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Études réalisées sur les Templiers

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Les Templiers et Hospitaliers dans le Vendômois - Chartes inédites

I° - Les Templiers


L'ordre du Temple fut fondé par les croisés à Jérusalem, en 1118. Les statuts, approuvés en 1128 par le concile de Troyes, furent confirmés par le pape Honorius II.

1° Vendôme

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Cantons: Vendôme - 41

Domaine du Temple de Vendôme
Domaine du Temple de Vendôme

— La maison de Vendôme fut une des dix premières en France ; malheureusement l'acte de fondation en est perdu. L'abbé Simon (1), ordinairement si bien renseigné, ayant toujours puisé aux sources, la fait remonter à l'an 1150 environ, et en attribue l'établissement à Mathilde ou Mahaut, fille unique de Henri Ier, roi d'Angleterre, alors doublement veuve, et de l'empereur Henri V (1106 et 1125) et de Geoffroy le Bel, comte d'Anjou (1129 et 7 septembre 1150).
1. Histoire de Vendôme, tome 3, page 84.

M., de Pétigny, dans son Histoire du Vendômois, page 487, a rectifié cette erreur, fondée sur un document copié avec trop de confiance par le docte chanoine, mais fautif, sinon sur le fait lui-même, du moins sur la qualité des personnes. Mathilde, la fondatrice, était fille d'Hugues IV, vicomte de Châteaudun. Elle avait épousé en premières noces Robert, vicomte de Blois (1) et en deuxièmes noces Geoffroy-Grisegonelle, comte de Vendôme. Après la mort de son second mari, arrivée en Palestine peu après 1145, Mathilde voulut, d'une part, honorer la mémoire de ce héros des croisades et, de l'autre, imiter le noble exemple de son frère, Geoffroy, qui venait de fonder, près Mondoubleau l'une des premières maisons des Templiers. Elle donna de grands biens une terre considérable à Fréteval, la seigneurie du Gué-du-Loir ou La Bonne-Aventure. A Vendôme même, les chevaliers eurent deux maisons, l'une, au pied du château, qui prit le nom de Temple, avec une église et un hospice pour recevoir les pèlerins qui allaient à Jérusalem ; l'autre, dans l'intérieur de la ville, avec une belle église, consacrée par l'évêque de Chartres sur le vocable de saint Jean-Baptiste, où, d'après son expresse volonté, la comtesse fut enterrée en 1166.
1. Elle était déjà veuve de Robert en 1105, car il était déjà question alors de son mariage, avec Geoffroy, comte de Vendôme qu'Yves de Chartres, voulait empêcher pour cause de parenté. Il ne faut donc pas la confondre avec Mathilde, fille de Geoffroy, vicomte de Châteaudun, qui paraît dans la Charte 471 du cartulaire de la Trinité.

L'abbé Simon voyait encore de son temps au milieu du chœur la tombe de la généreuse fondatrice. C'était une grande dalle tumulaire en marbre noir, Mathilde y était représentée en marbre blanc. L'épitaphe, sur des bandes de cuivre, fut enlevée lors de la prise et du pillage de Vendôme, par les troupes d'Henri IV, en 1589. Ce marbre précieux, d'après M. de Pétigny, aurait été retrouvé et brisé, et les débris dispersés lors de la restauration de l'église, depuis l'introduction des religieuses calvairiennes.

Les Templiers n'occupèrent cette dernière maison que peu d'années, et en firent abandon en 1223 aux religieux de saint François, les Cordeliers.
Vendue à la révolution, c'est aujourd'hui un couvent de religieuses bénédictines dites du Calvaire.

L'exemple de la noble fondatrice ne fut pas stérile. Les chevaliers et seigneurs du Vendômois se firent un devoir d'enrichir le nouvel ordre religieux, et bientôt de nombreux centres d'exploitations furent établis de tous côtés, soit à Matras, plus tard connu sous le nom de Beauchène, soit aux Chenevrys près Savigny, à Belle-Lande, à Epuizé, etc., dont nous parlerons bientôt, mais nous devons mettre au premier rang les deux riches prieurés de Mondoubleau et d'Arville.

2° Le Temple près Mondoubleau

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Canton: Mondoubleau - 41


Domaine du Temple de Mondoubleau
Domaine du Temple de Mondoubleau

Le Temple de Mondoubleau existait déjà en 1134. Cette année, le 1e décembre, Geoffroy, vicomte de Châteaudun, neveu de Mathilde, comtesse de Vendôme, signait une charte en faveur du prieuré de Cormenon, dépendant de la Trinité de Vendôme. L'acte fut passé en présence d'un grand nombre de témoins dans la forêt du Perche. Actum in foreste que Perticus dicitur, in domo militum de Templo.

Capable de recevoir on 1134 la cour des vicomtes de Châteaudun avec ses nombreux chevaliers, le Temple de Mondoubleau doit faire remonter son origine au moins de quelques années, vers 1130 et devient l'une des premières fondations de France (2).
2. La plus ancienne fondation en France, d'une date certaine, est celle de Puisieux-sous-Laon en 1130 ; la seconde celle de Mont-de-Soissons en 1133 ; la troisième celle d'Arras en 1140.

Ce fut très probablement l'œuvre du vicomte Geoffroy, frère de Mathilde, comtesse de Vendôme, que la charte que nous analysons ci-après, suppose comme un fait connu.

Hugues V, fils de Geoffroy, vicomte de Châteaudun, seigneur de Mondoubleau, avec l'assentiment de sa femme et de ses fils Geoffroy (3), Hugues et Payen, donne aux Templiers qui se sont établis sur une terre donnée par son père, hors de son parc seigneurial, dans un lieu alors appelé Deffais ou Deffens, tout le bois mort de sa forêt pour leur four, avec les droits d'herbage, de pâturage et de panage pour leurs porcs. Il permet encore aux mêmes Templiers de faire venir d'Arville vingt vaches et 10 porcs pour le pâturage et le panage.
3. Geoffroy était mort en 1176. Voir volume 4 de nos Etudes et Documents, page 215.

Le Temple et Arville étaient donc alors, en 1176, en pleine exploitation. Le même acte nous fait aussi connaître le nom du commandeur des Templiers de Mondoubleau « Frater Goerius, qui eodem Tempore erat præceptor domus illius (4) » et de ses religieux : Henri de Charesme, Herman de Dreux, Archembaud de la Chaine, Gautier, Raignaud et Guillaume le Vigneron.
4. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 218.

Les seigneurs de Mondoubleau prirent bientôt ombrage de la puissance et de la richesse des nouveaux chevaliers et après leur avoir fait abondantes et copieuses largesses, ils les poursuivirent des plus injustes vexations.
Dès l'année 1205, la discorde battait son plein. Le vicomte Geoffroy IV veut empêcher les Templiers de conduire leurs hommes faire des corvées en dehors de la châtellenie de Mondoubleau, leur interdire d'avoir un four, d'étaler les marchandises, de recueillir la fougère dans le bois. L'accord fut d'abord assez facile, le four fut réservé aux religieux et à leurs familiers, les autres habitants de la ville du Temple cuiront leur pain au four du vicomte, le droit d'étal fut restreint aux denrées la vente des grains, chevaux et bestiaux restant soumise aux droits seigneuriaux ; les autres privilèges purement confirmés (5).
5. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 224.

Les différents droits d'usage dans la forêt du Bouchet, une première fois reconnus par le vicomte cette même année 1205 (6), furent l'objet d'une nouvelle convention en 1212 ; les Templiers, pour avoir la paix, en firent abandon en échange de 45 arpents de bois en un seul tenant le vicomte, toutefois, s'y réservait le droit de chasse et de poursuite pour le cerf et la biche, le sanglier et le chevreuil (7).
6. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 224.
7. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 227.


La querelle s'envenima bientôt à ce point, que l'abbé de Sainte-Géneviève de Paris, délégué par le Pape, se vit obligé d'excommunier le terrible vicomte qui, de bienfaiteur, était devenu persécuteur acharné. Le pape Honorius III confirmait de son autorité souveraine cette terrible sentence, le 30 mai 1216 (8).
8. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 229.

Geoffroy avait enlevé deux chevaux et une charrette à deux serviteurs des Templiers, extorqué 30 sols à l'un, 4 livres à un autre, emprisonné plusieurs manœuvres employés à creuser les fossés, avait fait faucher l'étang d'Aigue-Morte, extirper les bois du Deffais, encombrer les chemins qui vont du Temple à Mondoubleau, Arville et Châteaudun, etc. Vaincu par l'excommunication du Pape, il consentit enfin à l'accord amiable proposé par les juges, à savoir à payer aux Templiers la somme de 80 marcs, et à reconnaître les droits des religieux, mars 1217 (9). Ceux-ci s'empressèrent de mitiger ces dures conditions, lui firent remise de la somme d'argent et lui permirent d'exploiter le bois du Deffais sans nuire à leur droit d'usage (9).
9. Voir le texte complet de cette charte, loco citato, page 231.

Le Temple de Mondoubleau n'avait pas moins de 300 arpents de terre, avait droit de justice et de seigneurie et la nomination du curé de la paroisse.
Il fut attribué aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem lors de la suppression de l'ordre. Une visite faite en 1495 le décrit ainsi « Au Temple les Mondoubleau, le village dudit lieu est de 16 ou 20 feuz, hommes de la commanderie à toute juridiction, ou à une église parochiale fondée de Notre-Dame ou de Saint-Jean, servie, par ung frère, et y a une maison fort vieille et en ruyne, où ledit frère chappelain fait sa résidence, et donne de prouffict adjoint avec Gros-Chêne et Materas 81 livres, 4 sols, 8 deniers. »

On trouve avec le titre de commandeurs du Temple de Mondoubleau Jean Daguenet en 1332, Thomas de Walleran en 1368, Pierre Lecteur, prêtre, en 1473, et Emery d'Amboise en 1476.

3. Arville

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Domaine du Temple d'Arville
Domaine du Temple d'Arville

— La maison d'ArviIle ne remonte pas seulement au XIIIe siècle, comme on le croyait jusqu'à ce jour, mais certainement au milieu du XIIe siècle. Nous avons vu plus haut qu'il était en pleine exploitation bien avant 1176, puisqu'alors Hugues V, vicomte de Châteaudun, permit aux Templiers d'Arville de faire pâturer dans sa forêt 20 vaches et 10 porcs. Toutefois, nous ignorons les circonstances de sa fondation (10).
10. Une charte de l'abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, peu postérieure à 1130, donne parmi les témoins un Guillaume d'Arville, « Guillermus de Aridavilla. » ; s'il faut voir en ce personnage, non un simple seigneur, mais un templier, commandeur d'Arville, la fondation de ce dernier prieuré remonterait environ a la même date que celle du Temple, près Mondoubleau. Un Geoffroy d'Arville « Gaufridus d'Arrevilla » assiste, le 13 juin 1218, à la dédicace de l'Eglise de l'abbaye des Clairets et donne à l'abbaye la dime du moulin de Melard ; Gervais de Soudai, aussi présent ; fit, a la nouvelle abbaye, l'aumône d'un setier de blé sur le moulin de la Chesnai (Cartulaire des Clairets, par M. le comte de Souancé, charte XIII).

Les documents sur Arville sont très rares. On trouve cependant un Robert d'Avelin, commandeur d'Arville, (præceptor Areville) dans une charte de 1208 donnée par Robert de Chartres en faveur du Temple de la Boudinière (11) ; Hugues, également commandeur d'Arville, dans une charte de 1209, délivrée par Regnaud, évêque de Chartres (12). Enfin en 1270, Randoin de Cornouaille et Culvende, sa femme, se donnèrent eux et leurs biens aux templiers selon les us et coutumes d'Arville (13).
11. S. 5000 A., n° 37.
12. Ibidem, n° 10. On connait encore Jean le Tort, prêtre, commandeur en 1383.
13. Pièces justificatives n° 5


La maison d'Arville fut, à la suppression de l'ordre, donnée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et réunie à la commanderie de Sours sous le nom de Sours et Arville. Elle eut beaucoup à souffrir pendant la guerre des Anglais, aussi en 1410 les habitants d'ArviIle obtinrent du chapitre de l'ordre, en considération des pertes que les Anglais leur avaient, fait subir, remise de la moitié des redevances qu'ils devaient, aux Hospitaliers.

Une visite de 1493 décrit ainsi la maison d'Arvitle « Le membre d'Arville ou a ung villaige de 25 ou 30 feuz, tous hommes de la commanderie, à toute juridiction et justice, ou a une église parochiale fondée de Notre-Dame, servie par un frère chapelain, à présentation de Mgr le grand prieur de France, et y a une maison de commanderie fort vieille et démyte, et donne de prouffict en argent 63 livres 13 sols 6 deniers, 3 sestiers de méteil et 1 muis 5 sestiers d'avoinne. »

Reconstruit depuis, c'était, au XVIIe siècle, un beau château, entouré de fossés et de murailles, avec un enclos de 80 arpents de terre.

4° Beauchène

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Canton: Mondoubleau - 41

Domaine du Temple de Beauchène
Domaine du Temple de Beauchène

— La maison dite les Matras et plus tard Beauchène, située dans la paroisse de la Chapelle Vicomtesse dût son origine à la générosité de Barthélemy de Vendôme. En 1195, il donnait aux Templiers une partie de la forêt de Vendôme, savoir quatre charruées de terre à défricher au lieu-dit les Matras. Il y ajouta bientôt deux autres charruées avec droit de panage pour leurs porcs et de pâturage pour leurs troupeaux, le bois vif nécessaire à la construction de leurs maisons et le bois mort pour brûler. Cette dernière portion était comprise dans la dot de sa fille Aalet, qui avait épousé Josbert du Bouchet, et avait alors une fille, Jeanne. L'acte se fit en présence de toute une légion de chevaliers vendomois (14).
14. Voir plus loin, pièce justificative, n° 1.

La maison eut à souffrir des revendications des vicomtes de Châteaudun esquissées plus haut (2) et n'eut jamais une grande importance. Centre d'exploitation agricole, elle n'était plus au siècle dernier qu'une simple métairie dont le revenu s'élevait, a peine à 80 livres.

5° Savigny

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Canton: Vendôme - 41

Domaine du Temple de Savigny
Domaine du Temple de Savigny

— Un noble croisé vendomois, Geoffroy de Lavardin, tombé gravement malade à Jérusalem, avait donné aux Templiers de Vendôme deux charruées de terre dans le territoire de Savigny, priant son fils Jean, comte de Vendôme, de choisir l'emplacement le plus favorable. Celui-ci désigna la terre de Chenevriz, qui devint également le chef-lieu d'une exploitation rurale en faveur de laquelle Pierre, maire de Savigny, se désista de tous ses droits (15), mais qui fut toujours peu d'étendue, et ne produisait au siècle dernier qu'un revenu modeste de 60 livres, au profit des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
15. Pièces justificatives n° 2.

6° Epuisay - Belle-Lande

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Canton: Vendôme, Commune: Epuisay - 41

Domaine du Temple de Belle-Lande
Domaine du Temple de Belle-Lande

— La maison de Belle-Lande, paroisse d'Epuisay, n'est guère postérieure à 1199. En effet, cette même année, Guillaume de Saint-Martin et ses fils Geoffroy et Guillaume Archambaud de Caran et ses fils Philippe et Archambaud donnèrent à l'ordre du Temple en pure aumône tout ce qu'ils possédaient à Belle-Lande, et aux religieux qui viendront y habiter le droit d'usage dans leurs bois pour leurs hommes et leurs bestiaux l'emplacement de la maison des Templiers pourra comprendre trois arpents, et les habitations de leurs vassaux s'étendre sur un espace de 30 arpents.

Les religieux creuseront un étang pour établir un moulin, libre de toutes redevances. Les donateurs accordent encore quelques autres privilèges, entre autres l'exemption de toutes tailles et corvées aux frères Templiers et à leurs tenanciers.

Parmi tes témoins nous devons nommer Jean de Lavardin, Jean de la Poterne, Foulques d'Azé, Raoul de Chauvigny, etc. Hardouin de Villeporcher, Guillaume de Boisseau, seigneurs féodaux, et surtout Geoffroy IV, vicomte de Châteaudun approuvèrent hautement cette donation ce dernier même y apposait solennellement son sceau (16).
16. Voir nos Etudes et Documents, tome, IV, page 227

La maison prit une certaine importance, puisque en 1212 Regnaud, évêque de Chartres, alors à Vendôme, déclarait que la forêt, avait été défrichée, et qu'on y avait construit une villa, une bourgade. Il décidait en outre que le droit de paroisse, jus parrochiale, avec les premières oblations et autres droits curiaux appartiendraient une année aux Templiers et la suivante au curé d'Epuisé (17).
17. Voir Pièces justificatives, n° 3.

Ruinée sans doute pendant les guerres des Anglais, ce n'était plus au XVIIe siècle qu'une ferme rapportant 14 deniers de cens, 16 sols de rente et 22 boisseaux d'avoine.

7° Varia (?)

— A ces actes, nous devons en ajouter un autre sous la date de 1217.
A une époque antérieure, Amaury de Troo avait donné aux Templiers deux emplacements pour y construire deux maisons avec comptoir de marchand, situés dans le bourg-neuf.
Est-ce à Vendôme ? Rien ne l'indique d'une manière précise.
Toujours est-il que Jean de la Bruère leur en contesta la propriété, il revendiquait en outre la vigne de la Croix et la terre de Cenille, « de Ceneilleis », que Arnoul le Doesve tenait du seigneur de Troo à 13 deniers de cens ; et encore deux roches et une tannerie dont jouissait Raoul d'Auhigny, et enfin deux maisons sises au vieux marché de la ville du Breuil « Breolii » (?), qu'il avait lui-même données antérieurement.

Le terrible seigneur avait de plus blessé à mort deux hommes des Templiers.
Pour toutes ces injures et dommages ceux-ci réclamaient une indemnité de 200 marcs. Le coupable refusa longtemps de faire de justes réparations, fut excommunié et mourut impénitent.

Ses héritiers, voulant décharger sa mémoire de cette honte, reconnurent les droits des Templiers, et les délégués apostoliques, l'abbé et le prieur de Sainte-Geneviève et le prieur de Saint-Eloi de Paris, levèrent l'excommunication qui privait encore le défunt des honneurs de l'église et de la sépulture (18).
18. Voir Pièces justificatives, n° 4.

8° Artins

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Canton: Vendôme - 41

Domaine du Temple d'Artin
Domaine du Temple d'Artin

— Il y avait encore dans le Vendômois deux autres maisons de Templiers, à Artins et à Villavard.
L'une et l'autre, situé dans le diocèse du Mans, furent, à la suppression de l'ordre du Temple données à l'ordre de l'Hôpital et rattachées au grand prieuré d'Aquitaine, et non, comme les premières au grand prieuré de France, dont les titres seuls sont conservés aux Archives Nationales de Paris ; nous n'avons donc sur elles que peu de renseignements.

M. de Pétigny a parfaitement résumé tout ce que l'on connaît sur le Temple d'Artins (l9). Aucun document nouveau n'a été signalé depuis.
19. Histoire du Vendomois, nouvelle édition page 459.

9° Les Aizes à Villavard

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Canton: Vendôme - 41
— Nous sommes plus heureux pour Villavard. Le Cartulaire Blésois de Marmotitier contient deux chartes relatives au Temple des Aizes à Villavard.
En 1276, frère Jean-François commandeur des Templiers en Aquitaine, acceptait au profit de sa maison des Aizes, le moulin Maubert, situé paroisse de Sasnières en échange de seize setiers de seigle, mesure de Montoire (20).
20. Histoire du Vendômois, nouvelle édition, page 459.

Le second acte est de 1337 (N. S.-1338) conservé en original aux Archives d'Eure-et-Loir. Les Aizes étaient alors la propriété de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Par devant Johan Bigot, bailli de Touraine, comparaissent Pierre de la Celle, chambrier de Marmoutier, et frère Macé Bodon, maitre garde et commandeur de la maison des Esses. Ce dernier avait rompu la chaussée d'un étang qui alimentait un moulin des religieux avec le concours de plusieurs complices, Jehan Angebaut, surnomme le Peson, Charles Normand et Aucher le Couturier. L'affaire fut confiée à des arbitres ; le commandeur de l'Ile-Bouchard et Guillaume Turpin pour les Templiers ; Guillaume de la Celle et le prieur de Villeberfol pour les religieux de Lavardin. Nul doute sur le dénouement pacifique du procès.

Les chapelles de ces deux prieurés, dont il reste des parties importantes, datent d'une manière indubitable du XIIe siècle et ne sont guère postérieures à 1150 (21). M. de Pétigny ne craint même pas d'attribuer la chapelle d'Artins et ses fresques si remarquables a la première partie du XIIe siècle.
21. Voir dans le premier volume de nos Etudes et Documents notre travail sur Saint-Jean des Aizes.

10° Lavardin

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Canton: Vendôme - 41

Saint-Jean du Temple
Saint-Jean du Temple

— Cauvin, Géographie du diocèse du Mans, et D. Piolin, Histoire de l'Eglise du Mans, tome IV, page 24, indiquent une autre maison du Temple à Lavardin en Vendômois. Peut-être faut-il le confondre avec celui des Aizes, qui situé sur le territoire de Villavard, était plus rapproché de Lavardin. Nous n'avons trouvé aucun document sur cette dernière fondation.
Mais de tout ceci nous devons conclure à la grande expansion de cet ordre militaire, et à sa richesse dans notre Vendômois.
Voir les pièces justificatives : Bnf

II° Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem

L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est plus ancien que celui des Templiers il existait certainement avant les croisades, dès 1060, mais n'était alors qu'un ordre hospitalier, d'où il conserva son nom générique d'Hôpital ; il devient militaire pendant les croisades, et obtint alors sa plus haute popularité.

Son introduction dans le Vendômois est à peu près inconnue, et les rares documents qui nous restent ne peuvent suffire pour dissiper entièrement cette obscurité.

1° Gros-Chêne

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Commune: Busloup - 41

Domus Hospitalis Gros-Chêne
Domus Hospitalis Gros-Chêne

— La plus ancienne maison en date, nous parait être celle de Gros-Chêne, paroisse de Busloup.
En août 1209, un seigneur, Hugues Vallin, revendiquait plusieurs droits féodaux aux religieux de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem sur leurs maisons et terres de Gros-Chêne, à savoir les cens des vignes et des prés, les oublies, terrages, ventes, justice, etc. L'affaire fut portée au tribunal du pape, et son délégué, l'abbé de Sainte-Geneviève de Paris, attribua à chacun selon ses droits (1).
1. Pièces justificatives, n° 6.

L'année suivante, c'est Nivelon de Freteval qui soulève de nombreuses difficultés. La cause fut confiée à Menasses, évêque d'Orléans, secondé par le chantre et le maître des écoles de la même ville, juges délégués par le pape.
Nivelon, conseillé par Regnaud, évêque de Chartres, qui l'appelle son très cher ami, consent à reconnaître l'exemption des chevaliers pour leur maison de Gros-Chêne, le moulin de Palestine et leurs dépendances, de tous droits, corvées, bans, et autres servitudes et leur abandonne le droit de justice haute et basse, sauf sur le territoire de Palestine qui relevé de Hugues de la Vallée ; il se réserve les droits accoutumés sur les objets vendus dans le marché de Freteval, qui a lieu le mardi, excepté la viande, le pain et le vin vendus en détail dans les hôtelleries. Il fait poser des limites dans les bois du Saussay, de Corbigny et du Cochet. Sa femme Alix et ses fils Ussion, Hugues et Geoffroy et Alix sa fille approuvèrent l'acte (2), et l'évêque de Chartres le confirma de sa haute autorité (3).
2. Pièces justificatives, n° 7.
3. Pièces justificatives, n° 9.


2° Ablainville

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Blois, Commune: Binas - 41

Domus Hospitalis Ablainville
Domus Hospitalis Ablainville

— Ce prieuré était situé paroisse de Binas, sur les frontières du Vendomois. Le premier document qui nous le fait connaître est émané de Raygnaud, évêque de Chartres, en 1209. Geoffroy Taillepied, seigneur d'Ablainville, avait construit plusieurs maisons pour lesquelles ils devaient aux religieux des redevances onéreuses, il leur en abandonna la propriété à charge d'une rente annuelle de deux sous garantie par les chevaliers de l'Hôpital. Il cédait aussi les droits de justice, les coutumes et droits mortuaires (4).
4. Pièces justificatives, n° 9.

En 1212, Thibaud, comte de Blois et de Clermont, donnait à la même maison son bois de Sablon (5). Plus généreuse encore, Alix du Rouilly, veuve du seigneur de Beaugency, offrit, en 1227, la 5e partie de son avoir pour reconstruire la maison des religieux, elle y ajouta ses biens meubles, ses créances, ses vêtements, ses joyaux en quelques lieux qu'ils soient, sauf un anneau d'or enrichi d'une pierre précieuse non polie qu'elle réserve pour ses héritiers.
Elle obtint en retour l'association spirituelle avec les religieux et la participation aux mérites de leurs bonnes œuvres, enfin promit de choisir sa sépulture dans leur église (6).
5. Pièces justificatives, n° 10.
6. Pièces justificatives, n° 11.


La chapelle d'Ablainvil!e était sous le patronage de saint Jean-Baptiste, on y célébrait encore la messe deux fois par semaine au XVIIe siècle.
Thomas de Walleran, commandeur de l'Hôpital d'Ablainville, donnait à rente perpétuelle de 30 sols en 1350 à Macé Boursier de Vendôme, les maisons sises rue du Vieux-Marché de cette ville dépendant du prieuré de Tourailles (7).
7. Archives Nationales, S. 1001 B, n° 3.

3° Tourailles

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement et Canton: Vendôme - 41

Domus Hospitalis Tourailles
Domus Hospitalis Tourailles

— Ce dernier prieuré est d'un intérêt plus immédiat pour la ville de Vendôme. Il possédait en effet plusieurs maisons à Vendôme.

En 1241, Pierre, abbé de Saint-Georges du Bois, consentit à abandonner aux frères de l'Hôpital de Jérusalem demeurant à Tourailles les cens, rentes et autres droits féodaux dont étaient chargées quatre maisons sises à Vendôme au Vieux-Marché en la censive de l'abbaye et de son prieuré de Saint-Lubin, sauf les droits de curé, de justice et seigneurie, à charge de payer chaque année une redevance de cinq sous, monnaie de Vendôme, indemne de toute réclamation étrangère, même du prieur de Saint-Sulpice. L'une de ces maisons appartenait à Arnoul de Tourailles (8).
8. Pièces justificatives, n° 12.

Pierre, comte de Vendôme, ne fut pas moins généreux. Cette même année, il accordait pleine et entière franchise de toutes servitudes féodales, redevances, bans, corvées, exactions, etc., aux religieux de l'Hôpital, à leurs maisons du Vieux-Marché, et à leurs hôtes, et les prend sous sa protection (9).
9. Pièces justificatives, n° 13.

Nous sommes heureux de finir cette analyse de chartes jusqu'ici trop ignorées, par un acte de haute munificence d'un comte de Vendôme.
Toutes les maisons, soit des Templiers, sauf Artins et les Aizes, soit des Hospitaliers furent réunies en une seule commanderie sous le nom de Sours et Arville ou du pays Chartrain, dont le revenu à la un du siècle dernier s'élevait à la somme de 25,235 livres.
4. Charte CLXV. « Avril 1261, Pierre évêque de Chartres, permet aux Hospitaliers d'instituer à Tourailles un curé, régulier ou séculier, dont ils auront la présentation. Pour droit de procuration ou de gite, le curé paiera chaque année un besan d'or ou sept sous à lui et à l'archidiacre de Vendôme. »

Eglise Saint-Jean de Tourailles BNF

Voir les pièces justificatives : Bnf

Abbé Charles Métais. Chartres, le 8 janvier 1894.
Sources: Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, tome XXXIII, page 47. Vendôme 1894. - Bnf


Les Templiers dans la baillie de Chartres

La Templerie

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Canton: Epuisay - 41

Domaine du Temple La Templerie
Domaine du Temple La Templerie

La donation initiale de la Templerie fut faite par un croisé.
En 1210, le comte de Vendôme notifia que Jean de Lavardin, étant tombé malade à Jérusalem, avait donné deux charruées de terre au territoire de Savigny (environ vingt-quatre hectares). Jean de Vendôme et le maire de Savigny concédaient aussi les droits respectifs de justice qu'ils tenaient sur cette terre (17).
17. Archives Nationales, S 5001 B, n° 35.
- Métais, Templiers et hospitaliers dans le Vendômois, n° II, page 95.


C'est à la Templerie dans la commune de Savigny-sur-Braye, mais plus proche d'Epuisay que de Savigny qu'il faut identifier cette terre.
La famille de Lavardin donna d'autres biens aux Templiers dans le sud-Vendômois en 1276 (18).
18. Marmoutier, cartulaire blésois, n° CCCXLV et le Temple de Saint-Jean-des-Aizes et ses tombeaux, article de Métais dans Bulletin de la Société. Archives du Vendômois, 1884, page 3 et suivantes.

Cette donation et confirmation à Lavardin, Artins, Saint-Jean-des-Aizes, fut reçue par frater Johannes Franciscus, domorum milicie templi in Aquitania, preceptor humilis. Au sud d'une ligne Blois-Vendôme, nous pouvons donc dire que s'arrête la baillie de Chartres et que commence la Grande-Baillie d'Aquitaine.

Le nom de Templerie n'est pas d'origine. En 1373, le Livre Vert notait dans les dépendances du Temple-près-Mondoubleau « une granche baillee a ferme appellee Bellelande, une granche appellee les Matheraz, baillee a ferme, une autre appellee les Bruieres » dans la commune de Savigny-sur-Braye (*). Villeneuve n'était plus citée.

I. - Les Templiers dans le Vendômois et le Blésois

La maison de Vendôme serait due à Mathilde, de la famille des vicomtes de Châteaudun, qui avait épousé Geoffroy, comte de Vendôme, mort en Terre Sainte vers 1145.
« Mathilde voulut imiter le noble exemple de son frère Geoffroy qui venait de fonder, près de Mondoubleau, l'une des premières maisons des Templiers »
Nous ne voyons pas d'inconvénient à attribuer, comme Pétigny et les auteurs du XIXe siècle, la fondation du Temple-près-Mondoubleau à Geoffroy, vicomte de Châteaudun et seigneur de Mondoubleau. Mathilde aurait donné des biens aux Templiers à Fréteval et au Gué-du-Loir (1).
1. Pétigny, Histoire du Vendômois, page 454 et suivantes, cité par Métais, Templiers et Hospitaliers dans le Vendômois, page 47 et suivantes. : (« Mathilde) donna de grands biens une terre considérable à Fréteval, la seigneurie du Gué-du-Loir ou la Bonne Aventure. A Vendôme même, les chevaliers eurent deux maisons, l'une au pied du château, qui prit le nom de Temple, avec une église et un hospice pour recevoir les pélerins qui allaient à Jérusalem; l'autre, dans l'intérieur de la ville, avec une église consacrée par l'évêque de Chartres sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste, où d'après son expresse volonté... [elle] fut enterrée »

Pétigny a-t-il consulté des actes originaux ? C'est probable. Si nous n'avons pu identifier les biens du Gué-du-Loir, en revanche, les archives de Fréteval et de Vendôme sont arrivées jusqu'à nous en partie.

Vendôme

Les Templiers eurent, semble-t-il, une importante maison à Vendôme. Un vidimus de 1300 en témoigne : le commandeur et les frères de la maison du Temple dessus Vendôme (2)...
Nous n'en connaissons pas la nature. Toutefois, une banlieue de Vendôme porte encore le nom de Temple bien que rien n'y soit signalé par Pétigny. La possession à Vendôme d'une église voisine par les Templiers pourrait, si c'est le cas, « mais ne soyons pas trop affirmatif ! » Corroborer notre idée première : les Templiers auraient pu dès le milieu du XIIe siècle avoir une commanderie à Vendôme.

Auquel cas, ils auraient pu y posséder un burgus, plus petit (?). Mais assez similaire au burgus de la Boissière à Châteaudun. La donation initiale de Mathilde aurait donc suivi la fondation du Temple-près-Mondoubleau et surtout avec la mort en croisade de son époux, comte de Vendôme. Il nous paraît normal que les Templiers aient eu une importante maison dans la ville comtale.
Les comtes de Vendôme ont été des alliés puissants des Templiers : c'est à eux que l'on doit les fondations des Matheraz et de la Templerie. Généalogiquement alliées, ces deux familles de Vendôme et de Châteaudun le furent aussi en faveur des Templiers. Néanmoins, les comtes de Vendôme furent absents dans la lutte que Geoffroy vicomte de Châteaudun, mena contre les hommes des Templiers au début du XIIIe siècle.
2. Archives Nationales, S 5001, n° 4.

La maison du Temple de Vendôme s'estompa dans les documents du XIIIe siècle en faveur de la métairie de Villetroche.
La baillie de Chartres devint excentrée dans la fin du XIIe siècle début XIIIe siècle. Les Templiers avaient pu alors organiser leurs maisons de Châteaudun et de Sours. Pétigny, que nous nous sommes permis de citer, se contredit : en 1223 (3), les Templiers abandonnèrent une partie de leurs biens à l'ordre des Cordeliers (4). Toutefois, les maisons de Vendôme, Villefrouin et Villiers sont liées d'après les documents qui nous les font connaître. Ces actes furent souscrits par les seigneurs dominants, comtes de Vendôme ou de Blois et Chartres.
3. Pétigny, Histoire du Vendômois, page 536. « En 1223, les Cordeliers ou frères mineurs, dont l'Ordre avait été récemment fondé par Saint-François d'Assise, furent établis à Vendôme. Les Templiers, qui commençaient dès lors à perdre beaucoup de leur popularité, abandonnèrent à ces nouveaux religieux la maison que la comtesse Mathilde avait bâtie pour eux dans la ville, et se retirèrent au manoir qu'ils possédaient sur la hauteur, près du château, dans le faubourg que d'après eux on a nommé le Temple ; ils y restèrent jusqu'à leur suppression définitive par le concile de Vienne en 1312 »
4. Cette date de 1223 mérite d'être retenue. Le bourg de la Boissière à Châteaudun fut attesté en 1224.


Dans le pouillé du diocèse de Chartres de la deuxième moitié du XIIIe siècle, A. Longnon note un preceptor Templi de Vindocino à côté du précepteur du Temple-près-Mondoubleau (5).
5. A. Longnon, page 141.

Fréteval

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Canton: Morée - 41

Domaine du Temple de Fréteval
Domaine du Temple de Fréteval

Par le vidimus de 1300 (2), l'Official de l'archidiaconé de Vendôme nous fait connaître que les Templiers de Vendôme percevaient une rente annuelle sur un moulin de Fréteval. Nous n'en connaissons pas d'autres détails, mais le plan de Fréteval au XVIIIe siècle indique un quartier du Temple dans la ville même (6).
6. Archives Départementales de Loir-et-Cher, E 164, liasse 4.

Les « masures, jardins et marais du Temple » (où se trouvait ledit moulin ?) Remonteraient donc au moins au XIIIe siècle.

Villefrouin et Villiers

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Blois, Commune: Madeleine-Villefrouin - 41

Domaine du Temple de Villefrouin
Domaine du Temple de Villefrouin

Ces maisons sont les deux dernières attestées pour le XIIe siècle et les deux seules que l'on puisse comparer aux maisons dunoises du Temple-près-Mondoubleau et d'Arville.
En 1201, le comte Louis de Blois concédait aux frères du Temple le bois de chauffage dans la forêt de Marchenoir : Ego Ludovicus, blesensis comes... militibus templi qui ad Villam Froen et ad Villers morantur... in nemore de silvelunnheis ligna ad eos calefaciendos dedit et concessit (7).
7. Archives Nationales, S 002 A, n° 1.

Ces droits de chauffage et de pâture (prandium) ne sont sans nous rappeler le droit de panage que les Templiers obtinrent un peu plus tôt pour les porcs et les vaches du Temple-près-Mondoubleau et d'Arville et que le vicomte de Châteaudun leur contesta. Les maisons de Villefrouin et de Villiers sont donc des maisons de forêt, les seules que nous ayons pu identifier pour la forêt de Marchenoir. Par ailleurs, elles sont contemporaines ou suivent de peu la fondation de Sours en 1192. Soulignons ce fait qu'elles furent notifiées et les droits y afférents donnés par le comte Louis, fils de Thibaud-le-Bon et d'Alix de France qui fondèrent respectivement peu de temps avant les commanderies de la Boissière et de Sours.

En mars 1212, un certain Gaufridus de Villerfroen apparaissait dans un document relatif aux rentes et usages des Templiers à Brou (9). Les archives ensuite sont malheureusement perdues pendant deux siècles. Dans les XVe et XVIe siècles, une église de la Madeleine s'est adjointe au village.
9. Archives Nationales, S 5005, n° 4.
— Métais, n° LVIII.


Les Hospitaliers eurent une importante métairie à la Madeleine-Villefrouin (10).
10. Archives Nationales, S 5000 à 5002.

Dès la fin du XIIe siècle, les Templiers en avaient jeté les bases. Cette maison de Villefrouin semble s'être estompée au XIIIe siècle en faveur de la maison de Villetroche, voisine de la Madeleine-Villefrouin.
Les pouillés du diocèse de Chartres notent 13 paroissiens à Villa Froin, soit 60-65 habitants dans la deuxième moitié du XIIIe siècle.

Villetroche

Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Blois, Commune: Maves - 41

Domaine du Temple de Villetroche
Domaine du Temple de Villetroche

La métairie de Villetroche est connue par quatre documents dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Tous concernent des arrangements entre les Templiers et la puissante abbaye de Marmoutier.
En août 1259, les maîtres et frères de la Milice du Temple notifiaient que, près de Pontijou, ils possédaient des cens, terres, droits curiaux et rentes. Pour l'utilité de leur maison, ils échangeaient avec l'abbé et le couvent de Marmoutier de Tours, tous ces biens contre dix arpents de terres contiguës à la terre qu'ils avaient près de Villetroche au diocèse de Chartres (12).
Les mêmes, l'année suivante, achetaient encore dix arpents de terre à Pontijou (13).
12. Archives Départementales d'Indre-et-Loire, Temple de Blois. H 381, folio 80.
13. Archives Nationales, S 5003, n° 2.


En mai 1287, l'abbé de Marmoutier faisait savoir l'accord intervenu entre lui et la maison de la Milice du Temple de la baillie de Chartres au sujet des dîmes de vin situées dans la paroisse de Saint-Victor, près de Blois, et dans les terres de Villetroche. Il fut convenu que les frères de Marmoutier recevraient sur ces dîmes un muid de vin à prendre au pressoir de Calciata et, dans la medietaria de Villetroche, trois setiers de froment, trois de méteil et six d'avoine (14).
14. Archives Départementales de Loir-et-Cher, 16 H 8, n° 14. Marmoutier, cartulaire blésois.

Par les documents connus, les Templiers rassemblèrent dix à quinze hectares de terres, textuellement d'un seul tenant.
Villetroche est la seule maison du Vendômois connue dans le XIIIe siècle. Les Templiers semblaient alors accorder suffisamment d'importance à la métairie de Villetroche pour faire notifier le dernier accord avec les frères de Marmoutier, en août 1287, par Geoffroy de Vichier, visiteur des maisons du Temple en France et en Angleterre (15).
15. Archives Départementales de Loir-et-Cher, 16 H 8, n° 16.

Blois

Bien que les implantations templières dans la baillie de Chartres soient dues, en majeure partie, aux comtes de Blois et de Chartres (Sours, la Boissière, Villefrouin), cette famille s'éclipse dans les documents, pendant une bonne partie du XIIe siècle. Du Concile de Troyes (1128) à la donation initiale de la Boissière (1190), les comtes n'intervinrent pas dans la vie des Templiers de façon importante. Les villes comtales, Blois et Chartres, étaient alors tournées vers l'openfield (*). La juridiction d'Arville, tournée vers la forêt, ne semblait pas d'abord les concerner les Templiers.
* L'openfield (« champ ouvert » en français) est un terme de géographie qui désigne un paysage agraire à champs ouverts. Les géographes francophones ont recours à cet anglicisme, parfois jugé abusif, pour éviter les mots français correspondant campagne ou champagne, qui signifient également « champ ouvert » avaient d'autres tuteurs, les comtes de Vendôme et les vicomtes de Châteaudun, à côté de petits seigneurs locaux.

La fin du XIIe siècle fut alors un tournant capital pour les Templiers de la baillie de Chartres. On passa en quelques années de la forêt à openfield, d'Arville à Sours.
On peut dire que les dates soient toujours tranchées, qu'on passa du XIIe au XIIIe siècle. Est-il besoin d'ajouter que les archives sont plus nombreuses pour Sours-openfield que pour Arville-forêt ?
Aussi-Métais commet-il un abus en écrivant que les Templiers eurent une commanderie de Blois (16) : Les Templiers n'eurent que des cens et plusieurs maisons de Blois, attestés dans la XIIIe siècle (17). Peut-être, Pétigny, a-t-il raison d'écrire que les Templiers perdirent de leur popularité dans le Vendômois. Encore s'agirait-il de savoir si la croisade y perdit de sa popularité ? Mais, nous l'avons vu, les documents disparaissent pour la commanderie de Vendôme. A. Longnon cite néanmoins un précepteur du Temple de Vendôme, après avoir fondé les maisons de Matheraz et de la Templerie, ne sont plus citées.
16. Abbé Métais, page XII et page 164, note 1.
17. Archives Nationales, S 5002 B n° 17, 19 20, 23, 24, 25.


Les Templiers ont alors d'autres tuteurs, en l'espèce les comtes de Chartres et de Blois, en même temps que le centre de la baillie de Chartres passe de la forêt (Arville) à l'openfield (Sours).
La ligne de démarcation de la baillie de Chartres peut donc être ainsi imaginée à l'est : Chartres, Châteaudun, Blois (carte de répartition).

II. — Les Templiers en Drouais

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Commune: Laons - 28

Domaine du Temple La Villedieu
Domaine du Temple La Villedieu

Le second volet de notre travail, la Villedieu-en-Dreugesin est, à bien des égards, comparable au Temple-près-Mondoubleau, Arville et aux maisons vendômoises. Seuls changent dans les documents les noms des seigneurs dominants. La géographie y est identique sauf quelques détails. Les Templiers eurent d'abord des maisons de forêt, et, de même que le Temple-Arville, des maisons percheronnes : et omnia nemora Pertici (1).
1. Abbé Métais, n° 11.

Cette maison et son domaine sont attestés par un document du 21 novembre 1165 (1).
1. Archives Nationales, S 4977, n° 8.

Mais par l'ampleur alors du domaine, il faut y voir quelques années déjà depuis les fondations. Ce document est une confirmation par les seigneurs dominants à Hugues de Dammartin, priori templi Jérusalem apud Villam Dei. Sans que les noms des fondateurs soient expressément donnés, ils furent par conséquent des proches d'Ernaud de la Ferté, Hugues de Marigny,... etc. On n'y compte pas moins de trois noms de forêt ou bois : forêt du Perche, Bois-Fautray, Bois de Cravant.
Les centres de défrichements devraient donc être Rohaire-Beauche, la Saucelle et la Villedieu-Marigny (carte page 49). De la première mention en 1165 au début du XIIIe siècle on trouve cinq chevaliers locaux qui prirent l'habit du Temple :
Vers 1180, Roger de Marcouville (2)
En 1191, Téon de Louvilliers (3)
En 1197, Gilbert des Crêches (4)
En 1199, Gerbert d'Alencey (5)
En 1204, Pierre de Masières (6)...
Avec les donations initiales y afférentes.
2. Archives Nationales, S 4975, n° 1. — Métais, n° VIII.
3. Archives Nationales, S 4976, n° 10. — Métais, n° XIX.
4. Archives Nationales, S 4999 A, n° 52. — Métais, n° XXVI.
5. Archives Nationales, s 4974, n° 2. — Métais, n XXX.
6. Archives Nationales, M 14, n° 30. — Métais, n° XXXIX.


En plus de la commanderie de la Villedieu, nous comptons sept granges attestées comme telles au XIIIe siècle. Si ce phénomène est propre au XIIIe siècle, il n'est pas douteux que les Templiers en jetèrent les bases dans la deuxième moitié du XIIe siècle.
Si les Templiers perdirent de leur popularité dans le Vendômois, le contraire, semble-t-il, eut lieu dans le Drouais à la même époque.

— Roger de Marcouville donna quatre bouvées de terre près de la Boullaye à Laons.
— Téon de Louvilliers (confirmation en 1191) donna aux Templiers sept arpents de terre à la Mouffle, près de la terre donnée par son oncle Rahier.
— Gilbert des Crêches donna la couture du Vivien et deux bouvées de terre à Corbonval, à Laons.
— Gerbert d'Alencey (confirmation en 1199) donna aux Templiers sa terre du Tronchay à Laons.
— Pierre de Masières : Robert, comte de Dreux et de Braîne, notifia que Pierre, se faisant Templier, donnait à l'Ordre une dîme et un cens.

Templiers et openfield : BNF

Cet échantillon est-il représentatif ? Il est le seul cas, dans toute la baillie de Chartres où cinq Templiers prirent Temple en vingt-cinq ans. Il s'agissait de petits seigneurs ; un relève d'un seigneur important, le comte de Dreux. Pour notre propos, quatre donations sur cinq étaient des biens fonciers, trois terres se trouvaient à Laons, donc proches de la commanderie de Villedieu ; une était une dîme et un cens.

Ce sont pratiquement les seules archives connues pour la Villedieu au XIIe siècle. Dès lors, les Templiers avaient-ils à la fin du XIIe siècle organisé leur commanderie de la Villedieu ? C'est douteux.
En 1165 ne paraissait qu'un prieur du Temple à Villedieu et non le précepteur que nous pourrions attendre pour une telle confirmation. Métais n'a vu avec raison d'après ce document qu'un prieuré de Villedieu (7).
7. Métais, page 4.

Sur les cinq documents des cinq Templiers que nous avons cités trois faisaient donation de terres dans la commune de Laons. Or, aucune de ces trois donations par des Templiers en faveur de l'Ordre du Temple, ne situait les terres données par rapport à la commanderie de la Villedieu, ne citait même son nom. Le nom de Villa Dei in Dorgesin apparaît pour la première fois dans les archives connues en 1221 (8).
8. Archives Nationales, S 4975, n° 5. Bibliothèque Mazarine, Ms 3367, folio 37.
— Métais, n° XC.


En fait, la commanderie de la Villedieu n'est probablement pas apparue en tant que telle avant le début du XIIIe siècle. Le terme de Villedieu est courant dans la région. Les hospitaliers possédaient vers cette époque une maison à Villedieu dans la paroisse de Manou (9).
9. Archives Nationales, S 4083, n° 9 (1216).

Les Templiers eux-mêmes avaient la riche commanderie de la Villedieu-de-Maurepas, non loin de Dreux, mais ne relevant pas de la baillie de Chartres (10).
10. Premiers textes sur la Villedieu-de-Maurepas vers 1180 (8. Archives Nationales, S 5138, n° 4), 1190 (8. Archives Nationales, S 5139, n° 8).

Bien que le terme de Villa Dei fût admis en 1165, dans le document vers 1176 apparaissait un frater Hermannus Drogonensis.
Métais écrit que le texte ne précise pas si les chevaliers cités en témoins habitaient le Temple ou Arville (11). Nous pouvons en conclure que cet « Hermann de Dreux » n'habitait ni l'un ni l'autre. Les Templiers de la juridiction d'Arville étaient donc, semble-t-il, très peu nombreux. Par ailleurs, les actes ne concernent que des maisons de forêt : la Fredonnière, le Temple-près-Mondoubleau, Arville vers 1176, le moulin des Pelles en 1165.
11. Métais, page XXIV.

La maison des Pelles dans la commune de la Saucelle ; ... et domui fratrum templi de Pelleis, fut donc la première maison des Templiers en Drouais. La maison de la Villedieu n'était qu'un prieuré à cette même date et les premières donations, par les Templiers eux-mêmes, n'y affluèrent qu'à la fin du XIIe siècle.

La Saucelle

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Commune: La Saucelle - 28

Domaine du Temple La Saucelle
Domaine du Temple La Saucelle

On ne compte pas moins de trois granges autour de la Saucelle. Deux sont attestées par des actes originaux. Discerner l'œuvre des Templiers aux XIIe et XIIIe siècles n'est pas facile.
Un certain nombre d'actes originaux sont arrivés jusqu'à nous. Pour la compréhension de ces documents, nous devons nous appuyer sur un texte parfois sujet à caution, dans la mesure où le but de la ferme générale en 1774 n'était certainement pas le nôtre. Aussi est-il nécessaire d'étudier d'abord en Drouais les possibilités qui étaient celles des Templiers au XIIe siècle. Nous avons vu qu'elles étaient en forêt du Perche des travaux forestiers identiques à ceux du Temple-près-Mondoubleau, d'Arville et des maisons vendômoises.

Les Pelles

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Commune: La Saucelle - 28

Domaine du Temple des Pelles
Domaine du Temple des Pelles

Le document de 1165 est une donation collective et une confirmation par Ernaud de la Ferté entouré de seigneurs locaux. Les donations portaient sur des terres arables, en particulier à Beauche, Marigny, et des forêts. Ernaud leur concédait aussi le moulin des Pelles, près de la maison du même nom. Enfin, Ernaud et les seigneurs locaux donnaient ou confirmaient aux Templiers un certain nombre d'hommes sur ces terres et abandonnaient leurs droits.

Aussi le domaine des Pelles est-il d'abord un fief: sint terre in feodo Ernaudi. Les hommes sont attachés à la terre : Ernaud donnait ou confirmait à la fois les hommes et les terres et abandonnait ses droits féodaux. Nous avons vu que les Templiers à cette époque étaient très peu nombreux : l'acte distingue clairement les dominis Templi vel hominibus dominorum templi. Les hommes qui sont les plus nombreux sont des hôtes. Seul le vocabulaire change : hospitalis au XIIe siècle, hospitum ou hospes au XIIIe. Nous regroupons leur main d'oeuvre sous le terme général d'homines Templi. Le Drouais est la seule région de la baillie de Chartres où des hôtes soient attestés en tant que tels pour mettre la terre en valeur.

Bien que trois granges soient attestées dans le XIIIe siècle autour de la Saucelle, les droits seigneuriaux restèrent ténus. En 1273, un accord intervenait entre les Templiers et Guillaume Moyel sur le fief de la Pratière et des Pelles (12). Les deux parties possédèrent chacune une charruée de huit bouvées de terre. Quant au champart, il fut conduit dans la grange des Pelles et partagé en deux. Ce différend survenu à la Saucelle eut la conclusion habituelle : les droits et les biens étaient partagés par moitié. Les Templiers étaient visiblement plus nombreux plus d'un siècle après la première mention. Ils étaient représentés dans cet acte par Guillaume Bourreau (13), son clerc, frère Laurent, précepteur de la maison du Temple de la Villedieu-en-Dreugesin, frère Vincent, prieur de la Saucelle. Notons la présence parmi les témoins laïcs d'un Pierre de Marcouville dont un parent avait pris l'habit du Temple vers 1180. Le reste de la terre est cultivé par les hommes des Templiers.
12. Archives Nationales, S 4977, n° 1, 2 et 3.
— Métais, n° CLXXII.
13. Eudes Bourreau était seigneur de Courtalain depuis 1175 environ : Ego Odo Borelli de Curtalano... Sa lignée se perpétua jusqu'au XIVe siècle (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, tome 1, page 193).


La géographie nous renseigne sur cette évidence : la Saucelle était encore une maison de forêt. Dès 1165, et probablement avant, les hommes des Pelles avaient dans les bois voisins des droits de chauffage, gîte et pâture : Et domui fratrum Templi de Pelleis usum nemorum ad calefaciendum et ad hospitandum et ad pasturam.

Hugues de Marigny donnait aux Templiers des usages au Bois-Fautray dans la commune de Prudemanche.
Supplicius et Obertus de Montmirail les leur concédaient in omnia nemora Pertici.
Guillaume de la Ferté les leur donnait dans le bois de Cravant, dans la commune de Saint-Lubin-de-Cravant, près de Laons. Le document de 1165 définit donc des droits de panage et pâture identiques à ceux cités pour le Temple-Arville. En fait, on ne rencontre pas en Drouais d'élevage extensif de porcs et de vaches comme dans les maisons dunoises.

Cette deuxième moitié du XIIe siècle est transitoire pour le Drouais. L'essentiel des défrichements est effectué ; nous n'en rencontrons pas de mentions probantes chez les Templiers.
De 1165 au début du XIIIe siècle, nous avons remarqué autant de donations de terres arables que d'usages en forêt. Les terres arables furent pour plusieurs situées dans la paroisse de Laons, donc proches de la Villedieu. C'est une des raisons pour laquelle nous datons approximativement du début du XIIIe siècle l'érection de la Villedieu en commanderie.
En 1165, la maison centrale était une maison de forêt, la Saucelle-les-Pelles.
En 1221, la maison centrale était devenue la Villedieu-en-Dreugesin sous le nom qui lui resta.
Bien qu'un Hermannus Drogonensis soit nommé au Temple-près-Mondoubleau vers 1176, le document ne précise pas s'il représente comme maison centrale les Pelles ou la Villedieu. Aussi passe-t-on insensiblement, de 1165 à 1273, par exemple, d'un Hugues de Dammartin, prieur de la Villedieu à un précepteur de la Villedieu-en-Dreugesin.

En 1275, le curé de Villemeux donnait aux Templiers six arpents de terre à Villemeux et tous les biens qu'il possédait au Gué-Bordeau, près du moulin des Pelles (14).
14. Archives Nationales, S 4977, n°4 et 6.
— Bibliothèque Mazarine, Ms 3367, folio 53.
— Metais, n° CLXXIV.


La Saucelle, village d'eaux et de forêt, est entouré de trois granges : les Châtelets, les Pelles, Olivet. Or, ces trois granges dépendaient de trois paroisses, respectivement les Châtelets, la Saucelle, Jaudrais.
L. Merlet relève une mention de la Saucelle à la fin du XIe siècle. On peut dire que la Saucelle se développa dans la deuxième moitié du XIIe siècle grâce aux granges et moulin des Pelles.
De 1165 à 1273, nous passons d'un prieur à un précepteur de la Villedieu. A l'inverse, les Pelles, maison centrale au XIIe siècle, ne fut pas érigée en commanderie, mais c'est un prieur de la Saucelle qui apparaissait en 1273. Les archives manquent de l'acquisition par les Templiers d'un droit de paroisse à la Saucelle. Pareille acquisition n'est pas confirmée ultérieurement.
Archéologiquement, il reste que l'église de la Saucelle, comparable à celle d'Arville et faite d'aridium, doit être datée de la deuxième moitié du XIIe siècle.

Eglise de La Saucelle :BNF

De même qu'au Temple-près-Mondoubleau un peu plus tôt, les Templiers étaient installés au XIIe siècle dans des villages de fondation récente : Fons Calva, Salcelula (relevé vers 1115) (15).
15. L. Merlet, Dictionnaire topographique, page 170.

A l'inverse du Temple-près-Mondoubleau, la maison des Pelles, la Saucelle ne fut pas érigée en commanderie. Alors que le Temple-près-Mondoubleau et toutes les maisons des Templiers étaient au XIIe siècle dans le Dunois et le Vendômois des maisons de forêt, les Templiers eurent le choix dans le Drouais. Entre un prieuré de la Saucelle (eaux et forêt) et un prieuré de la Villedieu, ils référèrent la Villedieu et l'openfield (*).
* L'openfield (« champ ouvert » en français) est un terme de géographie qui désigne un paysage agraire à champs ouverts. Les géographes francophones ont recours à cet anglicisme, parfois jugé abusif, pour éviter les mots français correspondant campagne ou champagne, qui signifient également « champ ouvert »

En quelques années donc, le centre des maisons drouaises se déplaça d'ouest en est, des Pelles, la Saucelle à la Villedieu. Après la fondation de Sours en 1192, les maisons de la forêt déclinèrent dans l'ensemble de la baillie de Chartres. Le chef-lieu de baillie passa d'Arville à Sours en même temps que les terres arables devenaient la préoccupation la plus importante.
Les pouillés du diocèse de Chartres notent 54 paroissiens à la Saucelle, soit 220 à 270 habitants dans la deuxième moitié du XIIIe siècle.

2. Les Châtelets

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Commune: La Saucelle - 28

Domaine du Temple Les Châtelets
Domaine du Temple Les Châtelets

D'après le texte cité de la Ferme générale, les Templiers auraient eu à payer un demi-muid de blé à prendre sur la grange dudit Temple, aux Châtelets. Les Templiers rachetèrent cette obligation en 1214 (16).
16. Bibliothèque Mazarine, Ms 3367, folio 69 v°.
— Métais, n° LXIV.


Cette grange n'est confirmée par aucun original. Située à proximité de la Saucelle, elle aurait dépendu de la paroisse des Châtelets. Les pouillés du XIIIe siècle du diocèse de Chartres notent 45 paroissiens aux Châtelets, soit 200 à 225 habitants.

3. Le Mont d'Olivet

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Canton: Senonches - 28

Domaine du Temple de Mont d'Olivet
Domaine du Temple de Mont d'Olivet

Cette grange du Mont d'Olivet a fait couler beaucoup d'encre du XIIIe au XIXe siècle. Elle nous est connue par des archives de 1277, mais il faut vraisemblablement la dater avant.
En août 1277, Jean de Beaumont s'étant rendu coupable d'un meurtre sur la personne de Pierre Cérinel (ou Ecrinel) ; son frère Robert de Beaumont, qui était le commandeur de la Villedieu-en-Dreugesin, pour arrêter les poursuites contre le meurtrier, donnait deux muids de blé à prendre sur la grange du Mont d'Olivet afin de fonder un anniversaire dans la chapelle de la Villedieu pour le repos de l'âme de Pierre Cérinel (17).
17. Archives Nationales, S 4977, n° 10, 12, 13, 14.
— Le toponyme de Mont d'Olivet ou Mont Olivet est un rappel du Mont des Oliviers du Nouveau Testament.


Les textes postérieurs au XIIIe siècle ont grossi cet événement, il n'est pas urgent de les retenir. Tous les documents ne notent pas la qualité de commandeur du frère du meurtrier. Aussi l'événement, sans avoir rien d'honorant, est-il incompréhensible si l'on s'arrête aux actes transcrits par M. L'Abbé Métais (18). La maison d'Olivet est pour nous d'un autre intérêt.
18. Métais, n° CLXXVI.
— Bibliothèque Mazarine, Ms 3367, folio 140 v°


La carte de Cassini note abusivement une « commanderie d'Olivet » Quant à lui, M. Mannier y voyait une « grange dîmeresse » (19). Si les originaux notent une granchia en ces lieux en 1277, les Templiers firent confirmer la précédente donation en 1277, 1296, date à laquelle Charles de Valois n'y voyait plus qu'une métairie de Mont Olivet (20)
19. Mannier, Olivet, page 124.
20. Archives Nationales, S 4977, n° 8


Aucun moulin n'y était alors noté. Toutefois, Olivet se trouve sur un affluent de la Meuvette. Comme aux Pelles où un moulin fut donné aux Templiers en 1165, c'est un moulin qui se développa à Olivet, mentionné seulement au XVIIe siècle (21). On peut donc dire sans grand risque d'erreur qu'il est postérieur à l'époque templière.
21. Bibliothèque Mazarine, Ms 3367, folio 59 (1635)

La métairie de Mont Olivet se trouvait en la paroisse de Jaudreses
Les pouillés donnent 20 paroissiens à Jaudrais au XIIIe siècle, soit 90 à 100 habitants.

III. — La Ferté et Brezolles

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Canton: Brezolles - 28

Domaine du Temple de Brezolles
Domaine du Temple de Brezolles

Si l'on en croit L. Merlet, les premières mentions de Brezolles remonteraient à la fin du XIe siècle. Brezolles était alors un prieuré dépendant de Saint-Père-en-Vallée, fondé vers 1080, Bruroliæ 1200, Bruroles 1294... (1).
1. L. Merlet, Dictionnaire topographique, article Brezolles.

L'ensemble des biens donnés ou confirmés en 1165 le furent sous l'égide du seigneur dominant, Ernaud de la Ferté (aujourd'hui La Ferté-Vidame). Les autres donateurs n'étaient que ses vassaux.

Aussi, peut-on dire, Brezolles, fondé à la fin du XIe siècle, se développa plus sûrement dans le XIIe siècle grâce aux hôtes des Templiers. Par ailleurs, les Templiers étaient titulaires de droits laïcs et ecclésiastiques.
Les pouillés du XIIIe siècle nous donnent toutes les paroisses où ces biens sont identifiés dans le doyenné de Brezolles ; Brezolles, récemment fondé, à la limite de la forêt-Openfield et des défrichements (*).
* L'openfield (« champ ouvert » en français) est un terme de géographie qui désigne un paysage agraire à champs ouverts. Les géographes francophones ont recours à cet anglicisme, parfois jugé abusif, pour éviter les mots français correspondant campagne ou champagne, qui signifient également « champ ouvert »

Les seigneurs de Brezolles n'apparaissent qu'au XIIIe siècle. En 1266, Hugues du Château, seigneur de Brezolles et de Richebourg, cédait tous les droits de justice qu'il avait sur les hommes du Temple : ie avoie toute justice grant et petite seur les hommes et seur les terres du Temple establis et demoranz en toute ma terre et en toutes mes chastelenes de Bruroles et de Saint-Remi et d'ailleurs... (2)
2. Archives Nationales, MM 895, Cahiers Paléographiques, tome II, n° 30.

Aussi, Villeneuve près de Marigny, comme nous le verrons plus avant, était-elle une hostise. Bien qu'Hugues de Marigny soit présent dans l'acte de 1165, Marigny n'était nullement érigé en paroisse, n'étant pas cité dans les pouillés du diocèse de Chartres.
En 1165 encore, Guillaume de la Ferté donnait aux Templiers des usages dans le bois de Cravant, commune de Saint-Lubin-de-Cravant.

Le vocabulaire est pauvre dans la langue française pour la désignation des forêts. Forêt est un terme général : la forêt du Perche est attestée à la fois au Temple-près-Mondoubleau et dans le Drouais. Ce terme de forêt peut prendre des noms variables en fonction des seigneuries locales : forêt du Bouchet, forêt de Vendôme, forêt de Montmirail, etc. Le terme de bois relevé en 1165 près de Laons-Brezolles est plus localisé. Un bois peut couvrir une ou deux paroisses. Dans le dernier document analysé pour Belle-Lande, quatre bois sont cités entre Belle-Lande et Epuisay délimitant leurs deux paroisses. En fait, les bois que nous avons pu identifier sont proches de la plaine. On peut dire qu'ils délimitent, tant dans le Dunois que le Drouais, à la fois les paroisses et les défrichements.

Les documents qui nous les font connaître ne citent jamais l'un sans l'autre le bois de Cravant et le Bois-Fautray qui sont géographiquement voisins.
En 1257, Guillaume de Marigny les regroupait sous le nom de nemoribus mets de Marigneo (3). (Nous avons noté au XIIe siècle l'alliance des familles de Marigny et de Marcouville en faveur des Templiers, cette alliance se retrouve en 1257).
3. Archives Nationales, S 4977, n° 21 et 25.
— Métais, n° CXLIV.


En 1231, les prieurs de Sainte-Geneviève et de Saint-Eloi de Paris jugèrent d'un différend intervenu entre Geoffroy Thomas et les Templiers (4). En conclusion, Geoffroy reconnaissait aux Templiers des droits d'usage et de pâture dans le bois de Cravant pour les hommes de Marigny et de Bois-Fautray. Y sont alors notés les troupeaux des Templiers, principalement chèvres et moutons.
4. Archives Nationales, S 4977, n° 26.
— Métais, n° CVII.


Marigny dépendait de la paroisse de Prudemanche. L. Merlet ne trouve pas le nom cité avant les pouillés du XIIIe siècle. Nous devons faire remonter cette paroisse au moins à 1165. A cette date, les Templiers avaient des hôtes et des terres dans la contrée : — decem agripennos terre hominibus hospitalis Ernaudi...

Les documents originaux ignorent le nom de Villeneuve. Le nom n'apparaît que fort tard. Dans la masse des baux à ferme et déclarations postérieurs à l'époque templière, nous le rencontrerons en 1673 (5).
5. Archives Nationales, S 4977, liasse 53, n° 105.

La carte de Cassini mentionnait Villeneuve près de Marigny plus d'un siècle plus tard. En fait, les variations de nom ne cachent pas sa toponymie. Sans que le nom apparaisse aux XIIe et XIIIe siècles, il est probable que Villeneuve est très tôt apparue comme telle. Nous trouvons une « villeneuve » près de Belle-Lande. L'évêque de Chartes contestait, en 1212, qu'une villa nova ait été construite à Belle-Lande.
En 1378, le commandeur de la Villedieu avait quatre-vingt-dix-sept arpents à la Champarterre à Prudemanche sur les quieux ledit commandeur a toute haulte justice, moienne et basse... (6)
6. Archives Nationales, S 4977, n° 3 (Anciennement, S 4970, n° 2).

Prudemanche

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Canton: Brezolles - 28

Domaine du Temple de Prudemanche
Domaine du Temple de Prudemanche

Les Commanderies sont indiquées sur la carte de l'IGN
Si l'on s'en tient strictement à la toponymie, la carte de Cassini note autour de Prudemanche : Marigny, Villeneuve, Bois-Fautray ; dans les paroisses environnantes : à Saint-Lubin-de-Cravant, la Boulaye ; à Laons, Corbonval, la Métairie ; entre Laons et Vitray-sous-Brezolles, la Bouverie, la Petite-Bouverie, la Boulaye.
On peut dire que les seuls toponymes attestant d'une implantation templière en forêt sont tous situés dans les paroisses de Prudemanche et de Saint-Lubin-de-Cravant.
Tous les toponymes cités touchent aux Templiers de près ou de loin.
En 1197, Gilbert des Crêches donnait à l'ordre du Temple la couture du Vivien et deux bouvées de terre à Corbonval (7). C'est l'un des premiers toponymes annonçant l'openfield à la fin du XIIe siècle et ce que fut la Villedieu-en-Dreugesin située à quelques kilomètres au sud-est de Corbonval.
Pour le reste, la Métairie (8), la Bouverie (9), etc., furent des noms chers aux Hospitaliers. Nous n'en rencontrons pas de mention chez les Templiers au XIIe siècle.
7. Archives Nationales, S 4099 A, n° 52.
— Métais, n° XXVI.
8. Archives Nationales, S 4977, liasses 52 et 53.
9. Archives Nationales, S 4977, liasse 54.


Saint-Lubin-de-Cravant

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Canton: Brezolles - 28

Domaine du Temple Saint-Lubin-de-Cravant
Domaine du Temple Saint-Lubin-de-Cravant

En ce qui concerne le XIIe siècle, les toponymes de bois sont attestés de façon linéaire. Notons Saint-Lubin-de-Cravant, Bois-Fautray, Bois-Renaud, etc. On peut donc représenter par cette ligne la limite extrême de la forêt de Brouillet en 1165 (carte V).
Marigny se trouve en forêt près de cette ligne. Bien que le nom soit cité en 1165 (Hugues de Marigny paraissait aux côtés d'Ernaud de la Ferté) le toponyme Marigny ne figure pas au XIIIe siècle dans les pouillés du diocèse de Chartres. A l'inverse de Marigny, Cravent était érigé en paroisse un siècle plus tard, comptant 98 paroissiens, soit 440 à 490 habitants. Comme à la Madeleine-Villefrouin, le patronyme apparut à une date postérieure à l'époque templière.
Villeneuve se trouve à l'ouest de cette ligne de démarcation forêt-openfield. C'est le seul hameau situé résolument en forêt. Le toponyme qui resta n'est pas étranger à ce fait. Bien que les hôtes de la champarterre se soient vu attribuer des arpents dûment défrichés, on peut dire que Villeneuve fut fondée peu avant 1165, se développant ensuite par la mise en valeur.
Prudemanche comptait 120 paroissiens dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, soit 540 à 600 habitants. Les hommes des Templiers dans le Drouais avaient une hospitaria en 1165 près de Bois-Fautray. On ne peut répondre de ce chiffre élevé noté par B. Guérard et A. Longnon sans que les pouillés aient pris en ligne de compte les hameaux des hôtes autour de Prudemanche.

Carte Les Templiers dans le Drouais : BNF

IV. — Les Templiers en forêt du Perche

Temple de Rohaire

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Canton: La Ferté-Vidame - 28

Domaine du Temple de Rohaire
Domaine du Temple de Rohaire

A l'ouest de Brezolles et de la Meuvette, situés dans la forêt du Perche, on peut noter les derniers biens que les Templiers possédèrent en 1165.
A Beauche, Geoffroy leur donna de quoi installer des hôtes : unum arpentum Belchie vel duo vel tria.
Au XIIe siècle, ces biens n'ont pu donner de maisons importantes. Nous n'avons pas d'hostise en forêt du Perche. Métais identifie le bois de Perthuis à Rohaire (1).
1. M. Métais, page 4.

Launay-au-Perche

Département: Eure-et-Loir, Arrondissement: Dreux, Canton: Verneuil - 28

Domaine du Temple Launay-au-Perche
Domaine du Temple Launay-au-Perche

Cassini mentionne un lieu-dit le Temple entre Rohaire et la Chapelle-Fortin dont les archives ne parlent pas au XIIe siècle (2) Le Livre Vert (*) mentionne en 1373 la maison de Launay élevée au grade de commanderie.
— La commanderie de Launay ou Perche (3), jadis du Temple, a chapelle.
2. Le Temple-Baudart ou la Chaperonnière, archives perdues pour l'époque templière: Archives Nationales, S 4980, liasse 89.
3. Launay-au-Perche, canton de Brezolles, commune de Rueil-la-Gadelière.


En faisait partie à cette date :
— La maison du bois Hemon (4),
— La maison appellée le Louvier (5),
— La maison de la Chaperonnière (2).
4. Le Bois Hemon, non identifié.
5. Le Louvier, canton de Verneuil-sur-Avre, commune de Balines.
2. Le Temple-Baudart ou la Chaperonnière, archives perdues pour l'époque templière: Archives Nationales, S 4980, liasse 89.


La confirmation générale en 1165 ignore ces maisons. Le Livre Vert indique pour la commanderie de Launay cent soixante arpents de terre et seize de prés.
La Villedieu-en-Dreugesin, chief de baillie, avait quatre cents arpents de terre.
On peut dire que la commanderie de Launay n'existait pas au XIIe siècle. Cette maison est postérieure à l'érection de la Villedieu-en-Dreugesin (dont elle dépendait) en commanderie où nous avons noté un prieuré en 1165. Les premières acquisitions de terre doivent remonter au XIIIe siècle. Les archives de Launay sont perdues pour l'époque templière (6).
6. Les archives de Launay se trouvent « en déficit » : Archives Nationales, S 4979 et 4980.

Toutefois, si l'on se sert strictement de la toponymie, E.-G. Léonard ne note pas de commanderie à Launay d'après le cartulaire du marquis d'Albon. Force est donc de dater l'érection de Launay en commanderie du XIIIe siècle ; et postérieurement à la Villedieu-en-Dreugesin.

Cette maison seule laisse planer un doute quant aux défrichements. Mais en général, les Templiers ne furent pas des défricheurs. Le terme d'extirpare n'est employé qu'une fois dans toute la baillie de Chartres, encore pouvons-nous le mettre en doute aux Matheraz. Dans le voisinage de Beauche, à Rohaire, Montmureau, les Châtelets, identifiés par Métais mais postérieurement à l'époque templière, ces lieux ne peuvent l'être en 1165 que si on les intègre in omnia nemora Pertici. Auquel cas, les Templiers auraient eu des parcours pour les troupeaux identiques au Temple et Arville vers 1176. Le nom de Perche — Launay ou Perche — se conservait au XIVe siècle même si le problème d'une identification précise de ces parcours reste entier.

A défaut de situer avec précision ces parcours, l'identification de cette forêt reste vague autant que vaste. Nous pouvons la limiter à l'Avre dont Beauche et Rohaire ne sont pas plus éloignés que Prudemanche : c'est la limite naturelle avec la Normandie. Dans les donations aux Templiers en forêt, les seigneurs du Perche furent pratiquement absents dans le sud de la baillie de Chartres.
En 1134, Geoffroy de Châteaudun souscrivit un accord avec les moines de la Trinité-de-Vendôme in domo militum de Templo. Cette date a permis de dater la première implantation des Templiers au Temple-près-Mondoubleau. Le terme de Perticus y disparaît ensuite.

Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, cette partie de la forêt du Perche fut mise en Défens et porta le nom, Defessum. Une autre partie porta les noms de forêt de Vendôme ou forêt du Bouchet « variablement » (Nous avons vu l'alliance des deux seigneurs Barthélémy de Vendôme et Josbert du Bouchet aux Matheraz.) Ni les seigneurs du Perche ni le nom de la forêt ne sont plus cités dans la contrée du Temple-près-Mondoubleau après 1134.
Les maisons de Montmirail et Melleray sont modestes : les seigneurs du Perche et de Montmirail exerçaient leurs seigneuries au nord d'une ligne Montmirail-Arville. Le nom qui est resté de forêt du Perche est aussi bien porté ou nommé par les seigneurs de Nogent-le-Rotrou que par les seigneurs de Montmirail : Rotro, comes Perticis (7), pour les Templiers dans le Drouais en 1165 : Montemmirellum concedit ... et omnia nemora Pertici. Le terme de foresta de Montemirabili se rencontre aussi (8).
7. Bibliothèque Nationale, Duch., Ms 20, folio 240.
8. Bibliothèque Nationale, Duch., Ms 20, folio 230. — Metais n° XXXI.


On peut dire que la forêt prend des noms variables en fonction des seigneuries et de celui qui la nomme. Etant bien évident que la forêt est plus vaste pour un comte (Rotrou) que la forêt de Montmirail (simple dominus).
Les Templiers de la baillie de Chartres eurent affaire aux deux familles (9).
9. Métais, page 50, note 1. — Métais débat des alliances qu'elles ont eu entre elles à cette époque. Il discute aussi l'éventuelle trahison de Renaud de Montmirail et Guillaume de Ferrières, vidame de Chartres, lors de la prise de Constantinople en 1204.

Par conséquent, on peut dire que les Templiers étaient installés aux XIIe et XIIIe siècles aux lisières de la forêt du Perche.
Ces dernières passent par une ligne nord-sud La Saucelle-Montmirail ; Le Temple-près-Mondoubleau. Entre cette ligne et l'Eure et le Loir se situe la Gâtine qui, sans être une « forêt dense », est plutôt une forêt de haies.

Arponnel

Par un acte non daté [Métais le situe vers 1200], Etienne du Perche, frère de Geoffroy, comte du Perche, donna aux Templiers meas masuras Arponnieli... et centum arpentos terre de meo nemore de la Gastine (10).
Cette importante maison, environ quarante hectares, pose un problème de toponymie.
10. Archives Nationales, S 5000 A, n° 61.
— Métais, n° XXXIV.


Le Livre Vert note Harpontel en 1373, le nom a aujourd'hui disparu. Toutefois, Arponnel se trouvait selon le document d'Etienne du Perche entre Brimont et Chartres.
Brimont, qui a également disparu, devait être un nom de bois plutôt qu'une paroisse : Cassini note un lieu-dit le Bois-Brimont entre Happonvilliers et Frétigny.
Pour le Livre Vert, Arponnel dépendait de la maison des Pelles.
Il y a un lieu La Gâtine à la droite de Les Pelles, sur la carte de l'IGN et de Cassini. Si le Livre Vert à raison, c'est ici qu'il faut placer Arponnel.
D'après Métais
Donation par Etienne du Perche de masures à Arponnel et de cent arpents de terre dans la forêt de Gatines, entre Brimont et Chartres.


Voir la site docplayer, Métais, c'est le cartulaire « Les Templiers en Eure-et-Loir » - Suite

A cette date, les Templiers étaient installés en l'Eure et le Loir.
Sources : Pierre-Marie Folliot. Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, tome XXIX. Chartres 1983-1984 - BNF

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