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Études réalisées sur les Templiers

Commanderie Sainte-Quitterie

Voir vue de la ville d'Agen en 1668



Vue de la ville d'Agen en 1668
BNF


Perspective de la ville d'Agen vue du Fauxbourg du Passage, faite en 1868


1 — Allés Saint-Antoine
2 — Pierre arrachée au mur de la ville en 1599 anonsant la réédification dudit mur ranversé par un débordement de la Garonne.
3 — Couvent des Cordeliers
4 — Eglise, flèche et clocher des R-P cordeliers.
5 — Clocher église paroissiale Saint-Hilaire
6 — Eglise et clocher des R-P Augustins
7 — Eglise et clocher du chapitre collegial de Saint-Caprais
8 — Eglise et clocher des R-P Grands Carmes
9 — Tour de la maison de M.R. Barbier Laserre.
10 — Tour de la maison de M.R. Monperat
11 — Maison appelée le Château
12 — Tour de la Grande Horloge
13 — Palais de Justice
14 — Porte Saint-Antoine
15 — Maison de M.R. de Sebondat Montesquieu
16 — Clocher de l'église cathédrale de Saint-Etienne
17 — Eglise cathédrale de Saint-Etienne
18 — Tour de l'évêché
19 — Eglise paroissiale de Notre-Dame du Bourg, dite la chapelle
20 — Eglise et clocher des R.P. Jacobins
21 — Couvent des Jacobins ou Dominiquins
22 — Eglise et clocher des Religieuses de Notre-Dame ou Paulin
23 — Tour de la chapelenie de la niboire
24 — Flèche et église des religieuses de l'Anonciade
25 — Eglise et clocher des R.P. Capuçins
26 — Couvent des R.P. Capuçins
27 — Porte du pont-long
28 — Pont-Long
29 — Tour du Pont-Long
30 — Descente du Pont-Long
31 — Allées du Gravier
32 — Masure restante d'un Foulon
33 — Pont de las Aouques
34 — Auberges
35 — Trois molins à Nef
36 — Roc de Castilou
37 — Roc de Pecaou
38 — Roc de Pompejac ou de Saint-Vincent
FIN
L'original de cette vue appartient à Madame B Martinelli

Les Templiers ont autrefois possédé dans Agen une Commanderie qui passa, lors de l'abolition de cet ordre, entre les mains des Chevaliers de Malte ou Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Quoique d'une minime importance, elle mérite néanmoins qu'il lui soit consacré quelques pages dans ce travail.
Tout ce qui se rattache à l'ordre du Temple présente d'ailleurs un intérêt exceptionnel. Sa chute fut si rapide, sa fin si tragique et si mystérieuse, qu'il semble que, malgré de remarquables ouvrages écrits sur son histoire, la curiosité ne soit pas encore suffisamment satisfaite. Bien des thèses ont été soutenues soit pour accuser ses Chevaliers de tous les crimes imaginables, soit pour les disculper et proclamer bien haut leur innocence et leurs vertus. On se passionne encore pour le grand maître Jacques de Molay, brûlé vif à Paris avec ses compagnons, dans l'île du Palais, par ordre de Philippe-le-Bel ; et on se demande lequel fut le plus coupable, ou le malheureux supplicié qui ne trouva grâce nulle part, ou le Roi lui-même d'accord avec le Pape et devant les yeux duquel miroitaient trop brillamment les immenses trésors de l'ordre.

Mais généralement ce qu'on ignore, c'est l'importance de ses possessions, son étendue, le rôle joué dans les provinces par les différents Commandeurs, et ce que devinrent la plupart de leurs propriétés. M. A. Du Bourg, dans son Histoire du Grand Prieuré de Toulouse (1), vient récemment de jeter un jour nouveau sur les possessions de ces deux ordres dans tout le sud-ouest et une partie du midi de la France. Il a compulsé avec la plus scrupuleuse patience les Archives si volumineuses du Grand Prieuré de Toulouse, et fort savamment exposé les faits les plus dignes qui ont trait à son histoire. Il est un des premiers qui ait appelé l'attention sur une des pages les plus obscures et les plus intéressantes de nos annales.
C'est à lui que nous devons d'avoir fait connaissance de ce fonds, un des plus riches, sans contredit, des Archives départementales de la Haute-Garonne ; ce qui nous a permis de compléter son travail pour tout ce qui concerne le membre de Sainte-Quitterie d'Agen.
1. Histoire du Grand Prieuré de Toulouse, par M. A. Du Bourg. Toulouse, Louis Sistac et Josopli Boubée, 1883, in-8e.

Durant tout le XIIIe siècle, les deux ordres militaires du Temple et des Hospitaliers se disputèrent en Orient l'honneur de combattre les infidèles et de protéger les pèlerins. En même temps ils s'établissaient dans l'Occident, où ils se recrutaient parmi les familles les plus nobles, et jouissaient des plus riches patrimoines. Fondés à la même époque, dans le même but et presque avec la même règle, leurs débuts furent identiques. Mais, tandis que les Hospitaliers restaient fidèles à leur origine et à l'esprit de leur institution, les Templiers, séduits par les trop nombreuses richesses qui affluaient chez eux de toutes parts, se relâchèrent bien vite de leur discipline primitive et devinrent, par leur orgueil et leur avarice, insupportables à tous ceux qui les approchaient.

I. TEMPLIERS


Créé en 1118 à Jérusalem par la piété de Hugues de Paganis et de quelques autres chevaliers chrétiens, l'Ordre fut installé dans une maison située près du Temple de Jérusalem : ce qui lui donna le nom d'ordre du Temple. Reconnu bientôt, en 1128, au concile de Troyes, comme ordre religieux en même temps que militaire, il reçut à cette époque sa règle de saint Bernard, qui l'écrivit conforme à l'esprit de la nouvelle institution.

Outre les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance que formulait alors tout religieux, les Templiers s'engageaient, en outre, à défendre par tous les moyens possibles la religion chrétienne, à croire à ses dogmes, à obéir aveuglement au maître de l'ordre, à combattre les Infidèles, et à reconnaître comme frères les religieux bénédictins de Cîteaux.
Leur costume fut l'habit blanc, auquel le pape Eugène III ajouta, l'an 1146, une croix rouge. Leur nombre devint très considérable en même temps que s'accroissaient leur fortune et leur puissance. Au bout d'un siècle, ils possédaient plus de neuf mille maisons, et ils allaient de pair, dit Matthieu Paris, pour leurs richesses, avec les plus grands rois.

Ce serait sortir de notre cadre que de raconter ici comment ils inspirèrent la jalousie à tous les ordres religieux d'alors ; quels furent leurs crimes, supposés ou véritables ; de quelle manière Philippe-le-Bel, après de nombreuses hésitations, s'entendit avec le pape Clément V, pour les citer devant le tribunal suprême, et, avant même leur condamnation, confisquer à son profit tous leurs biens ; à quel degré s'éleva dans la procédure l'intolérance des Inquisiteurs, leurs grands juges ; par quelle inconséquence étrange tous avouèrent d'abord et en des lieux différents les crimes qu'on leur reprochait, puis les nièrent énergiquement au moment du supplice ; comment enfin, alors que leur grand maître monta sur le bûcher par ordre du roi de France, d'autres tribunaux appliquèrent des condamnations différentes, soit la dégradation, soit la prison à perpétuité ou temporaire, soit simplement l'exil. Disons seulement que, dès 1313, l'ordre des Templiers n'existait plus dans toute la chrétienté, et que, pas plus dans nos provinces méridionales que dans tout le reste de la France, il ne fut permis de prononcer à voix haute le nom de chevalier du Temple. Leurs biens furent tous dispersés. Les uns furent confisqués par l'autorité royale, d'autres vendus à de simples particuliers, la plupart enfin cédés aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

On ne peut fixer au juste l'époque où les Templiers vinrent s'installer dans la ville d'Agen. Organisés dans le Languedoc presque immédiatement après avoir été reconnus par le concile de Troyes, ils s'étendirent bientôt dans toute la province, et alors que les Hospitaliers exerçaient une prépondérance marquée dans le Toulousain, les Templiers, au contraire, devinrent plus puissants dans l'Agenais (1).
1. Du Bourg. Histoire du Grand Prieuré de Toulouse.

Ce fut sous Hélie de Castillon, évêque d'Agen de 1149 à 1182, que les Templiers, nous dit Labénazie (2), furent établis dans Agen. « On ne sait au vrai, ajoute-t-il, le lieu de, leur premier établissement. Il y en a qui croient que ce fut dans le fort de la ville, près de la tour de M. Despalais, dans la maison de M. Barbier de la Serre, pour deux raisons : la première est de ce qu'elle est bastie d'une façon assez particulière, les murailles qui aboutissent à la rue qui porte le nom de rue du Temple sont bâties en arceaux qui sont en forme d'arcs-boutans ; la seconde raison est qu'il y a dans la maison une espèce de chapelle voûtée avec beaucoup d'anneaux de fer suspendus à la voûte, comme pour y attacher des lustres ou des lampes. De ce temps, on disait vêpres le soir, vers le commencement de la nuit. Cette voûte tient presque toute la longueur de l'ancienne maison. Ils y furent établis vers l'an 1154. »
2. Labénazie. ms. tome II, livre III, chapitre XXII, page 201 et suivantes.

L'opinion de Labénazie peut se soutenir, bien qu'elle ne s'appuie sur aucun document sérieux. On peut voir, en effet, encore les voûtes fort épaisses, aujourd'hui en démolition, de tout le rez-de-chaussée de la maison de M. Aunac (ancienne maison Barbier La Serre), et les attribuer à la chapelle de l'ancienne Commanderie du Temple, dont l'autorité se serait étendue de là sur tout le quartier avoisinant qui garde encore le nom de quartier et de rue du Temple, pour aboutir à la porte Sainte-Quitterie. Néanmoins nous pensons que ces énormes murailles doivent plutôt être attribuées à la première enceinte de la ville et être considérées comme faisant partie du Castrum Sancti Stephani. Pour nous, nous croyons fort que l'ancienne résidence dans Agen des Chevaliers du Temple d'abord, puis des Hospitaliers, a été de tout temps cet enclos de Sainte-Quitterie, situé près la porte du même nom qui séparait la rue du Temple de la rue Saint-Jean, et où, à côté de l'église, s'élevait comme nous allons le voir, une tour fort importante, existant encore au siècle dernier et qu'on pourrait considérer à juste titre comme un des anciens restes de la maison du Temple à Agen.

Sur ces entrefaites, lut construite sur les bords du Lot une forteresse qui prit le nom de Temple de Brueil ou de Brulhes (1), encore assez bien conservée, et qui peut être considérée comme le type de ces sortes de caravansérails fortifiés, chers aux Templiers dans tous les pays, destinés aussi bien à la défense qu'à l'hospitalité. Les Maîtres de l'ordre, en résidence à Agen, s'empressèrent de venir y habiter, abandonnant leur maison de ville, qui ne forma plus désormais qu'un membre de la nouvelle Commanderie, sous le nom de Sainte-Quitterie d'Agen (2).
1. C'est par une erreur bien excusable, à cause de la similitude des noms, que M. Du Bourg place dans la vicomté de Brulhois, rive gauche de la Garonne, le Temple de Brulhes, sis sur les bords du Lot, entre Castelmoron et Sainte-Livrade. Mais que signifie ce nom de Brulhes, et quelle est son étymologie ? Il nous revient, et nous donnons cette explication sous toutes réserves, que ce mot de Brulhes est un vieux mot patois, employé jadis par les riverains du Lot pour désigner le peuplier (aujourd'hui Bioulé). Nous croyons tout simplement qu'il vient du mot latin Brolium ou Brulium (voir Du Cange), qui viendrait lui-même du vieux mot gaulois Brogilum et qui signifie bois épais, fourré, taillis, garenne buissonneuse, etc. Or, on sait que les bords du Lot, comme les coteaux de Laplume, étaient autrefois très boisés. Dans la suite, ce mot aurait fait Brulhès ou Bruillès en gascon, et Breuil, Bruel ou Brulhes en français.
2. Histoire du Grand Prieuré de Toulouse, ch. XIX, page 343.


Voici, telle que l'a relevé M. Du Bourg dans les archives de l'ordre de Malte à Toulouse, la liste des Maîtres ainsi que des Commandeurs du Temple de Brulhes ou d'Agen, dans la baillie d'Agen (3).
3. Idem., pages 26 et 349.

Præceptors Templiers


11..-.... Fors Sans de Vidalhac.
1155-1158 Augier de Bédeissan.
1159-1165 Hélie de Focald.
1161-.... Jourdain de la Contraria.
1165-1170 Pierre de Stugues.
1170-1175 Jourdain de Corbarrieu.
1176-1180 Gaston de Castelmauron.
1230-1236 Forlamer de Séados.
1236-1243 Arnaud-Raymond de la Mothe.
1245-1262 Guillaume-Bernard d'Aspet.
1256-.... Pierre Boyer.
1263-1275 Arnaud d'Auron.
1276-1285 Pierre de Sombrun.
1281-.... Raymond de Cantamerle.
1286-1290 Cenebrun de Pins.
1288-1295 Bertrand de la Selve, lieutenant du Maître.
1298-1300 Guillaume de Bernard, idem.
1305-1306 Ratier de Lemozin.

Indépendamment de leurs maisons du Temple et de Sainte-Quitterie d'Agen, rappelons, uniquement pour mémoire, les autres possessions qu'avaient les Templiers dans l'Agenais : dans le vallon du Pont-du-Casse, la forteresse de Sainte-Foy de Jérusalem, qui joua un rôle lors des invasions anglaises et dont il ne reste plus que la pittoresque église, couverte de lierre ; tout à côté Merens, puis Sauvagnas, Golfech, Saint-Sulpice de Rivalede, sur les bords de la Lède, Saint-Jean de l'Herme, une église à Port-Sainte-Marie, enfin, comme l'affirme Labenazie, le château du Bedat, tout près d'Agen, ainsi qu'une petite église attenante, et le château fort de Gavaudun, dans le haut Agenais, où l'Evêque de Périgueux, Jean Dasside, les assiégea, les prit et rasa le château. Cela se passait vers 1160.

Nous n'avons trouvé dans les archives de Sainte-Quitterie d'Agen, la seule possession qui doive ici nous intéresser, aucun document durant toute la domination des Templiers. Les premiers que nous ayons rencontrés ne datent que de 1312, c'est-à-dire du jour de la dispersion de cet ordre et de son remplacement par les Hospitaliers.
Ce fut, en effet, en 1309 que leurs possessions de Guyenne et de Gascogne furent toutes saisies par Clément V, qui en commit la garde d'abord à l'évêque d'Agen, Bernard de Pargis, et à plusieurs chanoines, puis à Philippe-le-Bel. « Cela déplut étrangement, nous dit l'abbé Barrère, au sénéchal de Gascogne pour le roi d'Angleterre, qui s'en plaignit à son maître l'année suivante (1) » Il ajoute que ces renseignements sont dûs à une note que Baluze envoya lui-même à Labenazie, au moment où celui-ci préparait son histoire. Quoiqu'il en fût, le roi de France ne garda pas longtemps ces immenses domaines ; car, dès que le concile de Vienne, en 1312, eut tranché la délicate question de savoir où iraient les biens des templiers, et que l'opinion de Clément V eut prévalu de les donner aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, institués pour les mêmes causes et dans le même but, les possessions agenaises, sauf l'église du Port Sainte-Marie qui fut prise par les religieuses du Paravis en échange de la cure d'Argentens, et quelques biens de peu d'importance qui furent vendus à de simples particuliers, passèrent toutes dans les mains des nouveaux Chevaliers, aussi bien le Temple de Brulhes que Merens, Golfech, Sauvagnas, Sainte-Foy de Jérusalem, etc.
Ce fut également le sort de Sainte-Quitterie d'Agen.
1. Histoire religieuse et monumentale du diocèse d'Agen, tome II, page 88.

II - Hospitaliers

Antérieurs aux Templiers d'environ un demi-siècle, les Hospitaliers, sans parler de leurs prétentions d'après lesquelles ils descendraient des Macchabées, ne doivent faire remonter leur véritable origine qu'à 1048, époque à laquelle des marchands d'Amalfi obtinrent dans l'enceinte de Jérusalem une concession de terrain, où ils purent bâtir une église sous le nom de Sainte-Marie de la Latine. Dès la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon en 1099, cette église, qui était alors desservie par le moine Gérard, fut tellement comblée d'aumônes qu'elle se transforma en une vraie congrégation, placée sous la protection de saint Jean-Baptiste : d'où le nom de Frères de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem donné aux nouveaux religieux.
A la mort de Gérard, arrivée en 1118, Raymond du Puy lui succéda et prit le premier le titre de grand maître. Ce fut lui qui réglementa la communauté, s'inspirant de la règle de saint Augustin, mais la modifiant suivant les besoins de l'Ordre. Ses religieux s'engageaient principalement à secourir les pèlerins, à soigner les malades et à combattre les infidèles. De plus, ils devaient porter une croix sur leurs habits et sur leurs manteaux. L'Ordre fut reconnu en 1130 par le Pape Innocent II et il fut érigé par lui en ordre militaire de chevalerie.

Il serait trop long d'énumérer ici les immenses services rendus à la chrétienté par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Il n'est pas une bataille en Syrie, durant les XIIe et XIIIe siècles, à laquelle ils n'assistèrent, luttant sans relâche contre les Sarrasins. Quand Jérusalem fut prise en 1187 par Saladin, ils se transportèrent d'abord à Margat en Phénicie, puis à Ptolémaïde (Saint-Jean d'Acre), enfin dans l'ile de Chypre où les attira le roi Henri de Lusignan. Ils y restèrent jusqu'au 15 août 1309, époque où ils se rendirent maîtres de l'ile de Rhodes, qui devint leur résidence. C'est de ce jour qu'ils portèrent le nom de Chevaliers de Rhodes, gardé par eux jusqu'à ce que, chassés à leur tour de cette ile, en 1522, ils s'établirent définitivement à Malle, en 1530, en vertu d'une donation de l'Empereur Charles Quint. Le nom de Chevaliers de Malte leur est resté depuis.

Mais tandis qu'ils guerroyaient ainsi au loin pour la défense de la bonne cause, ils s'organisaient en même temps très fortement dans les diverses provinces et répartissaient les nombreux domaines qu'ils possédaient, notamment en France, en commanderies d'abord, puis en préceptories. C'est ainsi que dans nos provinces, la maison mère fut le Grand Prieuré de Saint-Gilles, dans le Languedoc, d'où dépendaient de nombreuses préceptories instituées à Toulouse, dans le Rouergue, le Quercy, le Périgord, le Bordelais et enfin dans l'Agenais. Le chef de chacune de ces maisons, appelé Précepteur et qui était ou un chevalier revenu d'Orient, ou un chapelain, ou même un simple frère servant, dirigeait conjointement avec le chapitre l'administration des biens et était chargé de l'instruction des nouveaux venus. Malheureusement les Hospitaliers se heurtèrent de bonne heure aux Templiers, dont l'organisation était toute semblable et les biens, plus nombreux, souvent trop proches des leurs. Une sourde rivalité devait fatalement s'engager entre eux, qui dégénérera bientôt en hostilités. Nous ne savons si véritablement les Hospitaliers intriguèrent pour faire tomber leurs puissants voisins ; quoiqu'il en soit, ils profitèrent habilement de leur ruine, en se faisant donner la plus grande partie de leur patrimoine.

Les Hospitaliers possédaient, dès leur fondation, peu de terres dans l'Agenais où, ainsi que nous l'avons dit, les Templiers dominaient. Ils n'en eurent aucune dans Agen jusqu'à la ruine de ces derniers, qui leur permit alors de prendre, dès 1312, l'église Sainte-Quitterie et ses dépendances, dernière possession de l'ordre du Temple à Agen.

— Il nous aurait été fort difficile d'indiquer la place exacte où fut dans Agen l'église Sainte-Quitterie, aujourd'hui entièrement détruite, sans un plan assez grossier, relevé par ordre des Chevaliers de Malte à la suite d'un procès qu'ils eurent au XVIIe siècle, et que nous avons eu la bonne fortune de découvrir dans la liasse III des Archives de Sainte-Quitterie à Toulouse. Malgré ses inexactitudes comme échelle et comme proportions, nous croyons néanmoins devoir, à cause de son archaïsme et de son originalité, le reproduire ici tel que nous l'avons trouvé.
La fraction du plan de Lomet représentant ce quartier d'Agen, tel qu'il était en 1789, c'est-à-dire entièrement transformé, trouvera sa place naturelle lorsque nous nous occuperons de la maison du Refuge, que l'on installa plus tard sur les ruines de la vieille Commanderie.

Plan de Sainte-Quitterie en 1789





Sources : BNF


Ainsi donc qu'on peut le voir sur notre plan, Sainte-Quitterie d'Agen se trouvait située dans ce vaste espace compris entre la rue du Temple au Nord, la rue saint Martial à l'Est, et la rue de Narbonne (plus tard rue de l'Ecole Vieille) au Midi. Elle avait donné son nom à la vieille porte [P] également démolie, qui séparait la rue du Temple de la rue Saint-Jean, ainsi qu'à la ruelle ou impasse, la seule qui permettait d'accéder au nord dans son enceinte proprement dite, par le portail [R]. L'église était en [A], tournée vers l'est, avec un porche à l'ouest, dont le plein cintre est assez caractérisé. En [G], à gauche de l'église, se trouvait un cloître, au milieu duquel avait été tracé un jardin servant de cimetière. En [H] s'élevait une tour carrée, crénelée, à trois étages, attenant à l'église, et baignée à ses pieds par l'aqueduc [G], dit le Gourbaut de la Ville, qui entrait au sud jusqu'à la rue de Narbonne. Tout à fait à l'ouest, contre la muraille qui séparait l'enclos des jardins voisins, s'élevait en [I] une maisonnette servant de logement au jardinier. Quant à toutes les maisons qui étaient construites au nord de l'église et qui donnaient soit au levant sur la courtine [D], soit à droite et à gauche de la ruelle Sainte-Quitterie, soit enfin sur toute la rue du Temple, elles étaient « meuvantes du fief de Sainte-Quitterie », c'est-à-dire appartenaient au Commandeur, qui les louait à divers particuliers, presque tous de pauvres gens. Les treize ou quatorze noms, indiqués sur la légende du plan, et qu'il est inutile de reproduire ici, ces noms étant tout-à-fait inconnus, en font foi. Enfin en [O], sur ce qu'on appelait la petite place de Sainte-Quitterie, et devant le portail du couvent, se trouvait un puits qui servait aussi bien aux besoins des frères qu'à ceux de leurs locataires.

Aujourd'hui que ce quartier est entièrement modifié et que des maisons ont été élevées, non seulement sur la rue du Temple comme autrefois, mais au-dessus du Gourbaut, sur tout le parcours de la rue Saint Martial et dans la rue de l'Ecole-Vieille, il est impossible de voir, de l'une de ces rues, l'enclos de Sainte-Quitterie. Il faut pour cela franchir soit la porte de l'impasse [R], soit pénétrer au sud dans les jardins [j] par la nouvelle construction bâtie il y a une cinquantaine d'années à peine, lors de l'installation des frères de la Doctrine chrétienne.

Plan du couvent des Sœurs du Refuge



couvent des Sœurs du Refuge
BNF


Donnons, avant d'entrer dans les détails de l'histoire de Sainte-Quitterie, la liste de ceux de ses Commandeurs que nous pouvons connaître, à partir du moment où les Hospitaliers remplacèrent les Templiers.

1312-1319 Bernard d'Arles.
1324-1325 Hugues de Lemosi.
1346-1347 Raymond de Labaut.
1348-1349 Bernard de Lautrec.
1358-1372 Bernard del Thor.
1372-1393 Raymond de Belpech.
1462-1473 Bernard de Vellac.
1475-1496 Bernard de Gros.
1498-1506 Tannequin de Bussel.

De 1508 à 1650, le Temple de Brulhes fut réuni à la Cavalerie. Les Commandeurs furent par suite :
1509-1517 Bertrand d'Esparbès de Lussan.
1519-1520 Bernard de Montlezun.
1521-1532 Robert de Pagèze d'Asas.
1537-1544 Pons d'Urre.
1545-1555 Pierre de Beaulac-Tresbons.
1557-1560 Charles d'Urre.
1563-1564 Jean de La Valette Parizot.
1508 à 1650, la Cavalerie, fit partie de la Chambre Prieurale.

En 1620 la Commanderie fut rétablie.
1620-1635 Denys de Polastron La Hillière.
1650, rétablissement de la commanderie du Temple de Brulhes.
1650-1669 François d'Esparbès de Lussan.
1675-1681 Pierre du Pont de Gau.
1688-1689 Conrad de Raymond Pomeyrol.
1693-1705 Jean de Guérin-Castelel.
1719-1720 Louis Joseph du Gase.
1723-1731 Octave de Galléan.
1737-1738 Charles de Vignes-Parizot.
1753-1756 François de Pallavicini.
1765-1766 François de Glandevès-Castellar.
1780-1788 Bernard de Polastron-la-Hillière (1)
1. Liste également relevée par M. du Bourg, dans les archives de l'ordre de Malte, et que nous avons-nous-même vériffiée.

Commanderie Sainte-Quitterie

Durant les quatre siècles que la Commanderie de Sainte-Quitterie appartint aux chevaliers de Malte, elle joua dans notre ville un rôle assez effacé. Elle était cependant occupée par des frères servants qui entretenaient son église, et visitée de loin en loin par les Grands Maîtres, plus souvent par les Commandeurs du Temple do Brulhes, « qui jouissaient d'une sorte de suprématie sur les maisons de l'ordre de la contrée », et notamment sur elle.

Nous trouvons, pendant tout le XIVe siècle, et dès l'entrée en possession des Hospitaliers, de nombreux actes d'achat, d'échange, de vente, passés par les Commandeurs d'Agen, tous en vue d'agrandir leurs domaines autour de la ville (1). Ces documents nous donnent même les noms de quelques-unes des terres qui leur appartinrent à cette époque près d'Agen : d'abord un vrai domaine autour de Sainte-Radegonde, avec les terres de La Vernède, de Cantegach, de Péchabou, de Saint-Vincent des Corbeaux ; le tout se rattachant aux possessions de Merens ; à Cayssac, autour de l'église, un certain nombre de métairies ; deux à Colayrac ; de l'autre côté de la Garonne, quelques pièces de terre à Dolmayrac ; enfin, dans la paroisse de Brax, las Mourèdes, entre ce village et Monbusq. N'oublions pas onze maisons ou granges qu'ils possédaient « en la rue des Embans de Malmusson dans la ville d'Agen, près la petite Boucherie (2) »

Nous ne dirons rien, bien qu'elle intéressât en partie Sainte-Quitterie, de la fameuse querelle qui surgit vers la fin du XIVe siècle entre le Commandeur de Castelsarrasin et Bernard del Thor, précepteur du Temple d'Agen, qui s'était emparé par violence de Golfech, et qui fut obligé d'en faire la restitution à son confrère. Nous ne parlerons pas davantage du procès engagé entre le seigneur de Montpezat et le Commandeur du Temple, au sujet de la ville de Dominipech, et dont la sentence finale, en 1557, fut favorable aux chevaliers de Malte
(3). Relevons seulement, en passant, trois titres de collation et provision de la chapelle de Sainte-Quitterie d'Agen, en faveur, l'un du sieur Antoine Castillan, du 27 avril 1524 ; le deuxième du sieur Pierre Gaucher, du 7 juin 1520 ; enfin le dernier du sieur Pierre Crurge, du 8 juin 1530 (4) ; et arrivons au long procès qui s'engagea un peu plus tard entre les consuls d'Agen et l'ordre de Malte, au sujet de Sainte-Quitterie.
1. Archives de Sainte-Quitterie. Liasse I et II.
2. Idem, à côté du vieux plan que nous avons reproduit, et sur la même feuille, il existe aux Archives de Toulouse une vue cavalière également fort grossière de ses onze maisons, sises entre la rue du Temple d'un côté, la rue Malmusson de l'autre, et enfin la rue des Embans et à son extrémité la place Saint-Gilis, dite de la Petite Boucherie.
3. Archives de Brulhes.
4. Archives de Sainte-Quitterie, liasse III.


En 1553, les consuls d'Agen, violant en cela les privilèges des Chevaliers de Malte, imposèrent tout d'un coup leurs biens non seulement dans Agen, mais dans les environs. Ceux-ci refusèrent de payer les tailles ; et un procès s'ensuivit, qui se termina une première fois devant le Parlement de Bordeaux, en faveur des Hospitaliers. Aussi le 10 avril 1555, fut-il rendu une ordonnance des consuls d'Agen « déclarant les biens du Commandeur de Sainte-Quitterie quittes de toutes tailles et impositions diverses. » Quarante ans plus tard le procès s'engagea de nouveau et pour les mêmes causes : sa solution fut identique. Voici un fragment de l'ordonnance qui fut rendue, cette fois définitivement, par les consuls d'Agen, le 6 décembre 1597 : «.... Lesdits sieurs Consuls, par l'organe dud. Loubatery, leur premier, ont remonstré et faict entendre comment le Commandeur de La Cavallerie de Saint-Jean de Jérusalem, dont Sainte-Quitterie de ceste ville est ung des membres, demande que, en vertu de leurs privilèges et transaction passée avec les consuls qui estaient de ceste ville en l'année 1555, ils soient deschargés de nouveau du payement de toutes tailhes sur les biens qu'ils ont en la présente ville et juridiction, deppandans de Sainte-Quitterie, ensemble du droit de peaige et passaige de là rivière au devant de celle ville... sur lesquelles propositions, ayant esté oppiné par rang et ordre par lesd. sieurs Jurats, d'une commune voix, advis et consentement entre eux, ... a été aresté, que le Commandeur de Sainte-Quitterie, jouyra de l'effaict d'iceluy accord, que, en ce faisant, il sera quitte dudit payement de toute taillie et cothisalion, soit ordinaire et extraordinaire, pour les biens qu'il a en la présente ville et juridiction, etc. (1) »
Cette ordonnance fut confirmée le 4 août 1608 par le Parlement de Bordeaux.
1. Archives de Sainte-Quitterie. Liasse III.

Un autre long procès, survenu avant celui-là, mérite d'être signalé ; il est relatif à l'instance engagée, dès 1528, par le Commandeur d'Agen, Robert d'Asas, « pour raison de la démolition de la paiscine à pesche que ledit sieur Commandeur avait sur la rivière de Garonne, au dessoubz du château du Bédat (1) » D'où l'on peut conclure que ce château, ainsi que les terres avoisinantes, appartenaient à cette époque aux Chevaliers de Malte.
1. Archives de Sainte-Quitterie. Liasse III.

C'est au commencement du XVIe siècle, et dès l'année 1508, que la Commanderie du Temple de Brulhes et par suite d'Agen fut réunie à celle de la Cavalerie, sise en Armagnac, sur les bords de l'Auloue, près le village de Castéra-Verduzan. Ses Commandeurs furent par suite ceux de la Cavalerie. Il en résulta bientôt de graves inconvénients. La distance était telle que les chefs ne venaient que très rarement dans leurs possessions de l'Agenais, abandonnées à elles-mêmes et où de nombreux abus ne tardèrent pas à se produire. Une foule de procès furent engagés en effet par frère Bertrand d'Esparbès de Lussan « pour raison de rentes et droits seigneuriaux que divers habitants de la ville d'Agen et des environs, locataires de l'Ordre », ne payaient plus. Et lorsque, en 1624, le Commandeur Denys de Polastron de la Hillière, ambassadeur de l'Ordre auprès du Saint-Siège, voulut, dans un voyage qu'il fit en
France, visiter sa Commanderie de l'Agenais, « il ne vit que paysans parcourant ses domaines avec des quantités de chiens, lévriers et furets, les mains armées d'arquebuses et chassant tout comme de nobles seigneurs. » En vain essaya-t-il de faire reconnaître son autorité. Ses vassaux se révoltèrent et allèrent détruire toutes ses récoltes. Denys de Polastron effrayé fit appel à l'autorité royale, et le 12 mars 1625, Jean Rigal, Commandeur de Goutz, fut chargé par le roi « d'aller placer sur la terre et juridiction du temple de Brulhes les pannonceaux fleurdelisés (2). »
2. Archives de Brulhes, liasse VI. Voir aussi le travail de M. A. Du Bourg.

Aussi, en 1650, la Commanderie du Temple fut-elle établie telle qu'elle l'était au début. On lui adjoignit même celle de Sauvagnas.
Seule, la vieille église Sainte-Quitterie d'Agen, presque entièrement abandonnée, menaçait ruines. C'est alors que pour la conserver, le Commandeur du Temple qui était en même temps celui de la Cavalerie et grand Prieur de Toulouse, Raymond de Gozon-Melac, conclut, le 24 octobre 1601, avec le syndic des Pénitents Gris nouvellement fondés à Agen, et malgré « la protestation des trois luminiers de Sainte-Quitterie, Anthoine Cussac, dit Tony Gray, Pierre Micquel, dit Mignonnet, et Dominge Duvergier » l'accord suivant : il fut convenu que « bien que les confraires de Madame Sainte-Quitterie et luminiers d'icelle église les veuillent troubler et empescher à y célébrer le service divin, » les Pénitents-Gris, qui n'avaient pas de chapelle, auraient la pleine et entière jouissance de l'église de Sainte-Quitterie et pourraient en disposer comme ils l'entendraient pour l'exercice de leur culte, à la condition de se charger de toutes les réparations (1).
1. Archives de Sainte-Quitterie, liasse III.

Les Pénitents Gris s'installèrent donc à cette époque dans la vieille demeure des Templiers, dont la propriété resta toujours aux chevaliers de Malte. Ils y demeurèrent jusqu'en 1633.
Mais à ce moment, trouvant sans doute ces charges trop onéreuses, ils rompirent la convention et, ainsi que nous le verrons dans la suite, allèrent s'installer ailleurs. Une fois de plus Sainte-Quitterie fut abandonnée, et cela durant plus d'un siècle.

Nous ne retrouvons plus on effet le fief des Hospitaliers dans Agen qu'au milieu du XVIIIe siècle. Vers cette époque, l'Evêque d'Agen, Monseigneur de Chabannes, obtint du Roi, par lettres patentes de décembre 1746, l'autorisation de fonder une maison de Refuge pour les filles de mauvaise vie, non seulement d'Agen, mais de toute la province. Le local lui manquait. Après avoir vainement cherché cinq ans, il tourna ses regards vers l'église de Sainte-Quitterie presque en ruines et en demanda la cession au Commandeur du Temple, François de Pallavicini, qui s'en rapporta à la décision de son chef le grand maître de l'Ordre. Nous trouvons aux Archives de Sainte-Quitterie toutes les pièces de cette importante affaire.
Après de longs pour parlers, deux commissaires furent délégués, Frère Joseph de Raymond Deaulx, chevalier de Malte, commandeur des Commanderies de Villeneuve, Taurene, la Gaude et Sainte Marguerite de Luzeran, et Frère Claude Silvestre de Timbrunc, marquis de Valence, également chevalier de l'ordre et colonel du régiment de Béarn, qui, après examen des Archives et toutes pièces relatives à Sainte-Quitterie, se transportèrent à Agen, le 3 juillet 1755, afin de vérifier ledit local.

Dans leur relation, ils constatent que le membre de Sainte-Quitterie consistait en une chapelle dédiée à cette Sainte, à côté de laquelle il y avait un cloître, au milieu duquel se trouvait un petit jardin et un lopin de jardin et terre au derrière, et que, joignant ladite chapelle, il y avait une tour carrée, le tout joui par les marguilliers de cette chapelle, ensemble une rente de neuf livres, seize sols, huit deniers ; plus un grand jardin qui est à main droite en entrant avec une maison à deux petits étages pour le jardinier..., mais que, à cause de la nouvelle installation et sur la foi du contrat d'inféodation du 16 avril 1753, l'Evêque d'Agen vient de faire démolir la chapelle, la tour et le cloître pour construire à leur place un grand corps de maison avec une chapelle à son extrémité et offices nécessaires pour loger ladite communauté.
Le tout, continu et fermé par de 3 murs, confrontait du levant à rue Saint Martial et aqueduc de la ville, ou Gourbaut, entre deux, traversant ledit local ; du midy à rue de Narbonne, ci-devant de l'Ecole Vieille ; du couchant à jardin du sieur Bazignan et du sieur Beinet, facturier, muraille entre deux ; du septentrion à maison du nommé M. Salvi, petite place Sainte-Quitterie, avec un puits commun au-devant du portail dudit enclos et encore rue Sainte-Quitterie et maison d'Antoine Roudanns.
Quant au revenu total, y compris les diverses autres maisons d'Agen et les terres avoisinantes, il s'élèverait, d'après l'améliorissement du Commandeur de Parisot, à la somme annuelle de cinquante livres.

Les parties tombèrent vite d'accord, et, le 17 juillet 1755, fut passé le bail à fief de la chapelle et enclos de Sainte-Quitterie, consenti en faveur de l'évêque d'Agen afin d'y établir une maison de Refuge. Les parties étaient, d'un côté les deux Commandeurs précités, représentant le Grand Maître de l'Ordre, qui s'adjoignirent Me Jean-Baptiste de Lagrèze, docteur en théologie, curé d'Aiguillon, procureur fondé de Me François de Pallavicini, Commandeur du Temple de Brulhes, de l'autre Mgr l'Evêque d'Agen, Gaspard de Gilbert de Chabannes, seul supérieur de la maison du Refuge. Voici quelles furent les principales clauses : « Les trois commissaires donnent à titre de nouvel achat, emphytéose directe et perpétuelle, la chapelle Sainte-Quitterie, avec toutes ses dépendances, sous la censive annuelle et perpétuelle de dix sacs de blé froment, mesure d'Agen, que paiera ladite maison de Refuge au Commandeur du Temple.

En second lieu, ladite maison lui paiera également un droit d'indemnité de trente en trente ans, fixé à la somme de 141 livres, 13 sols, 4 deniers, en six paiements égaux de cinq en cinq ans, soit vingt-trois livres tous les cinq ans.

3° Ladite maison, quand elle sera requise, sera tenue de faire la montrée oculaire desdits biens et les améliorer, sans pouvoir les détériorer, ni les vendre ou allouer.
4° Si elle s'éteint ou change de nature, les fonds ci-dessus inféodés rentreront de plein droit au Commandeur du Temple.
5° Il en sera de même si les rentes annuelles ne sont pas payées.
6° La communauté sera tenue d'entretenir la chapelle qu'elle a fait construire, où il sera dit une messe haute le jour de saint Jean-Baptiste, et une de Requiem le lendemain pour les défunts de l'Ordre et ses bienfaiteurs.
7° Les Commandeurs se réservent le droit de visite dans la chapelle, c'est-à-dire que, lorsqu'ils y viendront, ils seront reçus à la porte au son des cloches par l'aumônier revêtu de ses habits sacerdotaux, qui leur présentera l'eau bénite et les conduira à l'autel.
8° Au-dessus de la porte d'entrée, la communauté sera tenue de mettre une croix de Malte à huit pointes.
9° Enfin, tous les autres biens, cens et rentes dépendant de Sainte-Quitterie, notamment la rente dont jouissent les marguilliers, demeureront à l'Ordre (1)
1. Archives de Sainte-Quitterie, liasse III.

Bien que transformée en maison de Refuge, que nous étudierons lorsque nous nous occuperons des communautés de femmes, et sous l'autorité de l'évêque d'Agen, Sainte-Quitterie n'en resta pas moins la propriété des Hospitaliers jusqu'à la Révolution. Nous en avons comme preuve une reconnaissance, exigée le 14 août 1780, par le nouveau et dernier Commandeur du Temple de Breuil, Frère Bernard de Polastron de La Hillière, et rendue par Monsieur l'abbé de Passelaigue, chanoine de la Cathédrale d'Agen, abbé de Pérignac et vicaire général du présent diocèse, comme député du bureau d'administration de la maison du Refuge d'Agen, pour le local de Sainte-Quitterie, sur lequel ladite maison est construite (1). L'acte confirme en tous points les clauses du bail précédent ; l'abbé les énumère et s'engage à les exécuter comme par le passé.
1. Archives de Sainte-Quitterie, liasse III.

Lorsque la Révolution arriva, la maison du Refuge fut réunie à l'Hôpital général et le local de Sainte-Quitterie fut momentanément abandonné. Un état « des bâtiments nationaux invendus ou employés à des objets d'utilité publique », à la date du 14 vendémiaire an III, nous apprend « que l'on dispose à ce moment l'ancienne maison du Refuge pour servir à la détention des femmes ou filles qui y ont été ou qui y seront condamnées. (2) »
2. Archives départementales de Lot-et-Garonne. Biens nationaux.

Il est à croire que ce projet ne fut pas mis à exécution, puisque nous voyons le local servir bientôt d'asile aux enfants abandonnes. En 1806, ou y transféra provisoirement le Collège. Puis le tout fut loué à divers particuliers, dont quelques-uns y établirent des institutions d'enseignement libre.

Lorsque, le 19 mars 1839, par décision antérieure du Conseil municipal d'Agen du 22 décembre 1838, les Frères de la Doctrine chrétienne furent appelés et arrivèrent dans notre ville, on les installa dans la bâtisse méridionale, nouvellement construite, de l'enclos de Sainte-Quitterie, donnant sur la rue de l'Ecole-Vieille. L'ancien local du Refuge resta l'Ecole Normale, dirigée par Messieurs Levêque, qui eux-mêmes avaient remplacé les Frères Marianites. L'affluence des élèves devint telle que l'on dut agrandir le local des Frères, et c'est ainsi que, en octobre 1842, on leur céda les jardins et la moitié de la maison du Refuge, la partie nord restant encore à M. Levêque. Ce ne fut qu'après la mort de ce dernier, en 1871, que les Frères devinrent possesseurs du tout.

Cette admirable institution y est demeurée jusqu'à nos jours. Ils en ont été complètement expulsés le 1er mars 1881. Depuis, le vieux fief des Templiers et des Hospitaliers dans Agen a été converti en diverses écoles publiques et laïques de filles et de garçons.

Agen, plans


Prieuré de Saint-Antoine

BNF


Quartier Saint-Caprais, religieuses du Chapelet

BNF


Religieuses Notre-Dame, place Paulin - plan 1648

BNF


Religieuses Carmélites

BNF


Couvent du Tiers-Ordre de Saint-François

BNF


Couvent des Orphelines

BNF


Eglise de la Visitation, 1713

BNF


Couvent Le Refuge, 1753

BNF


Hôpital du Martyr, 1789

BNF


Sources : Philippe Lauzun. Les Couvents de la ville d'Agen avant 1789, Les Couvents d'hommes, tome I, page 27 à 45. Agen 1889 - BNF
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