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Études réalisées sur les Templiers

La Provence

La Provence, comme on le sait, est la porte de l'Orient. Depuis l'époque romaine, la côte est parsemée de ports et de refuges. Marseille, Toulon, Antibes, Nice jouèrent un rôle important dans le commerce entre l'Orient et l'Occident. Deux d'entre ces villes conservent encore leur prédilection de porte ouverte sur la Méditerranée.

Au Moyen Age, lorsque les croisades furent organisées, la Méditerranée devint un véritable centre de trafic. Les Temp-pliers, tout comme l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem utilisèrent toutes les ressources possibles pour développer leur institution. Il en est de même de tous les Ordres religieux ou militaires, comme de toute autre communauté, il fallait subvenir aux besoins des frères et pour les templiers au besoin de la guerre contre les infidèles.

L'Ordre du Temple fondé le 25 décembre 1119, lors du couronnement de Baudouin, roi de Jérusalem, à Bethléem, reçut la confirmation de son existence canonique au cours du Concile provincial de Troyes, le 13 janvier 1128. Après cette assemblée le maître et fondateur, Hugues de Payens, parcourut la France et alla même en Angleterre. Avant son départ pour la Terre Sainte le maître et quelques-unes de ses recrues passèrent par Avignon, ville où l'évêque Laugier leur aurait donné l'eglise Saint-Jean-Baptiste [1]. Malgré cela la première donation sérieuse que l'on trouve mentionnée dans les actes est située en Provence. En 1124, Guillaume de Poitiers [2] donnait à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, par l'intermédiaire du prieuré Sainte-Marie de Paleyson, situé sur le territoire de Roquebrune, dans l'actuel département du Var, l'église Saint-Barthélémy de la Motte. Le donateur qui revenait de la croisade, ainsi que nous le signale les actes de cette famille, avait connu les chevaliers du Christ vivant près du palais royal de Jérusalem, dans les parties basses du Temple de Salomon. Peut-être fut-il surpris de la pauvreté et même de la misère des frères ? aussi décida-t-il de leur donner une rente. C'est ainsi qu'il octroya le cens annuel de huit setiers de froment de la mesure de Roquebrune, qu'il s'était réservé pour lui-même sur la donation à Saint-Victor [3].
1 — Carpentras. Bibliothèque Inguimbertine, Ms. 515, page 679. C'est dans ce manuscrit qu'il est écrit qu'Hugues de Payens est originaire du Vivarais. Je suis par ailleurs assez sceptique sur l'authenticité de ces sources quoique Gilette ZIEGLER les prennent pour paroles d'évangile: J'ai donné le pourquoi de cette fausseté dans mon livre: Templiers, gouvernement et institutions.
2 — Guillaume de poitiers descend en ligne droite des vicomtes de Marseille, cf. Président BERGE, Origines rectifiées de certaines maisons féodales, Paris, 1962.
3 — GUERARD, Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, charte n" 1102

Après le concile de Troyes, les frères duTemple recrutés par Hugues de Payens et les frères présents au concile, se séparèrent. Certains restèrent en France, d'autres passèrent en Angleterre tandis que la plus grande partie rejoignit les ports de la Méditerranée pour embarquer en direction de la Terre Sainte. Ceux qui restèrent en Europe furent chargés de recruter des membres et recevoir les donations nécessaires à l'entretien des communautés d'orient et participer ainsi à la reconquête du tombeau du Christ.

Avant d'entreprendre l'inventaire des biens du Temple en Provence et la description des commanderies, nous devons connaître la manière dont était gouvernée la Provence templière. Dès la fin du concile de Troyes, alors qu'Hugues de Payens

s'en retournait en Palestine, quelques frères furent désignés pour rester dans le sud de la France. C 'est ainsi que les premiers templiers du sud de la France créèrent un centre important qui débordera rapidement sur la Péninsule ibérique par l'Aragon et aboutir rapidement au Portugal.

Les arabes qui depuis les environs de 900 avaient envahis toutes les Espagnes virent les armées chrétiennes se dresser contre eux. C'est pour cela que le royaume d'Aragon accueillit favorablement les Templiers. L'enthousiasme alla de pair avec les donations et les fondations. En Aragon le grande centre primitif s'installa à Novillas sur la frontière de l'Aragon et de la Navarre. Hugues Rigaud, Renaud Vichier et Raimond Bernard allaient être les premiers à parcourir les routes de la Péninsule restée chrétienne, de la Provence et du Languedoc.

Hugues Rigaud se rencontre en Aragon, à Granena, à No-villas, à Douzens ou à Marseille, au Mas Deu, à Uzès, dans le Dauphiné comme à Jalez.
Rigaud Vichier se contentera à développer son ordre dans tout l'Aragon. Il reçoit les donations de Novillas, Agon, Barcelone, Fresca, Zaragoza, Boria, Alalgaya et Albarid.
Par contre Raimond Bernard sera toujours présent au Portugal.

Ces trois templiers font partie des premières recrues d'Hugues de Payens et dès 1128, Hugues Rigaud se trouve à Douzens où il reçoit les premières donations et les premières recrues. L'acte est assez intéressant pour ne pas être donné en analyse même restreinte. Pierre Bernard et sa femme se donnent au Temple avec tout leur honneur à charge aux frères de les nourrir et de les vêtir. Ils décident en outre que leurs enfants n 'auront la jouissance de ce bien que s'ils acceptent le même état de vie qu 'eux. Dans ce cas les frères disposeront d'eux comme de leurs propres enfants [4], Le 4 juillet 1130, le même frère du Temple reçoit dans l'Ordre comme membre associé le comte de Barcelone, Ralmond-Bérenger, alors qu'il se trouvait au château de Granena [5], Le 18 juin, il est à Aix-en-Provence [6], le 30 janvier 1132 il est de retour à Douzens [7] tandis que le 10 septembre de la même année les Pyrénées sont à nouv eau traversées pour la donation du château de Barbera [8], Le 3 octobre nous le trouvons dans le Roussillon au Mas Deu [9], Déjà quelques frères sont cités comme faisant partie de la suite du recruteur qui s'intitule .-procureur de la milice du Christ ou serviteur de la milice du Temple.
4 — Toulouse, Archives départementales, Cartulaire C de Douzens, folio 10 v°-11 — WOLLF (Philippe), Cartulaire de Douzens. C, n° 8.
5 — Barcelone, A.C.A., Registre 310. folio 84.
6 — Marseille, Archives départementales, 56 H, liasse 89, n° 1.
7 — Toulouse, Arch, dept., Cartulaire C de Douzens. fol 8v°-9 — WOLLF (Philippe), Cartulaire de Douzens C, n °8.
8 — Barcelone, A.C.A., Ramon Berenguer IV. n° 7.
9 — Perpignan. Archives Départementales, Cartulaire du Mas Deu. n° 127.

Hugues Rigaud installe son «quartier général» à Douzens. Le 5 mars 1134, nous le trouvons en compagnie d'Arnaud de Bedos à la donation de Saint-Saturnin de Plane dans le Royaume d'Aragon[10], Hugues restera à Douzens et de deux choses l'une, ou il était trop âgé pour continuer ses voyages, ou il se dégagea de ses fonctions pour vivre dans la retraite, car Arnaud de Bedos va prendre de plus en plus d'importance tout au cours des déplacements de son supérieur. Le 3 janvier 1134, Arnaud est seul pour recevoir des donations au château de Barbera en Aragon [11], Il se trouve à Toulouse, le 2 juin 1134, où il est cité comme représentant d'Hugues Rigaud [12].
10 — Barcelone, A.C.A., Ramon Berenguer IV, n° 16.
11 — Barcelone, A.C.A., Ramon Berenguer IV, n° 27 - 27/a - 27/b.
12 — Toulouse, Archives Départementales, Malte, Larramet, n° 1.

Une hiérarchie est déjà bien établie, six ans après le concile de Troyes et le 13 août 1134, on rencontre déjà un bailli du Temple en Aragon et Catalogne en la personne de frère Raimond Gaucebert [13], Ce même frère parcourt aussi les routes de Provence avec Arnaud de Bedos. L'Ordre du Temple se développait rapidement et Hugues Rigaud est mentionné pour la dernière fois en 1136. Nous ne le retrouvons plus dans les actes en qualité de procureur du Temple. Arnaud de Bedos le remplace cette même année et dès le début de cette année les actes sont signés
13 — Barcelone, A.C.A., Ramon Berenguer IV. n° 49.
Il est faux de dire et d'écrire que ce titre ne fut donné que beaucoup plus tard. Voyer DURBEC (J-A.). Les Templiers en Provence, dans Provence Historique. tome IX, 1959. page 4.
Soit par l'un, soit par l'autre. Dans le volume concernant les commanderies du Languedoc nous verrons mieux ces divers changements.

Arnaud de Bedos apparaît avec le titre de maître, le 27 octobre 1136, alors qu'il reçoit des dons de la part de Roger, comte de Foix [14], Comme son prédécesseur, il parcourt les routes de Provence, du Roussi lion et d'Espagne, mais à la différence d'Hugues Rigaud, il ne sera plus le recruteur, ni le receveur des donations. Arnaud de Bedos sera l'installateur, le localisateur, l'instigateur de la juridiction de l'Ordre qui prend de l'importance sous la direction de deuxième maître : Robert de Craon. que j'ai appelé par ailleurs le premier maître du Temple, cela pour montrer que Robert de Craon est le législateur du Temple alors qu'Hugues de Payens en est le fondateur matériel. Déjà les frères du Temple marquent dans le sud de la France l'implantation d'une hiérarchie dans ce qui allait devenir la Provence et partie des Espagne. Arnaud de Bedos est rarement mentionné dans le Languedoc, le Quercy et le Rouergue dont une partie était seigneurie des rois d'Aragon. Par contre nous y trouvons des procureurs, des représentants de l'Ordre dans chacune de ces régions.

C'est à Arnaud de Bedos quel'on doit la fondation, en 1136. de la commanderie de Richerenches qui allait devenir la mère de toutes les maisons du Temple en Provence, Jusqu'à cette année, les Templiers n'avaient qu'une rente à Saint-Barthélémy de Paleyson. Néanmoins, le 18 juin 1131, une donation avait été faite à Hugues Rigaud, donation qui sera à l'origine de la commanderie de Bay les, non loin d'Aix-en-Provence [15].

C'est ainsi que nous pouvons établir une chronologie des fondations des maisons de l'Ordre du Temple en Provence, le comté de Forcalquier, la principauté d'Orange, le Comtat Venaissin, le comté de Nice et ce que les actes appellent les Terres Adjacentes où les commanderies étendront leur juridiction sur des biens et des lieux situés sur les frontières des comtés et des états limitrophes.
14 — Toulouse, Archives Départementales ; Malte. Premiers, n° 1
15 — Voyer note 6

L'ensemble des maisons provençales allait formé la province templière de Provence et partie des Espagnes. Un maître provincial était nommé par le chapitre général et avait sous sa juridiction des commandeurs et maîtres ou baillis régionaux qui devaient assurer la régularité de l'observance dans les limites d'un état, d'une province civile ou d'une région géographique bien déterminée. C'est ainsi que nous avons des maîtres en Provence, en Aragon, en Rouergue-Quercy, en Toulouse, etc. Ce ne sera qu'après le chapitre général de 1230 que la maîtrise en Provence et partie des Espagnes sera abolie au profit de l'indépendance des anciennes sous-juridictions. A ce titre nous aurons alors des maîtres DE Aragon et Catalogne. Par contre, le Languedoc après son annexion à la France sera toujours soumis au commandeur de Provence dont le siège était Saint-Gilles du Gard, mais nous trouverons un commandeur en Languedoc. Là aussi, plusieurs membres deviendront d'importants dignitaires du Temple parmi lesquels nous pouvons citer Bertrand de Blanquefort qui sera Grand-Maître.

Les nouvelles juridictions provinciales dirigées par un maître indépendant étaient placées sous la juridiction et la visite des maîtres en deçà des mers, qui seront rapidement appelés visiteurs. Dans la liste de ces maîitres, nous trouvons quelques noms d'anciens maîtres en Provence, comme Gilbert Erail qui deviendra Grand-Maître, Pons Rigaud, Raymbaud de Caromb, Guillaume Cadeil, mais n'anticipons pas. Le maître en deçà des mers peut-être considéré comme le maître du Temple dans les pays qui n'étaient pas en guerre quoiqu'il avait une juridiction sur toute la Péninsule Ibérique, malgré une certaine indépendance des Templiers du Portugal.

C'est ainsi que Ton vit se créer des provinces internes sous la juridiction du commandeur de Provence, résidant à Saint-Gilles mais qui portera rapidement le titre de Montpellier comme nous le verrons plus loin. Nous avons donc : Saint-Gilles et Montpellier, Provence et Comtat-Venaissin, Viv arais et Velay, Pays Bit-terois, Carcassonne etNarbonne, Quercy et Rouergue, Comté de Toulouse, Agenais et Gascogne. A l'intérieur de ces subdivisions la juridiction était encore divisée et des commandeurs installés pour assurer l'influence : ce sont les commandeurs majeurs qui sont à la fois les chefs juridictionnels et temporels d'un groupe de maisons du Temple. Bien souvent les commandeurs majeurs résidaient dans les maisons situées hors des villes. Ces maisons servaient bien souvent de maisons de formation : Le Ruou, Richerenches quoique toutes les maisons du Temple régvulière-ment constituées pouvaient recevoir des frères, mais c'était le commandeur-majeur qui recevait dans l'Ordre ou déléguait ses pouvoirs au commandeur du lieu. Des exemples seront cités à l'intérieur de chacune des commanderies lorsque les actes en feront état. Le terme de bailliage et de bailli que nous trouvons dèsle début de l'Ordre dans nos régions, n 'est autre que la fonction de maître de région, de commandeur-majeur les actes d'ailleurs disent bien baillie d'Arles, baillie dé Richerenches,etc.

La première mention de ce titre est datée du 3 août 1134 avec Raymond Gaucebert [16] et Arnaud de Bedos en Provence, sera qualifié de ce titre le 4 décembre 1136 [17].
16. — Voyer note 13
17. — Barcelone, A.C.A., Ramon Berenguer IV, n° 71.

La Provence se délimite par la rive gauche du Rhône jusqu'aux Alpes avec au nord la frontière du Dauphiné. A l'origine de l'Ordre, Richerenches fut la grande commanderie de Provence et du Comtat-Venaissin, mais elle sera bientôt surpassée, pour cause de commodité par Arles, qui non seulement sera plus près de Saint-Gilles, mais se trouvait être le siège archiépiscopal métropolitain de Saint-Paul-Trois-Châteaux, diocèse dans lequel se trouvait Richerenches. Il faut y voir aussi l'importance d'Arles ,emme débouché sur la mer et au centre de grandes voies de communications terrestres et encore comme étant le siège du gouvernement de Provence. On constatera par ailleurs que les Templiers eurent un rôle primordial lors de l'installation du gouvernement de la maison d'Anjou, au milieu du Xlllè siècle dans la ville d'Aix-en-Provence.

A partir de la fondation do Richerenches, le réseau d'extension va se développer aussi bien dans le sud de la Provence que dans l'ouest. L'est reste assez désert, les chevaliers de Saint-Jean, tout comme les religieux trinitaires s'installeront dans le département attuel du Var et surtout dans les Alpes-Maritimes et dans les Basses-Alpes. Ces religieux avaient une croix pâtée mais de couleur bleu et rouge. Malheureusement dans les reproductions lapidaires les couleurs ne furent pas représentées d'où la confusion souvent très importantes des lieux-dits templiers alors que nous sommes en présence de maisons de trini-taires. L'eglise de Roquebillière, dans les Alpes-Maritimes en est l'exemple flagrant, tout comme Utelle et autres. Il faut remarquer aussi qu'au Moyen Age la croix pâtée était très courante et n'était pas l'emblème des Templiers, La bulle du pape Eugène III de 1146 dit bien la croix du Christ.

Le chapitre général de l'Ordre du Temple de 1253, comme celui de 1293 nous donne des éléments importants sur les diverses juridictions et nous constatons alors qu'une maison peut changer de juridiction comme Hyères qui passe de celle du Ruou à Aix-en-Provence, la maison de Montfort qui d'Hyères passe au Ruou,etc. Cela paraît être fait uniquement dans un but de commodité et aussi de dégagement pour les denrées provenant des commanderies et maisons situées à l'intérieur des terres quoique les grands ports dans lequels les Templiers possédaient des pontons étaient placés sous la juridiction du commandeur de province : Marseille et Toulon. Je tiens à préciser ici, avant de continuer l'inventaire historique des commanderies de France, que l'Ordre du Temple n 'eurent jamais de ports à eux sur la mer, à l'exception de Conchil-Waben en Picardie. Les élucubrations de Louis Charpentier méritent cette remarque à moins que ses sources soient visibles et qu'il nous donne ses références. Je ne citerai pas, non plus Maurice Guingamp auteur et découvreur des plus beaux canulards mathématiques, historiques ou philosophiques qu'il a découvert ces dernières années. Il est vrai que pour certains, l'escroquerie intellectuelle n 'est pas l'idée à abattre.

Afin de donner une plus juste vue des juridictions de la circonscription de Provence, j'ai pris comme base la répartition des biens au momednt de l'apogée de l'Ordre du Temple c'est-à-dire entre le chapitre général de 1205 et celui de 1293. Le chapitre général de 1205 qui fit suite à la désastreuse maîtrise de Gérard de Ridefort vit l'élection de Guillaume de Chartres et mit, avec l'aide du pape Innocent III l'Ordre du Temple dans son v'ritable droit. C'est ainsi que nous pouvons classer les diverses juridictions en nous aidant en plus des textes qui citent très souvent les provinces tempiières.

En Provence, la tête de juridiction reste bien sûr Saint-Gilles du Gard. Arles, première juridiction avait sous sa dépendance directe : Tarascon, Laurade, Lansac et Fos-sur-mer, cette dernière s'étendant à Berre, Saint-Giniez et Gignac. Pendant plusieurs décades Avignon a fait partie de la commanderie d'Arles. Non loin d'Arles se trouvait la commanderie de Saliers dépendante de Saint-Gilles, mais que nous étudions dans cette partie étant donné qu'elle dépendait et du diocèse d'Arles et de la juridiction civile des comtes de Provence.

Trois commanderies, chefs de juridiction de l'Ordre en Provence étaient placées sous celle d'Arles : Richerenches, Lus-La-Croix-Haute que remplacera à partir de 1293 celle du Col de Cabre et Aix-en-Provence. La carte jointe montre cet ensemble de juridiction, ce qui permet de mieux connaître et de décrire les biens templiers faisant fi des pseudo-possessions dont nous reparlerons avec plus de détails en fin de volume. Nous avons donc dans les limites de la Provence :

COMTAT VENAISSIN ET PRINCIPAUTE D'ORANGE :
Commanderies de Richerenches, Montélimar, Boynessac, Orange, Roaix, La Villedieu, Avignon, Châteauneuf de Gadagne, Cavail-lon, Bompas et les maisons dépendantes de Valréas, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Visan.

ALPES MERIDIONALES :
Commanderies de Lus-la-Croix-Haute, Col de Cabre. Gap, Sisteron, Limaye, Lachau, La Roche-des-Arnauds et les maisons dépendantes d'Embrun mise en liaison étroite avec Gap comme commanderie, Tallard, Moysans, Sèderon. Saint-Colombe, La Javie, La Brillanne [?], La Tour d'Aiguës et Cadenet [18].
18 - Les appellations que je donne sont données par les textes.

PROVINCE DE LA BAILLIE D'AIX-EN-PROVENCE
Commanderies d'Aix-en-Provence, Bay les, Bras, Hyères, Peyrassol. Le Ruou. Saint-Maurice, Lorgues, Le Rouet, Moissac-Bellevue et les maisons dépendantes du Puy-Sainte-Réparade, La Galinière Brignoles. Montfort-sur-Argens, Salernes, Tourtour, Astros, Montmeyan, Aiguines, Cogolin.

PROVENCE ORIENTALE
Commanderies de Grasse, Biot, Nice, Vence, Rigaud et la maison dépendante du Broc.

Sous la dépendance directe du commandeur de Provence, les commanderies de Marseille et de Toulon avec les trois maisons dépendantes d'Aubagne, Gémenos et Saint-Jean de Garguier.

Avant d'entreprendre la description de chacune des maisons, de l'Ordre en Provence, nous devons signaler les acquisitions des biens, faites avant la fondation de la première commanderie en 1136.

En dehors de Saint-Barthélémy de Paleyson et de l'hypothétique donation de Laugier, évéque d'Avignon, nous devons signaler la donation faite le 18 juin 1131, en présence d'Hugues Rigaud. de l'alleu, des fiefs et vicairies du Salset par Brémond Pilet, Agnès son épouse, Raymond et Bernard leurs enfants. Cette donation sera à l'origine de la commanderie de Bay les (19), En 1135. Pierre, évéque de Nice, fera une donation en faveur des Templiers en leur octroyant des biens tant dans la ville que dans les environs [20].
19. — Voyer note 6.
20 — Gallia Christiana nova, tome III, col. 1279.

COMTAT VENAISSIN ET PRINCIPAUTE D'ORANGE — II

RICHERENCHES

Les Templiers arrivèrent dans la région par la ville episcopale : Saint-Paul-Trois-Châteaux, le 19 mars 1136. Deux donations ce jour-là, implantaient les Templiers dans le nord de la Provence. Donc, en ce vendredi, quelques seigneurs : de Pierrelatte, de Saint-Pastor. Veteris et Carbonel donnent à la Milice du Temple, plusieurs pièces de terre, ce qu'approuvent l'évêque et les chanoines de la cathédrale réunis en chapitre (21).
L'évêque, s il confirma la donation, fut généreux envers les Templiers puisque le même jour, en présence des co-seigneurs de la ville, les seigneurs de Viadier, de Saint-Paul et de Donzère octroyait eu Temple, l'église Saint-Jean, le palais du même nom qui lui est contigue et le quartier de la ville de Saint-Paul entourant ces deux ditices. Anne de Saint-Paul.
21 — Avignon. Bibliotheque Municipale, Cartulaire de Richercnches. folio 1. n° 25. — RIPERT-MONCLAR, Cartulaire de Richerenches. n° 27, pages 28-29 - indiqué dans ALBANES, Gallia Christiana Novissima. Saint-Paul Trois Châteaux, 58. — CHEVALIER Registre Dauphinois n° 3562.
22 — Avignon, Cart, de Richercnches, folio 86. — RIPER-MONCLAR. n° 128. — ALBANES. 59. — CHEVALIER, n° 3563.
— L'obit est un anniversaire que l'on célèbre à la mort, à des dates fixées généralement par le donateur soit avant sa mort soit par testament.

Durant l'été, entre le mois de mars et celui de novembre, le futur lieu de Richerenches est donné à la Milice du Temple par plusieurs seigneurs, parmi lesquels se trouvait le principal : Hugues de Bourbouton. Douze seigneurs au total font donation d'un franc-alleu situé au nord de la riviere d'Hlson (23), à l'est de l'étang de Granouillet. L'acte précise que c'est dans ce lieu que sera construit la monastère (sic). Trois frères du Temple sont cités : Arnaud de Bedos, Hugues de Panaz et Guichard (24).
Le lieu est occupé au fur et à mesure. Au cours des mois qui allaient suivre, les Templiers purent acquérir toute la seigneurie de Bourbouton et purent même essaimer pour fournir en frères de nouvelles fondations : Orange et Roaix.
23 — Il s'agit aujourd'hui de la Coronne.
24 — Avignon. Cartulaire de Richerenches, folio 1-1 v°. — RIPERT-MONCLAR, n° 1. — ALBANES, 60. — CHEVALIER, n° 3564.

Le 10 juin 1136, le donateur principal, Hugues de Bourbouton, tau sa profession dans l'Ordre du Temple. Cette mention prouve bien qu'il y avait un temps de probation pour entrer dans l'Ordre, puisque le donateur-fondateur s était donné à l'Ordre du Temple en 1137. Ce 10 juin, donc, toute la famille est réunie pour régler les affaires des propriétés. Hugues, en présence de Gérard, évêque de Saint Paul Trois Château fait sa profession et se donne au Temple avec une partie de ses biens.Les parents : Hugues, sa femme, Bertrand leur neveu et Ripert Folraz donnent tout ce qu'ils possèdent au lieu de Bourbouton en faisant quelques restrictions, permettant à la femme et aux enfants de subvenir a leurs besoins (25).
25 — Avignon, Catulaire de Richerenches, folio 2-3 v° et 60 v°-62. — RIPERT-MONCLAR, n° 3 et 89. — ALBANES, n° 62 et 63. — CHEVALIER, n° 3592 et 3593.
Avec ce texte on ne peut être en accord avec les données de Marion Melville sur les manières dont étaient reçus les frères du Temple et dans l'histoire de l'Ordre ce n'est pas le seul document qui nous renseigne.

Arnaud de Bedos va recevoir tout le territoire au fur et à mesure que les accords seront passés entre les co-'seigneurs et étendra de ce fait son champ d'action et celui de la nouvelle communauté. Vient ensuite Hugues de Montségur avec sa donation à la fin du mois de juin 1138 (26). Le lundi 26 septembre ce sera l'acquisition de la future commanderie d'orange par Guillaume Richard (27).Le territoire de Bourbouton devient Richerenches. L'importance de la maison se fait déjà sentir et le 13 octobre 1138, les biens du Temple s' gr ndiront par la donation des bois situés entre le chemin qui va vers Vaireas et Saint-Amand et la rivière de Lauzon (28). La donation totale sera faite le treizième jour par Hugues, son fils Nicolas et tous les héritiers (29). Tout le territoire de Richerenches appartiendra désormais aux Templiers qui avaient entamé les constructions du monastère (sic). A la fin de l'année 1138, l'église était construite ainsi que le signale un acte de donation émanant de la famille de Sabran. Les seigneurs donnent tout ce qu'ils ont au territoire de Brento. Il s'agit d'une condamine qui s'étendait de Visan à l'église Sainte-Marie de Richerenches et se terminant par la voie qui allait de Valréas à Beaume (30).
26 — Avignon, fol 27-27 v° — RIPERT-MONCLAR, n°47. — ALBANES, n'47 — ALBANES. 65 — CHEVALIER, 3595.
27 — Avignon, fol 24-24 v°
28 — RIPERT-MONCLAR. 41 — ALBANES, op. cit.. Orange. n° 88 ; 28 Avignon, folio 4-4 v° — RIPERT-MONCLAR, 5
29 — Avignon, fol 4 v° — RIPERT-MONCLAR, 5, dans le même acte que le précédent.
30 — Avignon, fol 15 v°-16 — RIPERT-MONCLAR, 28

A partir de cette date, Richerenches devient une maison régulière. Arnaud de Bedos, en sa qualité de maître en Provence et partie des Espagnes, va céder sa place de supérieur de Richerenches à un commandeur régulier qui continuera l'élan donné au moment de la fondation. Le premier commandeur titulaire sera Gérard de Montpierre. Il recevra de nombreux biens de la part des seigneurs de la région comme Bertrand de Beaume de Venise (31).
31 — Avignon, folio 19 V°. — RIPERT-MONCLAR, 33. — ALBANES, op.cit. — Saint-Paul. 64. — CHEVALIER, 3594.

En dix ans, les Templiers de Richerenches seront les seigneurs de tout le territoire. Ils reçurent des cens, des droits, des rentes, des serfs, etc. A partir du mois de mars 1139, on connaît l'orientation de la commanderie quant à sa destinée économique et aux revenus. Les procès et les contestations n'allaient pas tarder à apparaître. C'est ainsi qu'en 1139, Hugues de Bourbouton étant commandeur de Richerenches, se trouve devant Gérard, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux pour un jugement que demande Pierre Dubois. Au cours de cet arbitrage, les Templiers sont soutenus par le témoignage du chanoine Guillaume Ranoard (32).
32 - Avignon, fol. 27-28 v° — RIPERT-MONCLAR, 48 — CHEVALIER, 3597.

L'action d'Hugues de Bourbouton ira en croissant. Son rôle, en dehors de commandeur et de supérieur d'une communauté, fut de remembrer toute la propriété tant et si bien quà sa mort, les templiers possédaient une richesse foncière et juridique de la plus grande importance. Hugues de Boubourton n'apparaît plus en qualité de commandeur à la fin de l'année 1141. Il vit été remplacé par Hugues de Panaz,

L'élan des premières années sera poursuivi durant tout le XIIe siècle. Hugues de Bourbouton aura tout de même la joie de voir son fils Nicolas entrer dans l'Ordre. En effet, le 3 décembre 1145, un texte nous précise que Nicolas de Bourbouton, imitant l'exemple de son père, Hugues troisième commandeur du Temple et commandeur de Richerenches fait profession dans l'Ordre du Temple en présence de dom Lauzon, abbé de Notre-Dame d'Aiguebelle (33).
33 — Avignon, folio 4v°-5v° — RIPERT-MONCLAR. 7 — ALBANES. 67.
Chartes et documents de l'Abbaye Notre Dame d'Aiguebelle. tome I, n° 7 — CHEVALIER, 3744

Hugues de Bourbouton mourut dansles six premiers mois de l'année 1151. Il faut penser qu'il quitta ses frères vers le mois de juin de cette année puisque nous le trouvons dans les actes, en qualité de témoin jusqu'à la fin mai et que le 18 juin 1151, il était remplacé par Déodat de l'Etang lors de la réception, comme chevalier du Temple, du seigneur Dalmas de Beaume (34). Cela n'empêcha pas les membres de la famille du fondateur commandeur de continuer leurs largesses en faveur de la commanderie. Le 28 août 1152, le neveu du commandeur, Bertrand est reçu dans l'Ordre du Temple par Pierre de la Rovière, maître du Temple en Provence et partie des Espagnes, en présence de Déodat de l'Etang commandeur et bailli de Richerenches. Ce document est intéressant surtout en ce qui concerne la hiérarchie des frères. Bertrand de Bourbouton, tout en se donnant à l'Ordre du Temple, ainsi que tous ses biens, se réserve les revenus tant qu'il vivra dans le siècle à condition de donner le superflu à la maison de Richerenches et de vivre célibataire. Bertrand de Bourbouton, comme le comte de Barcelone, Raymond-Bérenger et bien d'autres dont les textes rapportent l'admission, sont de l'ordre quant aux participations et aux bénéfices spirituels (35).
34 — Avignon, fol 39-40 — RIPERT-MONCLAR, 64.
35 — Avignon, fol 43v°-44. — RIPERT-MONCLAR. 72.
Cette clause que l'on rencontre souvent dans les documents est reprise surtout dans un manuscrit du XIIe siècle conservé aux Archives Nationales de Madrid indiquant la confraternité des Templiers

La vie religieuse était aussi bien établie et bien réglée. Une communauté de vingt frères est signalée en 1171. Ces frères sont des chevaliers du Temple (36). Deux et même trois chapelains servaient la communauté
36 — Avignon, fol 70v°-71 ; 76v°-77 ; 83-84 — RIPERT-MONCLAR. 103. 117, 125.

On s'aperçoit que la première maison régulière de Provence est bien implantée. Ses biens s'étendent dans toute la région et les acquisitions des XIIe et XIIIe siècles permirent aux templiers, soit de fonder de nouvelles maisons, soit de créer des fermes et des granges. Les lieux dans lesquels se trouvaient des acquisitions aux alentours sont :
Beaume de Transit : serfs, biens divers, terre, droit de faire tisser deux pièces de toiles gratuitement chaque année (acte du 18 juin 1151).
Alcion : biens divers.
Colonzelle : biens divers, terres, eaux, près, bois, garrigue, rentes.
Grillon : biens divers, dimes.
Valréas : biens divers.
Brente : biens divers, près, terres, dimes.
Montségur : serf, rentes.
Conzonaz : droit de pacage.
Visan : rentes, gages, droits de pacage.
Grignan : serf, biens divers.
Graneuil ; rentes, près, étang, terres.
Saint-Auban : terres.
La Garde-Adhémar : terres, droit de leyde et de pacage.
Chansanz : biens divers.
Jonquières : condamione.
La Couronne : franc-alleu.
Saint-Marcellin-les-Vaison : Terres, pacages, eaux, bois, droits.

Et les unions spirituelles furent établies avec l'abbaye de Notre-Dame d'Aiguebelle dès la fondation. Une autre union s'établiera avec les chartreux du Val Saint-Hugon (37). Les chartreux venaient de fonder leur nouveau monastère et voulant grouper leurs terres et les biens, ils demandèrent aux templiers de Richerenches de leur céder leurs biens du Val. C'est en 1173-1174 qu'Albert de Vaux et Isinidon d'Aix, procureurs des maisons de l'Ordre du Temple de Salomon en deçà des mers, du consentement d'Arnaud de la Tour Rouge, maître en Provence et partie des Espagnes, du couvent réuni de Richrenches, des frères de cette maison et du commandeur de Bourgogne, à la prière de Guigues et des frères de la Chartreuse, cèdent tout ce qui appartient àl'ordre dans le territoire du Val Saint-Hugon, à la condition de participer aux bienfaits spirituels de l'Ordre et de la maison de la Chartreuse (38).
37 — La chartreuse du Val-Saint-Hugon fut fondée en 1172. Savoie, arrondissement Chambéry, et La Rochette, commune d'Avillard.
38 — LE COUTEULX. Anal. Cartulaire II. 398-399 — BURNIER (Eugène), chartes de Saint Hugon. n° 218.

Les relations spirituelles n'empêchèrent pas les Templiers de s'en prendre aux évêques. Il faut dire aussi que les prélats, devant l'indépendance de plus en plus grandissante du Temple, perdirent beaucoup de leurs prérogatives. En 1230, un différend s'étant élevé entre Geoffoy , évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux et Bertrand de la Roche, commandeur de Richerenches, l'évêque de Die donna raison à son confrèrte. Le commandeur n'accepta pas la décion et en appela au pape. Un arbitrage fut définitivement réglé par Jean Brusseau, évêque de Toulon qui demanda aux templiers de porter honneur et respect à l'évêque et sollicita du prélat de protéger l'Ordre du Temple (39).
39 — BOYER, Histoire de Samt-Paul-Trois-châteaux, pages 85-86 — ALBANES. N° 136.
Les évêques dès la promulgation de la bulle omne datum optimum, du pape Innocent II furent généreux pour les Templiers. L'évolution du droit de l'Ordre et l'indépendance toujours grandissante vis-à-vis de l'autorité épiscopale après l'exemption du pape Célestin III et surtout à partir de la confirmation générale d'Innocent III retourna complètement la situation. On vit alors des prélats devenir hostiles à l'Ordre et cela principalement en France.

La commanderie rayonna dans toute la région durant toute son existence et même en 1296, lorsque l'Ordre du Temple semblait décliner avec un nombre restreint de religieux, le maître en Provence, Guigues Adhémar et Guillaume Hugolin, commandeur de Richerenches, recevaient en fief le château de Grillon avec toutes ses dépendances (40).
L'influence de Richerenches s'étendra sur toute la Provence par les filiales qui fonderont les templiers.
40. — Grenoble. Archives Départementales, B: 3662 (A).

COMMANDEURS DE RICHERENCHES

Arnaud de Bedos, 1136-1138 — maître en Provence partie des Espagnes — procureur de Richerenches.
Gérarde Montpierre, 1138-1139
Hugues de Bourbouton, 1139-1141
Hugues de Panaz, 1141-1144
Hugues de Bourbouton, 1145-1151
Déodat de l'Etang, 1151-1161
Guillaume de Biais, 1161
Déodat de l'Etang 1162-1173
Foulques de Bras, 1173-1179
Pierre Itier, 1179
Hugolin, 1180-1182
Raimond, 1200-1203
Déodat de Bruissac, 1205-1212
Bermond, 1216-1220
Bertrand de la Roche, 1230
Rostang de Corris, 1232
Raymond Seguis, 1244 Raymond de Chambarand, 1260-128
Ripert Dupuy, 1280-1288
Guillaume Hugolin, 1288-1300
Pons d'Alex, 1300-1304
Raimbaud Alziari, 1304
Guillaume Hugolin, 1308

ORANGE

La ville épiscopale d'Orange reçut sa maison du Temple tout comme Saint-Paul-Trois-Châteaux et toutes les villes épiscopales. Généralement, ces maisons étaient établies uniquement en qualité de rerpésentation, même si elles avaient à leur tête des commandeurs titulaires,

Le 7 novembre 1136, Arnaud de Bedos, recevait de dame Tiburge, un serf avec toute sa famille et son tènement, cinq sous de rente sur le moulin d'Alme et mille sous melgoriens qui seront versés après sa mort (41). C'est une simple donation de biens qui ne prouve rien sur l'installation des Templiers dans la ville. Les frères s'établiront dans la cité épiscopale de la principauté à partir du 23 septembre 1138, jour où Guillaume Richair et ses co-héritiers concèdent et donnent à la glorieuse milice du Temple de Salomon, entre les mains d'Arnaud de Bedos, qualifié à cette occasion de maître de Richerenches, l'antique édifice des Arènes d'Orange, en présence de Guillaume, évêque d'Orange (42). On constate encore une fois que les interprétations des textes induisent en erreur. Les Templiers ne reçoivent pas quelques droits sur les arènes, mais l'édifice en entier (43).
41.— Avignon, folio 7 — RIPERT-MONCLAR, 10.
42. — Avignon, fol 24-24v°. — RIPERT-MONCLAR, 41 — ALBANES, op. cit. Orange. n° 88.
43. — DURBEC, op. cit.. page 16.

Ce qu'il y a de certain est le manque de documents concernant la maison d'Orange. Le premier commandeur connu, est cité dans un acte des environs de 1160 en qualité de témoin. A partir de cette année une liste de commandeurs peut être établie d'après les actes d'autres commanderies ou maisons religieuses de la région. L'union étroite qui existait entre Orange et Richerenches montre bien l'intérêt d'avoir une maison dans les villes épiscopales, intérêt à la fois religieux et politique, mais aussi commercial.

Malgré les lacunes, on peut se rendre à l'évidence qu'une opération foncière importante s'établit.

Guillaume des Baux, prince d'Orange, confirmant les biens acquis à Camaret et à Jonquières permet d'acheter tout ce que les Templiers voudraient à Jonqùières, Orange et Courthézon, même si les achats s'élevaient à plus de 20.000 sous melgoriens (44).On ne sait plus rien, ni si des achats furent effectués ou pas. Seuls quelques noms de commandeurs peuvent être notés au travers de divers actes.
44. Marseille, Archives Départementales, 56 h, ancienne cote, 115 — Albanes, n° 102.

COMMANDEURS D'ORANGE

Giraud Marcel, v. 1160.
Elie, v. 1185-1187.
Vesianus, 1204.
Guillaume Thomas, 1205.
Raymond de Clansac, 1214.
Robert. 1229.
Barnier, 1266.
Pons de Grillon, 1274

ROAIX

La fondation de cette commanderie est assez énigmatique si l'on compare les textes et certaines données d'interprétation. Ce fut le 8 novembre 1138 que Rostaing Milon, son fils et ses héritiers donnent à perpétuité tout ce qu'ils possèdent sur le territoire de Roaix. Les frères de la Milice du Temple représentés par Arnaud de Bedos, frère et ministre, reçurent les biens et s'y installèrent (45). Cette donation sera suivie d'une autre faite par Raymond et Hugues Rogier, le 14 octobre 1138 (46).
45. — CHEVALIER, Cartulaire des Hospitaliers, n° 108.
46. — CHEVALIER, Cartulaire, n° 112.

Toutefois la fondation sera effective au début de l'année 1137. Les deux premiers actes furent signés à Richerenches, mais dès le mois d'octobre 1138, un chapelain régulier était installé à Roaix. L'évêque de Vaison-la-Romaine, Bérenger de Mornas, était très favorable à une donation et à une fondation des Templiers dans son diocèse. Son voisin n'avait-il pas Richerenches ? aussi le 26 février 1137, du consentement des chanoines parmi lesquels se trouvait Rostaing, abbé de Saint-Thiers de Saou, concède la condamine qu'avait en tenure Pierre Jean. Les ecclésiastiques donnent ce bien aux frères du Temple représentés par Arnaud de Bedos, chevalier de la milice du Temple de Jérusalem. Dans cet acte, on note aussi la donation faite par Pierre Rostaing d'une terre jouxtant la condamine ainsi qu'une autre terre donnée par Pierre Guillaume (47). Le même jour, dame Gotulde, ses enfants, Raimbaud de Vaison, sa femme et ses enfants, Raymond Arta Nova et ses enfants donnent en franc-alleu ce qu'ils ont à Roaix, à Dieu et à la Milice du Temple de Salomon entre les mains d'Arnaud de Bedos, chevalier et bailli de ladite milice. Cette propriété est comprise entre la voie publique et la limite du château de Buisson. Ils font cette donation sans rien retenir pour eux en bois, eaux, terres, près et pacages: Guillaume de Saint-Véran donne lui aussi ce qu'il possède dans le territoire. Bérenger, évêque de Vaison-la-Romaine, en union avec ses chanoines et ses clercs libèrent les Templiers de tous les droits. Il leur octroie le droit de construire une église, un cimetière et de recevoir des offrandes ainsi que les droits ecclésiastiques (48).
47 — CHEVALIER, n° 103. Le document porte : Scripta fuit carta mense martii. IIII kalendas martii. feria VI. anno ab incarnato Domini M° C° XXX' Vili. Il ne faut pas oublier qu'en Provence l'année commençait le 25 mars. Or en 1138 le 4 des kalendes de mars tombait un samedi, mais c'est en 1137 que le 26 février tombait un vendredi, d'où la confusion et l'enigme. Il est plus porbable que le copiste du cartulaire ai XIIIe siècle ait ajouté une barre de plus à l'année étant donné que le jour est exact. Nous avons en plus une donnée très exacte. A la fin du mois de février 1136, Arnaud de Bedos se trouvait dans le Roussillon et c'est en 1137 que nous le trouvons en Provence. Durbec, donne la date de 1138 comme le cartulaire.
48. — CHEVALIER, Cartulaire. n° 104.

L'évêque encouragea les donations et lui-même, le mardi 10 juin 1147, donnera une île située devant Saint-Véran, sur l'Ouvèze (49). Ce jour-là nous avons la certitude qu'une communauté régulière était établie et bien installée : nous avons la mention du premier commandeur : Geoffroy de Saint-Saturnin.

Les biens n'allaient pas tarder à occasionner des contestations, mais il semble que les commandeurs de Roaix, au moment du remembrement des terres qui s'opéra tout au cours du XIIe siècle, furent des administrateurs éclairés car dans toutes les tentatives de procès, les instigateurs échouèrent. La commanderie de Roaix s'enrichit d'une propriété d'un seul tenant. Quelques biens immobiliers furent donnés à Cairanne et à Malagarde qui deviendra rapidement une grange importante de Roaix. Le début du XIIIe siècle verra les débuts de l'acquisition d'une partie du territoire de Buisson qui donnera naissance à la commanderie de La Villedieu. On trouve aussi une maison dépendante à Beaulieu-Mirabel dont nous n'avons pratiquement pas de renseignements sinon sur les possessions.
49. — CHEVALIER, Cartulaire. n° 115.

Toutefois les biens de Roaix et de Richerenches furent divisés ou plutôt remembrés entre les deux. Richerenches prit tout ce qui se trouvait sur la rive droite de l'Aygues et Roaix, la rive gauche. Ainsi les possessions se trouvent établies à Vaison, Séguret, Rasteau, Cairanne, Saint-Roman de Malagarde, mais là nous avons pratiquement le prolongement du domaine direct de Roaix, tandis que Violes, Gigondas et Travaillan avaient seulement quelques tenures.

COMMANDEURS DE ROAIX

Arnaud de Bedos, 1137-1141, maître en Provence
Geoffroy de Saint-Saturnin, 1141-1142
Raimbaud, 1143-1150
Etienne Johannaz, 1150-1154
Raimbaud, 1154-1157
Pierre, 1157-1160
Etienne Johannaz, 1160-1168
Raimbaud, 1168-1170
Guillaume de Saint-Paul, 1179-1182
Foulques de Bras, 1185
Hugolin, 1186-1191
Robert de Thille, 1198-1201
Guillaume Raymond de Gigondas, 1201-1202
Robert de Thille, 1202-1203
Guillaume Raymond de Gigondas, 1203-1205
Robert de Thille, 1206
Guillaume Raymond de Gigondas, 1206-1207
Robert de Thille, 1208-1211
Pons Pelletier, 1211-1229
Pierre Dalmas, 1250
Hugues de Santés, 1284
Jean Daumas, 1300
Raymond Hélias, 1308

LA VILLEDIEU

Dépendante directement de Roaix, la petite commanderie de La Villedieu n'est connue que par les actes de sa commanderie-mère. Au sujet de l'importance des possessions,nous ne sommes pas mieux renseignés. Seuls quelques noms de commandeurs permettent de dire que La Villedieu s'administrait toute seule. L'unique mention que nous ayons que la vie de cette petite commanderie est donnée par un acte du mois de janvier 1219 où nous voyons le frère Guillaume Roux être le témoin de l'achat d'une maison par le commandeur de Roaix (50). C'est le seul commandeur connu. Les autres mentions ne citent pas les noms. Toutefois La Villedieu existait au début du XlII'siècle, mais était-elle commanderie titulaire ou simple maison indépendante? En effet, le 14 janvier 1205, Bernard de Saint-Véran vient à Roaix notifier-que lui et ses enfats donnent tout ce qu'ils possèdent au territoire de Buisson dont les limites étaient la colline de Vaison et celle de Villedieu (51). On aurait pu croire que lors de l'acquisition de Buisson des mentions plus importantes auraient été données, mais hélas.
50. — CHEVALIER, Cartulaire. n° 180.
51. — CHEVALIER, Cartulaire. n° 155.

MONTELIMAR

Lorsque Richerenches tit fondée il ne paraissait pas que l'influence allait toucher les grandes seigneuries du Dauphiné. C'est ainsi qu'après plusieurs donatrions faites par les seigneurs de Monteil, les Templiers établirent une de leur maison sur le passage du Rhône et en firent une commanderie.

La première donation concernant les biens du Temple de Montélimar fut passée le 24 août 1156 lorsque Guillaume Hugues de Montélimar fait son testament. S'affiliant à l'Ordre du Temple, il promet qu'à sa mort il donnera son cheval, mais qu'en cas où il n'aurait plus rien, ce don serait remplacé par 500 sous à prendre sur le péage de la porte de la ville (52).
52. — RIPERT-MONCLAR, Cartulaire de Richerenches. n° 148 — CHEVALIER. Regestres, Dauphinois n° 4001.

Le 5 septembre 1157, Géraud Adhémar exempte les Templiers de Richerenches de tous les leydes et péages dans ses domaines. Or les dits domaines s'étendaient aux environs de Montélimar, mais la première mention concernant la commanderie titulaire date du 6 août 1229. Ce jour-là les bâtiments et une église étaient déjà construits puisque Mabilie, épouse de Géraud Adhémar, donne aux Templiers une somme d'argent pour l'entretien, à perpétuité, d'un preêtre pour célébrer l'office dans l'église Notre-Dame du Temple où se trouve l'épitaphe de son époux. A cela Géraud, le fils, ajoute 100 sous viennois de cens à prendre sur le leyde et le péage de la ville (53).
53. — Grenoble. Arch Dept.. B. 3913 - IV. 12.

Les mentions que nous avons sur la vie des templiers de Montélimar sont rares mais assez explicites pour nous donner une juste idée de l'influence et des droits de la commanderie. Le 13 octobre 1259, lors d'une vente, nous apprenons que les templiers possédaient un bois près de Montélimar. Le commandeur Arnaud d'Altenna apposa son sceau au document de vente et Guigues, donné du Temple, en fut le témoin (54).
54. — Valence. Arch. Dept.. H. Temple. 55 — LACROIX dans Bulletin de la Société Académique et archéologique de la Drôme 1894. n° 28 ; 185-186.

Le 22 juillet 1275, Raymond de Bavas donne par testament la somme de quinze livres à l'église du Temple et demande à être enseveli dans le cimetière de la commanderie, ce qui prouve bien que des droits de sépulture et ecclésiastiques avaient été concédés par l'évêque (55).
55. — CHEVALIER. Cartulaire municipal de Montélimar, n 25.

Les derniers actes permettent de signaler l'existence de la commanderie de Montélimar sont datés de la fin du XIIIe siècle et concernent surtout les affaires de la ville. Ainsi le 10 août 1280, Giraud Adhémar passe un acte de franchise et d'immunités pour les habitants de Montélimar dans la galerie de la maison du Temple (56). Le 30 décembre suivant, le même seigneur passe une concorde avec Lambert, tous deux seigneurs du lieu dans laquelle il est précisé que Guigues Adhémar, frère de Giraud, est commandeur du Temple de Montélimar (57). Cette concorde n'aboutit qu'à octroyer certaines récompenses aux habitants de Montélimar, puisque le 25 janvier 1281, Géraud Adhémar réunit une assemblée ordinaire dans la maison du Temple de la ville au cours de laquelle il exempta ses hommes des veilles et rondes et leur donna le droit de faire paître dans les forêts seigneuriales et d'en prendre le bois (58).
56. — Copie de 1354. Arhives municipales de Montélimar et Archives privées, fol. 38.
57. — CHEVALIER. Cartulaire municipal de Montélimar, n 38 et n 25.
58. — Grenoble. Arch. Dept. H. 362.

COMMANDEURS DE MONTELIMAR
Arnaud d'Altenna, 1259-1260.
Guigues Adhémar, 1280. Sera maître en Provence de 1291 à 1301.

BOYNESSAC

sur cette commanderie nous ne connaissons que les noms de deux commandeurs signalés comme témoins dans les actes de Richerenches.
Guigues Lautard, 1183
Raymond de Clarensac, 1209

AVIGNON

La deuxième juridiction est celle du Comtat Venaissin avec pour chef-lieu : Avignon et s'étendait sur les commanderies de Châteauneuf, Cavaillon et Bompas. Malgré cette juridicion qui viendra seulement dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, il faut faire mention que jusque là la commanderie d'Avignon dépendait de celle d'Arles, même si nous avons des actes la concernant qui datent de 1154.

On ne sait pas comment fut fondée la maison du Temple d'Avignon et le cartulaire de la commanderie du Port de Rognonas ne donne aucun renseignement à ce sujet. La seul chose dont nous puissions être convaincu reste dans le fait qu'il y avait des relations très étroites entre les commanderies d'Arles et d'Avignon. Cette union se rencontre dans le titre donné aux supérieurs pendant près de cinquante ans : commandeur d'Arles et d'Avignon uniquement lorsque le supérieur traitait des affaires concernant cette dernière. Toutefois quelques commandeurs titulaires seront signalés au XIIIe siècle, mais ce sera après le chapitre général de 1270 qu'Avignon aura une liste de commandeurs titulaire, bien à elle, et cela correspond à un fait politique : la ville devint dépendante du comte de Provence de la maison d'Anjou.

Quoiqu'il en soit, la maison du Temple en tant que construction est connue depuis 1174. Au fur et à mesure de la lecture des actes nous constatons que la commanderie comprenait deux maisons : l'une à l'intérieur de la ville et la seconde sur la Durance que l'on appelait le Port de Rognonas. Les templiers avaient d'ailleurs un important domaine sur la rive gauche de la Durance au lieu dit encore de nos jours Les Templiers. Les frères de l'Ordre pratiquaient l'élevage et la culture mais c'est surtout sur le péage qu'ils eurent à intervenir.

La maison du Port de Rognonas est surtout interessante par les donations qui y furent faites au XIIe siècle. Les biens sétendaient sur les territoires de Graveson et de Maillane. Le premier commandeur que nous connaissions s'appelair Raymond. Nous le trouvons dans un acte de donation passé le 13 mars 1214. La liste que nous donnons laisse bien entrevoir la liaison durable entre Arles et Avignon.

Les Templiers de la future ville papale avait une chapelle bien à eux, mais pas d'église ouverte au public. Ce ne sera qu'en 1273 que l'évêque pemettra à Guigues, commandeur d'Avignon de posséder une église et un cimetière avec tous les droits de paroisses (59).
59. — Voir Sur la commanderie d'Avignon on consultera plusieurs documents aux Archives départementales du Vaucluse en Avignon, les séries G. et L. des mêmes archives et aux Archives d'épartementales des Bouches-du-Rhône, les séries 56 h et B

COMMANDEURS D'AVIGNON
Guillaume de Soliers, 1189-1198, commandeur d'Arles
Guillaume de Sannone, 1203, commandeur d'Arles
Raimond, 1204
Pierre de Châteauneuf, 1215-1219, commandeur d'Arles
Pierre Guilha, 1219-1224
Gui de Bruissac, 1230, commandeur d'Arles
Bernard, 1237-1241
Artaud, 1244
Etienne, 1253-1254
Isnard, 1259
Guiraud, 1263, commandeur d'Arles

1264-1268 d'Avignon seulement Guigue. 1270-1276
Guillaume Clari, 1276-1279
Raimond Chansiscle, 1279-1280
Guillaume lo Cues, 1281
Bernard Lavandier, 1282
Guillaume Pelestrot, 1284-1285
Guillaume lo Cues, 1286-1289
Pierre Lareisutz, 1293
Bernard d'Asperellis, 1294
Pierre Roques, 1295
Jean de Montreal, 1298-1300
Jauceran de Plauzol, 1305, commandeur d'Arles
Jacques de Malvai, 1306-1308

CHATEAUNEUF

C'est sous ce nom que la commanderie est mieux connue aujourd'hui. Les Templiers de Provence eurent des possessions à Châteauneuf de 1'Isle ou en 1'Isle, dès la moitié du XIIe siècle. On ne sait, là encore, en quelle année fut fondée la maison du Temple qui dépendait d'Arles à son origine mais qui eut quelques commandeurs titulaires. D'ailleurs les trois commanderies de la région : Bompas, Châteauneuf et Cavaillon furent soumises à Arles puis à Avignon ; le commandeur d'Arles restant juridiquement visiteur des maisons de la Basse-Provence, si nous en jugeons par l'acte du chapitre général de 1253 qui élit Renaud de Vichier comme Grand-Maître du Temple.

Le 30 mai 1170, date du premier document connu, Bernard de Calador, commandeur d'Arles, recevait la donation de Giraud de Châteauneuf qui consistait à tous les droits qu'il avait sur une terre située au-dessous de la maison du Temple et contigüe à la ferrage du Calvet (60). Cette indication montre bien une fondation titulaire antérieure. La commanderie de Châteauneuf ou encore de Gadagne eut d'autres commandeurs, même si nous avons la mention au mois d'avril 1209 du frèere Vesianus et qu'en 1211 ce soit le commandeur d'Arles qui reçut une donation pour cette maison. Nous ne devons pas oublier que cela était chose courante chez les Templiers. Ne voyons-nous pas le commandeur de Bénévent en Italie recevoir des biens pour le commandeur de Wavre en Belgique, en 1188 (61).
60. — Marseille. Arch. Dept.. 56 H. Ancienne cote. Temple-Châteauneuf. 115.
61. — MIRAEUS. Opera diplomatica et Historica. Bruxelles. 1723. tome III. pars teniacaput LXXX. page 1191. Pour l'acte, cf. Marseille. Archives Deppartementales H 32.

Donc, le fait qu'un commandeur étranger passe un acte pour une autre maison que la sienne n'est pas chose rare et cela n'est-il pas plus normal lorsque les signatures proviennent d'un commandeur régional et même le chef de la juridiction. Le même fait se passera au Ruou et dans d'autres maisons provençales.

Les Templiers de Châteauneuf de Gadagne eurent des biens à l'lsle-sur-la-Sorgues, c'est tout ce que nous pouvons affirmer. Quant à dire qu'ils eurent des biens et des possessions à Caumont-sur-Durance, nous n'en avons aucune preuve (62).
62. — Lorsque j'écris nous n'avons aucune preuve, il est utile et nécessaire d'ajouter pour l'instant.

COMMANDEURS DE CHATEAUNEUF
Vesianus, 1209 Jacques, 1214
Guillaume de Châteauneuf, 1217-1224

CAVAILLON

Encore une maison dont on ignore la date de fondation. Toutefois on peut imaginer une donation dès le milieu du XIIe siècle, lorsqu'un certain Raimond de Cavaillon se fait templier. Malgré cela, le 3 juillet 1188, le pape Clément III s'adressait aux évêques d'Avignon et de Cavaillon pour qu'ils empêchent les cisterciens, les hospitaliers et les templiers de leurs diocèses de recevoir les dîmes épiscopales et diocésaines de la part des laïques et du clergé (63). Or, dans le diocèse de Cavaillon, il ne pouvait exister que des templiers puisque les hospitaliers n'arrivèrent que beaucoup plus tard, à partir seulement de 1203, tandis que les cisterciens représentés par l'abbaye de Sénanque ne reçurent jamais de telles dîmes, si nous en jugeons par le cartulaire de l'abbaye.
63. — Marseille. Livre noir de l'archevêché d'Arles, folio 16 v°.

Par contre, nous savons que les Templiers usèrent de ce procédé avec les moniales bénédictines de Saint-Véran de Vaucluse.

Le premier commandeur connu est cité dans un acte du mois de janvier 1204, où il assiste à la donation de plusieurs biens faits aux Templiers d'Arles (64). On retrouve dans un acte de Bertrand des Baux en 1208, puis dans un autre de 1210, le commandeur de Cavaillon assistant à la donation de la maison de Lansac, près de Tarascon.
En 1217, un autre commandeur, Atanulphe, est mentionné par le cartulaire de Saint-Victor de Marseille dans un acte concernant les moniales bénédictines de Saint-Véran de Vaucluse (65).
Nous ne sommes pas plus renseignés sur les biens acquis par les Templiers de Cavaillon tout au moins jusqu'à la deuxième partie du XIIIe siècle. Les actes des évêques de Cavaillon ne nous renseignent pas plus. Nous pouvons signaler malgré tout que les Templiers de Cavaillon possédaient une église et un cimetière et qu'ils avaient une maison située dans la traverse du Temple, ainsi qu'une vigne située sur le chemin public de Vaucluse acquise par Guillaume Clari, commandeur de Cavaillon en 1275.
En 1286, la vigne des Taillades est donnée au commandeur d'Avignon et de Cavaillon Guillaume lo Cues (67).
64. — Arles. Bibl. Municipale, Authenticum de Saint-Gilles, passim.
65. — Cartulaire de Saint-Victor de Marseille, année 1266 - Marseille. Arch. Dépt.. 56 h.
66. — Pour des renseignements plus détaillés, cf. DUPRAT (E.), dans Annales d'Avignon et du Comtat Venaissin. 3è année, n° 2.

COMMANDEURS DE CAVAILLON
Pons de Netra, 1204 Atanulphe, 1217
Guillaume Clari, sous-précepteur d'Arles en 1274, puis commandeur de Cavaillon en 1275 et enfin commandeur d'Arles en 1283.
Guillaume lo Cues, 1284, commandeur d'Avignon.

BOMPAS

Les auteurs citant les commanderies du Temple en Provence oublient trop souvent cette petite commanderie que les Templiers acquirent en 1276 faisant suite à une communauté de frères pontifes qui eurent d'importants démêlés avec l'évêque d'Avignon : Zœn Trancari. En 1265, il est fait mention d'un frère templier, Aymeric de Noves, mais il n'a rien à voir avec Bompas ainsi que l'on a voulu l'affirmer ( 68 ) . Face à toutes ces affirmations, seuls les documents doivent ressortir. Il s'avère qu'au mois de septembre 1276, fut exécutée la translation de la maison et hôpital de Bompas, sur la rivière Durante, au diocèse de Cavaillon, à la milice du Temple de Provence, du consentement et bon vouloir de l'évêque de Cavaillon.
36. Marseille Archives Deptementales, Archevêché d'Arles. Inventaire M. folio 170 v°

MAISONS ANNEXES

Si l'on connaît les commanderies de cette partie du bailliage d'Arles et situées dans le Comtat Venaissin et la principauté d'Orange, il est aussi utile de savoir qu'elles étaient les maisons dépendantes, cela pour éviter toutes fausses interprétations.

SAINT-PAUL-TROIS-CHÂTEAUX

Les Templiers reçurent les premières donations dès 1136 et malgré la commanderie-mère toute proche de Richerenches, la maison de Saint-Paul reçut des actes personnels. Le plus intéressant est un acte de refus de payer les dîmes novales. L'affaire de ces dîmes souleva de nombreux procès et arbitrages entre les évêques et les communautés religieuses. Les Templiers avaient été exemptés du paiement par le pape Innocent III (69). En 1203, les Templiers de Saint-Paul-Trois-Châteaux ayant refusé de payer les dîmes d'oblation et de dépouilles des morts tout comme celle des terres nouvellement acquises et cultivées - les novales -, l'évêque Bertrand assembla son chapitre composé du doyen Ripert, de l'archidiacre Jourdan, du sacriste Isnard, du préchantre Raymond et de plusieurs autres chanoines. Le prélat exposa les faits mais les chanoines s'opposèrent à toute sorte de procès. Les Templiers en furent néanmoins menacés mais les ecclésiastiques revinrent sur leurs décisions (70).
69. — DAILLIEZ (Laurent). Les Templiers, gouvernements et institutions, passim.
70 — BOYER. Histoire de l'église de Saint Paul... pages 67-68.

VALREAS

Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur la maison de Valréas et nous avons même la mention d'un commandeur puisque le 25 août 1248, Draconnet de Montalban, recevait de Raymond, comte de Toulouse, en récompense des services qu'il avait rendus, la vingt-quatrième partie du château de Valréas qu'avait en tenure Auphelise, femme de Garin de Noyons et fille d'Hugues de Valréas. Le comte de Toulouse lui donne en plus la part que tenait le commandeur de Valréas, à condition que Gradonnet rende hommage à son seigneur et comte (71).
71. — Grenoble, arch. Dept.. B. 3159 On ne sait si le templier prêta hommage, tette clause étant interdite dans l'Ordre, mais étant donné qu'il s'agit d'un atte plus financier que politique il se peut que le commandeur ait tait le geste, mais cela m'étonne car on constate d'ailleurs qu'il n'y eut plus de commandeur par la suite, ce qui laisse supposer et penser que pour ne pas prêter hommage les templiers préférèrent conserver leur maison de Valréas comme un simple entrepôt.

VISAN

Les Templiers de Richerenches possédaient de nombreux biens à Visan, entre autre le château dont nous avons fait la mention à la fin du XIIIe siècle.

On remarquera que même dépendant de Richerenches, la permission de céder une part ou une tenure d'une quelconque parcelle, provenait du maître de province. Cela se rencontre dans toutes les autres maisons de l'Ordre.

Le 28 janvier 1290, Bertrand des Baux, prince d'Orange, reconnaît avoir le fief du domaine et de la seigneurie que les Templiers ont sur le château de Visan (72). Le 1er février suivant, le même Bertrand, donnant tous ses qualificatifs de prince d'Orange et de fils de Raymond des Baux, confesse avoir et recevoir de frères Pons de Bozet, maître des maisons du Temple en Provence, la somme de vingt et un mille livres tournois et qu'il reconnaît tenir en fief du château de Visan et de son territoire. En 1295, le même prince rend hommage au maître de Provence, frère Guigues Adhémar pour ledit fief de Visan (74).
72. — MURATORI, Antiquite Italie, tome VI, col. 142 D. V. Ibid. col. 142 E et 143 A. 4.-Ibid., col. 142 D.

LUS CROIX HAUTE

La première période des donations en faveur des templiers se situe entre 1130 et 1150. C'est durant cette période que se place non pas, peut-être la fondation de Lus, mais tout au moins la première donation puisqu'en 1155, Pierre de la Rovière, maître du Temple en Provence et partie des Espagnes et Hugues de Barcelone, maître en Provence et qualifié aussi de commandeur de Lus la Croix Haute, du consentement de leurs frères et du chapitre concèdent à Bertrand, prieur de la chartreuse de Durbon, une aumône que Roland Albuin avait donné au Temple de Lus, sur ce qu'il possédait à Recours. En échange les Templiers reçoivent la somme de cinquante sous en monnaie de Valence et promettent aux chartreux toute leur protection en cas d'éviction (75).
75. GUILLAUME. Chartes de Durbon. n° 38.

Les chartreux ne démordirent jamais et les templiers recevaient toujours des biens. Un autre procès éclata. Il concernait les paturages. La transaction eut lieu le 15 juillet 120.5, par devant Humbert, évêque de Die, Guillaume Artaud, Raimbaud de Lus, Arnaud Gautier et Guigues de Lunel qui se portent tous garants des entendus. Les Templiers représentés par Robert, leur commandeur, se plaignaient des chartreux au sujet des possessions. C'est surtout dans l'élevage du mouton qu'elle se distingua comme d'ailleurs toutes les maisons de cette juridiction. Les chartreux, malgré leur vie solitaire et leur but spirituel ne furent pas très charitables (76). Aussi devant les nombreux plaids qui éclatèrent, les templiers demandèrent des transactions. C'est ce qui se passa au mois de septembre 1173 à Burriane. Les parties en cause furent jugées par devant Bertrand, évêque de Sisteron, Pierre de Lausarno, prieur de Saint-Cyrice, Ponce Aubert, prieur de Veynes et Jean, prêtre de Saint-Julien (77). Alors que quatre templiers assistaient aussi en témoin, le prieur de Durbon, André et Hugues Gaufredi, maître du Temple se voient assignés chacun de leur côté. Les chartreux reçoivent les paturages des Crozets, tandis que les Templiers se voient gratifier de ceux de la Jarjatte. Deux mois après, Guigues, commandeur du Temple et le prieur de Durbon transigent amicalement (78).
76 — Cette mention n'est pas faite pour défendre la cause des Templiers car bien souvent, eux-aussi ne furent pas très charitables. Mais dans la région provençale et dauphinoise que ce soit les frères de Durbon, de Saint-Hugon, de la Chartreuse ou même les convers de Bertaud, les procès et les coups furent de nombreux moyens pour les chartreux de faire leur justice, cf. pour cela les aventures contre l'Ordre de Chalais et les cisterciens de Bonnevaux.
77. — Saint-Cyrice et Veynes étaient deux prieurés augustins dépendants de Chardavon.
78. — GUILLAUME, op. cit.. n° 91.

La commanderie s'agrandit rapidement en biens et paturages de montagne situés à Recours et à la Jarjatte, d'une maison détruite à Boches par les bergers des chartreux et des mauvais traitements reçus à Burriane. De son côté, Durand en union avec les frères chartreux protesta énergiquement de son droit d'acquisition, argent comptant ou donation. Le médiateur, Etienne de Valence, obtient des Templiers le désistement de leurs prétentions sur Recours et Burriane, Chamousset et Boches. Le médiateur précisa en outre, que les paturages de la vallée de Lus, de La Jarjatte, de Vaumière et de Beaudinar seraient communs aux deux communautés. Les templiers durent alors payer aux chartreux la somme de trois cent trente cinq sous pour les travaux qu'ils avaient repris aux chartreux sur le domaine de la Jarjatte. Par contre une amende de mille sous devra être payée par la partie qui troublera l'autre (79). L'approbation de cette transaction fut passée à Die peu de temps après la mort de Durand par son successeur Guillaume et Robert, commandeur des Templiers de Lus (80). Cette clause fut à nouveau exécutée lorsque Robert ne fut plus commandeur de Lus et qu'Humbert, évêque de Die, fut décédé. En 1215, en effet, Guillaume Artaud, maître en Provence et partie des Espagnes, en union avec Lantelme, commandeur de Lus qui venait de succéder à Robert et Guillaume prieur de Durbon, se trouvent à ix-en-Provence pour signer l'accord que scella Didier, le nouvel évêque de Die (81). Mais les chartreux furent assez marris car les templiers prirent leurs précautions. Le 4 novembre 1254, ils firent confirmer par Guillaume Artaud, les donations faites par son aïeul Isoard sur l'ensemble des territoires de Lus, La arjatte, Charmousset et Gernesier tant en alleu, qu'en paturages, forêts et cours d'eau (82). Le commandeur Pons Tardini en fit autant le 11 mai 1260 avec Guillaume d'Autane, au sujet de la donation des droits sur divers pâturages et biens que son père Guillaume avait donnés aux templiers de Lus et à son commandeur Raimond, par l'intermédiaire du commandeur d'Acre, alors qu'il se trouvait malade au moment d'un pèlerinage (83).
79. — GUILLAUME, n° 279.
80. — GUILLAUME, n° 280.
81. — GUILLAUME, n° 281.
82. — GUILLAUME, n° 462. L'étude des commanderies permet bien souvent de connaître l'origine de tel ou tel maître. Nous savons par cet acte que le maître de l'époque était de Lus.
83. — Inventaire des Archives du Dauphiné, n° 653. Ce ne peut être qu'aux environ de 1226.

Lus la Croix Haute fut une maison importante quant aux domaines. Le peu d'actes que nous ayons montrent l'existence d'une maison bien en vie.

COMMANDEURS DE LUS LE CROIX HAUTE
Hugues de Barcelone, 1155, maître de Provence
Hugues Gaufredi, 1172 et 1173
Guigues de Seille, 1173
Robert, 1205-1215
Lantelme, 1215
Raimond, 1226
Pons Tardini, 1260
Raimond, 1265

COL DE CABRE

Située sur la route qui conduit d'Embrun à la vallée du Rhône, il est très plausible qu'à la fin du XIIIe siècle les templiers aient préféré lui donner une position de choix et la prédominance sur Lus la Croix Haute. Quoiqu'il en soit, nous ne connaissons cette maison du Temple que par un acte du 24 avril 1254, par lequel Arnaud et Raymond de Flotte, frères et chevaliers, voulant que eux-mêmes, leurs prédécesseurs et leurs successeurs participent aux bénéfices spirituels qui se font et se feront chaque jour dans les maisons du Temple, donnent et concèdent à la maison du Col de Cabre, au diocèse de Die et à son commandeur frère Martin, le droit de pacage, de passage pour eux, leurs marchands et leurs animaux sur tout le territoire de Beaume. Les donateurs reçoivent par charité six livres viennoises ou l'équivalent (84).Cinq ans après, Othon, évêque de Gap, confirma cette donation (85). C'est tout de que nous avons sur le col de Cabre en dehors de la mention du chapiotre provincial de Montpellier de 1293.
84. — Marseille, Archives Départementales, 56 H 164.
85. — CHEVALIER. Regestre Dauphinois, n° 9512.

COMMANDEUR DU COL DE CABRE
Guillaume Martin, 1254

GAP - EMBRUN

L'Ordre du Temple n'eut pas beaucoup d'influence dans cette partie de la Haute-Provence. Y eut-il un échec comme le prétend A. Durbec ? Je ne le pense absolument pas, étant donné l'importance tant de Lus la Croix Haute que de La Roche des Arnauds. La région de Gap et d'Embrun, c'est-à-dire les deux diocèses, étaient déjà occupés par de nombreuses communautés tant de bénédictins que de chanoines réguliers puis par les chartreux. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin s'étaient installés aux points stratégiques alors que les chartreux s'implantaient et que l'Ordre provençal et Dauphinois de Chalais s'appuyait sur de solides bases avec l'abbaye de Boscodon (86).
86. — M. DAILLIKI (Laurent). L'Ordre de chalais, passim

Malgré cela, les chevaliers du Temple de Salomon purent acquérir quelques biens qui servirent surtout pour les transumances. Les documents concernant l'abbaye chalaisienne de Boscodon font souvent état de propriétés ou de limites de propriété appartenant aux templiers. C'est ainsi que le 21 mai 1268, Jacques de Ravenne, juge du Gapençais, condamne Athenulphe de Briançon à laisser les religieux de Boscodon faire paître leurs troupeaux, chasser le lapin et couper les broussailles dans son île de Montmirail, limitée par celle de Giraudet de Savine, le chemin qui va de Savine à Boscodon et les Terres des Templiers (87).
87. — Gap. Archives Dept.. H.2, n° 12 — ROMAN. Chartes de l'Ordre de Chalais. 171

En 1278 et le 7 octobre, le même Jacques de Ravenne éxécute une enquête au sujet des injures faites aux religieux de Boscodon pour les paturages des montagnes de Martin de Gip. Les religieux reçoivent le droit de faire paître sur toutes les terres des montagnes sauf dans les lieux appartenant aux Templiers (88).
88. — Gap. Archives Dept.. H.S — ROMAN, op. cit.. n° 191.

Les deux actes montrent l'importance des propriétés sans que nous puissions evaluer les étendues. Néanmoins les propriétés s'etendaient au-delà de cette région si nous en jugeons par un acte daté d'Embrun, le octobre 1277 par lequel Ocilius, commandeur du Temple de Gap et d'Embrun, donne un bail en emphythéose à Hugues Baile sur tous les biens appartenant à l'Ordre et situés au Pertuis Rostang, au Lautaret et au Mont-Genèvre. Le commandeur autorisé par le maître en Provence, Roncelin de Fos, reçoit six tournois d'argent de cens (89).
89. — Marseille. Archives Dept. 56 H, ancienne cote, Temple, n° 57.

Le commandeur est le même pour les deux maisons, tout comme nous aurons Pons Niel en 1248. Ces deux mentions de commandeur sont complétées par celle de Jourdan de Mison en 1209 avec la seule qualité de commandeur d'Embrun. Il se pourrait que les Templiers, à cette époque n'ait rien encore à Gap et dans le diocèse qui permette d'avoir une telle maison et une hiérarchie bien établie. Le nom de ce commandeur est cité dans le testament de Guillaume de Forcalquier qui, voulant être enterré chez les Templiers lègue ses chevaux et ses armures, cent marcs et cent sous guillermins tous les ans le jour de Noël. Le comte fait cette donation entre les mains de Pierre de Montagnac, commandeur en Provence et partie des Espagnes, Guillaume Candeil ou Cadeil, commandeur de Provence Bernard, commandeur du Ruou, Chossardi, commandeur de Bayles, Jordan Mison commandeur d'Embrun et Guillaume de la Tour commandeur de Limaye (90).
90. — Paris, Archives Nationales Trésor des chartes de Provence — DU CANGE, Glossaire.

L'Ordre du Temple eut de meilleures relations dans cette région avec La Roche des Arnauds.

COMMANDEURS DE GAP ET D'EMBRUN
Jordan Mison, 1209
Pons Niel, 1248
Ocilius, 1277

LA ROCHE DES ARNAUDS

Cette maison dépendante du commandeur des Alpes septentrionales est bien connue par ses commandeurs qui assistèrent comme témoins dans divers actes du gapençais. Dès le 14 novembre 1245, un prêtre du Temple, frère Guy est commandeur du Temple de La Roche (91). Ce n'est que quelques années plus tard que nous prenons connaissance d'un embryon de propriété. Le 5 novembre 1257, Othon de Grasse, évêque de Gap, notifie que Rostang Dubois (Del Boys), commandeur de la milice du Temple de la Roche des Arnauds a vendu à Pons, convers de la chartreuse de Durbon (92), deux près situés l'une à côté des Branches et l'autre au col d'Eynaude sous réserve de pâturage après la fenaison et moyennant quarante brebis, vingt agneaux, sept fromages et deux seras (93). Cette transaction fut passée le 21 septembre 1286 dans le cimetière de l'église Sainte-Madeleine de l'Ordre du Temple de la Roche avec pour témoins : Pierre Rœti et Pons Béraud, prêtres et chapelains de l'Ordre.
91. Chartes de Durbon n° 433.
92. Bertaud, monastère de moniales chartreuses, fondé en 1188. Hautes-Alpes, commune de Rahou. Guillaume, Chartes de Hertaut n" 76.
93. La maison de la Roche des Arnàuds avait une église et un cimetière, ainsi que le signale l'acte d'échange entre Jean Sarrasin, convers et procureur de la chartreuse de Bertaud et Guillaume Bœrio de la Roche.

Le dernier acte que nous possédons cite un commandeur. Le 22 mai 1289, Guillaume et Pierre Pelleautier vendent à Jean Sarrasin, convers de la maison de Bertaud un prè situé à Serre-Longue sur le territoire de Saint-André de Freissonne pour le prix de soixante sous viennois. Le commandeur du Temple de La Roche, Michel Tolsani reçoit les lods et se réserve un denier de cens payable chaque année pour la fête de Saint-Jean-Baptiste. Trois commandeurs sont connus et des bâtiments existaient. C'est tout ce que nous savons sur cette maison.

COMMANDEURS DE LA ROCHE DES ARNAUDS
Gui, 1245
Rostang Dubois, 1257
Michel Tolsani, 1289

LACHAU

Commanderie de liaison et de passage entre le Dauphiné et la Provence, Lachau existait dès la fin du XIIe siècle. Les chartes de l'évêché de Sisteron, indique un commandeur pour l'année 1167 en qualité de témoin dans une transaction entre les chanoines de la cathédrale et le prieur de Ganagobie.

On peut néanmoins conclure que les origines de la commanderie doivent se situer autour de cette année. D'ailleurs c'est durant cette période que l'on rencontre des membres de la famille de Lachau témoins à des actes concernant la commanderie de Richerenches : Jean de Lachau et Rimbaud de Lachau qui sont cités le 28 septembre 1163. Au mois d'octobre 1168, nous avons Hugues de Lachau que l'on retrouve en 1172 en qualité de frère du Temple.

La première grande mention que nous ayons de Lachau ne date que du début du XIIIe siècle avec Pons Niel comme commandeur. Le 6 avril 1252 un double échange eut lieu entre Pierre Mison, prieur de Sainte-Marie de Lagrand et Rostang de Buis, commandeur du Temple du Ruou représentant le maîitre en Provence et le chapitre de Saint-Gilles : Raimbaud de Caromb. Le prieur bénédictin avait cédé l'église Saint-Pierre d'Entraigues au diocèse de Fréjus avec sept églises dépendantes, contre Sainte-Marie les Beaumes au diosèce de Gap. Avant la ratification, on note que le prieur avait donné les sept églises en échange des possessions des Templiers dans les châtellenies de Poët et d'Orpierres, retenant sur Saint-Pierre d'Entraigues, le service annuel d'un marc d'argent payable le jour de l'Assomption, soit le 15 août de chaque année. Les deux supérieurs promettent de faire ratifier cet échange par l'évêque de Gap. La même référence précise que le 10 avril suivant, Othon de Grasse, évêque de Gap approuvait et ratifiait l'acte.

L'évêque de Fréjus, Bertrand de Saint-Martin, approuvait, le 29 «mai 1256, l'échange passé entre Raymbaud de Caromb, maître de la Milice du Temple en Provence et Pierre Mison, ancien prieur de Lagrand, des églises de Saint-Pierre d'Entraigues, Vidauban et autres situées dans le diocèse de Fréjus contre celle de Sainte-Marie des Beaumes, au diocèse de Gap. Dans cet acte, c'est le commandeur de Grasse, Pierre Geoffroy, qui est cité en témoin.

Nous n'avons plus de renseignements sur cette commanderie. Quelques biens épars furent rattachés à cette maison qui devint en 1293 le siège d'une commanderie de juridiction pour les maisons s'étendant entre le Mont-Ventoux, la chaîne de Montmirail et les rives de la Durance.

Du prieuré de Lagrand. il reste encore la belle église du XIIe siècle Hautes-Alpes, canton d'Orpierres

LIMAYE

Sise sur la rive droite de la Durance, au sommet d'une colline dominant toute la vallée, la commanderie de Limaye laisse planer le mystère quant à ses origines. Il paraît d'autant plus curieux que Limaye, tout en faisant partie du diocèse d'Aix-en-Provence ait pu faire partie d'une juridiction étrangère à celle établie dans cette partie de la Provence.

Ce n'est qu'en 1176 que nous apprenons son existence. Cette année-là, Bernard, abbé de Saint-Eusèbe d'Apt (100), du consentement de son chapitre conventuel, avec l'assentiment de Pierre de Saint-Paul, évêque d'Apt, donne et concède l'église Saint-Maurice avec tous les biens et située dans le territoire de Saint-Saturnin. Il fait cette donation à perpétuité aux frères de la Milice du Temple de Salomon. Les moines se réservent toutefois et cela annuellement, un cens de deux saumées de grain, un d'orge et cinq sous melgoriens. Raymond de Roquebrune, commandeur de Limaye, en présence de frèrte Guillaume de Neaune, reçoivent la donation (101). Un deuxième commandeur est cité dans le testament de Guillaume de Forcalquier, en 1209 avec Guillaume de La Tour.
100. — Abbaye de bénédictins, fondée au VIIIe siècle. Détruite par les sarrasins, elle fut restaurée en 1004 par Robert et Moigle et sa femme. Passée sous la juridiction de Saint-Gilles du Gard en 1032 son église fut restaurée puis consacrée en 1096 par le pape Urbain II. Détruite à la Révolution, il ne reste que quelques ruines de l'église et du cloître. Vaucluse, canton d'Apt, commune de Saignon.
101. — Carpentras Bibliotheque Inguimbertine ms 553 folio 165

Le 24 janvier 1307, à la demande du roi Charles de Provence, les syndics d'Aix se rendirent à Limaye où ils trouvèrent quatre frères en manteau : Raymond Lautier, Raimond Sauvaire, Pierre Lautier et Hugues Artigais. Les enquêteurs dressèrent l'inventaire en commençant par la chapelle.

Rien n'avait été touché et ils trouvèrent une grande croix avec des pierres, quatre palmes dans le sens de la longueur et deux dans celui de la largeur.
— une petite croix dans laquelle se trouvait un morceau de la vraie croix.
— un calice d'argent, une couverture avec la croix dorée, un calice et une couverture.
— neuf livres recouverts
— trois livres sans couvertures.
— Ces neufs livres étaient : un missel, un livre de répons, un officier, un légendier, deux de lectures, deux psautiers et un évangéliaire lectionnaire sous couverture.
— un reliquaire
— deux corporaux
— deux croix pour le célébrant
— une crosse
— deux manuterges et un vieil ornement
— trois chapes
— une chasuble
— une aube
— six nappes d'autel
— un calice de cuivre
— un ensensoir en laiton
— deux chandeliers de métal
— quatre couvertures d'autel.

Ce n'est pas la grande richesse et ceux qui voudront chercher le trésor n'auront pas grand chose à récupérer. L'inventaire des autres salles de la commanderie laisse entrevoir le moyen de subsistance des frères. Ces inventaires sont d'ailleurs intétessants car ils permettent de mieux connaître la vie des Templiers. Dans la chambre du commandeur les enquêteurs trouvèrent une malle fermée dans laquelle se trouvait une selle de cavalerie. Ils ne découvrirent que des habits et des coupons de laine, une bassine de cuivre, un manteau de soie, deux chemises et un matelas. Dans les autres pièces, ils n'eurent pas l'occasion de découvrir des richesses.
Dans le cellier et la ferme, l'inventaire signale :
 trois tonneaux de vin et quatre vases de la même boisson
— cinq vases vides
— treize setiers de blé ; onze d'orge ; et quatre de seigle.
Les animaux se répartissent ainsi :
— vingt chevaux et juments
— un âne
— seize bœufs de labour et vingt autres bovins
— trois cent vingt animaux de laine
— cinquante chèvres, trente quatre porcs

Le reste de l'inventaire intéresse seulement les outils nécessaires aux travaux des champs. Il n'est pas utile de les citer étant donné que nous aurons de plus amples renseignements sur les instruments aratoires dans d'autres inventaires (102).
102. — Marseille, Archives Départementales, B 151, folo 3V-5v°

De la commanderie de Limaye dépendaient les maisons de Cadenet, La Tour d'Aigues, de la Brillanne et quelques biens situés à Lauris et à Villelaure.

COMMANDEURS DE LIMAYE
Raimond de Roquebrune, 1176
Guillaume de La Tour, 1209
Guillaume Raybaud, 1307

SISTERON

La maison de Sisteron est connue dès la deuxième moitié du XIIe siècle grâce à un procès qui opposèrent les Templiers et les chanoines de la cathédrale. Les actes que nous possédons sur cette période ne sont autre que les bulles pontificales concernant ce procès. On peut admettre que les Templiers étaient installés dans la région sinon dans la ville de Sisteron bien avant 1174, année où un arbitage eut lieu entre les Templiers et le comte de Forcalquier au sujet de la Brillane. La comtesse Adélaïde avait appelé les frères du Temple en 1154, mais nous verrons ce qui'il faut penser de cela. Quoiqu'il en soit les Templiers, chevaliers faut-il préciser, avaient projeté de construire un oratoire à Sisteron, ce qui fut approuvé par le pape Clément III ainsi que les bulles pontificales que nous allons citer. Clément fut pape du 19 décembre 1187 au 30 mars 1191.

Les Templiers firent donc construire leur oratoire, ce qui déplut au prévôt et chanoines du diocèse, voyant dans cette construction un manque à gagner certain surtout si les Templiers faisaient valoir les droits de paroisse. Un premier procès eut lieu et ce furent les évêques de la région qui donnèrent raison aux frères du Temple. L'arbitrage fut approuvé par le pape Clément que les Templiers avaient sollicité. Les chanoines ne s'en tinrent pas là et malgré les décisions pontificales, ils continuèrent de plus belle leurs ennuis. Les Templiers s'adressèrent au chapitre provincial de l'Ordre et par l'intermédiaire d'Arnaud de Clermont, maître en Provence et partie des Espagnes, l'affaire fut à nouveau portée devant le Saint-Siège. Innocent III qui venait d'être élu répondit du Latran, le 8 avril 1199 par la bulle Causan que inter, par laquelle il mandait à Rostaing, évêque d'Avignon et Bertrand, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux de trancher le litige et que suivant la confirmation de son prédécesseur, le pape Clément, ils essaient de faire la paix en invitant les templiers à verser une caution au prévôt et aux chanoines représentant ainsi une garantie des dommages que pourraient occasioner cette construction ou encore que les templiers aillent ailleurs dans le cas où le clergé refuserait la caution (103). L'affaire alla encore beaucoup plus loin. Aucune des parties ne voulut céder. Les templiers eurent enfin raison et devant l'obstination du clergé, firent à nouveau appel au pape Innocent III, protecteur des Templiers qui avait déjà beaucoup fait pour l'Ordre. Le pontife envoya une bulle jetant l'interdit sur le prévôt et le chapitre, il s'adressa alors à Rostaing, évêque d'Avignon, Bertrand de Saint-Paul et Bertrand de Cavaillon par la bulle Cum inter olim, datée du 21 juin 1204. Le pape leur mandait de faire observer la sentance d'interdit portée contre le clergé de Sisteron s'opposant à l'oratoire des templiers dans la ville (104).
103. — Patrologie Latine, tome CCXV. col. 354
104. — Ibidem, col. 386-387.

Là encore, les Templiers furent choisis pour sauvegarder la paix et pour garder des biens. En effet, en ce début du XIIIe siècle, le comte de Provence et le comte de Forcalquier étaient en guerre, l'un se prévalant de l'autre et vice versa.

Sisteron était donc aux deux seigneurs, aussi le château fut-il mis en garde en 1202 et si les deux antagonistes n'étaient pas arrivés à une entente, les templiers en auraient été les fidèles gardiens. Que l'on se souvienne du château de Gisors, gardé par les templiers quelques mois seulement lors du laps de temps s'écoulant entre les fiançailles et le mariage de la fille du roi de France avec le futur roi d'Angleterre. C'est d'ailleurs la seule période où les Templiers furent présents à Gisors.

Au milieu du XIIIe siècle, l'influence des frères de Dominique de Guzman dépassant toute prévision, commença à étouffer les anciens ordres et par leur institution criminelle de l'Inquisition, ils s'implantèrent à Sisteron. On ne connaît rien d'autre sur cette maison.

MAISONS ANNEXES

En dehors des diverses mentions se trouvant dans les actes religieux ou civils de l'époque et concernant les maisons de La Tour d'Aiguës, de Séderon et de Sainte-Colombe, nous avons quelques renseignements ou tout au moins le nom d'un frère des maisons de La Brillane, La Javie et Cadenet.

LA BRILLANE

La comtesse Adélaïde avait donné au Temple, le château de la Brillane ou de la Brillanne. Nous ne sommes pas convaincu que ce furent les chevaliers du Temple de Salomon qui acquirent ce bien, malgré les mentions que nous allons citer.
En 1174, Pierre de Sabran transigea avec les frères du Temple en vue d'un échange entre le château et l'église Notre-Dame d'Olon.

La supposition commence alors. Nous savons qu'à Jérusalem existait une abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin qui avait pour nom latin Templum Domini soit le Temple du Seigneur. Or il s'avère que dès le milieu du XIIe siècle, les dits chanoines essaimèrent en Europe et certains quittèrent la Palestine avec Louis VII, roi de France. Le seul acte que nous ayons sur la Brillane est la concorde entre Bermond, élu de Sisteron (évêque n'ayant pas encore reçu la consécration épiscopale) et les chanoines du Temple du Seigneur au sujet de la promotion de l'église d'Olone et du château que le comte de Forcalquier refusa. Parmi les noms cités, nous n'avons rien de connu et Etienne n'est pas cité comme membre de la milicie Templi, mais bien comme chanoine du Templi Domini (105). Par contre nous trouvons un Etienne, en 1178 comme chanoine de Pignans, encore un monastère de chanoines réguliers de Saint-Augustin, dans un document concernant les dits chanoines et les cisterciens du Thoronet. En aucun moment nous n'avons le mot de milicie Templi ou milites mais toujours canonicos ou fratres Templi Domini, le comte de Forcalquier ayant refusé de ratifier l'acte les chanoines conservèrent la Brillane et le prieuré de Notre-Dame d'Olon resta à l'évêché.
105. — Carpentras. cf. note 101 - ALBANES. Gallia Christiana Sisterun pièce n° 16.

CADENET

L'existence de cette maison du Temple est connue dès 1178 par les actes concernant l'abbaye cistercienne de Silvacane toute proche. On y trouve la mention de deux frères de la maison du Temple de Cadenet : Geoffroy et Etienne (106).
106. — Marseille. Archives Départementales, Silvacane

LA JAVIE ou FONFREDE

Mieux connue actuellement sous le nom de La Javie, l'ancienne maison du Temple portait le nom de Fonfrède. Il s'agissait d'une maison de rapport groupant les biens du Temple de l'ancien diocèse de Digne. Nous n'avons qu'un seul document datant de 1308. Cet acte n'est autre que l'inventaire des biens saisis sous la pression du comte de Provence et exécuté par Rayumond de Soliers, bailli d'Aix-en-Provence et Gilles Ronde, juge de Digne. Par ce document nous connaissons les biens de l'Ordre du Temple dans cette région et nous nous apercevons que bien souvent les lieux-dits templiers ne sont que des biens fonciers avec seulement des rentes.
— au lieu de Fonfrède, une maison et un prè rapportant deux deniers.
— une terre à l'Adreche de Porcellet, 1 obole
— une maison à Fonfrède, 1 denier
— une vigne à l'Adreche des Romières, 4 oboles
— une maison et une terre à Fonfrède, 1 denier
— une vigne à Salvadari, 3 deniers
— une maison à Fonfrède, 1 denier (107).
107. — Marseille. Archives Départementales B. 331.

C'est tout ce que nous savons. La maison de Fonfrède-La Javie paraît donc avoir été une simple dépendance de Sisteron, je dirais mieux une grange. Malgré les diverses lacunes, les actes des communautés religieuses de la régioon nous signalent quelques noms de chevaliers et commandeurs sans aucune mention de lieu. Lors des diverses transactions qu'il y eut pour l'abbaye des bénédictins de Prads au sud de Sisteron et les monstères de l'Ordre de Chalais, nous avons le nom d'un commandeur Guillaume de Turnon le 13 mai 1212, tandis que deux frères font leur apparition : Bertrand d'Oraison en 1218 et Atenolphus le 25 juillet 1247 (108).
108. — Gap. Archives Départementales H 2.

SAINT GILLES DU GARD

La description de la commanderie n'est mentionnée qu'à cause de son rôle de maison provinciale, mais aussi parcequ'elle possédait des biens situés sur le territoire du comté de Provence. De Saint-Gilles paraient toutes les décisions prises ou confirmées par les divers chapitres, il faut dire aussi que Saint-Gilles du Gard était juste à la limite du diocèse d'Arles.

En 1136, les Templiers paraissent avoir eu des contacts avec les autorités religieuses de Saint-Gilles et ce fut certainement cette même année qu'ils s'installèrent dans la région. La première donation officielle mentionnée, peut être datée de la fin de l'année 1137 ou tout au début de 1138. En effet, durant toute cette période Bernard Roland, chevalier, se donne à l'Ordre du Temple ainsi que tout l'honneur qu'il possède à Olozargues (109). Bernard Roland sera rapidement en contact avec les maîtres de Provence. Au mois de février 1138, frère Bernard était à Roaix et le 13 octobre nous le trouvons à Richerenches.
109. — Arles, Bibliotheque Municipale Authentitum de Saint-Gilles, folio 11 et 10. — Ibid.. fol. 2

La maison de Saint-Gilles prendra de l'extension seulement après 1150, cependant dès sa fondation, elle reçut des biens de la part des seigneurs locaux parmi lesquels nous devons citer l'abbé de Saint-Gilles qui, au mois d'avril 1139, donnera le sextelaire sur le blé et la farine dès droits que touchait l'abbaye (110).
110. — Arles, Bibliotheque Municipale Authentitum de Saint-Gilles, folio 11 et 10. — Ibid.. fol. 2

On ne peut pas dire si une communauté de frères était canoniquement établie à ces dates, malgré que dans un acte de donation du 17 septembre 1145 nous ayons la mention de frères et servants du Temple. Cette donation a eu lieu à Saint-Gilles et sur des biens situés sur le territoire même de la cité. Nous trouvons alors les frères Guillaume de Cornon, Guillaume de Saint-Christophe, Pons de Momolen, Pierre de Remoulins, Pierre de Sade et Etienne de Barare (111).
111. — Marseille. Archives Départementales, 56 H. ancienne cote

Ce n'est qu'au début de l'année 1151 qu'apparait dans les actes, frère Bernard Catalan qui n'est pas un inconnu pour les historiens du Temple. Dès 1134 le frère Bernard Catalan voyage à travers le Roussillon, l'Aragon la Navarre et le Portugal. A partir de mars 1151, Bernard Catalan est appelé administrateur de l'Ordre ou encore recteur ou procureur.

La maison du Temple de Saint-Gilles ira toujours en se développant et si en 1165 nous n'avons toujours pas de titre de commandeur, il faudra attendre le mois de juin 1170 pour que Bernard Catalan soit qualifié de ce titre et frère de la maison de Saint-Gilles de l'Ordre du Temple.

Bernard Catalan reste pour Saint-Gilles le premier commandeur, mais aussi le véritable administrateur. Durant près de quarante six ans il dirigea la communauté des frères chargés d'accueillir les frères de passage, les réunions capitulaires provinciales et d'établir le siège des commandeurs de Provence.

Les Templiers de Saint-Gilles s'implanteront dans la région avec rapidité et la maison de Saint-Gilles devint rapidement trop étroite. En 1157, l'abbé de Saint-Gilles autorisait la construction d'un monastère, mais sans chapelle, ni cimetière (112), cependant on dut rapidement revenir sur cette décision. En 1169 un nouvel abbé ayant été élu, son premier geste envers les Templiers fut de leur accorder l'autorisation de construire une église et un cimetière tout en se réservant le droit de paroisse et le cens de sépulture (113) ce qui arrangea bien tout le monde.
112. — On s'etonnera peut-être de l'importante donnée aux chapelles et cimetières. Cela provient des droits qu'il y avait sur les biens : droits de paroisse, de sépulture, aumônes. C'est pour cela qu'il n'est pas prudent que l'on mette sytémattquement le nom de Templiers sur telle ou telle construction clericale. Il est necessaire avant de faire de telles affirmations de voir si une communauté de moines ou de chanoines ou episcopale ne soit pas déjà installée. Arles. Bibliotheque Municipale Authenticum de Saint-Gilles.

Les possessions templières de Saint-Gilles se développeront vers l'est en direction d'Aigues-Mortes et le domaine trouva son centre au lieu-dit Saint-Jacques. L'extension des biens se poursuivra jusqu'en Camargue où les Templiers acquirent des propriétés à Saliers qui devint une commanderie. Nous ne savons dire si les biens acquis à Albaron, à Boismeaux, à La Vernède étaient sous la juridiction de Saint-Gilles ou d'Arles, quoique la prédominance de Saint-Gilles soit plus souvent signalée.

Saint-Pierre du Champ Public, qui deviendra aussi une commanderie fut donné au Temple en 1193 par Imbert, Archevêque d'Arles, en présence de Bernard Catalan, commandeur de Saint-Gilles et Pons Rigaud, maître en Provence et partie des Espagnes (114). Une fois établie siège du commandeur provincial, titre que Saint-Gilles partagera au XIIIe siècle avec Montpellier la commanderie dut se démembrer et nous voyons sortir de terre une groupe assez serré de maisons templières dans l'est du Languedoc.
114. — Marseille. Archives Dept., Archevêché d'Arles, Chartrier de Salutin et livre laline de l'archevêché, folio 316 — Saint-Paul de Mausole prévôté de chanoines reguliers de Saint-Augustin. Bouthes-du-rhône. arr. Arles, et commune de Veni-Ké en de Provence.

Saint-Gilles eut quelques difficultés avec le clergé local, comme tous les autres religieux qui dans le fond, étaient jaloux les uns des autres des droits acquis suivant l'attachement de tel prélat ou tel seigneur. Les archevêques d'Arles eurent malgré tout quelques marques de justice envers les Templiers.Par exemple,le 16 décembre 1236,une controverse eut lieu entre Jean, archevêque d'Arles et Jean Gastroboc, commandeur de Saint-Gilles au sujet des biens situés dans le terroir des Salins de Camargue. Le prévôt des chanoines de Saint Paul de Mausole tranchat le différend par délégation pontificale. A cette transaction assistait Hugues de Montlaur, maître en deçà des mers (115).
115. — Marseille. Archives Départementales, Livre noir de l'archevéché d'Arles, folio 15v

L'archevêque d'Arles ayant réfléchi sur la décision du prévôt remit l'affaire en jugement. Le prélat trouva que les templiers avaient été lésés (sic), par l'arbitrage du 16 décembre 1236 aussi fit-il une remise de dix setiers d'amone par an en présence de Jean, archevêque de Vienne et légat pontifical (116).
116. — La Valette, ile de Malte. Archives de l'Ordre de Malte Div I. vol. XVIII.

La commanderie de Saint-Gilles fut l'une des plus importantes. Les seigneurs locaux y élirent même leur sépulture,mais là encore le clergé séculier ne fut pas très charitable, aussi les templiers demandèrent-ils des actes bien individualisés, ceci pour éviter tout action contraire sur les droits de paroisse et de sépulture. Le 12 septembre 1270, Lambert, commandeur de Saint-Gilles, au nom de Roncelin de Fos, maître en Provence ratifie l'acte de Pierre de Militia qui avait élu sépulture dans le cimetière des templiers de Saint-Gilles (117).

Nous verrons plus loin l'attitude des templiers au moment du procès.

COMMANDEURS DE SAINT-GILLES DU GARD
Bertrand Catalan, 1151-1196
Bertrand de Bellegarde, 1196-1198
Bernard de Casa, 1199-1200
Pons d'Albaron, 1201
Guillaume Cateil, 1201-1203
Bernard de Casa, 1204
Pierre de Dieu, 1208-1217
Raimond Bermond, 1217-1219
Pierre de Dieu, 1221
Bernard de Campaux, 1223-1224
Guillaume de Nîmes, 1224-1233
Bertrand de Bellegarde, 1234-1235
Jean de Castroboc, 1236-1241
Pierre de Malon 1243-1247
Raimond de Bruguières, 1248
Pierre de Malon, 1249
Raimond de Buguières, 1250
Raimond de Saint-Just, 1250-1251
Pierre Ferrier, 1252
Bertrand Alquier, 1252-1253
Rostaing de Buxo, 1254
Bertrand Alquier 1258-1259
Lambert, 1263-1265
Jordan de Ceriers, 1266
Pierre Raimond, 1269-1270
Lambert, 1270-1274
Guillaume de Cavaillon, 1274-1275
Hugues Hugolin 1276
Pierre Allemand, 1284
Guillaume Hugolin, 1286-1287 Ripert Dupuy, 1287-1289

SOUS-COMMANDEURS DE SAINT-GILLES
Jean d'Aiguines, 1183-1185
Pierre de Saint-Tibère, 1186
Bertrand Hugues, 1187-1189
Bernard Bedos, 1191-1192
Gilbert de Costebelle, 1193-1195
Bertrand de Bellegarde, 1196
Pierre Raimond, 1197-1198
Guillaume de Nîmes, 1209-1221 (en 1213 il est dit dans l'acte : Pierre de Dieu, commandeur-majeur et Guillaume de Nîmes, commandeur.)
Pierre, 1227
Raimond s'Amenlerio, 1240-1244
Hugues Artus, 1249-1258
Etienne Blancard, 1265
Raimond de Remoulins, 1275
Guillaume de Jonquières, 1287
Pierre Allemand, 1293
Barrai de Grasillan, v. 1296
Pierre Allemand, 1297
Guillaume de la Roche, v. 1303
Bernard de Selgues, 1307

SALIERS

La seule commanderie dépendante de Saint-Gilles se trouvant sur le territoire des comtes de Provence est celle de Saliers ou des Salins. Les premières donations furent effectuées à la maison de Saint-Gilles et datent de 1170: Les biens ne tardèrent pas à s'agrandir sur le rive gauche du petit Rhône. La Camargue était vraiment une terre monastique. Les moines de Montmajour, les moniales de Saint-Césaire d'Arles,les cisterciens d'Ulmet et de Silvaréal possédaient de nombreux biens en union avec les seigneurs locaux principalement l'archevêché et les chanoines d'Arles, le puissant seigneur des Baux, la famille de Cadenet etc.
Les Templiers arrivèrent dès 1170 et leurs possessions s'éparpillèrent à tarvers toute l'île. C'est en 1176 que le commandeur de Saint-Gilles reçut des droits sur Saliers tandis qu'en 1192 de nombreux biens fonciers furent à l'origine du remembrement de la propriété et de l'installation de la commanderie (118).
118. — Arles. Bibliotheque Municipale Authenticum de Saint-Gilles.

Les litiges n'allaient pas tarder à commencer. Les cisterciens d'Ulmet trouvèrent les templiers un peu gênant et qu'ils allaient un peu trop loin dans leurs droits. Une querelle s'établit entre les deux. L'affaire fut portée au chapitre général de l'Ordre de Cîteaux qui dans sa cession du mois de septembre 1200, délégua l'abbé de Bonnevaux dans le Dauphiné pour régler le litige.
Les lieux dits, les hameaux et les petits villages tels qu'Albaron, Figarès, Faraud, Badon reçurent les templiers visitant leurs biens.

Un autre litige eut lieu avec les cisterciens d'Ulmet-Sivaréal au sujet de Clamadour. Pierre III, abbé de Silvaréal et Raimond, commandeur de Saliers établirent un accord qui donnait le fief aux Templiers moyennant un cens annuel (120). Les biens de l'Ordre dans le sud de la Camargue furent réunis à une maison dépendante de Saliers : Ventabren, connu dans le procès sous le nom de Venrella et qui a laissé le nom d'un commandeur.
120. — Archives communales des Saintes-Marie de la Mer. Document assez effacé

La maison de Saliers possédait une chapelle et un cimetière sur l'emplacement de l'église actuelle. La construction des bâtiments eut lieu avant 1198 puisque cette même année éclata un litige qui fut tranché dans l'eglise de la milice du Temple de Saliers, au sujet des biens acquis à Boismeaux. (121)
121. — Marseille. Archives Départementales chartrier de Saint-Cesaire d'Arles.

COMMANDEURS DE SALIERS
Raimond, 1221-1229
Guillaume Asimond, 1228-1229
Pierre Lobat, 1233-1236
Jean, 1241
André Gontier, 1251
Hugues Alfant, cité en 1271, 1278 et 1282

ARLES SUR RHONE

La commanderie de Saint-Gilles avait la juridiction sur la commanderie majeure d'Arles dont la fondation eut lieu aux environs de 1140. On ne sait pas exactement en quelle année eut lieu la première donation. En 1138, nous sommes certains qu'il n'y avait rien en Arles. Par contre, en 1142, Bernard Roland, que nous avons connu à Saint-Gilles, Roaix et Richerenches, se trouve en Arles dans une transaction avec l'archevêché mais il n'est aucunement fait mention d'une maison du Temple et le frère templier n'est cité qu'en témoin, en 1146 par contre, la maison d'Arles existait. Au mois de juin de cette année, une vigne était vendue aux frères de la maison du Temple d'Arles, en présence de Bernard, commandeur, d'un chapelain et de dix frères (122).
122. — Marseille. Archives Départementales folio V. Ancienne côte. Temple Arles.

Les bâtiments devaient être importants en 1142, puisqu'au mois de décembre de cette année eut lieu le premier chapitre provincial, ainsi que nous l'apprend un acte de Raoul Guillaume qui, devant partir en Terre Sainte, fait une donation au Temple de La Clau et dresse l'inventaire par devant les frères réunis alors qu'il était de passage à Arles (123).
123. — Voyer Kolli, Archives Diplomatiques H. Malte. — La Clau, Cartulaire, n° 2

En 1155, la maison du Temple d'Arles recevait un personnage d'importance, le comte Raimond-Bérenger IV, prince d'Aragon qui concédait certains droits à l'archevêché d'Embrun (124). Avec cet acte nous avons la première mention de commandeur d'Arles, en présence de Bernard, maître car l'acte précise qu'il fut signé dans la maison des frères du Temple en Arles en présence de Bernard, maître dudit lieu. L'archevêque d'Arles fut un protecteur des Templiers et c'est peu de temps après la fondation qu'il les autorisa à avoir un cimetière.
En 1152, Pierre de la Rovière recevait la permission d'enterrer à côté de l'oratoire. En 1201 et au mois d'avril, l'archevêque Imbert réglait le droit de sépulture entre les Templiers de Marseille et le chapitre de la même ville (125).
124. — Histoire de Provence, tome III, pages 121 126. — MURATIS Arles, n° 1132
125. — Avignon. Archives Diplomatiques 65 H, folio V

Les donations sont des plus importantes et même des plus originales. Le 22 mars 1224, Jacmée, femme de Geoffroy Bâton, fait son testament et lègue pour les templiers de la maison d'Arles ce qu'elle possède depuis les Anguillers jusqu'à la Trache, mais elle demande que lemaître du Temple soit tenu de recevoir comme chevalier, mon bailli Hélisiaire (126).

Les biens de la maison d'Arles seront très étendus. Nous pouvons citer les lieux de : Trébons qui passeront à Laurade. Dans la Crau les diverses possessions s'étendaient sur Pernes, Dezeaumes, Saint-Martin, Coulier, Coulobires, etc. En Camargue, la maison d'Arles occupait des lieux situés dans la partie centrale de l'île tandis que la partie orientale les biens étaient exploités par la grange de Villeneuve. Les droits sont nettement définis par les actes. Malgré l'enchevêtrement dans les donations entre Arles, Tarascon, Saint-Gilles et Laurade on arrive aisément à départager les biens. Malgré tout nous devons faire une constatation, c'est que dans l'Ordre du Temple, étant donné qu'il n'y avait à proprement parlé aucune indépendance d'une commanderie à l'autre, la fondation d'une maison était souvent nécessitée par une réunion de biens très localisés et cela dès les débuts.

COMMANDEURS D'ARLES
Bernard Roland, 1137-1165
Bernard de Calatori, 1165-1172
Bertrand Calbaud, 1173-1175
Bertrand de Ventairol, 1175-1178
Pierre Bérenger, 1178-1183
Bertrand Hugues, 1184-1185
Guillaume de Soliers, 1185-1189
Pierre Bérenger, 1189-1190, commandeur de Laurade en 1196
Guillaume Soliers 1190-1200
Pierre de Villeplaine, 1200
Bertrang de Casa, 1201
Guillaume de Saignon, 1202-1205
Raimond Chaussoard, 1206-1208
Guillaume de Saignon, 1208-1210
Raimond Chaussoard, 1211-1212
Pons Faber, 1212
Pierre de Chateauneuf, 1213-1219
Raimond Chaussoard, 1219-1227
Guillaume de la Fare, 1228
Gui de Bruissac, 1229-1230
Guillaume Pierre, 1229-1231
Giraud 1234-1235
Gaucelme de Noves, 1235-1237
Giraudl237-1249
Rostang des Baux, 1249-1250
Giraud 1250-1261
Gui de Bruat, 1262
Jourdan Daumas, 1262
Giraud, 1262-1263
Guillaume de Cavaillon, 1263-1274

SOUS-COMMANDEURS D'ARLES
Giraud, 1196-1199
Raimond d'Alma, 1208
Raimond de Tarascon, 1210-1212
Raimond de la Roche, 1213-1217
Guillaume Pierre, 1223-1227
Giraud, 1227-1233
R. 1239-1241
Guillaume Clari, 1274
Jean Roy, 1275
Guillaume Clari, 1275
Lambert, 1275-1277
Guillaume de Cavaillon, 1277
Guillaume Broteil, 1278
Guillaume de Cavaillon, 1279-1282
Guillaume Clari, 1283-1285
Bérenger de Montredon, 1285
Bertrend, 1285
Pierre Ricaud, 1288
Jean Bérenguier, 1289-1296
Jauceran de Plazolis, 1296-1305
Guillaume de la Roche, 1306-1307

On s'imagine mal la création d'une commanderie dans la ville qu'illustra plusieurs siècles plus tard l'écrivain Alphonse Daudet avec son illustre Tartarin et pourtant. En 1192 environ, Guillaume Barralis, de l'illustre famille provençale fort connue, fera don d'un immeuble contigiie à la maison que possédait la Milice du Temple à Tarascon. C'est le donateur lui-même qui nous apprend cette installation du Temple dans cette ville, lorsqu'au mois de janvier 1203, il confirme cette donation (127).
127. — Marseille. Archives Diplomatiques, ancienne cote H. 2, 19. — Nous sommes loin des données émises par J.A. Durine

On peut être assez surpris de l'installation de trois commanderies à moins de dix kilomètres l'une de l'autre. En effet, Tarascon, Lansac et Laurade forment un triangle assez étroit. Laurade prévalait néanmoins sur les deux autres maisons ainsi que nous allons le voir. Bien souvent, le commandeur d'Arles était qualifié de maître d'Arles et de Tarascon, tout comme celui de Laurade.

Au début du XIIIe siècle, il y avait un bailli de la maison du Temple de Tarascon en la personne de Catalan. Devenu membre de l'Ordre, on peut le qualifier de frère donné, sans qu'il soit membre à part entière. Malgré cela, il enrichit le domaine utile de la maison de Tarascon et jusqu'en 1215, année où nous ne le voyons plus apparaître dans les actes, les Templiers de Tarascon acquirent des biens à Gourgan, Saint-Georges, Violes et Trébons. Ces dernières possessions passeront par la suite sous la juridiction de Laurade, Tarascon devant une simlple maison de ville. Nous n'avons trouvé aucune trace de chapelle pour Tarascon, mais seulement le nom de deux commandeurs.

COMMANDEURS DE TARASCON
Catalan, 1201-1210 bailli de Tarascon
Raimond, 1245 Isnard, 1247

LAURADE

Les auteurs ayant écrit sur la maison de Laurade ou plus exactement sur Saint-Thomas de Laurade, nous montre la fondation de cette commanderie en juillet 1196. Il n'y a rien de plus faux.

Tout commence avec une donation à Trébon au mois d'avril 1145. Deux frères, Raymond et Bernard Isnard, du consentement de leur épouse, vendent à perpétuité à la Milice du Temple, à Bernard Raimond et aux autres chevaliers présents et à venir, tout l'honneur qu'ils ont à Trébon, près de la condamine du Temple, pour la somme de cinquante quatre sous melgoriens et deux cent cinquante sous melgoriens nouveaux (128).
128. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, ancienne cote H, 15.

Le deuxième document que nous possédions sur Trébon date de 1176. Mais lorsque l'on veut parler du Temple il ne faut surtout jamais oublier les documents que l'on peut retrouver dans les divers fonds d'archives. Or, il s'avère que nous pouvons maintenant certifier qu'entre lémoission des deux documents cités, la commanderie de Saint-Thomas de Laurade était sortie de terre car, en 1176, Raimond, archevêque d'Arles, passe une transaction entre les frères de la Milice du Temple de Saint-Thomas et les chanoines de sa cathédrale au sujet des décimes sur les terres de Trébon. Nous avons déjà le nom d'un commandeur en la personne de Bertrand Gabaldus qui ne fut jamais commandeur d'Arles à cette époque (129).
129. — Arles, Bibliotheque Municipale Authenticum Capitali Arlatensis folio 109 V

En 1196 et au mois de juillet, Pierre Bérenger recevait la donation de terres de la part d'Hugues Ricard, tandis qu'en 1203, c'était Guillaume Gantelme qui confirmait à frère Estebem, commandeur de Laurade, en présence des chanoines d'Arles et les moines de Montmajour du prieuré Saint-Etienne (du Grès), les biens qu'il avait reçus depuis quinze ans sur le territoire de Laurade. Les possessions s'étendaient sur Saint-Clément, le mas des Vignes et surtout le domaine de Mauléon.

De nombreux actes continuent cette donation. On y trouve des ventes, des donations et meme des échanges. Le commandeur de Laurade, sous la juridiction directe de celui d'Arles vécut à Lansac de 1262 à 1272. Durant cette période la chapelle et les bâtiments qui avaient reçus des dommages furent en partie reconstruits. Jacques, qualifié de commandeur de Lansac et de Laurade revint dans cette dernière maison en 1276 et nomma bailli de Lansac un frère donné pour gérer les biens de cette maison.

COMMANDEURS DE LAURADE
Bertrand Gabaldus, 1176
Pierre Bérenger, 1196
Estabel, 1203-1213
Pierre, 1219-1222
Etienne, 1222-1228
Raimond, 1245 et commandeur de Tarascon
Isnard, 1247 et commandeur de Tarascon
Bertrand Florent, 1266, commandeur de Laurade, Tarascon et Lansac.
Jacques, 1276, commandeur de Laurade, Tarason et Lansac.
Hugues Bello, 1276-1287, commandeur de Laurade, Tarascon et Lansac.
Ferrier Devallier, 1307, commandeur de Laurade et Lansac.

LANSAC

En ce qui concerne la troisième maison du triangle étroit, nous sommes certain de sa fondation. Le puissant seigneur des Baux, Hugues, entreprit de maintenir l'indépendance de la Provence. Pour cela il dut entretenir une armée et malgré son immense domaine, il fut à court d'argent. Il emprunta aux Templiers la somme colossale pour l'époque de cent mille sous. En échange et pour garantie de cette somme en attendant le remboursement de la dette, il mit en gage plusieurs de ses domaines : Trinquetaille, Méjanes, Villeneuve et Lansac. De toutes ces proriétés seul celle de Lansac fut mise sous hypothèque par les créanciers. Aussi lorsque le seigneur eut étouffé sa dette, il donna Lansac comme remerciement et cela le 23 novembre 1234 (130).
130. — Marseille, Archives Départementales 56 H, ancienne cote H 19.

C'est tout ce que nous savons sur cette maison du triangle étroit.

FOS SUR MER

La famille de Fos s'illustra dans l'Ordre du Temple par deux de ses membres : Hugues et Roncelin. Sur ce dernier, les imaginations brodèrent les plus grandes absurdités avec une hisotire de secrets, de faux et prétendu ésotérisme dont nous pouvons réfuter toutes les conclusions grâce aux textes.
Commanderie sous le juridiction directe d'Arles, nous n'avons pas beaucoup de renseignements en dehors des documents qui, pour la plupart traitent d'Arles. Il devait certainement exister une maison au début du XIIIe siècle puisqu'en mars 1205, Raimond de Saint-Andiol léguait aux templiers de Fos,la somme de mille sous à prendre sur ce que lui devait la maison d'Arles en rentes, dîmes, cens, etc. En 1213 apparaît le premier commandeur connu, Michel, qui ne sera pas cité dans tous les actes entre 1213 et 1230 année où nous trouvons encore ce nom. La maison de Fos possédait de nombreux troupeaux et la majeure partie des actes ont trait à cette manière de rapport. Les arbitrages sont aussi nombreux que les donations de droit de pacage.

En 1274 éclata un procès entre la communauté d'Arles au sujet du droit de pacage des troupeaux, lesquels s'étant échappés prirent pacage dans les domaines communaux. Le chambrier de l'Ordre à Saint-Gilles prit la défense des Templiers de Fos. Devant cette prise de position les consuls d'Arles condamnent au ban et les Templiers de Fos et ceux de Saint-Gilles (131). Nous ne connaissons que deux commandeurs directement cités par les actes de Fos : Michel que l'on retrouve dans la donation des droits de pacage par Hugues des Baux en 1217 mais qui est aussi mentionné en 1213 et 1230 et Jean cité en 1240.
131. — Arles, bibliotheque Municipale, Ms

Les biens s'étendaient à Martigues, Saint-Pierre et dans tous les villages situés au nord de Fos jusqu'à Port de Bouc et les rives du Rhône. A Martigues se trouvait une maison dépendante connue sous le nom de Saint Giniez. Il y avait aussi la maison de Berre établie là pour le sel, Gignac et Marignane. Ces quatre maisons, dont nous n'avons que très peu de renseignements servaient surtout d'entrepôts (132).
132. — Inventaire des biens de la commanderie de lus sur Mer se trouve aux archives des Bouches du Rhône sous la cote H. 156.

COMMANDEURS DE FOS DE MER
Michel, 1213, 1228, 1230
Ermangaud, 1217-1225
Jean, 1240
Hugues, 1267

Ce groupement comprend les possessions et juridictions d'Aix-en-Provence et de Marseille

AIX EN PROVENCE

Pourquoi laisser de côté la commanderie d'Aix-en-Provence ou de l'unir à celle de Bayles. Ce furent deux maisons biens distinctes malgré qu'à certaines époques elles eurent un commandeur commun, mais nous verrons pourquoi elles étaient unies.

Les Templiers s'installèrent dans la région d'Aix-en-Provence en 1143. Dans la ville même ils établirent leur maison avant 1191 puisque le 25 avril de cette année, le pape Célestin III demandait à l'évêque d'Antibes de spécifier aux Templiers de démolir une église qu'ils ont fait construire à Aix, malgré l'opposition formulée par le prévôt et les chanoines du chapitre(133). La commanderie d'Aix-en-Provence est surtout connue par des actes concernant son église et son cimetière. En parlant de l'église il faut croire que la décision pontificale ne fut pas suivie et les droits paroissiaux furent à l'origine de litiges entre les Templiers et les chanoines. L'archevêque d'Aix, Bermont Cornut conclua un accord entre les deux parties en 1213.Les chanoines ne voulurent pas voir dans la décision épiscopale un quelconque règlement et ne tardèrent pas à revenir sur les droits. Cette fois-ci ce fut le prévôt lui-même, Raimond Audibert qui, avant de devenir archevêque d'Aix défendra les droits des Templiers face à ses chanoines.

133. — Aix-en-Provence. Bibliothèque Méjanes, Ms. 1042, folio

Le comte de Provence fut à Aix l'hôte des Templiers. Le 12 septembre 1236, il signe la trêve avec les marseillais, dans le cimetière des Templiers (136), tandis que le 14 mai 1239 ce sera Raimond Bérfenger, évêque de Fréjus qui signera la confirmation de la donation des châteaux des Arcs et de Trans à Arnaud de Villeneuve. Ce dernier acte fut signé dans les jardins du Temple d'Aix-en-Provence (137)
136. — Marseille. Arcives Départementales H. 326.
137. — Marseille. Archives Diplomatiques, B 756 et B.21, folio 216.
138. — Marseille. Archives Diplomatiques, 56 H, folio 51, 69.

Le premier document concernant les biens est daté du 28 février 1263, lorsque Audibert Suellus donne dix émines de terre sur le territoire du Puy-Sainte-Rérarade au lieu-dit le Pradal. Le commandeur d'Aix, frère Jean ajoute le titre de commandeur de Bayles et confirme cette donation (138).
138. — Marseille. Archives Diplomatiques, 56 H, folio 51, 69.

Le premier commandeur connu est cité dans un diplôme, d'Alphonse d'Aragon concernant les privilèges de l'abbaye de Saint-Pons-de-Gèmenos, le 13 décembre 1209 (139).

Aix-en-Provence devint commanderie majeure, chef de juridiction après le chapitre provincial de 1285.
139. Voyer — DAILLI (laurini), l'abbaye de Saint Pons de Gimenos. Marseille. 17.

COMMANDEURS D'AIX-EN-PROVENCE
Guillaume de Saino, 1209
Jean Mathias, 1262, commandeur d'Aix en Provence et de Bayles
Guillaume Giraud, 1286, puis lieutenant d'Albert de Blacas Albert de Blacas, 1286-1308

BAYLES

Le 16 décembre 1143, par un acte signé à Aubagne, Marie, fille d'Hugues de Marcholf et Pierre, Geoffroy son mari, notifient que pour eux, leurs enfants, leurs successeurs, afin que Dieu leur pardonne leurs péchés, donnent et offrent à perpétuité et intégralement à Dieu et à la Milice du Temple, au frère et ministre Pierre Rogerius, la part du territoire de Puyloubier qui leur appartient, limitée par les Croix jusqu'à la limite de Rousset et jusqu'à la Pierre Rouge. Le même jour, Rotbald d'Aubagne et sa femme Audilense, pour les mêmes raisons, donnent à la milice du Temple de Salomon de Jérusalem, à Pierre Rogerius et à ses successeurs et aux frères du Temple tout ce qu'ils ont et pourraient avoir sur le territoire de Puyloubier (140).
140. — Aix-en-Provence, bibliotheque Mejanes. Ms 753.

La commanderie eut de nombreux biens dans les envrons immédiats. Ces biens furent convoités tant par le clergé séculier que par le clergé régulier. Les dîmes firent l'objet de disputes avec l'abbaye de Saint-Victor. Le 18 février 1178, un arbitrage eut lieu pour les dîmes entre le commandeur de Bayles, Hugues de Sade et le prieur de Saint-Pons de Puyloubier. L'affaire fut réglée à l'amiable par Pons Niel, bailli du comte de Provence. Les templiers abandonnent leur champ aux bénédictins, mais toutes les terres que labouraient les Templiers furent déclarées libres des dîmes et cela à perpétuité. L'acte fut passé entre les mains d'Arnaud de la Tour Rouge, maître en Provence et partie des Espagnes et Guérin, prévôt de Fréjus (141).
141. — Marseille. Archives Déplomatiques H, folio 152.

Les bénédictins de Saint-Victor n'en étaient pas à leur premier coup. Le 26 septembre 1156, l'évêque de Fréjus, Pierre de Montlaur fut chargé par le comte de Provence, Raymond-Bérenger de faire une enquête afin de tracer les limites des possessions des Templiers et des bénédictins sur les territoires de Vauvenargues et de Saint-Antonin (142).
142. — Marseille. Archives Déplomatiques H, folio 8O-84.

En 1209, le testament du comte de Forcalquier cite Raimond Chossard, commandeur de Bayles qui sera quelques années plus tard commandeur d'Arles.
Cet embryon de territoire donna naissance à la commanderie de Bayles qui s'implantera à la limite des propriétés actuellement connues sous le nom des Eaux-Vives et touchant les paluds actuellement connus sous le nom de ferme de l'Etang.

Les luttes intestines avec les bénédictins ne s'arrêtèrent pas et les procès se succédaient les uns après les autres à une cadence très rapide. Le plus important eut lieu le 23 mars 1225 et se termina par un compromis entre R. d'Argilière, commandeur de Bayles et le prieur Bernard Dupuy représentant les moines de Saint Antonin sur Bayon. Les deux parties choisirent leurs arbitres : Rostang de Combs commandeur du Ruou pour les Templiers et le prieur d'Auriol pour les bénédictins. L'affaire fut debattue sur le perron de la maison du Temple d'Aix-en-Provence en présence de plusieurs chanoines et autres personnes parmi lesquelles se trouvaient les avocats Valentini, père et fils.

Le prieur réclamait aux templiers, au nom de son monastère des terres, près et vignes qu'il prétendait posséder par droit seigneurial ou presque, biens situés sur le territoire de Saint-Antonin et du Castellet de Bayles. Les arbitres ayant repris les actes s'aperçurent que toutes les possessions en litige avaient été données par les seigneurs voisins : Jaucerand, Roubaud, Pons Bernard et autres et cela aux Templiers. Les bénédictins furent déboutés de leurs prétentions.

Afin et surtout de mettre en évidence les élucubrations émises au sujet de prétendus trésors ou secrets nous devons signaler que le plus intéressant pour la commanderie de Bayles n'en reste pas moins l'inventaire des biens exécuté le 24 janvier 1308. Nous le donnons intégralement. On pourra noter aussi l'importance des instruments aratoires.

L'inventaire fut dressé par Pierre Raymond, damoiseau et clavaire d'Aix, du mandat de Pierre Gantelme et Pons Garnier, juges d'Aix en présence de Benrmond de Lanzela, notaire à la cour.

L'inventaire commença par l'église où ils virent :
deux cloches dans le campanile
une petite cloche pour l'élévation
deux clés des portes de l'église et une autre d'armoire
dans laquelle il y avait : un missel
un livre des évangiles un livre des épitres un collectaire ou ordinaire un livre des offices un livre des répons un livre de l'office eucharistique un livre contenant les psaumes, les hymnes, les répons et les légendes historiques
un livre contenant la vie des pères ou des saints un grands livres des légendes historiques deux chasubles avec une aube et une étole et un manipule
A l'autel de Notre-Dame, une croix
trois tableaux de piété
trois nappes d'autel
quatre vieux dessus d'autel
trois petits cierges
une lampe
deux burettes
un grand chandelier
un petit chandelier
une autre petit croix
un calice en argent et sa patène
un ostensoir pour tenir l'hostie
un dessus d'autel
un reliquaire
deux corporaux
A l'autel de Saint-Jean, trois nappes
un dessus d'autel ancien et orné
des sièges de bois ou petit chœur avec ses sièges.
Dans la chambre de l'église (la sacristie)
cinq toiles entre les neuves et les vieilles dans lesquelles
se trouvaient cinq chasubles de soie
deux étoles, deux manipules et deux chappes de soie
six nappes d'autel
un vieux manteau
deux aubes et deux amicts avec une ceinture (cordon
liturgique)
deux vieilles couvertures
une caisse dans laquelle se trouvent deux épées
un couteau
deux scies pour couper le bois
un jésus ( objet liturgique pour le baiser de paix)
une bourse de fil avec 65 sous tournois d'argent vieux.
Dans la dite chambre il y avait :
une selle pour le cheval
un instrument de fer pour le jardin
une faux
une bêhe
deux houes cassées
une hache
deux guides
deux serviettes
deux fers pour marquer le chaume
deux couvertures de lits
deu ' étoffes de toile
une couverture en peau d'agneau
un matelas
un coussin
Dans une aurre caisse il y a un p£u de légumes Dans une autre pièce quatre balistes
quatr e étoffes de toile, deux matelas et deux coussins
une caisse dans laquelle se trouvent 60 gros tournois
d'argent
deux sous
Dans une autre pièce un lit avec deux couvertures de lit, un oussin, un matelas, deux étoffes de toile et une couverture pour dessus Dans une autre partie de la maison, un pétrin
deux vases de ...
un pain de cire prête à l'emploi -Dans une autre pièce, deux couvertures
six matelas
un vase à eau
deux couvertures de lit Dans le fournil, un pétrin
une roue à fourner, quatre moulins, une caisse à farine
autour de 80 sétiers de farine
Dans la caisse à viande, quatre jambons entiers Dans la salle à vin, trois grandes foudres de vin pur
un autre petit vase plein de vin pur
trois autres grandes foudres pleine de vin de l'année
deux foudres vides
trois grandes carafes
une chausse pour filtrer
Dans la grande salle une grande table avec les ustensiles
pour les repas Dans la chambre un grand matelas
un coussin
Près de là, 80 grands fromages
et 140 autres petits fromages
quatre pièces de fer
trois cribles
trois peaux de bœuf
cinq ensemble de joug de bœuf
deux objets en fer concave pour tendre la tente
quelques légumes
82 émines de grain pour les poules
six émines de civette
184 emines d'anone à la mesure d'Aix
En ce qui concerne les animaux, l'inventaire poursuit après avoir donné le détail des grilles etn des plats de cuivre de la cuisine.
40 animaux de labour dont :
16 à la Galinière 2 animaux bovins jeunes une vache et son veau un âne
20 animaux bovins à la ferme Le 25 janvier le clavaire se rendit à la Galinière où il y avait :
40 émines d'anone
1 émine de bois
1 banc
1 table
1 support
34 chèvres
chaume et paille en grande quantité
une petite porte
un petit plat en cuivre
un petit pétrin
un trépied
Ils allèrent ensuite dans les terres et fermes de Bayles où ils virent 328 animaux ovins entre ceux que gradaient Bertrand Colomb et Hugues Bragenco, pâtre du Temple, le dernier actuellement absent. Ils virent en plus :
4 ânes
1 vieux roncin
deux poulains
Dans la maison de Bayles, 3 linges lavés et une nappe
Le même jour ils virent 455 chèvres entre plusieurs gardiens, 16 coqs et poules.
Ainsi nous avons une juste idée de ce que pouvait posséder une commanderie.
L'élevage était intense et la vie des Templiers pauvre. Nous verrons d'ailleurs d'autres inventaires montrant la pauvreté d'une communauté face à des biens temporels importants.

De la commanderie de Bayles dépendaie la maison-ferme grange de la Galinière (144).
144. — Marseille, Archives Départementales, B 131, folio 80-84

COMMANDEURS DE BAYLES
Foulques de Bras, 1170
Hugues de Sade, 1176-1178
Raimond Chaussoard, 1208-1210, commandeur d'Arles, avant et après.
R. d'Aguillier, 1225-1227
Hugues du Luc, 1236
Raimond Ermengaud, 1244

MARSEILLE

Si nous sommes certains de l'existence d'une commanderie du Temple à Marseille, placée directement sous la juridiction du maître de province, comme Toulon, les actes sont assez rares. Les Templiers étaient installés à Marseille en 1173, étant donné que cette année, Hugues de Montlaur, archevêque d'Aix établissait un compromis entre les templiers et Guillaume, prévôt du chapitre de Marseille au sujet des dîmes acquises sur le territoire de la Maja et de Saint-Martin (145).
145. — Marseille. Archives Départementales, G. La Major de Marseille.

En 1185, Pierre de Cadenet, devant partir pour un pèlerinage donne l'ensemble de ses biens aux frères du Temple. L'acte fut signé dans l'église cathédrale Sainte Marie de Marseille en présence des chanoines qui comme à Aix, inquiétèrent les Templiers, lesquels s'adressèrent directement au pape Alexandre III qui répondit par la bulle Sacrosancta romana ecclesia confirmant tous les biens de la maison du Temple de Marseille et prenant tous les Templiers sous son entière protection et celle du Saint-Siège. Le Pape est très précis dans sa bulle car il nous indique que l'église Sainte-Marie du Temple est construite sur le port de Marseille.

Lors de l'étude sur Arles nous avons vu l'intervention de l'archevêque Imbert dans une affaire avec les chanoines de Marseille. Le litige portait sur les droits de la chapelle que l'ordre possédait sur le territoire de la paroisse Saint-Martin de Marseille. Lorsque le litige fut tranché il y avait à la tête de la communauté le frère Gérald, commandeur.

Les templiers de Marseille avaient un rôle important et ils le jouèrent avec éclat. C'est le port qui a été de première importance car de nombreux droits et privilèges leur avaient été accordés, d'où l'origine de nombreuses contestations. En 1212 les consuls de Marseille, après avoir donné plusieurs droits sur le port furent obligés, devant les diverses prises de positions de donner un règlement pour l'utilisation du port aussi bien pour les Templiers que pour les Hospitaliers de Saint-Jean.
En 1218, un règlement autorisait les Templiers à avoir la totale jouissance du port sans payer aucun droit. (146).
146. — Marseille. Archives Départementales 56 H, ancienne cote. H. 2, n° 5.

En 1202, Bernard de Casa, commandeur de Marseille, recevait des biens à Aubagne et à Gémenos.
A Aubagne, les Templiers possédaient une maison située non loin de l'église.

COMMANDEURS DE MARSEILLE
Gérald, 1201
Bernard de Casa, 1202
Pierre Lantelme, 1308

Avec cette région nous touchons un domaine important des possessions de l'Ordre du Temple en Provence avec le rayonnement de la commanderie du Ruou qui allair de la vallée du Verdon à la Méditerranée.
Les documents concernant les maisons du Temple dans toute cette partie de la Provence sont des plus intéressants tant pour la vie sociale que pour une étude plus approfondie sur la vie d'une commanderie.

LE RUOU

Avec la commanderie du Ruou nous touchons de très près la véritable étude de la juridiction templière. Les nombreux actes concernant cette partie de la Provence permettent de mieux comprendre, sans risque de tomber dans l'erreur ce quêtait la vie du Temple dans toute son intégralité.

La commanderie du Ruou, que l'on appelle aussi Villecroze ou le Rué (à ne pas confondre avec la maison du même nom près de Roquebrune) fut fondée aux environs de 1150-1155.
Le plus ancien document que nous ayons date du 17 juin 1157. Ce jour-là, dix seigneurs de Flayosc : Pons Isnard et sa femme Adalyarde ; R. Raimbaud ; G. de Montmagan ; R. Hugues et F. de Flayosc ; Guigues de Flayosc et sa mère Admancia ; F. Geoffrbi ; Isnard Raimond ; Geoffroy son frère et leur mère Willelma ; tous ensemble et d'un commun accord, donnent aux frères du Temple du Ruou certaines terres situées à Flayosc avec les droits de paturage sur tout le territoire. Ils accordaient aussi la faculté de prendre du bois, de faire usage des eaux et des pierres selon les besoins de leur maison. (147)
147. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 52-79

Au mois de janvier 1157, le comte de Provence, Raimond-Bérenger, envoya deux actes de confirmation des biens des Templiers du Ruou. Le premier est daté du 15 et fait état des biens situés au Ruou, Salgues et Salguettes (148). Le second du 25 signale les mêmes biens mais ajoute la validation des acquisitions faites en honneur, terres cultes et incultes que les Templiers avaient acquis en Provence ou pourraient acquérir à l'avenir (149).
148. — Marseille. Archives Départementales, B 4, folio 344-345.
149. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 5279.

Ces trois plus anciens documents montrent l'installation et l'acquisition d'un domaine utile conséquent et les constructions d'une maison régulière pour les fères. Le premier grand domaine des Templiers du Ruou hors des limites proches de la commanderie était établi sur les seigneuries de Flayosc, Entrecasteaux, Tourtour et Salernes. Les donations seront très importantes et permettront aux templiers de faire du Ruou une commanderie de premier choix en Provence. A la fin du XIIe siècle le domaine s'agrandit à tel point que les commandeurs durent créer et fonder des maisons indépendantes avec des granges et des fermes. Le défends d'Ampol avait été acquis pour trois cents sous raimondins, alors qu'en mai 1193, c'était l'acquisition de biens à Lorgues.

En 1195, le domaine pousse ses limites vers Villcroze et Salerne par la donation de Boniface Rufus de Castellane en présence de deux commandeurs Bertrand de Gardanne et Bertrand Hugues (150). Boniface de Castellane donne pour le repos de son âme et la rémission de ses propres péchés, aux frères du Temple du Ruou, un vaste domaine s'étendant d'après les bornes à Salgues, le Puy Calvet, l'église Sainte Foy à la Fontaine, le Peyron de Saint-Antonin, le champ de Massebœuf, l'Oliveraie de Saint-Antonin, le ruisseau qui descend de Mentaune, du défends d'Entrecasteaux au plan Martin, le chemin entre Auriol et Peyneron, le cours du Ruou et le croisement de la route de Salernes avec celle de Lorgues à Villecroze (151).
150. Nous verrons plus loin le pourquoi des deux commandeurs.
151. Le texte ne donne que les initiales, B et A.

La formation du domaine ira progressant, mais il faudra distinguer deux manières d'exploitations et cela dans deux directions différentes. Le nord de la Provence se verra doter de paturages et de droits de pâture : Aups, Salernes, Châteaudouble, Lagnes, Aiguines.

Dans la basse Provence, ce seront les régions de Lorgues, Vidauban et la vallée de l'Argens. Montfort sur Argens reçut sa première donation en 1157 tout comme le Rué et Lorgues.
Le XIIIe siècle, surtout dans ses débuts, sera pour le Ruou la période du remembrement et de la grande extension.
En 1212, Jourdan de Vidauban donne toutes les terres cultes et incultes entre largens et les limites de Vidauban (152). B. de Vidauban donne tout ce qui lui revient sur la rive droite de l'Argens (153). Dans la partie sud, les droits de paturage sont assez rares.
152. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5281.
153. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5281.

Nous avons pu établir une liste assez complète des commandeurs du Ruou, malgré quelques lacunes qui furent quelques peu comblées par des actes étrangers à la commanderie.
Toutefois les seigneurs de Flayosc ajoute un homme-serf Etienne Giraud (154).
1154. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5280.

Le Ruou fut une commanderie riche et prospère avec une communauté importante, si l'on en juge par les noms cités dans les actes. Encore faut-il voir qu'une partie de la communauté. Au moment de l'arrestation des Templiers en Provence, la commanderie du Ruou possédait 240 tenures occupées par les hommes du Temple (155):
Lorgues, 138 tenures ; Draguignan, 22 tenures ; Montfort, 21 ; Entrecasteaux, 18 ; Flayosc, 16 ; Tourtour, 15 ; Callas, 13 ; Roquebruene, 9 ; Figagnières, 7 ; Comps, 6 ; La Motte, 2 ; Espeul, 1.
155. Nous verrons plus loin les distinctions qu'il faut faire pour les diverses catégories de frères et hommes du Temple.

COMMANDEURS DU RUOU
Hugues Raimond, v.1170
Pons Rigaud, 1180
Bertrand de Gardanne, 1195
Bertrand Hugues, 1195
Bermond, 1200-1203
Rostang, 1205
Bernard de Claret, 1206-1209
Bermond, 1211 Rostang, 1216
R. Laugier, 1222 et Lieutenant du maître en Provence
Rostang, 1224-1225
Pons Vitrier, 1227
R.Laugier, 1228-1229
Rostang de Comps, 1235-1236
Rostang de Comps, 1230
Pons Vitrier, 1233
Rostang de Comps, 1235-1236
Pierre Boisson, 1237-1238
Hugues de Milamande, 1241, 1248-1249
Rostang Dubois, 1252-1253
Guillaume de Mujols, 1255
Raimond Allemand, 1256
Rostang Dubois, 1260
Bouchard, 1265
Albert de Blacas, 1269-1280
Pierre Geoffroy, 1284
Hugues de Roquefeuille, 1305
Bertrand de Silva. 1307
Geoffroy de Pierrevert, 1308

SOUS COMMANDEURS DU RUOU
Hugues,clavaire, 1193
Bernard Emeric, 1202-1203
Roger, 1215

SAINT MAURICE

Au mois d'octobre 1164, le seigneur Hugues de Montmeyan, entre dans l'Ordre du Temple et à cette occasion il donne la terre de Longchamp constituée de plusieurs lots. Il renonce à tous ses droits et héritages entre les mains de Guillaume de Vion, commandeur de Saint-Maurice. Plusieurs membres de la famille approuvent et confirment ces donations : Guillaume et Raimbaud, tous deux frères du donateurs, Foulques du Castellar et sa femme Flandrine, Guillaume Lambert, Hugues et son frère Pierre. En témoin sont cités, Ripert chevalier, Arnaud de Montbrun et Raimbaud leur frère et chapelain de Saint-Maurice (156).
156. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5314

Ce premier acte nous montre une commanderie déjà bien établie avec un commandeur et un chapelain. Hugues de Montmeyan étant chevalier du Temple ne pouvait entrer que dans une maison régulière et établie ainsi que le veut la Règle du Temple. Faut-il voir dans l'acte du mois de novembre 1170, une donation antérieure faite par le père ou un ascendant du donateur de l'acte ? En effet, ce même jour, Blachère, ses deux frères, Guillaume et Jean, ainsi que leur sœur Lombarde, renonçant à leurs prétentions, donnent et concèdent à l'eglise de Saint-Maurice, aux chevaliers du Temple et à Ripert, administrateur de la dite maison, toutes les terres cultes et incultes, le droit de pâture ainsi que les eaux des rives du Verdon. Ils donnent en outre le libre faculté de construire un moulin dans la vallée qui va de Lamolle jusqu'à Bel River et un local pour préparer leur pain (157).
157. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5316

Le silence plane sur la vie de la commanderie. Toutefois dès le début du XIIIe siècle, une communauté était bien établie. Le 29 juin 1206, Pons d'Arbetz et Gui de Baudinard et leurs sœurs Sibille et Marchesia donnent leur pâture à perpétuité pour les animaux de la maison de Saint-Maurice. Les donateurs déclarent avoir reçu un roncin et un poulain ainsi que deux cents sous pour éteindre une dette qu'ils avaient contractée aux frères du Temple. Plusieurs témoins sont alors cités : Hugues évêque de Riez, Guillaume de La Tour, commandeur et sept frères du Temple auxquels s'ajoute, Michel, chapelain de Saint-Maurice (158).
158. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5314

A cette époque, le domaine de Saint-Maurice était bien doté et les troupeaux formaient la majeure partie des biens et revenus ainsi que nous l'apprend la donation de deux seigneurs de Riez : Spade et Guillaume. En présence de Guillaume Câdeil, maître en Provence, les frères de Sainr-Maurice reçoivent des droits et tout ce que les deux seigneurs ont sur leurs terres, passages et usages ainsi que la liberté de pâture dans toutes leurs terres, eaux, bois et herbes à tous les animaux : brebis, agneaux, vaches et veaux et bœufs, chèvres et chevraux, porcs, poulains et tous les animaux mâles et femelles. Ils donnent en plus un homme, Augier Regainet, demeurant à Riez. Ils confirment alors les condamines et un prè situé dans le Val de Braug que leur père avait déjà donné à Saint-Maurice (159).
159. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5317

Les limites des divers domaines sont assez bien décrites dans les actes et vont généralement de pair avec diverses seigneuries dont les seigneurs de Baudirnard étaient suzerain. D'ailleurs au XIIIe siècle, cette illustre famille fut à la fois généreuse donatrice et contestataire. Toute la région appartint rapidement aux Templiers de Saint-Maurice qui créèrent une commanderie à Moissac-Bellevue et des maisons annexes :
Montmeyan ; Quinson et La Roquette comme grange.

Pour ce dernier fief nous avons quelques détails par un accord passé au mois de mars 1249 entre Pons Niel, commandeur de Saint-Maurice et Jacques d'Oraison par devant l'évêque de Riez. Le commandeur demande au seigneur la charte de donaton de la Roquette faite par sa mère Delphine et qu'avait ratifiée son frère Raimbaud. Il réclame ensuite une mule, 8 vaches, 3 chevaux, 3 porcs et dix brebis que Jacques d'Oraison avait de la maison de Saint-Maurice. Eri plus, le dit seigneur s'était permis d'édifier un moulin sur les concessions des moulins du Temple et refusa au commandeur de prendre les pierres de construction sur les terres de la Roquette.

De son côté, Jacques d'Oraison réclamait au commandeur 500 sous raimondins parce que les frères avaient arraché de la vigne et des arbres pour édifier les limites de propriété et 500 autres sous parce que le commandeur avait rendu la justice à La Roquette sur un homme de Montmeyan pour adultère, ce que le commandeur nia. L'évêque écouta attentivement les plaintes et rendit son jugement. Jacques d'Oraison pouvait édifier ses moulins et le commandeur prendte les pierres nécessaires aux constructions. Le commandeur recevait aussi le droit de pouvoir édifier les limites de territoire à condition que les arbres, vignes ou blé ne soient pas aliénés. L'évêque de Riez demanda ensuite que si des animaux rodaient autour de la maison de Saint-Maurice entre deux réaies dans la propriété de la dite maison que le commandeur en accepte le droit d'usage. Il absoud le commandeur du Temple et les templiers des mille sous qu'avait réclamés Jacques d'Oraison (160).
160. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5316

Un autre procès aussi important éclata entre la commanderie et le seigneur de Baudinard. Un controverse s'établit le 13 août 1258. Trois arbitres furent désignés : Guillaume Martin, prieur de Valmoison, Guillaume d'Esparron, chanoine de Riez et Guillaume Deozeda, prieur de Montmeyan. Dans cette affaire le commandeur de Saint-Maurice, Bernard de Saint-Just, demandait au seigneur Blacas de Baudinard, la somme de cent livres tournois pour son absence dans l'affaire des hommes de Régusse venus abreuver leurs animaux à la fontaine Saint-Vincent. Le seigneur de Baudinard prohiba que les hommes du Temple fassent boire leurs animaux à la dite fontaine qui était en indivi entre lui et le Temple. Il demanda le pourquoi de la propriété de la Cologne en faveur des Templiers tant en droit, quen seigneurie, pacage et bannes (161). Les exigences du seigneur sont nombreuses. Il demande qu'aucun templier de Saint-Maurice mette les hommes de Baudinard dans les terres qu'ils ont reçues à l'occasion de la réception de son frère et qui sont situées au terroir de Coite. L'arbitrage conclua que la fontaine Saint-Vincent était commune aux templiers et aux membres de la famille de Blacas et que tous les animaux paissant au territoire de Cotellars pourront se désaltérer à la dite fontaine. Pour le commandeur, il lui fut spécifié qu'il ne pourrait avoir d'autres hommes à Baudinard que ceux qui sont dans les terres que la maison avait acquises au territoire de Catellars lors de la réception dans l'Ordre d'Albert, frère du seigneur Blacas. Il fut aussi interdit de faire paître dans les terres du seigneur. L'acte continue sur les demandes du seigneur au sujet des pâtures sur les terres de Cologne que les Templiers avaient échangées contre celles de Rota Longa. Les arbitres imposent alors le silence (162).
161. — Le droit de bannes était celui des herbes et du fauchage.
162. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5315.

Les Templiers de Saint-Maurice furent de puissants seigneurs dans toute la région et malgré les controverses, les donations continuèrent jusqu'en 1270. La vie religieuse fut aussi très régulière si l'on en juge par les actes du milieu du XIIIe siècle. Au début de l'année 1262, huit frères sont cités, d'autres composaient la communauté comme Guillaume de Fors, devenu templier au mois de décembre 1261 avec l'assentiment de sa femme qui, le 5 février 1262 est reçue comme sœur de Saint-Maurice (162).
162. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5315

La commanderie de Saint-Maurice égala celle du Ruou en possessions et en nombre de religieux. Malgré tout la position éloignée en fit surtout une maison de rapport et d'élevage nécessaires soit pour construire de nouvelles maisons et fortifications, soit pour agrandir ce qui existe déjà.

COMMANDEURS DE SAINT-MAURICE
Guillaume Vion, 1164
Ripert, 1170, administrateur
Guillaume de la Tour, 1206
Gordon, 1207
Guillaume de Moissac, 1222-1229
Bernard, 1232, 1236
Raimond Ermengaud,1237
Pons Niel, 1249 ancien commandeur de Gap et Embrun
Gui d'Avignon, 1255
Bernard de Saint-Just, 1258
Pierre Geoffroy, 1261, 1262

SOUS-COMMANDEURS DE SAINT-MAURICE
Bernard, 1223-1229

BRAS

Ce n'est qu'en 1220 qu'apparaît l'existence de la commanderie de Bras, lors d'une controverse entre le prieur du lieu et le commandeur des Templiers.
L'évêque de Fréjus, le 2 août 1220, rendait un acte arbitrant le conflit. Les templiers voulaient faire construire un oratoire, mais le prieur du lieu, benedictin de surcroît, s'opposa à toute intervention de ce genre craignant pour ces droits. L'évêque autorisa la construction mais fit de nombreuses réserves sur les droits de paroisse et de sépultures (163).
Une communauté était établie depuis déjà un cetain temps et le 21 mars 1221, G. Foulques, confirme et reconnaît avoir vendu à Bernard, commandeur et à tout le couvent de Bras, des terres sises à Pincanella, un pré au Rial Traversin et une vigne au quartier de la Fraisenade. Le texte en citant les limites des donations précise bien quelles sont contiguës à celles des templiers (163).

La commanderie de Bras étendait ses possessions à Saint-Maximin ainsi que le signale une contestation de 1256. Comme partout ailleurs, les frères, remembrèrent leurs biens et en 1271, ils échangèrent toutes leurs possessions de Saint-Maximin contre une autre partie de la seigneurie de Bras (163).

163. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5203

En 1232, Bernard, chevalier d'Auriac et sa femme, font un renoncement. Les Templiers possédaient au Rué-d'Auriac un affart qui leur avait été donné autrefois et qu'ils possédaient depuis un temps indéterminé. Les deux seigneurs revendiquaient les droits auxquels ils renoncent.

Les affarts de Bras furent très importants lorsque le seigneur local, Pierre de Pontèves et sa femme Alasacia, Pierre leur fils et leurs cinq filles, Andréa, Jordena, Huga, Laura et Guillaumetta, vendent aux frères du Temple de Bras les deux cinquième de leur domaine tant en droits et en juridiction qu'en terres, pour la somme de 15.000 sous raimondins ; cet ensemble de biens consistait, avec les droits, en deux moulins sur l'Argens, construits l'un à côté de l'autre, appelés l'un le moulin seigneurial et l'autre le moulin neuf ; un four banal, des droits de chasse et la basse justice du bourg. Le seigneur ajouta aussi le Défent Robert (164).

164. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5204

Les lieux-dits occupés par les templiers montrent l'étendue du domaine utile. Une richesse foncière importante fut l'héritage laissé aux hospitaliers après la rafle de 1308.

COMMANDEURS DE BRAS
Bernard, 1220.
Guillaume Pelliparius, 1221.
Bernard, 1222.
Bernard, 1232, commandeur de Saint-Maurice, administrateur de Bras.
Guillaume Fougat, 1236.
Bernard, 1237.
Guillaume Mujols, 1253-1255.
Giraud, 1256.
Isarn, 1258-1263.
Guillaume de Mujols, 1264-1266.
Isarn, 1267-1271.
Pierre de Casals, 1274.
Isarn, 1275, 184.
Geoffroi de Lançon, 1287.
Rostang Cornut, 1294.
Albert Blacats, 1298.
Raimond Benoît, 1308.

TOULON

Maison dépendante directement du commandeur de province, Toulon reçu les Templiers en 1224. Le premier jour des ides d'août (12 août). Raymond Geoffroy, Gaufridet et Rostaing d'Agout, frères et seigneurs de Toulon, sans aucune déception, ni violence mais de leur propre volonté et pour le salut de leur âme donnent à la maison du Temple, à J., évêque de Toulon, à frère Pierre de Climiacio et frère Jean, trésorier de Marseille, récepteurs au nom de la milice du Temple, l'autorisation de construire des auberges, des maisons, des fortifications pour son service sur l'une des deux pointes ou angles situés sur le bord de la mer. Là les frères pouront construire ce qu'ils veulent pour leur service.

Les donateurs permettent d'acheter, sous réserve du trezain, les places, terres et maisons qui seront nécessaires soit pour construire de nouvelles maisons et fortifications, soit pour agrandir ce qui existe déjà.

Ils donnent aussi à la maison du Temple ce qu'ils ont déjà donné à Guillaume Gras et autres terres situées entre ces biens et la mer jusqu'à leurs salines et ce qui est situé jusqu'à la mer compris entre le fossé de défense de Guillaume Borelli et leur défense.

Ils concèdent les immunités et les libertés pour les navires de la maison du Temple, les galères et autres bateaux. Les Templiers pourront utilise librement et en franchise le port de Toulon pour les bateaux pui pourraient y venir. Ces bâteaux pourront entrer, séjourner et repartir comme il plaira à l'Ordre à la condition que ces navires ne transportent que des denrées appartenant aux templiers, des pèlerins et leurs bagages, des marchands avec leurs troupeaux et leurs marchandises sous réserves des anciens usages ou péages.

Les Templiers pourront par-ailleurs faire tansportert les animaux de la maison du Temple sur des bâteaux qui ne leur appartiennent pas.

Les deux seigneurs accordaient en plus que les bâteaux travaillant pour l'ordre du Temple ne paieront pas les exactions et les quittances. Ils donnent et concèdent aussi aux chevaliers du Temple la possibilité d'aliéner les honneurs et possessions en franchise sans licence des seigneurs sauf en ce qui concerne les droits et aliénation d'autres biens pour lesquels l'autorisation des seigneurs est requise. Le placement des hommes qui sont dans les domaines des terres aliénées est aussi soumis à l'autorisation.

Les templiers recevaient aussi les tours construites où à construire dans l'angle qu'ils choisiraient pour édifier les maisons et le mur commun avec la ville. ls pourraient ainsi ouvrir des portes.
Face à tous ces droits, les seigneurs se conservaient pour eux la connaissance des litiges qui pourraient avoir lieu entre les marchands et les templiers (165).
L'un des donateurs, Guafridet de Marseille fit son testament dans lequel il lègue aux Templiers de Toulon la moitié de ses biens dans le cas où sa fille mourait (166) sans enfants. Un achat important fut fait par Hugues de Montlaur, maître en Provence. Les droits des Templiers sur Toulon augmentèrent par la haute justice payée en guise de rachat à Raimond Bérenger V moyennant 12.000 royaux.
165. — Carpentras, Biliothèque Inguimbertine, Ms, 1859 folio 226
166. — RAYBAUD, le grand prieuré de Saint-Gilles, tome III, page 315

L'inventaire de saisie des biens permet de connaître l'extension des biens de la maison de Toulon. Ce document, très endommagé, nous donne cependant une vue d'ensemble. Le 24 janvier 1308, Guillaume Blanc, bailli de Toulon, lut la lettre de Charles, roit des Jérusalem et de Sicile, avant de procéder à l'inventaire. Il n'y a rien sur les biens mobiliers, seulement les denrées et possessions :
— deux times de vin
— trois vases de vin contenant deux muids
— un muid de vin dans une bôte
— un vieux petit cadastre
— Ren dus Aymes...touchant la vigne de Jean Aymes, pour la cinquième part des fruits.
— Rendus de Saint-Pierre au nom de Marie de Saint-Pierre une vigne touchant celle dudit Rendus.
— Hugues Sauvaire, 1 vigne touchant celle de Bertrand Sauvaire, la cinquième part des fruits.
— Hugues Sauvaire, 1 vigne au chemin public qui va au château de Six-Fours et une autre terre touchant la vigne de Bertrand Rabo, la cinquième part.
— Hugues Sauvaire, Une vigne avec celle de Pierre d'Avignon, la cinquième part.
— Guillaume de Soliers, 1 vigne... plus une grande partie du document est endommagé dans laquelle on peut lire deux noms : Alegra, judea et Mosse Carroz, judeus.
— Le 25 janvier le bailli continua son inventaire, mais là encore le mauvais état du document ne permet pas de savoir exactement soit l'étendue de la possession, soit le tenancier.
— Bertrand Ros dit tenir...
— Hugues Raimond d'Ollioules qui dit tenir dans ce territoire, près de la Fontaine, une terre et une vigne
— Pierre Tassili pour une vigne à Toulon au lieu-dit le Temple recevait le cinquième de la part des fruits.
— G. un déffend à côte de celui de Raimond Fresquet, 9 deniers royaux de Marseille
— N. de Carliers des maisons à Toulon, à côté du barne de la ville, la maison de Guillaume Amati et la carrière publique.
— Jacques de Soliers au nom de son père Imbert, 6 quartiers de vigne à Soliers, 12 sous à Noël
— Aycard Gautier à Soliers tenait pour le Temple une vigne à côté de la route qui va à Malbosquet pour la cinquième part des fruits.
— Le 26 janvier, Jean Calquier dit tenir une vigne à Toulon et le 27 janvier Bertrand Parietis, notaire du roi reconnaît avoir vu cet inventaire des biens du Temple de la maison de Toulon (167).
— Nous ne connaissons pas de commandeurs de Toulon. Par contre de Toulon dépendait la maison de Solliès-Beaulieu (le Soliers de l'inventaire), qui eut un commandeur, Bertrand Bérenger en 1227.
167. — Marseille, Archives Départementales, B 433, n° 8

PEYRASSOL

On ne connaît rien sur les origines de cette maison. Toutefois on peut dire qu'elle existait au milieu du XIIIe siècle. Sous le règne de Raimond Bérender V, soit entre 1203 et 1245, les templiers de Peyrassol acquirent toute la juridiction de Cogolin (168).
168. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, n° 5276

En 1256, les frères du Temple possédaient un domaine viticole assez conséquent si l'on en juge par la quantité de vin que pouvait contenir les cuves et que signale Bernard de Mondragon (169).
169. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, n° 5276. — C'est dans un acte du 23 février 1303 que l'on rencontre cette mention.

Les documents sont rares pour cette commanderie qui possédait une chapelle. Au travers des archives de la collégiale de Pignans nous avons quelques renseignements sans grande importance. Ce n'est qu'à la fin du XIIIe siècle que Peyrassol sera mieux connu par un procès qui eut lieu entre les templiers et les chanoines de Pignans. Le 26 avril 1296, Guigues Adhémar, maître des maisons du Temple en Provence par la volonté et le consentement des frères réunis en chapitre général près de Montpellier notifie la fin d'une concorde entre frère Bernard de Revel, commandeur de la maison de Peyrassol et l'église des chanoines de Pignans au sujet de divers biens (169).
169. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, n° 5276. — C'est dans un acte du 23 février 1303 que l'on rencontre cette mention.

Le 4 juin 1296 eut lieu le jugement de la controverse entre Pons de Cabre, prévôt de l'église de Pignans et Recemputus de Papia, procureur du couvent d'une part et Bernard de Revel, commandeur du Temple de Peyrassol et procureur de Guigues Adhémar, maître des maisons du Temple en Provence, par devant R. Cayrol, notaire public au sujet de divers biens. Le commandeur fit valoir au nom de la maison du Temple qu'il avait des droits de paturage, lignage et autres sur le territoire et limite de Blanquefort ainsi que l'ont ou pouvaient l'avoir les hommes de Flassans. Le prévôt de Pignans et le procureur dirent le contraire en précisant que la maison du Temple ne doit recevoir que par ses gens et familiers. Le commandeur rétorqua que les chanoines causent un préjudice de droit et des anciens usages de la maison de Peyrassol qui allaient contre les privilèges accordés par Raymond-Bérenger, comte et marquis de Provence. Le commandeur précise en outre que les chanoines ont soustrait de nombreux porcs et qu'ils les ont conduits hors de Provence. L'affaire fut portée devant le juge civil qui obligea les deux parties à se présenter sous peine de 100 livres coronats. Les deux antagonistes jurèrent sur les quatre évangiles de faire le nécessaire pour établir la paix et la concorde : Bernard Atanulphus, chanoine de Pignans et prieur de Gonfaron, au nom du chanoine Recemputus, procureur du Prévôt et frère Jean de Montréal de l'Ordre du Temple, au nom du commandeur de Peyrassol. Les deux parties s'en remettent à la sentence rendue sous les promesses, obligations, renonciations et jugements. Un compromis fut passé en présence du prévôt de Pignans, de Gui de la Garde, prieur de Châteaunoyal et Pierre Atanulphus, prieur de Laudata, chanoines de Pignans et de Raimond de Cantolve, chevalier et Jean de Montréal tous deux frères du Temple. Des arbitres furent désignés pour le respect des clauses : Pierre Roubaud, chevalier et seigneur en partie du château du Luc reçut l'obligation notariale pour les deux parties (169).
169. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, n° 5276. — C'est dans un acte du 23 février 1303 que l'on rencontre cette mention.

La sentence arbitrale fut rendue le 5 juin suivant. Les Templiers recouvrirent leurs droits de pacage, d'usage et de passage tant pour les frères que pour les animaux et les denrées sur le territoire de Blanquefort. Le juge ajouta que les Templiers pourraient tenir dans leurs biens de Blanquefort des bergers laïcs de leurs maisons (169).
169. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, n° 5276. — C'est dans un acte du 23 février 1303 que l'on rencontre cette mention.

Là s'arrête la documentation de Peyrassol. Toutefois, après la suppression de l'Ordre lorsque les chevaliers de Saint-Jean occupèrent les lieux, ils firent un état des lieux. Nous apprenons que seulement quelques dîmes étaient payées aux Templiers.

COMMANDEURS DE PEYRASSOL
Bernard de Montdragon, 1256
Bernard de Revel, 1296
Pierre Ricaud, 1303
Raimond de l'Angle, 1308

HYERES

Le 18 mai 1156, Raimond, archevêque d'Arles, du consentement de son chapitie donne aux Templiers de la maison d'Arles, une église située dans les limites d'Hyères appelée Saint-Martin d'Almanarre, au diocèse de Toulon et qui était partie de la manse de l'abbaye Saint-Gervais de Fos, contre un cens annuel de 15 sous melgoriens. Cette donation fut passée en présence de Pierre de la Rovière, maître en Provence (170).
170. — Marseille, Archives Départementales, B. 4, folio 344-345. — La Gallia Christiana, tome I, col. 561 donne comme date, vers 1157.

Les Templiers conservèrent cette église quelques années seulement puisqu'en 1166 l'archevêque la cédait aux chanoines de Sainte Marie de Pignans puis au XIIIe siècle aux moniales cisterciennes de Saint-Pons de Gèmenos (171).
171. — Marseille, Archives Départementales, B. 4, folio 301

Cette donation n'est pas à considérer comme une implantation ou une fondation. Il faut attendre la fin du XIIe siècle pour voir apparaître Jourdan, commandeur régulier cité en témoin dans un acte de la commanderie du Ruou (172).
La maison d'Hyères servait surtout d'entrepôt et possédait quelques biens à l'extérieur si l'on en juge par l'acte du comte de Provence, Alphonse II faisant donation d'une partie de Montfort aux Templiers d'Hyères. C'est tout ce que nous savons sur la maison d'hyères en dehors des mentions de commandeurs dans les actes de diverses maisons de Provence.

Dans un acte concernant Aix-en-Provence, nous avons Bertrand de Gardanne en 1213 (173) ; Isnard Ricard, en janvier 1236 dans un acte concernant la commanderie de Bras (174) ; Lambert, en 1256 comme témoin au Ruou (175). Nous connaissons l'emplacement de cette commanderie et ce n'est qu'au moment du procès que Raimond de l'Angle sera cité comme commandeur en 1308. Le premier commandeur connu n'en reste pas moins Jourdan, en 1198.
172. — Marseille, Archives Départementales, 56 h, 5282
173. — Marseille, Archives Départementales, G 4, 19
174. — Marseille, Archives Départementales, 56 h, 5208
175. — Marseille, Archives Départementales, 56 h, 5284

MONTFORT

Que d'imaginations, que d'hypothèses, de mystères et de secrets ont été émis sur cette maison du Temple dont les construction dateraient des Templiers, ce qui est faux et dont nous allons voir les origines.

Au mois de septembre 1197, Foulques de Pontevès cède aux Templiers du Ruou tout ce qu'il possède à Montfort et dans la vallée de Carcès. L'acte fut signé dans la maison des Tailles de Marseille en présence de l'évêque et de son cousin, le vicomte Roncelin (176).
176. — Marseille, Archives Départementales, 56 h, 5282

C'est au mois d'octobre 1207 que fut donné la seigneurie de Montfort aux Templiers d'Hyères. Alphonse II d'Aragon, comte et marquis de Provence, de sa propre volonté, fait donation aux frères de la maison du Temple située près d'Hyères et à Guillaume Gralhi, maître en partie de la Provence, tout ce qu'il a, qu'il tient, possède, pourrait posséder et tenir dans tout le territoire du château de Montfort ou dans ses dépendances. Il accorda en plus un droit d'albergue annuel de cent sous ainsi que les droits de justice, seigneurie, cavalcade, usages, fiefs, paturages et autres. Le comte fait cette donation en règlement à une livraison de blé qui lui avait été remise par la maison d'Hyères. L'acte fut passé au château du Puy-Sainte-Réparade en présence de l'archevêque d'Aix et de plusieurs frères du Temple : Guillaume de La Tour, commandeur d'Aix, Pierre d'Alègre, Bertrand de Gardanne, S. Garanos, Hugues Déodat, Hugues Bodon (177).
177. — Marseille, Archives Départementales, B 4, 185.

Une autre donation fut faite par Raimond de Cotignac. Ce seigneur local étant à Acre se fait Templier et donne tous les biens qu'il possède à Montfort et qui lui venaient de sa mère Adélaïde.

Après le procès, le domaine de Montfort passa aux hospitaliers qui rasèrent le château dans sa totalité pour le reconstruire au XVe siècle, c'est celui que nous voyons aujourd'hui.

Les inventaires de la suppression signalent le nom d'un administrateur de Montfort : frère Pierre Borgondion. Cette maison de l'Ordre était comme la plupart, riche en biens fonciers, pauvre en ustensiles.
L'inventaire nous précise que pour la vie matérielle il y avait :
— dans la chambre 3 matelas, 3 couvertures et 5 rouleaux de toile ou sac pour dormir.
— Deux épées pendaient au mur.
— Dans la cuisine se trouvaient seulement un gril, une crémaillère, une marmite et un tonnelet.
C'était vraiment le strict nécessaire.
Dans les dépendances fermières les enquêteurs trouvèrent un :
— cuvier plein de vin
— un setier de pois-chiches
— une émine de farine
— une émine de vesces
— deux émines de figues
— quatre gourdes d'huile
— et soixante setiers de forment (178).
C'est tout ce que l'inventaire signale.
178. — Marseille, Archives Départementales, B 155, folio 61-63

MONTMEYAN

Non loin de la commanderie de Saint-Maurice, les Templiers acquirent la seigneurie de Montmeyan par la donation du 15 avril 1222. Cet acte est des plus intéressant par ses descriptions et les rites de passation des pouvoirs. Aussi est-il facile de ne pas laisser dans l'ombre un tel document et d'en donner une analyse complète.
Le fief de Montmeyan était en indivis entre plusieurs seigneurs et frères. Le frère aîné, Bernard, dit d'Avignon, en possédait le tiers, le cadet Hugues, un quart, leur sœur Douceline un autre quart qu'elle avait apporté en dot à son mari Blaquière de Varages, Aicard de Saumade leur neveu en possédait le sixième. Bernard de Montmeyan n'ayant pas d'enfants et se sentant vieillir et accablé de dettes aspirait, en union avec sa femme Vesiana, à entrer en religion. Le dit Bernard après un accord avec les templiers de Saint-Maurice leur vendit sa part, soit les quatre douzième de la seigneurie pour la somme de trois mille sous raimondins parmi lesquels deux mille sous seraient réservés comme dot à sa femme qui voulait aussi entrer au couvent. Douceline et Blaquère de Varages cédèrent leur part, soit les trois douzième pour la somme de quatre mille sous raimondins coronats. Le prix étant plus fort pour moins de biens et les templiers ne pouvant verser en une seule fois que sept mille sous, il fut décidé que le couple serait payé en trois échéances payables chaque année à la Saint-Michel. Ils recevraient trois cents sous à la vente et le commandeur promit de les nourrir et de s'occuper d'eux et cela jusqu'à ce que le règlement de la dernière échéance soit effectué. Il fut spécifié en plus que la moitié de la somme resterait en dépôt à la commanderie tant que les époux n'auraient pas trouvé un placement bon, utile et que la somme de deux mille sous resterait en gage pour la dot de dame Douceline. Elle remettait par contre les autres deux mille sous à son mari qui lui cédait en caution le un sixième de l'honneur qu'il avait à Varages, village situé entre Tavernes et Esparon. Blaquière de son côté, promit et jura à sa femme qu'en ceci il ne céderait jamais il ne la décevrait, ni ne la frauderait. Les hommes lige de Montmeyan se portèrent garants de la transaction et reconnurent qu'ils étaient, quant à eux, les principaux débiteurs des deux conjoints.


Hugues, le cadet, âgé d'environ 50 ans et n'étant pas décidé à vendre sa part, soit les trois douzième de la seigneurie, convint avec le commandeur qu'il laisserait sa part aux templiers quatre années durant à dater de la prochaine Saint-Michel. En échange, le commandeur dut le nourrir et le vêtir deux fois par an, une fois l'été, une fois l'hiver d'une manière convenable et honnête. Si au bout de quatre ans les templiers voulaient acquérir cette part de la seigneurie, le prix serait de trois mille sous coronats. Si Hugues se mariait entre temps, il pourrait faire de sa femme l'héritière de cette part.
Le neveu Aicard, de son côté, fait don de sa part soit les deux douzième. Il reçut pour ce don, la somme de 8 livres raimondines valant cent soixante sous.

Bernard de Montmeyan, avec l'accord de sa femme s'était fait frère du Temple et dès qu'il aurait fait profession il n'aurait plus besoin d'argent, ni même le pouvoir d'en posséder. Il dut alors reconstituer la dot de sa femme et payer ses dettes.
Douceline au contraire ayant été largement avantagée, le commandeur de Saint-Maurice trouva ces acquisitions trop onéreuses pour une seule commanderie. Guillaume de Moissac fut aidé par le commandeur du Ruou, R. Laugier, lieutenant du maître en Provence, par Rostang de Saint-Laurent, commandeur de Nice et Grasse et Bernard, commandeur de Bras. Les Templiers avaient reçus et montrèrent l'autorisation de leur maître en Provence et partie des Espagnes, Guillaume d'Allac ainsi que l'approbation d'Hugues Raimond, évêque de Riez.
Le jour de la passation des biens l'évêque de Riez célébra la séparation de Bernard et de Vésiana, chacun faisant le serment de vivre dans la chasteté et d'entrer en religion. Bernard se fit Templier et donna à l'Ordre tout ce qu'il possédait dans la seigneurie de Montmeyan : château, hommes, terres cultes et incultes, près, vignes, bois, eaux, paturages et droit de chasse. Il mit frère Guillaume de Moissac en possession corporelle du château, du logis et de la tour. L'éviction symbolique de l'ancien seigneur fut célébrée et les templiers, accompagnés d'un clerc portant la croix, de l'évêque de Riez et des témoins firent la visite des bâtiments et montèrent à la tour. Les accords furent signés de part et d'autre.
Bernard reçut ce qui lui revenait et paya aussitôt ses dettes.

Bernard et Douceline délivrèrent les hommes de Montmeyan de leur foi-jurée et leur ordonnèrent de prêter foi et hommage à la maison du Temple sauf en ce qui concernait les droits d'Hugues de Montmeyan (179).
179. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, folio 5314
La nouvelle seigneurie n'allait pas tarder à s'agrandir en biens lorsque le 1e mars 1229, Blacas de Baudinard donnait à frère Archambaud de Saunes ou de Sannes, maître des maisons du Temple en Provence, en présence de Guillaume de Baudinard son fils, frère de l'Ordre, tout ce qu'il possédait sur le territoire de Montmeyan, château et limites en hommes, femmes, choses mobilières et immobilières en pâture, bois ou eau. Il donne en plus tout ce que ses hommes possèdent à Moissac au-dessus et en dessous de Saint-Martin. Il ajoute un homme à Aups nommé P. de Gap avec ses biens. Frère Archambaud de Saunes, en présence de Rostang de Sabran, évêque de Riez, reçoit comme frère de l'Ordre par la profession le fils du donateur. L'acte est passé à Aups, près de l'église de la Sainte-Trinité en présence de R. Laugier, commandeur du Ruou, Guillaume de Moissac, commandeur de Saint-Maurice, frère Pons de Fulgier, D. Imbaud, décimataire de la maison du Temple en Provence, frère Evrard, compagnon du maître et frère Bernard, sous-précepteur de Saint-Maurice (180).
180. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, folio 5313

La seigneurie de Montmeyan resta dans l'Ordre et fut une simple possession dépendante de Saint-Maurice.

MOISSAC BELLEVUE

Devant la masse de localisation de soit-disant commanderie templière, il en est quelquefois qui ont réellement existée. C'est le cas de Moissac-Bellevue où la première donation dans la région date de 1201, lorsque Blacas, seigneur d'Aups faisait donation de son corps et de son âme à Dieu à condition que s'il venait à mourir il soit enterré au Thoronet. Cette donation testamentaire prévoit aussi qu'à sa mort, les templiers recevraient son cheval et ses armes tant de fer que de bois. S'il n'a plus de cheval, les frères du Temple prendront mille sous d'argent suivant le cours du pays. S'il vient à quitter le siècle, il ne pourra pas entrer dans d'autres religions que celle du Temple. Il lègue en outre toute sa part située au bourg de Moissac, près d'Aups et cède tous les droits de pâturage et de passage sur ses terres pour les troupeaux en transhumance. Dans le cas de dégâts qui pourraient être causés aux semailles et aux vignes, les remboursements seraient effectués suivant les us et coutumes du pays par l'arbitrage de deux prud'hommes. Il ajoute que sa femme Laura jouira des biens situés à Moissac sa vie durant et Pons Rigaud, maître en Provence, accepte la donation (181).
181. — Marseille, Archives Départementales, 56 H 5316.

Les limites du château de Moissac et de la future commanderie allaient bientôt être mises en valeur lors de la donation totale faite par Pons Albert, seigneur de Baudinard et châtelain des Côtes. Guillaume de Moissac reçoit, au nom du Temple, les biens situés au defend limités à l'orient avec la voie publique de Fontaines à Barjols, à l'occident par les rives de la Pomerie et La Blache des Vincents (182), et le champ de Gaido, au nord par la voie publique de Saint-Vincent qui va de Fontaines à Moissac (183).
182. — Une blache est une terre plantée en chênes ou châtaigners entre lesquels on peut labourer.
183. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5314.

Le 1er mars 1229, les Templiers acquirent le lieu de Saint-Martin, nom que prendra la commanderie. En 1252, le commandeur de Moissac assistait à un acte de l'abbaye cistercienne de Châteauvieux (184), tandis qu'en 1264 une donation de vignes était faite par le seigneur d'Aups (185).
184. — Archives de Châteauvieux aux Archives du Var.
185. — Ansouis. Vaucluse. Archives privées de la famille de Pontevès.

LORGUES

Il est très difficile de donner une date exacte de fondation de la maison de Lorsque et il est impossible d'admettre que Lorgues ait été fondé avant le Ruou, même si les données de J.A. Durbec précisent que les frères du Ruou aient habité Lorgues, ce qui n'apparaît pas dans les actes, bien au contraire. Le premier document précisant des donations à Lorgues est beaucoup plus récent que ceux du Ruou. Il est très plausible que les templiers aient pu posséder des biens à Lorgues depuis leur installation au Ruou, mais nous sommes certains que dès les débuts, ils résidèrent dans les environs de Villecroze. La première mention importante faite sur Lorgues date du mois de mai 1193, lorsque Bertarnd et Guillaume de Rubio notifièrent qu'ils ont vendu aux frères du Temple du Ruou, tout ce qu'ils avaient dans la châtellenie de Lorgues tant à l'intérieur qu'à l'extérieur en hommes, maisons, près, fours et moulins, entrées et sorties, terres cultivées, eaux et champs, vignes et arbres, pêcheries et pacages, défend et tous les droits qu'ils possédaient deleur aïeut Pierre de Rubio pour le prix de trois mille sous entre deniers et ducats, plus un jeune cheval valant mille sous que les templiers achetèrent et donnèrent sur le champ aux dits vendeurs.

Cet acte est passé à Lorgues dans la maison du Temple. C'est là que se situe le dilemme. Avant cette mention on ne sait rien de cette maison, ni même pas où se trouvait son emplacement. Il faudra attendre l'installation des chevaliers de Saint-Jean pour avoir une localisation précise (186).
186. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5282.

Au mois de mars 1203, Pons de châteaurenard vend tous les droits qu'il possédait sur le huitième de la chatellenie de Lorgues y compris les hommes, les terres, les près etc. Pons était perclu de dettes, il fallait racheter les hypothèques, aussi les frères du Temple ayant tenu leur chapitre dans la maison de Lorgues en présence du sous-commandeur du Ruou, Bernard Aimeric et de six frères,Pons de Châteaurenard se fit donné de l'Ordre et prêta serment de fidélité sur les évangiles. Les frères du Temple s'engagèrent de leur côté à le recevoir comme profès le jour où il se déciderait à quitter le siècle. Pons donna alors ses biens situés à Lorgues et les engagea contre un prêt de mille sous raimondins coronats et trente trois livres raimondines. Les Templiers rachetèrent six hypothèques d'une valeur de quatre cent quatre vingts dix sous que Pons avait perçus et qui s'ajoutèrent au prêt consenti. Pons donna alors l'usufruit des hypothèques (186).
186. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5282.

Au mois de septembre 1206, il fait la donation de tout ce qui avait été engagé, en présence de Bernard Claret, commandeur du Ruou (186).
186. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5282.

Nous ne savons plus rien sur cette maison sinon qu'elle servait d'entrepôt.

Certains auteurs modernes, de quelques groupuscules dits d'histoire de l'Ordre du Temple, ont voulu faire de Lorgues une possession templière de grande envergure et d'importance. Pour l'Ordre du Temple et cela est spécifié dans les actes juridiques du Temple, il fallait donc que tout soit libre pour pouvoir créér une maison régulière. Or, un acte daté du 6 avril 1304 nous précise la position des Templiers dans la seigneurie de Lorgues. Il s'avère que ce jour-là, un accord était signé dans la ville et concernait la juridiction. Un tiers appartenait à la cour royale de Provence et les deux autres tiers revenaient aux cisterciens du Thoronet qui avaient acquis cette portion en 1147. Qu'avait alors les Templiers ? Seulement le un huitième de la seigneurie encore étaient-ils sous la suzeraineté du Thoronet, ce que le comte de Provence reconnaît (187).
187. — Marseille. Archives Départementales, B. 424.

LE RUE

Autre commanderie dépendante du Ruou, située sur le territoire de Roquebrune où Guillaume de Poitiers avait fait le premier don connu dans l'Ordre du Temple. Afin de pouvoir prouver l'existence de cette maison du Temple, il fallut fouiller un nombre important de documents.
En 1197, l'évêque de Fréjus notifie que Raimbaud, chevalier, a donné aux frères du Temple, en présence du commandeur du Ruou et du prieur du couvent des moines de Lérins de Roquebrune, tous les biens qu'il possédait dans ce lieu, à savoir : les bois et les champs au lieu-dit le Rué ainsi que les dîmes des vignes dont les moines de Lérins possédaient la droiture (188).
188. — Curtulaire de Lerins. Tome II.

Un autre acte émanant de l'évêque de Fréjus et passé en 1242, signale en témoin, frère Raimbaud, commandeur de Roquebrune de l'Ordre du Temple (189).
189. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5317

RIEZ

Les frères établis à Saint-Maurice ne tardèrent pas à essaimer dans la ville épiscopale de Riez dont ils étaient sous la juridiction ecclésiastique. Ils établirent là une de leur maison dont le rayonnement n'est pas à dédaigner. Nous ne savons pas exactement quand les templiers s'installèrent à Riez, mais il faut voir dans les actes combien les évêques du diocèse portèrent de l'affection envers les chevaliers du Temple de Salomon. Les premières donations connues datent du 18 mars 1221 lorsque Agnès de Spata confirme des droits à Riez que son père et son grand-père, Guillaume Augier avaient donnés aux frères du Temple de Saint-Maurice. La dite Agnès donne en plus deux fasces (190) de terre dans la vallée du Braug. Elle reconnaît que ses parents avaient donné dans la ville de Riez, un homme du nom d'Augier Regainat avec toute sa postérité et son tenement pour héberger et servir les frères de Saint-Maurice quant ils seront de passage à Riez. L'acte est passé dans la cuisine de la donatrice et signé par devant Guillaume de Moissac, commandeur de Saint-Maurice sous le sceau d'Hugues Raimond évêque de Riez (191).
190. — La Fasce vallait environ 5 émines de terre
191. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5317

Les Templiers de Riez furent de véritables banquiers et les rentes qu'ils eurent dans la ville importantes. Le 6 janvier 1269, Jean de Cavo signe une quittance de 6 deniers pour une maison située entre la carrière publique èt la maison de Raimond Barben (192). Il renouvelle la quittance le 1" août 1275 (192).
192. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5315

Lors de la suppression un inventaire fut dressé le 13 février 1308 par Hugues Turelli juge à la cour de Moustiers et de Riez, notifiant que les hommes du Temple confessèrent ce qu'ils tenaient de la seigneurie du Temple.
— Raimond Corvo indique servir le Temple pour la plus grande partie d'une maison à Riez tenant d'une part à celle de Pellegrin Barbier et d'autre part à celle de Bertrand Rosseli, chargé de 15 deniers payable à Noël, plus une terre située à Mauronne tenant d'une part à celle de Jean Pascal et au pré de Bertrand de Riez, une autre terre au lieu des Alveyres qui touche la voie publique sur le versant de Saint-Julien. Pour ces deux terres il verse 4 deniers obole.
— Jacques Roux sert au Temple 4... de vigne au lieu-dit La Croix pour 3 deniers.
— Laurent Fournier pour une vigne située à la Croix touchant avec la vigne de Vincent Chauvin et avec le chemin public et pour une vigne située in Félidos, 2 sous et 2 deniers.
— Agnès Fournier pour une maison touchant celle de Raimond Corvo, pour un bois et une terre au vallon de la Croix, pour une vigne située au Plan de la Croix 16 deniers obole.
— Hugues Barbin pour une vigne in Felicios touchant celle de Laurent Fournier, 13 deniers obole.
— Bertrand Richelme au nom de son père pour la quatrième part d'un prè à Charrals, une obole.
— Raimond Fournier, pour une terre située à Alveyres, 15 deniers.
— Isnard Maurin pour une vigne au lieu-dit Malanquono, 4 deniers et pour une autre située à Maurone 6 deniers.
— Monet Mabrelli, pour une vigne située à la Croix, 7 deniers.
— Raymond Corvo pour une vigne que tenait Pierre Seyne, 3 oboles (193).
193. — Marseille. Archives Départementales, B. 433, n° 13

SAINTE MAXIME

Appelée aussi Saint-Mesmes, la commanderie groupait tous les biens situés dans la région de Rougon et de Trigance. Placée en premier lieu sous la juridiction de Saint-Maurice, elle fut transféré sous celle du Ruou lors du chapitre général de Montpellier et ne servait plus qu'à la transumance. Lors de l'inventaire des biens les enquêteurs trouvèrent :
— une épée, une lance, un casque et le nécessaire pour équiper un cheval.
Dans l'église le mobilier était faible :
— un missel, un calice en étain, l'habit du prêtre sans chape.
L'inventaire de l'habitation révèle seulement le strict nécessaire :
— deux bancs, trois dressoirs, une armoire de chêne, deux tables, trois couvertures, deux coussins, un oreillers, six toiles de lit et de couchage, deux matelas et une vanne.

Dans la cuisine ils trouvèrent :
— un saloir, une rape, une poêle, une crémaillère, deux marmites, un trépied, un tamis, un pichet à eau et deux pichets à vin.
Comme ustensile le minimum était inventorié :
— un caleù (lampe à huile), une lanterne avec sa mèche, une bourse à cordonnier, des lanières de cuir, des lacets de cuir, divers sacs et besaces, trois chevaux, des ustensiles agricoles éparpillés dans toutes les pièces.
Le trousseau était lui aussi très réduit :
— une chemise en toile de lin, deux braies, un bonnet de tête en laine, deux paires de chaussures, une demie peau de daim, une fourrure en peau de lapin, une bourse en cuir.
Les selliers ne regorgeaient pas de denrées. Les enquêteurs y virent :
— quinze fromages, quatre livres d'amandes, un sachet de noisettes, une boîte de safran, un sachet de poivre et épices, trois vases de lentilles, deux gourdes d'huile, quatre vases de vin, une émine de pois-chiches, quarante sétiers et une émine de froment, cinquante deux sétiers d'orge, trois quartiers de porc, une émine de vesce (195).
Au moment de la suppression il y avait un frère du Temple et deux familiers.
195. — Marseille. Archives Départementales, B. 433.

La Provence Orientale

Cinq commanderies allaient prendre naissance dans cette partie de la Provence : Biot, Grasse, Nice, Rigaud et Vence. En dehors de ces maisons, plusieurs autres possessions enrichirent le domaine de l'Ordre.
Trois commanderies furent unies entre elles : Biot, Grasse et Nice. Toutefois on remarquera à certains moment, une indépendance de l'une à l'autre principalement avec Nice.

NICE

Si le premier commandeur de Nice est connu seulement pas un acte de 1202, les Templiers possédaient des biens longtemps auparavant si l'on en juge par la mention rapportée par les bénédictins auteurs de la Gallia Christiana.

En 1135, Pierre, évêque de Nice, comble les Templiers de ses libéralités et leur fait de nombreux dons tant dans la ville que dans les environs (196). Nous n'avons pas plus de détails, mais il faut admettre que les Templiers étaient installés à Nice dans le courant du XIIe siècle puisqu'au mois de mai 1193, Pierre Riquier vend aux Templiers de Nice pour la somme de 1.300 sous génois, deux pièces de terre situées à Sainte-Marguerite et contiguës à la maison du Var (197). Les Templiers de Nice eurent des biens éparpillés à travers toute la région touchant Nice et formant actuellement la superficie de la ville. Malgré la diversité des lieux, les templiers remembrèrent leur domaine au fur et à mesure dès acquisitions. C'est ainsi que la 10 juillet 1202, Guillaume Geoffroi, commandeur de Nice échange avec l'abbé de Saint-Pons de Cimiez un jardin situé à Lympia, contre une part du Puy Saint-Martin, près de Saint-Pons. L'abbé vend en plus pour 10 livres génoises une autre part du Puy (197). A Nice, les Templiers se trouvaient propriétaires ad Cremat (197), de la Boule Noire (198), de Caucade (199), de Molin (200). sur le Paillon (198), de Longchamp (197).
197. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, ancienn cote 106.
198. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, ancienn cote 107.
199. — Nice. Archives Départementales, H, 1510.
200. — Nice. Archives Départementales, H, 1511.

Les Templiers de Nice connurent bien des démêlés avec les évêques et le clergé. Ainsi, le 25 mars 1269. Pierre Girard, commandeur du Temple de Nice s'associe avec B. Suca, commandeur des Hospitaliers, pour protester contre l'évêque qui veut les faire participer aux frais de passage d'un cardinal (197). D'un autre côté les Templiers firent l'objet d'une protection de la part des comtes de Provence, aussi les frères surent le rendre. Ils furent pratiquement toujours aux côtés des souverains pour les grandes décisions, ainsi que nous le voyons pour le traité de Tarascon. Le XIIIe siècle vit l'union de Nice à la Provence. Le comte Alphonse II confirma alors les privilèges de la ville le 9 avril 1211 et comme témoin de cet acte nous voyons Pons Fabre commandeur de Nice en compagnie du frère Jean de Gallus (201).
201. — Marseille. Archives Départementales, B. 389.

Les possessions des Templiers de Nice se portèrent dans la région de Puget-Théniers.
Nous trouvons :
— quelques services à Touët-sur-Var
— 23 à Saint-Dalmas
— 15 à Tournefort
— 3 à Villars
— 1 à Saint-Sauveur
— 1 à Saint-Etienne de Tinée.

BIOT

L'étude de la commanderie de Biot est de beaucoup plus intéressante étant donné l'importance de la seigneurie que possédèrent les Templiers. La fondation de Biot en tant que maison du Temple possède les mêmes origines que Montfort-sur-Argens. A la fin du mois de mars 1209, Alphonse II, comte de Provence, donnait à la milice du Temple, représentée par Guillaume Candeil, maître de Provence, tous les droits qu'il avait sur la ville, la châtellenie et le territoire de Biot (202). L'acte fut passé à Grasse et Bernard Cornut, évêque de Fréjus assistait à la passation des pouvoirs. Les Templiers s'installèrent bientôt, non loin d'Antibes, siège de l'évêché et aussi port sur la Méditerranée. La dernière invasion musulmane venait d'avoir lieu sur les côtes. Les Templiers de Nice durent se retirer à l'intérieur des terres et en 1195, l'évêque de Vence leur donnait la bastide Saint-Laurent. Alphonse II voulait-il, par là faire comme son ancêtre en Aragon pour protéger les grands axes face à de futures invasions ? peut-être.
202. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 5270

A Biot, les frères reçurent de nombreuses donations tout en restant sous la dépendance directe du commandeur de Grasse qui prit rapidement le titre de commandeur de Grasse et Biot. Dès 1211, des frères résidants sont cités (203). Les habitants connaissaient cette particularité et lorsque, 1e 9 mars 1213, Narbona et ses fils vendent une pièce de terre située à Biot, ils le font à la maison du Temple de Grasse (203). Tout comme Raimonde qui donne sa terre de Biot au lieu dit Touche Bosse au commandeur de Grasse, Olivier Aidier (203). Biot devint maison régulière, semble-t-il, le 15 août 1233, encore faut-il y voir une union avec Grasse et Nice, ces deux dernières étant déjà réunies sous un même commandeur. Ce jour-là, Bernard de Cambolano, commandeur des maisons de Grasse et Biot par la voie du retrait féodal, prenait possession, au nom de l'Ordre de tous les biens situés à Biot et Saint-Julien, qu'il venait d'acheter à l'évêque d'Antibes, lequel les avait obtenus le 15 octobre 1227 de Raimond de Biot et ses fils (203). Les achats effectués par les Templiers sont de plus en plus nombreux et même que le commandeur porte le titre des trois, la maison de Biot fut la plus importante si bien que l'on peut sans risque de se tromper dire que vers 1240-1250, le commandeur porte plus facilement sa résidence à Biot plus qu'à Grasse. A Biot le commandeur était tout de même chatelain et surtout il se trouvait tout près de l'évêque qui avait sa résidence à Antibes. C'est aux environs du milieu du XIIIe siècle que l'évêque d'Antibes choisit Grasse comme siège épiscopal. Des divergences éclatèrent. Il faut dire que l'évêque demeura pas longtemps sur le siège n'étant pas très commode pour ses ouailles. Lors de son départ d'Antibes la population accepta difficilement ce changement. Il en fut de même des populations environnantes. Plusieurs différents eurent lieu entre Biot et Grasse. Deux arbitres furent désignés et rendirent leur sentance le 3 janvier 1247. L'évêque de Grasse, Raimond de Villeneuve et Geoffroi de Grasse, commandeur de Grasse, Nice et Biot, choisirent Guillaume, évêque de Vence et Rostang de Comps, maître du Temple en Provence (203). Les problèmes de la Provence et surtout l'héritage de Béatrice, fille de Raimond Bérenger V occasionnèrent de nombreuses enquêtes. Ayant épousé le roi de Naples, la comtesse de Provence l'associa au trône et en 1250, lors de l'enquête sur les droits du nouveau comte, le frère P. Capion, commandeur de Biot est cité en témoin (204).
203. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 5270
204. — Paris. Biliothèque Nationale, ms. latin. 10125

Les biens du Temple de Biot s'étendaient dans la région immédiate. A Valbonne ce furent des biens donnés par R. Salnioze, moine de Valbonne, de l'Ordre de Chalais qui se faisant templier entraîne avec lui tous ses biens meubles et immeubles, ecclésiastiques et laïcs (203)
203. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 5270

A la fin du XIIIe siècle deux grandes affaires éclatèrent entre les habitants d'Antibes et de Villeneuve et les templiers de Biot. Il en fut de même au sujet des bois de Clausonne.

Au lieu de Clausonne, les Templiers acquirent quelques biens. Le 12 décembre 1258 une sentance était rendue par Guillaume Aicard bailli de Vence au sujet des biens situés à Clausonne que les habitants contestent. Les Templiers ayant été reconnus dans leurs droits, le bailli de Vence rendit le fief de Clausonne à frère Guillaume Clumans, commandeur de Biot, au nom de Bernard de Bellano, commandeur de Grasse et Nice (205).
205. — Nice. Archives Départementales, H, 516.

Les habitants d'Antibes ne paraissent pas avoir été en mesure de tenir cette décision. Le 26 décembre 1286, les antibois après avoir molesté les frères du Temple, se retrouvèrent et volèrent plusieurs têtes de bétails qu'ils transportèrent sur leur propriété. Devant es crimes, Foulques Bérenger, commandeur des maisons du Temple de Nice, Grasse et Biot demande aux officiers de la cour de Grasse d'ouvrir une instruction judiciaire contre plusieurs habitants d'Antibes qu'il accuse des méfaits proférés sur le territoire du castrum de Biot. Le juge de Grasse confie l'enquête au notaire Amboise qui s'en voit déssaisir à la demande de l'évêque qui montre un privilège de juridiction (206). Plusieurs sentances furent rendues par la cour de Grasse.
206. — Nice. Archives Départementales, G, 192..

Une affaire à peu près semblable eut lieu avec les habitants de Villeneuve. Certains habitants furent surpris par les hommes du Temple en délit de ramassage de bois dans les forêts de l'Ordre. Les villageois répliquèrent aux semonces en dérobant une anesse et deux bœufs à lamaison du Temple de Biot. Le commandeur s'adressa alors aux juges de Nice qui répondirent vouloir faire le nécessaire pour que les animaux soient restitués (203). Les templiers gagnèrent juridiquement, mais les habitants de Villeneuve ne s'arrêtèrent pas là. En juin 1298, le bailli de Villeneuve fit enlever deux hommes du Temple qu'il fit enfermer dans la forteresse. Un fut libéré, tandis que l'autre resta dans cette prison forcée, aussi le frère Pons Ycard, au nom de Pierre Ricaud son dommandeur s'adressa au viguier de Nice lui demandant de faire libérer leur homme surtout que non contents de cela, les habitants continuèrent à commettre toujours quelques méfaits sur le domaine du Temple (203). Les Templiers voyant la lenteur et la carence de la justice du viguier de Nice et du juge de Grasse, furent comme les habitants de Villeneuve et s'emparèrent d'objets appartenant à plusieurs villageois. Le contraire n'étonne pas, le juge de Grasse intervint aussitôt et rendit sa sentance obligeant les Templiers à restituer le plus rapidement possible les biens pris aux villageois. Les frères du Temple furieux de voir comment ils étaient traités, alors que leurs hommes étaient toujours dans la forteresse de Villeneuve déléguèrent le frère Pons Ycard interjeter appel de la sentence, ce qui fut fait le 4 septembre 1298 (203).
203. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 5270

La lutte ne s'arrêta pas malgré deux sentances rendus par les cours de Nice et de Grasse. Au mois de mai 1300, un autre enlèvement eut lieu. Les habitants de Villeneuve, sous la direction de leur propre bailli enlevèrent 23 juments et 8 poulains aux Templiers de Biot. Le 9 mai, le juge de Grasse, Jean Rodolphe, saisi les officiers de la cour de Nice et leur précisa qu'ils restituent les délinquants à sa juridiction et qu'ils fassent rendre le bétail usurpé (207).
207. — Marseille. Archives Départementales, 56 H, 5269

Le lendemain, 10 mai, le juge de Grasse recevait la réponse des chevaliers Bertrand de Reggio et Isnard de Rosseto. Les deux officiers sont prêts à leur donner satisfaction, mais avant tout, ils voulaient entendre les explications des habitants de Villeneuve. Pour cela le frère Pons Ycard devait se rendre à Villeneuve le jeudi suivant (207).

Cette affaire alla jusque par devant le sénéchal de Provence, Raimond de Lecto qui écrivit aux viguier et juge de Grasse ainsi qu'au baillie de Villeneuve leur signifiant qu'il avait appris l'enlèvement du bétail des Templiers de Biot. Il leur ordonne de faire restituer le bétail aux Templiers, lesquels devaient rendre les gages pris aux gens de Villeneuve (207). Quoiqu'il en soit l'homme resta dans la forteresse. On ne sait s'il y mourut ou quoi, la seule chose dont nous sommes certain, c'est que le conflit fut définitivement réglé par le commandeur de l'Ordre de Saint Jean en 1320.
Cela n'empêcha pas les Templiers d'acquérir d'autres biens pendant cette période.

GRASSE

En 1176, l'évêque d'Antibes faisait donation à Bérenger d'Avignon, maître du Temple en Provence et partie des Espagnes d'un terrain situé à Grasse dans le quartier de Saint-Jacques pour y édifier une maison de son ordre et d'en faire un hospice pour les pélerins (209).

Ce ne sera que beaucoup plus tard, comme à Nice, que nous aurons la mention d'une maison bien établie avec une communauté. Le 20 mai 1201, Astreingue, veuve de Raimond Bertrand reconnaît avoir vendu aux frères de la milice du Temple de Grasse tout l'héritage de son mari (210). Les frères du Temple étaient bel et bien installés dans la ville, même si la première mention de maison en dur n'apparaisse que dans un acte daté de 1208 (211). C'est d'ailleurs cette même année que nous voyons citer le premier commandeur : Olivier Audier.
209. — Torino. Archives de l'Etat. Mélanges français. Ordres militaires Malte et Sainte-Maurice et Lazare
210. — Nice. Archives Départementales, H. 1509. 211. — Marseille, Archives Départementales, 56 H, 5204.

La maison de Grasse prit de l'importance aussi rapidement que les autres. Une communauté s'établit et les religieux désirèrent une église et un cimetière constituant ainsi une maison régulière. L'évêque d'Antibes fut saisi de cette volonté et donna son autorisation par acte du 5 juillet 1211, en présence du commandeur du Ruou, Bermond, de celui de Grasse, Olivier Audier et trois frères cités en témoin : Etienne Escudier, Pierre Taxil et Jean de Gardanne (212).
212. — Nice. Archives Départementales, H. 1507.

Olivier Audier, qui semblerait être le père du commandeur, mourut vers le mois d'avril 1212. Il devait être originaire de Grasse puisque le 8 mai Pierre Squip de Grasse remet définitivement à la maison du Temple de la ville, les biens de feu Olivier Audier en présence du commandeur, Bernard et des frères Etienne Escudier, Rostang de Comps et Castelnou (213). Olivier Audier, commandeur, revint l'année suivante.
213. — Nice. Archives Départementales, H. 1509.

C'est à partir de 1222 que l'on rencontre le titre de commandeur de Nice et de Grasse. Les deux maisons furent réunies sous un même commandeur tout comme celle de Biot. Le domaine templier de Grasse s'étendait sur la Nogarède (214), dans la rue de la vieille boucherie (215), Plascassier (212), Châteauneuf (216).
214. — Nice. Archives Départementales, H. 1509.
215. — Gallia Chistiana, tome III, col, 1160
212. — Nice. Archives Départementales, H. 1507.
216. — Marseille, Archives Départementales, B, 154.

A la fin du XIIIe siècle un conflit éclata entre Pierre Ricaud, commandeur de Grasse, Nice et Biot et l'évêché de Grasse. Au début du mois de mars 1295, un criminel s'était réfugié dans l'église Saint-Jacques de Grasse qui était l'église des templiers. Forts des privilèges d'exemption et du droit d'asile, les templiers firent valoir leur droit et protégèrent le fugitif. Les templiers avaient pour cela une charte de protection des privilèges du mois de juin 1247 dont nous reparlerons plus loin. Le commandeur fut prévenu que l'officiai de l'évêché désirait remettre le criminel entre les bras séculiers. Le 12 mars 1295, il dépêcha une lettre à l'évêché dans laquelle il spécifiait que le criminel était un protégé de l'Ordre par les privilèges accordés et confirmés, ce que nia l'officiai. Ce criminel, Hugues Talon, était accusé d'avoir tué le notaire, Jean Laugier (217). L'officiai fit enlever ledit Hugues par la force. Le 17 mars 1295, le commandeur réclama le criminel soulignant que la cour de l'ifficial n'avait pas les moyens nécessaires pour le faire juger (217). La plainte fut suivie d'une réponse de l'officiai disant que Hugues Talon avait commis son crime sur la voie publique, près de la maison des frères prêcheurs d'où il avait été banni, mais que l'évêque était prêt à réparer les fautes commises par le bras séculier à l'encontre du prévenu. Le 8 avril 1295, c'est le commandeur de Provence, Guigues Adhémar qui entre en jeu avec la liste des privilèges accordés à l'Ordre depuis sa fondation et qui avaient été colligés au chapitre général de 1293, tenu à Montpellier. Le maître demandait à l'évêque de Grasse, Lantelme, de rendre à l'église Saint-Jacques le criminel indûement extrait et le priait de frapper d'excommunication les coupables de cet actes (217). L'affaire ne s'arrêta pas là et continua deplus belle: Des enquêtes furent entamées tel qu'il en ressort dans deux actes de juin et juillet 1306: Le premier est daté du 25 juin 1306 et notifie que Guillaume de Monte Silvio présente aux juges et officiers de Grasse des lettres du 20 juin 1306 déclarant que le criminel avait été arrêté dans le domaine soumis à la juridiction du Temple, ce que les officiers nièrent en demandant un complément d'enquête (217). Le 25 juillet suivant, la cour de Grasse fait procéder au métrage des lieux sur lesquels les hommes avaient arrêter le dit Hugues Talon. L'enquête terminée, il ressortir que le criminel avait bel et bien été artrêté dans la zone couverte par les privilèges de l'Ordre. Le juge ordonna de rendre le criminel à la maison du Temple (217).
217. — Nice. Archives Départementales 1508 et 1510.

On ne sait ce qu'il advint de cet homme. Un an et demi apràs, au moment de l'arrestation des templiers, rien n'est signalé. L'inventaire fut dressé et là encore on s'aperçoit que la richesse des Templiers est un véritable mythe.

L'inventaire de l'église montre la pauvreté. Le 24 anvier 1308, Companus Rufus se rendit à l'église saint-Jacques de Grasse en compagnie de Michel Gautier, notaire et de quelques hommes d'armes. Ils trouvèrent dans l'église même, :
— trois ornements sacerdotaux.
— deux manteaux dorés.
— un grand et un petit.
— une chasuble dorée en soie dans une aube sacerdotale.
— une chappe teinte en rouge et une chasuble violette.
— un froc de brocard pour le diacre sur lequel est l'image ou la forme d'un lion rouge.
— une chappe rouge sur laquelle se trouve l'image d'un léopard en couleur safran.
— une chasuble de toile avec une croix de couleur safran.
— dix sept nappes d'autel pour les quatre autels de l'église.
— une couverture romane.
— une aube.
— une petite nappe d'autel.
— trois couvertures de croix.
— deux coussins, un de couleur safran, l'autre de toile.
— deux candélabres de cuivre d'autel.
— deux autres de bois et deux autres de fer.

Ils virent ensuite une grande variété de livres pour les offices de l'église :
— un missel.
— un évangéliaire.
— un capitulaire.
— un epistolaire.
— un livre de répons.
— deux psautiers.
— un ordinaire.
— un livre pour le baptême des enfants.
— un encensier.

Dans une armoire il y avait quantité de documents :
— une caisse pleine de divers privilèges tant du pape que d'autres.
— une caisse en laiton.
— un mors de cheval.
— une petite croix en argent.
— un reliquaire contenant des reliques des saints Barthélémy et Biaise.
— une grande croix en laiton et une petite.
— Deux brandons de cire.
— un vase de fer pour l'eau bénite.
— une chasse sur l'autel de saint Jacques dans laquelle se trouvent plusieurs reliques de saints.
— au-dessus un cadre représentant la vierge.
— deux petits manteaux de soie, deux....
Le reste du document est très altéré mais au travers de quelques mots que nous pouvons lire, il est question de linge d'église.
En dehors d'un cheval dont nous reparlerons nous lisons :
— deux cloches sur le clocher et deux petites dans la dite église.

COMMANDEURS DE NICE,GRASSE, ET BIOT
Hugues de Saliers, 1193, administrateur.
Guillaume Geoffroy du Muy, 1202 Nice.
Raimond de Pamias, 1205-1206 Nice.
Guillaume Riquier, 1206 Nice.
G. Olivier Audier, 1208-1211 Grasse.
Pons Fabre, 1211 Nice.
Olivier Audier, 1211 Grasse.
Bernard Aimie 1212 Grasse.
Olivier Audier 1213-1219 Grasse et Biot.
Rostang de Saint Laurent, 1222 Nice et Grasse.
B. Saltet, 1225 Nice.
Guillaume Bordât, 1225 Grasse.
Bertrand Féraud, 1226 Grasse et Biot.
Bernard de Cambolano, 1227-1233 Nice, Grasse Biot.
Geoffoy de Grasse, 1234 Nice, Grasse et Biot.
Bernard de Cambolano, 1234-1236 Nice, Grasse Biot.
Isnard, 1237 Nice, Grasse et Biot.
Bernard de Cambolano, 1240 Nice, Grasse et Biot.
Bertrand Austarda, 1243 Nice, Grasse et Biot.
Geoffroy de Grasse, 1244 Vice-commandeur de Biot.
Geoffroi de Grasse, 1246-1248 Nice, Grasse et Biot.
P. Capion, 1250 Biot.
Pierre Geoffroi, 1251-1256 Grasse.
Pierre Amendarius, 1252 Biot.
Bernard de Bellano, 1258-1259 Grasse, Nice.
Guillaume Clumans, 1258 Biot.
Geoffroi d'Alençon, 1263 Nice et Grasse.
Pierre Geoffroy, 1264 Nice et Grasse.
Pierre Giraud, 1267-1269 Grasse et Nice.
J. de Valono, 1277 Nice, Grasse et Biot.
G. Capion, 1285, Nice, Grasse et Biot.
Foulques Bérenger, 1286-1288, Nice, Grasse et Biot.
Arnaud de Fonte, 1291 Grasse et Biot.
Pierre Geoffroi, 1292 Nice Grasse.
Pierre Ricau, 1295-1301 Nice, Grasse et Biot.
Pierre Balbi, 1301 Biot.

En dehors des actes des trois commanderies, nous savons qu'un commandeur de Grasse, Pierre Guillaume Ricau, assistât au Chapitre Général de Limassol en 1292 qui élit Jacques de Molay, maître du Temple en compagnie du commandeur du Puy-en-Velay, tous deux délégués de la province Templière de Provence, voyer mon livre Le bûcher des Templiers.

VENCE

Que n'a-t-on pas raconté sur les Templiers de Vence. On est même allé jusqu'à nous faire avaler que les stalles de la Cathédrale de Vence, construite à la fin du XVe siècle étaient l'œuvre des Templiers secrets, avec la stalle du Grand-maître et tout le tremblement (218). Quoiqu'il en soit de ce faux ésotérisme et en plus mal placé, s'il y eut un Temple secret, ce ne serait surtout pas à Vence qu'il aurait vécu.

218. — Ces élucubrations ont été prononcéesau cours de diverses conférences du centre culturel (?) vençois au château des Villeneuve par Harrv Sadoul. Le jour où ou cet illustre conferencier ! ! !. Montrera des documents irréfutables nous pourrons croirent à ces declarations.

C'est après la dernière invasion musulmane, en 1190, que Vence vit arriver les Templiers surpris sur la côte. En 1195, Pierre II de Grimaldi, évêque de Vence, donne au frère Jean et à la milice de Jérusalem de Salomon la seigneurie de la Bastide Saint-Laurent et une maison située dans la ville se réservant le cens annuel de 10 sous, 1 denier obole et 10 setiers de grains (219).
219. — Torino, Archives de la Couronne de Savoie. Saints Maurice et Lazare Grand-Prieur.

Les Templiers vont s'installer sur ce piton rocheux dominant toute la plaine jusqu'à la mer. De là ils purent rayonner sur toute la région où ils possédaient quelques biens. Vence reste la seule commanderie de l'arrière-pays (220). Les frères possédaient de nombreux biens tant à Vence qu'aux environs.
220. — On doit faire fi de certaines commanderies prétendues et supposées du XIe siècle comme La Gaude ou Tourrettes sur Loup.

En 1215, lorsque Rostang de Saint-Laurent reçoit les biens du Cayron, il est invité parl'évêque à protéger les habitants en veillant sur les gardes de son monastère et reçoit à cette occasion la confirmation de la Bastide Saint-Laurent (219).
219. — Torino, Archives de la Couronne de Savoie. Saints Maurice et Lazare Grand-Prieuré.

Les pseudo-historiens vençois, voit dans la commanderie de Vence une sorte de commanderie spéciale. Il n'en est strictement rien, bien au contraire c'était une petite commanderie sans grande importance, commanderie qui servait beaucoup plus à surveiller les possessions de cette région, plus qu'à lui donner un rôle d'importance qu'elle n'a jamais eu. Fort heureusement les documents existent et si les cicérones de cette ville nous montrent 80 services templiers, il faut se reporter aux documents qui n'en compte eux que 40, ce qui est déjà pas si mal. L'inventaire au moment de l'arrestation nous donne les détails de cette possession templière. J'ai donné par ailleurs, dans Vence, cité millénaire, plus de détails sur cette commanderie pour ne pas y revenir.

COMMANDEURS DE VENCE
Jean, 1195.
Rostang de Saint-Laurent, 1215.
Isnard, 1222.
Raphaël de Bosio, 1227.
Pierre Geoffroi, 1261.
R. Jauberet, 1285 et donateur de la maison du Broc.
Foulques, 1295.
Hugolin, 1308

RIGAUD

Voilà une commanderie qui, avec son importance, est pratiquement inconnue avant 1260, année où Jean Olier, commandeur, recevait la donation d'une maison à Entrevaux. Nous le retrouvons comme témoin dans un acte concernant la dénonciation comme nouvel œuvre la construction d'un four à Biot par Dominique, évêque de Grasse (222). C'est tout ce que nous avons sur la commanderie de Rigaud, en dehors des mentions portées sur les documents des inventaires de Puget-Théniers et de l'évêché de Glandèves. Au moment de la suppression, la commanderie de Rigaud possédait une part de la seigneurie, le tiers du droit de fromage, le quart des droits de ban. Ces droits ne veulent en aucun cas signifier qu'il faille voir dans les localités qui nous citons une importance dans des constructions. Généralement il y avait des collecteurs des droits qui passaient aux périodes de paiement : les termes.
222. — Marseille. Archives Départementales, 56 H 5268.

La commanderie de Rigaud était aussi pauvre que les autres. L'inventaire des biens montre là aussi que les frères ne possédaient que des objets et des instruments de première bécessité. Les enquêteurs trouvèrent donc :
Dans la cuisine :
— une table.
— deux bancs.
— un pétrin.
— un placard pour les écuelles.
— trois chaises.
— trois candélabres de bois.
— une paire de chenêts.
— une crémaillère.
— Une hache pour fendre le bois.
— une dame-jeanne.
— un pot à eau.
— deux petits pots en étain.
— une poêle.
— un chaudron en cuivre.
— une écuelle de bois.
— sept pots en bois.
— un mors en fer.
— sept instruments de bois.
— deux cuillers en bois.
— huit petites cuillers.
— un mortier en pierre.
— trois pilons en bois.
Dans la cour il y avait :
— une tonnelle.
— une corbeille.
— un banc.
— un escabeau.
— une pelle.
— un escabeau.
Dans la chambre ils trouvèrent :
— deux lits.
— deux paillasses, dont une était pleine de paille.
— trois couvertures.
— un édredon.
— trois coussins de plume.
— trois draps de lits (223).
223. — Marseille. Archives Départementales, B 154.

LES AUTRES BIENS

Les quatre commanderies de la Provence orientale furent surtout installées pour l'exploitation des biens si nous en jugeons par les inventaires exécutés lors de l'arrestation des Templiers en Provence. Les envoyés du comte de Provence parcoururent la région entre le 24 janvier et le 26 février 1308.

Le bailliage de Villeneuve fut visité par Etienne de Vence, Bertrand Falcoz, Paul de Palena, Guillaume Mayfred et Guillaume Béroard de Vence.

Ils inventorièrent :
— le 24 janvier - Villeneuve 2 services
— Le 26 janvier - Saint-Paul de Vence 4 services
— le 27 janvier - Vence 44 services
— le 28 janvier - La Gaude 10 services
— le 28 janvier - Le Broc 21 services
— le 30 jancier - La Cainée 3 services
— le 30 jznvier - Tourrettes le château 2 services
— le 30 janvier - Tourdon 1 service
— le 3 février - Tourrettes sur Loup 6 services
— le 3 février - Bezaudun 4 services
— le 3 février - Coursegoules 2 services.

Après avoir remis au sénéchal les inventaires dont nous allons parler, Guillaume Béroard de Vence fut nommé administrateur (224).
224. — Marseille. Archives Départementales, B 153.

La saisie des biens dans le bailliage de Puget-Théténiers fut fait par plusieurs envoyés :
— Les 24 et 25 janvier — Rigaud par Raymond Brun et Guillaume Constantin — 93 services.
— Le 26 janvier — Touët-sur-Var par Pierre Michel et Jacques Griffon — 38 services.
— Le 27 et 28 janvier — Tournefort par Jauceran Gaudin et Lions Grégoire — 15 services.
— Le 28 janvier — Villars par Pierre Aufans et Rostang Marquet — 3 services.
— Le 28 janvier — La Penne par Raimond Quarente et maître Pierre — 29 services
— Le 28 janvier — Ascros par Pierre Ason et Rostang Cabrier — 11 services.
— Le 31 janvier — Cuebris par Guillaume de Jarente et Guillaume Maurin — 17 services.
— Le 1 février — Les Mujols par Etienne Beaud et Raimond Beysse — 24 services.
— Le 1 février — Collongues par Salvagnus Audebert et Raimond Geoffroi — 17 services.
— Le 1 février — La Rochette par Jean Blancard — 2 services.
— Le 3 février — Saint-Pierre de Puy Figette par Guillaume Autrand — 15 services.
— Le 3 février — Villevieille par Raimond Dalmas et Geoffroi Melossus — 30 services.
— Le 4 février — Glandèves par Jean Rolland — 3 services.
— Le 4 février — Entrevaux par Etienne Hugon et Pierre Lambert — 23 services.
— Le 5 février — Annot par Raimond Senechier et Guillaume Vincent — 7 services.
— Le 5 février — Meailles par Boniface Salvagnus et Jacques Bonnet — 14 services.
— Le 6 février — Saint-Benoît par Guillaume Gibelin et Isnard Guarat — 25 services.
— Le 6 février — Braux par Bertrand Dosol et Pierre Picheri — 10 services.
— Le 7 février — Guillaumes par Franc Abelluani et Michel Guigoni — 21 services.
— Le 8 février — Saint-Etienne par Olivier — 1 service.
— Le 8 février — Saint-Sauveur par Raimond — 1 service.
— Le 8 février — Puget-Théniers par Innocent — 3 services.
— Le 26 février — Saint Dalmas de Selvage par Jean — 23 services.
— Le 26 février — Montblanc par Raimond — 3 services (223).
223. — Marseille. Archives Départementales, B 154.

Dans toutes ces villes les Templiers avaient des biens et non des constructions, des souterrains et autres élucubrations dont certains ésotérico-occultes, même s'il y a la transmission de bouche à oreille, devraient prendre en considération. En dehors des biens dépendants directement des commanderies et que nous avons mentionnés en son temps, les autres lieux possédaient surtout des services et des tenures. Il ne faut pas mettre le nom de Templier sur toutes les pièces dont on ne sait rien sur les origines et nous verrons plus loin que certaines chapelles ou églises sur lesquelles le signe (?) templier a été posé n'ont rien à voir avec l'Ordre.

LES DOMAINES DU TEMPLE

Dès l'origine de l'Ordre, les Templiers s'installèrent en Provence. Au travers des actes, tant du Temple que d'autres communautés religieuses ou laïques nous pouvons étudier sans difficultés la formation du domaine utile des frères à la croix rouge dans les limites de la Provence. De Richerenches, les Templiers parcoururent toute la Provence. Les commanderies s'installèrent, non pas au petit bonheur, mais suivant des critères et des clauses bien déterminés, qui n'ont rien à voir avec les gardes des routes et autres idées émises surtout au XIXe siècle, alors que le romantisme prônait le Moyen Age.

Nous pouvons constater que l'Ordre du Temple s'implantera en Provence en deux grandes périodes. La première, dite de fondation se situe entre 1135 et 1155 et qui correspond à celle du développement de l'Ordre en tant qu'Ordre religieux défendant le tombeau du Christ. Les donations sont identiques à celles de tous les ordres religieux au moment de leur fondation. La deuxième période se situe à l'extrême fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle. Elle correspond à la perte de Jérusalem et à l'importance donnée à l'Ordre par Célestin III et Innocent III. L'Ordre du Temple est devenu une force morale, financière et le relan de la foi lancée après la perte de Jérusalem fut l'occasion d'un renouveau certain.

Ces deux périodes vont de pair avec une implantation au travers de toute la Provence. Il n'est pas question de prendre position pour un choix de localités importantes ou couvertes de secrets anciens et encore moins d'anciennes possessions romaines, celtiques ou wisigothiques, cela n'a strictement rien à voir avec les Templiers. En Provence, lorsque les frères du Temple s'installèrent dans les villes, c'est qu'il y avait un siège épiscopal : Arles, Avignon, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Orange, Avignon, Marseille, Aix-en-Provence, Grasse, Nice, Gap, Embrun, Sisteron, Riez, etc.

Ces maisons n'exploitaient pas de grands domaines, mais possédaient surtout des rentes, des cens, des services. Lorsque des domaines importanst étaient donnés, on créait des maisons généralement hors des aglomérations : Richerenches, Le Ruou, Saint-Maurice, Roaix, Bayles, Bras avec la possibilité de fonder des granges, des fermes, des maisons indépendantes qui n'étaient pratiquement que des centres de concentrations des biens. Lorsque les Templiers s'installent dans des localités importantes, il y a aussi la cause d'un port : Toulon, Hyères, Fos-sur-mer ou encore qu'ils firent l'acquisition d'une seigneurie entière ou en partie : Biot, Montfort-sur-Argens, Montmeyan. En dehors des commanderies ou maisons situées dans les villes épiscopales — remarquable diplomatie de la part des chapitres — les Templiers recherchèrent surtout les lieux isolés, non pas pour maintenir leurs secrets ou chercher de pseudo-trésors, mais pour exploiter un domaine utile et suivre une vie religieuse régulière ainsi que nous l'apprennent certains actes de Provence. La Règle était de rigueur, aussi les frères la suivirent-ils suivant les directives données par les divers chapitres généraux. D'ailleurs on remarque que les grandes commanderies en dehors des deux seigneuries de Montfort et de Biot, qui ne furent pas, à proprement parler des commanderies régulières, ces commanderies donc sont toujours situées en dehors les agglomérations. Quelquefois il en était de même des commanderies des villes épiscopales : Arles et Grasse.

Dans les limites de la Provence, Comtat-Venaissin et comté de Nice nous pouvons établir plusieurs réseaux implantés chacun dans une subdivision géographique bien déterminée dont les Templiers en firent des régions de juridiction lesquelles suivaient elles aussi une règle : celle des métropoles épiscopales.

C'est ainsi que nous avons pu établir les diveres parties de cette étude qui trouvent leur confirmation dans les textes du chapitre général de Montpellier en 1293 puis en 1297.

Les grandes voies navigables sont jalonnées et en débordant le cadre de la Provence, le Rhône est bien pourvu : Arles, Tarascon, Avignon, Orange, Montélimar, Valence, Saint-Roman de Vienne et Lyon. Les commanderies étaient établies sur les passages ce qui facilitait le commerce et lorsqu'il n'y avait pas de maison, il y avait tout de même quelque chose comme à Pont-Saint-Esprit ou Roquemaure. Tout tournait autour de ces maisons-entrepôts établies sur le Rhône. Il en est de même du sillon de la Durance qui au Moyen Age était une importante voie de communication avec les commanderies de Port-Rognonas, Bompas, Limaye, Sisteron, les maisons annexes. Avec cet inventaire nous ne devons pas oublier tout de même que les Templiers regardèrent les deux grandes régions naturelles : plaine et montagne et là encore nous nous apercevons que les maisons du Temple consolidèrent et considérèrent la facilité de pénétration par les grandes vallées. Mais tout tourne autour du commerce dans le seul but de ramasser de l'argent pour entretenir les troupes qui guerroient en Terre Sainte. A cela nous devons ajouter les divers droits de pacage, de péage octroyés par les souverains. Chaque maison du Temple avait donc un rôle bien précis et si les commanderies ou établissements secondaires établis hors des couloirs de pénétrations exploitaient des domaines utiles souvent très étendus, la centralisation s'effectuait non pas au détriment de telle ou telle, mais au profit de l'Ordre seul, car il y a une chose que l'on oublie souvent dans l'Ordre du Temple, c'est son unité au milieu d'une diversité certaine. Avant toute centralisation au siège même de la juridiction ou de la maison affectée à ce service, chaque juridiction possédait son entrepôt, même et surtout sur les ports et les fleuves.

Plusieurs maisons importantes n'avaient pas de points bien particuliers sur les grands axes. Moins connues que les autres, ces maisons étaient tout de même des liens d'attache ou mieux des points de concentration d'une région à l'autre comme Lus-La-Croix-Haute, Rigaud ou Lachau.

Au cours des inventaires des commanderies on a pu se rendre compte que l'acquisition des biens se fit aussi en reconnaissance des services rendus par les Templiers à diverses personnes. Les commanderies de Biot, du Ruou, de Richerenches, de Saint-Gilles, de Lansac et autres possèdent des actes émis dans ce sens.

On ne trouve pas de commanderies sur les grands axes routiers comme on l'a prétendu. Seules les commanderies d'Arles et d'Aix-en-Provence, la maison de Lorgues dans le sud de la Provence et Lus La Croix Haute dans le nord sont situées sur des carrefours importants : les premières sur l'axe Est-Ouest faisant passer les régions des basses montagnes avec la plaine du Rhône par la vallée de l'Arc et la Durance tandis que la dernière le fait des contreforts des Alpes à la plaine de l'Isère et de là sur le Rhône.

Seule la commanderie de Rigaud se trouve perdue, mais elle signale la fin de l'Ordre dans sa poussée vers l'est de la Provence.

Les maisons côtières jouèrent un rôle bien particulier. On a crut que la ligne bordant la mer était jalonnée de maisons ou mieux de tous templières qui servaient de barrière contre les invasions possibles. C'est peut-être vrai, mais ce furent surtout des lieux de centralisation des denrées en vue de leur transfert pour la Terre Sainte.

La commanderie la plus septentrionale, Saint-Gilles, se servait de sa maison-entiepôt d'Aigues-Mortes. On suivait ensuite Fos-sur-Mer drainant les denrées venant par le Rhône puis par cabotage vers Marseille. Venait ensuite Toulon avec les privilèges que nous connaissons.

A Hyères l'entrepôt des Templiers est bien connu par l'acte de donation d'Alphonse II en 1205. Entre Hyères et Nice, il ne paraît pas que les Templiers aient possédé quelque chose. Saint-Raphaël n'a jamais eu quoique ce soit de Templier tandis que la région d'Antibes possédait le vaste domaine de La Brague.

Les commanderies-ports de l'Ordre du Temple jouèrent un rôle certain, malheureusement trop méconnu au profit d'inventions mal placées. La marine du Temple a bel et bien existée et plusieurs noms de navires nous sont connus au travers des actes de la Terre Sainte et de la Péninsule ibérique (225).
225. — DAILUEZ (Laurent). Les Templiers, banquiers, commerçants et financiers.

La formation des domaines du Temple s'opéra de différentes manières. Nous avons déjà situé le cadre des donations. Généralement il s'agissait de donations pieuses, faites pour le repos de l'âme, la rémission des péchés. Les biens consistaient en terres, bois, près, droits mais aussi en argent pour accomplir des vœux, des anniversaires de sépulture ou des fondations de messes et de chapellenie. Un exemple de ce genre de donation pieuse figure dans un acte du 17 octobre 1267 émanant d'Etienne Sartoux. Tout en donnant une vigne aux frères du Temple ainsi que la nu-propriété, il réclame pour lui et sa femme, la célébration d'une messe d'anniversaire de 12 prêtres et le luminaire perpétuel durant la nuit devant l'autel de saint Biaise dans l'église Saint-Jacques de Grasse (226).
226. — Nice. Archives Départementales, H. 1507.

D'autres moyens de donations étaient pratiqués pour les commanderies. L'Eglise, tout le monde le sait, s'est toujours attachée à entourer les personnes bien dotées. Ceci n'est pas une invention, mais malheureusement une réalité, face aux principes qui la dirigent. Dans cette ségrégation soiale, l'Eglise a toujours facilité les indulgences, les remises de peines etc. Au Moyen Age la prédominance cléricale facilita et favorisa les riches seigneurs. Plusieurs exemples nous sont rapportés dans toutes les archives monastiques et ecclésiastiques. Les Templiers ne firent pas exception à la règle. Les entorses à la règle se firent à l'intérieur des commanderies du moment que l'argent, la richesse et la prospérité étaient à la clé des infractions. La règle précisa même : malgré que la règle des saints pères accepte de recevoir des enfants en religion, nous ne vous conseillons pas de vous en chargé. Car celui qui voudra donner pour toujours son enfant à la rtligion de la chevalerie doit le nourrir jusqu'à l'heure où il pourra porter les armes et arracher de la terre les ennemis de Jésus-Christ (227). Combien d'enfants furent reçus dans l'Ordre ? La nourriture demandée et que devait fournir les parents était compensée par d'importantes donations. Les enfants sont présentés par le père et accueillis par le commandeur. Il en est de même des sœurs. La régime est plus sévère : Que les dames, en qualité de sœurs, ne soient jamais reçues en la maison du Temple (228). Les sœurs qui prononcèrent leurs vœux dans l'Ordre du Temple furent plus nombreuses qu'on ne l'a dit. Il y eut même un monastère de moniales templières dont nous sommes certain et un autre encore dans le doute, n'ayant pas assez de documentation (229).
227. — DAILLIEZ (Laurent). Les Templiers et les Règles de l'Ordre du Temple, article 54. Nouvelle édition sous le titre : La Règle des Tempiers avec tableau synoptique des textes, de la hiérarchie, de la juridicton.
228. Ibidem, article 53.
229. Et ce ci malgré les affirmations de Marion Melville, op. cit.. Voyer Laurent Dailliez. les sœurs du Temple dans Chronique des Templiers. 1972.

Les legs testamentaires sont aussi nombreux mais moins importants quant aux domaines. Généralement ce sont des aumônes, des dons d'argent assez conséquent suivant les rites traditionnels.

Le domaine utile des Templiers s'agrandit au moyen d'achats ou plutôt par le moyen de la donation-vente. Les propriétaires, les tenanciers offraient aux divers commandeurs ce qu'ils pouvaient vendre de leurs biens. Le chapitre se réunissait en vue de tout achat. Les ventes furent nombreuses, mais l'accord de l'Ordre était nécessaire. Les actes du Ruou, de Richerenches, de Saint-Maurice sont assez explicites à ce sujet. Lorsqu'un commandeur faisait un achat il devait prendre conseil du chapitre de sa maison ou en faire part au commandeur régional s'il s'agissait d'une acquisition importante. Les remembrements s'opérèrent généralement dans le cadre de la commanderie, sans intervention de la province.

Les actes nous montrent aussi que les Templiers acquirent un domaine utile remarquable. Les inventaires des saisies des biens font lergement état des divers biens appartenant à l'Ordre principalement dans l'est de la Provence. Ce dommaine n'appartenait pas à telle ou telle commanderie, mais à l'Ordre. Le commandeur en était le gérant. D'ailleurs au cours du chapitre général de 1296 tenu à Montpellier il est bien noté que les maisons n'étaient que les administrations des biens de l'Ordre, que chaque commandeur se devait de subvenir aux besoins d'un autre, car les propriétés appartenaient à l'Ordre seul, que lui seul pouvait en disposer. C'est à cette occasion que fut renouvelé le décret concernant la vente des biens de l'Ordre sans autorisation du chapitre.

On rencontre d'autres systèmes d'acquisition, comme celui de la succession. Tout au cours des descriptions nous avons signalé quelques actes concernant ce genre d'acquisition. Il s'agissait de donations faites par des tenanciers qui n'avaient pas d'héritiers. Et dans le cas où les héritiers existaient leur approbation et leur confirmation étaient de rigueur.

EXPLOITATION DES BIENS

Durant plus d'un siècle les templiers provençaux reçurent de nombreux biens. La diversité des donations et des acquisitions ne fut pas un handicap pour regrouper les terres formant un domaine d'un seul tenant.
Les donations étaient faites de deux manières : par des hommes libres par des hommes attachés à une seigneurie mais qui devenaient assujettis au Temple avec la permission du seigneur.

Ce sont encore les actes qui nous renseignent sur ces donations. Lorsqu'il y avait une donation faite par un homme libre il est toujours fait état de la nature du bien : vigne, jardin, moulin, droit ou maison. Pour les seconds rien n'était spécifié, seule la redevance était signalée.
Il s'avère que le Temple avait un droit tout spécial, dans l'Ordre le serf n'existait pas. Toute personne ou famille se mettant sous la seigneurie du Temple devenait libre et l'on constate qu'une fois les donations faites, il n'est plus question de classes sociales à l'intérieur des commanderies ou des domaines. L'homme du temple devenait libre mais participait en plus à tous les privilèges de l'Ordre. Toutefois cette appellation astreignait à des services strictement personnels de la part des tenanciers vis-à-vis de l'Ordre. La situation de l'homme du Temple n'indique aucunement une condition servile, même si ses biens étaient en mainmorte.
En dehors de ces donations il faut distinguer deux systèmes de possessions dont la complexité ne permet pas de donner une véritable distinction des biens. Ces donations constituaient les affars, les casements auxquels on doit ajouter la manse.
C'est surtout dans la commanderie de Grasse que l'on rencontre les affars, tout comme à Bras. En 1232, le chevalier Bertrand d'Auriac renonçait à des droits qu'ils revendiquaient sur un affar à Bras (230). La description d'un affar est assez variable. Les actes de Biot nous apprennent que Rainard Clavier possédait un affar sous la juridiction du Temple qui comprenait une maison, un jardin, une condamine, deux ferrages, cinq terres, un prè et divers droits. Les Templiers achètent cet ensemble pour la somme de mille sous raimondins, le 4 mars 1236 (231).
230. — Marseille. Archives Départementales 56 H 5203.
231. — Marseille. Archives Départementales 56 H 5267.

On a trop souvent brodé sur les diverses possessions des Templiers en montrant des immensités de terres et des services dépassant de beaucoup la réalité. C'est ainsi que pour la commanderie de Vence les possessions furent beaucoup moins importantes et les services beaucoup plus réduits qu'on ne l'a écrit. Par contre on a laissé de côté la petite maison du Broc au bénéfice du châteaux ou autres maisons dont les origines sont tout autre et qui n'ont jamais existé : La Gaude, Saint-Martin ou Tourrettes-sur-Loup. Que dire du pseudo-château de Roquefort-les-Pins.

Les Templiers exploitaient leurs biens de diverses manières : soit directement, soit indirectement. Toutefois on remarquera qu'en Provence, au contraire de certaines autres provinces du Temple, on ne rencontre pas de grandes propriétés exploitées par des familiers ou des donnés. Assurément les biens se répartissaient suivant des terminologies bien définies, allant de pair avec les termes donnés à l'époque. C'est ainsi que chaque maison avait des domaines constitués par divers genres d'exploitation : casaux, condamines, jardins, vignobles, ferrages, cannebières (sic), etc.

En 1250, Raimond-Bérenger V, comte de Provence, dresse l'inventaire de ses droits. Nous apprenons qu'à Guillaumes deux frères possédaient un affar, placé sous la suzeraineté du comte, mais qu'une partie était au Temple. Ce domaine comprenait une maison, des casaux, trois jardins, deux vignes, plusieurs terres, un pré gagé, des censives et des services. On ne sait pas exactement ce qui appartenait au Temple sinon les services réguliers signalés dans l'inventaire de 1308.
L'étude de chaque maison a montré que l'on ne trouve pas en Provence d'importantes donations de forêts : en premier lieu ce genre de biens était assez rare aussi fallait-il conserver le plus possible les bois et les forêts pour tous les habitants suivant les droits d'usage quoique des maisons religieuses comme Silvacane, le Thoronet, Saint-Victor de Marseille eussent possédé de très nombreuses surfaces. Dans l'ensemble on constate que les Templiers acquirent surtout des prairies. D'où l'importance de l'élevage surtout des chevaux comme à Richerenches et Biot et des moutons dans la plupart des autres commanderies.
Les divers actes que nous possédons sur les Templiers en Provence montrent que l'agriculture était très importante. Mais à leur avantage, ils sûrent respecter les régions, la nature et la biologie. C'est pour cela qu'ils mirent au point divers composts suivant la nature des sols, diverses méthodes de taille et de greffes des arbres.
Les diverses mentions données sur les vergers donnent le figuier, le noyer, l'amandier, le noisetier et les châtaigniers. Les cultures maraîchères consistaient en pois-chiche , vesce , courge, oignon, salade et quelques autres légumineuses comme les lentilles. En dehors de ces exploitations, généralement aux alentours immédiats des commanderies et des maisons, la culture intensive consistait en blé, orge, d'où l'existence de moulin à farine et à foulon.

Dans les commanderies de haute montagne comme La Roche-des-Arnauds, le Col de Cabre, il nous est signalé l'orge, l'avoine et le seigle. Par contre le mil se concentre dans la région d'Arles, Laurade et Saliers.
La vigne avait aussi son importance. La commanderie de Peyrassol produisait annuellement vingt-cinq mille litres de vin et dans les divers inventaires les récipients à vin sont toujours présents.
Comme tout propriétaire ou seigneur, les Templiers eurent plusieurs modes d'exploitation.

EXPLOITATION DIRECTE

L'exploitation du domaine direct se faisait dans les localités où les Templiers possédaient des commanderies et des maisons dépendantes. Lorsque les domaines directs étaient trop importants et surtout éloignés des commanderies, des granges étaient créées ou encore les commandeurs les donnaient en tenures.

Les commandeurs employaient des domestiques. Certains étaient attachés aux biens toutes l'année, d'autres simplement pendant les gros travaux. En Provence, les donations d'hommes, c'est-à-dire des serfs sont très rares. Si on les rencontre beaucoup dans le Languedoc, il est fait seulement quelques mentions dans les documents concernant Richerenches, Arles, Bayles, Bras, le Ruou sans que nous puissions dire que leur nombre soit important.

Les inventaires font peu état des instruments aratoires. Il faut peut-être admettre que les ouvriers conservaient leurs outils par devers eux, car il faut comprendre qu'il est impossible qu'une commanderie comme Bras ou Le Ruou ou encore Richerenches qui possédaient des dizaines d'hectares dans nos mesures actuelles, ne possède que quelques houes (outils de jardinage) et autres instruments de première nécessité.

Généralement l'élevage occupait la plus grande part de l'exploitation du domaine utile des commanderies de Provence. Les inventaires sont assez éloquents et riches en renseignements. La commanderie de Limaye donne un échantillon puisque les enquêteurs trouvèrent 20 chevaux et juments, un âne, seize bœufs de labour, vingt animaux bovins, trois cent vingt animaux de laine (brebis, moutons et agneaux), cinquante chèvres et trente quatre porcs.

A Bayles le cheptel était beaucoup plus important, cela allait de pair avec l'étendue du domaine utile. On comptait quarante bœufs de labour, deux jeunes bœufs, une vache et son veaux, tois cent vingt huit brebis et moutons, quatre cent quatre vingt neuf chèvres et boucs, quatre ânes, cinq porcs, un vieux roncin (cheval de trait), deux poulains, seize coqs et poules.

La commanderie de Biot intensifiait son élevage de chevaux. Les actes, comme l'inventaire, signalent de gros troupeaux. Lors d'un rapt effectué en 1300 par les villageois de Villeneuve, ceux-ci purent s'emparer d'une trentaine de poulains et juments. L'inventaire confirme cette importance avec la mention de vingt deux bœufs de labour, vingt quatre chevaux de trait, quarante huit bœufs ou vaches, seize veaux, cinquante six porcs, dix pourceaux et deux cent cinquante moutons et chèvres. De toutes les commanderies de Provence, Biot reste la seule où il est fait mention de ruches.

LES FERMAGES

Comme il a été dit, les frères du Temple employaient des personnes étrangères à l'Ordre : les tenanciers. Nous verrons d'ailleurs d'autres manières de rendre les biens rentables. Les tenanciers n'étaient pas une invention des templiers. On les trouvent dans les divers ordres monastiques, principalement à Cîteaux. Le droit féodal était de rigueur chez les Templiers quoique l'on puisse en dire ou que l'on puisse broder sur la pseudo-organisation secrète du Temple. On distinguait donc dans les domaines :
LE BAIL A TASQUE ou CHAMPART - (232)
Ce système prévoyait dès l'origine de l'accord le taux du prélèvement que le seigneur faisait sur les récoltes, l'élevage des biens concédés. Nous avons vu l'exemple bien précis de la commanderie d'Arles. En 1247 le commandeur donnait en bail à tasque un bien situé près d'Albaron en Camargue. Il fut précisé que le tenancier se devait de développer le troupeau et remettre chaque année un certain nombre de fromages et de trentenaire de laine (233).
232. — Pour plus de détail sur le champart, Voyer Laurent Dailliez. L'abbaye royale de Saint Antoine des Chumps à Paris, diplôme de la IVe section des Hautes-Etudes. Manuscrits déposés à la Bibliothèque et à l'Université de Pampelune, chaire de Paléographie et Diplomatique.
233. — Arles. Biliothèque Municipale Authenticum de Saint-Gilles.

LE BAIL EMPHYTEOTIQUE
Ce bail avait un avantage sur le précédent. Il était illimité et prévoyait dès l'origine un montant précis sur le cens et les services en nature. Ces redevances étaient elles, invariables.
LE BAIL A TEMPS
C'était le plus ingrat des baux, car il pouvait pour inconvénient d'être renouvelé généralement tous les cinq ans et la redevance était fixée à chaque fois.
LE BAIL GRATUIT
Il s'agissait d'une concession que le seigneur donnait gratuitement sous la réserve du lods qui n'était autre que le droit de mutation.
Comment les templiers usèrent-ils de ces divers baux ? Les exemples ne manquent pas. Les baux à tasque paraissent être les plus fréquents. Ainsi à Nice, le 30 novembre 1264, R. Rainoard reçoit une terre située à Caucade de la part du commandeur Pierre Gœffroy. Le tenancier permet alors de planter cette terre en vignes et figuiers mais dans les quatre ans à venir. L'acte d'accensement notifie en outrfe qu'il devra porter à la maison du Temple les 1/5 des fruits qu'il aura tiré chaque année, plus une certaine quantité de figues, de blé ou de légumes (234). Le même jour l'accensement d'une autre terre sise à Caucade est effectuée pour cinq habitants de Nice avec les mêmes conditions. Chaque année ils devront céder le quart de toutes les semences effectuées : blé, légumes ou autre suivant les termes du contrat (234).
234 — Nice. Archives Départementales, H. 1510.

Nous constatons que les champarts étaient soumis à une grande élasticité quant quant aux redevances. Généralement le seigneur ne demandait sa rente que suivant le rendement de la terre louée.

Le bail en emphythéose était plus courant. On appelait plus souvent ce système, le bail à cens ou services perpétuels. Avec ce bail il n'y avait pas de problèmes de comptabilité. Le preneur du bail payait soit en argent, soit en nature ou encore pouvait mélanger les deux. Les exemples ne manquent pas et les redevances étaient très diverses. Le 27 octobre 1277, Ocilius, commandeur du Temple de Gap et Embrun, ayant été autorisé par Roncelin de Fos, maître en Provence, passait un bail en emphythéose avec Hugues Baile sur tous les biens appartenant à l'Ordre situés du Pertuis-Rostang au Lautaret et au Mont-Genèvre, contre six tournois d'argent de cens (235). La variété des sommes demandées se retrouve dans les inventaires. A Vence par exemple les cens allaient de 2 à 18 deniers pour les terres ; et de 1 à 6 pour les maisons. Ces constatations se retrouvent à Grasse et à Riez.
235. — Marseille. Archives Départementales 50 H, ancienne cote. 57.

Pour les maisons en location, tout devait dépendre de l'importance du bâtiment. A Grasse la location variait entre 1 et 18 deniers, à Riez par contre les actes sont beaucoup plus représentatifs étant donné que nous pouvons suivre l'évolution des prix et les dévaluations de la monnaie dûes au roi Faux Monnayeur, Philippe le Bel. Ainsi, le 6 janvier 1269, Jean Corvo donnait quittance de 6 deniers pour une maison qu'il occupait. Il en est de même le 1e août 1275 (236). Par contre la même maison valait le 13 février 1308, 15 deniers (237). Les vignes à Riez valaient entre 3 oboles et 2 sous — ne pas oublier qu'un sous valait 12 deniers et qu'il fallait vingt sous pour faire une livre.
236. — Marseille. Archives Départementales 56 H 5315.
237. — Marseille. Archives Départementales B. 433. n° 13.

Ces deux baux étaient surtout employés par les petites maisons. Il est très rare de voir de grandes maisons comme Richerenches, Bras, Bayles, le Ruou, Arles, La Roches-des-Arnauds donner de tels moyens d'exploitation. Toutefois les baux à temps sont beaucoup plus nombreux et les commandeurs ne les passaient que dans des cas tout à fait exceptionnel. En Provence on comptait quatre termes généralement admis : Noël, Pâques ou le 25 mars, Pentecôte et Saint-Michel. Les seigneurs louaient pour un ou deux termes moyennant une certaine somme. Un acte assez intéressant concerne la commanderie de Nice-Grasse. Le 2 octobre 1268, le commandeur de Nice-Grasse donnait pour deux termes de six mois chacun à Rimbaude de Nice le 1/3 d'un moulin situé à Grasse pour la somme de 18 sous provençaux par terme. Les conditions furent alors émises. Le commandeur loue cette part du moulin à condition que ledit Raimbaud emploie cette somme pour réparer le bâtiment. Par contre le commandeur se réserve le droit de reprendre le moulin au premier terme de la location, soit pour la Pentecôte. Il devra alors rembourser les 18 sous du deuxième termes (238).
238. — Nice. Archives Départementales H. 1511.

Le dernier moyen d'exploitation est très rare chez les Templiers de Provence. A Richerenches nous avons un exemple, mais encore faut-il y voir un homme du Temple, donc le bien restait dans l'Ordre tout en bénéficiant de l'héritage. Les Templiers se payaient par les travaux qui faisaient la famille au moment des gros travaux.

Les diverses mentions que nous avons concernant l'aliénation des biens montrent que chez les templiers il était interdit à quiconque d'aliéner un quelconque bien sans qu'il y ait autorisation du chapitre provincial ou régional.

LES RECOLTES et L'ELEVAGE

Pouvons-nous donner un inventaire complet du rendement ou plutôt de ce que pouvait tirer les Templiers de leurs terres ? Nous avons encore recours aux inventaires dressés lors de la suppression de l'Ordre. Toutefois au cours de sa courte vie le Temple reçut énormément d'argent. Cet argent ne servait aucunement à être empilé dans des trésors éponymes mais plutôt à renflouer les troupes de Terre Sainte. Les comptes de l'Ordre sont assez parlant pour ne pas y revenir (239).
239. — Laurent Dailliez, les Templiers banquiers, commerçants et financiers.

L'exploitation des divers domaines templiers rapportait de l'argent, c'est un fait certain. Les récoltes, les élevages servaient non seulement à l'entretien des frères et des maisons, mais aussi à la vente pour récupérer de l'argent. Nous verrons par ailleurs, avec plus de détails le commerce de l'Ordre (240). La Provence ne faisait pas l'objet d'un commerce intense étant donné les ports qui existaient et sur lesquels les Templiers possédaient des droits : Marseille et Toulon, tandis qu'à Hyères il n'y avait qu'un entrepôt et un ponton. Il n'y avait aucun port appartenant à l'Ordre sur la Méditerranée mais seulement des autorisations. Le même fait se présente à La Rochelle qui n'a jamais été un port templier n'en déplaise à Louis Charpentier et à Maurice Guingamp.
240. — Laurent DAILLIEZ,les Templiers en Languedoc, en préparation.

En quoi pouvait consister le rendement des propriétés ? En premier lieu en grains. Les céréales avaient leur importance et de partout où les templiers avaient des propriétés, le blé, l'orge, l'avoine, le seigle, etc. étaient présents au moins dans une qualité. Nous pouvons alors dresser un bilan au moment de la suppression de l'ordre, pour quelques commanderies seulement, mais ce bilan n'est pas complet, étant donné qu'à cette époque l'ordre avait perdu beaucoup de son importance (241), signale 704 setiers de blé, 264 setiers d'Orge, 176 setiers de méteil, 288 setiers d'avoine ce qui paraît être important quoiqu'il soit difficile de donner une appréciation exacte dans nos mesures actuelles étant donné les variations d'un lieu à un autre (242).
241. Marseille, Archives Départementales, B 4. folio 185.
242. DURBEC (J.A.). Monographie de Biot, prouve que le rup vaut le sixième d'1 un quintal soit environ 8 kilos. Le poid qu'il donne au rup est exact pais pas celui du quintal.

Si l'on veut se donner une idée à peu près exacte du poids, nous savons que dans la région de Vence, Biot, Grasse le quintal valait 100 livres, chacune pesant 405 grammes. Vingt livres formaient un rup qui pesait 8 kg. 100. Un seder valait 6 rups, donc en poids un peu moins de 50 kg.
En capacité de grain le sétier comptait 67 litres 88 (239).
239. — Laurent Dailliez, les Templiers banquiers, commerçants et financiers.

Les diverses propriétés du Temple dans l'arrière pays de la Côte d'Azur rapportaient au total 23 setiers, 12 émines 1/2, 3 quartiers de blé; 8 setiers 1/3, 5 civadiers 2/3, 34 émines, 78 quartiers 1/3 d'avoine.
Le tableau suivant nous montre les équivalences de chacune des mesures de capacité' pour les grains.

Charge Setier Emine Panal Rup Picotin Civadier
1 2,5 5 10 16 20 40
1 2 4 6,5 8 16
1 2 1,6 2 4
1 1,25 2,25
1 2

A la commanderie de Baies nous trouvons 183 émines d'anone à la mesure d'Aix et à la grange de La Galinière 40 émines. C'est peu, mais il faut voir une intensité dans l'élevage et les terrains étaient surtout destinés aux paturages.

A la commanderie de Limaye, l'élevage était aussi fort mais les terres rapportaient, et toujours au moment de la suppression nous avions trente setiers d'anone, onze sommées d'orge et quatre de seigle.

A Richerenches il ne semble pas que les grains aient été importants. Dans les testaments, les donateurs font largement état de legs en blé. Par contre l'élevage des moutons et des chevaux occupait les terrains.

A Saint-Maurice, le blé, le seigle et l'orge paraissent avoir été le moyen de subsistance de la commanderie. Nous en avons la preuve dans la construction de deux moulins sur les rives du Verdon, pour faire la farine et le pain. Lorsque l'on connaît l'importance du moulin au Moyen Age, le fait que les Templiers aient eu l'autorisation, le droit d'en construire deux prouve des récoltes abondantes. Il en est de même à Roaix où les templiers édifièrent un moulin dès 1141 (243).
243. — CHEVALIER.Cartulaire des Hospitaliers, n° 116

En dehors de ces denrées, les inventaires nous signalent quelques légumineuses. Les pois-chiches paraissent avoir été cultivés uniquement à Biot. Par ailleurs nous trouvons les choux, les oignons, les vesces sans que nous ayons des précisions exactes sur les quantités.

Par contre la vigne est la mieux connue et spécifiée dans les textes. Dans toutes les commanderies provençales on cultivait le nectar de Bacchus. Donner un inventaire total des vignobles templiers est une gageure étant donné l'importance accordée, surtout aussi qu'il existe un manuscrit templier donnant les directives pour la culture de la vigne, sa taille, sa plantation, son greffage comme sa récolte et le traitement du vin.

Dans la partie orientale de la Provence, région où nous avons le plus de renseignements sur les biens de l'Ordre, nous nous apercevons par exemple que dans les inventaires, les collecteurs du comte de Provence englobèrent les biens en tenures. Si dans le bailliage de Puget-Théniers l'ensemble des redevances était payé moitié en espèce, moitié en nature. Il n'en était pas de même dans le bailliage de Vence où tout était payé en espèce sauf à la Gaude où les biens templiers ne rapportaient que 3 setiers et 3 émines d'avoine, ce qui est une partie infime par rapport à ce que l'on veut prétendre en montrant un château, ancienne commanderie du XIe siècle (sic) et qui n'est en réalité que l'ancien château des seigneurs locaux, les Villeneuve-La-Gaude qui fut construit à partir de 1280 par Pierre de Villeneuve, second fils de Romée de Villeneuve, le sénéchal de Raimond-Bérenger V, comte de Provence.

En dehors des rapports de la terre, les Templiers possédaient d'importants troupeaux de moutons auxquels on doit ajouter les chèvres. La transhumance s'opérait à grande échelle. Tout au long de la lecture des actes, on s'aperçoit de cet état de fait, établi et mis en valeur par les divers privilèges des comtes de Provence ou des seigneurs locaux concernant les paturages et les droits de passage dans leurs terres.

Il faut bien remarquer que des dîmes existaient sur les troupeaux. C'est la commanderie de Richerenches qui nous renseigne sur ce point et souvent les donateurs faisait le leg des dîmes sur les agneaux et les brebis comme cela fut fait par le seigneur Ripert de Carniol au mois de mars 1139 (244).
244. — Avignon, Bibliothèque Municipale, Cartulaire de Richerenches, folio 14 v°-15

Ce sont surtout les commanderies de montagnes qui peuvent nous donner une vue juste de l'importance des troupeaux et les modalités de la transumances. Le commandeur de Lus-la-Croix-Haute eut assez de démêlés avec les chartreux à cause des troupeaux. Les templiers possédaient des pastrages au Mont-Genèvre, au Lautaret ainsi que l'indique l'acte du 27 octobre 1277 déjà cité. Les inventaires sont assez élogieux pour ne pas épiloguer. On peut néanmoins ajouter que les différents privilèges accordés pour le passage des troupeaux se rencontrent surtout dans les terres des comtes de Forcalquier, terres sur les chemins des alpages et les comtes de Provence ajoutèrent celui de leur terre pour les commanderies de Laurade, Arles et celles qui se trouvaient dans la Provence occidentale, région où l'élevage du mouton était intense. Ces privilèges ne furent pas pour les seuls templiers on les rencontre aussi pour les abbayes de Silvacane, Pierredon etc.

LES RELATIONS AVEC LE CLERGE

Les templiers furent des hommes de leur temps. Aussi la nécessité les obligea à entrer en relation tant avec le clergé qu'avec les seigneurs.
Fondé par l'Eglise suivant le texte du prologue de la Règle, l'Ordre du Temple eut de ce fait et dès ses origines des relations avec le clergé ; relations qui éclatèrent souvent en conflits sérieux étant donné l'évolution du droit de l'Ordre et surtout après l'exemption accordée par Célestin III, que renouvellera et confirmera Innocent III (245).
245. — Pour plus de détails sur le sujet du droit des Templiers, voir les chapitres consacrés aux relations des Templiers et de l'Eglise, dans Laurent DAILLIEZ. Les Templiers, gouvernement et institutions.

Voyons comment les premières relations cléricales se firent dans l'Ordre du Temple en citant une partie du texte du Prologue de la Règle donnée au Concile de Troyes :
Article 6
— Premièrement il y avait Mathieu, évêque d'Albano, par la grâce de Dieu légat de la Sainte Eglise de Rome ; Renaud, archevêque de Reims ; Henri, archevêque de Sens ainsi que leurs suffragants : Josselin, évêque de Sois sons ; l'évêque de Paris ; l'évêque de Troyes ; l'évêque d'Orléans ; l'évêque d'Auxerre ; l'évêque de Meaux ; l'évêque de Laon ; l'évêque de Chalons ; l'évêque de Beauvais ; l'abbé de Vézelay qui fut par la suite, élu archevêque de Lyon et Légat de l'Eglise de Rome ; l'abbé de Cîteaux ; l'abbé de Pontigny ; l'abbé de Trois-Fontaines ; l'abbé de Saint-Denis de Reims ; l'abbé de Saint-Etienne de Dijon ; l'abbé de Molesmes et Bernard, abbé de Clairvaux, déjà nommé.

Ils louèrent tous cette sentence avec franchise. Il y avait aussi maître Aubri de Reims, maître Fouchier et plusieurs autres ce qui serait long à raconter. Il y en avait d'autres pas plus lettrés, pour lesquels nous pouvons dire que la chose la plus profitable que nous puissions garantir est qu'ils aiment la vérité : c'est à savoir le comte Thibaud, le comte de Nevers et André de Baudement. En leur qualité, ils étaient au concile et, avec un souci particulier, ils examinèrent ce qui leur semblait bien et délaissèrent ce qui leur semblait sans raison.

Article 7

— Il y avait aussi frère Hugues de Payens, maître de la chevalerie, qui avait amené avec lui quelques frères : frère Rotland, frère Godefroy, frère Geoffroy Bisot, frère Payens de Montdidier, frère Archambaud de Saint-Amand. Maître Hugues, avec ses disciples, fit savoir aux pères, après s'en être souvenu, comment pris naissance l'observance d'après ce sut est dit : Ego principium qui est loquor vobis ; c'est-à-dire : « Depuis le commencement je suis la parole. »

Article 8

— Il plut au concile que les avis qui furent donnés et examinés avec diligence, suivant l'étude de la Sainte Ecriture, fussent mis par écrit afin qu'on ne les oublie pas, cela avec la prévoyance de monseigneur Honorius, pape de la Sainte Eglise de Rome, du patriarche de Jérusalem et du consentement de l'assemblée et par l'approbation des pauvres chevaliers du Christ du Temple qui se trouve à Jérusalem.
On constate que les débuts de l'installation des Templiers en Provence, les évêques furent généreux : Avignon, Nice, Arles, Saint-Paul-Trois-Châteaux, etc. Dès 1135, c'est Pierre, évêque de Nice qui donne des biens dans la ville et les environs (246). Puis, ce fut l'évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Toutefois nous ne devons pas nous fier aux déclarations de Guillaume de Tyr. Malgré cette dégradation de bonnes relations existèrent au XIIIe siècle, relations quelquefois très étroites entre les évêques et les templiers. L'exemple de l'archevêque d'Arles, le 1e février 1228 montre bien cette idée (247). Dix ans plus tard, Jean, archevêque d'Arles reconnaissait que les Templiers de la même commanderie avaient été lésés par un arbitrage en date du 16 décembre 1236, exécuté par Jean, archevêque de Vienne et légat du Saint-Siège (248).
On ne peut pas dire que tous les prélats et le clergé des cathédrales furent tous aussi conciliant. Il n'est pas rare que toutes les commanderies aient eu des démêles. Ne voyons-nous pas le 16 "décembre 1236 une controverse entre le commandeur de Saint-Gilles, Jean de Castroboc avec Jean, archevêque d'Arles (249).
246. — Gallia Christiana nova, tome III, col. 1279.
247. — Marseille, Archives Départementales Livre vert de l'archevêché d'Arles, folio 340.
248. — Marseille, Archives Départementales, livre noir, fol 165 v°
249. — Marseille, Archives Départementales, Chartrier de Salon n° 378.

Malgré les oppositions des évêques, il s'avère que quelques fois, certains prélats durent faire état du droit de justice des Templiers. En 1187, les Templiers d'Aix-en-Provence construisirent une église, non loin de la cathédrale, puisque la commanderie était installée non loin de là. Le chapitre de la cathédrale, avec à sa tête le prévôt qui n'était autre que Bertrand Garcin, s'adressèrent au pape afin de faire démolir cette nouvelle construction. Clément III envoya le 25 avril 1191 une bulle à l'évêque d'Antibes afin qu'il invite les Templiers à démolir leur lieu de culte. Le pape nous apprend que les templiers avaient passé outre l'opposition des chanoines (250). La sentence ne paraît pas avoir été mise à exécution puisque peu de temps après arrivait de Rome l'exemption totale de l'Ordre de toute juridiction épiscopale sauf de celle de Rome de la part de Célestin III. L'archevêque d'Aix, après les diverses confirmations du pape Innocent III mit d'accord les chanoines et les templiers au sujet des droits de paroisses (251). Peu de temps après le nouveau prévôt, Raimond Audibert, défend les droits des templiers face à ses propres chanoines qui continuaient leurs vexations (252).
Nous avons vu l'attitude de l'évêque de Saint-Paul- Trois-Châteaux lorsque les templiers refusèrent de payer les dîmes novales, en 1203 (70). L'évêché de Riez par contre fut très généreux pour la commanderie de Saint-Maurice et les maisons dépendantes. Il en est de même des évêques d'Orange et de Vaison-la-Romaine.
250. — Aix-en-Provence. Bibliothèque Méjanes, ms. 1042, folio 3.
231. — Voyer Laurent DAILLIEZ, Les Templiers, gouvernement et institutions, passim 252 - ALBANES, Gallia Christiana, Aix en Provence, col. 66.
252. — Marseille, Archives Départementales, 56 H 5266

Dans les Alpes maritimes, en dehors des évêchés de Nice et de Vence, on ne peut pas dire qu'il y ait eu une très bonne entente entre (1), les deux parties. Les conflits éclatèrent entre les templiers et les évêques d'Antibes puis de Grasse, Le 15 octobre 1227, Raimond de Biot et ses fils vendaient à l'évêque d'Antibes, tous les biens qu'ils possédaient à Biot et à Saint-Julien pour la somme de 100 livres raimondines. L'évêque d'Antibes, Bertrand II, reçut donc 1'affar qui est acheté et payé par le commandeur de Grasse et Biot, Bertrand Faraud. Les templiers achètent ce bien par le système du retrait féodal, le 14 août 1233. Bernard de Colombano, commandeur donna à l'évêque 110 livres raimondines et prit possession du bien en présence de Pons Vitrier, commandeur du Ruou et de quelques frères (253).
Les conflits ne s'arrêtèrent pas et furent de plus en plus sérieux. Les arbitrages furent nécessaires pour éviter les guerres intestines. Les biens situés à Biot et principalement l'affar de la Brague sont à l'origine des conflits. Le 3 janvier 1247, le maître en Provence, Rostang de Comps était à Antibes où se jugeait le différend qui existait depuis quelques années entre Raimond de Villeneuve, évêque d'Antibes et Geoffroi de Grasse, commandeur du Temple. Le maître fut choisi comme arbitre en union avec Guillaume III Ribotti, évêque de Vence (254). L'évêque d'Antibes n'arrêta pas là ses violations du droit et des privilèges du Temple. En 1247 éclata une nouvelle lutte entre le prélat et les Templiers de Grasse. L'archevêque d'Arles fut saisi de l'affaire et délégua l'abbé de Lérins, Ay, pour trancher le conflit. L'évêque qui était nouvellement installé à Grasse dut se présenter devant l'archevêque pour répondre de la violation du privilège de sépulture accordé et confirmé par le pape Innocent III. L'évêque avait puni les templiers d'une amende de 100 sous pour avoir enterré dans le cimetière de leur église un donateur de l'Ordre, R. Bonot (255). L'archevêque d'Arles prit la défense des templiers et demanda à l'évêque de reconnaître ses torts. L'évêque de Grasse protesta contre cette affaire surtout que, en dehors de l'abbé de Lérins, le clavaire de Cannes transmis la citation de l'archevêque une nouvelle fois le 24 juin (256).
254. — Marseille. Archives Départementales 56 h, ancienne côte 112.
255. — Nice. Archives Départementale, H. 1513.

Pendant ce temps les templiers de Biot et de Grasse continuaient à agrandir leurs domaines ce qui n'arrangea pas les relations étant donné que les frères ne se contentaient pas d'acheter des biens mais on leur en donnait. Le 12 décembre 1258, le bailli de Vence, Guillaume Aicard, remet à Guillaume Clumans, commandeur de Biot, représentant le commandeur de Nice et Grasse, Bernard Bellano, le fief de Clausonne que le comte de Provence, Charles I" d'Anjou avait fait saisir (257). Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Les relations entre l'évêque et les templiers vont continuer à se dégradées de plus en plus surtout que l'évêque de Nice allait entrer dans le jeu. En 1269, la lutte éclata à nouveau. Charles Ie d'Anjou avait perdu tout son prestige en Provence. Seuls les évêchés de Grasse, Nice et Fréjus lui étaient restés fidèles. La politique pour le trône de Sicile aboutir à la victoire de Bénévent contre les prétentions de Manfred, fils naturel de Frédéric II et à la victoire de Tagliacozzo, le 23 août 1268 contre le jeune Conrad, dernier membre de la famille de Souabe. Urbain IV avait offert le trône de Sicile à Charles, tandis qu'en 1265, Clément IV le couronnait face aux aragonais qui convoitaient, eux aussi la Sicile. La Provence orientale devint un lieu de passage et de résidence des envoyés du pape pour rencontrer le comte-roi. Au mois de mars 1269, le légat pontifical se trouvait à Nice. L'évêque Pierre demanda alors aux Templiers et aux Hospitaliers de participer aux frais de réception et de passage. Suivant les privilèges accordés par Grégoire IX les ordres militaires : Temple, Hôpital, Sainte-Marie des Teutoniques, Saint-Lazare. Je Saint-Sépulcre et les ordres militaires espagnols : Calatrava, Alcantara et Santiago, étaient déclarés exempts du droit de table, aussi le commandeur des templiers de Nice, P. Giraud et le commandeur des hospitaliers B. Suça protestèrent contre l'évêque. L'affaire n'alla pas jusqu'à Rome, l'évêque de Nice ayant reconnu son erreur (258).
256. Cannes était possession de Lérins. Le clavaire ou moine chargé des biens extérieurs du monastère, à l'opposer du cellerier, représentait l'abbé Ay dans les domaines cannois. Le clavaire était aussi le protecteur des privilèges du monastère sur les droits de pêche, sur les biens de Mandelieu et de La Napoule. 258. — Marseille. Archives Départementales. 56 H, ancienne côte Temple 116.
257. Nice. Archives Départementale H. 516.

La fin du XIIIe siècle fut très néfaste pour les relations entre les deux antagonistes. Il faut dire que l'évêché de Grasse était très étroit et les finances pauvres. L'évêque cherchait l'argent nécessaire pour payer les prébendes des chanoines, aussi, fit-il intervenir son métropolitain, l'archevêque d'Embrun. Devant ces incuries, le 20 avril 1292, le frère Bertrand Silvestre, chapelain des templiers de la maison de Grasse, au nom de son commandeur Arnaud de Fonte, demande à l'official de Grasse, de lui montrer les titres qu'il prétend détenir de l'archevêque d'Embrun et sur lesquels il appuie certaines revendications contre les Templiers, principalement en ce qui concerne les droits de paroisses. Le chapelain est beaucoup plus fort dans ses droits car il possède et invoque les privilèges pontificaux successifs et dont le chapitre général venait de faire l'inventaire. Il se déclare en outre prêt à soumettre son différend avec l'official par devant toute personne compétente, sauf l'archevêque d'Embrun (259). L'affaire paraît s'être terminée sans trop de dégâts ni par l'intervention d'autres personnes.
Un conflit assez important éclata en 1295. Ce conflit s'arrêtera d'ailleurs bien longtemps après la suppression des templiers. Le 12 mars 1295, Pierre Ricau commandeur de Grasse, Biot et Nice, s'adressait à l'officiai de Grasse pour lui notifier de renoncer à l'arrestation d'un criminel qui s'était réfugié dans l'église Saint-Jacques. Le commandeur invoqua le droit d'asile, mais l'officiai répondit qu'il ne croyait pas que l'homme pouvait être protégé par les privilèges de l'Ordre. L'officiai avait par ailleurs prévenu le bras séculier afin d'arrêter cet homme qui avait pour nom Hugues Talon et était accusé d'avoir tué le notaire Jean Laugier (250), Le clergé paraît avoir repris le prisonnier, puisque le 17 mars suivant, le commandeur somme l'official de Grasse de rendre le criminel qu'il avait fait enlever de force et par le bras séculier. Le commandeur précise d'ailleurs que la cour de l'officiai n'avait aucun moyen de juridiction pour opérer d'elle-même cet enlèvement. Cet acte nous précise le forfait. Hugues Talon avait tué le notaire sur la voie publique non loin de la maison des frères prêcheurs, d'où il avait été banni. Il est certain qu'après son délit le criminel se rendit dans l'église du Temple qui aussi se trouvait hors de la portée juridictionnelle de l'évêché. D'ailleurs l'évêque était prêt à réparer les fautes commises par le bras séculier (260).
259. — Nice. Archives départementales H. 151.
260. — Nice. Archives Départementale H 1508.

La réaction du prévôt fut de conserver le criminel. Le commandeur s'adressa à son instance supérieure et le 7 avril suivant, Guigues Adémar, commandeur de Provence, se trouvait à Grasse. Voyant les privilèges de l'Ordre ainsi bafoués par une juridiction qui n'en était pas à une exaction près vis-à-vis des frères du Temple, le maître demanda à Lantelme, évêque de Grasse de rendre à l'église Saint-Jacques, le criminel qu'il avait fait extraire par violence. L'affaire traîna en longueur et le prisonnier en attendant que son sort soit définitivement réglé croupissait dans les geôles épiscopales. Les templiers ne s'avouèrent pas battus et le 25 juin 1306, Guillaume de Monte Silvio présentait aux officiers de Grasse des lettres du 20 juin qui précisaient que le criminel n'avait pas été arrêté dans le domaine soumis à la juridiction du Temple. Le frère proteste contre ces données aussi les officiers demandèrent-ils un complément d'enquête. Le 5 juillet suivant la cour civile de Grasse rendait sa sentence. Les mesures furent prises sur le lieu même où le bras séculier avait arrêté le dit Hugues Talon, ce que contestaient les Templiers. L'expertise fît ressortir quel criminel avait bel et bien été arrêté près de la zone couverte par les privilèges de l'Ordre du Temple. Le texte précise même que le criminel fut arrêté à seize pas de l'église. Le juge-mage de Grasse voulant rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, prescrivit que le criminel soit rendu à la maison du Temple (260). On ne sait plus rien sur le sort du malheureux.

Le clergé régulier fit lui aussi l'objet de relations aussi bien amicales que le contraire. Avec les chartreux les conflits furent sérieux comme nous l'avons vu pour les commanderies de Lus la Croix Haute ou La Roche-des-Arnauds. Les bénédictins comme les cisterciens furent en liaison avec les Templiers mais les conflits les plus sévères émanent principalement des bénédictins.
Avec les cisterciens on ne peut pas donner une vue juste au sujet d'une querelle qui éclata entre les Templiers et les moines de l'abbaye d'Ulmet en Camargue. Seule une mention est faite dans les actes des chapitres généraux de l'Ordre de Cîteaux qui au mois de septembre 1200 mande l'abbé de Bonnevaux pour régler le litige (261). Avec les cisterciens, tout au moins en Provence, les relations entre les deux ordres furent amicales et fraternelles. L'abbaye d'Aiguebelle fut souvent représentée à Richerenches et à Roaix. Dès le 3 décembre 1145, alors que Nicolas de Boubouton faisait profession dans l'Ordre du Temple entre les mains de son père Hugues, commandeur de Richerenches, l'abbé d'Aiguebelle, Lauzon et un moine Guillaume assistaient à la cérémonie et signèrent l'acte en témoin (262). Le 2 janvier 1149 c'est le prieur de l'abbaye, Arnoul qui est témoin à la donation faite par Pons Giraud de Barry (263). En 1175, l'abbé du monastère, Albéric ou Aubri, en présence de Bertrand de Falcon reçoit la donation de Richard Chabas en faveur des templiers de Richerenches (264). Avec les cisterciens de Silvacane ce sont les templiers de la maison de Cadenet qui sont en étroite relation (265).
261. CANIVEZ (R P. Joseph. O.C.S.O ). Statu cap, général ordre Cistercien, anno 1200, n° 60.
262. Chartes et documents de l'abbaye de Notre Dame d'Aiguebelle, n° 7
263. Chartes et documents de l'abbaye de Notre Dame d'Aiguebelle, n° 8.
264. Chartes et documents de l'abbaye de Notre Dame d'Aiguebelle, n° 20
265. Marseille. Archives Départementales III H, silvacane, passim

L'abbaye du Thoronet eut des liens étroits avec la commanderie du Ruou. L'abbé cistercien du Thoronet n'est-il pas suzerain du commandeur des templiers de ce lieu pour la seigneurie de Lorgues ? (266).
Au contraire de l'Abbaye d'Aiguebelle, les frères du Temple furent témoins à certains actes de l'abbaye des moniales cisterciennes de Saint-Pons de Gèmenos, principalement le 13 décembre 1209 lorsque le roi Pierre d'Aragon confirma les privilèges de l'abbaye (267).
L'Ordre de Chalais, en dehors des actes cités pour les commanderies des Alpes, eut des relations avec deux abbayes : Prads et Val bonne. Cette dernière eut une vie assez mouvementée et le 28 décembre 1298, alors que dans le monastère régnait la plus grande anarchie, un moine chalaisien, Raimond Salmoze, quittait son abbaye et se donnait à l'Ordre du Temple avec tous ses biens meubles et immeubles tant séculiers qu'ecclésiastiques (268).
Avec les bénédictins, les templiers eurent énormément de difficultés, principalement avec les deux grandes congrégations qui rayonnaient sur toute la Provence : Saint-Victor de Marseille dans la partie occidentale et Lérins dans la partie orientale. Les abbés de ces monastères étaient de véritables seigneurs temporels avec des privilèges très puissants et des juridictions dépassant quelques fois celles des évêques. Les litiges qu'il y eut avec les templiers sont surtout d'ordre temporel.
266. Marseille. Archives Départementales B. 424.
285. DAILLIEZ (Laurent). L'bbaye de Saint-Pons de Gémenos. 1968.
268. DAILLIEZ (Laurent). L'Ordre de Chalais. Passim.

La commanderie de Bayles, peu de temps après sa fondation voit apparaître les premières contestations. Le 18 février 1178, un arbitrage eut lieu entre le commandeur et le prieur de Saint-Pons de Puyloubier. Le bailli du comte de Provence, Pons Niel règle l'affaire et donne un champ aux moines les rendant libres des dîmes sur les terres qu'ils labouraient à Puyloubier. A cet acte assistait Arnaud de la Tour Rouge, maître en Provence et représentant le commandeur, Hugues de Sade et les frères de Bayles (269). A cette transaction assistait en outre le prévôt de Fréjus, Guérin, envoyé par l'évêque, Andol d'Anduze, qui avait été moine de Saint-Victor avant de devenir évêque de Fréjus.
Les moines de Saint-Victor n'arrêtèrent pas là leurs contestations. Le 23 mars 1225 un compromis fut signé entre le commandeur de Bayles R. d'Aiguilière et Bernard du Puy, prieur du monastère de Saint Antonin sur Bayon. Les deux parties choisirent des arbitres qui lires les actes. Les templiers eurent Rostang de Comps commandeur du Ruou et les bénédictins le prieur d'Auriol. L'affaire fut débattue sur le perron du Temple d'Aix-en-Provence (270), en présence des avocats Valentini, père et fils et de plusieurs autres personnes.
Le prieur d'Auriol réclamait aux templiers, au nom du monastère pour lequel il était arbitre, toutes les terres, près et vignes que le monastère prétendait posséder par droit seigneurial ou presque sur le territoire de Saint Antonin et du castelet de Bayles. L'acte, véritable cadastre, nous précise la situation exacte de ces lieux : dans le voisinage et à proximité des chemins menant de Saint Antonin à Bayles, à Puyloubier, à l'Escaillon, à Reillannette ou encore près du lieu de Saint Convins ou sur les deux rives du Baillon (sic). Malheureusement pour les bénédictins, il fut encore une fois reconnu le bien fondé des Templiers car les arbitres s'aperçurent que les biens en question avaient été donnés aux templiers par les familles de la région (271).
269. ALBANES, Gallia Christiana, Fréjus.
270. Le texte précise bien scalarium.
271. Voyer, Provence Historique, recueil des actes du congrès célébrant le millénaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille en 1962

Avec les moines de Lérins les litiges s'accentuèrent surtout à la fin du XIIIe siècle lorsque les Templiers acquirent le territoire de Clausonne dont nous avons parlé plus haut. Le 27 décembre 1298 un arbitrage fut effectué par Haudebert de Roquebrune, moine de Lérins et Pons Aicard frère de la milice du Temple, au sujet d'un conflit qui s'était déclaré entre les commandeurs du Temple de Biot et l'abbé de Lérins au sujet du bois de Clausonne (272)
Généralement les relations entre le clergé et les templiers furent assez tendues au XIIIe siècle, chacun voulant faire respecter les privilèges, mais nous constatons que presque toujours, les templiers eurent raison de leurs revendications. Il en sera de même dans les relations avec le pouvoir séculier des communes et de la cour royale.
272. Marseille, Archives Départementales, 56 H. ancienne côte Temple III.

RELATIONS AVEC LES SECULIERS

Toute la série des Raimond-Bérenger fut favorable aux templiers et l'on rencontre souvent les comtes de Provence prendre comme lieu de signature d'actes les maisons du Temple comme ce fut le cas par exemple en 1155 lorsque furent concédés certains privilèges à Guillaume, archevêque d'Embrun. Raimond Bérenger, comte et marquis de Provence signa l'acte dans la maison du Temple d'Arles en présence du maître du lieu (273).
Il est utile de connaître les relations des templiers avec la toute puissante cour royale de Provence aussi bien celle de la maison de Barcelone que celle d'Anjou. On constatera que les liens furent plus tendus avec la seconde.
273. BREQUIGNY, tome III, n° 233.

Que dire de la donation de Montfort par le comte Alphonse en octobre 1207. Les membres de la famille d'Anjou ne furent pas aussi tendres malgré les interventions de certains commandeurs templiers dans la défense de la Provence. En 1215, la maison de Barcelone étant encore en place, le commandeur de Nice Hugues Geoffroi accompagne le comte et plusieurs seigneurs, alors que Nice est envahie (274). Il en est de même de Guillaume, comte de Forcalquier, lorsqu'il usurpa le titre de comte de Provence. Le Trésor des Chartes de Provence conserve un acte de 1209 dont nous avons déjà parlé, concernant le testament du noble seigneur.
Les relations avec la maison d'Anjou se dégradèrent et sous Charles II le Boiteux on ne peut pas dire qu'elles furent des plus excellentes. Nous en reparlerons plus loin lors de la suppression de l'Ordre en Provence.
274. DAILLIEZ (Laurent), Vence cité millénaire, tome I, page 114.

Quoiqu'il en soit, les conflits les plus importants eurent lieu dans le secteur Nice-Grasse-Biot. Tout au cours de l'histoire des templiers en Provence on constate de très bonnes relations avec les diverses cours locales sauf dans cette région dont Monseigneur Surian, de l'Académie française et évêque de Vence dira en plein sermon dans sa cathédrale que les habitants ne sont autres que des écorches cul (275).
Il en est de même des conflits qui éclatèrent dès le milieu du XIIIe siècle entre la commanderie de Biot et les communes de Villeneuve-Loubet, Clausonne et Antibes. Si le fief de Clausonne fut réclamé en partie par l'abbé de Lérins, les habitants réclamèrent des droits qu'ils n'avaient d'ailleurs pas. Le comte de Provence, Charles Ie dut intervenir. Le souverain fit saisir les biens et les remit à l'arbitrage de Guillaume Aicard, bailli de Vence qui rendit le fief après délibération, le 12 décembre 1258 (276). Les antibois ne se laissèrent pas abattre pour autant. Les templiers de leur côté défendirent leurs droits et leurs biens. La rancune dura. Le 9 mai 1296 les habitants d'Antibes ayant à leur tête le bailli de la commune s'armèrent et pillèrent toute la campagne de Biot. Les récoltes furent arrachées, les arbres abattus et les plantes coupées. Après cela ils se jetèrent sur les frères du Temple, les maltraitèrent et se retirèrent emportant plusieurs têtes de bétails (277). Ce fut l'évêque de Grasse que l'on chargea de l'instruction judiciaire.
275. SURIAN (Mgr.). Sermons inédits de Marseille, 1893.
276. Nice. Archives Départementales, H: 516
277. TISSERAND (Abbé Eugène), Histoire d'Antibes, page 139. Réédition 1973.

Il faut croire que le domaine de Biot était envié de tous les voisins. Peu de temps après l'affaire d'Antibes, ce furent les habitants de Villeneuve qui troublèrent la paix, ainsi que nous l'avons vu plus haut.

LA VIE DES TEMPLIERS

Dans chaque province templière la vie variait suivant les maisons et suivant les saisons. La règle était la base de la vie mais à chaque période de l'année la vie quotidienne suivait les aléas des récoltes, des travaux et des pâturages. Les saisons, le climat et la hiérarchie influaient sur le déroulement des heures. La hiérarchie était la plus importante étant donné son élasticité. Sio les trois catégories de membres de l'ordre : chevaliers, chapelains et sergents restaient les mêmes et formaient la communauté régulière, les différences se rencontrent dans la hiérarchie inférieure. Les frères à vœux constituent l'Ordre en tant qu'institution. En dehors des frères, le Temple admettait dans son régime interne d'autres personnes, sans vœux, mais avec promesses participant aux bénéfices temporels et spirituels de l'Ordre qui permettaient aux frères de suivre leur vie régulière et les horaires prévus par la règle pour tel ou tel office liturgique.

Nous avons donné les listes des commandeurs que l'on peut trouver dans les archives. A la tête d'une commanderie se trouve le commandeur ou précepteur. Ces deux mots signifient la même fonction, Comme je l'ai dit et écrit maintes fois le preceptor est la définition latine et ne se rencontre que dans les textes en langue latine. Le comendator, comandor, commandor ne se trouve que dans les textes en langue vulgaire : français, espagnol, portugais, etc.
Les commandeurs (278) sont les supérieurs des communautés régulièrement établies. Ils dépendent d'un commandeur-majeur et d'un commandeur régional lequel est le chef du chapitre provincial formé de tous les commandeurs et de quelques frères élus dans les commanderies. Chaque décision n'est pas prise à la légère. Pour les seconder dans leurs tâches, la hiérarchie a prévu des sous-commandeurs et des lieutenants. Les sous-commandeurs s'occupaient principalement dans les commanderies des biens temporels. Ils en étaient les gestionnaires, les économes. Les lieutenants de leur côté occupait la charge d'envoyé du commandeur provincial.
Dans l'Ordre du Temple on n'avait pas le temps de s'enraciner dans une maison. Les chapitres généraux d'ailleurs, s'appuyant sur les textes législatifs encouragèrent les mutations. Nous suivons la trace de nombre d'entre eux au travers des commanderies. Quelques exemples pourront donner une juste idée de ces changements.
Guillaume de Châteauneuf est commandeur de Gadagne de 1214 à 1217. Nous le trouvons commandeur d'autres maisons par après.
278. pour plus de commodité, et d'unité et de compréhension, j'emploie le mot commandeur.

Rostang de Comps, maître en Provence en 1247 avait été frère de Grasse, commandeur du Ruou en 1230 puis de 1235 à 1236 et à nouveau de 1248 à 1249. Que dire de Roncelin de Fos qui occupa des charges importantes dans l'Ordre, maître en Angleterre en 1236, en octobre 1252 il se trouve en Palestine dans la suite de Thomas Béraud et de 1260 à 1277, maître en Provence avec une coupure de 1263 à 1265 où il est nommé visiteur en Italie.

A la fin du XIIIe siècle les commandeurs eurent la charge de plusieurs commanderies, ceci étant dû au manque de recrutement. Cette clause se trouve aussi dans diverses abbayes cisterciennes et bénédictines au XV et XVIe siècles. Albert de Blacas en 1298 est commandeur de Bras, Saint-Maurice, Sainte Maxime, le Ruou et Aix-en-Provence. Au moment de la suppression il était commandeur régional d'Aix et de Saint-Maurice.

Guillaume Clari, commandeur de Cavaillon en 1275 est nommé sous commandeur d'Arles à la fin de la même année. Il est titulaire de la commanderie de 1282-1285 après avoir été commandeur d'Avignon de 1276 à 1279.

Il ne faut donc pas s'étonner non plus de voir des commandeurs revenir trois, quatre et même cinq fois à la tête d'une commanderie. Nous trouvons aussi deux commandeurs dans certains actes. Qua faut-il penser de cette hiérarchie ? En étudiant les textes législatifs de l'Ordre et surtout les articles de la règle, la réponse est facile à trouver. L'article 137 de la règle précise l'existence d'un commandeur des chevaliers (279). Il s'avère qu'un commandeur des chevaliers était désigné lorsqu'il y avait plus de dix chevaliers, c'est ce que nous constatons principalement à la commanderie du Ruou de la fin du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle. Il arrive aussi que le deuxième commandeur est nommé vice-commandeur ou lieutenant. Nous trouvons cette hiérarchie dans les résultats du chapitre général de 1205 convoqué après la désastreuse maîtrise de Gérard de Ridefort. Les capitularis insistèrent sur le fait que le second commandeur s'occupe spécialement de la communauté des chevaliers, c'est-à-dire des frères de première catégorie, exactement comme le prieur dans une abbaye cistercienne ou bénédictine vis-à-vis des religieux de chœur. Le commandeur titulaire était surtout un administrateur.
279. DAILLIEZ (Laurent), les Templiers et les règles de l'Ordre du Temple, n°137.

Nous suivons facilement certains commandeurs d'une maison à l'autre tout comme les maîtres de province à l'extérieur comme Raimbaud de Caromb qui était maître de Chypre à la chute de l'Ordre après avoir été maître en Provence.

Le rôle du commandeur est bien défini dans, la règle et sa juridiction ne s'étendait que sur le domaine dont il était titulaire. Les articles 132 à 137 de la règle sont assez explicites, cependant la règle primitive témoigne de l'importance du chapitre et ne parle pas de la supériorité d'une seule personne dans une maison sauf en ce qui concerne le maître à l'article 40 (280).
280. DAILLIEZ (Laurent), les Templiers et les règles de l'Ordre du Temple, n°40.

Le texte législatif est relativement complet pour avoir une juste idée de l'importance juridictionnelle d'un commandeur, tout comme sa représentation relative. Bien souvent on constate dans les actes de chaque commanderie la présence de plusieurs commandeurs, généralement le maître de province ou un lieutenant ou un délégué.
En 1298, c'est Jean de Montréal, commandeur d'Avignon qui est à Grasse pour régler un litige. En 1222 lors de l'acquisition du fief et de la seigneurie de Montmeyan, nous avons un véritablement rassemblement de commandeurs et de frères. Nous y voyons Guillaume de Moissac, commandeur de Saint-Maurice, R. Laugier, lieutenant du maître en Provence et en Espagne, Guillaume d'Allac, Rostang de Saint-Laurent, commandeur de Nice et Grasse et Bernard, commandeur de Bras. Quatre commandeurs qui avaient reçu pouvoir du commandeur régional absent à cette donation (281). Il n'est pas rare que le commandeur régional se déplace, mais il faut que l'affaire soit grave. En 1229 ce sont les frères Imbald, décimataire provincial et Evrard, compagnon du maître qui sont envoyés à Saint-Maurice pour de nouvelles acquisitions.

Ces diverses mentions montrent combien les initiatives personnelles sont bannies du Temple. Même le grand-maître est assujetti aux décisions capitulaires, il n'est que le représentant et les grandes décisions sont prises capitulairement, démocratiquement dirions-nous.

En 1155 une décision fut prise concernant une donation à la chartreuse de Durbon. L'acte précise bien que Pierre de la Rovière, maître du Temple et partie des Espagnes et Hugues de Barcelone, commandeur de Lus-la-Croix-Haute du consentement de leurs frères et du chapitre (282). En 1204, lorsque l'abbé de Saint Ruf fait une donation aux templiers de Valence, Hugues de Rochefort commandeur des templiers accepte la donation avec l'assentiment de ses frères (283). Il en est de même de la donation faite à Chabeuil le 16 décembre 1206 (284).
281. au contraire de ce qu'avance J. A. Durbec dans Provence Historique. Page 31. 282. Chartes de Durbon. n°38, pages 43-46. 283. CHEVALIER. Cadice Diplomatico, S. Rufi.. n° 88, pages 94-96. 284. Chabeuil, archives communales, copie du 13 juillet 1604.

Les exemples ne manquent pas. Les maîtres provinciaux se font représenter et nous trouvons en Provence bien des cas d'ambassades dont les titulaires sont appelés lieutenants du maître.
Des cas bien précis peuvent être cités lorsque les commandeurs d'une commanderie tranchent eux-mêmes les litiges avec leur maison en représentant le supérieur. Le plus bel exemple de ces décisions capitulaires nous est donné par la commanderie de Peyrassol. Le 26 avril 1296 ; Guigues Adémar, maître des maisons du Temple en Provence notifie la fin d'une concorde entre Bernard Revel commandeur de Peirassol et les chanoines de Pignans, cette notification est faite du consentement et approbation des frères réunis lors du chapitre général de Montpellier (285). Cette concorde sera confirmée le 4 juin suivant par les supérieurs des deux communautés, mais le commandeur de Payrassol est nommé procureur du maître en Provence. (286).
285. Marseille, Archives départementales, 56 H. Ancienne côte 110. Temple 116 286.- Ibid., copie du 13 mars 1688. 286. Ibidem, ancienne cote Temple 110.

Le 26 février 1298, c'est Pierre Rigau, commandeur de Nice, Grasse et Biot qui agit au nom de noble chevalier Guigues Adémar, maître du Temple en Provence (287). D'autres exemples sont à signaler au Ruou, à Bras ou à Saint-Maurice.

Toutes ces mutations et ces représentations n'étaient pas faites à la légère, les chapitres provinciaux choisissaient suivant les compétences. Lorsqu'une maison semblait avoir quelques difficultés d'administration, le commandeur de telle ou telle autre maison était changé et muté pour aller relever les difficultés. On constate toutefois, au contraire des ordres monastiques, qu'un commandeur de maison régionale pouvait devenir supérieur d'une maison placée sous la juridiction de celle dont il était titulaire. C'est une bonne leçon d'humilité dont l'exemple devrait être suivi par bon nombre de grands maîtres actuels.
Si la compétence d'un commandeur était reconnue, les mutations avaient un autre but, éviter la routine et pour cela la règle est assez précise, mais il fallait rechercher non pas le bien d'une seule maison mais de l'Ordre en entier. Tout se faisait par l'Ordre, avec et pour lui au travers de la hiérarchie des chapitres.

Chaque maison du Temple était le dernier maillon des chapitres composés uniquement des frères chevaliers. Les communautés variaient en nombre et les actes sont assez clairs pour avoir une juste idée du nombre de religieux. Le nombre donné bien souvent dans les actes doit être légèrement augmenté. La preuve de cette avance est donnée par des actes concernant des commanderies hors de la Provence et que nous étudions par la suite.

On peut donc évaluer le personnel des commanderies suivant le nombre des témoins cités dans les actes. Pour Arles nous pouvons dire que la communauté se composait d'une vingtaine de membres tout comme les commanderies de Richerenches et du Ruou. Pour les autres le personnel variait entre cinq et dix. Il faut bien préciser qu'il s'agit des chevaliers avec quelques pointes supérieures durant le siècle d'apogée de 1 Ordre. Voyons ce que nous donne les actes les plus représentatifs pour quelques commanderies.

RICHERENCHES

1144 un chapelain et quatre frères (288).
1144 un chapelain et sept frères (289).
1151 un commandeur, un chapelain, un prêtre et plusieurs frères (290).
1159 un commandeur, deux prêtres, trois frères cités et plusieurs autres (291).
1163 un commandeur et 19 frères (292).
1169 un commandeur et 11 frères (293).
1169 un commandeur et 8 frères (294).
1169 un commandeur et plusieurs frères (295).
1171 6 avril un commandeur et 11 frères (296).
1171 28 avril un commandeur et 14 frères (297).
1171 5 mai un commandeur et 14 frères (297).
1171 5 mai un commandeur et 20 frères (298).
1179 un commandeur, un chapelain, un bailli, 5 frères cités et plusieurs autres (299).
1180 un commandeur, un chapelain et 12 frères et le même jour un commandeur et 8 frères (300).
1181 avril un commandeur, un chapelain et 7 frères (301).
1181, 14 mai un commandeur et 12 frères (302).
1200 un commandeur, un chapelain et 8 frères (303)
288. RIPERT-MONCLAR, Cartulaire de Richerenches, n° 12
289. Ibid, n° 11.
290. Ibid, n° 67.
291. Ibid, n° 137.
292. Ibid, n° 189.
293. Ibid, n° 119.
294. Ibid, n° 198.
295. Ibid, n° 207.
296. Ibid, n° 124.
297. Ibid, n° 104.
298. Ibid, n° 103. 117, 125.
299. Ibid, n° 241.
300. Ibid, n° 227.
301. Ibid, n° 247.
302. Ibid, n° 238.
303. Ibid, n° 258.

ROAIX

1139 un commandeur et 4 frères (304).
1140 un commandeur et 3 frères (305).
1140 un commandeur et 4 frères (306).
1148 un commandeur, un chapelain, un frère cité et plusieurs autres (307).
1150 un commandeur, un chapelain, 2 frères (308). 1155 un commandeur, 3 frères (309).
1165 un commandeur, un chapelain 4 frères (310).
Sans-date un commandeur et 8 frères (311).
304. CHEVALIER.Cartulaire des Hospitalize. n° 104.
305. Ibid, n° 114.
306. Ibid, n° 113.
307. Ibid, n° 121.
308. Ibid, n° 120.
300. Ibid, n° 134.
310. Ibid, n° 133.
311. Ibid, n° 106.

ARLES

1145 un commandeur et 6 frères (312).
312 Marseille. Archives Départementales, 56 H. anciznnz cotz Temple 99.
312. Chartes de Durbon. n° 91.

LUS LA CROIX HAUTE
1173 un commandeur et 4 frères (313).
313. Marseille. Archives Départementales, B.4. fol 185.

AIX EN PROVENCE

1207 un commandeur et 5 frères (314).
314. Marseille. Archives Départementales, 56 H. Ancienne cote Temple 116.

PEYRASSOL

1296 un commandeur, deux commandeurs lieutenants et 4 frères (315).
315. Marseille. Archives Départementales, 56 H. Ancienne cote Temple 116.

SAINT MAURICE

1206, un commandeur, un chapelain et 7 frères (316).
1222 un commandeur, 3 commandeurs étrangers, 12 frères (316).
1229 un commandeur, un sous-commandeur, un commandeur étranger, 2 frères provinciaux et un frère (316).
1262 un commandeur, un commandeur étranger et 8 frères (317).
316. Ibidem, 56 H 5314
317. Ibidem, 56 H 5315.

LE RUOU

1193 Un commandeur et 7 frères (318).
1195 2 commandeurs, un chapelain et 3 frères (319).
1195 un commandeur, un chapelain et 14 frères (320).
1203 un commandeur, un chapelain et 7 frères (321).
1224 un commandeur et 15 frères (321).
Il n'est donc pas prudent de s'avancer sur une population de commanderie.
Ainsi J.A. Durbec qui nous précise que la maison de Bras devait avoir une moyenne de trois frères ne peut être pris en considération. Les templiers étaient trop attachés à leur règle pour la dégrader. Or s'il y avait un commandeur et un chapelain il y avait au moins dix frères, s'il y avait deux commandeurs au moins dix frères chevaliers et ce que j'avance est prouvé par les textes cités.
318. Ibidem, 56 H. 5279.
318. Ibidem, 56 H. 5281.
320. Ibidem, 56 H. 5291.
321. Ibidem, 56 H. 5282.

En dehors des frères cités dans les actes, bien souvent passés dans les commanderies, d'autres frères résidaient dans les maisons annexes. Prenons un exemple qui va encore contre les données de J.A. Durbec. Au mois de mai 1193 à Lorgues, était passée une vente en présence d'Hugues, clavaire du Ruou représentant le commandeur, le chapelain de Lorgues frère Lambert et trois autres frères que l'on ne trouve pas dans les actes du Ruou. J'admets que certains templiers vaquaient à des occupations à travers les grands domaines de chaque commanderie mais de là à les faire voyager continuellement il y a beaucoup (321).
321. Ibidem, 56 H. 5282.

La hiérarchie d'une commanderie était complétée par d'autres titres et fonctions : sous-commandeur, chapelain, clavaire, chambrier, sergent et rarement écuyer du commandeur.

Le frère chapelain était toujours un frère de l'Ordre. La règle ainsi que les textes canoniques et législatifs sont assez explicites à ce sujet. Dans chaque commanderie lorsqu'il est fait mention du chapelain il s'agit toujours d'un membre de l'Ordre. Certains textes vont même jusqu'à préciser lorsque le prêtre desservant la commanderie n'est pas de l'Ordre. Pour les églises dépendantes d'une commanderie il y avait un recteur mais là, l'obligation d'appartenir à l'Ordre n'était pas de rigueur, étant donné que la juridiction était épiscopale et non templière. Un exemple bien précis est donné par le commandeur du Ruou lors de l'acquisition de Saint-Pierre d'Entraigues, le 1er avril 1252. La juridiction dépendait de l'évêque de Fréjus et ce n'est que le 29 mai 1256 que Bertrand de Saint-Martin, évêque de Fréjus confirma cette église. Le prêtre desservants était choisi par le chapitre du Ruou mais devait se présenter à l'évêque qui pouvait refuser (322).
322. Ibidem, 56 H. 5284.

Le clavaire avait une mission toute spéciale. S'il s'occupait de l'administration intérieure de la maison, son rôle n'avait rien à voir avec l'économat qui incombait au chambrier. Au contraire de ce dernier qui avait pour tâche la commanderie même, le clavaire s'occupait de l'administration des maisons dépendantes de la commanderie, alors que le sous-commandeur récoltait l'argent. Chaque titre, dans l'Ordre du Temple avait sa fonction bien définie et son rôle bien déterminé et il est impossible de broder sur telle ou telle fonction. Si l'on commence à trouver des élucubrations, c'est qu'on y entend rien, autant alors arrêter les études sérieuses qui toujours sont sans références.
Si la règle cite l'écuyer nous n'avons qu'une seule mention de cette fonction dans un acte de Richerenches. Son rôle était d'accompagner le commandeur (324).
324. La règle cite souvent l'écyuer et prévoir même un écuyer pour le commandeur des maisons, voyer DAILLIEZ. Les Templiers et les Règles de l'Ordre du Temple, article 50. 17. 23. 33. 57. 28. 77. 94. 101. 110. 120. 125. 130. 132. 140. 142. 145. 157. 158. 175. 181. 283. 305. 323. 326. 335.

Comme nous l'avons vu, les commanderies acceptaient des familiers, des hommes du Temple, des donés ou donats. Il y avait une véritable hiérarchie laîque sous la tutelle du commandeur, très souvent et les actes ne manquent pas les donateurs se mettaient sous la protection du Temple en faisant don d'une partie ou de la totalité de leurs biens. Malgré l'article 53 de la règ le qui interdisait les sœurs et l'article 58 indiquant de ne pas recevoir d'enfants, on vit dans certaines commande- ries de véritables sœurs faisant des vœux et des enfants dont les parents en avaient confié la garde aux templiers pour en faire de futurs frères.

On peut se poser alors la question : Quel était le rôle et la vie des Templiers ? On ne sut qu'inventer pour essayer de prouver, de faire admettre qu'en France les frères du Temple furent les policiers de la route au Moyen Age. Il n'y a rien de plus faux et les frères de l'Ordre avaient autre chose à faire qu'à parcourir les routes de France par étapes de 20 kilomètres pour assurer la paix. Les actes de Terre Sainte montrent combien les Templiers en occident étaient plus utiles pour diriger les domaines et les administrer afin d'envoyer le nécessaire pour les combats et la vie des combattants (325).
325. Je pense surtout aux élucubrations émises par Gérard de Sède. Maurice Guingamp. Yvon Roy et Louis Charpentier auxquels il faut ajouter certaines associations d'études templières.

Assurément les templiers étaient des militaires aussi les voyons-nous participer à quelques actions comme à Nice où en 1205, ils furent les gardiens de la Tour de Bertrand Desa en union avec les Hospitaliers de Saint-Jean (326).
326. Dailliez (Laurent). Vence. cité millénaire. tome III, sous presse ; et Marseille. 56 H, ancienne côte Temple 106.

En dehors de ce cas, les templiers en Provence eurent à s'occuper des pontons qu'ils avaient dans les ports de la cote méditerranéenne : Marseille, Toulon, Hyères, Fos. Pour ce qui est de Nice nous n'avons aucune preuve. Quant aux tours de guet, il est normal que les frères aient eu un rôle à jouer comme nous le voyons aussi dans les villes. On ne trouve jamais les templiers dans les rôles de guet dans les villes en dehors des seigneuries dont ils étaient propriétaires.
Biot, Montfort, Richerenches. Bien sûr dans les châtellenies, les villages dont ils étaient seuls seigneurs les templiers assuraient la sécurité des populations. Là encore ce n'étaient que la coutume. Rien n'est spécial pour les Templiers. A Richerenches, à Roaix, au Ruou où l'Ordre était suzerain, le droit féodal n'était pas spécial pour les templiers. Il en était de même pour tous les autres ordres religieux et les droits s'étendaient jusqu'à ceux de justice et de juridiction. Le couvre-feu, le tocsin, les rondes, les sanctions ne variaient pas d'une seigneurie à l'autre.

Les Templiers n'assuraient pas la garde de leurs seigneuries comme tous les seigneurs voisins. Certains ont vu une garde importante dans la vallée de l'Argens, dans les gorges d'Ollioules ou encore sur les côtes de Provence. Je ne pense pas que certains seigneurs, comme les Grimaldi ou les seigneurs des Baux aient vu d'un bon œil que des étrangers viennent mettre leur grain de sel dans leurs seigneuries, même pour une simple garde. D'ailleurs ces faits sont confirmés par les actes. Nous n'avons rien retrouvé qui puissent donner une seule idée sur ces points de garde des voies de communication et Dieu sait si les documents ne manquent pas, à moins de voir, encore là, les effluves d'un Temple secret (327).
327. Je suis prêt à revenir sur ces données à la seule condition deme monter des documents irréfutables et non des suppositions. La Bibliographie de l'Ordre du temple est trop importante sur les choses supposées pour ne pas encore en ajouter, surtout sans preuves.

Il est très difficile d'admettre que les templiers aient pu jouer un quelconque rôle militaire. Les inventaires divers qui sont parvenus jusqu'à nous, et je ferais remarquer qu'ils sont nombreux, ne signalent pas grand-chose dans le domaine de l'armement. Lorsqu'on compare les inventaires avec les équipements édictés par la règle, on est très surpris de la pauvreté des frères en ce domaine (328).
328. Les articles de la Règle sont nombreux et vont des épées jusqu'à l'arrachement en passant par l'habillement.

Les inventaires signalent seulement pour Montfort 2 épées, à Sainte Maxime une épée, une lance et un casque. C'est bien peu pour des hommes que l'on dit garder les routes. Plusieurs maisons du Temple n'avaient même pas une épée : Toulon, Brignoles, Richerenches, Avignon, Arles.

Le rôle des Templiers en occidents étalait sur le recrutement des frères. Des commanderies étaient spécialement chargées de la formation religieuse des futurs combattants. Nous verrons par ailleurs (329) que certains commandeurs équipèrent des seigneurs et des chevaliers se rendant à la croisade. En Provence nous n'avons qu'un seul cas de ce genre. Il s'agit de la commanderie de Saint-Maurice qui en 1170 promettait au seigneur de Régusse de lui fournir armes et équipements dans le cas où il partait outre-mer (330)
329. Principalement dans les Templiers en Languedoc.
330. Marseille. Archives Départementales. 56 h 5516

En dehors de ce rôle temporel il ne faut pas oublier que les templiers étaient des religieux à part entière, prononçant les trois vœux de l'Eglise : pauvreté chasteté, obéissance. A ces trois vœux les templiers ajoutèrent la conversion des mœurs (331).
331. Dailliez. Les templiers et les règles, articles 6 et 5.

Chaque commanderie titulaire possédait sa chapelle, son église et si à la fin, lorsque les maisons n'étaient plus en mesure d'avoir d'importantes communautés, si les églises servaient d'entrepôts, il ne faut pas généraliser et sous-entendre que durant toute l'existence de l'Ordre, il en fut de même.

La vie religieuse dans les commanderies était celle promulguée par la règle. Les offices étaient suivis avec régularité. Les matines, chantées ou récitées la nuit sont signalées dans un acte concernant Bayles. Certaines chapelles de tordre avaient été constituées en église paroissiale : Saint-Maurice, Richerenches, Bras, Bayles, etc. Au travers de certains actes nous savons comment fonctionnaient ces paroisses. Les privilèges du Temple étaient malgré tout sauvegardés même avec les visites épiscopales. Face aux directives pontificales, principalement celles édictées par Innocent III, les droits de paroisse devinrent assez limités par les évêques. Le clergé séculier partit en lutte contre l'importance paroissiale du Temple. Richerenches ou Bras conservent dans leurs archives certains actes restrictifs. En 1220, Olivier, évêque de Fréjus, notifiait aux Templiers de Bras, leurs droits quant à la manière dont ils se devaient d'agir face au clergé de la ville. L'évêque leur donnait l'autorisation de construire une église pour leurs besoins spirituels. Cette autorisation dont les templiers auraient pu se dispenser étant donné les directives pontificales était beaucoup plus faite pour entraîner les restrictions, du droit de paroisse que pour éviter une construction de chapelle privée. Malgré tout, il était plus prudent de conserver les bonnes grâces de l'évêque, aussi les Templiers firent-ils les démarches canoniques surtout en vue de la consécration de l'autel et la bénédiction des objets du culte, car même si l'évêque du lieu ne Voulait pas procéder à ces règles, les frères du Temple avaient le recours de s'adresser à n'importe quel évêque (332).
332. DAILLIEZ. Les Templiers gouvernement et Institutions, passim.

Afin d'éviter que les paroissiens désertent l'église du village pour aller suivre les offices plus réguliers, l'évêque de Fréjus qui avait déjà eu des démêlés avec des affaires de ce genre pour les templiers du Ruou, il décida que l'oratoire ne devait pas posséder plus d'un autel et deux cloches, encore fallait-il que les cloches ne sonnent qu'à matines et pour la messe, mais avec modération et à la condition que l'avertissement des offices de précède pas ceux de la paroisse. Les templiers pouvaient avoir des chapelains auxquels il était interdit d'entendre les confessions, de pratiquer les cérémonies des relevailles et d'administrer les sacrements de mariage et de baptême. L'évêque fut lui aussi très prudent car cette interdiction ne touchait pas les templiers ni les familles qui travaillaient pour l'Ordre. Il est difficile d'admettre que les chapelains de la commanderie allaient quelques fois célébrer les offices dans les maisons annexes. S'ils y allaient c'étaient surtout lors des visites régulières du commandeur et les templiers devaient suivre la régularité des horaires monastiques, même sur les lieux de combats. Les inventaires laissés par les enquêteurs montrent une extrême pauvreté dans certaines maisons, aussi n'y eut-il qu'un pas à faire pour déclarer que les templiers prévenus de l'opération qui se tramait contre eux, avaient fouillé rapidement dans leurs affaires, et cela en toute hâte, pour en retirer ce qu'il y avait de plus précieux et le remettre à des personnes de confiance (333).
333. Voyer DURBEC (J. A.) opuscule cité, page 44.

C'est bien rapide et surtout un peu cavalier comme conclusion. Il ne faut surtout pas oublier que depuis la perte de la Terre Sainte, le recrutement des templiers fut difficile. Les commanderies ayant eu des communautés de 20 à 30 religieux se trouvèrent avec 5 ou 6 frères et que le chapelain, même le sergent faisait souvent office de commandeur. A partir du chapitre général de Montpellier en 1295 il fut autorisé de vendre des biens et des propriétés ce qui était interdit par la règle. Les auteurs qui tranchent aussi rapidement devraient consulter les divers comptes de l'Ordre pour s'apercevoir que les Templiers vendaient leurs biens pour prêter de l'argent à des souverains, aux papes, entre autre Boniface VIII, et à des seigneurs.

Ensuite dans le trois quart des commanderies, les templiers vivaient comme les paysans de l'époque. Leurs préoccupations consistaient uniquement dans l'exploitation de leur domaine. Ils étaient moines et chacun vaquait à ses occupations suivant les us et coutumes de l'Ordre.

Fin de l'Ordre

Dans chaque région de France principalement, les templiers eurent à souffrir de l'action de l'Eglise et de l'Etat. La rafle du 13 octobre 1307 n'eut lieu en Provence que beaucoup plus tard. Le comte de Provence, Charles d'Anjou, lança l'attaque contre les Provence, Charles d'Anjou, lança l'attaque contre les Templiers de la même façon que son confrère et parent le roi de France (334).
334. pour le détail politique en Provence, voyer Le Bûcher des Templiers. Il en est de même pour les textes des lettres du comte de Provence Le détail de la vie des frères en Provence est alors mis en relief.

La date d'arrestation fut fixée au 24 janvier 1308. Comme dans le royaume de France, le silence, le secret furent très bien respectés et les Templiers de Provence ne s'inquiétèrent aucunement, la vie quotidienne continuait dans les maisons. Il y avait aussi le cas qu'en Italie ou en Espagne, rien ne laissait entrevoir et prévoir l'issue fatale pour tout l'Ordre. Charles II d'Anjou dit le Boiteux, comte de Provence, prince de Salernes et roi de Naples ordonna à tous ses viguiers et juges de se conformer à ses lettres (335).
335. les textes des deux lettres peuvent se voir aux archives départementales des Bouches-du-Rhône. B 154.

Le souverain, dans sa lettre du 13 janvier 1308, demandait l'arrestation pour le 24 suivant, avant l'aube. Le passage du texte concernant les ordres, précise : Nous vous envoyons par ces présentes une lettre close sous notre petit sceau, au sujet d'une affaire importante et d'un négice secret. Par leur teneur, nous vous commandons et enjoignons sous le serment que vous nous devez et sous peine de confiscation de vos corps et de vos biens, que les ayant reçues en vos mains propres sans les mentionner, ni en tenir propos à une personne vivant vous les gardiez et les conserviez très secrètement sans les ouvrir : les gardant et les tenant closes de la même façon qu'elles sous seront remises jusqu'au 24 du présent mois de janvier. A ce jour indiqué, avant qu'il fasse clair, ou plutôt en pleine nuit, vous les ouvrirez et aussitôt la lecture faite, vous exécuterez sans délai le contenu le même jour, sans aucune faute....

Le 24 janvier, les viguiers et les juges ouvrirent la seconde lettre. Ils purent Y lire qu'en : Suivant l'exprès mandement de notre Saint Père le pape à nous envoyer secrètement, nous vous demandons et commandons par ces présentes, sous peine de confiscation de corps et de biens que le 24 du présent mois de janvier vous fassiez prendre et saisir de corps tous les Templiers de notre comté de Provence, Forcalquier et Terres adjacentes et que vous les mettiez et fassiez mettre et traduire sous bonnes et sûres gardes à leurs dépens, dans les prisons les plus fortes et les plus sûres que vous aviserez...

Le comte de Provence, fidèle acharné des Templiers se mettait à l'abri de la bulle pontificale (336). Tous les représentant du gouvernement firent suivant les directives du souverain et les observèrent avec minuties. Les officiers de la cour royale d'Aix, de Grasse, de Nice, de Peruis, d'Avignon, D'Arles, etc. se rendirent dans les commanderies et autres maisons ou sans difficulté, sans résistance aucune, ils firent prisonniers tous les Templiers. Des inventaires furent aussitôt dressés et copiés en trois exemplaires comme le voulait le comte. Nous avons les noms des juges et notaires qui dressèrent les actes d'arrestation et d'inventaire que nous retrouvons plus haut dans les extraits que je donne aux commanderies.
336. La bulle est datée du 22 novembre 1308.

Dans certains cas les populations proférèrent des menaces, notamment à Nice, à Aix, à Bayles, à Bras, au Ruou. Les évêques de Nice et de Fréjus notifièrent ces menaces de révolte, mais invitèrent les populations au calme en faisant publier les passages des textes pontificaux relatant les griefs proférés contre les Templiers (337).
337. Les auteurs provençaux Ruffi. César de Nostredame. Bouche. Tisserand donnent tes renseignements extraits des Lettres pastorales dont un seul original fut retrouvé ainsi que deux copies de l'époque. Archives Vaticanes, château Saint-Ange, voyer Bibliographie du Bûcher des Templiers.

Toutefois après les arrestations du royaume de France, on peut se demander si les Templiers n'étaient pas sur leur garde. Nous sommes certains que les frères de Provence ne s'inquiétaient aucunement de leur personne, quant aux biens il est assez difficile de faire admettre et d'admettre que des Trésors furent cachés. Tous les biens furent saisis et les inventaires sont là pour le démontrer.

Les biens passèrent aux hospitaliers, suite aux décisions prises lors du concile de Vienne en 1312. Néanmoins, il ne faut pas penser que tous les biens furent reçus par les Hospitaliers de Saint-Jean. Certains monastères comme le Thoronet avec Lorgues participèrent au partage. A Vence la plus grande partie des biens fut partagée entre l'évêque et les divers seigneurs. A Aix ce furent les religieuses de Sainte-Claire tandis que pour Bompas, le pape Jean XXII y installa des chartreux.

Qu'advint-il des Templiers dans nos régions ? Il est difficile de répondre n'ayant pu retrouver les actes du procès, si procès il y eut. Nous savons que quarante-huit frères furent emprisonnés tant a Pertuis qu'au château de Meyrargues : 21 pour Pertuis et 27 pour Meyrargues. Il semblerait que le comte de Provence demanda l'ouverture d'un procès puisque nous avons la trace d'un transfert à Aix en Provence. Certains disent plusieurs, c'est très plausible. Nous sommes certains aussi que plusieurs frères périrent sur le bûcher et Charles II n'avait rien à envier à Philippe le Bel pour sa cruauté. Il est difficile encore de donner un chiffre sur le massacre. Néanmoins dans certaines baillies, plusieurs frères furent placés sous la garde des juges et des viguiers et Léon retrouve leurs traces par après chez les Hospitaliers. Au Ruou, à Nice certains noms se rencontrent. Néanmoins c'est au Ruou que la mention ancien du Temple est faite dans certains, actes (338). Je ne m'étendrais pas sur les causes de l'abolition de l'Ordre ayant donné des détails plus importants dans le bûcher des Templiers
338. SIGAL. (J) La commanderie du Ruou dans Provence Historique

On s'étonnera peut-être de la restriction de cette étude, mais la plupart des sujets demanderaient de plus amples explications, ont été traités par ailleurs, principalement en ce qui concerne le droit. La bibliographie du Temple que j'ai publiée en 1972 donnera aussi des éléments plus complets sur telle ou telle commanderie.

Malgré tout il est nécessaire de donner un aperçu réel de l'Ordre du Temple dans chacune des provinces françaises. La prochaine étude traitera des Templiers dans le Languedoc, c'est-à-dire dans la partie occidentale de Saint-Gilles. Là encore les éliminations vont être importantes et le fait des Cathares va bien montrer l'attitude des Templiers face aux prétendues relations ésotériques.

LES POSSESSIONS FAUSSES ET DOUTEUSES

Que n'a-t-on pas dit et écrit sur des commanderies, des maisons et des prieurés éponymes ? La littérature locale et même nationale avec de prétendus guides tant du XIXe que du XXe siècle a mis un nom de templier sur tout ce qui ne pouvait être attribué à autre. Par la suite les élucubrations de certains ésotériques complétèrent la panoplie des vieilles pierres sans nom. C'est surtout dans la partie orientale de la Provence que de fausses attributions sont le plus à signaler. On peut se demander le pourquoi de ces prétendues localisations templières. Beaucoup de ces monuments conservent-ils des traces quelconques d'une occupation templière ? C'est moins certain. Si le Dictionnaire historique des Bouches-du-Rhône, travail remarquable d'érudition attribue peu de monuments aux Templiers, deux auteurs niçois s'en font un véritable festival et n'en sont pas une erreur près, le plus connu étant Durant dans sa Chorographie du Comté de Nice, puis Blanc avec son Epigraphie des Alpes-Maritimes.

Dans le comté de Nice et les évêchés de Grasse et de Vence, beaucoup de maisons n'ont jamais appartenu à l'Ordre du Temple et pour certaines de ces attributions nous avons recherché les preuves. Beaucoup d'auteurs ont eu recours à des preuves architecturales pour reconnaître de soi-disant commanderie. Nous verrons par après ce qu'il faut penser de ces pseudos preuves et surtout de certaines conférences données dans des centres culturels.

L'inventaire de cette région est donc colossal. Si nous sommes certains des commanderies citées et même de Vence (339), pour d'autres ne les ayant pas trouvées dans les textes nous avons cherché ailleurs.
339. Quoique puisse en penser J. A Durbec qui minimise les possessions au profit de Biot. Fort heureusement il n'y eu pas seulement Biot. Il est inadmissible qu'en histoire le chauvinisme existe encore.

En premier lieu nous citerons la chapelle et le château de la Gaude dont on nous montre une commanderie templière du XIe siècle (sic). La chapelle Saint-Père de la Gaude appartenait aux moines de Lérins depuis le Xe siècle tandis que le château fut construit à partir de 1280 par Pierre de Villeneuve, second fils de Romée de Villeneuve, sénéchal de Provence. Pierre de Villeneuve hérita de la seigneurie, lorsque son frère, Paul, renonça à la baronnie de Vence suite à la déchéance de Guillaume Boniface de Castellanne, son beau-père.

Le château de Tourrettes-sur-Loup à les mêmes origines. Les Templiers n'eurent que des terres à Tourrettes ainsi que le témoigne l'inventaire. 11 en est de même de la pseudo-commanderie de Thorenc où toute la seigneurie appartenait à la famille de Villeneuve qui donna naissance à la famille des Villeneuve-Thorenc. A Roquefort les Pins il est très difficile d'admettre les données de l'abbé Tisserand dans son histoire de Vence page 291. Il en est de même de certaine église comme Sigale, fief de la famille des Grimaldi de Beuil, d'Ascros, fief de la même famille ou encore de celle de Châteauneuf d'Entraunes, dont la cité était sous l'entière juridiction des comtes de Provence (340).
340. Je signale que pour toutes ces possessions prétendues templières il existe des archives qui prouvent le contraire : Nice. Turin. Marseille et que tout le monde, peut les consulter. Quant aux archives secrètes (!). C'est une autre histoire car les détenteurs, tant et si bien qu'elles existent, pourraient les montrer.

Le prieuré Saint-Gervais de Sospel appartenait à des chanoines réguliers de Saint-Augustin qui prirent pas la suite celui de Saint-Michel appartenant aux bénédictins de Saint- Pons de Cimiez. Que dire des églises d'Utelle, de Roquebillière ou de Saint-Martin de Vésubie. Eh bien nous savons avec conviction que ces trois églises n'appartinrent jamais à l'Ordre du Temple.

L'église d'Utelle date bien du XIe siècle et fut dédiée à saint Véran. Elle appartenait à l'évêché de Nice tout comme le sanctuaire que l'on veut à tout prix mettre entre les mains des Templiers. La série G: de l'évêché de Nice aux archives départementales ne signale aucunement Utelle comme possession des Templiers, ni même la série H.

Le cas de Roquebillière est beaucoup plus intéressant. L'église du village est de la même trempe que celles citées. Roquebillière fut l'un des premiers prieurés de l'Ordre des Trinitaires que fonda Jean de Marta, Le cartulaire général de cet ordre est assez précis pour ne pas épiloguer. Il en est de même de Saint-Etienne de Tinée, aussi prieuré des Trinitaires.

Le cas de Saint-Martin de Vésubie est trop ancré dans les esprits pour tenter une quelconque démystification. Ce qu'il y a de certain c'est que le sanctuaire de Notre Dame de La Fenestre attribué aux Templiers appartenait aux bénédictins de Saint-Dalmaso de Pedona, abbaye située au Piémont. Là encore nous n'avons aucune preuve d'une possession templière tandis que le contraire est flagrant. Toutefois certains auteurs se sont laissés endormir par la légende et vont même jusqu'à écrire : Un acte authentique du 9 mai 1647, raconte que les Templiers apportèrent avec eux une statue miraculeuse de la Vierge faite par l'évangéliste saint Luc. L'auteur de cet article paru dans un ouvrage sur la Pyramide de Falicon ne se trompe pas en disant un acte authentique qui se trouve aux archives de Turin, mais entre l'authentique racontant les origines d'un pèlerinage et l'authentique de l'époque des Templiers sont deux choses bien différentes. Au lieu de nous donner un acte dont il n'a pas su donner la traduction exacte car il ne s'agit par d'une statue mais d'une image, d'un tableau nous aurions mieux aimé la référence du document de 1136 qu'il cite. En plus des images de la vierge peinte pas saint Luc il y en a légion, c'est comme les morceaux de la vraie croix. Nous pouvons faire la même constatation pour les lieux dits templiers de Luceram, Isola, La Tour etc. Je ne continuerai pas sur le sujet si triste de la pyramide de Falicon au nord de Nice sur laquelle Maurice Guingamp a fait état de l'intellectualisme le plus névrosé sans oublier un orgueil mal placé nous faisant connaître le témoignage d'une science infuse qui devrait connaître les plus simples éléments de mathématiques, d'histoire, de géographie, de cartographie, de cryptographie et autres.

Pour ce qui est de la Provence orientale, en dehors des témoins cités dans la première partie, rien ne peut être attribué aux Templiers, sauf si l'on nous montre des documents irréfutables.

Dans les autres parties de la Provence, les possessions attribuées aux templiers existent aussi. Toutefois on constate des vides qui pourraient paraître étranges, mais lorsqu'on étudie l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem on fait la même constatation. Entre le Ruou et Grasse on trouve une bande vide de possessions du Temple, par contre l'influence de l'Hôpital de Comps était très importante. Il ne faut pas croire qu'il s'agit de ma part d'un parti pris concernant les pseudos possessions templières. En dehors des documents concernant ces pseudo possessions templières, je me suis attaché à rechercher les documents des grandes abbayes de Provence, des chefs de congrégations et surtout des biens concernant l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem entre 1312 et le XVe siècle. C'est ainsi que l'on peut éliminer de la liste Gréoulx-les-Bains, Brunet Saint-Martin de Bromes, Tournoux, Archail, Thorame Basse etc. En ce qui concerne Prads, les auteurs qui ont voulu en faire une commanderie du Temple auraient mieux fait de consulter les fonds d'archives de l'Ordre de Chalais et ils auraient vu que Prads était une abbaye bénédictine fille de l'abbaye de Boscodon, mais étant donné qu'il y avait un puit, il y avait un trésor templier (341).
341. Dailliez. l'ordre de Chalais. Passim

Que dire de Joucas, Ansouis, Villars ou de Saignon. Dans la région de Toulon on peut en dire autant des prétendues possessions de Garain, Grimaud, Gonfaron où les templiers n'avaient que quelques lopins de terre. Dans la région marseillaise les élucubrations ont montré les Templiers à Carpiagne, Cassis, Céreste ou autres. Il ne faut pas oublier que les Hospitaliers eurent eux aussi d'importantes possessions en Provence, quelques fois plus importantes même que les Templiers. Beaucoup de lieux-dits templiers n'ont jamais vu de frères au manteau blanc à la croix rouge mais bien des frères au manteau noir à la croix blanche. Il ne faut pas donner non plus le nom de templier à tout un village alors qu'il y a dans les inventaires la seule mention d'une rente ou d'un lopin de terre. Il en est de même de pseudo constructions. Combien n'a-t-on pas attribué de chapelles construites soi-disant par les Templiers ? Si ceux qui écrivirent ces absurdités savaient ce que représentait une telle construction au Moyen Age, les inconvénient que cela comportait vis-à-vis du clergé local, leur plume se serait vite arrêtée.

On a aussi que trop souvent attribué aux templiers des seigneuries entières parce qu'un membre de la famille était membre de l'Ordre. Il en est de même de ceux qui déclarent ex cathedra qu'ils descendent d'un templier. Amis lecteurs ne les croyiez pas, c'est faux ou alors qu'ils vous montrent des documents irréfutables et non des copies même certifiées conformes au XIXe siècle, ce sont les plus dangereuses. Les templiers faisaient des vœux et si quelqu'un se prétend descendre d'un chevalier c'est avant son entrée dans l'Ordre donc pas templier.

MAÎTRES CISMARINS - VISITEURS

Gautier de Brisebarre. 1166-1168
Geffroi Fouchier. 1168-1171
Eustache Chien. 1171-1173
Albert de Vaux et Ismidon d'Aix. 1173-1174
Baudouin de Gand. 1176-1178
Amio de Ais. 1179-1188
Alain de Neuville. 1188-1190
Gilbert Erail. 1190-1193
Pons Rigaud. 1193-1198
Amio de Ais. 1198-1201
Pons Rigaud. 1201-1203
Amio de Ais. 1203-1207
Guillaume Œil de Bœuf. 1207-1211
Guillaume Cateil. 1212-1216
Hugues de Montlaur. 1234-1237
Pierre de Saint-Romain. 1237-1242
Raimbaud de Caromb. 1246-1251
Gui de Basainville. 1257-1262
Imbert Peraud. 1266-1269
François de Bort. 1270-1273
Hugues Raoul. 1273
Pons de Brozet. 1274-1280
Geoffroi Vichier. 1286-1293
Hugues Peraud. 1299-1307

MAÎTRES EN PROVENCE ET PARTIE DES ESPAGNES

Hugues Rigaud 1128-1136
Arnaud de Bedos 1136-1139
Pierre de la Rovière 1139-1159
Hugues de Barcelone 1159-1161
Foulques de Montpezat 1161-1163
Hugues Geoffroi 1163-1166
Gautier Brissebarre 1166
Arnaud de la Tour Rouge 1167-1174 deviendra Grand-Maître.
Bérenger d'Avignon 1174-1178
Arnaud de la Tour Rouge 1178-1181 - Grand-Maître en 1181
Bérenger d'Avignon 1181
Guigues de Seillon 1181-1183
Raimond de Canet 1183-1184
Gilbert Erail 1184-1187 Grand-maître en 1193
Pons Rigaud 1187-1195
Pons Menescal 1195-1198
Arnaud de Clermont 1198-1199
Pons Rigaud 1199-1201
Raimond de Guab 1201
Pons Rigaud 1202-1205
Guillaume Cadeil 1205-1208
Pierre de Montaigu 1208-1211, Grand-maître en 1219
Guillaume Cadeil 1211-1212
Guillaume de Montrond 1212-1213
Guillaume Artaud 1213-1215
Guillaume de Montrond 1215-1217
Guillaume Artaud 1218-1222
G. d'Alliac 1222
Foulques II de Montpezat II 1224-1230
Raimond Patot 1230-1234
Foulques II de Montpezat II 1234
Hugues de Montlaur 1234-1237
G. de Coreol 1247

MAÎTRES DE PROVENCE

Hugues de Beciano 1134-1143
Bérenger 1151
Begue de Verrières 1151-1152
Hugues de Barcelone 1154-1152
Hugues de Barcelone 1154-1159
Foulques de Monpezat 1159-1163
Hugues de Barcelone 1163-1173
Bérenger d'Avignon 1173-1183
Pons Rigaud 1184-1189
André de Toulouse 1190
Déodat de Buisacho 195-1202
Guillaume Candeil 1205-1207
G. Gralhi 1207
Guillaume Candeil 1207-1210
Bermond 1210-1211
Jordan 1212
Guillaume de Saignon 1214
Guillaume d'Alliac 1215
Archimbaud de Saunes ou de Sannes 1229
Raimond de Serta 1234
Guillaume Fulco 1234
Giraud 1235

MAÎTRES D'ARAGON ET DE CATALOGNE

Raimond Gaucebert 1134, bailli
Pierre de la Rovière 1139-1143
Bérenger d'Avignon 1143-1149
R. de Châteauneuf 1149-1151
Pierre de Catsillon 1151-1153
R. de Châteauneuf 1153-1164
Bérenger d'Avignon 1164-1174
Arnaud de la Tour Rouge 1174-1176
Hugues Geoffroi 1176
Arnaud de Clairmont ou de Claramonte 1196-1198
Raymond de Gurb 1198-1210
G. Dezenon 1210-1211
Pierre de Montaigu 1211-1215
Ademart de Claret - lieutenant du maître 1216-1218
Pons Menescal, Lieutenant pour toutes les Espagnes 1218-1221
Guillaume d'Alliac 1221
François de Montpezat 1227-1230
Bernard Champans 1230-1233
Raimond Patot 1233-1239
Astruch de Clairmont 1239

MAÎTRES EN PROVENCE

Etienne de Beaumont 1246
Raimbaud de Caromb 1246
Rostang de Comps 1247
Roncelin de Fos 1248-1250
Raimbaud de Caromb 1251-1259
Roncelin de Fos 1260-1263
Raimbaud de Caromb 1263-1265
Roncelin de Fos 1266-1278
Jacques de Gadagne 1279-1280
Pons de Brozet 1280-1292
Guigues Adémar 1293-1301
Bernard de la Roche 1301-1314

Sources : Laurent Dailliez, Les Templiers en Provence. Alpes-Méditerranée éditions. Nice juillet 1977 - Librairies
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