Les Templiers   Les neuf Croisades   Les Croisades

Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades

Menu général des neuf croisades

 

Première Croisade

 

14 - A la recherche d'un roi pour Jérusalem
Images du Saint-Sepulcre, Musee de Versailles Dix jours après leur victoire, les croisés s'occupèrent de relever le trône de David et de Salomon, et d'y placer un chef qui pût conserver et maintenir une conquête que les chrétiens venaient de faire au prix de tant de sang. Le conseil des princes étant assemblé, un des chefs (l'histoire nomme le comte de Flandre) se leva au milieu d'eux, et leur parla en ces termes :

« Mes frères et mes compagnons, nous sommes réunis pour traiter une affaire de la plus haute importance. Nous n'eûmes jamais plus besoin des conseils de la sagesse et des inspirations du ciel. Dans les temps ordinaires, on désire toujours que l'autorité soit aux mains du plus habile : à plus forte raison devons-nous chercher le plus digne pour gouverner ce royaume qui est encore en grande partie au pouvoir des barbares. Déjà nous avons appris que les égyptiens menacent cette ville à laquelle nous allons choisir un maître. La plupart des guerriers chrétiens qui ont pris les armes sont impatientes de retourner dans leur patrie, et vont abandonner à d'autres le soin de défendre leurs conquêtes. Le peuple nouveau qui doit habiter cette terre, n'aura point dans son voisinage des peuples chrétiens qui puissent le secourir et le consoler dans ses disgrâces. Ses ennemis sont près de lui, ses alliés sont au delà des mers. Le roi que nous lui aurons donné sera son seul appui au milieu des périls qui l'environnent. Il faut donc que celui qui est appelé à gouverner ce pays ait toutes les qualités nécessaires pour s'y maintenir avec gloire ; il faut qu'il unisse à la bravoure naturelle aux Francs, la tempérance, la foi et l'humanité ; car l'histoire nous l'apprend : c'est m vain qu'an a triomphé par les armes, H on ne contre les fruits de la victoire à la sagesse et à la vertu. N'oublions point, mes frères et mes compagnons, qu'il s'agit moins aujourd'hui de donner un toi qu'un fidèle gardien au royaume de Jérusalem. Celui que nous prendrons pour chef doit servir de père à tous ceux qui renonceront à leur patrie et à leurs familles pour le service de Jésus-Christ et la défense des saints lieux. Il doit faire fleurir la vertu sur cette terre où Dieu lui-même en a donné le modèle ; il doit convertir les infidèles à la religion chrétienne, les accoutumer à nos moeurs, leur faire bénir nos lois. Si vous venez à élire celui qui n'en est pas digne, vous détruirez votre propre ouvrage, et vous amènerez la ruine du nom chrétien dans ce pays. Je n'ai pas besoin de vous rappeler les exploits et les travaux qui nous ont mis en possession de ce territoire ; je n'ai pas besoin de redire ici les voeux les plus chers de nos frères qui sont restés en Occident. Quelle serait leur désolation, quelle serait la nôtre si, de retour en Europe, nous entendions dire que le bien public a été trahi et négligé, la religion abolie dans ces lieux où nous avons relevé ses autels ! Plusieurs alors ne manqueraient pas d'attribuer à la fortune et non à la vertu les grandes choses que nous avons faites, tandis que les maux qu'éprouverait ce royaume passeraient aux yeux des hommes pour être le fruit de notre imprudence. Ne croyez pas cependant, mes frères et mes compagnons, que je parle ainsi parce que j'ambitionne la royauté et que je recherche votre faveur et vos bonnes grâces. Non, je n'ai point tant de présomption que d'aspirer à un tel honneur ; je prends le ciel et les hommes à témoin que, lors même que vous voudriez me donner la couronne, je ne l'accepterais point, étant résolu de retourner dans mes états. Ce que je viens de vous dire n'est que pour l'utilité et la gloire de tous. Je vous supplie, au reste, de recevoir ce conseil comme je vous le donne, avec affection, franchise et loyauté, et d'élire pour roi celui qui, par sa vertu, sera le plus capable de conserver et d'étendre ce royaume auquel sont attachés l'honneur de vos armes et la cause de Jésus-Christ. »

A peine le comte de Flandre avait, cessé de parler que tous les autres chefs donnèrent de grands éloges à sa prudence et à ses sentiments. La plupart d'entre eux songèrent même à lui offrir le titre de roi qu'il venait de refuser ; car celui qui, dans une pareille circonstance, refuse une couronne, en paraît toujours le plus digne : mais Robert s'était exprimé avec franchise et bonne foi ; il soupirait après le moment de revoir l'Europe et se contentait du titre de fils de saint George, qu'il avait obtenu par ses exploits dans la guerre sainte.
Parmi les autres chefs dignes d'être appelés à régner sur Jérusalem, on devait mettre au premier rang Godefroy, Raymond, le duc de Normandie et Tancrède. Ce dernier ne recherchait que la gloire des armes, et mettait le titre de chevalier beaucoup au-dessus de celui de roi. Robert de Normandie avait également montré plus de bravoure que d'ambition. Après avoir dédaigné le royaume d'Angleterre, il devait peu rechercher celui de Jérusalem. Si on en croit un historien anglais, il aurait pu obtenir le suffrage de ses compagnons ; mais il refusa le trône de David par indolence et par paresse ; ce qui irrita tellement Dieu contre lui, ajoute le même auteur, que rien ne lui prospéra pendant le reste de sa vie. Le comte de Toulouse avait fait serment de ne plus revenir en Europe ; mais on craignait son ambition, on redoutait sa fierté opiniâtre, et jamais dans la croisade il n'avait obtenu la confiance et l'amour des pèlerins, ni même de ses serviteurs (8).
Pendant que les opinions restaient incertaines, le clergé s'indignait qu'on s'occupât de nommer un roi avant de donner un chef spirituel à la ville sainte. Mais la plupart des ecclésiastiques, si on en croit l'archevêque de Tyr, avilis par la misère, livrés à la dissolution pendant leur pèlerinage (9), inspiraient peu de respect aux croisés ; et ce clergé voyageur, depuis la mort de l'évêque du Puy, avait dans son sein peu d'hommes qui se recommandassent aux suffrages des pèlerins, par leur rang, leurs vertus ou leurs lumières. Les chefs de l'armée ne tinrent aucun compte de ces réclamations. Enfin il fut décidé que le roi serait choisi par un conseil composé de dix hommes les plus recommandables du clergé et de l'armée. On ordonna des prières, des jeûnes et des aumônes pour que le ciel daignât présider à la nomination qui allait se faire. Ceux qui étaient appelés à choisir le roi de Jérusalem, jurèrent en présence de l'armée chrétienne de n'écouter aucun intérêt, aucune affection particulière, et de couronner la sagesse et la vertu. Ces électeurs, dont l'histoire n'à point conservé les noms, mirent le plus grand soin à étudier l'opinion de l'armée sur chacun des chefs. Guillaume de Tyr rapporte qu'ils allèrent jusqu'à interroger les familiers et les serviteurs de tous ceux qui avaient des ; prétentions à la couronne de Jérusalem, et qu'ils leur firent prêter serment de révéler tout ce qu'ils savaient sur les moeurs, le caractère et les penchants les plus secrets de leurs maîtres. Les serviteurs de Godefroy de Bouillon rendirent le témoignage le plus éclatant à ses vertus domestiques, et, dans leur sincérité naïve, ils ne lui reprochèrent qu'un seul défaut : celui de contempler avec une vaine curiosité les images et les peintures des églises, et de s'y arrêter si longtemps, même après les offices divins, « que souvent il laissait passer l'heure du repas et que les mets préparés pour sa table se refroidissaient et perdaient leur saveur » (10).


Pour ajouter à cet honorable témoignage, on racontait les exploits du duc de Lorraine dans la guerre sainte. On se rappelait qu'au siège de Nicée il avait tué le plus redoutable des Turcs, qu'il pourfendit un géant sur le pont d'Antioche, et que dans l'Asie Mineure il exposa sa vie pour sauver celle d'un soldat poursuivi par un ours. On racontait de lui plusieurs autres traits de bravoure qui, dans l'esprit des croisés, le plaçaient au-dessus de tous les autres chefs.

Godefroy avait pour lui les suffrages du peuple et de l'armée ; et, pour que rien ne manquât à ses droits au rang suprême, pour que son élévation fût de tout point conforme à l'esprit du temps, il se trouva que des révélations miraculeuses l'avaient annoncée d'avance. Le duc de Lorraine avait apparu en songe à plusieurs personnes dignes de foi ; à la première, assis sur le trône même du soleil, environné des oiseaux du ciel, image des pèlerins ; à la seconde, tenant à la main une lampe semblable à une étoile de la nuit et montant par une échelle d'or dans la Jérusalem céleste ; une troisième avait vu sur le mont Sinaï le héros chrétien salué par deux messagers divins et recevant la mission de conduire et de gouverner le peuple de Dieu.

Les chroniqueurs contemporains racontent beaucoup d'autres merveilles, et trouvent dans les visions qu'ils rapportent la claire manifestation des desseins de la providence. Un d'eux commente gravement ces songes prophétiques, et déclare que l'élection du roi de Jérusalem, arrêtée dès longtemps dans le conseil de Dieu, ne pouvait être regardée comme l'ouvrage des hommes.
Dans cette disposition des esprits, les croisés attendaient avec impatience les effets de l'inspiration divine. Enfin les électeurs, après avoir mûrement délibéré et pris toutes les informations nécessaires, proclamèrent le nom de Godefroy. Cette nomination causa la plus vive joie dans l'armée chrétienne, qui remercia le ciel de lui avoir donné pour chef et pour maître celui qui l'avait si souvent conduite à la victoire. Par l'autorité suprême dont il venait d'être revêtu, Godefroy se trouvait le dépositaire des intérêts les plus chers des croisés. Chacun d'eux lui avait en quelque sorte confié sa propre gloire en lui laissant le sein de veiller sur les nouvelles conquêtes des chrétiens. Ils le conduisirent en triomphe à l'église du (4), se rendit sans armes et les pieds nus dans l'église du Saint-Sépulcre
Saint-Sépulcre
, où il prêta serment de respecter les lois de l'honneur et de la justice. Godefroy refusa le diadème et les marques de la royauté, en disant qu'il n'accepterait jamais une couronne d'or dans une ville où le Sauveur du monde avait été couronné d'épines, « Il ne volt (disent les Assises) estre sacré et corosné roy de Jérusalem, porce qui il ne vult porter corosne d'or là où le roy des roys, Jésus-Christ, le fils de Dieu, porta corosne d'espines le jour de sa passion (11). » Il se contenta du titre modeste de défenseur et de baron du saint sépulcre. On a prétendu qu'il ne fit en cela qu'obéir aux insinuations du clergé, qui craignait de voir l'orgueil s'asseoir sur un trône où l'esprit de Jésus-Christ devait régner. Quoi qu'il en soit, Godefroy mérita par ses vertus le titre de roi que l'histoire lui a donné et qui lui convenait mieux sans doute que le titre de royaume ne convenait à ses faibles états.


Godefroy de Bouillon, refusait le titre de roi pour celui plus raisonné de gouverneur du Saint-Sépulcre.

Tandis que les princes confiaient ainsi au duc de Bouillon le gouvernement du pays conquis par leurs armes, le clergé s'occupait de consacrer des églises, de nommer des évêques et d'envoyer des pasteurs dans toutes les villes soumises à la domination des chrétiens. La piété et le désintéressement auraient dû présider aux choix des ministres de Jésus-Christ ; mais, si on en croit Guillaume de Tyr, l'adresse et la brigue usurpèrent ouvertement les suffrages, et l'esprit de la religion qui venait de donner à Jérusalem un bon roi ne put réussir à lui donner des prélats recommandables par leur sagesse et par leur vertu. Les prêtres grecs furent, malgré leurs droits, sacrifiés à l'ambition du clergé romain. Le chapelain du duc de Normandie se présenta pour occuper la chaire patriarcale de Siméon, qui avait appelé les guerriers de l'Occident. Ce dernier était encore dans l'Ile de Chypre, d'où il n'avait cessé d'envoyer des vivres aux croisés pendant le siège. Il mourut au moment où les ecclésiastiques latins se disputaient ses dépouilles, et sa mort vint fort à propos pour excuser leur injustice et leur ingratitude. Arnould, dont les moeurs étaient plus que suspectes et dont la conduite a mérité la censure des plus graves historiens, fut nommé le pasteur de l'église de Jérusalem (12).

A peine eut-il été revêtu de cette fonction sainte, qu'il réclama les richesses enlevées par Tancrède dans la mosquée d'Omar ; il les réclama comme un bien appartenant à l'église de Jérusalem, dont il était le chef provisoire. Tancrède repoussa cette prétention avec dédain. Arnould en appela à tous les princes assemblés. Dans un discours adroit il leur représenta que son élévation était leur ouvrage, et que Tancrède, par son refus, méprisait leur propre puissance.

« La perte est pour moi, disait-il, mais pour qui est la honte ?
Pourquoi celui qui ne respecte pas les volontés de Dieu, respecterait-il les vôtres ?
Pourquoi celui qui dépouille les autels du Seigneur (13) vous laisserait-il vos Manteaux ? »
Arnould termina son discours en rappelant les services qu'il avait rendus à la cause des croisés pendant les sièges d'Antioche, d'Archas et de Jérusalem.

Quand il eut cessé de parler, Tancrède prit la parole :
« Seigneurs, répondit-il en s'adressant à ses compagnons d'armes, vous savez que c'est mon épée et ma lance, et non l'art de discourir, qui ont honoré ma vie. Ainsi je n'entreprendrai point de lutter devant vous contre un adversaire dont toute la malice est dans la langue, comme le venin est « dans la queue du scorpion. » On m'accuse d'avoir dépouillé le sanctuaire, d'avoir détourné, ou plutôt « éveillé » l'or qui dormait dans les églises ;
Mais l'ai-je gardé pour moi ?
L'ai-je donné à mes nièces ?
Ne l'ai-je pas pris pour l'employer au service du peuple de Dieu et pour le rendre au créancier après la moisson ?
Vous le savez, d'ailleurs, n'avait-on pas décidé, avant la prise de Jérusalem, que chacun de nous posséderait les trésors et les biens dont il s'emparerait le premier ?
Change-t-on de résolution tous les jours ?
N'ai-je pas combattu en face ceux qu'on n'osait regarder par derrière ?
N'ai-je pas le premier pénétré dans des lieux où personne n'osait me suivre ?
A-t-on vu Arnould me disputer alors la gloire du péril ?
Pourquoi vient-il aujourd'hui demander le prix du combat ? »


En lisant dans les chroniques contemporaines ces deux discours que nous abrégeons, on croit assister à un de ces conseils décrits dans l'Iliade. Aussi Raoul de Caen ne manque-t-il pas de comparer l'éloquence d'Arnould de Rohes à celle du prudent Ulysse ; il aurait pu comparer Tancrède au bouillant Ajax, ou plutôt à ce Diomède (14), que les plus pieux des Grecs surnommaient le « contempteur des dieux. » Les chefs de l'armée chrétienne, appelés à juger ce grand débat, ne voulurent point condamner Arnould, ni blesser l'orgueil de leur compagnon ; ils décidèrent que sur les trésors de la mosquée d'Omar on prélèverait, comme dîme du butin, sept cents marcs d'argent pour les donner à l'église du (4), se rendit sans armes et les pieds nus dans l'église du Saint-Sépulcre
Saint-Sépulcre
, et Tancrède se soumit avec respect à leur décision.

Cependant rien ne fut épargné pour l'éclat et la pompe des cérémonies chrétiennes : on orna les autels, on purifia les sanctuaires ; on fit fondre des cloches, qui devaient appeler les fidèles à la prière. Jamais l'airain sacré n'avait retenti dans Jérusalem depuis la conquête d'Omar. Un des premiers actes du règne de Godefroy fut d'attacher à l'église du Saint-Sépulcre vingt ecclésiastiques chargés de célébrer les offices divins et de chanter des cantiques à la louange du Dieu vivant.

La renommée avait annoncé la conquête de la ville sainte aux nations les plus éloignées. Dans toutes les églises que les croisés avaient relevées sur leur passage, on rendit à Dieu des actions de grâces pour une victoire qui devait faire triompher en Orient le culte et les lois de Jésus-Christ. Les chrétiens d'Antioche, d'édesse, de Tarse, ceux qui habitaient la Cilicie, la Cappadoce, la Syrie et la Mésopotamie, venaient en foule à Jérusalem, les uns pour y fixer leur demeure, les autres pour visiter les saints lieux.

Tandis que les fidèles se réjouissaient de cette conquête, les musulmans se livraient au désespoir. Ceux qui avaient échappé aux vainqueurs de Jérusalem répandaient partout la consternation. Les historiens Mogir-eddin, Elmacin et Aboul-Féda, ont parlé de la désolation qui régnait à Bagdad. Zein-eddin, cadi de Damas, s'arracha la barbe en présence du calife. Tout le divan versa des larmes au récit lamentable des malheurs de Jérusalem. On ordonna des jeûnes et des prières pour fléchir la colère du ciel. Les imans et les poètes déplorèrent dans des vers et des discours pathétiques le sort des musulmans devenus les esclaves des chrétiens.

« Que de sang, disaient-ils, a été répandu !
Que de désastres ont frappé les vrais croyants !
Les femmes ont été obligées de fuir en cachant leur visage. Les enfants sont tombés sous le fer du vainqueur. Il ne reste plus d'autre asile à nos frères, naguère maîtres de la Syrie, que le dos de leurs chameaux agiles et les entrailles des vautours » (15).


Nous avons vu qu'avant la prise de Jérusalem, les Turcs de la Syrie et de la Perse étaient en guerre avec l'Egypte. Les discordes qui accompagnent la chute des empires avaient partout jeté le trouble et la division parmi les infidèles. Mais telle fut leur douleur lorsqu'ils apprirent les derniers triomphes des chrétiens, qu'ils se réunirent et pleurèrent ensemble sur les outrages faits à la religion de Mahomet. Les habitants de Damas et de Bagdad mirent leur dernier espoir dans le calife du Caire, qu'ils avaient longtemps regardé comme l'ennemi du Prophète ; de toutes les contrées musulmanes d'intrépides guerriers vinrent en foule joindre l'armée égyptienne qui s'avançait vers Ascalon.

Quand la nouvelle de cette marche se répandit parmi les croisés, Tancrède et le comte de Flandre Eustache de Boulogne, envoyés par Godefroy pour prendre possession du pays de Naplouse et de l'ancien territoire de Gabaon, s'avancèrent vers les côtes de la mer, afin de connaître les forces et les dispositions de l'ennemi. Bientôt un message de ces princes annonça au roi de Jérusalem que le visir Afdal, le même qui avait conquis la ville sainte sur les Turcs, venait de traverser le territoire de Gaza avec une armée innombrable et que, dans peu de jours, il serait aux portes de Jérusalem. Ce message, arrivé vers le soir, fut proclamé à la lueur des flambeaux et au son des trompettes dans tous les quartiers de la ville. On invita tous les guerriers à se rendre le lendemain dans l'église du Saint-Sépulcre, pour se préparer à combattre les ennemis de Dieu, et pour sanctifier leurs armes par la prière. Telles étaient la sécurité des croisés et leur assurance de la victoire, que l'annonce du péril ne causa aucune agitation dans les esprits, et que le repos de la nuit ne fut troublé que par l'impatience de voir naître le jour des nouveaux combats. Dès que l'aurore parut, les cloches appelèrent les fidèles à l'office divin (16) ; la parole de l'Evangile et le pain céleste furent distribués à tous les croisés, qui, à peine sortis de l'église et « remplis de Esprit de Dieu », se revêtirent de leurs armes et sortirent de la ville par la porte de l'occident, pour marcher au-devant des égyptiens. Godefroy les conduisait ; le nouveau patriarche Arnould portait devant eux le bois de la vraie croix. Les femmes, les enfants, les malades, une partie du clergé, sous la conduite de l'ermite Pierre, restèrent à Jérusalem, visitant en procession les lieux saints, adressant jour et nuit des prières à Dieu, pour obtenir de sa miséricorde le dernier triomphe des soldats chrétiens et la destruction des ennemis de Jésus-Christ.

Cependant le comte de Toulouse et le duc de Normandie hésitaient à suivre les drapeaux de l'armée chrétienne : Robert alléguait que son voeu était accompli ; Raymond, qui avait été forcé de rendre au roi de Jérusalem la forteresse de David, ne voulait point servir la cause de Godefroy et refusait de croire à l'approche des musulmans. Tous les deux ne cédèrent enfin qu'aux instances réitérées de leurs compagnons d'armes, et surtout aux prières du peuple fidèle.

Toute l'armée chrétienne, réunie à Ramla, laissa vers sa gauche les montagnes de la Judée, et s'avança jusqu'au torrent de Sorrec, qui se jette dans la mer à une heure et demie au sud d'Ibelim, aujourd'hui Ibna. Sur les bords de ce torrent, appelé « Soukrek » par les Arabes, se trouvaient alors rassemblés une multitude immense de buffles, d'ânes, de mulets et de chameaux : un si riche butin tenta d'abord l'avidité des soldats ; mais le sage Godefroy, qui ne voyait dans cette rencontre qu'un stratagème de l'ennemi, défendit à ses guerriers de quitter leurs rangs « sous peine devoir le nez et les oreilles coupés »; le patriarche ajouta à cette peine les menaces de la colère divine. Tous les pèlerins obéirent et respectèrent les troupeaux errant autour d'eux, comme s'ils en eussent été les gardiens.

Les croisés, qui avaient fait quelques prisonniers, apprirent d'eux que l'armée musulmane était campée dans la plaine d'Ascalon. D'après cet avis, les chrétiens passèrent la nuit sous les armes. Le lendemain matin (c'était la veille de l'Assomption), les hérauts annoncèrent qu'on allait combattre. Dès le lever du jour, les chefs et les soldats se réunirent sous leurs drapeaux; le patriarche de Jérusalem, étendant la main, donna la bénédiction à l'armée ; il montra dans les rangs le bois de la vraie croix, comme un gage assuré de la victoire. Bientôt le signal est donné, et tous les bataillons, impatients de vaincre, se mettent en marche. Plus les croisés s'approchaient de l'armée égyptienne, plus ils paraissent pleins d'ardeur et d'espoir. « Nous ne redoutions pas plus nos ennemis, dit Raymond d'Agiles, que s'ils avaient été timides comme des cerfs, innocents comme des brebis. » Les tambours, les trompettes, les chants de guerre, animaient l'enthousiasme des guerriers chrétiens. Ils allaient au-devant du péril, dit Albert d'Aix, « comme joyeux festin. » L'émir de Ramla, qui suivait l'armée chrétienne comme auxiliaire, ne pouvait assez admirer, si on en croit les historiens du temps, cette joie des soldats de la croix à l'approche d'un ennemi formidable : il exprima sa surprise au roi de Jérusalem, et jura devant lui d'embrasser une religion qui donnait tant de bravoure et tant de force à ses défenseurs.

Les croisés arrivèrent enfin dans la plaine où brillaient les étendards et les pavillons des égyptiens. La plaine d'Ascalon présente, vers l'orient, une étendue d'une lieue environ. De ce côté, elle est bornée par des élévations qui méritent à peine le nom de collines. C'est là que se trouve aujourd'hui le village arabe de « Machdal », entouré de grands oliviers, de palmiers de figuiers, de sycomores, de prairies, de champs d'orge et de blé. Vers le nord, la plaine se mêle à d'autres plaines, excepté au nord-ouest où le montrent des hauteurs sablonneuses ; au midi, le côté de la plaine le plus voisin de la mer aboutit à des collines de sable ; le reste du terrain, vers le côté méridional, est ouvert et se confond avec de profondes solitudes (17). C'est contre les collines de sable qu'était adossée l'armée d'Egypte, semblable, dit Foucher de Chartres, à un cerf qui porte en avant ses cornes rameuses. Cette armée avait étendu ses ailes pour envelopper les chrétiens. La ville s'élevait, à l'ouest, sur un plateau qui domine la mer ; des vaisseaux nombreux, chargés d'armes et de machines de guerre, couvraient la rade d'Ascalon.

Les deux armées, se trouvant tout à coup en présence, furent l'une pour l'autre un spectacle imposant et terrible. Les guerriers chrétiens ne furent point étonnés de la multitude de leurs ennemis ; les troupeaux qu'ils avaient rencontrés sur les bords du Sorrec, attirés par le bruit des clairons et des trompettes, se rassemblèrent autour de leurs bataillons et suivirent tous leurs mouvements. Au bruit confus de ces animaux, à la poussière élevée sur leurs pas, on les aurait pris de loin pour des escadrons de cavalerie (18).

On avait persuadé aux soldats musulmans que les chrétiens n'oseraient pas même les attendre dans les murs de Jérusalem : plus ils avaient montré jusque-là de confiance et de sécurité, plus ils furent remplis d'une soudaine terreur. En vain le vizir Afdal entreprit de relever leur courage : tous ses guerriers crurent que des millions de croisés venaient d'arriver de l'Occident; ils oublièrent leurs serments et leurs menaces, et ne se ressouvinrent plus que de la fin tragique des musulmans immolés après la conquête d'Antioche et de Jérusalem.

Les croisés, sans perdre de temps, firent leurs dernières dispositions pour le combat. Godefroy, avec dix mille cavaliers et trois mille fantassins, se porta vers Ascalon, pour empêcher une sortie de la garnison et des habitants pendant la bataille ; le comte de Toulouse, avec les guerriers provençaux, alla prendre son poste dans des vergers spacieux qui avoisinaient les murailles de la ville, et se plaça entre l'armée musulmane et la mer où flottaient les voiles des Egyptiens. Le reste des troupes chrétiennes, sous les ordres de Tancrède et des deux Robert, dirigea son attaque contre le centre et l'aile droite de l'armée ennemie. Les hommes de pied firent d'abord plusieurs décharges de leurs javelots ; en même temps la cavalerie doubla la marche et se précipita dans les rangs des infidèles. Les éthiopiens, que les chroniqueurs appellent « Azoparts », soutinrent avec courage le premier choc des chrétiens : combattant un genou en terre, ils commencèrent à lancer une nuée de flèches ; ils s'avancèrent ensuite au premier rang de l'armée, affectant de montrer leurs visages noirs et poussant de féroces clameurs. Ces terribles Africains portaient des fléaux armés de boules de fer, avec lesquels ils battaient les boucliers et les cuirasses et frappaient à la tête les chevaux des croisés. Derrière eux accouraient une foule d'autres guerriers armés de la lance, de la fronde, de l'arc et de l'épée ; mais tant d'efforts réunis ne purent arrêter l'impétuosité des soldats de la croix (19). Tancrède, le duc de Normandie, le comte de Flandre, par des prodiges de valeur, renversèrent les premiers rangs de l'ennemi ; le duc Robert pénétra jusqu'à l'endroit où le vizir Afdal donnait ses ordres pour le combat, et s'empara du grand étendard des infidèles. A ce premier signal de leur défaite, le désordre se répandit parmi les musulmans consternés. Leur regard ne put supporter plus longtemps la présence des guerriers chrétiens, et le glaive tomba de leurs mains tremblantes ; toute l'armée égyptienne abandonna le champ de bataille, et bientôt on ne vit plus que les tourbillons de poussière qui couvraient sa fuite.

Les bataillons musulmans qui fuyaient vers la mer rencontrèrent les guerriers (20) de Raymond de Saint-Gilles. Plusieurs périrent par le glaive. La cavalerie chrétienne les poursuivit jusque dans les flots ; trois mille furent submergés en cherchant à gagner la flotte égyptienne, qui s'était approchée du rivage.
Quelques-uns, s'étant jetés dans les jardins et les vergers et montant sur les arbres, se cachaient dans les branches et le feuillage des sycomores et des oliviers. Ils étaient poursuivis à coups de lances, percés à coups de flèches, et tombaient sur la terre, comme l'oiseau abattu par les traits du chasseur. Quelques corps musulmans voulurent se rallier pour un nouveau combat, mais Godefroy, à la tête de ses chevaliers, fond sur eux avec impétuosité, enfonce leurs rangs et dissipe leurs bataillons. C'est alors que le carnage fut horrible : les musulmans, dans leur mortel effroi, jetaient bas leurs armes et se laissaient égorger sans se défendre ; leur foule consternée restait immobile sur le champ de bataille ; et le glaive des chrétiens, pour employer ici le langage poétique d'une chronique contemporaine, les moissonnait comme les épis des sillons ou l'herbe touffue des prairies.


Ceux qui étaient loin de la mêlée s'enfuirent dans le désert, où la plupart périrent misérablement. Ceux qui étaient près d'Ascalon, cherchèrent un refuge dans ses murs, mais ils s'y précipitèrent en si grand nombre, qu'à la porte de la ville deux mille furent étouffés par la foule ou écrasés sous les pieds des chevaux. Au milieu de la déroute générale, Afdal fut sur le point de tomber entre les mains du vainqueur, et laissa son épée sur le champ de bataille ; les historiens rapportent qu'en contemplant du haut des tours d'Ascalon la destruction de son armée, il ne put retenir ses larmes. Dans son désespoir, il maudit Jérusalem, la cause de tous ses maux, et blasphéma contre Mahomet, qu'il accusait d'avoir abandonné ses serviteurs et ses disciples.

« 0 Mahomet !
Fait dire le moine Robert au vizir, serait-il vrai que le pouvoir du crucifié fût plus grand que le tien, puisque les chrétiens ont dispersé tes disciples ? »
Bientôt, ne se croyant plus en sûreté dans cette ville, il s'embarqua sur la flotte venue d'Egypte ; vers le milieu de la journée, tous les vaisseaux égyptiens s'éloignèrent de la rive et gagnèrent la pleine mer. Dès lors, nul espoir de salut ne resta à l'armée dispersée de ces infidèles qui devaient, disaient-ils, délivrer l'Orient et dont la multitude était si grande, que, selon les expressions des vieux historiens, Dieu seul pouvait savoir leur nombre.


Cependant les croisés qui, par respect pour les ordres de leurs chefs et du patriarche, s'étaient jusque-là abstenus du pillage, s'emparèrent de tout ce que les infidèles avaient laissé dans leur camp. Comme ils n'avaient point apporté de vivres, les provisions de l'armée ennemie servirent à apaiser leur faim. Au milieu du sable brûlant qui couvrait la plaine, ils trouvèrent avec joie des vases remplis d'eau que les ennemis portaient à leur cou et qui restaient parmi les dépouilles des morts. Le camp renfermait tant de richesses et des provisions en si grande quantité, qu'ils furent rassasiés jusqu'au dégoût du miel et des gâteaux de riz apportés d'Egypte, et que les derniers soldats de l'armée purent dire en cette circonstance : « L'abondance nous a rendus pauvres » (21).

Telle fut cette bataille dont la poésie s'est plu à célébrer les prodiges, et qui ne fut pour les chrétiens qu'une victoire facile dans laquelle ils n'eurent besoin ni de leur bravoure accoutumée, ni du secours des visions miraculeuses. Dans cette journée la présence des légions célestes ne vinrent point animer les bataillons des croisés, et les martyrs saint George et saint Démétrius, qu'on croyait toujours voir dans les grands périls, ne furent point aperçus au milieu du combat. Les princes chrétiens qui avaient remporté cette victoire en parlent avec une noble simplicité dans une lettre qu'ils écrivirent peu de temps après en Occident.

« Tout nous favorisa, disent-ils, dans les préparatifs de la bataille : les nuées nous dérobaient aux feux du soleil ; un vent frais tempérait l'ardeur du midi. Les deux armées étant en présence, nous fléchîmes le genou et nous invoquâmes le Dieu qui seul donne la victoire. Le Seigneur exauce nos prières et nous remplit d'une telle ardeur, que ceux qui nous auraient vus courir à l'ennemi nous eussent pris pour une troupe de cerfs (22) qui vont apaiser leur soif dans une claire fontaine. »

Les princes victorieux racontent ensuite la déroute des musulmans, dont la multitude fut vaincue au premier choc et ne songea pas même à résister, comme si elle n'avait pas eu des armes pour se défendre.

Les chrétiens durent reconnaître en cette rencontre que leurs nouveaux adversaires étaient beaucoup moins redoutables que les Turcs. L'armée égyptienne était composée de plusieurs nations divisées entre elles ; la plupart des troupes musulmanes, levées à la hâte, se trouvaient pour la première fois en présence du péril. L'armée des croisées, au contraire, était éprouvée par plusieurs victoires ; leurs chefs déployèrent autant d'habileté que de bravoure ; la résolution hardie que prit Godefroy d'aller au-devant de l'ennemi, releva la confiance de ses soldats, et suffit pour jeter le désordre et l'effroi parmi les égyptiens (23). Si on en croit le moine Robert, témoin oculaire, et Guillaume de Tyr, les chrétiens n'avaient pas vingt mille combattants, et l'armée musulmane comptait trois cent mille hommes sous ses drapeaux ? Les vainqueurs auraient pu se rendre maîtres d'Ascalon, mais l'esprit de discorde qu'avait fait taire le danger ne tarda pas à renaître parmi les chefs, et les empêcha de mettre à profit leur victoire. Après la déroute des égyptiens, Raymond avait ennoyé dans la place un chevalier chargé de sommer la garnison de se rendre; il voulait arborer son drapeau sur la ville et retenir pour lui cette conquête. Godefroy en réclamait la possession, et soutenait qu'Ascalon devait, faire partie du royaume de Jérusalem. Alors le comte de Toulouse, n'écoutant plus qu'une aveugle colère, partit avec ses troupes, après avoir conseillé aux habitants de la ville de ne point se rendre au duc de Lorraine, qui allait rester le seul devant leurs remparts. Bientôt le plus grand nombre des croisés abandonnèrent les drapeaux de Godefroy, et lui-même fut obligé de s'éloigner, n'ayant pu obtenir qu'un tribut passager d'une ville où régnait la terreur des armes chrétiennes.

La querelle élevée entre Raymond et Godefroy devant Ascalon se renouvela peu de jours après devant la ville d'Arsouf, située sur le bord de la mer, à douze milles au nord de Ramla. Le comte de Saint-Gilles, qui marchait le premier avec sa troupe, entreprit d'assiéger cette place : comme on lui opposa une vive résistance, il abandonna le siège et continua sa marche, après avoir averti la garnison qu'elle n'avait rien à redouter des attaques du roi dé Jérusalem. Peu de temps après, Godefroy, étant venu assiéger la ville, trouva la garnison déterminée à se défendre, et, comme il apprit que cette résistance était le fruit des conseils de Raymond, il ne put retenir sa colère, et résolut de venger par les armes une aussi noire félonie. Il marchait, les enseignes déployées, contre le comte de Saint-Gilles, qui, de son côté, venait à sa rencontre et se préparait au combat, lorsque les deux Robert et Tancrède se jettent entre les deux rivaux et s'efforcent de les apaiser. Après de longs débats, le duc de Lorraine et Raymond, vaincus par les prières des autres chefs, s'embrassèrent en présence de leurs soldats, qui avaient partagé leur animosité. La réconciliation fut sincère de part et d'autre. Le pieux Godefroy, dit Albert d'Aix, exhortait ses compagnons à oublier la division qui venait d'éclater, et les conjurait, les larmes aux yeux, de se rappeler qu'ils avaient délivré ensemble le saint tombeau, qu'ils étaient tous frères en Jésus-Christ, et que la concorde leur était nécessaire pour défendre Jérusalem.

Lorsque L'armée chrétienne s'approcha de la ville sainte, elle fit sonner toutes ses trompettes et déploya ses enseignes victorieuses. Le moine Robert parle de la suave et délectable harmonie des chants de triomphe qui retentissaient dans les vallées et les montagnes. Une foule de pèlerins qui étaient venus au-devant d'elle, remplissaient l'air de leurs chants d'allégresse : ces vives expressions de la joie se mêlaient aux cantiques des prêtres ; les échos, dit le moine Robert, répétaient les sons des instruments guerriers, les acclamations des chrétiens, et semblaient offrir une application de ces paroles d'Isaïe : « Les montagnes et les collines chanteront devant vous les louanges dis Seigneur. » Bientôt les croisés rentrèrent en triomphe dans la ville sainte. Le grand étendard du vizir et son épée furent suspendus aux colonnes de l'église du Saint-Sépulcre. Tous les pèlerins, assemblés dans ces lieux mêmes que l'ernir Afdal avait juré de détruire de fond en comble, rendirent au ciel des actions de grâces pour une victoire qui venait de couronner tous leurs exploits.

La bataille d'Ascalon fut la dernière de cette croisade.

Suite

Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
Top

 

Notes
8. Raymond d'Agiles rapporte qu'on avait offert la couronne au comte de Toulouse et qu'il la refusa positivement : c'est aussi ce que dit Anne Comnène. Ces deux témoignages sont un peu suspects (Bibliothèque des Croisades, 1.1).

9. Guillaume de Tyr, livre IX, dit, au sujet du clergé de la croisade, qu'après la mort d'Adhémar, on vit se vérifier ces paroles du Prophète : Tel peuple, tel prêtre. Il n'y avait lieu, ajoute-il, à faire une exception qu'en faveur de l'évêque d'Albarie et d'un bien petit nombre d'autres.

10. Il est facile de reconnaître ici le témoignage particulier du cuisinier et du maître d'hôtel de Godefroy de Bouillon ; rien n'est plus curieux que la gravité avec laquelle cette circonstance est racontée par l'archevêque de Tyr.
Raymond d'Agiles dit que les Provençaux inventèrent beaucoup de choses honteuses contre Godefroy, afin qu'il ne fût pas élu roi. On volt par ce témoignage que la calomnie, dans le siècle de la religion, comme dans ceux de la politique, était un moyen d'écarter les suffrages dans les élections, quelle que fût leur nature.

11. Préface des Assises. Une chronique d'Italie dit que Godefroy fut couronné de paille (Voyez Bibliothèque des Croisades, t, I).

12. Les historiens de la première croisade ne sont pas d'accord entre eux sur le titre que reçut le prêtre Arnould. Les uns disent qu'il fut élu patriarche ; d'autres qu'il fut simplement nommé administrateur de l'église de Jérusalem. L'élection de l'archevêque de Pise qui eut lieu peu de temps après, semble confirmer cette dernière opinion.

13. On avait déjà accusé Tancrède, dans un conseil des chefs, d'avoir fait arborer son drapeau sur l'église de Bethléem comme sur une maison commune.

14. Dans sa « Jérusalem conquise », le Tasse compare en effet Tancrède à Diomède.

15. Nous avons donné en entier l'élégie arabe dans le tome IV de la Bibliothèque des Croisades. L'auteur se nommait Modaffer Abivardi. Ces vers sont d'autant plus curieux, que c'est tout ce qui nous reste des écrivains arabes contemporains de cette époque ; l'histoire rapporte que ces vers furent d'abord récités devant le calife de Bagdad, qui ne put retenir set larmes, et que la douleur fut générale.

16. Raymond d'Agiles dit que les princes et les croisés se rendirent nu-pieds (nudit pedibus) an saint sépulcre, avant de marcher vers Ascalon.

17. Voyez dans la Correspondance d'Orient, t V, la lettre de H. Poujoulat sur Ascalon.

18. Albert d'Aix.

19. Robert le Moine remarque que les musulmans prirent la fuite à l'heure où Jésus-Christ expira sur la croix.

20. Raymond d'Agiles (Bibliothèque des Croisades, t. I).

21. La Tasse décrit longuement cette bataille, mais il la fait livrer sous les murs de Jérusalem ; il suppose que la citadelle de la ville n'avait point encore été prise et que les croisés se trouvaient placés entre la garnison et l'armée d'Egypte. On se rappelle que ces circonstances appartiennent au siège d'Antioche, et non à celui de Jérusalem. Du resta, cette natalité, telle qu'elle est écrite dans la Jérusalem délivrée, ne ressemble en rien à celle d'Ascalon. Le désespoir d'Armide occupe la grande moitié de cette description, ce qui donne peu de vraisemblance, et, j'ose le dire, peu d'intérêt au récit du poète. Le Tasse, dans sa Jérusalem conquise, s'était plus rapproché de l'histoire, non seulement pour ce combat, mais pour d'autres événements qu'il raconte. C'est principalement pour la vérité historique que le poète Italien préférait la Jérusalem conquise a la Jérusalem délivrée. Si on traduisait aujourd'hui en français la Jérusalem conquise, il ne serait pas impossible que le public éclairé fût de l'avis du Tasse.

22. Nous avons déjà vu un chroniqueur comparer au cerf l'armée musulmane. Ces images, inspirées par les habitudes de la chasse, peignent assez bien le caractère et la vie habituelle des chevaliers et des barons.

23. Les auteurs arabes semblent au contraire attribuer l'honneur du succès à Raymond de Saint-Gilles. On lit dans l'Histoire arabe de Jérusalem et d'Hébron qu'après le combat un poète musulman, pour faire sa cour à Raymond, lui adressa cette louange : « Tu as vaincu par l'épée du Messie. O Dieu! Quel nomme que Saint-Gilles la terre n'avait pas vu d'exemple d'une déroute semblable à celle d'Afdal. »
« Le vizir, ajoute l'auteur, fut si sensible à cet outrage, qu'il fit mourir le poète. »
(Voyez au IVe volume de la Bibliothèque des Croisades.)

Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841

Les Croisades visitées 542922 fois

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.