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Études réalisées sur les Templiers

Les Templiers à Cognac

Département: Charente, Arrondissement et Cantons: Cognac - 16


Domaine du Temple de Cognac
Domaine du Temple de Cognac


Les grandes familles féodales, qui suivirent aux croisades leurs suzerains, les comtes d'Angoulême, les seigneurs de Cognac et d'Archiac, avaient eu trop souvent l'occasion d'admirer l'héroïsme de la milice du Temple, toujours la première et la plus hardie aux combats, pour ne pas contribuer à augmenter sa fortune ; aussi trouvait-on dans le pays de Cognac, dès le XIIe siècle, les riches commanderies de Boutiers, d'Angles et de Châteaubernard. Cette dernière, fondée peut-être à l'instigation de Saint Bernard, se distinguait entre toutes par de grandes possessions territoriales, au sujet desquelles elle eut souvent des discussions avec les abbayes voisines ou avec d'autres prétendants, pour les droits qu'elle réclamait sur les moulins de Javrezac [de Javarsac], Une charte rédigée en 1220, dans le cloître de Saint-Léger de Cognac, sous l'autorité de frère Guillaume Brochard, commandeur de la province d'Aquitaine, et de Pierre, archiprêtre de Jarnac, régla les droits des parties, en présence de Guillaume Aimeric de Jarnouseau [de Jarnazzello], Pierre d'Echalat, religieux de Fontdouce, Beaudouin, prieur de Bréville [de Berovilla], Jean de Coulonges [de Colongis] et de plusieurs autres.

Les Templiers possédaient aussi plusieurs maisons dans l'enceinte de Cognac, comme nous l'apprend une autre charte du mois de mai 1227, portant concession par frère R. Bœuf, commandeur de Châteaubernard, à Geoffroi de Pestieus et à sa femme, d'une maison que le chevalier Ranulfe d'Ambleville avait donnée à l'ordre, moyennant une rente de vingt sous.
Une autre charte, signée à Châteaubernard en 1242 par le frère Guillaume de Sonac, commandeur d'Aquitaine, transmit la même maison à Héliot Gerbert, chevalier.
Robert Foucaud, curé d'Arthenac (1), par acte du 1er septembre 1295, vendit, en présence de Guillaume, archiprêtre d'Archiac, le moulin de Beaulieu sur le Né (2), à frère Hugues de Nargat, commandeur de Châteaubernard et d'Angles.

Les Templiers de cette commanderie avaient aussi plusieurs censives autour de Cognac, et même dans la seigneurie de Bouteville, comme l'indique une autre charte de 1297, par laquelle Itier de Garanciles [de Garanciliis] et Marie, sa femme, vendirent pour la somme de quarante livres à Jean Fabri de Bouteville un fournil, une grange et un verger, situés près de l'église de Saint-Nicolas. Hugues de Narcia [de Narciaco] ou de Narcillac [de Narciliaco], commandeur de Châteaubernard, consentit à cette vente (3).
1. Canton d'Archiac.
2. Commune de Saint-Fort-sur-Né.
3 « ... Prope ecclesiam S. Nicolay de Rivo Forquato secus stratam publicam que vulgariter appellatur (Chemy Boynes). » Il s'agit encore évidemment de l'ancienne voie romaine de Périgueux à Saintes. M. Rédet, archiviste de la Vienne, qui a le premier publié ces chartes, décrit ainsi le sceau de frère Hugues, commandeur du Temple de Châteaubernard : « rond ; un quadrupède ailé ; la tête munie de deux cornes et les pieds armés de longues griffes, avec cette légende : † IS. HVGONIS DE NA...IACO. [Signum Fratris Hugonis de Narciliaco ?] »


Le monde féodal avait jeté ses dernières splendeurs, la royauté faisait à son profit une France nouvelle. En ressaisissant les dépouilles arrachées aux successeurs de Charlemagne, elle se plaçait au-dessus de tous les petits rois de provinces réduits bientôt à n'être que les courtisans des descendants de saint Louis. Le comté d'Angoulême qui, après la mort de Gui de Lusignan avait recouvré ses anciennes limites territoriales en s'annexant les châtellenies de Cognac, de Merpins et d'Archiac, fut réuni à la couronne en 1307 par Philippe-le-Bel. Ce prince, ne pouvant oublier que dans le dernier siècle l'union des comtes d'Angoulême et de la Marche, et de quelques autres barons du Poitou, avait fait des Lusignans une famille puissante qui, fière de son alliance avec les Plantagenets, avait osé entrer en lutte avec la royauté capétienne, le convoitait depuis plusieurs années.
L'année suivante, après l'abolition de l'ordre du Temple dont il convoitait autant les richesses qu'il craignait l'influence, il vint visiter le comté d'Angoulême.

Nous ne dirons pas comment il satisfit et son ambition et sa politique, d'autres historiens de l'Angoumois ont assez fait connaître comment il y parvint. Pour légitimer sa nouvelle usurpation, il fit faire un sceau, parti de France semé de fleurs de lis et parti de Lusignan, ménageant ainsi les susceptibilités des anciens vassaux, en conservant ce qui leur rappelait une illustre famille.

L'année suivante, après l'abolition de l'ordre du Temple dont il convoitait autant les richesses qu'il craignait l'influence, il vint visiter le comté d'Angoulême.
Il passa quelques jours à Cognac, recevant les hommages qui lui étaient dus, comptant peut-être dans les élans de sa haine et de son ambition satisfaites, ce qu'il gagnait dans la châtellenie d'avoir proscrit la glorieuse milice qui, la dernière, avait défendu la ville sainte, versé son sang dans tous les combats de l'Orient, et qui, si l'Europe l'eût voulu, aurait encore continué la grande épopée des croisades.

On ne voyait plus en effet depuis quelque temps sur la colline de Boutiers, sous les frais ombrages de Châteaubernard, qui rappelle le souvenir d'un saint et d'un grand homme, à la Templerie et à Angles, le manteau blanc et la croix rouge des défenseurs du tombeau du Christ. Le peuple n'y a plus aujourd'hui aucun souvenir des héros des croisades. L'église de Boutiers a complètement disparu ; celles de Châteaubernard et d'Angles sont les seules qui pour l'historien témoignent du passé des nobles héros protecteurs des pèlerins aux saints lieux, qui après leurs courses aventureuses, venaient incliner sous ces voûtes aujourd'hui solitaires leurs fronts meurtris par les batailles (1). Ils avaient aussi à Cognac une maison dont on ne connaît plus l'emplacement.
1. La commanderie de Saint-Antoine de Boutiers [de Boteriis] releva plus tard du grand prieur de Malte ; celles d'Angles et de Châteaubernard étaient annexées, dans le dernier siècle, à la commanderie de Beauvais-sur-Matha [Charente-Inférieure] qui avait aussi appartenu aux Templiers avant de passer dans les mains de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Quoique le temps des croisades fût passé, les descendants des compagnons de Godefroy de Bouillon n'oubliaient pas la Terre-Sainte. Gui donnait aux templiers de La Rochelle mille cinq cents livres pour les chevaliers et leurs hommes d'armes qui iraient combattre les infidèles sous les ordres du Grand-Maître.
Cent cinquante livres prises sur la somme principale, chaque année, devaient être employées au même usage.

La seigneurie du Solançon, ancien fief de Boutiers, avait été confisquée sur les Templiers par Philippe-le-Bel, et réunie au comté d'Angoulême. Elle ne fournit de renseignements précis qu'à partir de 1460. Elle appartenait alors à Pierre de Rohan, maréchal de France. Charles d'Orléans en fit l'acquisition en 1467. Plus tard elle fut engagée, ainsi que la prévôté de Bouteville.

La ligue formée en 1578, força Henri III de rétracter les promesses faites à ses ennemis par l'édit de pacification de 1576. Une autre mesure impolitique, au point de vue de la science économique, celle de borner la culture de la vigne au tiers des terres, en la défendant absolument dans les lieux propres aux pâturages [Ordon. de 1577], avait soulevé de graves mécontentements en Saintonge. Les propriétaires protestants, possesseurs des meilleurs vignobles dans une contrée, dont le commerce des vins faisait presque toute la richesse, tinrent à ce sujet des conciliabules au village du Temple, près de Sigogne, à Segonzac, à Julienne et à Cognac.
Marvaud, François. études historiques sur la ville de Cognac et l'arrondissement. Tome 1. Cognac (Charente) — BNF
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