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Quelques études réalisées sur les Templiers

L'affaire des Templiers — Avant-propos
Si on met à part quelques ouvrages spécialisés, les manuels d'histoire ne consacrent que quelques lignes à l'histoire des Templiers ; et pourtant ces moines-soldats ont eu une influence considérable en France et dans toute l'Europe. Ils ont été, pendant deux siècles, les soldats les plus intrépides et les gendarmes les plus valeureux de la Chrétienté. Ils ont été les plus grands propriétaires terriens du pays, les financiers des papes et des rois. Ils jouissaient de privilèges temporels et spirituels tels que personne n'en eût jamais de pareils. Ils étaient devenus un Etat dans l'Etat et une Eglise dans l'Eglise.

D'où vient donc que leur histoire soit si peu connue du grand public ? Cela tient :
1° à la rareté des documents
2° à ce que ces documents soient restés longtemps cachés
3° à ce que les papes aussi bien que les rois n'avaient pas intérêt à ce que les dessous de ce procès soient dévoilés et cela au nom des intérêts supérieurs de la papauté et de la royauté.
Les catholiques disaient : Il ne faut pas que le procès des Templiers serve de thème aux déclamations des incrédules contre le Saint Siège. Les apologistes de la monarchie absolue toujours prêts à justifier les actes de l'Autorité pensaient de même. Pour des historiens comme Dupuy les Templiers étaient coupables car Philippe le Bel était incapable de commettre un crime. Les francs-maçons et les rose-croix ont glorifié au contraire les Templiers et accablé le roi Philippe le Bel et le Pape Clément V. Cependant la lumière n'a pu se faire que dans les temps modernes après la publication par J. Michelet des textes du procès.

 

CHAPITRE II — Liste des Grands Maîtres

Mise en garde

Je vous livre la liste des Grands-Maîtres de l'Ordre du Temple telle qu'elle a été écrite par son auteur.
Je n'y ai pas apporté de rectifications.
Vous êtes priés de ne pas la recopier et ne la diffuser pas en affirmant qu'elle est exacte, car elle a été copiée sur le site « Les Templiers et les Croisades »
Mon propos, dans ce chapitre, n'est pas de retracer l'histoire des croisades qui est bien connue, mais de marquer à travers l'histoire des Grands Maîtres du Temple, par quelques faits, le comportement des Chevaliers et de l'Ordre du Temple pendant les croisades.

Voici donc d'après le livre : l'art de vérifier les dates des faits historiques par les religieux de la congrégation de Saint-Maur de l'Ordre de Saint-Benoît en 1770, quelle serait la liste exacte et connue, sinon complète des grands Maîtres de l'Ordre depuis sa fondation jusqu'à sa dissolution, ainsi que leurs faits principaux.

1° — Hugues de Payens (1118-1137)
Hugues de Payens fut le fondateur et le premier Grand Maître de l'Ordre des Templiers dont le siège était à Jérusalem. Il guerroyait avec Godefroy de Bouillon quand avec 8 Chevaliers, il eut l'idée de fonder cet ordre. Nous avons déjà raconté dans quelles circonstances il avait réussi. Il parcourut la France, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie où il recruta des fonds et des soldats pour les besoins de la guerre en terre sainte. Il ramena ainsi en Palestine une nombreuse et brillante armée portant le nouvel habit des Templiers. Cela le consola de n'avoir pu obtenir du pape la nouvelle croisade que sollicitait le roi de Jérusalem.
L'an 1137 c'est l'année de la fondation de la plus ancienne maison de l'Ordre en France dans un endroit appelé la Nogerade située en Languedoc.
C'est cette même année que mourut Hugues de Payens.

2° — Robert dit le Bourguignon (1137-1147)
Il était fils de Renaud II, seigneur de Craon. Il avait épousé Ronchèze dont il avait eu plusieurs enfants tous morts en bas-âge, sauf l'aîné Anselme qui se consacra au service des autels dans l'église de Cantorbery en Angleterre. Après avoir consulté le Prélat, Robert quitta sa femme et partit pour la Terre Sainte en 1136. Le roi de Jérusalem venait d'organiser une expédition, avec presque toutes ses troupes contre une forteresse située au-delà du Jourdain sur le mont Gaalad, repaire de brigands qui désolaient toute la contrée. Apprenant cela les Turc trouvèrent l'occasion favorable pour s'emparer de Jérusalem, pendant que le roi et son armée étaient absents. Ils s'avancèrent jusqu'à Thécia, ville des prophètes qu'ils avaient prise. En bon chevalier de l'Ordre du Temple, Robert n'hésita pas. Il réunit tous les Templiers qu'il put trouver ainsi que quelques autres soldats.
Il tomba sur le gouverneur d'Alep, le battit et le mit en fuite.
Mais tandis que ses soldats vainqueurs se livraient au pillage au lieu de continuer la poursuite, le gouverneur battu revient après avoir rassemblé ses troupes et met en pièces les Templiers.
Cet épisode montre la faiblesse du royaume de Jérusalem, mais aussi la bravoure et la témérité des Templiers toujours prêts à se sacrifier pour les autres.
En 1139 on retrouve Robert le Bourguignon devant Lisbonne, il échoue et est mis en déroute. En 1142, il s'associe avec les Hospitaliers et commence cette expédition contre les Maures qui dura 10 ans.
Robert mourut en 1147.

3° — Evrard des Barres (1148-1149)
En 1142, Evrard était précepteur de l'Ordre en France. Il partit en Palestine à la suite des revers des Chrétiens. En raison de sa bravoure il fut nommé en 1148 Grand Maître de l'Ordre pour succéder à Robert le Bourguignon. Deux armées, l'une allemande sous les ordres de l'empereur Conrad, l'autre française sous les ordres de Louis VII dit le Jeune étaient attendues en Terre Sainte. La première avait été presque anéantie par les Turcs.

L'armée française avait débarqué à Antioche. Evrard avait été envoyé à sa rencontre pour lui servir de guide et d'escorte. Il arriva à temps au secours du roi Louis VII dont l'armée risquait d'être anéantie comme celle de Conrad. Il avait perdu presque le quart de l'armée qu'il avait amenée de France. Après ces revers subis par les Français et les Allemands Louis VII plus préoccupé de religion que de combats décida de rentrer en France.
Evrard des Barres l'accompagna pour le protéger. Il se rendit à l'abbaye de Clairvaux où il abdiqua son titre de Grand Maître en 1149 et resta moine à l'abbaye.

4° — Bernard de Tramelay (1149-1153)
Bertrand de Tramelay ou de Tremelal était né dans le Comté de Bourgogne, il était le fils de Humbert de Tremelal. Il fut élu vers la fin de 1149 Grand Maître du Temple. Or, à la suite des revers sérieux subis par les Chrétiens, Noureddine profitant de leur désarroi et de leur retraite entra à la tête de son armée dans Antioche dont les habitants et ceux d'autres villes du Comté d'Edesse fuyaient protégés par les Templiers en retraite. Le roi Beaudoin III était parti de Jérusalem à leur rencontre. Pendant qu'il était loin de la ville sainte, deux princes turcs partirent de Damas avec leur armée pour s'emparer de Jérusalem. Ils vinrent camper sur le Mont des Oliviers avant de donner l'assaut. Mais ce qui restait des Templiers et des Hospitaliers n'attendit pas l'attaque. Secondés par la population ils attaquèrent par surprise et de nuit les musulmans qui dormaient et les mirent en fuite.

En 1153, Bernard avec ses Templiers et les troupes du roi était au siège d'Ascalon qui durait depuis plus de cinq ans. Les Templiers avaient réussi à faire une brèche dans les fortifications.

Mais, dit Guillaume de Tyr, historien contemporain de cette époque, dans leur hâte de vouloir entrer les premiers par cette brèche sans attendre le gros de l'armée, afin de s'assurer pour eux seuls le butin, se répandirent dans l'enceinte de la ville et ne s'aperçurent pas qu'on en refermait la broche derrière eux.
Cela leur coûta cher, des 40 templiers qui étaient entrés, aucun n'en réchappa, y compris le Grand Maître Bernard qui eut la tête tranchée comme les autres.
C'était un usage observé comme une loi chez les chrétiens que dans toutes les villes prises de force, ce que les soldats pouvaient enlever pour leur compte était acquis de droit à perpétuité à eux ou à leurs héritiers.

5° — Bertrand de Blanquefort (1154-1168)
Il était fils de Godefroi, seigneur de Blanquefort en Guyenne.
En 1155, les Templiers qui occupaient Gaza, surprirent dans sa fuite le meurtrier de Dafer, calife d'Egypte, ils le tuèrent, firent son fils prisonnier et s'emparèrent de ses trésors puis vendirent le fils aux Egyptiens. En 1156, Bertrand tomba dans une embuscade tendue par Noureddine et fut fait prisonnier avec 87 de ses chevaliers. En 1159, il recouvra la liberté avec ses compagnons et 600 autres captifs, grâce au secours que lui apporta Manuel, empereur de Constantinople.

Comme les croisés étaient partis guerroyer en Egypte, Noureddine s'apprêtait à occuper Antioche. Mais une nouvelle armée venant du Poitou et d'Aquitaine, conduite par Geoffroi, frère du duc d'Angoulême et par Hugues de Lusignan et ses deux fils était signalée. En voyant ces renforts, le frère André de Laci, précepteur du Temple les engagea à marcher sous sa bannière contre Noureddine. Ils subirent une cruelle défaite à la bataille de Harenc. Le comte de Tripoli, sire de Lusignan fut tué et un grand nombre de chevaliers furent faits prisonniers.
Bertrand de Blanquefort meurt en 1168.

6° — Philippe de Naplouse (1168-1171)
Philippe était né à Naplouse (Neapolis) en Syrie, mais sa famille était d'origine française de Picardie. Il avait été marié et avait eu deux filles, mais après la mort de sa femme il se fit Templier. En Palestine, il défendit Gaza avec un plein succès.
Sa brillante conduite lui valut d'être nommé Grand Maître.
Mais il ne conserva pas longtemps cette première dignité de l'Ordre puisqu'il démissionna en 1171.

7° — Odon de Saint-Amand (1171-1179)
Odon de Saint-Amand, Chevalier français, maréchal de Jérusalem avant de se faire Templier, succéda à Philippe de Naplouse.
L'Ordre avait besoin, dans les circonstances difficiles où l'on se trouvait, d'un chef intelligent, actif et courageux. Odon réunissait toutes ces qualités, c'est pourquoi il fut élu Grand Maître. Il eut d'abord la douleur de voir un Templier félon nommé Melier s'emparer par traîtrise des états de son frère, faire la guerre aux chrétiens, et vendre aux infidèles les prisonniers qui tombaient entre ses mains.

Odon gagne en 1177 la bataille de Ramla où d'Ascalon contre Saladin qui avait succédé à Noureddine. Mais l'année suivante Saladin a sa revanche. Odon tombe dans un guet-apens. Il est fait prisonnier ainsi que de nombreux chevaliers. Les plus distingués sont envoyés à Damas, les autres sont sciés par le milieu sur le champ de bataille. Saladin propose à Odon de l'échanger contre un Emir prisonnier des Templiers. Odon refuse en déclarant : Un Templier doit vaincre ou mourir. Il ne peut donner pour sa rançon que son poignard ou sa ceinture.
Après quelque temps de captivité, il meurt en 1179.

8° — Arnaud de Toroge (1179-1184)
Après avoir occupé les premières places dans l'Ordre au-delà des mers, Arnaud fut élu Grand Maître pour succéder à Odon de Saint-Amand. En 1180, la paix est signée entre Saladin et les chrétiens. Des luttes intestines commencèrent à se livrer entre les Templiers et les Hospitaliers, luttes de préséance, de prestige et de gloriole. Le pape fut obligé d'intervenir, mais son succès sur les deux ordres fut plus apparent que réel. Sur ce, un certain Renaud, Templier, rompît la trêve de deux ans conclue avec Saladin, qui se fâcha et prépara une armée pour chasser les chrétiens de Palestine. Devant cette menace, on envoya le patriarche Héraclius et les deux Grands Maîtres Arnaud de Toroge, du Temple et Roger de Moulins, des Hospitaliers, sollicitèrent du pape une nouvelle croisade. Ces députés arrivèrent en Italie en 1184. Le pape Lucius promit des secours qu'il n'envoya point.
Il leur donna des lettres pressantes pour le roi de France et le roi d'Angleterre.
Sur ces entrefaites Arnaud meurt à Vérone en 1184.

9° — Terric ou Thierry (1184-1188)
Terric est élu en 1184 pour succéder à Arnaud comme Grand Maître des Templiers. Sa famille et son pays ne sont pas connus.
Les pourparlers engagés en Europe pour obtenir des soldats continuent sans succès. Philippe II nouvellement monté sur le trône de France ne peut en ce moment s'éloigner de France car il a trop d'embarras, Henri II, roi d'Angleterre est trop vieux pour tenter une expédition. Ce dernier offre une somme d'argent.

Mais l'argent ne peut remplacer les soldats et les chefs. On ne put donc emmener en Palestine que des hommes non aguerris, mais il n'y avait ni princes, ni chefs capables de commander et de faire obéir. Jamais l'avenir ne s'était présenté si sombre.

Le roi de Jérusalem mourant, son fils et successeur âgé de six ans, un régent ambitieux désirant la succession, la désunion entre les Templiers et les Hospitaliers, l'extrême licence des mœurs adoptée au contact des infidèles et les attaques incessantes des musulmans contre les chrétiens, tout faisait présager une lutte sans merci.

En effet, Saladin envoie son fils Afdhal et une forte armée contre les chrétiens. Les Templiers, de concert avec le Grand Maître des Hospitaliers vont au-devant de cette armée et l'attaquent. Cinq cents chrétiens doivent lutter contre cinq mille musulmans, aussi les chevaliers périrent presque tous. Cette action est du premier Mai. Le cinq Juillet suivant eut lieu la grande bataille de Tibériade où les armées chrétiennes commirent les plus grosses fautes militaires. Les Templiers percèrent les premiers rangs des infidèles mais ne furent pas suivis par le gros de la troupe ; ils furent encerclés et décimés. A ceux qui restèrent prisonniers on proposa la liberté à condition qu'ils embrassent la religion mahométane. Tous refusèrent et eurent la tête tranchée. Terric fut gracié après avoir prêté serment de ne plus jamais porter les armes contre Saladin.
Pour n'avoir pas à trahir son serment il démissionna de son titre de Grand Maître de l'Ordre.

10° — Gérard de Ridefort (1188-1190)
On conçoit la consternation qui s'empara de toute la Palestine à la nouvelle du désastre de la bataille de Tibériade. Saladin voulut en profiter sans attendre. Il s'empara presque sans coup férir de Saint-Jean d'Acre, Naplouse, Jaffa, Jéricho, Ramlah, Césarée et Beyrouth. Il ne resta bientôt plus aux chrétiens que Tyr et Jérusalem. Eprouvant quelque résistance il n'insista pas, il se tourna vers Ascalon qu'il emporta ainsi que Gaza, forteresse des Templiers. Les défenseurs de Jérusalem proposèrent une capitulation. Saladin accepta en 1188. Il proposa la vie sauve à tous ceux qui pourraient payer une rançon de 10 pièces d'or pour les hommes, cinq pour les femmes et deux pour les enfants. Les Templiers qui restaient firent montre de leur charité en rachetant un grand nombre de pauvres.

Ainsi Jérusalem, quatre-vingt-huit ans après sa conquête par les croisés, retombait aux mains des musulmans. Il ne restait plus aux chrétiens que quelques possessions sur la côte qu'ils conservèrent encore plus d'un siècle dans l'espoir de reconquérir un jour la ville sainte.
Après ces désastres et la démission de Terric, ce fut Gérard de Ridefort qui accepta sa succession.

Le 4 Octobre 1189, il commande une troupe d'environ 8.000 hommes contre Saladin. Au premier choc les Templiers culbutent l'aile droite des ennemis. Cet échec jeta le désarroi dans le reste des musulmans qui s'enfuirent. Mais les Francs, au lieu de poursuivre l'ennemi se livrent au pillage. S'apercevant de cela, Saladin rassemble ses hommes et revient en force. Tous les chrétiens auraient péri sans la résistance opiniâtre des Templiers. Le Grand Maître Gérard de Ridefort périt dans cette bataille. Après sa mort, le siège de Grand Maître resta vacant pendant 18 mois. C'est alors que l'Angleterre qui avait conquis l'île de Chypre la vendit aux Templiers pour la somme de vingt-cinq mille marcs d'argent.

11° — Robert de Sablé (1191-1196)
Sa vaillante conduite dans les combats en Espagne et ailleurs avaient désigné Robert de Sablé pour être élu Grand Maître de l'Ordre. En 1191, sous la conduite du roi d'Angleterre, Robert et ses chevaliers gagnent une bataille contre Saladin. Mais les chrétiens aussi bien que les musulmans paraissent également fatigués de la guerre, des négociations s'engagent avec Saladin qui se terminent par l'adoption d'une trêve de trois ans. On convint que Jérusalem serait ouverte à la dévotion des chrétiens et que ceux-ci posséderaient toute la côte maritime depuis Jaffa jusqu'à Tyr. Après ces arrangements Saladin se retira à Damas où il mourut le 13 Mars 1193. Cette victoire permit aux croisés de réparer leurs places fortes maritimes et les Templiers revendirent Chypre aux Anglais.
C'est sous son magistère qu'on voit naître un nouvel ordre militaire celui des Chevaliers teutoniques.
Robert de Sablé mourut en 1196.

12° — Gilbert Horal (1196-1201)
Gilbert qui était précepteur de France est élu Grand Maître de l'Ordre à la mort de Robert de Sablé. En 1197, les chevaliers du Temple refusent de combattre les musulmans car ils avaient juré et signé la trêve conclue par le roi d'Angleterre avec l'ennemi. En 1199, une grande querelle s'éleva entre les Templiers et les Hospitaliers. On en vint même aux mains. Ils envoyèrent des députés au pape pour trancher le litige. Le pape blâma les deux Ordres et les renvoya tous deux aux évêques d'Orient qui condamnèrent les Templiers, mais ces derniers qui, par privilège spécial, ne relevaient que de l'autorité du pape n'acceptèrent pas cette sentence.
Gilbert de Horal mourut en 1201.

13° — Philippe de Plessier (1201-1217)
En cette année 1201 qui vit l'accession de Philippe de Plessier à la suprême magistrature de l'Ordre des Templiers, le roi d'Arménie avait enlevé aux Templiers le fort Gaston.
En 1202, le nouveau Grand Maître fait déployer Beauceant l'étendard noir et blanc de l'ordre, et les troupes s'avancent pour obliger le roi à évacuer la place. Mais la place est bien défendue, et devant une impuissance réciproque des armées en présence d'obtenir un résultat on convint d'une suspension d'armes.
Ce démêlé ne se termina qu'en 1223 à l'avantage des Templiers.

Pendant ce temps le pape avait adressé une lettre de blâme aux Templiers pour leur désobéissance à l'encontre des évêques. Les Templiers, en effet, forts de leurs privilèges ne reconnaissaient pas l'autorité des évêques. Cette indiscipline augmenta par la suite car la puissance, la richesse de l'Ordre et l'orgueil des Templiers les incitaient à se mettre au-dessus des lois.
Entre 1213 et 1217 on ignore s'il y eut des Grands Maîtres de l'Ordre et qui ils étaient.

14° — Guillaume de Chartres (1217-1219)
Guillaume de Chartres était issu de la maison des Comtes de Blois. Il fut nommé Grand Maître de l'Ordre au moment de la construction du fameux château des pèlerins bâti sur la pointe d'un rocher près de la mer, qui devait se montrer d'une si grande utilité parce qu'il était imprenable. Ce fort, à lui seul, causa plus de pertes aux infidèles que toute une armée.
Ainsi en 1218 les Templiers étant partis combattre à Damiette, les Musulmans crurent qu'ils pourraient s'en emparer facilement et vinrent l'attaquer, mais il résista à tous les assauts.
Guillaume ne resta pas longtemps à la tête des Templiers car il mourut devant Damiette, non d'une blessure, mais de la peste qui fit des ravages considérables dans toute la région.

15° — Pierre de Montaigu (1219-1223)
Pierre fut élu grand Maître de l'Ordre pendant que les Templiers assiégeaient Damiette. Son magistère fut assez long.
Cependant il n'y eut pas de grands faits saillants. Damiette tomba au pouvoir des Chrétiens ; ceux-ci, profitant de leur victoire, poursuivirent l'armée en déroute jusqu'en Egypte.
Le sultan demanda la paix, mais le cardinal Pelage la refusa.
L'armée des Croisés s'avance imprudemment ; elle est surprise par l'inondation provoquée par le sultan qui fit ouvrir les digues du Nil. Les soldats francs ne pouvaient plus ni avancer ni reculer. Ils étaient condamnés à mourir de faim ou à périr de noyade. Il fallait donc demander la paix. Les Templiers, retournèrent tristement en Palestine, en abandonnant Damiette.
On ne sait si Pierre de Montaigu mourut ou démissionna.

16° — Armand de Périgord (1223-1247)
Armand ou Herman était précepteur de Calabre et de Sicile quand il remplaça en 1223 le grand Maître Montaigu. A l'expiration d'une trêve conclue entre la principauté d'Antioche et le sultan d'Alep, les Templiers livrèrent bataille aux sarrasins près d'Alep. Ils furent battus. Presque tous les soldats du Temple sont tués, sauf Armand. Dans cette action, les Templiers perdirent leur étendard Beauceant. Celui qui le portait se nommait Guillaume d'Argenton, il eut les deux bras et les deux jambes coupées. En 1244 les Francs sont encore battus. 112 chevaliers et 324 servants d'armes sont abattus sur le terrain.
Suivant les uns le Grand Maître fut tué ; suivant d'autres il mourut de ses blessures en prison.

17° — Guillaume de Sonnac (1247-1250)
Né d'une famille distinguée du Languedoc Guillaume est élu Grand Maître du Temple en 1247.
Saint-Louis arrive à Chypre avec une troupe de Templiers en 1249. Guillaume de Sonnac va le rejoindre devant Damiette et se distingue à ses côtés au siège de cette place.
En 1250, Saint-Louis confie l'avant-garde de son armée aux Templiers avec ordre au Comte d'Artois d'obéir à Guillaume de Sonnac. Le comte ayant désobéi et refusé de suivre les avis de Sonnac fut cause de la défaite des Francs à Mansourah où le comte fut tué et où Sonnac perdit un œil.
Trois jours plus tard, dans une nouvelle action, Saint-Louis est fait prisonnier et Sonnac est tué.

18° — Renaud de Vichiers (1250-1256)
Champenois de naissance, précepteur de France de l'Ordre des Templiers, puis grand maréchal de l'Ordre, Renaud de Vichiers fut élu Grand Maître de l'Ordre en 1250 pour succéder à Sonnac.
Saint-Louis avait payé une rançon pour prix de sa liberté. Rappelé en France par Blanche de Castille, mais Renaud lui dépeint la précocité de la situation des Croisés en Palestine, il consent à prolonger son séjour en Syrie jusqu'en 1252.
Renaud mourut en 1256.

19° — Thomas Béraut (1256-1273)
Thomas fut élu Grand Maitre en 1256, à la mort de Renaud.
En 1259, il eut à soutenir une attaque violente des évêques devant le pape. C'était à cause des privilèges et des immunités dont jouissaient les Templiers. Thomas sut habilement défendre et avoir gain de cause. En 1260 les affaires militaires vont mal pour les Templiers. Ils sont battus en Palestine, dispersés ou faits prisonniers par Baibars or Baybars ou Bandochar, sultan d'Egypte.
En 1264 le pape Urbain IV, furieux contre Siffi maréchal de l'Ordre des Templiers le destitue de sa charge de Maréchal.

C'est une entreprise osée après la décision du pape. Siffi exhibe des privilèges qui ont été accordés à l'Ordre lors de sa fondation et confirmés par la suite. Puis il fait de très humbles remontrances au pape qui l'excommunie, L'Ordre des Templiers ne s'incline pas il prend fait de cause pour Siffi. Urbain meurt, son successeur Clément IV absout Siffi. En 1266 Baybars assiège avec toutes ses troupes Sephed, place-forte de la Basse-Galilée, sur les bords du Jourdain. Cette forteresse, construite par les Templiers, était à peine terminée et avait coûté fort cher.

Les Templiers furent obligés de capituler, car une partie de la garnison, qui n'appartenait pas à l'Ordre, se déclara contre les Templiers et voulait se rendre. Le siège avait duré 42 jours.

Baybars accepta la reddition. Les soldats auraient la vie sauve, ils pourraient se retirer où ils voudraient, mais ne pourraient emporter que leurs habits. Quant Baybars fut maître de la place-forte, il renia ses promesses, fit charger de chaînes les Templiers, les désarma et leur donna le choix entre la mort ou devenir mahométans. Sur trois mille chevaliers prisonniers huit seulement apostasièrent.
Les succès de Baybars occasionnèrent une nouvelle croisade.
Mais la terre sainte resta sans grand secours autre que celui des Templiers.
Béraut mourut le 25 Février 1273.

20° — Guillaume de Beaujeu (1273-1291)
Guillaume de Beaujeu était bourguignon. Il était Commandeur des Pouilles quand il fut élu grand Maître le 13 Mai 1273. En 1274, il assiste au concile de Lyon. Il se rend en Palestine où il arrive le 28 Septembre 1274. Il trouve la terre sainte désolée par tant de batailles, de massacres et de pillages, les chevaliers du Temple sans cesse harcelés par les infidèles, retranchés sur les montagnes avec le roi de Chypre Hugues de Lusignan, réduits à la défensive en raison de leur infériorité numérique devant un ennemi dont les forces étaient sans cesse renouvelées.
Devant cet état de choses on fut contraint de demander la paix.
On n'accorda qu'une trêve de deux ans.
En 1291 Guillaume de Beaujeu (meurt à la suite d'une blessure par une flèche empoisonnée.

21° — Le Moine Gaudini (1291-1298)
Le moine Gaudini était lieutenant de Guillaume de Beaujeu quand, à la mort de ce dernier, il fut élu pour le remplacer.
Il acceptait une lourde responsabilité. Il se retrancha dans Jérusalem, dans la forteresse du Temple. Il s'y défendit avec vigueur. Le sultan lui offrit des conditions de paix honorables.

Il accepta. Le sultan envoya trois cents soldats pour prendre possession de la forteresse. Ceux-ci devaient se cantonner dans la tour du Grand Maître ou s'étaient réfugiées toutes les femmes et les enfants. A peine entrés ils violèrent les femmes. Voyant cela les Templiers égorgèrent les trois cents soldats. L'assaut reprit contre le dernier asile des Templiers la plus forte tour.

Les chevaliers résistèrent encore plusieurs jours, mais le sultan fit miner la tour qui s'écrasa aussi bien contre ceux qui la défendaient que ceux qui l'attaquaient.
Comment le grand Maîtres et dix de ses chevaliers purent-ils échapper au massacre et emporter tous leurs trésors ? C'est ce qu'on ne peut expliquer.

22° — Jacques de Molay (1298-1314)
Jacques de Molay fut le dernier grand Maître de l'Ordre des chevaliers du Temple. Il était né à Molay (Haute-Saône). Il était de la maison des sires de Longvic et de Raon. Il prit le commandement de l'Ordre avec beaucoup de courage car, en Palestine, après la prise de Jérusalem et de Ptolémaïs, toutes les autres villes chrétiennes : Tyr, Sidon, Beyrouth, etc., ouvrirent leurs portes aux vainqueurs. Toutes furent démantelées et brûlées en sorte que, vers l'an 1291, il ne restait pas une parcelle de terrain appartenant aux chrétiens en Palestine. D'autre part, en France, les Templiers étaient en but à la malveillance du peuple, du clergé, des seigneurs et du roi Philippe le Bel. Il eut à subir un procès dont la procédure fut inique. Il mourut courageusement sur l'échafaud en 1214. On verra comment il se comporta au cours du procès de l'Ordre.

Molay arrive en Palestine. Cazan, roi des Tartares mongols, voulant conquérir l'Egypte, proposa aux Templiers et aux Hospitaliers de leur rendre la terre sainte s'ils voulaient combattre avec lui leur ennemi commun. Les chevaliers acceptèrent et ils remportèrent une grande victoire contre le sultan d'Egypte, les Templiers et les Hospitaliers rentrent en terre sainte sans trouver d'obstacles. Ils trouvent le pays ouvert mais sans fortifications : tout avait été rasé par les Sarrasins. Mais Cazan avait été obligé de rentrer dans son royaume en Perse où une révolte avait éclaté. Les chrétiens, livrés à leurs seules forces, n'étaient pas assez nombreux pour résister à la forte armée du sultan d'Egypte. Les Hospitaliers s'emparèrent de l'île de Rhodes qu'ils tinrent solidement. Quant aux Templiers, ils partirent pour la Sicile où le roi les employa à une expédition contre la Grèce.

Ils en rapportèrent des richesses laissant au roi de Sicile les possessions conquises. Puis ils vinrent s'établir en France avec tous leurs trésors. Leur opulence, leur luxe, leur oisiveté, leur attira la jalousie et la haine dans cette France exsangue et ruinée par toutes ces guerres entreprises depuis trois siècles.
C'était la fin des croisades.
On verra plus loin comment se comporteront les Templiers.
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Sources: C. LABORDE. Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, pages 128 à 174, tome XXXIII, premier fascicule. Guéret 1957. - Bnf
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