la fois, du château féodal et de ces palais fortifiés dont on voit encore des spécimens dans certaines villes de la Toscane. En outre, pendant le XIIIe siècle, Acre vit s'élever dans ses murs nombre de ces tours seigneuriales si répandues dans le nord de l'Italie (27).

Ici comme dans la plupart des villes d'Orient, chaque corps d'état occupait une rue qui portait son nom. De nombreuses voûtes, jetées sur les rues d'Acre, faisaient communiquer entre elles certaines maisons et, comme celles que l'on voit encore dans la plupart des villes du littoral syrien, ces voûtes contribuaient à la solidité des constructions auxquelles elles étaient appuyées en les prémunissant contre l'effet des tremblements de terre.

C'est par le sud, c'est-à-dire du côté du port, que je commencerai l'énumération des divers quartiers de la ville tels que nous les font connaître les textes contemporains ou les iconographies parvenues jusqu'à nous.

En pénétrant dans Acre par la porte Saint-Nicolas, on trouvait une rue commençant au pied de la tour des Pèlerins et séparant le quartier Saint-Roman de l'hôpital des Allemands, bâti sur l'emplacement de l'ancien hospice des Arméniens donné aux chevaliers Teutoniques en 1192 par le roi Guy de Lusignan.

Pockocke, qui visita les ruines d'Acre en 1739, indique, dans la description qu'il en donne, un point coïncidant avec la place assignée à cette maison par les iconographes, où se voyaient alors les ruines d'un ensemble considérable de bâtiments au milieu desquels étaient les restes d'une grande église dont une des clefs de voûte représentait la tête de saint Jean.

D'après la relation du siège, il y a tout lieu de penser que la rue dont je viens de parler était celle qui fut nommée jadis rue Saint-Roman (28). Le quartier d'où elle tirait son nom contenait plusieurs jardins, car nous le trouvons indiqué dans les iconographies sous la dénomination de Saint-Roman-des-Jardins. Dans cette même partie de la ville était situé le quartier et l'église Saint-Léonard, qui servit de poste de signaux aux Musulmans pendant le siège de 1191 (29)

A son extrémité occidentale la rue Saint-Roman ? Se bifurquait, formant deux voies qui entouraient le monastère des religieuses de Saint-Lazare. La première, se dirigeant au nord-ouest, aboutissait au château, pendant que la seconde, séparant la maison des religieuses de Saint-Lazare de l'hôpital des chevaliers Teutoniques, paraît avoir été nommée alors rue des Allemands.

Vers le point où les iconographes placent l'abbaye des religieuses de Saint-Lazare dont je viens de parler, Pockocke signale les restes de « a very large and magnificent nunnery » dont une partie des bâtiments ainsi que la chapelle étaient encore très reconnaissables quand il les vit.

Une longue rue commençant aux murailles est de la ville, ayant sur son côté droit la maison des

D'après la relation du siège, il y a tout lieu de penser que la rue dont je viens de parler était celle qui fut nommée jadis rue Saint-Roman (28). Le quartier d'où elle tirait son nom contenait plusieurs jardins, car nous le trouvons indiqué dans les iconographies sous la dénomination de Saint-Roman-des-Jardins. Dans cette même partie de la ville était situé le quartier et l'église Saint-Léonard, qui servit de poste de signaux aux Musulmans pendant le siège de 1191 (29)

A son extrémité occidentale la rue Saint-Roman ? Se bifurquait, formant deux voies qui entouraient le monastère des religieuses de Saint-Lazare. La première, se dirigeant au nord-ouest, aboutissait au château, pendant que la seconde, séparant la maison des religieuses de Saint-Lazare de l'hôpital des chevaliers Teutoniques, paraît avoir été nommée alors rue des Allemands.

Vers le point où les iconographes placent l'abbaye des religieuses de Saint-Lazare dont je viens de parler, Pockocke signale les restes de « a very large and magnificent nunnery » dont une partie des bâtiments ainsi que la chapelle étaient encore très reconnaissables quand il les vit.

Une longue rue commençant aux murailles est de la ville, ayant sur son côté droit la maison des Allemands, l'abbaye Saint-Lazare et Notre-Dame-des-Chevaliers, séparait ces divers établissements du quartier Sainte-Croix. Ce dernier, aboutissant à la mer, tirait son nom de l'église placée sous ce vocable qui était la cathédrale d'Acre et dans laquelle se voyait le tombeau de Henri de Champagne, roi de Jérusalem (30).

C'est encore dans le quartier Sainte-Croix que s'élevait le patriarcat latin.

La fonde des Vénitiens était sur le port ; elle formait un quartier assez considérable comptant un grand nombre de maisons et de magasins, car dans la relation du baile de Venise en Syrie, Marsile Georges (en 1244, (31), nous ne comptons pas moins de cent sept immeubles énumérés comme possédés par la commune de Venise, plus un palais et une église sous le vocable de Saint-Marc, près de laquelle s'élevait la tour des Vénitiens; car, comme je l'ai dit, on retrouvait à Acre ces tours seigneuriales couronnées de créneaux et munies de hourds, qui sont un des traits les plus caractéristiques et les plus originaux des villes italiennes du moyen âge.

Le quartier et la tour des Génois avaient été démolis en 1256 à la suite du double désastre naval essuyé par la flotte génoise en vue du port de Tyr, puis entre (Caypha) Haïfa et Acre, pendant la guerre qui venait d'éclater alors entre les deux républiques de Venise et de Gênes (32).

La tour fortifiée des Génois était nommée turris Muzoïa ou Amuzoïa; c'est sous ce second nom que nous la trouvons désignée dans l'iconographie de Marino Sanudo qui la place vers l'angle sud-est du quartier (33). C'est de ce même côté qu'étaient le monastère et l'église de Saint-Saba, que se disputèrent, les armes à la main, les Génois et les Vénitiens, et qui furent attribués en 1256 par le pape Alexandre IV à ces derniers (34).

Ce quartier des Génois est cependant figuré, dans notre iconographie d'Acre, comme situé entre les maisons du Temple et de l'Hôpital.

Immédiatement après le quartier des Vénitiens venait celui des Pisans ; il était limité au nord et à l'ouest par deux rues formant équerre et aboutissant toutes deux à la mer. C'est dans les murs de cette partie de la ville que s'ouvrait sur le môle du port la poterne désignée dans les iconographies sous le nom de porta Ferrea, et dont l'emplacement est marqué de nos jours par la poterne nommée Bab-el-Bahar (porte de la Mer).

Comme les Vénitiens et les Génois, les Pisans avaient bâti une tour seigneuriale dite tour des Pisans.

Entre la rue qui limitait à l'ouest le quartier dont je viens de parler et la mer s'élevaient :
1. - A l'extrémité sud de la ville, l'église Saint-André, grand vaisseau à trois nefs, décrit par Corneille de Bruyn et Pockocke qui le virent debout au XVIIIe siècle et dont il subsistait encore quelques restes il y a moins de vingt ans;

2. - La maison du Temple. Cet édifice paraît avoir été le plus considérable d'Acre. Il était borné à l'ouest par la mer, vers l'est par la rue dite des Pisans et par la rue Saint-Anne au nord (35).

Il existait antérieurement à la prise d'Acre par Salah-ed-Din, puisqu'en 1182 le pèlerin Théodoricus cite ce palais et la maison de l'Hôpital comme les édifices les plus considérables de la ville.

Le Père Léandre de Sainte-Cécile et Pockocke l'appellent le château de Fer, nom sous lequel ses ruines étaient désignées au XVIIIe siècle.

Nous savons par Amadi que la porte de ce palais s'ouvrait au pied d'une tour carrée cantonnée de tourelles à ses angles et au sommet desquelles se voyaient quatre lions passant en métal doré, qui avaient coûté quinze cents besans sarrazins (36).

Florio Bustron dit que les murs de la maison du Temple avaient trois cannes et demie d'épaisseur.

Une autre tour s'élevait à l'angle de ce château sur la rue des Pisans.

La voie bordant au nord l'édifice qui nous occupe et vers laquelle était placée la partie du château habitée par le grand maître, paraît avoir porté le nom de rue Sainte-Anne

La tour la plus voisine de ce logis servait de clocher à la chapelle des chevaliers.

Vers la mer et dominant la poterne qui s'ouvrait de ce côté, se voyait une autre tour dont Amadi attribue la fondation aux Arabes pendant la période où ils furent maîtres d'Acre (37).

L'hôpital Saint-Jean s'élevait au centre de la ville et était divisé en deux parties : la maison des infirmes et l'église Saint-Jean, qu'une rue séparait de la maison de l'Hôpital, dite le Manoir des Frères. De tous les anciens édifices d'Acre, c'est celui dont il subsiste le plus de restes. Ces ruines furent restaurées grossièrement au XVIe siècle par l'émir Faker-ed-din qui s'en fit un sérail transformé aujourd'hui en hôpital militaire -F- et dont une partie forme le konak du pacha.
Quand, en 1739, Pockocke visita ce palais, il y trouva encore plusieurs salles du moyen âge fort bien conservées.

Moi-même, en 1859, j'ai pu y constater la présence de nombreux restes d'architecture du XIIIe siècle, que le mauvais vouloir du pacha gouverneur d'Acre m'empêcha de relever.

Dans la relation de son second voyage en Orient, en 1745, le père Léandre de Sainte-Cécile raconte que les chrétiens d'Acre se rendaient processionnellement, chaque année, le jour de la Saint-Jean, dans les ruines de l'église de l'Hôpital et y officiaient solennellement en présence du consul de France.

M. de Mas Latrie dit avoir vu encore quelques vestiges de cette église quand il visita Acre en 1845.

Les chevaliers de l'Hôpital possédaient, en outre, dans le quartier de Montmusart, un autre palais dit l'Auberge ou le Logis de l'Hôpital, que nous trouvons indiqué, dans les iconographies d'Acre, sous ce premier nom.

On y remarquait, lisons-nous dans Amadi, une superbe grande-salle mesurant 150 cannes de longueur et une vaste cour où avaient été célébrées en 1286 les fêtes du couronnement du roi Henri de Lusignan (39). Non loin, à l'est de la maison de l'Hôpital, sur le mur séparant Acre de Montmusart, s'élevait le château; il était grand et beau, dit encore Amadi, mais n'avait de fossés que du côté de Montmusart.

A l'ouest de l'Hôpital s'étendait le quartier nommé Bouverel ou Boverel.

Entre ce quartier et la maison du Temple, se trouvait le couvent des Frères Prêcheurs, bordé au nord et au sud par deux rues aboutissant à la mer, au bord de laquelle était située l'église de Saint-Michel, près de la porte s'ouvrant sur Montmusart, à laquelle elle donnait son nom.

En pénétrant dans Montmusart par cette porte, on trouvait, à droite, une rue longeant le fossé de la ville et qui semble avoir été nommée rue de Montmusart.

Dans toutes les iconographies, nous voyons une longue voie parallèle à la mer allant de la porte Saint-Michel à celle de Saint-Lazare, qui était à l'angle nord de Montmusart, au pied de la tour du Diable.

En bordure sur cette rue, du côté de la mer, s'élevaient à partir de la porte Saint-Michel :
D'abord la maison de la Trinité, située en face du quartier nommé Bourg du Temple.

Puis le couvent des religieux du Mont-Carmel.
Le monastère de Sainte-Brigitte et ses dépendances.
La maison des frères de Saint-Thomas, martyr (40)
Enfin la résidence des chevaliers hospitaliers de Saint-Lazare, en regard de laquelle se voyait, de l'autre côté de la rue, le grand hôpital limité au sud par la rue de Saphorie et au nord-est par la voie qui régnait le long des murailles de la ville.

Ensuite, faisant face à Sainte-Brigitte, se trouvait le vaste ensemble de constructions dont j'ai déjà parlé, sous le nom de Logis de l'Hôpital; il était dominé par une tour dite le Colombier de l'Hôpital.

Nous savons que les Francs (41) avaient emprunté aux Arabes l'usage des pigeons messagers ; il y a donc lieu de penser que cette tour était la station postale des hospitaliers de Saint-Jean.

A propos de cet édifice et des rues qui l'entourent, voici ce que nous lisons dans une charte publiée par Paoli :
« In Monte Musardo, ante turrim quae dicitur Columberius dictae domus Hospitalis, ex parte borreae inter rugam quae dicitur de Caldoreriis et rugam quae dicitur de Biscotto et viam quae vadit a dicta ruga de Biscotto ab oriente usque ad occidentem usque rugam dictam de Calderone seu de tribus Anellis (42) »

Ensuite venait le quartier de Bethlehem, borné par la rue du même nom, aboutissant à celui de Saint-Gilles.

C'est vers le même point que se trouvait le monastère de la Magdeleine dont l'abbesse figurait au nombre des suffragants de l'évêque d'Acre.

Le passage suivant d'une charte également publiée par Sébastien Paoli ne saurait laisser aucun doute à ce sujet : « ... Domus cum platea in suburbio civitatis Acconensis, in loco qui vulgariter dicitur Mons Musardus et affrontant (sic) ab oriente in via publica quae descendit a Sancto Egidio et vadit ad Magdalenam.... ab occidente in alia via publica, ab aquilone contiguae sunt nostro predicto monasterio Sanctae Mariae Magdalenae (43). »

L'hospice de Sainte-Catherine était situé entre la rue de Bethlehem et celle qui régnait au nord du quartier dit le Bourg du Temple.

D'après un autre document, le fief de l'église d'Ebron se trouvait placé dans le même quartier et à peu près en face de là maison de la Trinité (44).

Le bourg du Temple est figuré dans toutes les iconographies, mais nous savons peu de chose de cette partie de Montmusart.

La partie de Montmusart nommée Boveria Templi était au nord-est le long du rempart où s'ouvrait une porte dite de la Bouverie du Temple (45).

Dans la rue que je regarde comme ayant été nommée rue de Montmusart et qui venait aboutir à la porte Saint-Antoine, on trouvait sur sa gauche le quartier Saint-Denis, qui était ainsi placé au sud-est de celui de Saint-Gilles.

Le couvent des Frères Mineurs et l'hospice Saint-Antoine, qui donnait son nom à la porte dont je viens de parler, étaient situés entre le quartier Saint-Denis et le rempart.

C'est à cela que se borne, à peu près, ce que nous savons sur la topographie de la ville d'Acre au XIIIe siècle.

Outre les diverses églises et maisons religieuses que je viens de citer, on comptait encore à Acre, en 1254, celles de Saint-Etienne, Saint-Martin-le-Breton, Saint-Pierre-des-Pisans (46), de Saint-Barthélemy, Saint-Laurent, Saint-Georges et Sainte-Marie-Provinciale, ainsi que les monastères de Sainte-Anne, de Notre-Dame de Tyr, de Saint-Samuel, du Saint-Sépulcre, de Josaphat, de la Latine, des Repenties (47) et l'hospice du Saint-Esprit, sans compter les églises et les monastères des rites orientaux dont les noms ne nous sont point parvenus, car nous savons qu'à cette époque Acre était le siège d'un évêque jacobite et d'un prélat du rite grec. La cathédrale des Jacobites était placée sous le vocable de saint Pierre.
Etude sur la topographie de la ville d'Acre au XIIIe siècle. Par M. Le Baron REY Emmanuel-Guillaume. Société nationale des antiquaires de France, membre résidant. Paris 1879

Note Topographie de la ville d'Arce

1. Voici la description de la douane de cette ville donnée par Ibn-Djobaïr quand il la visita, au mois de septembre 1184, à son retour de la Mecque en Espagne.
2. Ap. Peregrinatores medii aevi quatuor, ed. Laurent. Leipsik, 1864, page 23.
3. Histoire occidentale des Croisades, Continuateur de Guillaume de Tyr, page 125.
4. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici, n° 91, page 72.
5. Codice diplomatico, tome I, n° 181, page 223.
6. Nous savons par Marino Sanudo que cette église fut abattue le 26 février 1265, en même temps que la tour dite des Moulins et les autres tours défendant les jardins, au moment où on s'attendait à voir Acre assiégée par le sultan Bybars.
7. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici, n° 86, p. 68.
8. Ibid.
9. Histoire occidentale des Croisades, tome II, page 245.
10. Ap. Peregrinatores medii aevi quatuor, ed. Laurent.
11, Vaticanus codex, n° 1960.
12. Amadi, Bibliothèque Nationale, manuscrits fonds italien, n° 387, page 192.
13. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici, n° 40, page 32.
14. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici, n° 29, page 25.
15. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici, n° 35, page 28.
16. Etude sur l'architecture militaire des Croisés, page 73.
17. Etude sur l'architecture militaire des Croisés, page 431.
18. Viollet-le-Duc, Architecture militaire, page 52.
19. Marino Sanudo, Secreta Fidelium Crucis, Bongars, page 230.
20. Ibidem., page 231.
21. Marino Sanudo, Secreta Fidelium Crucis, Bongars, page 231.
22. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici n° 92, page 73.
23. Amadi, folio 193
23. Ce point d'ailleurs ne saurait être douteux après le passage d'une charte des chevaliers Teutoniques déjà cité.
24. Sur les côtes d'Italie on désigne sous le nom de secca les bas-fonds formant brisants par le gros temps. Ainsi le bas-fond qui est à l'entrée d'Amalfi est nommé Secca del Gaetano.
25. Correspondance d'Orient, tome IV, page 142.
26. Vilken, Geschichte der Kreuzzuge, tome VII, page 738.
27. Aboulfeda dans son récit de la prise d'Acre mentionne la défense de plusieurs de ces tours.
28. P. Bustron, Bibliothèque Nationale, manuscrits, fonds italien, n° 832, f° 206.
29. Histoire occidentale des Croisades, tome II, page 156. Codice diplomatico, tome I, page 23.
30. Amadi, folio 183.
31. Tafel et Thomas, ap. Fontes Rerum Austriacarum, tome XIII, page 389, et Vilken, tome VII, page 383.
32. Histoire Occidentale des croisades. Continuateur de Guillaume de Tyr, page 443.
33. Vilken, Geschichte der Kreuzzuge, tome VII, pages 397-398.
34. Deux piliers en marbre de l'église Saint-Saba, rapportés en Europe par les Vénitiens, se voient encore sur la piazetta de Saint-Marc à Venise.
35. F. Bustron, folio 207.
36. Amadi, folio 190.
37. F. Bustron, folio 207-208.
38. Amadi, folio 190.
39. F. Bustron, folio 208.
40. Iconographie du Musée Britannique.
41. Histoire Occidentale des croisades, tome II, page 261.
42. Codice diplomatico, tome I, n° 19, page 298.
43. Codice diplomatico, tome I, n° 213, page 254.
44. Strehlke, Tabulae Ordinis Teutonici, n° 104, page 83.
45. Codice diplomatico, tome I, n° 8, page 287.
46. Codice diplomatico, tome I, n° 222, page 263.
47. Cartulaire du Saint-Sépulcre, publié par M. de Rozière, n° 20, page 30.

Etude sur la topographie de la ville d'Acre au XIIIe siècle. Par M. Le Baron REY Emmanuel-Guillaume. Société nationale des antiquaires de France, membre résidant. Paris 1879

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