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Quelques études réalisées sur les Templiers

Eglise Saint-Antoine de Braize
Département: Allier, Arrondissement: Montluçon, Canton: Bourbon-l'Archambault - 03

Eglise Saint-Antoine de Braize
Localisation: Braize

Quelques privilégiés seulement, sous la conduite de M. Jacques Chevalier, ont pu visiter la curieuse église de Braize, égarée dans la solitude des champs, à la lisière de la forêt, et méditer sur la grandeur et la décadence de l'Ordre du Temple et de ses chevaliers.

Les autres excursionnistes, après avoir erré par monts et par vaux, durent subir le supplice de Tantale et, à deux pas de l'église, dont la tour carrée se dressait au-dessus des arbres, rebrousser chemin, pour gagner Saint-Bonnet. Ils trouveront ici quelques explications d'un édifice qui méritait une longue visite.

Description de l'église

Eglise de Braize
Eglise de Braize - Image Jean-Jacques Martin

— Les chevaliers du Temple ont laissé, nous l'avons vu, un souvenir vivace dans tout le pays de Tronçais. Plusieurs églises font remonter à eux, sans preuve certaine, leur origine. Les preuves existent pour l'église de Braize ; et son architecture, sobre, élégante, toute militaire et conforme à un type de chapelle rurale, cher aux Templiers, le confirme (1).
1. Dimensions hors œuvre : longueur, 37m, 20; largeur, 9m, 40 ; largeur du chœur, 5m, 60.

Elle est de style roman du milieu du XIIe siècle. Son portail à trois archivoltes entourées d'un bandeau est semblable à celui du Brethon. Son chœur étroit et profond, ses colonnes engagées à chapiteaux feuillages, ses bases pattées, de profil vigoureux et net, achèvent la ressemblance (2). Son ancien clocher octogonal, terminé par une flèche en pierre, a été démoli comme celui du Brethon, sous la Révolution. Ce qui en restait, la base carrée a été depuis couverte en bâtière, à la façon des tours champenoises, et sert d'abri à une petite cloche.
2. Il y a aussi une grande parenté de formes avec l'église du Vilhain.

L'abside polygonale et la base du clocher, particulièrement soignées, sont en pierres de taille ; le reste est en moellons. Des corbeaux de type poitevin soutiennent la corniche et un cordon court à l'extérieur, tout le long de l'édifice, en contournant le plein-cintre des fenêtres. Les fenêtres de la première travée du chœur sont seules en tiers-point. La fenêtre médiane de l'abside a été bouchée à une date récente. La vieille porte à gauche, à l'entrée du chœur, qui, primitivement, faisait sans doute communiquer l'édifice avec les bâtiments de la Commanderie, a été bouchée en 1733 et la sacristie construite à la même époque (3).
3. A l'occasion d'une tournée épiscopale, le 25 septembre 1732, l'archevêque de Bourges constate en effet que l'église n'a pas de sacristie, que le desservant a fait construire « joignant la petite porte de l'église un petit bastiment qui lui servoit à différents usages prophanes. » Sur quoi il ordonne « qu'il sera construit une sacristie joignante la voûte des cloches entre les deux piliers qui soustiennent les ceintres et ce du costé droit en entrant, laquelle sacristie sera de dix pieds en carré... » et « que le petit bastiment qui a esté construit du costé gauche de ladite église sera demoly et les matériaux employés à la construction de ladite sacristie. » (Chanoine MORET, Paroisses Bourbonnaises, IV, III.)

Eglise de Braize
Eglise de Braize - image M Huez


Les fonts baptismaux, très modestes, sans aucune moulure, sont cependant intéressants, car ils sont du type à cuve octogonale et piscine accolée, qui, selon Enlart, ne se serait fait qu'à partir du XVe siècle. Les fonts baptismaux de Braize paraissent donner la preuve, comme ceux de Bagneux, de Sauvagny et de Franchesse, que tout au moins dans notre région, ce type a été en usage dès le XIIIe siècle et peut-être même avant (4).
4. Cf. Bulletin de la Société d'Emulation, 1929, page 278 et suivantes.

L'église n'a pas de transept ; mais comme son chœur est extrêmement rétréci par rapport à la nef, deux petits autels latéraux ont pu être adossés au mur oriental de la nef ; l'un d'eux, dédié à saint Antoine, porte une statue du saint accompagné de son cochon.

La beauté discrète de l'église de Braize réside dans la régularité et la logique de son plan, dans l'unité de son style et la qualité de son exécution. Sa nef a bel aspect avec, ses doubleaux en arc brisé et avec les hautes arcatures qui renforcent les longs pans, tout en les allégeant et en concentrant la poussée de la nef vers les seuls contreforts (5).
5. Ce procédé a été fréquemment usité en Bourbonnais, en Auvergne et dans tout le sud-ouest.

L'église de Braize, devenue possession des chevaliers de Malte, eut fort à souffrir des guerres de religion. En 1615, les visiteurs constataient qu'elle n'était plus qu'« une vieille mazure » et qu'on n'y avait pas dit la messe depuis plus de 20 ans. Il n'en restait plus que les quatre murs qu'il avait fallu étayer (6).
6. Cf. A. Vayssière, Archives Historiques du Bourbonnais, tome I, pages 316 et 317.

Plan Eglise de Braize
Plan Eglise de Braize - Bnf Plan


Elle attendit jusqu'au XIXe siècle avant d'être réparée, ainsi que l'atteste cette inscription :
« La présente église de Braize a été relevée de ses ruines et restauré par le seul concours unanime des habitants en 1867. Auguste-Ernest, baron de Lallemand, de Marais, maire Pierre Camaud, adjoint. Etienne Maynard, entrepreneur. »

L'Ordre du Temple et les particularités de style d'églises
— L'ordre du Temple fut fondé en 1128 par 9 chevaliers. Il leur fut interdit d'ordonner de nouveaux frères avant 9 ans. Le nombre 3, dont le carré est 9, et le triangle équilatéral, se retrouvent fréquemment dans l'architecture de leurs bâtiments et dans la décoration de leurs vitraux et de leurs dalles funéraires (7).
7. Cf. Viollet-Le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, IX, page 16 et suivantes.

On les rencontre aussi à l'église de Braize, dont la nef est composée de trois travées, le portail cintré de 3 archivoltes et l'abside et les murs de la nef percés chacun de 3 fenêtres. A propos des fenêtres, il est bon de remarquer qu'elles sont très étroites, réduites presque à la dimension de meurtrières, dans le but peut-être de faciliter la défense de l'église (8).
8. Comme à Bert, Châtelperron et Sauvagny (Cf. Congrès archéologique tenu à Moulins en 1854, page 118). Ces églises passaient autrefois pour avoir appartenu à l'Ordre de Malte. Mais c'est douteux et M. Vayssière ne les mentionne pas dans son étude sur l'Ordre de Malte.

Deux autres détails de structure prennent un intérêt tout particulier, du fait que l'église de Braize fut édifiée par des chevaliers du Temple.
La première travée du chœur est voûtée en coupole octogonale, supportée par quatre trompes coniques. Enfin, l'abside, pentagonale à l'extérieur, est ronde à l'intérieur.

A première vue, il semble qu'il n'y a rien de commun entre le plan rectangulaire de Braize et le plan circulaire du Saint-Sépulcre de Jérusalem, prototype de la plupart des grands Temples (9).
9. Temples ronds de Paris, Metz et Lanleff en France. Temples ronds de Cambridge, Northampton et Londres en Angleterre, de Pise en Italie. Temples octogones de Montmorillon et de Laon ; dodécagone de l'oratoire des Templiers (ou Hospitaliers) de Ségovie en Espagne. La plupart de ces Temples ont été agrandis de nets rectangulaires, porches, etc..., dans lesquels ils sont enchâssés.

Et cependant, avec la différence qui existe nécessairement entre une chapelle rurale et un Temple d'une grande ville, on retrouve dans l'église de Braize une forme dérivée du plan circulaire-type : La forme polygonale du chevet à l'extérieur n'est qu'une concession à la mode d'alors et un moyen de simplifier la charpente et la couverture (10).
10. L'abside de l'église du Montet présente la même particularité, dans un but de simplification et d'économie, évidemment.

Mais à l'intérieur, la forme circulaire est respectée. En outre, le voûtement en coupole de la première travée du chœur, est ici un autre procédé d'inscription d'un cercle dans un carré, qui paraît particulièrement voulu, pour la même raison symbolique. Pour donner plus de poids à mon argumentation un peu risquée, je vais maintenant laisser parler une autorité.

M. Jules Gailhabaud a décrit (12) en 1872 une chapelle de Templiers, — celle de Ramersdorff, en Alsace, — petit édifice de 11m, 60 de long et 7m, 10 de large, de plan rectangulaire, comme celui de Braize, à trois nefs de trois travées chacune, avec abside et absidioles rondes intérieurement et polygonales extérieurement :
« Quelques archéologues, écrit M. Gailhabaud, à propos de la chapelle de Ramersdorff, posèrent longtemps en principe que ces édifices reçurent toujours, comme disposition ichnographique, la figure d'un cercle ou celle d'un polygone, dont on ne s'écarte jamais. A ces antiquaires, nous répondrons que notre chapelle de Ramersdorff vient réfuter cette opinion et la rectifier de tous points... Il est maintenant prouvé que cet Ordre ne s'en tint pas pour le plan, à deux formes, mais qu'il admit encore la disposition rectangulaire des basiliques avec nefs et abside. De ce dernier genre, on connaît plusieurs chapelles spécialement construites par les Templiers, et quelques-unes d'entre elles offrent même, dans leur ensemble, la combinaison de deux de ces figures, c'est-à-dire une partie circulaire ou polygonale, constituant le sanctuaire, précédé d'un rectangle qui forme les nefs... Il s'en trouve plusieurs qui n'ont qu'une seule nef précédant le chœur et cette nef n'était guère plus grande que celui-ci... L'étendue de ces chapelles était peu considérable et cela s'explique : situées pour la plupart dans les campagnes, elles étaient desservies et fréquentées par le personnel de la Commanderie, qui était peu nombreux, et elles suffisaient à ses besoins. De là, les dimensions souvent fort restreintes, de ces édifices, qui n'en exigeaient point d'autres, et dont la petitesse, l'exiguïté pour quelques-unes, excite aujourd'hui notre étonnement (13).
12. L'Architecture du Ve au XVIIe siècle, tome I, page 21.
13. Cf. Viollet-Le-Duc, Dictionnaire de l'Architecture, tome IX, page 17: « Les dispositions de ces chapelles exiguŽs, avec sanctuaire peu important, indiquent assez que les chevaliers du Temple n'admettaient pas le public pendant les cérémonies religieuses. Ces chapelles servaient aussi de lieu de séances pour les délibérations qui, d'ordinaire, se tenaient la nuit. D'ailleurs d'une extrême sobriété d'ornementation, ces petits monuments du XIIe siècle se ressentent de l'influence de l'abbé de Cîteaux, qui avait rédigé les statuts de l'Ordre. »


Un tel fait n'a cependant rien d'extraordinaire. L'ordre, qui possédait sur certains points de catholicité, soit en France, en Allemagne, en Espagne, etc., telle grande maîtrise ou tel prieuré avec bâtiments et chapelle toujours proportionnés au nombre des chevaliers, eut encore pour gérer les lieux secondaires ou inférieurs de leurs domaines, de petites maisons ou commanderies, où l'on envoyait seulement quelques frères, afin d'y surveiller les intérêts matériels, en tant que travaux agricoles ou autres, perception des redevances ou des dîmes, etc.. Pour la demeure et les besoins de ces quelques frères, on se contenta de bâtir des locaux peu considérables, parmi lesquels figurait toujours une chapelle, dont les dimensions étaient réglées sur le chiffre des occupants. Quoi de plus naturel alors, que de voir, comme à Ramersdorff par exemple, une chapelle dont l'étendue n'excédait pas 9 à 10 mètres ?...
Ce que j'y trouve de plus curieux, c'est évidemment la forme du chœur ; on y découvre, comme je l'indiquais plus haut, cette figure du cercle combinée à celle du rectangle qui constitue les nefs ; alliance des plus intéressantes, puisqu'en acceptant la donnée d'une imitation du Saint-Sépulcre dans les monuments des Templiers, on retrouverait ici, quoique d'une manière bien affaiblie, mais cependant appréciable, cette forme elle-même du cercle dans l'endroit le plus vénérable, le sanctuaire, et notre constatation vient donner un certain poids à cette pensée intentionnelle de l'imitation d'un prototype dans leurs églises. »

Origine de l'Eglise. Les Templiers et les Hospitaliers
Les archives bourbonnaises ne sont pas riches en documents sur la paroisse de Braize, car elle est d'origine récente. Quant aux titres des Templiers et Hospitaliers du lieu, ils sont mal connus, ayant été conservés ainsi que ceux de la Racherie, aux Archives du Rhône ; ils s'étendent depuis l'année 1225 jusqu'à 1746.
Un prieuré de Braize est également mentionné dès l'année 1327.
L'abbesse de Charenton fut son patron présentateur depuis 1503.

Braize, maison du Temple, fut à l'origine, bien distinct des établissements voisins de la Bruère, sis sur le territoire de Braize, et de Saint-Jean de Bouis, sis au sud-est de Saint-Bonnet-le-Désert sur la Sologne, établissements qui, de toute ancienneté, étaient possession de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, et dépendances de la Commanderie de la Racherie.

Mais à la suppression de l'Ordre du Temple, Braize fut réuni à la Bruère. D'abord simple membre de la Commanderie de La Racherie, il semble que la maison de La Bruère du Temple devint, au XVIe siècle, le siège d'une Commanderie.

En 1528, Pierre du Mont, dit du Breuil, en était le Commandeur et défendait ses droits sur la forêt contre les gens du duc de Bourbon (14). En 1569, d'après Nicolay (15), Braize est « villaige et collecte et commanderie de Saint-Jehan de Jérusalem, estant de la paroisse de Saint-Bonnet du Désert, près lequel est la maison noble de la Placaudière, contenant le dict village 38 feuz. »
Un domaine à 1 kilomètre environ à l'ouest de Braize s'appelle encore domaine de la Commanderie.
1. Cf. A. Vayssière. Archives Historiques du Bourbonnais, tome I, pages 316 et 317.
2. Générale Description du Bourbonnais, éditions Vayssière, tome II, page 41.


La maison de Saint-Jean de Bouis ou du Buys comprenait une chapelle et un moulin. Il n'en reste plus que le moulin, près duquel M. Rambourg posa, en août 1789, la première pierre de la forge de Tronçais.

Des deux maisons réunies de la Bruère et du Temple, il ne reste que la vieille église de Braize, superbe dans son isolement en plein champ, et, dans le cimetière qui la joint, des fondations de murs, que vient buter parfois la pelle d'un fossoyeur. Ce sont les derniers vestiges de ce qui fut jadis le couvent des Templiers.

Je ne sais où M. Lasnier a trouvé des renseignements sur le château et ses dépendances. Voici la description qu'il en donne (16) :
« Le principal corps de logis formait un carré long flanqué à ses deux extrémités de deux pavillons, faisant retour, et au centre, d'une grosse tour crénelée, servant en même temps d'escalier et de donjon. Devant la cour d'honneur, à gauche des écuries voûtées en pierre de taille, pouvant contenir cent cinquante chevaux ; à droite, les bâtiments accessoires nécessaires à la communauté.
« Derrière ce corps de logis, régnait une autre cour, au fond de laquelle s'élevait la chapelle, dédiée à saint Georges, et plus loin le cimetière des chevaliers.
« L'enceinte était formée d'une muraille haute de neuf pieds, défendue par quatre tours à créneaux. »

M. Lasnier semble croire que ce n'est qu'après 1291, date de la prise de Saint-Jean-d'Acre que, « à leur arrivée en France, dix chevaliers et un grand nombre de frères lais, sous la conduite d'un commandeur, vinrent habiter le manoir de Braize ». C'est inexact, car l'église de Braize, qui porte leur marque, existait déjà depuis plus d'un siècle. Quant au nombre des religieux, il paraît être, en l'absence de tous documents, imagination pure, ainsi que ce récit de la prise de la Commanderie.

« Dans la nuit du 12 au 13 octobre (1307 ?) : aussitôt que le gouverneur de la province du Bourbonnais (erreur ! Le Bourbonnais n'avait pas de gouverneur, il était seigneurie, dont Béatrix, dame de Bourbon, était alors le seigneur), eut brisé le cachet du pli, qui lui avait été transmis par le roi et qui contenait ses ordres, un gros de soldats envahissait la Commanderie. Surpris dans leur sommeil, les chevaliers essaient de résister, mais bientôt accablés par le nombre, ils cèdent et sont faits prisonniers. Peu de temps après, le manoir fut rasé. »

La paroisse de Braize, tard apparue dans l'histoire religieuse de notre province, n'eut pas longue vie. Elle faisait partie, avant la Révolution, de l'archiprêtré de Charenton. Son dernier curé fut Jean Boutoute, qui rétracta en 1792 le serment qu'il avait prêté et prit la fuite, déguisé en paysan. Reconnu et arrêté par une population « animée du plus pur patriotisme », il fut incarcéré, bien qu'infirme, à Sainte-Claire de Moulins, et déporté sur les pontons de Rochefort, où il mourut le 25 novembre 1794.
16. M. Lasnier. Voyage pittoresque autour de la forêt, page 24.

La paroisse de Braize est aujourd'hui desservie par le curé de Saint-Bonnet-Tronçais.
Au siècle dernier, au lieu dénommé Laleuf, il existait sur le territoire de la commune de Braize, une tréfilerie et une fabrique de « pointes de Paris », construite en 1824 à la place de l'ancien moulin du Ris. La tréfilerie était alimentée par un petit étang. Elle produisait annuellement 2.500 quintaux de fer et de pointes (17).
17. Cf. Ernest Olivier, La Forêt de Tronçais, page 7.
Sources: Mitton F. Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais : lettres, sciences et arts, Moulins 1930. Bnf

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