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Quelques études réalisées sur les Templiers

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Description de la commanderie de Neuilly-sous-Clermont des Peintures de sa chapelle.
La Commanderie de Neuilly-sous-Clermont, située au milieu de la grande rue de ce village, forme un ensemble de constructions architecturales qui nous a paru mériter une description détaillée par la valeur respective de ses différentes parties.
J'en ai vainement cherché mention dans les principaux recueils archéologiques : les Annales de Didron, le Dictionnaire de l'Architecture française de Viollet-le-Duc, le Bulletin de la Société Académique de l'Oise n'en parlent pas. M. Enlart, dans son récent et si remarquable ouvrage sur l'architecture religieuse en France, cite la chapelle de la Commanderie. Woillez, Graves, M. l'abbé Muller, disent quelques mots de ces constructions, les deux premiers en leur assignant une date qui n'est pas exacte.

La Commanderie de Neuilly passe pour avoir d'abord appartenu aux Templiers (1). Elle appartint ensuite aux Chevaliers de Saint-Jean-de Jérusalem et de Malte qui, avant 1790, possédaient dans le département de l'Oise le prieuré de Saint-Pierre de l'Oise, et les Commanderies d'Ivry-le-Temple, de Lagny-le-Sec, de Laigneville, de Louviers, de Vaumois, de Neuilly-sous-Clermont, de Saint-Mauluis, de Saint-Jean de Senlis, de Sommereux et de Villedieu-la-Montagne (2).
1. Comte De Luçay, Le Comté de Clermont-en-Beauvaisis, page 126.
2. Armand Rendu et Luys, Inventaire des Archives départementales de l'Oise antérieures à 1790.


L'ensemble des bâtiments de la Commanderie comprend :
1° Une logette avec un mur percé de fenêtres, des débris de construction, le tout transformé en maison d'habitation. 2° Une chapelle.
3° Un grand bâtiment Renaissance, la Commanderie elle-même.

Etudions successivement ces différentes parties.
Au-dessus d'un large pilier en maçonnerie se trouve une logette de forme rectangulaire, supportée par de puissants corbeaux. Le pilier et les corbeaux paraissent être du XVe siècle. La logette a été remaniée et ne présente plus de caractères particuliers. D'après les renseignements recueillis, il y a une trentaine d'années, de larges créneaux occupaient la place de la logette et entre les corbeaux se trouvaient des mâchicoulis. Le mur se continue ensuite, formant l'un des côtés d'une chambre d'habitation moderne. Il présente une grande fenêtre de forme ogivale. Une autre fenêtre semblable s'amorce un peu plus loin, mais le pied droit de cette fenêtre subsiste seul.
A une dizaine de mètres de là, se trouve la partie ruinée d'une autre fenêtre de la même époque. Il existait autrefois, il parait, deux piliers qui, par les voûtes qu'ils soutenaient, réunissaient ces différents débris.

Dans l'épaisseur du pilier en maçonnerie qui supporte la logette, et qui présente sur sa face extérieure une série de trous de boulin, se trouve un escalier en pierre qui conduit dans la chapelle, d'un côté, et, de l'autre, dans l'intérieur de la logette.

Placée directement derrière ces divers bâtiments et prolongeant la façade Sud du grand bâtiment Renaissance, se trouve la Chapelle de la Commanderie.

Elle appartient au pur style ogival et peut être datée du XIVe siècle d'après la forme de ses fenêtres et le mode de ses chapiteaux.

Elle présente trois façades : Sud, Est, Nord. La façade postérieure n'existe plus, la chapelle ayant été coupée lors de la construction de la Commanderie qui forme maintenant son quatrième côté.

Elle se compose d'une partie basse en forme de crypte, servant aujourd'hui d'écurie, et de la chapelle proprement dite transformée dans sa partie inférieure en maison d'habitation, le tout surmonté d'un toit en tuiles.

La façade Sud qui, comme nous l'avons dit, se continue directement avec la façade semblable de la Commanderie, présente inférieurement une porte en arc surbaissé que l'on peut considérer comme ouverte postérieurement à la construction. Cette ouverture porte une inscription gravée en creux en grandes lettres sur les claveaux et ainsi rédigée:

SI TE IGNORAS EGREDERE ET ABI POST ÆDOS TUOS.


Cette phrase tirée du Cantique des Cantiques est ainsi traduite par M. l'abbé Muller (3) : « Si tu ignores ta beauté, sors et va à la suite de tes chevreaux. »
3. Abbé Muller, Promenade archéologique entre Creil et Clermont.

Commanderie de Neuilly-sous-Clermont
Entrée et façade sud - Bnf


A ce niveau, l'autre partie de cette façade est cachée par l'habitation s'étendant entre la logette et la chapelle. Dans la partie supérieure se trouvent deux larges baies ogivales, bordées de chaque côté d'une colonnette avec chapiteau supportant l'arcature. Chaque baie comprend trois fenêtres élancées séparées par des colonnettes avec chapiteaux, et se terminant par des arcatures trilobées. Au-dessus de chacune des petites fenêtres se trouve une petite rose également trilobée.

Les chapiteaux sont nus, à tailloir pentagonal ainsi que la base. Des restes de vitraux subsistent dans les rosaces ; quelques débris de couleur verte sont visibles à la première fenêtre.

La rosace de la troisième fenêtre de la deuxième baie a gardé tout son vitrail ainsi composé : une double bordure de verres blancs et verts encadre la partie intérieure en forme de trèfle ; du centre de la rosace part, de chaque côté, un double rameau de feuillage.

La façade Est présente de même une grande fenêtre semblable ; à la partie inférieure se voit une fenêtre surmontée d'un arc en accolade et paraissant du XVe siècle. Le pignon qui termine cette façade est surmonté d'une croix antéfixe, formée d'arcs accolés et paraissant également surajoutée au XVe siècle ; au niveau des deux extrémités latérales se voient deux clochetons ruinés et qui ont dû être placés en même temps que la croix.

La façade Nord présente à la même hauteur que sur les autres côtés une fenêtre semblable à celles précédemment décrites et gardant encore quelques débris de vitrail rouges, bleus et jaunes.

Une deuxième fenêtre, à arcature ronde, se voit accolée à la première dans sa partie inférieure, et partiellement obturée.

Au niveau du sol, deux grands arcs cintrés servent de soutien à l'édifice ; ils sont en partie bouchés par des pierres assemblées où l'on a pratiqué deux petites portes qui nous font pénétrer dans la salle basse de la chapelle.

Cette salle présente deux voûtes peu élevées à nervures simples croisées, reposant sur des culs-de-lampe sans décoration, appuyés sur de puissants massifs en maçonnerie. L'une des voûtes présente à son intersection une croix de pierre absolument fruste.

Une arcature de forme ogivale encadre à la partie postérieure une baie aujourd'hui aveuglée. Autrefois, paraît-il, il existait plusieurs statues dans cette crypte.

Au-dessus se trouve la chapelle, dont la partie inférieure seule est transformée en chambres d'habitation : la partie supérieure est formée par une voûte en berceau directement appliquée au toit de l'édifice, et composée de charpentes garnies de lattes et recouvertes de crépi.

L'ensemble des poutres supportant la toiture comprend trois fermes réunies au sommet par une pièce faîtière et latéralement par une semelle. La première ferme se trouve contre le mur de la façade Est, la deuxième au milieu, la troisième contre le bâtiment Renaissance. Les entraits et les poinçons sont seuls remarquables : de forme carrée, ils sont ornés de bagues tout près de leurs extrémités et leurs angles sont abattus.

L'étude des parois des murailles va nous réserver une surprise particulièrement agréable pour des archéologues : d'abord un jointoyage double de couleur brun rouge à grands rectangles, s'étendant sur presque tous les côtés, mais surtout — ce qui est une véritable découverte, — toute une scène peinte contre le pignon Est.

C'est la Bénédiction de la Vierge, formée de quatre personnages ; trois sont entièrement visibles : la Vierge et deux anges ; du Seigneur on voit seulement la main qui bénit. On a construit malheureusement une cheminée qui cache entièrement cette partie de la scène.
L'ensemble est encadré par une bordure peinte assez large qui suit l'arc formé par la voûte en berceau.

Nous allons maintenant décrire minutieusement toute cette décoration picturale (4).
4. La description de cette peinture a été faite d'après les notes et les calques pris sur place par M. A. Parmentier, professeur agrégé d'histoire et de géographie au Collège Chaptal, notre frère, à qui nous en adressons tous nos remerciements, ainsi que pour ses conseils éclairés qui nous ont décidés à entreprendre cette étude.

En se plaçant en face de la peinture, nous voyons à gauche un ange d'une hauteur de 1 m 10. La tête, dont les traits sont cernés par une mince ligne brune, est nimbée; le corps est revêtu d'une sorte de dalmatique brune ; les pieds sont nus. Des deux mains, l'une, la droite, semble encenser ; l'autre, la gauche, tient une espèce de coupe ; une grande aile est déployée de ce côté.

Près de là, sur un siège en forme de bahut de couleur indéfinissable, à arcatures géminées, dont le fond est tour à tour bleu cobalt ou brun rouge, et dont les contours sont indiqués par des lignes noires, se tient assise la Vierge, mesurant 1 m 50 de hauteur ; elle porte une robe bleu cobalt ajustée, à manches longues, par-dessus laquelle est passé un manteau dégageant le haut du corps et couvrant surtout le bas : ce manteau est vermillon avec une bordure formée d'une rangée de points blancs encadrés de deux lignes blanches ; la robe bleue reparaît en bas sous le manteau.

Sur la tête, recouvrant les cheveux blonds recerclés, un voile est maintenu par une couronne d'orfèvrerie. La figure est entourée d'un nimbe ainsi composé : le fond est bleu ; sur le bord, successivement, se trouvent un tour blanc, un tour rouge et une bordure brune. La Vierge tient les mains jointes dans l'attitude de l'adoration.

Sur la partie droite du nimbe, à la hauteur du visage, apparaît une main bénissant qui appartient à un corps vêtu de bleu, caché par la cheminée: c'est le Seigneur.

A droite de la cheminée se voit un deuxième ange, également vêtu d'une dalmatique brune fendue en avant ; la tête est nimbée ; les pieds sont nus. L'aile gauche est parfaitement visible : le bras du même côté tient une sorte de coupe, l'autre est dissimulé sous le crépi.

Autour de la composition, et suivant l'arc en berceau, règne, comme nous l'avons dit, une bordure dont la description détaillée est plutôt ardue.

Latéralement, deux bandes de 6 cm environ de largeur, l'une brun chaud, l'autre jaune, séparées par une ligne de points blancs limitent une série de compartiments de forme carrée ; ces divisions sont remplies alternativement par des losanges et des carrés.

Les losanges sont eux-mêmes formés de quatre petits losanges composés d'une partie intérieure en forme de rosace quadrilatère jaune sur fond brun ; des bandes vertes et brunes forment un entrelacement entre ces figures et les limitent sur les parties extérieures.

Dans les triangles laissés libres par l'inscription du grand losange sur le compartiment, se voient de petits ornements formés de ronds blancs réunis en roses.

Les carrés sont limités par des bandes brunes et vertes. A l'intérieur se voient successivement : un losange comprenant un carré blanc, et, encadré lui-même, un troisième carré où se trouve une rosace quadrilatère semblable à celles précédemment décrites. Il y a alternance de couleur brune et verte dans les éléments d'un même compartiment et dans la suite de ces compartiments. La largeur générale de cette bordure est de 40 cm environ.

Sur ce côté de la chapelle, nous trouvons également le jointoyage que nous avons signalé sur les autres côtés ; il passe même sur les figures des personnages ; cependant, dans quelques parties les traits et les contours se voient seuls.

Scène de la Béatification de la Vierge
Scène de la Béatification de la Vierge, peinture de la chapelle


Une question assez difficile à résoudre se pose : de ces décorations quelle est la première en date ? La scène a-t-elle été recouverte plus tard par ces doubles lignes, ou a-t-elle été faite sur cette même décoration qui aurait, par un phénomène chimique qui se produit parfois, repassé sur les contours des personnages ?

Pour notre part, il nous paraît, que la peinture est la plus ancienne, et que le jointoyage lui a été superposé. Mais il est peu de sciences où, plus qu'en archéologie, l'affirmation soit téméraire ; nous laissons à de plus savants le soin d'élucider ce problème que nous sommes particulièrement heureux de leur soumettre.

En effet, cette peinture si remarquable par la simplicité et la beauté de sa composition, par la grâce des figures des personnages et l'harmonie de ses couleurs, n'a jamais été signalée ; elle ne figure pas dans le recueil des peintures murales de la France (5). Il était donc utile de la faire connaître, et je suis heureux que ce soit sous les auspices de notre jeune Société.
5. Gelis-Didot et Laffilée, Peintures murales françaises du Moyen-Age et de la Renaissance, Paris, 2 in-folio.

Abordons maintenant l'étude du bâtiment même de la Commanderie. Ce monument, du plus pur style Renaissance, est un des très rares vestiges de cet art si remarquable dans notre région ; c'est en même temps un admirable spécimen de l'architecture civile de cette époque.

Il forme un rectangle imposant ; l'extérieur et l'intérieur sont aussi intéressants pour l'archéologue. Il présente deux grandes façades Est et Ouest, flanquées de deux petits côtés ou façades à pignons Nord et Sud. Le bâtiment comprend une partie inférieure correspondant aux caves, deux étages, et un toit en tuiles avec de grandes lucarnes. Les étages sont reliés ensemble et au sol par un escalier particulièrement remarquable.

La façade Est, dont toute la décoration appartient au grand Ordre ou Ordre composite, présente à la partie inférieure, en partant de la chapelle, deux petites portes basses donnant accès aux caves voûtées, la porte de l'escalier, et une porte ouvrant sur une salle située vers l'extrémité Nord.
La porte de l'escalier, un peu plus haute que large, est fermée par deux battants XVIe siècle, portant cinq baguettes minces.

Elle est surmontée d'un écusson dont la date prouve qu'il a été encastré dans le mur postérieurement à la construction de l'édifice.

L'écusson porte « d'argent à deux bars adossés de sable, accompagné de sept croix recroisettées de gueule. » Au-dessus du blason se voit un cimier brisé d'où partent deux rameaux décoratifs qui l'encadrent, et, à la partie inférieure, une croix de Malte et un collier détruit en partie. Enfin, une date à droite, 1645, et l'inscription suivante :

FS. de BERTAUCOUR (6).

6. Cf. Extrait de la liste alphabétique des frères Chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem de la vénérable langue de Provence, dont les noms se trouvent sur les deux registres des deux grands prieurés de Saint-Gilles et de Toulouse. (Histoire des Chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem appelés depuis Chevaliers de Rhodes et aujourd'hui Chevaliers de Malte, par M. l'abbé de VERTOT, tome VII, 1753, Paris). On y trouve mention à la date de 1566 de Pierre de Rertaucourt et à la date de 1587 de François de Bertacourt avec indication de leurs armes et comme faisant partie du Diocèse de Beauvais.

Au-dessus de la partie inférieure, la façade présente une série de pilastres situés à distance régulière les uns des autres, sauf au niveau de l'escalier où l'écartement est plus grand. Aux angles verticaux de cette façade n'existent que des demi-pilastres. Cette séparation presque régulière de l'édifice ne répond pas à la distribution des fenêtres qui viennent se placer entre les pilastres sans aucune symétrie relativement à eux.

Vue sur la cour intérieure. - Façade Est
Vue sur la cour intérieure. - Façade Est. Bnf


Chaque pilastre reposant sur une base simple est surmonté d'un chapiteau plat ionique, formé de deux volutes simples : tous les chapiteaux sont semblables. Les fenêtres au nombre de cinq (7), de grandes dimensions, sont coupées par de larges meneaux à angles droits, à nervure simple, sans autre décoration ; la fenêtre de l'escalier moitié moins large que les autres, mais de hauteur semblable, est coupée seulement par un meneau transversal. Presque toutes les fenêtres de cette façade ont conservé les volets de bois qui fermaient les impostes ; ils sont formés d'un cadre de chêne avec trois planches, bordés de minces baguettes.
7. Au premier étage la cinquième fenêtre se trouve cachée par la chapelle pour l'observateur regardant la façade de la cour ; on voit seulement la partie supérieure de celle du deuxième étage.

Une moulure indiquant la hauteur du plancher et courant tout le long de la façade sépare les deux étages.
Au deuxième étage, nous retrouvons les mêmes éléments placés symétriquement au-dessus de leurs congénères du premier étage.

Les pilastres sont d'un tiers environ moins hauts, mais de même largeur. Appuyés sur une base semblable, ils sont terminés par des chapiteaux corinthiens, tous différents les uns des autres, et dont voici la description : en haut un tailloir corinthien échancré au milieu où est sculptée une tête d'ange ; au-dessous, une volute à convexité supérieure ou inférieure, suivant les cas, se réunit au milieu du chapiteau à celle de l'autre côté en un nœud décoratif. Des feuilles d'acanthe, sculptées en très bas-relief, complètent en dessous la décoration. Sur ces données générales, chaque chapiteau présente sa propre originalité.

Les pilastres supportent une corniche courant tout le bord du toit et interrompue seulement au niveau des lucarnes où elle s'arrête en une courbe.

Les fenêtres sont aussi larges, mais moins hautes, que celles du premier étage ; elles présentent la même disposition de meneaux. Les grandes fenêtres étaient surmontées par de superbes lucarnes. Il en existe encore quatre ; celle qui surmontait la fenêtre qui se trouve coupée par le toit de la chapelle n'est plus en place, ses débris se trouvent contre les restes de la clôture de l'entrée. Au-dessus de l'escalier, il existe également une lucarne de même forme que les autres, mais dans le rapport de la fenêtre de l'escalier aux autres fenêtres et présentant la même décoration.

Voici la description d'une de ces lucarnes : encadrant une fenêtre à meneaux croisés, continuation directe des précédentes fenêtres (même largeur, un peu moins de hauteur), se trouvent deux pilastres à base reposant sur la corniche du toit et à chapiteaux de même genre que ceux du deuxième étage. Sur chaque côté de la lucarne existe un pilastre semblable. Au-dessus se trouve un linteau de pierre présentant une décoration formée de l'ornement appelé postes. Une corniche surmonte ce linteau, présentant en dessous une ligne continue d'oves et de dards.

Le couronnement est formé d'une niche sculptée d'une coquille encadrée de deux petits pilastres à chapiteaux : entre la coquille et les pilastres l'espace triangulaire qu'ils encadrent contient une feuille formant rosace. Au-dessus, un linteau de pierre (mêmes ornements que le linteau inférieur), surmonté d'une ligne de denticules supporte un arc surbaissé garni de moulures et portant à l'intérieur une série de denticules qui suivent son inclinaison.

Latéralement aux pilastres qui encadrent la coquille se voient deux volutes en forme d'S, terminées par des têtes d'animaux et ornées de feuillages ; de chaque côté, extérieurement, deux vases avec des flammes.

Façade Sud-Est
Façade Sud-Est. Bnf


La décoration est la même pour la lucarne de l'escalier, mais les détails sont à plus petite échelle.
Au niveau de l'angle de cette façade et de la façade Nord se voient jusqu'au premier étage une série de pierres d'attente.

L'étude des autres côtés du bâtiment ne nous retiendra que peu de temps. La façade Ouest est absolument sacrifiée : mêmes fenêtres que de l'autre côté, mais plus de pilastres, de chapiteaux, ni de décoration. Une seule lucarne absolument simple, éclairant la fin de l'escalier, est bordée de deux pilastres terminés par des chapiteaux ioniques à décoration d'oves et de dards ; un meneau transversal coupe la fenêtre en deux parties.
Au niveau du sol, une petite embrasure de forme ogivale se voit au milieu du bâtiment.

La façade Nord est garnie entièrement par une énorme cheminée partant du sol où elle occupe tout ce côté pour aboutir au faîte du toit par un couronnement moderne : c'est une cheminée à étages, qui diminue trois fois de largeur pour aboutir à l'extrémité supérieure. La façade Sud présente sur le côté droit, au premier étage, une seule fenêtre à meneaux croisés, au deuxième étage, deux fenêtres semblables, mais sans aucune décoration ; au milieu un petit arc en ogive, perdu dans la maçonnerie, semble un simple arc de soutènement.

A l'angle de la façade Ouest et de la façade Sud, nous remarquons un arc-boutant allant jusqu'au deuxième étage, et présentant en son milieu et en haut un larmier dont la partie inférieure est mouluré ; cet ornement se continue le long de la façade Sud du bâtiment Renaissance et de la chapelle, passant ainsi entre la porte à l'inscription du Cantique des Cantiques et les grandes fenêtres du premier étage.

Les pignons des façades Nord et Sud sont terminés au faîte et aux extrémités latérales par des acrotères semblables. Prenons comme exemple celui de la façade Sud du côté de la chapelle : le chaperon du pignon aboutit à la corniche qui est supportée par le demi-pilastre terminal de la façade Est ; là, il devient horizontal, et supporte un cube de pierre surmonté d'une pierre plate en saillie : au-dessus se trouve une boule de forme ovoïde.

Pénétrons maintenant à l'intérieur de l'édifice. La partie inférieure est formée de salles basses couvertes par des voûtes à nervures simples supportées par des piliers. Des chapiteaux octogonaux les terminent ; de leurs huit côtés, quatre sont plus grands et encadrent entre eux les plus petits ; les fûts sont ronds, les bases de même forme que les tailloirs ; à chaque côté d'un chapiteau correspond une nervure. Le long des murs, les retombées des voûtes s'effectuent sur des demi-chapiteaux semblables aux autres, mais sans colonnes ; l'un est orné de feuillages simples : c'est le seul décoré.
Ces salles voûtées s'étendent sous les deux tiers de l'édifice, de la façade Sud à l'escalier.

De l'autre côté de l'escalier s'étend une salle où nous pénétrons en descendant quelques marches. De grandes dimensions, elle est éclairée par un soupirail : la voûte en cintre surbaissé est divisée en soixante-quatre caissons. Les arcs qui séparent les caissons de forme carrée sont à moulures simples finement sculptées. Les vides ainsi ménagés ne présentent pas de décoration, sauf à la partie centrale, où se trouvent deux écussons dont l'un est entouré d'un collier ; mais armes et collier sont grattés. Une énorme cheminée à manteau droit s'appuie contre le côté Nord ; elle repose sur deux piliers en maçonnerie dont l'un, celui de droite en regardant la cheminée, est formé d'un fût et d'un chapiteau de forme octogonale. Au droit de ce pilier, on croit voir les vestiges d'une petite porte communiquant avec l'extérieur. En face de la cheminée, sur la paroi opposée, une petite porte basse conduit à deux petites salles qui ne sont autre chose que le dessous de l'escalier : elles sont éclairées par deux petits soupiraux et séparées par le mur qui sépare la révolution de l'escalier ; dans la première une arcature ogivale soutient la voûte.

Nous allons maintenant décrire l'escalier. C'est, sans conteste, une des parties les plus intéressantes de l'édifice par l'heureux rapport de ses proportions et la décoration sobre et élégante de ses différentes parties. Il ressemble d'ailleurs, mais en beaucoup plus petit, à l'Escalier du Louvre de Henri II.

Au point de vue de la construction et de la décoration, il doit être divisé en deux parties : la première, allant de la porte armoriée jusqu'au premier palier et au réduit qui s'y trouve ; la deuxième, partant de l'autre côté du réduit et allant jusqu'à sa terminaison.

Dans la première partie, une fois la porte franchie, nous voyons que l'espace où nous venons de pénétrer se divise en deux : une partie devant les premières marches ; l'autre partie à droite, formant retrait et correspondant à la plateforme de l'étage. Le plafond est formé de deux caissons correspondant à ces deux parties et dont les bords sont entièrement moulurés. La hauteur à ce niveau est peu considérable, 2 m 50 environ. Le long des murs s'élèvent des pilastres ainsi disposés : deux se faisant face au niveau de la première marche, deux à l'arrivée des huit marches et deux intermédiaires.
Les chapiteaux supportent les moulures du plafond.

Un linteau transversal délimite deux caissons ainsi formés : le premier correspond aux quatre premières marches, le second, aux quatre dernières. Les pilastres sont petits et étroits, les chapiteaux ioniques composés d'une double volute régulière ; entre les deux volutes, une série d'oves séparés par des dards ; au-dessous, deux moulures légèrement incurvées. Ceux du milieu sont obliques suivant la direction des moulures du plafond qu'ils supportent.

A l'extrémité des huit marches, nous arrivons sur une plate-forme surmontée d'un caisson et terminée par une porte qui s'ouvre sur la façade Ouest.

Dans cette première partie, le côté gauche de l'escalier était formé par le mur même de la cage de l'escalier, le côté droit, par le pilier séparant la révolution de l'escalier. C'est de ce côté que se fait le passage dans la deuxième partie de l'escalier par une disposition spéciale. Comme, au niveau du premier palier, le mur droit représente l'un des côtés d'un petit réduit qui se trouve ménagé à ce niveau et qui communique avec la première salle de gauche, l'escalier se trouverait virtuellement terminé : il irait donc simplement de la porte armoriée à la porte de la façade Ouest ; mais, au niveau des deux dernières marches, on a fait un passage dans le pilier droit dont la partie supérieure est oblique, puisque l'espace a été coupé le long de la partie inférieure du caisson. Un pilastre semblable à ceux précédemment décrits soutient cette section du côté du pilier.

Nous voici dans la seconde partie de l'escalier ; elle commence contre un second côté perpendiculaire au premier du petit réduit dont nous venons de parler.

Ses caractères généraux sont différents, de même largeur, mais la hauteur est plus considérable (3 m 50 environ) ; la largeur des paliers à partir de ce niveau étant moindre que dans la première partie, le nombre des marches est de treize au lieu de huit. Les pilastres sont plus larges, plus hauts. Leur disposition est semblable à celle de la première partie : ce sont toujours deux pilastres au départ des marches, deux à l'arrivée, deux intermédiaires à chapiteaux obliques. Au niveau des paliers, un pilastre supplémentaire vient orner la section du pilier médian et supporter le linteau qui sépare les deux caissons formant le plafond des plates-formes. Il fait face à un pilastre semblable appuyé sur le mur de façade. Cette disposition commande celle des caissons : du premier au deuxième pilastre, un caisson ; du deuxième au troisième, un caisson ; au niveau des paliers, deux caissons, l'un correspondant à la montée de l'escalier, l'autre à la descente.

L'ensemble de la décoration appartient, dans cette seconde portion, à l'ordre corinthien. Nous voyons ainsi le maintien dans l'escalier du choix de l'ordre composite, puisque dans la première partie les chapiteaux étaient ioniques.

Les chapiteaux se composent d'un tailloir corinthien avec, au centre, une petite coquille ; en-dessous, des volutes contournées et des feuilles d'acanthe. Les caissons sont plus profonds ; les linteaux transversaux portent, au milieu, une rosace de forme carrée. Sur l'escalier s'ouvrent les portes des différentes salles. Celles du premier étage ont disparu ; celles du deuxième étage sont formées d'un linteau de pierre horizontal sculpté d'une moulure sur tous les côtés et surmonté d'un cintre surbaissé et également mouluré.

Signalons deux petites fenêtres accolées dont la partie supérieure est arrondie, qui donnent de l'escalier dans la salle de gauche du deuxième étage. La porte ancienne de la salle opposée est encore en place ; elle est en bois portant de nombreuses moulures, mais sa décrépitude est telle que là s'arrête sa description.

L'escalier est éclairé par les fenêtres décrites avec la façade. Leur embrasure est coupée aux dépens des caissons. Il se termine, à la partie supérieure, par un dernier palier qui se trouve fermé au niveau de la remontée par une simple porte derrière laquelle quelques degrés conduisent directement aux combles.

Etudions maintenant les différentes salles.
En partant du bas, il existe au premier étage, à droite de l'escalier, une grande chambre ; à gauche deux grands appartements. Au deuxième étage, même disposition. Ces salles très vastes sont couvertes par un plafond à poutres et à solives apparentes datant de la construction. Les murs ne présentent aucune décoration, les embrasures des fenêtres sont coupées nettement. La seule particularité, en dehors de leurs vastes dimensions, réside dans les larges cheminées dont elles sont pourvues.

Au premier étage, la salle de droite contient une cheminée à manteau droit sans autre décoration. C'est dans cette salle que s'ouvre le réduit dont il a été parlé au sujet de l'escalier. Cet appentis, de 2 m de côté environ, prend jour par une fenêtre donnant sur la façade Ouest ; on ne s'explique pas la destination qu'il pouvait avoir.

La salle de gauche du même étage présente une cheminée énorme et très belle. Elle est formée d'un vaste manteau très large, bordé de moulures et reposant sur deux socles sculptés. A la partie supérieure, cinq corbeaux également moulurés contribuent à supporter le plafond ; ils s'appuient sur une moulure qui les sépare de leurs modillons. Sur le manteau se voit la trace d'un écusson qui a été gratté. A droite, une porte sans caractère fait communiquer cette salle avec celle qui est directement derrière. Il nous a été impossible de voir cette pièce et celle qui lui correspond à l'étage supérieur. Elles contiennent, paraît-il, également de grandes cheminées.

Au deuxième étage, la salle de droite offre à étudier une cheminée plus haute que large, portée par deux colonnes engagées dans la maçonnerie. Séparée des solives par une corniche, elle présente, à la partie supérieure du manteau, deux écussons : l'un, celui de gauche, est gratté ; celui de droite, surmonté d'un lambel, est traversé par une bande allant de la partie supérieure gauche à la partie inférieure droite ; le fond de l'écusson est formé par un damier à cases successivement en relief et en creux. Les deux blasons sont entourés d'un cordon terminé par une croix ; mais ce détail est presque entièrement gratté.

Vue intérieure de l'escalier
Vue intérieure de l'escalier - Palier du 2me étage. Bnf


A ce sujet, nous pouvons remarquer que presque tous les écussons qui se trouvent dans la Commanderie sont entourés de cette façon. Il est probable que c'est la croix de Malte qui a été répétée plusieurs fois ainsi.

La salle de gauche, dont le plancher est presque entièrement effondré, montre une cheminée plus haute que large, portée par deux piliers carrés ornés d'une moulure à la partie supérieure. Une porte de communication avec la salle qui fait suite se voit à gauche.

Contre le mur, du côté de l'escalier, devait exister un petit réduit, comme le prouvent, d'une part, l'existence des deux petites fenêtres donnant dans la paroi de l'escalier à ce niveau et précédemment décrites, et, d'autre part, l'arrachement d'une cloison de pierre qui se trouve entre les fenêtres et la porte de cette salle.
Les combles éclairés par les grandes lucarnes ne présentent qu'une charpente n'ayant pas de caractères particuliers.

Ainsi se trouve terminée la description de l'ensemble de ces bâtiments. Ajoutons qu'à gauche et un peu en avant du grand bâtiment Renaissance existe une citerne. Formée de trois caveaux voûtés et se réunissant à angle droit, elle présente, au milieu, un puits rempli d'eau. La tradition veut qu'autrefois, ce fût le départ de souterrains s'étendant très loin dans la campagne. Mais ce genre d'assertions est trop difficile à vérifier pour s'y appesantir longtemps.

Ainsi constitué, l'ensemble de la Commanderie forme une masse imposante. L'étude de ses différentes parties permet, au sujet du rapport de sa chapelle et du grand bâtiment lui-même, de faire l'hypothèse suivante. La chapelle, nettement plus ancienne, a vu sa partie postérieure coupée au moment de la construction du grand bâtiment Renaissance. L'existence de fenêtres qui s'ouvrent irrégulièrement sur la chapelle fait supposer que la destruction ultérieure de la chapelle devait être décidée. Sans cela, de ce côté, on n'eût pas ouvert des fenêtres semblables aux autres. D'autre part, la présence de pierres d'attente jusqu'au premier étage de la Commanderie, du côté Nord, permet également de supposer qu'il était dans l'intention des constructeurs de faire un nouveau bâtiment à ce niveau. Peut-être, — mais ceci est encore une simple hypothèse, — eût été là la chapelle qui aurait remplacé celle que nous voyons maintenant.

L'état de conservation de cet ensemble, si heureusement situé au milieu des arbres des vergers qui l'entourent, est suffisant pour nous permettre d'espérer pendant de longues années le maintien de la Commanderie. Souhaitons que le temps respecte encore longtemps cette habitation si intéressante que nous serions très heureux de voir mettre à l'abri des dégradations de toute nature. Sources: Docteur René Parmentier, Mémoires de la Société archéologique et historique de Clermont (Oise), pages 62 à 80, fascicule I, Clermont (Oise) 1904. - Bnf

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