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La première Croisade par Foulcher de Chartres

Première Croisade par Foulcher de Chartres

 

Année juin 1220

Porte de Jaffa à Jerusalem, Image de Winckelsen
Porte de Jaffa à Jerusalem, Image de Winckelsen - Sources: BNF

En l'année 1120, depuis l'Incarnation de Jésus-Christ, le roi Baudouin II exempta de toutes gênes ceux qui voudraient faire entrer par les portes de Jérusalem du froment, de l'orge ou des légumes ; et ordonna que, Chrétiens ou Sarrasins, ils auraient la libre faculté d'entrer et de sortir, de vendre leurs denrées où et à qui il leur plairait, sans être molestés, et leur fit en outre remise du droit d'un boisseau qu'ils étaient d'ordinaire tenus de payer.

Après que nous eûmes passé dans Jérusalem les six premiers mois de cette année, des messagers arrivèrent d'Antioche, et annoncèrent, tant au roi qu'à tous, ceux de nous qui se trouvaient présents, que les Turcs avaient passé l'Euphrate et étaient entrés en Syrie pour nuire aux Chrétiens, comme ils l'avaient déjà fait par le passé.
Le roi ayant donc pris conseil, comme l'exigeait l'urgente nécessité des circonstances, demanda en toute humilité au patriarche et au clergé de lui confier, pour l'emporter avec lui, la croix du Sauveur, et il disait que les siens avaient d'autant plus besoin d'être fortifiés par ce signe du salut dans les combats qu'ils auraient à livrer, qu'il était persuadé qu'on ne pourrait pas, à moins de braver de graves dangers, chasser les dits Turcs, de notre territoire, que déjà ils dévastaient ; qu'il ne se confiait ni dans sa valeur, ni dans le grand nombre de ses troupes, et préférait à beaucoup de milliers d'hommes cette croix, qui lui assurerait le puissant secours et la faveur de Dieu ; qu'enfin sans cette croix, ni lui-même ni les autres n'oseraient partir pour cette guerre.
Alors s'éleva entre ceux qui allaient partir pour cette expédition et ceux qui devaient rester dans Jérusalem une discussion, certes bien convenable dans cette occasion, pour savoir si, dans une crise si importante pour la Chrétienté, il fallait porter la sainte croix à Antioche, ou si l'église de Jérusalem devait ne pas se priver d'un si précieux trésor.

"Hélas !
Malheureux, disions-nous, que deviendrions-nous si Dieu permettait que nous perdissions sa croix dans cette guerre, comme autrefois les Israélites ont perdu l'arche d'alliance !"
Mais pourquoi m'étendrais-je davantage sur ces détails ?
Ce que nous ne voulions pas, nous finîmes par le vouloir malgré notre propre volonté ; la nécessité commandait, la raison parlait, nous fîmes ce qui était demandé ; le roi, le patriarche, tout le peuple accompagnèrent la sainte croix hors de la ville, nu-pieds, en versant sur cette relique un torrent de pieuses larmes, et en chantant en son honneur des cantiques de louanges ; le monarque partit avec elle en pleurant, et le peuple rentra sans elle, en pleurant, dans la Cité sainte.

On était alors dans le mois de juin. Les nôtres marchèrent droit à Antioche, que déjà les Turcs serraient de si près qu'à peine les habitants osaient-ils s'avancer à un mille hors de l'enceinte du mont.
Mais les Infidèles ayant appris que le roi arrivait, se retirèrent sur-le-champ de devant cette ville, et se dirigèrent sur Alep, où ils croyaient pouvoir être plus en sûreté, et où trois mille soldats de Damas se réunirent à eux. Cependant Baudouin, par une marche pleine d'audace, approcha l'ennemi de plus près, dans le dessein de livrer bataille.
Déjà les flèches volaient de part et d'autre, et quelques hommes étaient tombés ou blessés ou morts ; mais les Turcs refusaient toujours le combat.
Après trois jours passés à se harceler ainsi, sans que cette lutte se terminât d'une manière positive, les nôtres regagnèrent Antioche, et les Infidèles, pour la plus grande partie, retournèrent dans la Perse leur patrie.
Au surplus, le roi renvoya honorablement escortée la sainte croix à Jérusalem, et resta dans la contrée d'Antioche, afin de pourvoir a la sûreté de ce pays.
Le vingtième jour d'octobre, nous reçûmes avec grande joie dans la Cité sainte la très-glorieuse croix du Sauveur.
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Année juillet 1221, marche sur Damas

Damascus de Dapper en 1677
Damascus de Dapper en 1677

L'année 1121 de l'Incarnation du Seigneur, le roi réunit tout ce qu'il avait de troupes depuis Sidon jusqu'à Joppé ; il traversa le Jourdain le 5 du mois de juillet, et marcha contre le roi de Damas.

Ce prince avec les Arabes ses alliés, qui étaient venus le joindre en foule, ravageait, sans rencontrer la moindre résistance, la partie de notre territoire la plus voisine de Tibériade ; mais aussitôt qu'il soupçonna que notre roi s'avançait avec son armée contre lui, rassemblant ses tentes, et évitant le combat, il se retira, en fugitif dans son pays.
Baudouin l'ayant poursuivi pendant deux jours, sans que cette race ennemie osât accepter la bataille, tourna ses pas vers un certain château, que Toldequin, roi de Damas, avait fait construire l'année précédente pour nous nuire, et que nous estimons être éloigné du Jourdain d'environ seize milles.
Le roi y mit le siège, le pressa vivement à l'aide de machines, l'attaqua de vive force, le contraignit de se rendre, et le prit. Il permit à quarante Turcs qui en formaient la garnison, et le défendaient, de se retirer la vie sauve, puis détruisit, et rasa le château.
Les habitants du pays nommaient Jarras cette forteresse construite de grandes pierres carrées, au centre même d'une glorieuse cité bâtie très-anciennement dans une situation aussi forte qu'admirable.

Baudouin reconnaissant qu'on ne pourrait occuper ce fort sans une grande dépense, et qu'il serait difficile d'y maintenir constamment autant d'hommes et d'approvisionnements qu'il le faudrait, il commanda qu'on le détruisît, et que tous ensuite retournassent chez eux.
La ville, dont il s'agit ici, nommée Gerasa (Jerash), qui touchait au mont Galaad, et faisait partie du territoire de la tribu de Manassé, était autrefois célèbre dans l'Arabie.
Ici se termine ce que nous avions à dire de cette année prospère presqu'en toutes choses, heureuse par la paix et abondante en productions de tout genre.
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Année 1222, opération punitive contre Pons de Tripoli
L'an 1222, à dater de l'Incarnation du Sauveur, l'archevêque de l'église de Tyr, appelé Odon, fut élevé au siège de Jérusalem : ce fût le premier de race latine qui obtint ce patriarcat ; mais il mourut dans la même année, et fut enterré à Ptolemaïs ou Saint-Jean d'Acre.
Ensuite le roi se rendit dans cette dernière ville, et y rassembla toutes ses troupes, tant gens de pied que chevaliers ; puis faisant connaître à son armée le but de son expédition, et portant avec lui la sainte croix du Seigneur, il marcha sur Tripoli, pour venger l'injure et l'acte de mépris dont s'était rendu coupable envers lui le comte de cette ville !

Celui-ci, nommé Pons de Tripoli (Pons de Toulouse (vers 1096, mort en 1137) est comte de Tripoli de 1112 à 1137 et fils de Bertrand de Toulouse et d'Hélène de Bourgogne), refusait en effet d'obéir au roi comme l'avait fait Bertrand son père, mais par la volonté de Dieu, et à la louange des grands des deux partis, le comte entendit raison, et le roi et lui redevinrent mutuellement amis.
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Année 1122, les Turcs ravagent le pays d'Antioche

Antioche Ancienne ville
Antioche reproduction

La paix venait d'être rétablie entre eux, quand arriva dans ce lieu un certain archevêque, envoyé par les gens d'Antioche, avec mission de presser le roi de venir en toute hâte secourir cette ville contre les Turcs.

Déjà les Infidèles ravageaient le pays, sans qu'il se trouvât aucun chef pour leur résister. A cette nouvelle Baudouin marcha sur-le-champ contre eux, n'ayant avec lui que trois cents hommes d'armes bien choisis, et quatre cents hommes de pied d'un courage éprouvé, qu'il avait pris à sa solde ; quant aux autres troupes elles retournèrent ou à Jérusalem ou chez elles.

Lorsque le roi fut parvenu près de l'endroit où les Turcs étaient rassemblés, autour d'un certain château nommé Sardanium, qu'ils assiégeaient et serraient vivement, ceux-ci, n'osant pas l'attendre, s'éloignèrent de cette place. Baudouin l'ayant appris, se retira de son côté dans Antioche ; les Turcs alors vinrent de nouveau reprendre le siège qu'ils avaient commencé.

Dès que le roi en fut instruit, il monta à cheval, et courut à eux ; mais cette race, vraiment Parthe par sa manière de se préparer a la guerre et de la faire, ne sait jamais demeurer un seul instant dans la même position ; plus prompte que la pensée, elle tourne tantôt le visage, tantôt le dos, à ceux qui l'attaquent, s'éloigne par une fuite simulée au moment où on l'espère le moins, et revient tout à coup fondre sur vous à toute course. Dans cette occasion, ces Infidèles refusèrent tout-à-fait d'en venir aux mains, et s'en allèrent comme gens complètement vaincus.

C'est ainsi que l'étendard béni de la très-sainte croix du Seigneur, ce secours toujours et partout présent à tous les orthodoxes, qui protège, console et fortifie les fidèles, permit à nos Chrétiens de retourner chez eux sans avoir éprouvé le moindre échec. On estimait en effet la force des Turcs à dix mille hommes d'armes, tandis que nous n'en avions que douze cents, sans compter le corps des gens de pied.
Le roi revint jusqu'à Tripoli avec la sainte croix du Sauveur ; puis, accompagné seulement de quelques hommes, reprit la route d'Antioche. La croix du Seigneur fut alors rapportée avec grande joie à Jérusalem, et remise honorablement à sa place accoutumée, le 20 septembre.

Pendant que ces choses se passaient, Josselin, comte d'Edesse (1), tomba dans une embuscade que lui avait dressée un certain émir Balak, renommé par ses ruses ; il y perdit non moins de cent des siens, qui y laissèrent la vie, et fut fait prisonnier avec son cousin Galeran.
Cette année ne fut pas moins riche que la précédente en toutes sortes de fruits de la terre ; on récolta dans les champs des productions de tout genre, et le boisseau de froment se vendait une pièce d'argent, ou quarante pièces de petite monnaie, si l'on veut calculer par le poids.
Alors ni les Parthes, ni les Babyloniens ne songeaient à entreprendre de nouvelles guerres.

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Sources : Textes de Foulcher de Chartres - Collection des mémoires relatifs à l'Histoire de France ; Editions J-L. J.Brière, Librairies : Paris 1825

 

Notes
1 - Josselin Ier de Courtenay, mort en 1131, est un membre de la maison de Courtenay, parti aux Croisades en 1101, et devenu seigneur de Turbessel de 1102 à 1113, prince de Galilée et de Tibérias de 1113 à 1119 et comte d'édesse de 1119 à 1131. Il est fils de Josselin, seigneur de Courtenay, et d'Isabelle de Montlhéry.
Voir la liste des comtes d'Edesse

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