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Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades

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Première Croisade

 

 
15 - Retour des chevaliers et soldats de la première croisade en Occident
Libres enfin de leur voeu, après quatre ans de travaux et de périls, les princes croisés ne songèrent plus qu'à quitter Jérusalem, qui devait bientôt n'avoir pour sa défense que trois cents chevaliers, la sagesse de Godefroy, et l'épée de Tancrède, résolu de terminer ses jours en Asie. Quand ils eurent annoncé leur départ, tous les coeurs se remplirent de deuil et de tristesse ; ceux qui restaient en Orient embrassaient leurs compagnons les larmes aux yeux, et leur disaient : « N'oubliez jamais vos frères que vous laissez dans l'exil ; de retour en Europe, inspirez aux chrétiens le désir de visiter les saints lieux que nous avons délivrés ; exhortez les guerriers à venir combattre avec nous les nations infidèles. » Les chevaliers et les barons, fondant en pleurs, juraient de conserver un éternel souvenir des compagnons de leurs exploits et d'intéresser la chrétienté au salut et à la gloire de Jérusalem.

Après ces touchants adieux, les uns s'embarquèrent sur la Méditerranée, les autres traversèrent la Syrie et l'Asie Mineure. Quand ils arrivèrent dans l'Occident, les soldats et les chefs portaient des palmes dans leurs mains, et la multitude des fidèles accourait sur leur passage en répétant des cantiques. Leur retour fut regardé comme un miracle, comme une espèce de résurrection, et leur présence était partout un sujet d'édification et de saintes pensées. La plupart d'entre eux s'étaient ruinés dans la guerre sacrée; mais ils rapportaient d'Orient de précieuses reliques, que leur piété mettait au-dessus des plus riches trésors. On ne pouvait se lasser d'entendre le récit de leurs travaux et de leurs exploits. Des larmes se mêlaient sans doute aux transports de l'admiration et de la joie lorsqu'ils parlaient de leurs nombreux compagnons que la mort avait moissonnés en Asie. Il n'était point de famille qui n'eût à pleurer un défenseur de la croix, ou qui ne se glorifiât d'avoir un martyr dans le ciel (24).

Les anciennes chroniques ont célébré l'héroïque dévouement d'Ida, comtesse de Hainaut, qui fit le voyage d'Orient et brava tous les périls pour chercher les traces de son époux (25). Ida, après avoir parcouru l'Asie Mineure et la Syrie, ne put savoir si le comte de Hainaut avait quitté la vie ou s'il était prisonnier chez les Turcs. Elle avait été accompagnée dans son voyage par un noble chevalier, nommé Arnoult ; ce jeune chevalier fut tué par les musulmans, lorsqu'il poursuivait un daim dans les montagnes de la Judée. « Le roi et les princes de la ville sainte, dit Albert d'Aix, le regrettèrent beaucoup, parce qu'il était affable et sans reproche dans le combat ; mais la douleur de la noble épouse de Baudouin de Hainaut fut plus grande encore, car Arnoult avait été son ami et son compagnon de voyage depuis la France jusqu'à Jérusalem. »

Le comte de Toulouse, qui avait jure de ne plus revenir en Occident, s'était retiré à Constantinople, où l'empereur l'accueillit avec, distinction et lui donna la principauté de Laodicée. Raymond d'Orange voulut suivre le sort du comte de Toulouse et finir ses jours en Orient. Parmi les chevaliers, compagnons de Raymond de Saint-Gilles, qui revinrent dans leur patrie, nous ne pouvons oublier Etienne et Pierre de Salviac de Viel Castel, que leur siècle admira comme des modèles de la piété fraternelle. Etienne et Pierre de Salviac étaient deux frères jumeaux ; la plus tendre amitié les unissait dès leur enfance. Pierre avait pris la croix au concile de Clermont ; Etienne, quoique marié et père de plusieurs enfants, voulut suivre son frère en Asie et partager avec lui les périls d'un si long voyage : on les voyait toujours à côté l'un de l'autre dans les batailles ; ils avaient assisté ensemble aux sièges de Nicée, d'Antioche et de Jérusalem. Peu de temps après leur retour dans le Quercy, ils moururent tous deux dans la même semaine, et furent ensevelis dans le même tombeau. Sur leur tombe on lit encore aujourd'hui une épitaphe qui nous a transmis le souvenir de leurs exploits et de leur touchante amitié. Gaston de Béarn revint avec eux en Europe. Quelques années après être rentré dans ses états, il prit de nouveau les armes contre les infidèles et mourut en Espagne en combattant les Maures.

L'ermite Pierre, revenu dans sa pairie, se retira tout à fait du monde, et s'enferma (26) dans un monastère qu'il avait fondé à Hui. Il y vécut seize ans dans l'humilité et la pénitence, et fut enseveli parmi les cénobites qu'il avait édifiés par ses vertus. Eustache, frère de Godefroy et de Baudouin, vint recueillir le modeste héritage de sa famille, et n'occupa plus la renommée du bruit de ses exploits. Alain Fergent, duc de Bretagne, et Robert, comte de Flandre, rentrèrent dans leurs états, réparèrent les maux que leur absence avait causés, et moururent regrettés de leurs sujets (27).

Le duc de Normandie fut moins heureux que ses compagnons. La vue des saints lieux et de longs malheurs soufferts pour Jésus-Christ n'avaient pas changé son caractère indolent et léger. A son retour de la terre sainte, de profanes amours et des aventures galantes le retinrent plusieurs mois en Italie. Lorsqu'il rentra enfin dans ses états, il y fut reçu avec des transports de joie ; mais, ayant repris les rênes du gouvernement, il ne montra que de la faiblesse et perdit l'amour et la confiance de ses sujets. Du sein de l'oisiveté et de la débauche, sans trésors et sans armée, il osa disputer la couronne britannique au successeur de Guillaume le Roux, et, tandis que, livré aux conseils des histrions et des courtisanes, il rêvait la conquête de l'Angleterre, il perdit son duché de Normandie. Vaincu dans une bataille, ce malheureux prince tomba entre les mains de son frère Henri I, qui l'emmena en triomphe au delà de la mer et le fit enfermer au château de Cardiff, dans la province de Glamorgan. Le souvenir de ses exploits dans la guerre sainte ne put adoucir son infortune. Après vingt-huit ans de captivité, il mourut oublié de ses sujets, de ses alliés et de ses anciens compagnons de gloire.

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Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
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Notes
24. Voyez, aux pièces justificatives, la liste des noms des principaux croisés.

25. Le voyage de la comtesse Ida est raconté dans la chronique de Hainaut, Gisleberti Chronica Hannonioe.

26. Voyez la vie de Pierre l'Ermite, par le P. d'Outremont. Pierre l'Ermite revenait de la terre Sainte en 1102, avec un seigneur du pava de Liège. nommé le comte de Montaigu, lorsque, assailli d'une violente tempête, il fit voeu de bâtir une abbaye, C'est en exécution de ce voeu qu'il fonda en effet l'abbaye de « Neufmoutier » (à Hui dans le Condroz, sur la rive droite de la Meuse), en l'honneur du saint sépulcre de Jérusalem. Alexandre, évêque de Liège, en fit la dédicace en 1130. Pierre y mourut dans un âge avancé, et voulut, par humilité, être enterré hors de l'église. Ce fut plus d'un siècle après sa mort, en 1242, que l'abbé et le chapitre firent transporter ses reliques, dans un cercueil revêtu de marbre, devant l'autel des douze apôtres, avec une épitaphe assez longue, que M. Morand, de l'académie des sciences, y a lue en passant à Hui, en 1761, et qui est rapporté dans le t. III des manuscrits de la bibliothèque de Lyon, par M. Delandine, p. 481.

27. Robert, comte de Flandre, mourut d'une chute de cheval.

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