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Études réalisées sur les Templiers

Château-Thierry

Les Templiers et les Hospitaliers dans l'arrondissement de Château-Thierry

Les Templiers et les Hospitaliers possédèrent plusieurs établissements sur le territoire qui forme aujourd'hui l'arrondissement de Château-Thierry. Curieux d'en connaître le nombre et importance, nous avons trouvé d'abondants renseignements dans un livre de M. E. Mannier intitulé: Les Commanderies du Grand Prieuré de France. L'auteur borne ses études aux Hospitaliers, mais comme l'ordre hérita des biens des Templiers, les documents qu'il publie importent à l'histoire des deux ordres ; or ces documents ont été puisés aux Archives nationales avec une persévérance digne de notre reconnaissance, et ils sont exposés avec une clarté qui rend notre tâche bien facile. Bornant nos recherches à notre seul arrondissement, nous n'avons eu qu'à grouper, parfois en les réduisant, Parfois en les copiant textuellement, les chapitres qui nous intéressaient.

Nous avons trouvé une autre source de renseignements dans le texte du procès des Templiers publié par Michelet ; là notre besogne à été un peu plus méritoire pour extraire ce qui nous importait parmi de quantité de monotones dépositions, et au milieu des multiples fantaisistes orthographes des noms propres.

En réunissant cette double série de renseignements, nous appelons l'attention sur un côté de notre histoire locale peu exploré jusqu'à ce jour, et nous espérons que d'autres documents viendront peu à peu nous le faire mieux connaître. Les Templiers puis les Hospitaliers ont possédé trois commanderies dans notre arrondissement : Moisy, La Sablonnière et Viffort.

Moisy-le-Temple

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Neuilly-Saint-Front, Commune: Montigny-l'Allier - 02

Maison de Moisy-le-Temple
Maison de Moisy-le-Temple

La commanderie de Moisy, la plus importante des trois et dont nous parlerons en premier lieu, faisait partie du diocèse de Meaux. Ses membres (ou dépendances) furent Brumetz, La Sablonnière (ancienne commanderie), l'ancien Temple de Nanteuil, Villers-Vast, l'Hôpital de Betz, Boutigny, Magny-Saint-Loup, l'ancien Temple de Montaigu, Trilbardou, l'Hôtel-Saint-Jean, à Meaux.
Parmi tous ces lieux, nous ne nous occuperons que de ceux se trouvent dans notre arrondissement.
On ignore la date de la fondation du Temple de Moisy. L'ordre des Templiers avait été créé dès 1118 et régulièrement constitué dix ans après ; mais la plus ancienne date qui nous apprenne l'existence du Temple de Moisy est celle de 1184. Le précepteur ou grand-prieur de la maison s'appelait alors Pierre. A cette époque, Simon, évêque Meaux, termina un procès entre les Templiers et Hugues comte de Meaux, « au sujet d'un droit d'usage que les Templiers prétendait avoir dans le bois de Cerfroid (in nemore de Cerfaei). Il fut convenu qu'ils auraient dans ce bois le même droit d'usage que dans les bois qui appartenaient à leur maison de Moisy (ad domum do Moysi), plus il fut entendu que si le comte de Meaux faisait couper son bois Cerfroid, il devrait en laisser une partie pour l'usage des frères qui ne pourraient envoyer leurs bestiaux dans les parties coupées avant trois ans révolus. »
Il nous faut sauter plus d'un siècle, jusqu'en 1297, pour avoir de nouveau renseignement. Nous apprenons qu'à cette date Guidon l'Oratoire (Guido de Oratorio) fut reçu templier à Moisy.
A cette date nous sommes bien près de la chute de l'Ordre. Créé pour combattre les Musulmans contre lesquels ils luttèrent héroïquement, les Templiers étaient devenus en peu d'années très-puissants et très-riches ; on prétend que leurs manoirs atteignaient dans toute l'Europe le nombre de dix mille. Pourvus de privilèges qui égalaient aux princes, ils ne pouvaient être jugés que par le pape ou par eux-mêmes. Cette puissance inquiéta Philippe-le-Bel ; ces richesses le tentèrent ; prenant prétexte des rumeurs répandues durant certaines de leurs cérémonies, s'appuyant sur les jalousies et haines qu'ils avaient suscitées par leur orgueil et leurs rapide accroissements, il transmit à tous les officiers royaux des ordres dont le secret fut fidèlement gardé, et le 13 octobre 1307 tous les templiers de France furent arrêtés.
Pour apprécier la valeur des aveux obtenus dans l'enquête qui suivit contre les Templiers de Moisy, il est nécessaire d'indiquer rapidement les principaux chefs d'accusation portés contre l'ordre.
C'étaient :
1° L'initiation accompagnée d'insultes à la croix, du reniement du christ et d'actes immoraux.
2° L'adoration d'une idole, d'une tête considérée comme l'image du vrai Dieu, du seul auquel on dût croire, l'habitude de porter des cordelettes ayant touché cette tête.
3° L'omission des mots sacramentels de la messe : « Hoc est corpus memum. »
4° Le droit que s'arrogeaient les chefs laïques, de l'Ordre de donner l'absolution et d'absoudre même des péchés dont on ne s'était pas accusé par pudeur ou par crainte de la pénitence.

Il est possible que quelques membres de l'Ordre se fussent corrompus au contact des mœurs de l'Orient ; il est possible aussi qu'il ait eu quelques statuts secrets ; en tous cas aucun des exemplaires de leurs statuts, parvenus jusqu'à nous, ne contient rien de tout ce qui leur est reproché. D'après M. Loiseleur (dans son livre intitulé : la Doctrine secrète des Templiers) ils auraient eu réellement des rites et des croyances particulières se rattachant à des hérésies contemporaines.

Ils auraient cru non à Jésus mais à un Dieu supérieur ; l'idole qu'ils adoraient serait le Diable, mais le Diable pour eux n'aurait pas été en hostilité avec le Dieu supérieur, c'était un Dieu inférieur dominateur du monde matériel, l'auteur de tous les biens et de tous les maux d'ici-bas. Quant à Jésus, ce ne serait qu'un imposteur et l'on explique leur facilité à le renier par l'immense désappointement qu'ils avaient éprouvé de leurs échecs en Palestine.

Les aveux des Templiers dans le procès semblent écrasants contre eux, mais leurs partisans font remarquer qu'en France ces aveux furent obtenus par d'horribles tortures ; à leur tour leurs adversaires notent qu'en des pays étrangers, où les enquêtes furent menées humainement, des aveux analogues furent faits. Il nous semble que s'il y eut des coupables, il y eut aussi bien des innocents que seuls les supplices amenèrent à avouer une prétendue complicité ; c'est ce que nous allons voir, à notre avis, en étudiant notamment les dépositions de Jean de Cormeilles, précepteur de Moisy.

Jean de Corneilles (de Cormele ou de Cormellis) qualifié servant (servient) du diocèse de Soissons, avait été reçu, à l'âge d'environ 29 ans, dans l'Ordre du Temple, en 1299, au mois de mars, par Raoul de Gisi (Radulphus de Gisi ou Gisiacho) dans la chapelle du Temple de Chevru, au diocèse de Sens (arrondissement de Coulommiers). Parmi les assistants étaient Ponsard de Gisi, neveu de Raoul, et Remi de Plassy (Remigius de Plasiaco).

Vers 1301, Jean de Cormeilles assista à Moisy à la réception de Milon de Saint-Fiacre (Milo de Sancto Fiacro), qui éLait prêtre ou le devint un peu plus tard et n'avait que 18 ans, par le même Raoul de Gisi, précepteur de Champagne, en présence du chapelain de Moisy, Albert de Reyans, et de Guidon de l'Oratoire. C'est lui qui nous l'apprend dans sa déposition. Il est pourtant probable que ses souvenirs le trompent quelque peu, car Milon, dont les souvenirs doivent être plus exacts sur sa propre réception, dit dans sa déposition qu'il fut reçu à Moisy, non pas par Raoul de Gisi, mais par Regnaud d'Argenville (Reginaldus de Argivilla ou Argenvilla), il constate qu'il a oublié le nom de plusieurs assistants, il se rappelle pourtant le chapelain Albert et Guillaume de Compiègne (Guillelmus de Compendio)

En 1304, Jean de Cormeilles assistait dans la chapelle du Temple de La Sablonnière à la réception d'Adam, né à Pontivy (ou dans le Ponthieu, Adamus de Pontivo natus), dont il a oublié le surnom. Cette réception était faite par Jean de Sernois (Johannes de Cernaye ou Sernoy, Cernoy, Cerneyo, Sernay), précepteur de Moisy. Nous savons que ce Jean de Sernois a été aussi précepteur du Temple d'Oisemont dans le diocèse d'Amiens et du Temple de Soissons. C'est probablement peu après, sa mort, que Jean de Cormeilles devint précepteur de Moisy ; tout ce que nous savons pourtant sur sa mort, c'est qu'en 1311 la déposition de Jean de Cormeilles le qualifie de défunt, sans préciser la date de son décès ; mais nous supposons qu'il était antérieur au procès des Templiers, puisque nous n'avons pas trouvé son interrogatoire.
Pour en revenir à Jean de Cormeilles, il assiste encore à la réception de Montonetus de Pruvino (Provins) dans la chapelle de La Sablonnière vers 1305.
En 1307, l'Ordre se sentait menacé ; le grand-maître et plusieurs dignitaires demandaient une enquête, et le pape, qui avait peine à croire aux crimes allégués, sollicitait du roi, par une bulle du 1 août, les renseignements qu'il avait pu obtenir.
Le pape voulait bien faire l'enquête, mais inclinait vers la douceur ; le roi, au contraire, agit violemment. Le 17 septembre il transmettait ses ordres à ses sénéchaux et gouverneurs, et le 13 octobre, comme nous l'avons dit, tous les Templiers de France furent arrêtés. Ceux Moisy le furent évidemment aussi sans coup férir, comme dans tout le royaume, et ils furent immédiatement amenés à Paris.
Le 19 octobre leur interrogatoire commençait mené par les gens du roi avec une cruauté impitoyable, et dès le 27 le pape se plaignait de l'arrestation des Templiers et des tortures qui leur étaient infligés. Maintenant le principe qu'ils ne relevaient que du Saint-Siège, suspendait les pouvoirs des évêques et inquisiteurs commis par le roi et envoyait deux cardinaux à qui Philippe-le-Bel devrait remettre en personnes et les biens des Templiers. Philippe céda, mais seulement pour la forme. Pour sauvegarder les apparences, les personnes furent remises en effet aux cardinaux qui, à leur tour, les remirent à nouveau au roi, sous la condition de les tenir à la disposition de l'église ; quant aux biens ils restèrent sous la garde des gens du Roi.

Nous n'avons pas la déposition que fit alors Jean de Cormeilles. Il est probable qu'il n'avoua rien de bien répréhensible, car nous verrons tout à l'heure qu'il fut de ceux qui s'offrirent dans la suite pour défendre l'Ordre, mais ce qu'il souffrit, nous le savons par la déposition qu'il fit en 1311. A cette première enquête de 1307, où beaucoup de Templiers périrent dans les tortures, il fut mis cruellement à la question et quatre dents lui furent arrachées.
Nous avons au contraire la déposition de Milon de Saint-Fiacre (milo ou Miletus de Sancto Fiacro). Il est jeune encore en 1307, il a environ que 24 ans. Nous croyons bien que lui aussi dut être mis à la torture à lire tout ce qu'il confesse sur la cérémonie de réception à Moisy ; il avoue qu'il a juré d'observer les statuts secrets de l'Ordre ; il avoue qu'on lui a dit de se conformer à l'usage crachant sur la croix et il dit qu'il fit semblant de le faire et cracha par terre ; il avoue la tolérance des actes d'immoralité. Il déclare qu'il croit que toutes les réceptions étaient faites en la même manière que la sienne ; enfin les commissaires ont soin de lui faire dire et leur secrétaire d'écrire que ce n'est ni par force ni par crainte de la prison et des supplices qu'il a fait sa déposition.
Nous n'avons pas de renseignements précis ni sur Milon de Saint Fiacre ni sur Jean de Cormeilles dans les deux années suivantes. Les Templiers répartis par groupes entre divers bâtiments de France y subirent une dure captivité.
A la fin de mai 1308, le Parlement des trois Ordres étant réuni à Tours, le Pape interrogea lui-même 76 Templiers à Poitiers ; puis le 5 juillet il rendit par une bulle le pouvoir de procéder aux évêques et aux inquisiteurs de France à la charge de ne rien intenter contre l'ensemble de l'Ordre, se réservant de juger lui-même le grand maître et quelques dignitaires.
Le 8 août 1309, les commissaires du pape réunis à Paris, citent les Templiers à comparaître au premier jour non férié après la Saint Martin d'hiver et le 12 novembre ils commencent les interrogatoires.
En février 1310, Jean de Cormeilles déclare qu'il veut défendre l'Ordre de tout son pouvoir avec l'aide des frères, si on le remet dans l'état où il était au moment de son arrestation.
Le 28 mars, dans une réunion tenue dans le préau de l'Archevêché, les commissaires offrent aux Templiers de choisir entre des défenseurs de l'Ordre ; mais après une discussion tumultueuse ils refusent de le faire à une grande majorité, déclarant que cela est impossible sans le consentement du grand-maître. Dans cette majorité se trouve Milon de Saint-Fiacre.
Quelque temps après cette réunion nombreuse, les notaires commis visitent les Templiers pour leur demander à nouveau de se prononcer sur cette question de la défense de l'Ordre. Le 4 avril ils visitent la maison de Jean-le-Grand, à Paris, près la pointe Saint Eustache, où étaient détenus 30 Templiers qui persévèrent dans la résolution du préau de l'Archevêché, mais il en est quelques-uns et parmi eux Jean de Cormeilles, qui déclarent n'être pas intervenu à cette résolution et vouloir défendre l'Ordre, ils demandent outre à participer aux sacrements de l'Eglise se disant bons Chrétiens.

En 1310, Jean de Cormeilles, précepteur de Moisy, qui avait au de environ 41 ans, fit sa soumission et se désista certainement de son rôle de défenseur, car il déposa le manteau de l'Ordre avec d'autres Templiers au Concile de Sens. Ces termes désignent le concile principal tenu à Paris, en mai 1310, par Philippe de Marigni, archevêque de Sens, qui fit gracier ou condamner temporairement à la prison les Templiers qui avouèrent, tandis que ceux qui persistaient dans leurs protestations étaient condamnés à la prison perpétuelle, et ceux qui retiraient leurs anciens aveux étaient livrés au bûcher.
— Jean de Cormeilles avait déposé le manteau de l'Ordre, s'était fait raser la barbe, puis avait été à Chartres absous et réconcilié avec l'Eglise par l'évêque de Chartres.
Le Concile s'était tenu absolument en dehors de la participation de la commission papale qui menait parallèlement son enquête sans es mêmes violences. Le 11 février, Jean de Cormeilles est interrogé à Paris par les commissaires du pape dans le local ordinaire de leurs séances, aux Frères-Mineurs.
On lui lit les articles de l'acte d'accusation ; il proteste contre les 13 premiers qui contiennent de si graves allégations ; il croit que rien de ce qu'ils disent n'est vrai ; il a vu recevoir plusieurs frères, Milon de Saint-Fiacre à Moisy, Adam de Pontivy et Montonetus de Pruvino à La Sablonnière ; il n'a pas assisté à d'autres réunions ni à d'autres grands chapitres, mais dans ce qu'il connaît rien n'a été fait ou dit qui fût défendu ou malhonnête.
Lui-même, c'est Raoul de Gisi qui le reçût il y a près de douze ans. Lorsqu'il eût demandé trois fois le pain et l'eau de l'Ordre, Raoul les lui accorda ; puis le fit avouer par serment, sur un livre ouvert où était l'image du Crucifié, à la chasteté, à l'obéissance, à une vie où il n'aurait aucun bien en propre, au silence sur les secrets de l'Ordre. Il lui remit ensuite le manteau (blanc à croix rouge) et l'embrassa sur la bouche ainsi que les frères présents. Enfin il lui ordonna de conserver les bons usages et les bonnes coutumes de l'Ordre, de coucher avec une chemise et qu'aussi il dirait le Notre Père dans ses heures ; ainsi il se conduisit dans l'Ordre.
Les commissaires alors insistent et lui demandent, si lors de sa réception, il ne s'est rien passé de malhonnête, rien de défendu et spécialement rien de ce qui est contenu dans les 13 premiers articles.

Le malheureux se trouble, il ne veut pas répondre ; il demande que les commissaires l'entendent isolément, à part, ce qu'ils ne veulent pas lui concéder ; il paraît plein d'effroi pour les tourments qu'il dit avoir soufferts autrefois à Paris lors de l'arrestation de l'Ordre, tourments dans lequel il raconte avoir perdu quatre dents ; il déclare qu'il ne se rappelle pas bien ce qu'il a fait lors de sa réception, il demande un délai pour mieux réfléchir. Les commissaires lui accordent jusqu'au lendemain pour compléter sa déposition, lui ordonnant, en vertu du serment qu'il a prêté, de ne révéler à personne ce qu'il a dit et de ne demander à personne conseil sur la façon dont il devrait déposer ou répondre soit à la question déjà faite, soit à celles qui pourraient lui être posées. Il répondit qu'il ne consulterait que Dieu seul.

La nuit porta conseil ; le lendemain, au même lieu, devant les mêmes commissaires, Jean de Cormeilles fit des aveux. Quand on lui demanda s'il avait réfléchi sur la question qu'on lui avait faite la veille au sujet des choses défendues qui avaient pu être faites à sa réception, il répondit que Raoul qui le recevait, après lui avoir remis le manteau, lui ordonna en présence des autres assistants de renier Dieu et sur sa réponse qu'un tel ordre ne se devait, Raoul lui dit qu'il le fallait faire et alors il renia Dieu des lèvres mais non pas de cœur. Ensuite Raoul, tenant une croix de bois à la main, lui ordonna de cracher dessus et il cracha non pas sur la croix mais à côté.

Puis interrogé pour savoir si celui qui le recevait lui avait dit que les règles de l'Ordre prescrivaient ou toléraient des actes immoraux: il répond que non. On lui demande alors comment, étant la veille aussi sûr qu'aujourd'hui de ce qu'il avait fait, il ne l'avait pas confessé ; il répond que c'est pour la honte et l'horreur de tout cela qu'il répugnait à le dire. On lui demande si depuis la veille il a pris conseil de quelqu'un pour répondre ; il dit que non, mais qu'il a demandé à Robert, prêtre desservant le Temple de Paris, de dire une messe du Saint-Esprit, afin que Dieu le dirigeât et il croit que la messe a été dite.

Requis de dire si la déposition qu'il avait fait la veille devant les mêmes commissaires était véridique, il répond que oui, et qu'il n'y veut rien changer. Puis il ajoute que de toutes ces erreurs il s'est confessé dans la semaine même de sa réception au frère Albert du Puits Couvert (de Cooperto Puleo), lorrain, autrefois prêtre de l'Ordre, dans la chapelle du Temple de Moisy, qui l'a absous en lui imposant un jeûne. Il est bien probable que cet Albert est le même qu'Albert de Reyans, prêtre à Moisy lors de la réception de Milon de Saint-Fiacre, que Jean de Cormeilles a cité dans sa déposition de la veille.

Pourtant rappelons-nous que ce n'est pas à Moisy que Jean de Cormeilles avait été reçu, mais au Temple de Chevru ; il y a donc lieu de s'étonner, quoique ce ne soit pas absolument impossible, qu'il se soit confessé à Moisy la semaine même de sa réception.
Peut-être ses souvenirs étaient-ils confus ? Peut-être aussi, obligé d'inventer des aveux tels qu'on les voulait, se troublait-il dans ses inventions ?
Revenons à son interrogatoire. Il ajoute que depuis l'arrestation de l'Ordre il s'est encore confessé du tout à frère Jean Pied-de-Lièvre, chanoine régulier demeurant avec monseigneur l'Evêque de Chartres.

Il ne sait rien de plus touchant les 13 premiers articles. L'interrogatoire porte alors sur les accusations des articles suivants ; il répond qu'il ne sait rien de plus que ce qu'il a dit précédemment, il sait seulement qu'il croyait lui-même fermement aux sacrements de l'Eglise et il pense aussi que les autres membres de l'Ordre y croyaient et que les prêtres de l'Ordre célébraient la messe comme elle devait être célébrée, puisque bien souvent c'étaient des prêtres séculiers qui venaient la leur dire et il ne croit pas que les laïques parmi eux puissent absoudre les péchés. Aussitôt leur réception, les Templiers pouvaient être envoyés au-delà des mers ; ils étaient reçus en secret et il croit que c'est ce secret qui les a rendus suspects ; ils se ceignaient de cordes, il est vrai, mais il n'a jamais vu toucher des êtes d'idoles. Il leur était défendu de révéler les secrets des chapitres ; s'ils les eussent révélés ils eussent été repris, mais il ne sait comment ils eussent été punis. Ils ne pouvaient, sans autorisation, se confesser à d'autres qu'aux prêtres de l'Ordre. Ceux qui connaissant des erreurs de l'Ordre, ne les corrigèrent pas et ne les dénoncèrent pas à l'Eglise furent négligents, mais il croit que c'est la crainte seule qui les empêcha d'agir, Dans les maisons du Temple où il a demeuré, il a vu l'aumône et l'hospitalité pratiquées comme elles devaient ; l'aumône générale était faite trois fois par semaine et même chaque jour pour tous les pauvres de passage ; si dans les temps de misère les aumônes se restreignaient, c'était à cause même de la multitude des malheureux qui venaient les demander. Les chapitres étaient secrets. L'Ordre tout entier devait obéir à ce que le grand-maître avait ordonné avec le conseil. Un grand scandale s'est élevé contre l'Ordre au sujet de ces choses sur lesquelles on l'interroge et il a entendu dire que le grand-maitre et d'autres encore avaient confessé des erreurs à la confusion de l'Ordre ; si lui-même il s'était offert à le défendre, c'est qu'il avait vu que d'autres aussi s'offraient.

Requis de dire s'il avait déposé par prière, avis, crainte, amour, haine ou pour quelque avantage temporel obtenu ou à obtenir, il répondit que non, mais seulement pour dire la vérité, et alors il lui fut enjoint de ne pas révéler sa déposition jusqu'à ce que les attestations fussent publiées.

Telle est cette longue déposition, nous ne savons rien de plus sur Jean de Cormeilles, ni sur ce qu'il devint ; quant à ce qu'il fut, nous croyons qu'il fut un honnête homme ; les souffrances qu'il endura expliquent assez ses aveux, aveux qui se ressemblent tous dans cette enquête et qui ressemblent à une leçon apprise et imposée.

Que des rites bizarres, que des mœurs infâmes se soient répandues dans quelques maisons du Temple, c'est possible, nous le croyons, mais nous ne croyons pas que toutes en fussent infestées et il nous semble que la maison de Moisy ne les connut pas. Son précepteur est de ceux qui crurent à l'honnêteté du Temple et voulurent le défendre, il n'avoue qu'après avoir souffert la torture et encore il n'avoue que des paroles impies ou obscènes, il n'avoue pas d'actes.

Mais comment même croire à ces paroles, car Jean de Cormeilles il nous a cité parmi ceux qui assistaient à sa réception, Ponsard de Gisi ; or Ponsard de Gisi fut un des plus héroïques à protester contre les accusations de Philippe-le-Bel, il souffrit d'horribles supplices, il fut le premier des Templiers à se présenter courageusement pour la défense de l'Ordre le 27 novembre 1309 et comment ne pas le croire, lui, qui préféra mourir sur le bûcher que de confesser les infamies qu'il n'avait pas commises.

Jean de Cormeilles n'eut pas jusqu'au bout cette admirable fermeté ; il fut de ceux qui cédèrent devant l'horreur du bûcher au concile de Sens et pourtant, dans cette dernière enquête, sa conscience se révolte quand on lui demande de confesser de nouveau son infamie et celle de l'Ordre qu'il avait voulu défendre. Le premier jour il ne peut s'y résigner, il veut protester, mais il se rappelle les tortures souffertes, il voit le bûcher prêt à s'allumer, il s'arrête. Le second jour son courage était brisé, il avoua et nous ignorerons toujours quels moyens de prières, pour parler comme le procès-verbal, quels moyens d'avis, de crainte, d'amour, de haine et d'avantage temporel obtenu ou à obtenir, le décidèrent à parler, nous les ignorerons, mais nous pourrons peut-être les soupçonner parmi les plus tristes et les plus honteux pour la mémoire de Philippe-le-Bel et des juges et geôliers qu'il employa.

Nous avons dit ne savoir ce que devint Jean de Cormeilles, précepteur de Moisy ; nous ignorons aussi ce qu'il advint de Milon de Saint-Fiacre. Tout ce que nous savons, c'est qu'il assistait à la réunion du préau de l'Archevêché, le 28 mars 1310, et que le 9 février 1311 Jean de Cormeilles dit de lui dans sa déposition qu'il ne sait s'il est mort ou vivant. Pour d'autres Templiers cités dans cette notice, nous savons qu'ils étaient déjà morts en 1311, tels que Remi de Plassy et Albert de Reyans le chapelain de Moisy. Quant à Ponsard de Gisi, qui défendait l'Ordre en 1310. il est qualifié défunt en février 1311 et c'est assez pour dire qu'il fut des 54 courageux défenseurs de l'Ordre que l'archevêque de Sens avait fait brûler. Nous savons, en effet, positivement, les noms de huit de ces 54 malheureux et dans les interrogatoires cette qualification de défunts est la seule qu'on emploie en parlant d'eux.

La fin de l'Ordre était proche. Le 5 juin 1311 les commissaires pontificaux ayant terminé leur enquête à Paris, après 18 mois de travail, envoyèrent au pape l'expédition de cette procédure.

Le 16 octobre s'ouvre le Concile de Vienne qui devait juger les Templiers, mais par une bulle du 22 mars 1312, pendant le concile, et sans qu'il prononce, car on savait qu'il inclinait pour les accusés, le pape supprime l'Ordre du Temple, « il déclare que les confessions obtenues rendent l'Ordre grandement suspect, que de plus les rumeurs pleines d'infamie, les soupçons véhéments, l'accusation portée à grande clameur par les prélats, ducs, comtes, barons et communautés du royaume de France ont causé un scandale qui ne pourrait s'étouffer tant que l'Ordre subsisterait. il croit donc devoir supprimer l'Ordre, non par sentence définitive, les enquêtes et procès susdits ne suffisant pas pour qu'il le puisse faire selon le droit, mais par voie de provision et autorité apostolique. »

Le 2 mai 1312 le pape attribua les biens du Temple aux Hospitaliers. Philippe-le-Bel n'obtint donc pas tout ce qu'il aurait voulu, il avait gardé pourtant le trésor et les biens meubles du Temple et tous ses revenus pendant la durée du séquestre, il continua même à les percevoir pendant la fin de son règne. Ce ne fut qu'en 1325, sous Charles IV, que les dernières difficultés au sujet de ces biens furent réglées entre la royauté et les Hospitaliers, et naturellement la royauté se fit donner le plus qu'elle pût.

Le cardinal d'Albano, deux autres cardinaux, l'archevêque de Sens et quelques prélats condamnèrent à la prison perpétuelle le grand-maître Jacques de Molay, le visiteur de France Hugues de Peraudo et les commandeurs d'Aquitaine et de Normandie, mais le grand-maître et le commandeur de Normandie ayant rétracté leurs aveux furent remis au prévôt de Paris qui les fit brûler par ordre du roi, le 11 mars 1314. On sait avec quel courage ils moururent.

Le pape Clément V eut été porté à la douceur, mais créature de Philipe-le-Bel il sanctionna petit à petit ou laissa faire toutes les cruautés et toutes les iniquités qui furent commises en France et dont nous avons vu une petite partie. Dans les autres paye de l'Europe l'Ordre fut, il est vrai, supprimé, mais du moins ses membres furent traités avec ménagements.

Les Frères Hospitaliers, nommés aussi Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Chevaliers de Rhodes, Chevaliers de Malte, existaient depuis 1099. Leur ordre avait été fondé par Gérard Tom, de Martigues-en-Provence, pour secourir les pèlerins. En 1121 il devint un ordre militaire et s'illustra par ses luttes contre les Musulmans qu'il attaquait de Rhodes, puis de Malte, lorsqu'il eut perdu la première de ces îles. Les grands-maîtres français Pierre d'Aubusson, Villiers de l'Ile-Adam, La Valette, sont particulièrement célèbres.

Héritiers de Moisy, les Hospitaliers y joignirent le fief de Brumetz (canton de Neuilly-Saint-Front), situé sur la paroisse de ce nom, à une lieue de Moisy. « Il se composait d'une ferme et de 150 arpents de terre. La ferme se trouvait devant le cimetière du village, le long du chemin de Gandelu. Ce domaine, où le commandeur avait toute justice, haute, moyenne et basse, s'était formé à l'aide de plusieurs acquisitions faites par les Hospitaliers dans le cours du XIVe siècle, des religieux du prieuré de la Sainte-Trinité, résidants à Cerfroid, dépendance de Brumetz. Ce prieuré avait reçu la plus grande partie de ses biens et revenus de Gauthier de Châtillon, comte de Portien et connétable de France. Ce seigneur leur avait donné, en 1310, des terres dans sa seigneurie de Brumetz et des droits d'usage dans les bois de Cerfroid, Gandelu et Passy. Il avait en outre amorti tout ce que le prieuré possédait dans la châtellenie de Gandelu, à la charge de faire dire pour lui deux messes du Saint-Esprit chaque année, aussi longtemps qu'il vivrait, et après sa mort, deux messes de Requiem. « Le revenu de Brumetz monta en 1757 à 1,000 livres et en 1783 à 1,700 livres. » (Mannier).
En 1357, les Hospitaliers réunirent à Moisy la commanderie de La Sablonnière avec les membres qui en dépendaient, Nanteuil-les-Meaux et Villers-le-Vaast.
En 1398 la commanderie de Moisy fut supprimée et réunie à celle du Temple à Paris.
« En 1476 les Hospitaliers achetèrent d'Etienne et Adam de Vaux, écuyers, le fief de Rocquemont, situé à Moisy, et se composant d'une maison avec des terres près de la rivière de Clignon. Ce fief fut réuni au XVIe siècle au domaine de Moisy. Il comptait alors 150 arpents de terre arable, 40 arpents de prés et un bois de 115 arpents, nommé le Bois de l'Hôpital. »
« La commanderie possédait encore un grand marais, compris entre Moisy, Fulaines, la rivière d'Ourcq et les bois de Tresmes. Un long procès eut lieu en 1530 entre le commandeur et les habitants de Moisy et de La Chaussée, au sujet d'un droit de pâturage dans ce marais que ceux-ci réclamaient, et que le commandeur finit par leur accorder, à la condition qu'ils s'opposeraient avec lui à ce que ceux de Mareuil-la-Ferté usassent du même droit, s'ils en soulevaient la prétention.
— A Bourneville, à une lieue de Moisy, il y avait une grange dimeresse qui servait à renfermer le produit des dîmes dudit Bourneville (Oise) et de Vaux-Parfond (Oise), lesquelles appartenaient à la commanderie. »
« Le revenu de la maison de Moisy et de ses dépendances était à la fin du XVIIIe siècle de 2,000 livres environ. »
« Moisy possédait au XVIe siècle, pour la résidence du commandeur, un superbe château. C'était une véritable forteresse avec fossés et pont-levis. Au milieu de la cour d'honneur on voyait une petite église qui fut dédiée d'abord à saint Christophe et ensuite à saint Jean-Baptiste. Près du château était la ferme, et un peu plus loin un moulin banal sur la rivière de Clignon. Cette rivière appartenait à la commanderie, depuis le pont Poulin jusqu'à la rivière d'Ourcq. »
« Le commandeur était seigneur de Moisy, grand décimateur et collateur de la cure de Montigny-l'Allier, dont il avait le patronage. La haute, moyenne et basse justice lui appartenait, tant à Moisy que dans deux localités voisines, La Chaussée et Froide-Fontaine. Il percevait plusieurs rentes en grains sur la dîme de Lizy, sur le moulin de Congy et sur le fief de Rouillon, au terroir de Mareuil-la-FerLé. » (Mannier).
En 1633 la commanderie de Moisy fut rétablie avec Moisy, Brumetz, La Sablonnière, Villers-le-Vaast et divers autres membres qui ne font pas partie de notre arrondissement et que nous avons nommés en tête de ces notes.
« Le revenu de la commanderie de Moisy en 1388, alors qu'elle ne comptait qu'un seul membre, le domaine de Brumetz, n'était que de 90 livres. La commanderie, rétablie en 1633, avait alors un revenu de 600 livres. En 1734 ce revenu montait à 10,335 livres ; en 1757 à 14,000 livres ; en 1783 à 17,279 livres ; en 1787 à 31,000 livres. » (Mannier).

Précepteur Templiers de Moisy

1184 Pierre, frère du Temple, précepteur de Moisy.
1304. Jean de Sermay, précepteur de Moisy.
Après 1304 jusqu'à la chute de l'Ordre, Jean de Cormeilles, préceppteur de Moisy.

Commandeurs Hospitaliers de Moisy

1357. Jean de Betancourt.
1370. Nicole Dandelo.
1375. Girard Du Puis.
1388. Regnaut de Giresme, chevalier, grand prieur de France, qui réunit quelques années après la commanderie de Moisy à celle du Temple à Paris.
1633. Le chevalier Jacques de Souvré, ambassadeur de l'Ordre près de la cour de France.
1663. Le chevalier de Berrieux.
1676. Le chevalier Charles d'Esbly.
1681. Le chevalier Eustache d'Avernes, procureur général du commun trésor de l'Ordre au Grand Prieuré de France.
1694. Le chevalier Alexandre-César Do.
1708. Le chevalier Robert Lefebvre de Caumartin.
1711. Le chevalier François Dauvet des Maretz.
1718. Le chevalier Jean-Jacques de Mesmes, bailli, grand-croix, ambassadeur de l'Ordre près de la cour de France.
1731. Le chevalier Philippe-Alexandre de Conflans, bailli, grand-croix, brigadier des armées du roi.
1747. Le chevalier Adrien de la Viéville de Vignacourt d'Orville.
1760. Le chevalier Antoine-Denis d'Alsace d'Henin-Lietard, comte de Henin, bailli, grand-croix.
1783. Le chevalier Charles-François-Ferdinand-Antoine Florent de Prudhomme d'Hailly de Nieuport.

La Sablonnière

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Charly-sur-Marne, Commune: Montreuil-aux-Lions - 02

Domaine du Temple La Sablonnière
Domaine du Temple La Sablonnière

« Les Templiers commencèrent par posséder à La Sablonnière un bois nommé le bois des Sablonnières (Nemus de Sabloneriis) avec la gruerie que Marguerite, comtesse de Bourgogne, leur donna, par ses lettres de l'année 1199, pour en disposer comme bon leur semblerait. » L'ayant défriché en grande partie, les hommes de la comtesse de Dhuisy (de Disiaco), village voisin, leur intentèrent un procès pour des droits d'usage. Le pape Innocent, choisi pour arbitre, délégua les prieurs de Saint-Marcel et de Saint-Victor à Paris, mais en 1201 les hommes de Dhuisy se désistèrent, s'en remettant à la décision des Templiers, qui leur accorderaient ce qu'ils voudraient.

Le procès des Templiers nous apprend les noms de quelques-uns des membres de l'Ordre qui furent reçus ou assistèrent à des réceptions dans cette maison.
Guidon de l'Oratoire (Guido de Oratorio) est qualifié dans son interrogatoire du 27 octobre 1307 de frère de l'Ordre, servant et précepteur de la maison de La Sablonnière ; il est alors âgé d'environ 70 ans.
Il avait été reçu à Moisy par frère Pierre Normand (Petrus Normanno, magistsr de Alneio), chevalier, dans l'année du dernier concile de Lyon, dit-il, c'est-à-dire, à ce qu'il nous semble, en 1297.
Parmi les assistants, il ne se rappelle qu'un seul nom, celui d'Albert Grognay, chevalier. Il avoue qu'il a craché trois fois sur la croix.
En 1302 il assistait à Moisy à la réception de Milon de Saint-Fiacre et en 1304, à La Sablonnière même, à celle d'Adam (Adamus de Pontivo natus), que recevait Jean de Sernay ; Jean de Cormeilles assistait à cette réception. En 1305 il était encore présent quand Hugues de Pérando reçut à La Sablonnière Montanetus de Pruvino. Parmi les assistants étaient encore Jean de Cormeilles et Raoul de Gisi.
Adam et Guidon de l'Oratoire étaient déjà morts tous deux en 1311, sans que nous connaissions la date exacte de leur décès. Quant à Montanetus de Pruvino il avait quitté l'Ordre avant que l'Ordre fût arrêté.

En 1297, d'après un renseignement donné par Raynouard (page 293), un nommé Etienne de Troyes avait été reçu à la Sablonnière par Hugues de Peraudo. Interrogé en 1308, il déclara qu'à sa réception il avait vu une tête avec une barbe à poils noirs et blancs et qu'on lui enjoignit de l'adorer. Les assistants l'adoraient et lui rendaient hommage avec grand respect disant : « Allons, adorons-le et rendons lui hommage, c'est lui qui nous a créés et qui nous perdra. »
Nous n'avons rien trouvé sur cet Etienne de Troyes dans les textes publiés par Michelet.

Nous avons vu que les Hospitaliers devenus possesseurs de la maison de La Sablonnière, la réunirent à la commanderie de Moisy en 1357. Située dans un vaste enclos, sur le chemin conduisant à Gandelu, elle continua à porter le titre de commanderie. Détruite pendant les guerres du XVe siècle, elle fut rebâtie en 1462.
En 1633 il n'en restait plus aucun bâtiment. « D'après le procès-verbal dressé cette année-là, pour constater l'état de cet ancien domaine, on voit que le commandeur avait la haute, moyenne et basse justice à La Sablonnière dont le territoire contenait 360 arpents de terre et 45 maisons qui devaient chacune 3 deniers de cens par an, avec un chapon et un pichet d'avoine. Le domaine de la seigneurie s'étendait au-delà du territoire et comprenait 550 arpents de terre de labour et bois, au lieudit Terroir de l'Hôpital, 200 arpents de friche au lieudit La Hérupe et 170 arpents à La Fontaine-Meulière.
Le revenu de La Sablonnière, avec la dîme du lieu était en 1633 de 200 livres et en 1783 de 3,000. » (Mannier).
La maison de Nanteuil-les-Meaux (Seine-et-Marne), domus Templi de Montholio, dépendait de la maison de La Sablonnière, mais elle passa en 1398 dans la commanderie de Choisy (Seine-et-Marne)

Villers-Le-Vaast

Département: Aisne, Arrondissement et Canton: Château-Thierry, Commune: Marigny-en-Orxois - 02

Domaine du Temple de Villers-Le-Vaast
Domaine du Temple de Villers-Le-Vaast

Cette maison, à une demi-lieue de Gandelu, avec 200 arpents de bois sur la Hérupe, était une dépendance de La Sablonnière ; elle avait été achetée en 1209 des religieux de la Charité-sur-Loire.

Un acte de 1364 montre que les terres de Villers-le-Vaast, membre de la baillie de La Sablonnière, étaient restées incultes à cause des guerres qui désolaient le pays ; ses religieux étaient incapables de payer une redevance de 8 muids de blé et d'avoine.
En 1547, la maison de Villers n'existait plus, les terres et les bois avec quelques cens et revenus seigneuriaux étaient loués cent livres tournois.

Viffort

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Condé-en-Brie, Commune: Viffort - 02

Domaine du Temple de Viffort
Domaine du Temple de Viffort

Cette commanderie de Templiers comprenait deux membres : la seigneurie d'Essises et une maison à Château-Thierry.
On ignore la date de sa fondation. Une sentence arbitrale de 1229 mit un terme aux conflits et aux nombreux démêlés des Templiers de Viffort avec les seigneurs de Montmirail, « il fut alors reconnu que la haute, moyenne et basse justice de Viffort et de ses dépendes appartenait à Jean, seigneur de Montmirail, et que les Templiers n'auraient le droit qu'une fois par an de tenir les plaids dans leur maison, en ne pouvant se servir d'autres sergents que de ceux du seigneur de Montmirail. »

En novembre 1237 le même seigneur de Montmirail donne « à la maison du Temple de Viffort (domuis Templi de Viffoz) cent sols de rente à prendre le jour de Saint-Martin d'hiver, chaque année, sur le péage et tonlieu de Montmirail (de Montismirelli). »

Dans le procès des Templiers nous trouvons que le 21 novembre 1307, frère Etienne de la Romagne (de Romania), du diocèse de Reims ; ayant environ 50 ans, porte-clefs de la maison de Prunay, dit par serment qu'il y a environ 19 ans il fut reçu à Viffort, près Château Thierry, par défunt frère Nicolas de Saint-Allan, alors précepteur de la maison de Soissons, par mandat de frère Arnould de Wisemale en présence de frère Jean de Crotay, précepteur de Paci, frère Gerard Agricola et frère Thierry d'Albigny (Tierricus d'Albigniaco) précepteur de Viffort. Il a oublié les noms des autres assistants. Il avoue sur sa réception les mêmes fautes qu'on fait avouer à tous le Templiers.

Les Hospitaliers possesseurs de la Commanderie de Viffort la réunirent à la Commanderie de La Ferté-Gaucher à la fin du XVe siècle. « La maison du Temple de Viffort et sa chapelle dédiée à saint Georges se voyaient au XVIe siècle sur la gauche de la route de Château-Thierry à Montmirail, dans l'angle formé par la rencontre du chemin de Viffort à Chamblon, avec celui conduisant à la Malmaison. » Elles n'existaient plus au XVIIe siècle. Les terres qui en dépendaient, contenant 80 arpents, étaient affermées avec quelques autres revenus en 1757, 85 livres et 1,000 livres en 1783.

Essises

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Charly-sur-Marne, Commune: Essises - 02

Domaine du Temple d'Essises
Domaine du Temple d'Essises

Des lettres d'Haymard, évêque de Soissons, de novembre 1211 nous apprennent qu'une noble dame Mesinde, veuve de Gillon de Chalons, fait abandon aux Templiers de toute sa terre d'Essises (terram suam de Essistes), tant en domaine qu'en droits de justice de seigneurie. On ignore l'importance de cette terre et ce qu'elle devint sous les Hospitaliers, il n'en est plus parlé à partir du XIVe siècle.

Château-Thierry

Département: Aisne, Arrondissement et Canton: Château-Thierry - 02

Domaine du Temple de Château-Thierry
Domaine du Temple de Château-Thierry

« Les Templiers possédaient au XIIIe siècle une maison avec quelques prairies à Château-Thierry. Ils avaient acheté les prairies d'une contenance de huit arpents, d'un seigneur du nom de Guillaume de Bergie, et la tradition s'en était faite par Jacques, évêque de Soissons, en vertu de ses lettres du mois de novembre 1227.
Quant à la maison située près du pont de la Marne, ils en étaient en possession auparavant, car Eudes de la Roche, commandeur de la maison du Temple en France, l'accordait à bail en 1225, moyennant une redevance annuelle de 31 sols, 7 deniers, monnaie de Provins. »
« C'est de la même maison qu'il est question dans un acte d'arrentement du S février 1486, fait au profit de Pierre Mangin, « d'une mazure et place où il y avait eu deux corps d'hôtel et maisons, assises à Château-Thierry, près de la porte du pont de Marne ; le tout nommé d'ancienneté l'Hôtel de la Syrene, tenant d'un costé et devers la porte de Marne, à l'allée commune de la forteresse de la ville, et pardevant sur la Grande-Rue, pour en jouir par ledit Mangin et ses héritiers, moyennant 65 sols tournois de rente par an, et à la charge de 5 sols tournois de cens aussi par an, envers le commandeur de La Ferté, et en outre à la charge de faire bâtir sur ladite mazure et place une maison sur rue en dedens deux ans. »
« il ne paraît pas que cette maison ait été construite, et si elle l'a été, elle n'existait plus au siècle dernier, où il ne restait à la commanderie sur Château-Thierry que les prairies dont nous avons parlé et quelques terres arables affermées en 1757, 145 livres. » (Mannier)

Artonges

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Condé-en-Brie, Commune: Viffort - 02

Domaine du Temple d'Artonges
Domaine du Temple d'Artonges

Jean de Montmirail, que nous avons vu en conflit avec les Templiers de Viffort, l'avait été également avec les Templiers de La Ferté-Gaucher ; il citait, parmi leurs torts, des acquisitions de terres faites irrégulièrement d'hommes d'Artonges (de Heriteongiaco). Un arbitrage régla ce différend en 1217.

Montbazin

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Condé-en-Brie, Commune: Courboin - 02

Domaine du Temple de Montbazin
Domaine du Temple de Montbazin

Les Templiers avaient acheté en 1209 les terres que les religieux de la Charité-sur-Loire (ordre de Cluni) possédaient à Montbazin (Montem Boisin). On ne sait rien de plus sur cette propriété.

Goussancourt

Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Fère-en-Tardenois - 02

Domaine du Temple de Goussancourt
Domaine du Temple de Goussancourt

« Lambert de Neuville, Gruyer du Vidame de Chalons, envoya, en décembre 1338, un mandement au sergent de la gruerie, pour maintenir les religieux de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem, qui avaient remplacé les Templiers dans la maison de Passy, pour les maintenir, disons-nous, dans le droit de faire paître leurs bestiaux dans les bois de Goussancourt, dans ceux de Maignières (bois de funière près Goussancourt) et en d'autres lieux. »

« Les Hospitaliers obtinrent encore, en avril 1341, du vidame de Chalons, seigneur de Bazoche, confirmation pour eux du droit accordé par son prédécesseur aux Templiers, de prendre chaque jour une charrue de bois dans le bois de Coulonges-en-Tardenois, de quelque essence que fussent ces bois, à l'exception toutefois du pommier, du poirier et du mélèze. » Mannier.

La Ferté-Milon

Mr Mannier pense qu'il n'y eut pas d'établissement du Temple à La Ferté-Milon, nonobstant ce que dit Muldrac dans son histoire du Duché de Valois. Sources : Jules MACIET. Almanach de la Champagne et de la Brie : Aube, Ardennes, Marne, Haute-Marne, Seine-et-Marne, Yonne. Troyes 1882 - BNF
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