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Études réalisées sur les Templiers

Etude sur quelques commanderies des Templiers d'Aquitaine

L'ordre du Temple, établi à Jérusalem en 1118, étendit rapidement sa puissante organisation dans presque tout le monde connu. Ainsi, nous verrons son fondateur, Hugues de Payens, diriger lui-même, en 1130, les débuts de la maison de Coudrie, dans le pays de Challans, en Bas-Poitou. La multitude des donations qui ne cessèrent jamais d'affluer, prouve que les chevaliers étaient aimés et respectés par toutes les classes de la société. Leur administration intelligente ne négligeait aucun moyen d'enrichir l'ordre et l'avait rendu redoutable dès le principe (1).
1. Documents consultés : chartes inédites des archives du Grand-Prieuré d'Aquitaine à Poitiers, et du Regestum Philippi Augusti à la Bibliothèque nationale.
— le recueil de Dom Fonteneau.
— les chartes publiées par M. de Richemond et par M. Bardonnet.
— les recueils de Shirley et de DufFus-Hardy.
— L'Histoire de la Rochelle, du père Arsère.
— le Procès des Templiers.
— le cartulaire de Coudrie, publié par M. de la Boutetière, etc.


Au-dessus des commandeurs étaient les Maîtres des Templiers d'Aquitaine, relevant directement du Grand-Maître, voyageant constamment pour surveiller l'administration des commanderies et ayant une de leurs résidences à Poitiers, car un acte de 1363 mentionne la maison des chevaliers hospitaliers aussi appelée le Temple. Elle était située dans la Grande-Rue, donc à l'emplacement de l'hôtel du Grand-Prieuré d'Aquitaine, existant encore dans la Grande-Rue, une des plus anciennes de Poitiers.
Enfin, on trouve souvent dans les textes « magister militiæ Templi pictavensis » au lieu de « magister militiæ Templi in Aquitania », ce qui prouve encore une résidence à Poitiers du maître des Templiers d'Aquitaine.
Dans l'interrogatoire fait à Paris de 1309 à 1311, par les commissaires pontificaux, figure Geoffroy de Goneville, dernier maître des Templiers d'Aquitaine, qui n'ayant pas voulu défendre l'ordre, reçut l'absolution, fut relâché et compta parmi les Templiers absous et réconciliés.
M. de la Boutetière a donné, dans les Archives historiques du Poitou (1873), une liste des maîtres des Templiers d'Aquitaine, que je reproduis en la complétant :
1151. Frère Hugues.
1166. Frère Lévesque.
1173. Frère Pavet.
1180. Frère J. Boters.
1205. Frère Boez.
1267. Frère G. Œil-de-Bœuf.
1214-1222. Frère G. Brochard.
1222. Frère G. de Tulle.
1224-1231. Frère G. de Brayes.
1232. Frère G. de Brosses.
1236-1242. Frère G. de Sonay.
1243. Frère G. de Sonières.
1250-1252. Frère P. de Saint-Michel.
1254-1258. Frère H. Grisard.
1262. Frère G. de Bazenville.
1269-1274. Frère J. François.
1280 vers 1288. Frère Amblard.
1292 vers 1300. Frère P. de Milliers.
1302-1311. Frère G. de Goneville.

Commanderie d'Ensigné
Département: Deux-Sèvres, Arrondissement: Niort, Canton: Brioux-sur-Boutonne - 79

Domaine du Temple d'Ensigné
Domaine du Temple d'Ensigné

La commanderie d'Ensigné remonte, comme fondation, à la première moitié du XIIe siècle, car elle possède encore une chapelle romane.
En 1254, Pierre Marquansane vendit aux Templiers d'Ensigné un fief dépendant du château de Dampierre, résidence de Guillaume Maingot, sire de Surgères. Le seigneur de Surgères investit donc de ce fief le commandeur Pierre Adry.
Pendant le procès fait à l'ordre, les commanderies furent administrées dans la sénéchaussée de Poitou par Jean de Génis. Frère Hugues de Theil, commandeur des Hospitaliers de la Rochelle, envoya en 1313, le notaire Guillaume Hervé faire l'inventaire des maisons d'Ensigné et de Bret.
On trouva dans la chapelle un calice et une patène dorés, des couvertures d'autel en toile et en toile brodée de soie, des corporaux, des croix en cuivre et argentées, des parements de soie et de laine pour l'autel, une châsse en cuivre avec des reliques, des chasubles, aubes, étoles, chapes, bannières en soie, de petits chandeliers en cuivre, d'autres en étain pour les cierges, un coussin pour placer sous le missel, les livres liturgiques, un manteau de soie brodé d'or entourant la statue de la sainte Vierge. Enfin il y avait différents objets indiquant que trente-trois personnes environ logeaient à la commanderie.

Bret (annexe)
Département: Deux-Sèvres, Arrondissement: Niort, Canton: Melle, Commune: Aubigné - 79


Domaine du Temple de

La maison avait pour dépendances, celle de Bret, qui, d'après l'inventaire, était habitée seulement par sept ou huit personnes. Son peu d'importance est encore indiqué par une toute petite chapelle de style gothique flamboyant.

Etat actuel d'Ensigné
La commanderie, autrefois des plus importantes, comprend encore le manoir, une grange immense, la chapelle et d'autres bâtiments, le tout couvrant plus d'un hectare.
La chapelle romane est belle.
Longue de 21 mètres et large de 9 mètres.
Les détails d'architecture de l'intérieur, tels que chapiteaux et moulures, sont parfaite ment conservés. Des motifs de décoration en peinture ornaient les chapiteaux et la corniche, mais c'est à peine si on en retrouve les traces.
La lumière entre par une fenêtre à l'ouest, deux fenêtres au sud, et par trois autres percées dans le mur de fond (2).
2. « La chapelle (de la commanderie du Maine-de-Boixe, Charente), bâtie par les Templiers au XIIe siècle, est un carré long orienté est ouest, avec une simple voûte en berceau et, au levant, les trois longues baies caractéristiques de l'ordre. » (Lièvre, Exploration archéologique du département de la Charente, tome I, page 18, et planches hors texte. Cf. la Revue poitevine et saintongeaise, tome II, n° 19, page 222).

Le mur nord n'en a pas une seule. On a donc eu l'intention, en construisant la chapelle, d'adosser des bâtiments à l'extérieur de ce mur. En effet, une porte latérale y est pratiquée. Cette porte donnait passage dans un édifice très bas, qui régnait tout le long du mur nord de la chapelle.
A l'angle nord-ouest de la chapelle, se termine un autre bâtiment qui est bien roman, si on considère l'ébrasement des fenêtres et l'épaisseur des murs. Enfin l'alignement des murs vient correspondre exactement avec ceux de l'édifice roman qui comprend le cellier et la grande salle.
Le cellier est absolument remarquable. Il se compose d'un sous-sol et d'un rez-de-chaussée auquel on arrive par un escalier de huit ou dix marches.
Le sous-sol est le cellier, et le rez-de-chaussée, probablement la salle des réunions mentionnée dans l'inventaire de 1313. C'est une grande pièce nue ayant quatorze mètres de long, six de large. Les murs épais d'un mètre et demi sont percés par trois fenêtres romanes se composant chacune de deux petits arceaux en plein-cintre, ornés de motifs romans, et supportés par une colonnette. Ces fenêtres sont décorées extérieurement par des motifs d'ornementation romane d'une finesse et d'une originalité extrêmes. Laporte est également romane. La cheminée seule a été remplacée.

Le mur a été exhaussé il y a très longtemps, pour opérer un changement de charpente. On voit encore les trous des soliveaux primitifs et l'angle de l'ancien pignon.
Le sous-sol est une fort belle cave couverte d'un berceau brisé et éclairé par quatre fenêtres. La manière hardie dont les voussures intérieures de ces fenêtres pénètrent la voûte, ajoute encore à la beauté de leur construction.
Quant à la grange, un linteau de bois termine en haut sa porte charretière.
Malgré sa vétusté, il a pu être changé, car on croirait qu'il y a eu des remaniements dans la partie basse du mur. Néanmoins il est toujours supporté de chaque côté par deux pierres de fortes dimensions et décorées de petits sujets d'ornementation romane.
Au-dessus est une fenêtre romane identiquement pareille, sauf les décorations, à celles de la grande salle.
Le mur de fond est remarquable par son épaisseur, par les fortes dimensions des pierres de taille, et par le soin avec lequel l'appareil est exécuté.
Les piliers doivent être également romans. Leur appareil est le même que celui des murs et aussi soigné. Les saillies en chanfrein qui les décors, pas tout-à-fait à la moitié de leur hauteur, ont la même forme que les cordons extérieurs de la chapelle.
Nous avons donc là un spécimen très beau et très complet d'une grange du XIIe siècle, ayant une superficie de 240 m2.
En face de la porte de la grange se dresse un donjon garni de tours, de douves, et isolé des autres bâtiments. Des chevaliers y habitaient à l'ordinaire et toute la commanderie venait s'y renfermer en cas d'attaque. Il n'en reste que le bas de deux tours et la porte.

Les Hospitaliers ont remanié toute la construction au XVe siècle.
Le donjon, la porte en tiers-point, avec herse et pont-levis, la forme de l'écusson des Templiers portant la croix entourée de l'orle, indiquent le milieu du XIIIe siècle.
Les tours sont munies de meurtrières, et celle du nord-ouest, d'un réduit à parois maçonnées, cylindrique par le bas, ayant en haut la forme d'une poire, s'enfonçant profondément dans le sol, et dans lequel on entre par un trou circulaire percé au milieu du sol de la tour. Cela devait servir de magasin à blé et aussi de cachot, car une petite niche carrée est pratiquée dans le mur, à hauteur d'homme, pour que le prisonnier y déposât sa nourriture.
Des remaniements faits à l'intérieur du manoir, il résulte que le bas seulement des tours est contemporain des Templiers.

Extérieurement cela se voit par la décoration des angles que font les murs des tours avec celui de la porte. Au-dessus de la porte sont des ornements du XVe siècle, y compris le mâchicoulis décoré par deux arcades en courbes et contre-courbes ; donc les Hospitaliers ont refait la partie supérieure des tours.
Dans les servitudes actuelles une pierre tombale de chevalier du Temple sert de linteau de porte. Ce bloc de pierre, probablement retaillé, a un mètre soixante-dix de longueur. Sur une des faces est sculptée ou plutôt dessinée, par un seul trait continu en forme de rainure, une épée dont la forme est antérieure à la fin du XIIIe siècle.
Il serait fort à désirer que les sociétés savantes du Poitou prissent des mesures pour conserver la commanderie d'Ensigné, ensemble si remarquable et si rare de constructions presque toutes romanes.
Planche dessins de M. Arthur Bouneault, non visible sur cet ouvrage.

Commanderie du Temple de Mauléon
Département: Deux-Sèvres, Arrondissement: Bressuire, Canton: Mauléon - 79

Domaine du Temple de Mauléon
Domaine du Temple de Mauléon

Plusieurs chapiteaux romans, trouvés parmi les ruines, indiquent l'existence de cette maison dès le XIIe siècle.
On a transporté dans l'église du village un superbe bénitier en granit, du XIIIe siècle, provenant de la chapelle des Templiers. La cuve affecte la forme d'un quatre-feuilles.
Leur cellier est une belle cave voûtée, construite au XIIIe siècle, longue intérieurement de onze mètres, large de cinq, et dont le sol est un peu au-dessous du niveau du sol extérieur. De chaque côté, les murs ont un mètre cinquante d'épaisseur à la base. Ils vont en épaississant à mesure qu'ils s'élèvent, vu la forme cambrée de la voûte, de sorte que cette voûte est protégée extérieurement par un massif de constructions dont la plus grande épaisseur est de deux mètres cinquante. Ce massif va jusqu'à la toiture.
La voûte est brisée, supportée par trois arcs doubleaux également brisés.
Aussitôt qu'on a franchi la porte, dont le cintre est brisé, on trouve à droite, dans l'épaisseur du mur, un petits puits, aujourd'hui comblé. Au-dessus de l'ouverture carrée de ce puits est une poulie en fer tout rongé par la rouille, et très ancienne.
La construction est assez soignée intérieurement, et en moyen appareil régulier.
A l'extérieur, ce cellier a l'apparence d'un petit édifice carré construit en morceaux de granit de dimensions irrégulières, à peine dégrossis au marteau, et cubant jusqu'à cinquante centimètres. — Tout le reste de la commanderie a été bâti par les Hospitaliers au XVe siècle.
Les chevaliers reçurent des donations:
1215, de Thibaut de Beaumont, seigneur de Bressuire
1221, de Savary de Mauléon
1228, de Guillaume, seigneur de la Forêt-sur-Sèvre.

A la même époque le vicomte de Brosses, seigneur de Pouzauges, et les Templiers, ne s'étant pas entendus au sujet d'une redevance, prirent comme arbitres au Boupère, près de Pouzauges : l'archidiacre de Thouars et l'abbé de l'Absie, pour le vicomte de Brosses, et les chevaliers Etienne de Coudrie et Guillaume Galant pour le maître des Templiers d'Aquitaine, G. de Brayes.

Commandeurs de Mauléon
Frère de Vandeheigne, 1304.
Frère de Montrichard, 1307-1310.
Chevaliers en 1304 : Pierre et Jean Bocher.

Le Frère de Montrichard comparut à Paris devant les commissaires pontificaux. D'après ses dépositions, il avait été reçu dans l'ordre par Jean-François, maître des Templiers d'Aquitaine, en présence de Renaud Bertrand, commandeur de Montgauguier, et de Pierre de Valgordon, commandeur d'Auzon. Il fut absous et réconcilié.

Commanderie de Coudrie
Département: Vendée, Arrondissement: Les Sables-d'Olonne, Canton: Challans - 85

Domaine du Temple de Coudrie
Domaine du Temple de Coudrie

Dans le cartulaire publié par M. de la Boutetière, on voit que, vers 1130, le seigneur de la Garnache (Canton de Challans) fit des donations au grand maître Hugues de Payens, lui-même.
Les principaux bienfaiteurs de l'ordre furent les seigneurs de la Garnache, de Commequiers (Vendée), de Machecoul (Vendée), d'Aspremont (Vendée), les premiers seigneurs de Rays (Loire-Inférieure), puis les Chabot, seigneurs de Rays, Guillaume Guerry, Aimeri de Brient, Pierre de Saint-Vital, Geoffroy de Frosses, Jean des Villettes, Renaud Fort, Geoffroy du Gué, Raoul de Moric, Hervé Goulart, Maurice Cathus, Charles Gorde, Jean Béliart, seigneur de la Béliardière, Guillaume de Leigue, Olivier de Coché, Olivier du Coudray, Aubin Gaudechel, Guillaume de Clisson.
Dans la relation du procès des Templiers, on trouve la déposition de F. Jean Durand, dernier commandeur de Coudrie, qui fut absous et réconcilié.

Commandeurs de Coudrie
1130. Frère Herric ou plutôt Home.
1150. F. Imbert.
1166. F. Main.
1173. F. Rigaud.
1180-1200. F. Mathieu de Benaste.
1200. F. Pierre de la Roerte.
1204-1220. F. Martin.
1222-1231. F. Etienne.
1307-1310. F. Jean Durand.

Il ne reste actuellement que la chapelle et quelques débris d'anciennes constructions. Une lettre du XVIe siècle de Françoise de Rohan, châtelaine de la Garnache, dit que les protestants avaient fait à la commanderie « ung degast inestimable en y mettant le feu » La chapelle romane a 22 m. 50 de long et 6 m. 20 de large. Sa voûte avait été remplacée au XVe siècle par une autre, qui s'est elle-même écroulée ; de sorte que, aujourd'hui, il n'y a plus qu'une charpente. Les anciens chapiteaux romans ont été détruits quand on a opéré le changement de voûte. Tout le chœur, qui consiste dans la dernière travée, a été remanié. A son entrée, il y a des dosserets romans dont on a modifié la moitié qui regarde l'autel, en la décorant de moulures du XVe siècle. On a fait la même chose pour les colonnes engagées dans les coins du fond de la chapelle. Ces colonnes étaient primitivement cylindriques, comme celles qui garnissent les deux coins de la première travée. Dans le mur nord, on voit les traces d'une porte cintrée.

L'un des contreforts est remplacé par un massif de constructions de très vieille apparence, se terminant par une portion de voûte, solidement établie, et servant d'arc-boutant au mur de la chapelle. L'espace compris entre cette voûte, le mur et le sol, forme un petit couloir long de six mètres et sans clôtures aux extrémités. Le dos de la voûte s'appuie sur une construction aux murs très épais, dont l'intérieur est carré, voûté d'arêtes, et éclairé vers l'orient par une fenêtre cintrée. L'entrée de cette petite salle n'est pas en face de la porte latérale de la chapelle de sorte que, pour y pénétrer, il faut faire un détour incommode. Ce vice dans la construction et des arrachements de murailles prouvent que l'arc-boutant et la salle voûtée sont postérieurs à la chapelle, et ont été faits pour éviter un écroulement des bâtiments contigus.

Commanderie de Montgauguier
Département: Vienne, Arrondissement: Poitiers, Canton: Mirebeau, Commune: Cherves - 86

Domaine du Temple de Montgauguier
Domaine du Temple de Montgauguier

Cet établissement remonte au XIIe siècle, puisque sa chapelle est romane. En 1258, Hugues Poitevin, chanoine de Notre-Dame de Mirebeau, donna aux Templiers quatre deniers de cens, qu'il percevait sur un pré situé près de la terre de la Chaume et de la Commanderie.
Les domaines des chevaliers étaient fort étendus à la fin du XIIIe siècle. De nombreuses terres en dépendaient, ainsi que les villages de Maisonneuve, de Vésalle, et de la Lande de Créon.
Thibaut de Bosmez, valet, seigneur châtelain de Mirebeau et de Blazon, était alors en désaccord avec Frère Renaud Bertrand, commandeur de Montgauguier, qui réclamait les droits de haute, moyenne et basse justice sur tous les hommes du Temple demeurant en la seigneurie de Mirebeau. Après de longues discussions, ce seigneur reconnut aux frères ces droits, avec celui d'avoir un gibet et de faire passer les condamnés par les possessions du seigneur de Mirebeau, pour les conduire au supplice. Enfin il leur accorda l'usage d'un jaleau (mesure de liquides) marqué de son seing, et ajusté à la mesure de Mirebeau, afin de délivrer de pareilles mesures à leurs hommes.

On trouve maintenant à Montgauguier des bâtiments du XVIe siècle, défendus par de petites tours et une chapelle romane, le tout formant une enceinte de 140 pas de périmètre. Les tours ont un diamètre de 3 m. 45. Des traces de douves entourent la commanderie. La porte, du côté de l'est, était à pont-levis. La partie de cette porte comprise entre les deux tours est beaucoup plus ancienne que le reste, et remonte à la fin du XIIIe siècle. Le cintre brisé, dont les deux extrémités apparaissent extérieurement dans les vides destinés à porter les branches du pont-levis, à ses deux naissances enclavées de telle sorte dans les murailles des tours, que ces tours ont certainement été construites postérieurement.

La chapelle, assez petite, est romane dans toutes ses parties, excepté les deux fenêtres latérales modifiées au XVIe siècle. La voûte en est brisée, supportée par un seul arc doubleau également brisé. Il y avait primitivement une petite abside remplacée depuis par un mur droit. Au-dessus, et tout le long de la corniche des restes de peintures décorent la voûte depuis sa naissance jusqu'au tiers de son développement. Ce sont des scènes du nouveau testament. Comme couleur, l'artiste parait n'avoir employé que le rouge et le jaune.
La fenêtre cintrée au-dessus de la porte produit intérieurement un fort bel effet, à cause de sa grande hauteur et de son ébrasement très accusé. La porte est romane avec un cintre brisé et deux redoublements de voussures. Il ne reste plus de ses supports que le haut d'un chapiteau roman. Elle s'appuie maintenant sur deux petits murs droits élevés dessous, de chaque côté, pour remplacer les colonnes.
Le mur du nord est percé d'une petite porte à cintre brisé.

Dans un coin de la ferme actuelle, traîne un morceau de granit qui est le retable de l'autel, et dont le travail a été exécuté à la fin du XIIIe siècle. Il est orné d'un bas-relief entouré par deux petites arcades en cintre brisé. A gauche, on a représenté un templier à cheval, tenant une lance de la main droite, le poing gauche sur la hanche, et, à droite, un Christ avec deux personnages agenouillés de chaque côté et les mains jointes.

Commanderie de Civray
Département: Vienne, Arrondissement: Montmorillon, Canton: Civray - 86

Domaine du Temple de Civray
Domaine du Temple de Civray

Cette maison a toujours porté dans le pays le nom de Temple et de commanderie du Temple ; et elle a eu, comme dépendances, celle de Lizant, appelée Temple de Lizant, dans les titres du grand prieuré d'Aquitaine. On ne voit plus que la chapelle, convertie en grange, comme toutes les autres, et les restes du corps principal de la maison des Hospitaliers indiquée par une petite fenêtre de la fin du XVe siècle.

Temple de Lizant

Domaine du Temple de Lizant
Domaine du Temple de Lizant

La chapelle romane de Civray est longue de 17 m. 50 et large de 6 m. 30. Ses murs latéraux n'ont pas de fenêtre, de sorte que le jour ne pénètre à l'intérieur que par la fenêtre de façade, et trois autres percées dans le mur de fond, ayant une même hauteur de cinq mètres, et d'un bel aspect à cause de leurs grandes dimensions et de la largeur de leur ébrasement. Il n'y a jamais eu ni doubleaux ni dosserets, autrement on verrait des interruptions dans la corniche qui garnit entièrement le mur.
Une voûte s'appuyait sur les deux murs latéraux, car on voit encore sa naissance.
La porte principale est romane, et pratiquée dans le mur nord.
La voussure inférieure en est brisée. Les autres le sont de moins en moins, de sorte que la dernière est presque exactement un plein cintre. Néanmoins la brisure existe dans l'ensemble des arcs.
Sur la façade, il n'y a qu'une petite porte de style roman, par où l'on allait de la chapelle probablement à une cour rejoignant les bâtiments de la commanderie, car on ne voit pas comment une construction aurait été immédiatement adossée à cette façade.

Commanderie d'Auzon
Département: Vienne, Arrondissement et Canton: Châtellerault - 86

Domaine du Temple d'Auzon
Domaine du Temple d'Auzon

Il n'existe plus des archives d'Auzon, qu'un acte de vente de 1284, ne nous apprenant rien sur cette commanderie dont l'importance était considérable, si on en juge par les bâtiments actuels. Dans le procès des Templiers, il est fait mention du commandeur, Pierre de Val-Gordon. Son successeur, Audebert de la Porte, fut interrogé à Paris. Il avait été absous et réconcilié par l'official de Poitiers, après avoir subi la torture.
Les restes contemporains des Templiers constituent une enceinte carrée de 180 pas de périmètre, formée par la chapelle et autres bâtiments.
Lachapelle, longue de 30 mètres et large de 7 m. 20, occupe tout un côté de cette enceinte qui entourait une petite cour, et devait être l'habitation des chevaliers. Assurément, la commanderie ne consistait pas seulement en cela, et la chapelle était protégée au sud par une enceinte semblable, se reliant à la première et contenant des servitudes. Auprès de la chapelle est un mur, appuyé sur de puissants contreforts, percé de fenêtres cintrées, ébrasées, et ayant tous les caractères du roman. Ce mur soutient les restes d'un rez-de-chaussée de bâtiment roman probablement partagé en deux pièces, l'une éclairée par deux fenêtres ouvertes de chaque côté d'une cheminée ayant six pieds de largeur au bas, et derrière laquelle un gros contrefort soutient le mur. Ces murailles épaisses garnies de contreforts, et le terrain au bas, disposé en talus, indiquent l'extérieur de la commanderie.

La chapelle, remarquable par ses dimensions et la beauté de son architecture, est romane, à l'exception de la première travée et de deux ou trois fenêtres. La voûte et les arcs doubleaux sont brisés. A l'intérieur, les murs sont couverts de peintures presque sûrement contemporaines de la chapelle primitive, car les motifs d'ornementation sont d'un beau style roman, et les tons, devenus très clairs, indiquent l'ancienneté de ces fresques.
Sur la voûte de l'abside sont figurés des sujets religieux tirés du Nouveau Testament, dont l'ordonnance et le style rappellent l'ornementation de l'abside de Notre-Dame de Poitiers.
La chapelle a été allongée d'une travée au XIIIe siècle. On a fait alors des dosserets, un arc doubleau et une partie de voûte exactement semblables aux dosserets et doubleaux de la chapelle primitive ; ou plutôt on a eu l'intention d'agir ainsi, car les copies des chapiteaux romans reproduisent mal l'élégance de leur modèle. Cet allongement est indiqué d'une façon certaine par un raccord visible sous la voûte, par les ornements en peinture de cette partie, dont les couleurs sont plus foncées, moins passées, et dont les sujets sont différents de ceux du reste de la chapelle.

Tous les autres arcs doubleaux sont seulement couverts de motifs d'ornementation. Celui-ci contient en outre les traces d'écussons triangulaires forts allongés comme forme. La corniche continue celle des autres travées mais ne lui ressemble pas.
Enfin, les fenêtres et la porte sont du XIIIe siècle.
A l'extérieur, cet allongement se voit au bas du mur par un cordon existant seulement le long de cette travée.
Le reste de la commanderie consiste en de vastes servitudes bâties sous Louis XIV et Louis XV, le tout converti en fermes.
La chapelle appartient à trois ou quatre propriétaires qui y ont disposé des écuries, des caves, des magasins à fourrages, des greniers. Il est dommage que ce beau monument, si bien conservé, ne soit pas préservé de la ruine.
Henri de La Rochebrochard
Sources: Revue poitevine et saintongeaise : histoire, archéologie, beaux-arts et littérature. Etudes sur quelques commanderies des Templiers d'Aquitaine, par le vicomte Henri de la Rochebrochard, 19 à 25, 48, 417 à 422. 6e année. Melle 1889. - BNF

Articles de La Nouvelle République

Civray - Le moulin Minot
Les Amis du Pays civraisien, dans le numéro spécial de leur 200e bulletin, ont mis en lumière la commanderie des templiers. Attestée dès 1184, cette commanderie dépend de celle, plus importante, d'Ensigné, près de Brioux-sur-Boutonne. Il existe, de nos jours, le bâtiment remanié au cours des siècles et la chapelle transformée en grange depuis longtemps. Pour s'en rendre compte, il suffit d'emprunter la rue de la station d'épuration qui longe la Charente. Malgré l'absence de documents médiévaux de la commanderie de Civray, il est possible de s'intéresser à l'héritage historique.

De nombreuses traces toponymiques
Autour de la commanderie, il existe toute une communauté de paysans et d'artisans, nécessaire au fonctionnement du domaine. On trouve dans les communes du Civraisien des pièces de terre, des maisons ou encore des villages sous le vocable « Temple » À Civray, le Puy du temple nommé en 1563 correspond à la rue de la Mongère. Sur la route des Mauvoisins à Genouillé une vaste plaine est appelée les Temples. Au nord de Champniers, le Temple est un village de quelques maisons anciennes. On trouve des demeures appelées « maisons du Temple » à Neuillet, commune de Voulème, et dans le bourg de Lizant. Le fief de la commanderie est considérable et Rodolphe Tillet, des Amis du Pays civraisien, a retrouvé de nombreux actes, litiges et jugements qui attestent cette importance.

Le moulin Minot était le moulin du Temple
Le moulin Minot se dresse sur la Charente sur la route de Civray, à Saint-Pierre-d'Exideuil. Cet ensemble correspond à l'ancien moulin de la commanderie et est appelé « moulin du Temple » en 1388. Près de là, l'île du temple est cultivée en prés en 1403. Le moulin prend le nom de Mynot en 1556. C'est que le minot est à la fois une ancienne mesure pour les grains et la farine la plus fine obtenue après le passage au blutoir. En 1985, il était le dernier des très nombreux moulins de la région à cesser son activité.
Sources : Les Amis du Pays civraisien, les recherches dans les archives de Rodolphe Tillet et Le Moulin, par Marie-Jeanne Rougier.
La Nouvelle République


Commanderie de Civray

Commanderie de Civray
Commanderie de Civray

Le siège de la commanderie, par Pierre-Amédée Brouillet, en 1865. © Photo NR
Les Amis du Pays civraisien s'intéressent aux Templiers
Le 200e bulletin des Amis du Pays civraisien s'intéresse à la commanderie des templiers de Civray, trésor oublié du patrimoine local.
Les Amis du Pays civraisien viennent de publier le numéro 200 de leur bulletin. Ils l'ont voulu particulier, presque exceptionnel, en recueillant tous les textes en leur possession, se rapportant à un monument un peu oublié de Civray : la commanderie des templiers, dont l'ordre fut créé au temps de la première croisade à laquelle participa Pierre Tudebode, qualifié de « Prêtre de Civray »
De nombreuses commanderies sont érigées un peu partout en Europe
L'ordre des Templiers fascine car il se place entre l'Église et la royauté : c'est une troisième puissance, qui finit par déranger. Les Templiers sont des moines soldats qui ont pour but de défendre les croyants en pèlerinage vers la Terre sainte. Leur réputation est celle de guerriers d'une grande bravoure qui ne font « pas de quartier ». Ils se confessent entre eux, se jugent entre eux, ne paient ni droit ni péages. L'ordre reçoit alors des dons des seigneurs et bourgeois inquiets pour leur survie pendant le voyage. Les moines-soldats s'enrichissent rapidement et abondamment et s'installent définitivement sur leurs possessions européennes, des commanderies sont érigées un peu partout en Europe. Cependant, la richesse et la puissance des templiers, comparable à un état, inquiètent les rois. La Terre sainte étant perdue, le roi Philippe le Bel fait arrêter les templiers au matin du vendredi 13 octobre 1307. Le grand maître de l'ordre du temple sera brûlé vif en 1314.
La première trace que l'on trouve remonte à 1184, où une donation est dressée dans la maison du temple. En 1277, Pierre Michel commandeur du temple de Civray adresse une lettre aux doyens et membres du chapitre de Saint Hilaire de Poitiers, leur annonçant l'envoi d'un « marbotin d'or » (monnaie d'Espagne ayant cours en France), à titre de redevance qui sera payée de 1246 à 1568. On sait peu de chose de la commanderie quand elle fut propriété des Templiers avant 1314. Les titres et documents disparurent au moment des guerres de religion, détruits par les seigneurs ou tous les personnages qui se sont emparés des possessions, voulant ainsi éviter qu'un titre de propriété ne leur soit demandé. C'est que les possessions de la commanderie, au Moyen Âge, étaient réputées considérables.
Sources : Les Amis du Pays civraisien et les extraits de « Histoire de Civray » par Augustin Bobe.
La Nouvelle Republique


Commanderie de Civray
Troisième et dernier volet de nos articles sur les Templiers, grâce aux Amis du Pays civraisien, avec les trésors de la commanderie de Civray.
Les amis du Pays civraisien ont fait revivre la commanderie de Civray et l'étendue de son fief. Pour rappel, au début du 14e siècle, le roi Philippe Le Bel fait condamner les Templiers, craignant leur puissance. Tous leurs biens sont alors confisqués et attribués à l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem : les Hospitaliers. La commanderie de Civray n'échappera pas par la suite aux événements révolutionnaires, et la commanderie est vendue comme bien national.
En 1882, les Templiers font à nouveau parler d'eux. M. Métayer, alors propriétaire d'une partie de la commanderie, fait creuser une tranchée reliant sa maison au chemin en contrebas. Les ouvriers retirent du sol une plaque métallique et deux petits édifices (sans doute des reliquaires), ces derniers vont disparaître. M. Métayer retrouve la plaque recouverte de terre, comme il y perçoit des couleurs il tente de la nettoyer et occasionne des rayures. Il propose l'objet à un collectionneur, procureur de Civray, qui l'acquiert pour 1.200 F. À sa mort, l'objet est vendu aux enchères à Drouot pour 34.100 F à Angel Gros, collectionneur à Thonon. À la mort de ce dernier en 1921, la collection est dispersée, mais son fils rachète, pour 125.000 F la plaque de Civray et la lègue au musée du Louvre. Elle y fut soigneusement restaurée.

Une plaque en émail champlevé
Cette plaque est connue des spécialistes sous le nom de plaque de Guy De Meyios, mais peu connue des Civraisiens. Elle mesure 31 cm de haut et 21 cm de large et devait être fixée sur la pierre tombale. Elle comporte une inscription qui la date et indique qui est le nom du personnage à genoux : « Le noble clerc, seigneur Guy de Meyios, décédé le samedi après le dimanche d'oculi mei (troisième dimanche de carême) de l'année du seigneur 1306, qui fit construire cette chapelle et a été enterré ici ; Qu'il repose en paix ; Amen. » Deux explications sont données pour le personnage debout. S'agirait-il du roi Philippe le Bel ? Il est cependant peu concevable qu'un seigneur templier, pénétré par sa supériorité de son ordre, rende hommage en joignant les mains à son roi vivant qui va anéantir l'ordre huit mois plus tard. L'autre hypothèse est qu'il s'agit de Saint Louis car, à cette époque, Louis IX est canonisé depuis 1297. Ce qui pourrait expliquer le nimbe (cercle lumineux) qu'on aperçoit derrière la tête du souverain.
Source : Les Amis du Pays civraisien - La Nouvelle République

Commanderie d'Ensigné
De nombreuses animations sont proposées tout au long de la journée dans un environnement patrimonial historique.
Une belle idée de sortie pour ce dimanche. Au programme de cette journée, histoire et divertissements de toutes sortes pour toute la famille.
Le château de la Commanderie, à Ensigné, ouvre ses portes et propose de nombreuses animations à l'occasion des Journées européennes du patrimoine ce week-end.
Située entre Melle et Saint-Jean-d'Angély, sur la marche boisée de la forêt d'Aulnay, la commanderie d'Ensigné fut tout d'abord templière, puis hospitalière de 1313 jusqu'à la révolution.
Ce site remarquable a conservé, malgré l'évolution des siècles, ses principaux bâtiments dans une cour fermée et les vestiges de l'ancienne enceinte. C'est une des rares commanderies templières de France à posséder un donjon (aujourd'hui inclus au logis) et des tours de défense. Le château de la Commanderie se situait à proximité de l'ancienne voie gallo-romaine Turonensis, utilisée par les pèlerins, aux portes de l'ancienne sylve d'Argenson dont la traversée devait s'avérer périlleuse. De nombreux lieux-dits en forêt d'Aulnay en témoignent, tels « Cure-gousset, Gâtebourse, Tire-vieille, Guêtport, la Bataille... »
Dans la cour intérieure, autour du château et de la chapelle templière, sont prévus des spectacles, des animations et démonstrations, tout au long de la journée. Vous y rencontrerez artistes et artisans du patrimoine, troupes médiévales, conteurs, saltimbanques, magiciens, jongleurs et comédiens. Est également programmé un marché de produits locaux.
Ateliers et jeux médiévaux pour petits et grands avec une catapulte.
Visite des tours médiévales au niveau de l'ancien donjon sur inscription à l'entrée (groupes limités à 15 personnes).
Sources : La Nouvelle République
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