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Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades

Chronologie des croisades
Première Croisade (1096 - 1099)
Croisades Europe de l'Est (1147)
Deuxième Croisade (1147 - 1148)
Troisième Croisade (1189 - 1192)
Quatrième Croisade (1197 - 1198)
Croisade d'Henri de Champagne (1202 - 1205)
Croisade des Albigeois (1209)
Croisades des Enfants (1212)
Cinquième Croisade (1217 - 1221)
Sixième Croisade (1228 - 1229)
Septième Croisade (1248 - 1254)
Croisade des Pastoureaux (1251)
Huitième Croisade (1270)
Neuvième Croisade (1271 - 1272)
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Première croisade (1096 - 1099)
Prêche du pape Urbain II,
Croisade Populaire Pierre l'Ermite et Gautier-sans-avoir
Croisade des barons Lotharingie Godefroi de Bouillon,
Croisade des barons Alexis Comnène Godefroi de Bouillon,
Croisade des barons Normands de Sicile Bohémond et Tancrède,
Croisade des barons Provencaux Raymond de Saint-Gilles et Adhémar de Monteil
Croisade des barons Français Robert Courteheuse, Etienne, comte de Blois et de Chartres.

 
Le pape Urbain II, prêcheur de la croisade.
De l'aveu des chroniqueurs les plus qualifiés, ce fut de ce discours éloquent et nullement de la soi-disant prédication préalable de Pierre l'Ermite que sortit la Croisade. Le cri de « Deus lo volt ! » poussé par la foule attesta que les paroles du pape avaient créé un mouvement populaire qui ne s'arrêterait plus. L'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, de la famille des comtes de Valentinois, s'agenouillant aux pieds d'Urbain II fut le premier à s'enrôler Urbain le nomma chef de la Croisade. Comme le fait remarquer Chalandon, le pape désirait conserver ainsi la direction du mouvement, les territoires à conquérir par les Croisés devant, sans doute, former dans sa pensée un autre patrimoine du Saint-Siège. De fait, après la conquête de la ville sainte, nous verrons l'archevêque Daimbert en revendiquer la possession au nom du patriarcat et entrer bientôt en lutte à ce sujet avec Baudouin Ier, fondateur du royaume laïc de Jérusalem. En tous cas le choix d'Adhémar de Monteil fut heureux. Sa haute autorité devait toujours s'exercer parmi les barons de la Croisade dans le sens de la conciliation et de la sagesse.

Dès le début ce caractère ecclésiastique de la Croisade fut menacé. Un des plus puissants seigneurs de France, Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse et marquis de Provence (1088-1105), prit la croix. La lutte contre l'Islam lui était déjà familière puisqu'il avait combattu en Espagne contre les Arabes. D'après Michel le Syrien, il avait même fait le pèlerinage de Jérusalem. A tous ces titres et comme étant le premier des barons à prendre la croix, il semble que Raymond ait brigué la direction de la Croisade, tout au moins la direction militaire, à côté d'Adhémar de Monteil, chef religieux. Auquel cas la croisade eût pris les allures d'une expédition provençale, tout au moins d'une entreprise laïc analogue par exemple aux expéditions des Normands en Italie. Il semble que le pape, désireux de conserver aux conquêtes ultérieures un caractère ecclésiastique, ait décliné ces offres. Par ailleurs cette ambition d'hégémonie chez Raymond de Saint-Gilles continuera à se manifester durant toute la campagne. C'est elle qui le fera d'abord s'opposer violemment aux droits de l'empire byzantin, puis qui l'amènera à se faire l'homme de l'empire pour essayer de commander au nom de celui-ci aux autres Croisés. Ce ne sera que tout à fait à la fin, plus tard que tous les autres, qu'il abandonnera ce rêve d'hégémonie générale pour se tailler au Liban un domaine limité.

L'initiative de la Croisade était si bien l'oeuvre propre d'Urbain II et il entendait si nettement en conserver la direction personnelle qu'après le concile de Clermont il continua à la prêcher lui-même, tenant dans ce but un concile à Limoges (23-31 décembre 1095), parlant à Angers, au Mans, à Tours, à Poitiers, à Saintes, à Bordeaux, à Toulouse et à Carcassonne (janvier-juin 1096), réunissant enfin dans un concile à Nîmes Raymond de Saint-Gilles et la noblesse de langue d'oc (6-14 juillet 1096). Ce fait prouve que, si le comte de Toulouse n'avait pu se faire nommer chef de la Croisade, il n en fut pas moins, aux côtés du pape, à l'origine de toute l'organisation du mouvement. Au point de vue maritime, un rôle analogue fut dévolu aux Génois. A la demande des légats pontificaux, les Génois armèrent pour seconder l'expédition douze galères et un navire de transport. Gênes devait ainsi s'acquérir dans la future Syrie franque un droit d'antériorité dont la concurrence des Vénitiens et des Pisans fut longue à lui arracher le bénéfice.
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Croisade populaire
Démagogie de Croisade Pierre l'Ermite et ses émules.
L'initiative d'Urbain II aboutit d'abord à un mouvement populaire auquel est attaché le nom de Pierre l'Ermite. L'éloquence ardente de ce personnage exerçait une action profonde sur les foules qui, à son instigation, se mettaient en marche vers Constantinople, sans attendre que le pape et les barons aient eu le temps de donner une organisation politique et militaire sérieuse au mouvement. Déjà d'ailleurs sa figure était déformée par la légende ne racontait-on pas que, se trouvant en pèlerinage au Saint-Sépulcre, il avait vu en songe le Christ qui lui avait ordonné de se rendre auprès du pape pour faire prêcher la Croisade ?

La prédication de l'Ermite, commencée dans le Berri, se continua à travers l'Orléanais, la Champagne, la Lorraine et la Rhénanie. En sortant de France il entraînait à sa suite quinze mille pèlerins, environ, qui arrivèrent avec lui à Cologne le 12 avril 1096, tous gens du peuple ou simples sergents, vagabonds même et criminels auxquels il remettait leurs péchés.

En même temps que lui, un autre entraîneur de foules, Gautier-sans-avoir s'était mis en marche, le précédant même. Gautier et ses bandes traversèrent la Hongrie avec l'autorisation du roi Coloman, puis entrèrent en territoire byzantin. Niketas, gouverneur byzantin des provinces de l'actuelle Serbie (Belgrade, Nish), fit bon accueil à ces troupes trop mal armées et encadrées pour constituer un péril, et qui, par Sofia, Philippopoli et Andrinople, gagnèrent Constantinople (20 juillet 1096) Alexis Comnène les autorisa à attendre sous les murs de sa capitale l'arrivée de Pierre l'Ermite. Pendant cette marche le basileus avait assuré partout leur ravitaillement.

Pierre l'Ermite, avec d'autres bandes non moins inorganiques, partit de Cologne vers le 19 avril 1096, traversa l'Allemagne et la Hongrie, régulièrement ravitaillé par les seigneurs germaniques, puis par le roi Coloman. Arrivés à Semlin, la dernière place hongroise, en face de la place byzantine de Belgrade, les Croisés, à la suite de contestations avec les Hongrois, sans doute pour des achats de denrées, prirent d'assaut Semlin où quatre mille Hongrois furent tués. Pierre l'Ermite et les siens n'évitèrent la vengeance du roi de Hongrie que parce qu'ils entrèrent aussitôt après en territoire byzantin. Mais le coup de main de Semlin avait naturellement mis les Byzantins en défiance. Constatant qu'ils avaient affaire à des bandes indisciplinées bien plutôt qu'à une armée régulière, ils cherchèrent à les encadrer à la fois pour les guider et pour les surveiller, afin de, leur interdire le pillage et de les conduire le plus rapidement possible en Asie où les nouveaux arrivants pourraient être utilisés contre les Turcs. Comme l'a établi Chalandon, le duc byzantin Niketas, qui commandait sur la frontière de la Save, voulut, dans ce but, « canaliser » la marche des Croisés à l'aide de ses auxiliaires Comans et Petchénègues. Il n'y put réussir, évacua Belgrade et se replia sur Nish. Les bandes de Pierre l'Ermite pillèrent aussitôt Belgrade. Naturellement la méfiance et les craintes des Byzantins s'en accrurent. Néanmoins quand Pierre l'Ermite arriva devant Nish, vers le 3 Juillet 1096, Nikétas consentit à ravitailler les Croisés, moyennant, pour la sécurité de la ville, remise temporaire d'otages. Mais ici encore les plus regrettables excès se produisirent. Pierre l'Ermite avait enrôlé quantité de gens sans aveu qui cherchaient, en prenant la croix, à obtenir la rémission de leurs brigandages. Ces pécheurs mal convertis eurent tôt fait de revenir à leurs mauvais instincts. Pillards ils étaient, pillards ils se retrouvèrent. En quittant Nish, ils saccagèrent les faubourgs. Cette fois Nikétas fit attaquer les Croisés et leur infligea un châtiment sévère. Après avoir perdu plusieurs milliers des siens, Pierre l'Ermite eut grand-peine à rallier le reste pour reprendre sa marche. Arrivé à Sofia, il rencontra les envoyés d'Alexis Comnène qui lui posèrent leurs conditions : le gouvernement byzantin recommencerait à ravitailler les Croisés à condition que ceux-ci ne s'arrêtassent jamais plus de trois jours devant aucune ville. Ces conditions furent observées de part et d'autre, et par Philippopoli et Andrinople Pierre l'Ermite atteignit, le 1er août 1096, Constantinople, ville sous les murs de laquelle il retrouva Gautier-sans-avoir

Malgré les incidents qui avaient jalonné la marche de la Croisade, l'empereur Alexis Comnène fit bon accueil à Pierre l'Ermite. Il lui donna audience, fit ravitailler ses gens et leur conseilla d'attendre sous les murs de Constantinople l'arrivée de la croisade des seigneurs. L'empereur leur dit : « Ne traversez pas le Bras (le Bosphore) avant l'arrivée du gros de l'armée chrétienne, car vous n'êtes pas assez nombreux pour pouvoir combattre les Turcs ». Conseil plein de sagesse et même de charité, comme le fait observer Chalandon. Il était en effet évident que cette cohue indisciplinée de manants, de moines en rupture de couvent, de pécheurs repentis, voire de femmes et d'enfants était incapable de se mesurer avec les Turcs. Mais inaptes à faire la guerre, ces bandes ne pouvaient s'empêcher de piller. A peine campées sous les murs de Constantinople, elles se mirent à piller les faubourgs, les villas de la banlieue, même les églises byzantines.

Devant ces méfaits Alexis Comnène, craignant pour la sécurité de Constantinople, résolut de faire passer les Croisés en Asie. Le 7 août 1096 sa flotte commença à les transporter sur l'autre rive du Bosphore vers Chrysopolis et Chalcédoine. Là leurs pillages reprirent. C'est ce qu'avouent les « Gesta ». Après qu'ils eurent passé, ils ne cessaient de commettre toute espèce de méfaits, brûlant et dévastant les maisons et les églises. Alexis Comnène leur assigna comme séjour, pour attendre les barons, la place forte de Kibotos ou Civitot, sans doute l'actuel Hersek, sur la rive méridionale du golfe de Nicomédie (golfe d'Izmîd), près de l'entrée du golfe. La flotte byzantine les y ravitaillait avec régularité et les Croisés n'avaient qu'à y attendre paisiblement l'arrivée des barons. Mais la frontière turque était toute proche, puisque à 35 kilomètres au sud-est de Civitot se trouvait Nicée (Iznîq), capitale du souverain Seljukide d'Anatolie, Qilij Arslân ibn Sulaîmân. Les bandes de Pierre l'Ermite ne purent se défendre d'aller piller de ce côté en terre Seljukide. Vers la mi-septembre une course qu'elles exécutèrent dans ce but jusqu'aux portes de Nicée ramena un butin important, malgré l'intervention des Turcs, qui furent battus. Ce succès encouragea les Croisés. Un de leurs chefs, Renaud, réussit à enlever aux Turcs le château de Xérigordon, sans doute dans la banlieue de Nicée. Maïs il y fut bientôt assiégé par les Turcs (29 septembre 1096). Complètement enveloppés, manquant d'eau jusqu'à endurer de ce fait les pires tortures, les gens de Renaud eurent un sort tragique. Le 17 octobre les Turcs reprirent Xérigordon et tuèrent ou réduisirent en esclavage tous les occupants.

Cette aventure eût dû assagir les pèlerins. Elle les poussa au contraire aux pires imprudences. Pierre l'Ermite, « ne pouvant discipliner cette troupe disparate qui ne voulait entendre ni lui ni ses paroles », était retourné à Constantinople, auprès d'Alexis Comnène. Les pèlerins profitèrent de son absence pour entreprendre, malgré les quelques chevaliers qui se trouvaient parmi eux (comme Gautier-sans-avoir, le comte de Tubingen et Gautier de Teck), une marche sur Nicée. Le 21 octobre, au nombre de vingt-cinq mille hommes environ, dont cinq cents chevaliers au plus, ils commencèrent leur mouvement sans se faire éclairer et dans le plus grand désordre. Bien avant d'avoir atteint Kiz Dervend, à moins de trois kilomètres au sud de l'actuel Hersek, ils furent surpris par les Seljukides et massacrés. Les chevaliers s'étaient bien battus, mais la foule des pèlerins s'était montrée incapable de résistance. Gautier-sans-avoir, le comte de Tubingen et Gautier de Teck restèrent parmi les morts. Trois mille survivants purent regagner le château de Civitot qui fut aussitôt assiégé. Alexis Comnène envoya en hâte dans le golfe de Nicomédie des navires de guerre avec des renforts commandés par Euphorbenos Katakalon. A leur approche les Turcs levèrent le siège de Civitot. Les débris des Croisés furent, par les soins des Byzantins, rembarques pour Constantinople où l'empereur les installa dans la banlieue en attendant la Croisade des barons, mais non sans les avoir préalablement désarmés.

La Croisade populaire conduite par Pierre l'Ermite et Gautier-sans-avoir avait, comme il était inévitable, misérablement échoué. Les mouvements analogues dirigés par Volkmar, Gottschalk et Emich de Leisingen eurent une destinée plus regrettable encore ils faillirent déshonorer la croisade. Les bandes de Volkmar « environ 12 000 hommes » en arrivant à Prague, massacrèrent les Juifs de la ville, malgré l'intervention de l'évêque, étant descendues en Hongrie, elles furent à leur tour exterminées par les habitants qu'elles avaient pillés. Une autre bande de 15 000 hommes, pour la plupart Allemands, descendit de même en Hongrie en se livrant au pillage. Le roi de Hongrie, Coloman, fit massacrer ces étranges pèlerins comme ceux de Volkmar (été de 1096) Enfin un chevalier-brigand du Rhin, le comte Emich de Leisingen, se mit à la tête d'une troisième bande comprenant, à côté de pèlerins du menu peuple, plusieurs représentants de la féodalité pillarde à laquelle il appartenait lui-même. Le comte de Leisingen commença sa croisade en massacrant les Juifs des villes rhénanes pour enlever leurs biens. Le massacre, commencé à Spire le 3 mai 1096, dura un mois plein, à, Mayence, Cologne, Trêves et Worms. A Metz 22 Juifs furent tués dont le précepteur de la communauté, Rabbi Samuel ha Cohen. L'épiscopat se fit le protecteur des victimes. A Spire, l'évêque Jean abrita les Juifs dans son palais et fit couper les mains aux meurtriers qu'il put arrêter A Trêves, les Juifs, réfugiés de même dans le palais de l'évêque, y échappèrent aux égorgeurs. A Mayence l'évêque Rothard ouvrit lui aussi son palais aux Juifs mais alors les bandes d'Emich attaquèrent le palais épiscopal, mirent l'évêque en fuite et massacrèrent les réfugiés. De même à Worms, prise d'assaut du palais de l'évêque où se sont réfugiés les Juifs. En vain à la prière de rabbi Kalonymos, chef de la communauté juive de Mayence, l'empereur Henri IV, puis le duc de Basse-Lotharingie, Godefroi de Bouillon avaient-ils protesté contre le mouvement d'antisémitisme. Le 29 mai Kalonymos fut massacré à son tour.

On peut, se demander quelle était la cause de cet antisémitisme populaire qui allait contre toutes les intentions de l'église et du pouvoir impérial. Faut-il y voir, puisque la Croisade avait pour but de venger les offenses faites au Saint-Sépulcre, un souvenir des émeutes antichrétiennes de Jérusalem, émeutes au cours desquelles les Juifs s'étaient si souvent solidarisés avec les Musulmans ? En 966 par exemple Musulmans et Juifs avaient mis le feu aux portes de la basilique du Saint-Sépulcre, fait effondrer la coupole, envahi et pillé le sanctuaire, puis dévasté de même l'église de Sion. Mais sans doute n'est-il pas besoin d'invoquer ces vieux griefs. Les émeutes antisémites de la vallée du Rhin, dirigées contre les autorités épiscopales, par la populace de la région, sont, sous prétexte de croisade, un simple mouvement de jacquerie auquel furent trop heureux de s'associer les chevaliers-brigands de la région, ennemis jurés du pouvoir ecclésiastique.

Les bandes du comte Emich eurent le sort qu'elles méritaient. Le roi de Hongrie Coloman, connaissant leurs exploits, leur interdit l'entrée de son territoire, Elles passèrent outre et vinrent assiéger la ville hongroise de Wieselburg. L'armée hongroise tomba sur elles et les massacra impitoyablement. Le comte Emich, échappé presque seul grâce à la vitesse de son cheval, rentra en Allemagne. Il ne devait même pas prendre part à la croisade des barons.

Pour nous résumer, nous répéterons que la Croisade populaire fut, sous le couvert d'un mouvement religieux, un prétexte de jacqueries et de manifestations anarchiques. Occasion pour les ennemis spontanés de l'ordre social, de détruire autour d'eux, ainsi qu'il arrive sous le couvert de toute révolution religieuse ou politique.

La Croisade populaire n'avait été qu'une agitation anarchique et dangereuse telle la levée des volontaires de 1792 avec l'accompagnement des massacres de Septembre. En 1792 l'épopée révolutionnaire ne devait commencer que lorsque « la mystique jacobine reléguée à sa place » les anciens cadres et toute l'organisation de la vieille armée monarchique assumèrent la responsabilité de la guerre. De même la Croisade ne parvint à lancer ses armées vers l'Orient que lorsque l'enthousiasme dangereux des foules et les agitations de la démagogie chrétienne firent place à des expéditions féodales, régulièrement organisées dans les cadres de l'ordre social existant et méthodiquement conduites.

Tandis que « Jacques et chevaliers brigands » la démagogie de Croisade massacrait les Juifs et tombait sous les coups des Hongrois, des Byzantins et des Turcs exaspérés par ses pillages, la Croisade des barons se mettait en mouvement par groupes réguliers.

— Pierre l'Ermite, Gauthier-Sans-Avoir et ses émules.
— Le 12 avril 1096, 15 mille pèlerins arrivent à Cologne avec Pierre l'Ermite et Gauthier-Sans-Avoir.
— Le 19 avril 1096, ils traversent l'Allemagne.
— Le 3 juillet 1096, ils sont à Nish.
— Le 1er août 1096, ils sont devant Constantinople.
— Ils traversent le Bosphore 7 août 1096.
— Ils cantonnent à Kibotos ou Civitot, (actuelle Izmid, près du golfe de Nicodémie).
— Mi-septembre, ils pillent les terres des Seldjoukides près de Nicée.
— Renaud, un de leur chef, et quelques milliers de pèlerins, enlèvent aux Turcs le château de Xérigordon.
— Ils sont assiégés par les Turcs le 29 septembre 1096.
— Le 17 octobre 1096, les Turcs reprennent le château et tuent ou réduisent en esclavagent tous les pèlerins survivants.
— Le 25 novembre 1096, les 25 mille pèlerins cantonnés à Civitot, marchent sur Nicée. Ils sont surpris par les Turcs à trois km de Kiz Dervend, l'actuelle Hersek. Ils furent presque tous massacrés, ainsi que Gauthier-Sans-Avoir, le comte de Tubingen, Gauthier de Teck etc. Seul trois mille survivants purent se réfugier dans le château de Civitot.
— La croisade populaire conduite par Pierre Ermite et Gauthier-Sans-Avoir à misérablement échouée devant Nicée.
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La Croisade des barons : Godefroi de Bouillon et l'armée lotharingienne
Le premier groupe qui fut prêt était commandé par le duc de Basse-Lotharingie, Godefroi de Bouillon. Partie importante de l'empire romain germanique, le duché de Basse-Lotharingie, connu peu après sous le nom de duché de Brabant, comprenait sur la rive gauche du Rhin la région ardennaise, le Hainaut, le Brabant, la Hesbaye et le pays de Liège, la Toxandrie (Breda), la région d'Aix-la-Chapelle, plus, sur la rive droite du Rhin, la zone en face de Cologne. Le coeur du duché était constitué par le pays wallon où se trouvait d'ailleurs le château de Bouillon d'où le duc Godefroy IV tire son appellation historique. Godefroi IV de Bouillon était le fils du comte Eustache II de Boulogne et d'Ida, soeur du précédent duc de Basse-Lotharingie, Godefroi III le Bossu. « II fut nez en lègne de France, à Boloigne seur la mer », spécifie Guillaume de Tyr. A la mort de son oncle, en 1076, il hérita d'une partie seulement de ses fiefs, le comté de Verdun et la marche d'Anvers, l'empereur Henri IV ayant réserve la succession du duché de Basse-Lotharingie pour son propre fils Conrad. En 1089, enfin, Henri IV avait inféodé le duché à Godefroi de Bouillon. « Avec Godefroi de Bouillon partirent pour la Croisade son frère cadet Baudouin de Boulogne, le futur roi de Jérusalem, leur autre frère, Eustache III, comte de Boulogne, et leur cousin Baudouin du Bourg, fils du comte Hugues Ier de Rethel (1). Dans le même groupe il faut citer Baudouin II, comte de Hainaut (2), Garnier de Grez (Brabant Méridional), le comte Reinard de Toul, Pierre de Stenay, Dudon de Conz-Sarrebruck, Baudouin de Stavelot, Henri et Geoffroi d'Esch (Luxembourg) En général le gros de l'expédition était fourni par les pays wallons. Mais la haute dignité dont le duc de Basse-Lotharingie était investi dans le Saint-Empire et la situation géographique de ses barons, mouvant les uns, comme lui, de l'empire, les autres, comme ses frères, de la royauté capétienne (plusieurs fieffés dans l'un et l'autre pays), autant de facteurs qui concouraient à maintenir à cette armée un caractère international, ou, plus exactement, international latin. Toutefois, » bien que la majorité des compagnons de Godefroi relevassent du Saint-Empire « dès qu'ils seront établis en Syrie et la distance aidant, la mouvance impériale sera oubliée, aucun souvenir de la suzeraineté germanique ne se manifestera; au contraire le sang wallon parlera alors seul en eux et deviendra le facteur dominant de la civilisation qu'ils établiront là-bas la royauté fondée à Jérusalem par la maison de Lotharingie-Boulogne sera une royauté française, le royaume latin de Jérusalem » on le verra par toute la suite de cette histoire « sera un royaume français. Les deux célèbres frères Godefroi de Bouillon et Baudouin de Boulogne présentaient un contraste physique et moral que les chroniqueurs se sont plu à accuser Godefroi très grand, poitrine large et membres vigoureux, mais taille mince et élancée, a les traits fins, la barbe et les cheveux d'un blond vif, vaillant guerrier au combat, il sera en dehors du champ de bataille un pèlerin pieux, plein de bonne grâce, de douceur, de charité, d'humilité chrétienne (Guillaume de Tyr). Le chroniqueur lotharingien Albert d'Aix, son biographe, n'a pas eu à forcer la note pour nous le rendre sympathique à tant d'égards Chalandon soupçonne que ses qualités avaient pour contrepartie une certaine absence de personnalité. De fait ce vaillant chevalier devait être un général assez secondaire et, aux heures difficiles, à Dorylée et à Antioche, ce seront les autres chefs de la Croisade, comme Bohémond et Tancrède, qui détermineront la victoire. Après la délivrance de Jérusalem il cédera sans difficulté aux suggestions de l'épiscopat qui ne désirait nullement une royauté laïc forte, par docilité envers les tenants de la thèse ecclésiastique, autant que par humilité chrétienne, Godefroi évitera donc de prendre le titre de roi et restera jusqu'à sa mort simple avoué du Saint-Sépulcre. Chalandon estime même que c'est en raison de ces facultés d'effacement, pour le peu de relief de sa personnalité, voire pour une certaine médiocrité de caractère, que le duc de Basse-Lotharingie devait être choisi par l'épiscopat comme par les barons. Il y a lieu toutefois de remarquer que dans la direction d'une armée aussi hétérogène que celle de la Croisade les qualités peut-être purement négatives de Godefroi de Bouillon ne devaient pas laisser d'avoir leur utilité. Son caractère conciliant et facile contribuera à apaiser bien des différends. Si le succès militaire de la Croisade devait plutôt être l'oeuvre de ses compagnons que de lui-même, le caractère assez effacé de sa personnalité morale permit souvent de sortir sans trop de mal des crises que la violence ou l'astuce de Bohémond, de Tancrède, de Raymond de Saint-Gilles et du propre frère de Godefroi, Baudouin de Boulogne, provoquait à chaque instant.

Car Baudouin, comme nous le disions, formait en tout un singulier contraste avec lui. Encore plus grand que Godefroi de Bouillon, la barbe et les cheveux noirs tranchant sur un visage très blanc, il affectait une gravité de démarche, un ton de langage sévère, une attitude imposante et même hautaine qui, joints à son amour du faste, lui composaient un extérieur plein de majesté. Sa gravité comme sa culture littéraire provenait sans doute, comme Dodu le pense, du temps qu'avant de devenir chevalier il avait passé dans la cléricature, à Reims, à Cambrai et à Liège. Mais ce passé religieux n'entravait guère chez lui un caractère orgueilleux et cupide et un tempérament singulièrement fougueux. Avec cela une puissance de personnalité et des qualités d'organisateur qui devaient faire finalement de ce politique le principal bénéficiaire de la Croisade. Du reste, pendant la première partie de l'expédition, il eut l'habileté de servir correctement de second à son frère aine Godefroi.

Enfin, avec Godefroi de Bouillon, une armée régulière se mettait en route. Comme les Croisades populaires qui l'avaient précédée, elle prit le chemin de la Hongrie. Là elle risquait de se heurter aux rancunes que les pillages des compagnons de Pierre l'Ermite, de Volkmar, de Gottschalk et d'Emich avaient laissées dans l'esprit des Hongrois. A la frontière germano-hongroise, Godefroi, pour dissiper ces craintes, eut avec le roi de Hongrie Coloman une entrevue au pont d'OEdenburg. Il rassura ce prince, lui confia en otage son frère Baudouin de Boulogne durant toute la traversée du pays, publia les règlements les plus sévères pour interdire le moindre acte de pillage, et parvint ainsi sans encombre à Semlin, sur la frontière hungaro-byzantine.
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Le fait de la Croisade et le droit byzantin. Godefroi de Bouillon et Alexis Comnène.
L'arrivée de Godefroi de Bouillon sur la frontière byzantine posait pour l'empereur Alexis Comnène le problème de la Croisade. Dès ce moment l'habile basileus avait arrêté sa politique, qui ne cessera pas d'être celle de la cour de Constantinople pendant un siècle. Ne discutant pas le fait de la Croisade, la protégeant au contraire, il cherchera à la canaliser et à l'utiliser à ses fins, à la servir pour s'en servir. Tout d'abord il exigera d'elle qu'elle s'abstienne des actes de brigandage qui ont déshonoré le passage de Pierre l'Ermite, de Volkmar, de Gottschalk et d'Emich von Leisingen. Moyennant cette promesse, il s'engagera à assurer jusqu'à la frontière Seljukide le ravitaillement des Croisés. Godefroi de Bouillon reçut entre Belgrade et Nish la visite d'envoyés byzantins qui conclurent en ce sens une entente ave lui.

Par Philippopoli et Andrinople, le duc de Basse-Lotharingie et son armée descendirent donc sans encombre jusqu'à la mer de Marmara sur les bords de laquelle ils firent halte à Selymbria (Selivri), vers le 12 décembre 1096. Là l'armée lotharingienne, jusque-là si disciplinée, semble avoir échappé au contrôle de son chef elle pilla Selymbria. Albert d'Aix voit ici un acte de représailles contre le fait que le basileus aurait alors retenu dans une demi-captivité un des chefs de la Croisade française, Hugues de Vermandois, frère du roi de France Philippe 1er. Chalandon, confrontant Anne Comnène et Albert d'Aix, a établi que le comte de Vermandois n'était nullement prisonnier et qu'il faut voir dans les désordres de Selymbria de simples excès de la soldatesque.

Autrement sérieux était le problème juridique qui se posait entre la cour byzantine et les Croisés. La croisade, fait nouveau pour les Occidentaux, était depuis des siècles, et sans le mot, une des données permanentes de la vie byzantine, si du moins on entend par là la lutte quotidienne contre l'Islam. L'expédition de Godefroi de Bouillon devait apparaître à Alexis Comnène comme un renfort survenant en pleine bataille pour rendre l'avantage aux armées du Christ et chasser les envahisseurs Seljukides de leurs récentes conquêtes. Car, à l'arrivée des Croisés lotharingiens (1096), il y avait quinze ans à peine que les Turcs s'étaient installés en Bithynie et en Ionie (1081) et seulement une dizaine d'années qu'ils avaient enlevé à l'Empire Antioche et Edesse (1085, 1087). La reconquête de ces vieilles terres chrétiennes, objectif mystique des Croisés, était pour la cour byzantine un but politique parfaitement positif et précis. Le tout était d'embrigader à ce sujet les Croisés au service de la politique impériale. Les anciennes terres chrétiennes d'Asie Mineure et de Syrie n'étaient pas au point de vue juridique « resnullius », terres bonnes à prendre pour quiconque les délivrerait de l'Islam. Possession de fait de leurs récents occupants turcs, elles étaient non moins sûrement, aux yeux des Grecs, possession de droit de l'empire byzantin. Les Croisés qui venaient en entreprendre la délivrance ne pouvaient le faire qu'au nom de l'empire et pour son compte. Ils devaient donc se considérer comme les soldats de l'empire, tout comme les centaines de mercenaires francs qui depuis des siècles guerroyaient là bas au profit de l'autokrator, et l'empire à son tour devait leur accorder comme à ceux-ci aide, ravitaillement, solde et honneurs. Aux yeux d'Alexis Comnène, Godefroi de Bouillon apparaissait comme un autre Roussel de Bailleul, plus puissant, il est vrai, donc à la fois plus utile et plus dangereux, et envers lequel il s'agissait d'éviter les fautes qui avaient fait de Roussel un révolté, allié des Turcs contre l'empire. Pour cela la première assurance à prendre était d'obtenir le serment de fidélité et, pour les reconquêtes asiatiques éventuelles, le serment de vassalité de Godefroi de Bouillon.

La politique d'Alexis Comnène n'eut d'autre but que d'inculquer au duc Godefroi ces notions juridiques. Dès qu'il avait appris les désordres de Selymbria par les Croisés lotharingiens, Alexis lui envoya en ambassade deux Français à son service, Raoul Peeldelau et Roger fils de Dagobert, pour lui demander de faire cesser le pillage et l'inviter à venir camper avec son armée devant Constantinople. Conformément à cette invitation l'armée lotharingienne vint camper devant les murs de la capitale le 23 décembre 1096. Pour achever de se concilier Godefroi, Alexis lui envoya alors son hôte, le capétien Hugues de Vermandois qui pouvait témoigner des avantages de l'hospitalité et de l'amitié impériales. Hugues était chargé d'inviter Godefroi à se rendre auprès de l'empereur Godefroi de Bouillon déclina cette invitation. Si nous songeons au rang qu'il occupait dans l'empire romain germanique » l'empire d'Occident, en droit latin, « on comprendra sa répugnance particulière à prêter serment de vassalité à l'empire d'Orient. Lige de l'empereur « romain » Henri IV, pourquoi porterait-il sa foi au basileus grec ?

Fils de la papauté, parti pour obéir au pape romain Urbain II, pourquoi se mettrait-il au service de la cour byzantine, c'est-à-dire de l'hérésie grecque ? évitant l'entrevue où il aurait à se prononcer, il chercha à gagner du temps jusqu'à l'arrivée des autres armées croisées dont la concentration devant Constantinople obligerait le basileus à s'incliner Comprenant cette tactique, Alexis Comnène voulut brusquer la décision : il coupa le ravitaillement des Croisés. Mais Baudouin de Boulogne, frère de Godefroi de Bouillon, exerça par représailles de tels ravages dans la banlieue qu'Alexis fit assurer de nouveau le ravitaillement. En même temps il offrit comme cantonnement aux Croisés le faubourg de Péra, le long de la Corne d'Or, « où ils seraient plus à l'abri pour l'hiver et où aussi la surveillance serait plus facile à exercer »

Ces mesures, qui se placent au début de janvier 1097, n'amenèrent aucune détente. Durant les trois premiers mois de 1097, Godefroi de Bouillon resta dans ses cantonnements de Péra, se refusant à tout serment de fidélité envers Alexis et n'acceptant même pas de se rendre à l'entrevue que lui proposait ce dernier C'est ce que, sur une nouvelle démarche impériale, vinrent de sa part signifier à Alexis Conon de Montaigu, Baudouin du Bourg et Geoffroi d'Esch. Le duc savait que les croisés normands d'Italie allaient arriver, sous les ordres de Bohémond, par l'épire et la Macédoine, et il attendait ce renfort pour obliger le basileus à abandonner ses prétentions. Pour la même raison, Alexis faisait étroitement surveiller le camp lotharingien et cherchait à intercepter les courriers que Bohémond eût pu envoyer à Godefroi. Mais, comme Bohémond approchait, Alexis résolut de brusquer les choses avant leur jonction. Il entrava de nouveau le ravitaillement du camp lotharingien (2 avril 1097), sur quoi des rixes se produisirent entre Grecs et Latins, suivies d'escarmouches et d'un véritable état de guerre. Les Byzantins bloquant les Croisés dans Péra, Godefroi et son frère Baudouin se dégagèrent par une brusque sortie, évacuèrent Péra après l'avoir pillé et incendié, et, s'étant portés de l'autre côté de la Corne d'Or, vinrent attaquer les murailles de Constantinople du côté de la porte de Gyrolimne, tout près du palais impérial des Blakhernes. Ce coup de main, qui annonçait cent sept ans auparavant celui de la Quatrième Croisade, échoua. Les Croisés, restés hors des murailles et menacés de famine, se mirent alors à piller la banlieue pour se ravitailler. Une dernière fois Alexis, par l'intermédiaire de Hugues de Vermandois, offrit à Godefroi de Bouillon un accord sur la base des thèses juridiques byzantines. Sur le refus du duc de Lotharingie, il le fit attaquer. Godefroi de Bouillon vaincu dut accepter les conditions impériales.

Godefroi de Bouillon, accompagné des principaux barons lotharingiens, se rendit donc au palais des Blakhernes pour rendre hommage à Alexis Comnène.
« Devant l'empereur assis sur son trône, il s'agenouilla et prêta le serment de fidélité. Il s'engagea à être l'homme du basileus et promit de lui rendre tous les territoires et toutes les villes ayant appartenu à l'empire, dont il s'emparerait. Une fois le serment prêté, Alexis s'inclina, embrassa le duc et déclara qu'il l'adoptait comme fils. Un serment analogue à celui de Godefroi fut prêté par les chefs qui accompagnaient le duc ».

Acte capital par lequel le prince lotharingien mettait la croisade au service du basileus pour rendre à celui-ci les « thèmes » récemment occupés par les Turcs Seljukides. La croisade franque se soudait ainsi à la croisade byzantine et c'est par une reconquête byzantine qu'elle allait commencer son oeuvre. Il était entendu que tous les territoires qui avaient appartenu aux Byzantins avant le désastre de Malâzgerd et surtout avant la débâcle de 1081 et dont les Croisés chasseraient le Turc, ils les remettraient au basileus.
L'engagement valait donc non seulement pour les villes anatoliennes comme Nicée, mais aussi pour les villes syriennes récemment encore byzantines comme Antioche et Edesse. Là-dessus, le traité d'avril 1097 était formel et tout le développement des rapports franco-byzantins au douzième siècle devait s'en ressentir. Une fois maîtres d'Antioche, les Francs auront beau violer le traité, les Byzantins ne se lasseront pas d'en revendiquer l'exécution et ils n'auront de cesse avant d'avoir réussi. La question se pose même de savoir si le principe de l'hypothèque impériale ne portait pas, non seulement sur les anciens thèmes byzantins du début du onzième siècle, à l'époque de Basile II, mais encore sur les anciennes provinces de l'empire d'Orient au temps de Justinien par exemple. Auquel cas ce n'était pas seulement Antioche mais aussi Jérusalem que les Croisés eussent dû remettre aux Impériaux. Sur ce point d'ailleurs il semble que les prétentions byzantines n'aient pas été aussi précises. La suite de l'histoire du royaume latin prouve que, tandis que la cour des Comnènes ne cessa pas de réclamer la souveraineté ou, à défaut, au moins la suzeraineté d'Antioche et d'Edesse, elle n'émit, du moins en pratique, aucune prétention de cet ordre sur Tripoli et Jérusalem, villes auxquelles la reconquête byzantine du dixième siècle ne s'était pas étendue.

Toutefois, et toute discrimination territoriale à part, au point de vue moral la prestation du serment de fidélité faisait entrer Godefroi de Bouillon dans la vassalité générale de Byzance. Lige de l'empereur germanique dans l'empire romain d'Occident, il devenait, et ses barons avec lui, lige du basileus dans l'empire romain d'Orient. L'espèce d'adoption que lui octroya Alexis Comnène achevait cette transformation juridique. Elle signifiait qu'en droit la croisade franque s'encadrait dans la croisade byzantine. Habituée depuis des siècles à employer en Asie, dans sa lutte presque cinq fois séculaire contre l'Islam, des mercenaires francs, normands ou varègues, la cour de Constantinople considérait désormais le duc de Basse-Lotharingie comme l'un d'entre eux; elle allait lui accorder les mêmes faveurs et lui demander les mêmes services.

Les faveurs, d'abord.
A peine le serment prêté, Alexis Comnène comble Godefroi et les siens de présents, gratifications en or et en argent, vêtements d'honneur, tissus précieux, chevaux, et mulets. Le ravitaillement recommence, abondant, et sera continué durant toute la traversée de la Bithynie byzantine. Surtout une véritable solde impériale fut régulièrement versée aux Croisés, preuve que ceux-ci étaient désormais considérés comme de véritables mercenaires byzantins.

Les ordres ensuite.
Au lendemain de l'accord, vers le 9 ou le 10 avril 1097, Alexis Comnène fit transporter l'armée de Godefroi de Bouillon sur la côte d'Asie, à Pélekan près de Héréké, à l'ouest de Nicomédie. Là Godefroi de Bouillon attendit l'arrivée de la croisade normande.

Car les Normands de l'Italie méridionale arrivaient, conduits par Bohémond de Tarente, fils de Robert Guiscard. Leur arrivée dut presque coïncider avec le départ de Godefroi de Bouillon pour l'Asie, toute la politique d'Alexis Comnène, depuis des mois, n'ayant eu d'autre but que d'empêcher leur jonction sous les murs de Constantinople.

(1) Baudouin du Bourg est donné comme le cousin de Godefroi et de Baudouin de Boulogne dans les Lignages d'outre-mer (Assises de Jérusalem, t. II, p. 441). Hugue Ier de Rethel ne mourut qu'en 1118.
(2) Baudouin II, comte de Hainaut de 1071 à 1098.
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La Croisade normande. Bohémond comme agent d'Alexis Comnène
Le sujet normand des Deux-Siciles à qui nous devons les « Gesta Francorum » nous a laissé un récit singulièrement vivant des origines de la Croisade de Bohémond (1).

C'était au début de 1096. Bohémond, fils aîné de Robert Guiscard et comte de Tarente et de Bari, assiégeait, aux côtés de son oncle Roger Ier, comte de Sicile, la ville d'Amalfi révoltée, lorsque la nouvelle lui parvint que, de France, de Lotharingie et d'Allemagne, de grandes armées occidentales se mettaient en marche vers Jérusalem. A peine prit-il le temps de demander quelques renseignements sur la nature et les objectifs du mouvement. Qu'importait le prétexte ?

C'était l'appel de l'Orient qui se faisait entendre, cet appel qui, au temps de Guillaume de Hauteville, avait conduit les Normands de Neustrie en Grande Grèce et qui avec Robert Guiscard et Bohémond lui-même les avait déjà lancés à la conquête des Balkans. Abandonnant le siège d'Amalfi, Bohémond prépara hâtivement son départ.

Avec lui se croisèrent son neveu Tancrède (2), son cousin Richard de Salerne (3), Robert d'Anse, Hermann de Cannes, Robert de Sourdeval, Boel de Chartres, Aubré de Cagnano, Onfroi de Monte Scabioso, tous chevaliers normands fieffés en Grande Grèce.
En novembre 1096, l'expédition débarquait à Avlona sur la côte d'Albanie, le 25 décembre elle campait à Kastoria, d'où, par Pelagonia, Ostrovo et Serres, elle gagna la Thrace et Constantinople.

La croisade des Normands d'Italie devait, beaucoup plus que celle des barons lotharingiens, alarmer la cour de Constantinople. Etait-ce seulement une croisade ?
Ayant à sa tête le fils même de Robert Guiscard, n'était-ce pas le renouvellement des tentatives de ce dernier pour conquérir l'empire byzantin ?

Les souvenirs de 1081 étaient trop récents pour qu'en apprenant le débarquement de Bohémond à Avlona, Alexis Comnène n'ait pas cru que l'histoire recommençait. De 1081 à 1085, Robert Guiscard, on s'en souvient, avait occupé l'épire, la Macédoine, envahi la Thessalie, tenu Constantinople sous sa menace. Le zèle de son fils pour la Croisade n'était-il pas un simple prétexte pour reprendre la marche sur Constantinople, tandis que la présence de Godefroi de Bouillon devant la ville immobilisait les Byzantins ?

Ayant conquis sur Byzance leur domaine italien, les Normands ne désiraient-ils pas étendre leur conquête jusqu'à Byzance elle-même ?

Ces craintes n'étaient pas fondées, du moins pour l'instant. Bohémond, qui, au cours de l'expédition paternelle, de 1081 à 1085, avait éprouvé la solidité de l'empire byzantin, ne désirait pas, pour le moment, s'aliéner le basileus. Non certes qu'il renonçât à l'espérance de profiter de la Croisade pour se tailler un royaume au détriment des Byzantins. La facilité avec laquelle, en dépit des plus solennels serments, il devait les frustrer de la reconquête d'Antioche montre assez ses sentiments à leur égard. Mais précisément le fait prouve que ce n'était pas du côté des thèmes européens et de Constantinople, trop bien défendue, qu'il portait ses convoitises. Ce n'était pas son père, l'envahisseur des Balkans, qu'il entendait continuer, c'était Roussel de Bailleul. Aussi bien une agression normande contre les provinces byzantines d'Europe ne pouvait sans scandale être perpétrée sous le couvert de la Croisade. Au contraire la Croisade fournira à Bohémond un prétexte excellent pour recommencer et faire réussir à Antioche la tentative de Roussel de Bailleul la fondation, au détriment de Byzance comme des Turcs, d'une principauté normande en Asie.

Pour le moment, donc, Bohémond combla la cour de Constantinople de protestations d'amitié et imposa à ses troupes une conduite exemplaire. « Bohémond, disent les »Gesta Francorum« , tint conseil avec son armée, encourageant les siens, les exhortant à la bonté, à l'humilité et à s'abstenir de ravager cette terre (byzantine) qui appartenait à des chrétiens et à ne rien prendre en dehors de ce qui était nécessaire à leur nourriture ». En dépit de ces bonnes dispositions, les Byzantins voyaient arriver la Croisade normande avec une invincible défiance. Son itinéraire même qui était celui de Robert Guiscard lors de l'invasion de 1081-1084 suffisait à ranimer les vieilles haines. Les populations de la Macédoine, terrorisées, se retranchaient comme devant une nouvelle invasion. Les Normands avaient profité de ce qu'une forteresse byzantine de la Pelagonie était occupée par des hérétiques (Manichéens ?) pour l'incendier Plus méfiants que jamais, les fonctionnaires impériaux firent attaquer l'arrière-garde de Bohémond sur les bords du Vardar par leurs auxiliaires Petchenègues et turcs étrange prolégomène à l'accord franco-byzantin pour la croisade commune ! Tancrède rétablit la situation en repassant le Vardar à la nage, il tomba sur les Turcs, les défit et leur enleva des prisonniers qui avouèrent que l'ordre d'attaquer émanait des généraux byzantins eux-mêmes. Néanmoins Bohémond, résolu à tout faire pour maintenir l'entente avec Alexis Comnène, relâcha sur-le-champ ses captifs (18 février 1097).

Sans doute en partie rassuré par ces preuves de bonne volonté, Alexis Comnène ordonna de ravitailler tout le long de la route l'armée normande, mais en redoublant de précautions à son égard si on assurait la subsistance des Croisés, villes et bourgs se fermaient peureusement devant eux. Tancrède et les autres barons, irrités des ménagements de Bohémond, brûlaient de se venger sur les Grecs d'une hostilité aussi persistante. Bohémond les força, non sans peine, à respecter sa politique, à Serres par exemple, il obligea ses troupes à restituer aux fonctionnaires impériaux tout le bétail qu'elles avaient capturé en maraude. A Rossa en Thrace, l'actuel Keshân, où il arriva le 1er avril 1097, Bohémond, voulant consommer sa réconciliation avec Alexis, accepta, sur la demande de ce dernier, de se rendre seul à Constantinople en devançant son armée dont il confia le commandement à Tancrède.

Tandis que l'armée normande célébrait les fêtes de Pâques à Rossa (5 avril 1097), Bohémond arriva donc à la cour d'Alexis Comnène avec qui il eut aussitôt plusieurs conférences. Fidèle à sa politique, il ne fit aucune difficulté pour prêter le serment de fidélité et de vassalité exigé par le basileus. Au témoignage d'Anne Comnène, Alexis le récompensa par des monceaux d'or, d'argent et de pierreries, geste qui attestait que le prince normand devenait l'homme lige et le mercenaire du basileus. Mais une telle vassalisation rentrait justement dans les plans de Bohémond. Il entendait, grâce à elle, se faire donner une sorte de délégation impériale sur les terres d'Asie ce fut en ce sens qu'il sollicita d'Alexis la charge de grand-domestique d'Orient, titre qui eût fait de lui, aux yeux des autres croisés comme des chrétiens indigènes, le mandataire officiel de l'empereur. Alexis ayant éventé l'astuce et évité de répondre, Bohémond localisa sa demande il sollicita et obtint d'Alexis la promesse d'un vaste fief dans la région d'Antioche. « L'empereur lui promit, au delà d'Antioche, une terre de quinze journées de marche en longueur et de huit journées en largeur. Il lui jura que, s'il tenait fidèlement son serment, lui-même n'oublierait jamais le sien ». Le fils de Robert Guiscard avait vu, ce jour-là, singulièrement loin la principauté normande d'Antioche devait sortir de cet accord. Il est vrai que, du même coup, elle devait » si du moins les serments étaient respectés « naître vassale de l'empire byzantin.

Muni de cet accord, Bohémond se constitua parmi les autres chefs croisés ragent zélé d'Alexis Comnène. La délégation impériale sur les anciens thèmes d'Asie qu'il avait vainement sollicitée, il essayait de l'obtenir par les services mêmes qu'il rendait au basileus. Ce fut lui, en effet, qui confirma Godefroi de Bouillon dans son ralliement à la cour byzantine et qui s'efforça d'y gagner à son tour le comte de Toulouse. Politique d'autant plus réfléchie et méthodique chez Bohémond qu'elle se heurtait à la répugnance instinctive des autres chefs normands, ses lieutenants. Tancrède son neveu, et Richard de Salerne, son cousin, passèrent précipitamment le Bosphore pour éviter de prêter le serment de fidélité. Vaines bouderies. Grâce à la politique à longue portée de Bohémond, l'armée normande, qui eût pu causer de tels embarras à Constantinople, alla docilement camper aux côtés de l'année lotharingienne sur le golfe de Nicomédie.

(1). On sait que Bohémond, né entre 1052 et 1060, était le fils aîné de Robert Guiscard.

(2). Tancrède était né vers 1072. II était fils du marquis Eude de Bon. Sa mère, Emma, était la soeur de Bohémond. (Rey).

(3). Connu sous le nom de « Richard du Principat », c'est-à-dire de la Principauté (de Salerne). Il était le fils de Guillaume du Principat, comte de Salerne, frère de Robert Guiscard.
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La Croisade provençale. Raymond de Saint-Gilles et Alexis Comnène
La Croisade provençale arriva presque en même temps que la Croisade normande. Son chef, Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse et marquis de Provence, avait, en se croisant le premier d'entre les princes latins, essayé d'obtenir d'Urbain II la direction de la guerre sainte. Le pape, désireux de conserver la direction morale du mouvement, avait, on s'en souvient, éludé l'offre et désigné comme chef de l'expédition le légat Adhémar de Monteil, évêque du Puy Adhémar de Monteil appartenait à la famille des comtes de Valentinois, il rentrait donc, au titre du marquisat de Provence, dans la clientèle de Raymond de Saint-Gilles. Aussi les deux hommes s'associèrent-ils sans difficulté, et ce fut avec la croisade provençale que le légat se mit en route pour Constantinople (milieu d'octobre 1096). Avec eux partaient plusieurs des principaux seigneurs de langue d'oc, Rambaud, comte d'Orange, Gaston de Béarn (transformé en Gaston de Béziers par Albert d'Aix), Gérard de Roussillon, Guillaume de Montpellier, Raymond du Forez, Isoard de Gap. Comme le fait observer Chalandon, le récit de Raymond d'Agiles, l'historien de cette croisade, atteste que la marche de l'armée provençale à travers l'Italie du Nord, l'Istrie, la Croatie, la Dalmatie, l'Albanie et la Macédoine, s'effectua avec discipline, le ravitaillement ayant été bien organisé par les barons, en dépit de l'hostilité des Croates d'abord, des Byzantins ensuite. Pendant la traversée de la Croatie, Raymond de Saint-Gilles dut se défendre avec énergie contre les agressions des habitants.

Par Raguse et Scodra (Scutari), Saint-Gilles descendit sur Dyrrachium (Durazzo), d'où il prit d'ouest en est la route de la Macédoine, via Deabolis (Devol), Pelagonia, Ostrovo, Vodena, Salonique, Serres et Christopolis (Kavala).
A Dyrrachium, le comte de Toulouse était entré en rapports amicaux avec le gouverneur byzantin de la ville, Jean Comnène, fils de l'empereur Alexis. Cependant, comme ils l'avaient fait pour les autres armées croisées, les Byzantins faisaient étroitement surveiller les colonnes provençales par leurs auxiliaires ; « Petchenègues, Comans, Turcs et Bulgares. » Près de Pelagonia, les auxiliaires Petchenègues attaquèrent le légat Adhémar de Monteil qui s'était quelque peu écarté du gros de l'armée provençale et le blessèrent à la tête. A Vodena, ce fut Raymond de Saint-Gilles qui faillit être victime d'un guet-apens des Petchenègues. A Salonique, le légat, malade de ses blessures, resta pour se guérir Sa haute sagesse avait, jusque-là, arrêté les Provençaux sur la voie des représailles. A Rossa (Keshân) les habitants témoignèrent d'une telle hostilité envers les Croisés que ceux-ci ne purent plus y tenir. Aux cris de « Toulouse ! » Ils donnèrent l'assaut à la ville et s'en emparèrent. A Rodosto les Impériaux essayèrent de se venger en attaquant les Croisés ils furent repoussés. Alexis Comnène invita alors Raymond de Saint-Gilles à devancer l'armée pour venir conférer avec lui à Constantinople. Malheureusement, à peine Raymond, obtempérant à cette invitation, était-il parti pour le Bosphore que l'armée provençale, laissée par lui à Rodosto, était de nouveau attaquée par les Byzantins et subissait, cette fois, une grave défaite.

Ces incidents fâcheux eurent leur contrecoup sur l'attitude que Raymond de Saint-Gilles, dès son arrivée à Constantinople, adopta envers l'empereur Alexis Comnène l'invita à prêter le serment de fidélité et d'hommage, comme l'avaient fait Hugues de Vermandois, Godefroi de Bouillon et Bohémond de Tarente. Raymond refusa énergiquement il n'avait pas pris la croix pour se donner un maître ni pour combattre pour un autre que celui pour lequel il avait quitté son pays et ses biens. Attitude catégorique qui posait la Croisade latine comme un fait nouveau, créant un droit nouveau, indépendant des vieilles hypothèques byzantines. Au reste Saint-Gilles ajoutait que, si le basileus acceptait de se mettre à la tête de cette Croisade et de la conduire jusqu'à la Terre Sainte, les Provençaux de leur côté le reconnaîtraient volontiers pour chef. A quoi Alexis Comnène répondit en substance que, dans l'état troublé du monde oriental, devant la menace que faisaient peser sur ses provinces européennes, de l'autre côté du Danube, les Allemands, les Hongrois, les Comans et Petchenègues et les autres barbares du Nord, il ne pouvait, sans risque pour Constantinople, s'enfoncer aux côtés des Croisés dans les profondeurs de la Syrie. Réponse qui, somme toute, ne manquait pas de justesse, encore qu'un Nicéphore Phocas ou un Jean Tzimiscès eût eu, peut-être, une attitude plus hardie.

Cependant l'armée provençale était arrivée à Constantinople, et avec elle, le légat Adhémar de Monteil. L'influence de celui-ci dut s'exercer, comme toujours dans le sens de la conciliation. Godefroi de Bouillon, maintenant sincèrement rallié à l'entente franco-byzantine, Bohémond et le comte de Flandre, Robert II, agirent de même. Raymond de Saint-Gilles, furieux de l'insulte faite aux siens à Rodosto, ne rêvait que vengeance. Godefroi de Bouillon et le comte de Flandre lui démontrèrent qu'il était stupide de faire la guerre à des chrétiens à Constantinople, tandis que les Turcs étaient à quelques kilomètres de là, à Nicée. Bohémond surtout, fidèle à sa tactique d'étroite alliance avec le basileus, se déclara ouvertement en faveur d'Alexis Comnène contre l'attitude des Provençaux en agissant comme l'homme de confiance et le représentant du basileus parmi les autres barons francs, il comptait, on l'a vu, justifier ses prétentions à une sorte de délégation impériale en sa faveur dans cette Syrie qu'on allait prochainement délivrer.

La pression exercée sur le comte de Toulouse par ses compagnons d'armes amena un compromis. Raymond de Saint-Gilles refusa jusqu'au bout de prêter le serment d'hommage et de fidélité exigé par Alexis : il eût préféré mourir, nous dit son biographe, mais il consentit à jurer de respecter et de faire respecter par les siens la vie et l'honneur du basileus.
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La Croisade « française » et Alexis Comnène
Une quatrième et dernière armée de Croisés arriva au rendez-vous général sur le Bosphore. Elle était composée de Français et était conduite par le comte de Normandie Robert Courteheuse, fils de Guillaume le Conquérant, et par son beau-frère Etienne, comte de Blois et de Chartres, fils du comte de Champagne Thibaud III. Après être passés par l'Italie, où ils avaient reçu à Rome la bénédiction du pape Urbain II, les deux comtes descendirent dans la Pouilles chez le duc normand du pays, Roger Borsa, d'où ils s'embarquèrent à Brindisi, pour les Balkans (5 avril 1097). Débarqués à Durazzo, ils suivirent, comme les corps précédents, la Voie égnatienne qui, par Elbassan, Ochrida, Bitolia, Ostrovo et Vodena, les conduisit à Salonique. Après un repos de quatre jours devant cette ville, ils reprirent leur marche vers Constantinople par Christopolis (Kavala), Makre, Rodosto et Selymbria.

Il semble qu'avec ces contingents français, Alexis Comnène n'eut pas les difficultés qu'il avait rencontrées avec les Croisés précédents. Le chroniqueur Foucher de Chartres, qui accompagnait l'expédition, s'émerveille sur les richesses de Constantinople qu'il fut admis à visiter : il ne relate aucune friction, entre Byzantins et Français. Les Croisés, bien ravitaillés, furent autorisés à venir prier dans les églises de la ville, mais par petits groupes et à certaines heures pour éviter tout incident. Le comte de Normandie et le comte de Blois ne firent aucune difficulté pour prêter le serment d'hommage à Alexis Comnène. Celui-ci combla les Croisés de distributions de vivres et d'argent et remonta leur cavalerie. Le comte Etienne de Blois, dans une lettre à sa femme Adèle de Normandie, vante la générosité du basileus qui l'a traité « comme son propre fils » et comblé de cadeaux. Au témoignage du baron champenois, Alexis Comnène a ravitaillé et entretenu à ses frais, de Constantinople en Bithynie, toute l'armée de la Croisade. « En vérité, s'écrie le comte, un homme pareil, il n'en existe pas aujourd'hui sous la voûte du ciel ! »
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Les croisades contre les peuples païens de l'Europe de l'Est
Toutes les forces de l'Europe ne furent pas dirigées contre l'Asie. Plusieurs prédicateurs, autorisés par le Saint-Siège, avaient exhorté les habitants de la Saxe et du Danemark à prendre les armes contre quelques peuples de la Baltique, plongés encore dans les ténèbres du paganisme. Cette expédition avait pour chefs Henri de Saxe, plusieurs autres princes, un grand nombre d'évêques et d'archevêques. Une armée composée de cent cinquante mille croisés attaqua la nation barbare et sauvage des Slaves (44), qui ravageaient les côtes de la mer et le pays des chrétiens. Les guerriers portaient sur leur poitrine une croix rouge, au-dessous de laquelle était une figure ronde, image et symbole de la terre, qui devait être soumise aux lois de Jésus-Christ. Les prédicateurs de l'évangile les accompagnaient dans leur marche, et les exhortaient à reculer par leurs exploits les limites de l'Europe chrétienne. Les croisés livrèrent aux flammes plusieurs temples d'idoles et détruisirent la ville de Mahclon, où les prêtres du paganisme avaient coutume de se rassembler. Dans cette guerre sainte, les Saxons traitèrent un peuple païen comme Charlemagne avait traité leurs pères ; mais ils ne purent subjuguer les Slaves. Après une lutte de trois ans, les croisés de la Saxe et du Danemark se lassèrent de poursuivre un ennemi défendu par la mer et surtout par son désespoir. Ils firent des propositions de paix ; les Slaves, de leur côté, promirent de se convertir au christianisme et de respecter les villes et les pays qu'habitaient les chrétiens, mais ils ne faisaient ces promesses que pour désarmer leurs ennemis. Dès que la paix fut rétablie, ils retournèrent à leurs idoles et recommencèrent leurs brigandages.
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Deuxième croisade (1147 - 1148) Louis VII et de Conrad III
Pape Eugène III
Prédicateur : Saint Bernard
Chefs de cette croisade de Louis VII et de Conrad III
Conrad III voyage par les territoires de l'Europe et de l'Asie Mineure.
Louis VII par en Palestine par mer, arrivée de Louis à Constantinople en 1147.
Offre des Normands de Sicile aux chefs croisés.
La nouvelle de la chute définitive d'édesse avait excité une profonde émotion en Occident. Elle y provoqua la mise en mouvement d'une deuxième croisade.

Il semble que l'idée première de la Croisade doive être attribuée au roi de France Louis VII (déclaration de Bourges, décembre 1145). La première Croisade, dit Luchaire, avait été surtout une oeuvre française. Il appartenait au roi de France d'en sauvegarder et d'en compléter les résultats. Au début le projet fut accueilli avec quelque froideur, non seulement par le prudent ministre Suger, mais par le pape Eugène III. Ce fut saint Bernard (lequel d'ailleurs avait d'abord hésité, lui aussi) qui déchaîna enfin par sa prédication à l'assemblée de Vézelay le 31 mars 1146, un enthousiasme rappelant celui de 1095. Ce fut également saint Bernard qui, à la diète de Spire, les 25-27 décembre 1146, décida à se croiser l'empereur d'Allemagne Conrad III.

Ce qui distingua la croisade de 1147 de celle de 1095, c'est que ce ne fut pas une migration internationale et en quelque sorte inorganique, mais la mise en marche de deux armées nationales régulières, commandées par les deux plus puissants souverains de l'Occident. En théorie du moins, car le principe religieux de la Croisade obligeait les chevaliers à laisser partir à leur suite une foule de pèlerins et de pénitents sans valeur militaire qui entravaient la marche des troupes.
La question capitale était celle de l'itinéraire. Le puissant roi normand de Sicile, Roger II, voulant épargner aux Français la périlleuse traversée de l'Anatolie et dont les flottes étaient maîtresses de la Méditerranée, proposa à Louis VII de le transporter directement par mer en Terre Sainte. II lui offrait, en plus de ses vaisseaux, de lui assurer des vivres, des renforts, et de se croiser lui-même. Les heureuses croisades que Roger II dirigait alors contre les Arabes de Tunisie et de Tripolitaine et la connaissance approfondie qu'il avait des choses musulmanes rendaient ses propositions singulièrement avantageuses. Tranchons net qu'on les eût acceptées, la deuxième Croisade était assurée du succès. Mais Roger II était, on l'a vu, prétendant au trône d'Antioche et, de ce fait, personnellement brouillé avec le prince d'Antioche Raymond de Poitiers que Louis VII allait secourir Or, Raymond se trouvait l'oncle de la jeune reine de France, Aliénor d'Aquitaine, qui, précisément, accompagnait son époux à la Croisade. Ce furent sans doute ces considérations qui firent très malheureusement décliner les offres si précieuses du roi de Sicile.

Rejet des propositions normandes par Conrad III.

Quant à Conrad III, brouillé de longue date avec les Normands de Sicile, il était, de ce fait, contraint à prendre la voie de terre. Il fut donc convenu qu'Allemands et Français suivraient, par le Danube, le Bosphore et l'Anatolie, la route de Godefroi de Bouillon. Mais' pour faciliter le ravitaillement (l'armée française et l'armée allemande comprenaient chacune environ 70000 hommes) et aussi pour éviter les froissements entre susceptibilités nationales, les deux groupes firent route séparément, l'armée allemande précédant l'armée française sur le chemin de Constantinople. (Conrad III, encore à Ratisbonne le 27 mai, traversa la Hongrie en suivant le Danube et entra en territoire byzantin à Branichevo vers le 20 juillet. Quant à Louis VII qui avait pris l'oriflamme à St-Denis le 8 juin, il rassembla aussitôt son armée à Metz. Le 29 juin, il était à Worms; puis de Ratisbonne à Constantinople il suivit à travers la Hongrie et l'Empire byzantin le même itinéraire que les Allemands.

Toutefois des éléments français d'avant-garde se trouvèrent fréquemment en contact avec les arrière-gardes allemandes et eurent avec elles les plus détestables rapports. Le chroniqueur français Odon de Deuil qui accompagnait Louis VII nous peint les croisés allemands comme des pillards et des ivrognes qui prétendaient toujours se servir les premiers, d'où, pour le ravitaillement, des rixes avec des clameurs épouvantables, car Français et Allemands criaient à tue-tête sans se comprendre. Le chroniqueur byzantin Kinnamos lui-même nous rapporte les plaisanteries des Français sur la lourdeur germanique « Pousse, Allemand !. » Conrad III devait en concevoir contre les Français une vive animosité, état d'esprit qui, nous le verrons, allait l'empêcher de les attendre pour la traversée de l'Asie Mineure, et qui allait ainsi compromettre le succès de l'expédition.

Désastre de la croisade Allemande. Retour à Nicée avec 1 homme sur 10, il y avait au moins 70 000 hommes dans l'armée de Conrad.
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Troisième croisade (1189 - 1192) Frédéric Barberousse, Philippe Auguste et Richard Coeur-de-Lion
Le pape Clément III prêche dans toute l'Europe, la France et l'Angleterre sont en guerre.
Prédicateur Guillaume de Tyr envoyé d'Orient par Conrad de Montferrat.
Chefs de cette croisade : Frédéric Barberousse, Philippe Auguste et Richard Coeur-de-Lion.
Désastre de la croisade menée par Frédéric Barberousse.
Conquête de Chypre par Richard Coeur-de-Lion. (1191)
Prise de Saint-Jean d'Acre par la croisade Franco-anglaise. (12-07-1191)

La troisième croisade de Frédéric Barberousse. L'Europe et l'appel à la Troisième Croisade.

Conrad de Montferrat avait chargé l'archevêque de Tyr, Josse, successeur de l'historien Guillaume, d'aller porter en Occident la nouvelle de la chute du royaume de Jérusalem et de demander aux princes régnants un secours immédiat. Le premier touché fut le roi normand de Sicile Guillaume II. Pour avoir les mains libres en Orient, il fit sa paix avec les Byzantins et, dès le mois de mars 1188, envoya en Syrie une flotte montée par deux cents chevaliers et commandée par son amiral Margarit qui empêcha Saladin de s'emparer de Tripoli et faillit l'empêcher de prendre Lattaquié.

Espérance déçue. L'effort sicilien se limita à l'escadre et aux deux cents chevaliers envoyés en 1188 à Tripoli. Guillaume II lui-même, sans doute trop préoccupé des affaires byzantines, ne vint pas, d'ailleurs il mourut l'année suivante (1189), et, pour des raisons analogues, son successeur Tancrède de Lecce (1189-1194) ne se croisa pas non plus. Si les Normands de Sicile qui, comme Normands et comme Siciliens, semblaient deux fois désignés pour venir prendre la tête de la restauration franque se récusaient, qui donc viendrait au secours de l'Orient latin ?

Mais la papauté, conscience de l'Europe, veillait. Le Pape Clément III faisait partout prêcher la Croisade et sous son inspiration les puissances chrétiennes envisageaient un pacte de non-agression, l'union européenne s'esquissait en vue de la défense de la Chrétienté contre l'Islam, ou, comme nous dirions aujourd'hui, pour la défense de l'Europe contre l'Asie.
Malheureusement l'Europe était en pleine élaboration. La dynastie capétienne représentée par Philippe Auguste entreprenait [oeuvre primordiale] de construire la France en éliminant des provinces de l'Ouest l'empire anglo-angevin des Plantagenets. Les légats du Pape eurent beau, à l'entrevue de Gisors, le 21 janvier 1188, contraindre Philippe Auguste et Henri Plantagenet à se réconcilier et à se croiser, il était évident que ni le roi de France ni le roi d'Angleterre n'entendaient exécuter de sitôt leur serment. Quelques mois après Gisors, la guerre recommençait entre eux. Henri Plantagenet mourra, son fils aîné Richard Coeur de Lion lui succédera, les années passeront avant que le voeu de Gisors soit accompli. Ce sera seulement en juillet 1190 que Philippe Auguste et Richard s'embarqueront le premier à Gênes, le second à Marseille.

Croisade de Frédéric Barberousse.

L'empereur germanique Frédéric Barberousse montra plus de zèle. Dès le 11 mai 1189 il quittait Ratisbonne avec une armée remarquablement organisée et disciplinée, qui, d'après certains chroniqueurs, aurait compté au départ près de 100 000 hommes. Il prit, par la Hongrie, la route de Constantinople. Mais la dynastie des Anges n'avait pas, pour faire tourner les Croisades à son profit, le sens politique des Comnènes. Isaac II l'Ange, alors régnant (1185-1195), se comportait en ennemi des Latins, non seulement parce que Byzance était en lutte ouverte avec les Normands de Sicile dont Frédéric Barberousse était alors l'allié, mais aussi en raison des affaires d'Asie Mineure. Les Byzantins, toujours aux prises avec le royaume Saljûqide de Qoniya qui, depuis le désastre de Myriokephalon, les refoulait de plus en plus des hautes vallées du Méandre et du Sangarios, avaient cherché contre les Saljûqides l'alliance de Saladin. Saladin avait répondu à leurs avances avec d'autant plus d'empressement que lui aussi se trouvait au plus mal avec le sultan Saljûqide Qilij Arslân II, le vainqueur de Myriokephalon, le seul prince musulman dans le Proche Orient dont la puissance pût contrebalancer la sienne.

Alliance des Grecs avec Saladin contre la Troisième Croisade.
Les craintes qu'inspirait à Isaac l'Ange l'arrivée de la Croisade germanique le poussèrent à resserrer ses liens avec Saladin.
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Croisade de l'epereur germanique Henri VI (1197 - 1198)
Siège de Toron (Tebnine) 28 novembre 1197 au 2 février 1198

L'empereur d'Allemagne se mit à la tête de quarante mille hommes et prit le chemin de l'Italie, où tout était préparé pour la conquête du royaume de Sicile.
Le 31 mai 1195, il réuni la diète de Bari, il prend solennellement la croix, ce geste visait en tout premier lieu, non pas Jérusalem, mais Constantinople. C'est toute la première croisade qui s'annonce dès maintenant.

Les autres croisés furent divisés en deux armées qui, par des routes différentes, devaient se rendre en Syrie : la première, commandée par le duc de Saxe et le duc de Brabant, s'embarqua dans les ports de l'Océan et de la Baltique ; la seconde traversa le Danube, et dirigea sa marche vers Constantinople, d'où la flotte de l'empereur grec Isaac devait la transporter à Ptolémaïs. A cette armée, commandée par l'archevêque de Mayence et Valeran de Limbourg, s'étaient joints les Hongrois qui accompagnaient leur reine Marguerite, soeur de Philippe-Auguste. La reine de Hongrie, après avoir perdu Bêla son époux, avait fait le serment de ne vivre que pour Jésus-Christ et définir ses jours dans la terre sainte.

Les croisés Allemands rassemblés dans tous les ports de la Pouilles, embarquent par vagues successives et débarquent en Palestine. Le gros de l'armée allemande arrive à Acre le 22 septembre 1197.
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Quatrième croisade (1202 - 1205) Henri de Champagne
Innocent III prêche cette croisade au milieu de l'année 1198.
Prédicateur en Europe, Foulques de Neuilly.
Chef de cette croisade : Henri de Champagne.
Détournement par les Vénitiens de cette quatrième croisade aboutie à et prise de Constantinople.

En Occident la prédication de la Croisade fut méthodiquement conduite. Parmi les prédicateurs les plus ardents, l'histoire a retenu le nom du curé de Neuilly, Foulque, dont l'éloquence parut ressusciter l'enthousiasme de la Première Croisade. Néanmoins la Quatrième Croisade ne devait pas être une Croisade populaire ; ce fut une expédition de barons français, flamands et piémontais, avec prépondérance de l'élément français. Les principaux seigneurs qui se croisèrent furent le comte de Flandre, Baudouin IX, de la maison de Hainaut, et son frère Henri, le comte Thibaut III de Champagne, le comte Louis de Blois, le comte Geoffroi III du Perche, Hugues IV de Sain|-Pol, Simon IV de Montfort, Jean de Nesle, Enguerrand de Boves, Renaud de Dampierre, Geoffroi de Villehardouin qui devait être l'historien de la Croisade, etc. ; enfin, du côté piémontais, le marquis Boniface de Montferrat. Le chef de la Croisade semblait devoir être le comte de Champagne, désignation toute naturelle, puisque Thibaut III était le frère de Henri de Champagne qui de 1192 à 1197 avait gouverné la Syrie franque. Mais Thibaut étant mort sur ces entrefaites (24 mai 1201), on déféra le commandement pour les mêmes raisons à Boniface de Montferrat, frère du feu marquis Conrad qui, de 1190 à 1192, avait été l'animateur de la reconquête franque en Syrie : les deux choix semblaient indiquer une heureuse continuité dans les expéditions au Levant.

Aucune aide est reçue en Palestine, Amaury II, oblige tous les pèlerins venus d'Occident à respecter la paix avec les Musulmans.
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Croisade des Albigeois (1209)
Simon de Montfort

La croisade des Albigeois fut lancée en 1209 pour contrer la minorité divergente cathare (considérée comme hérétique) dans le sud de la France. La croisade est lancée par Innocent III, malgré les réticences du roi de France Philippe Auguste. Cette croisade est une défaite pour le pouvoir pontifical qui voulait en profiter pour accroître son pouvoir sur les souverains européens. La grande gagnante est la royauté française qui assujettit de vastes territoires dans l'Occitanie sans même s'engager directement, la guerre étant menée pour leur propre compte par des barons du nord (Simon de Montfort). Durant cette croisade fut créé un ordre de Chevalerie, l'Ordre de la Milice de Jésus-Christ (1209), par le fondateur de l'Ordre des Frères Prêcheurs, Dominique de Guzman et l'évêque Foulques de Toulouse.
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Croisades des enfants (1212)
Il y en a eu plusieurs, en France et en Allemagne.
En 1212 à la suite d'une vision, le jeune Berger Estienne de Cloyes-sur-le-Loir rassemble des pèlerins et les mène vers Saint-Denis pour y rencontrer le roi Philippe Auguste.

A la même époque, d'autres groupes partent d'Allemagne et se rendent vers les ports de Gênes et de Marseille. Les chroniqueurs mentionnent que certains réussirent à embarquer et qu'ils furent vendus comme esclaves ou bien moururent de faim pendant le voyage. Certains réussissent à gagner Rome. L'empereur Frédéric II fit pendre quelques-uns des trafiquants marseillais compromis dans l'affaire (la Provence faisait alors partie du Saint-Empire Romain Germanique).

Quant à l'appellation de croisade des « enfants », elle serait en fait une traduction littérale du mot latin « puer » n'ayant pas dans ce contexte le sens du mot « enfant ». La croisade aurait été en fait composée de pauvres et de paysans ayant été exclus de la révolution économique du XIIe siècle et croyant fermement que Dieu les soutiendrait dans leur entreprise.
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Cinquième croisade (1217 - 1221) La croisade des Hongrois
Le pape Innocent III
Prédicateur : Jacques de Vitry
Le pape Innocent III prêcha une autre croisade concile de Latran en 1215.
Chef de cette croisade le roi de Hongrie André II.
Il arrive à Acre à la fin septembre ou mi octobre 1217.

Le premier baron Occidental à débarqué en Syrie au début septembre 1217 est le duc d'Autriche Léopold VI.

C'était un devoir pour les Francs de Syrie de maintenir la paix avec l'empire ayyûbide tant qu'ils n'auraient pas reçu le renfort d'une croisade imposante. C'était le devoir de la papauté de provoquer cette croisade. Dès 1213, Innocent III adressait à la chrétienté un manifeste solennel. « Les Sarrasins viennent de construire sur le mont Thabor, à l'endroit même où le Christ s'est montré dans sa gloire, une forteresse destinée à achever la ruine du nom chrétien. Elle menace la cité d'Acre, C'est par elle qu'ils espèrent venir à bout de ce qui reste du royaume de Jérusalem, car ce malheureux débris est dépourvu d'argent et de soldats. » En ouvrant le concile de Latran, le 11 novembre 1215, le grand pape annonça sa volonté inébranlable de recommencer, cette fois en faveur de la seule Syrie, le grand effort que les chefs de la Quatrième Croisade avaient si criminellement détourné sur Constantinople. Le nouveau patriarche de Jérusalem, Raoul de Mérencourt, l'évêque de Tortose, Baudin, et, pour le roi Jean de Brienne, Jean le Tor, représentèrent dans ces grandes assises de la Latinité les chrétiens de Syrie. Signalons qu'on vit également arriver au Concile de Latran le patriarche maronite Jérémie qui attestait ainsi aux veux de toute l'Europe que l'union de l'église maronite et de l'église romaine était devenue effective. Pour entraîner le monde chrétien, Innocent III songeait peut-être à se mettre lui-même à la tête de l'expédition quand la mort le terrassa le 16 janvier 1216.

La disparition de ce pontife de génie ralentit quelque peu le mouvement, car son successeur, Honorius III, par ailleurs si profondément estimable, était loin d'avoir en matière politique sa puissante personnalité.

Prédication de la Cinquième Croisade en Syrie la tournée de Jacques de Vitry et sa description du Levant.

En même temps que ses légats continuaient à prêcher la Croisade en Occident, Honorius III chargea de la même mission en Syrie Jacques de Vitry, qu'il venait de nommer évêque d'Acre. Dès son arrivée, en novembre 1216, l'ardent prédicateur se mit à la besogne. Les indications qu'il nous a laissées de cette tournée pastorale forment un tableau bien curieux, d'ailleurs poussé au noir, et qui nous montre une fois de plus l'écart croissant entre l'esprit croisé et l'esprit colonial, entre la société française et les moeurs créoles.

Le premier baron d'Occident qui débarqua en Syrie fut, au début de septembre 1217, le duc d'Autriche Léopold VI dont la navigation, de Spatato à Acre, n'avait pris que seize jours. Le roi de Hongrie André II arriva peu après. Les Croisés germano-hongrois établirent leur camp au « sablon d'Acre » Cette fois encore il y eut des difficultés entre les colons francs et les Germaniques. Les pèlerins bavarois, notamment, se signalaient par leur insolence et leur brutalité, saccageant les jardins, dépossédant les religieux et allant même jusqu'à tuer des chrétiens.

De leur côté les barons syriens arrivaient au rendez-vous général Le roi de Chypre Hugues Ier, avec l'archevêque de Nicosie Eustorge de Montaigu et Gautier de Césarée, connétable de Chypre, conduisait la chevalerie du royaume Lusignan. Autour du roi Jean de Brienne se groupaient les barons du royaume d'Acre, l'ancien bayle Jean Ier d'Ibelin, sire de Beyrouth, son frère Philippe d'Ibelin, Gautier de Beisan et son neveu Gremond (ou Gormond) de Beisan, et les trois grands maîtres du Temple, de l'Hôpital et des Teutoniques, Guillaume de Chartres, Garin de Montaigu et Hermann von Salza. Le prince d'Antioche-Tripoli, Bohémond IV, se rendit aussi à Acre avec ses vassaux, Guy Ier Embriac, sire de Gibelet (Jebail), Guillaume Embriac, sire de Besmedin (Beshmezîn, entre Enfé et Amiyûn), et le connétable de Tripoli, Gérard de Ham. Naturellement les chefs de l'épiscopat latin étaient présents, Raoul de Mérencourt, patriarche de Jérusalem, Simon de Maugastel, archevêque de Tyr, Pierre de Limoges, archevêque de Césarée, et Jacques de Vitry, évêque d'Acre.
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Sixième croisade (1228 - 1229) Frédéric II
Le pape Honorius III
Chef de la croisade : Frédéric II empereur germanique.
Jean de Brienne roi de Jérusalem par son mariage avec Marie de Jérusalem-Montferrat. Il naitra une fille, Isabelle ou Yolande.
Mariage de l'empereur Frédéric II et Isabelle alors âgée de 14 ans.
Frédéric II devient roi de Jérusalem et évince Jean de Brienne.
FRéDéRIC II, ROI DE JéRUSALEM.
Le Pape donne raison à Jean de Brienne contre le légat Pelage.

Après l'évacuation de l'Egypte et la conclusion d'une paix de huit ans avec les Ayyûbides (1221-1229), le roi Jean de Brienne rentra en Syrie et resta un an à Acre. Mais la malheureuse issue de l'expédition d'Egypte avait épuisé le royaume. Devant « la pauvreté en quoi la terre (de Syrie) estoit », Jean résolut de se rendre auprès du pape et des souverains de l'Occident. Du reste le pape Honorius III et l'empereur Frédéric II l'invitaient à venir pour s'entretenir avec eux des intérêts de la Terre Sainte. Il s'embarqua pour l'Italie avec le légat Pelage, le patriarche de Jérusalem Raoul, le grand maître de l'Hôpital Garin de Montaigu et le précepteur du Temple Guillaume Gadel. A la fin d'octobre 1222 il débarqua à Brindisi.

Au témoignage d'Ernoul, Jean de Brienne commença par se plaindre au pape et à l'empereur des empiétements du légat Pelage sur les droits de la couronne de Jérusalem, et des lourdes fautes commises à Damiette par ce prélat qu'il rendait avec raison responsable du désastre. Honorius et Frédéric lui promirent que le cas ne se renouvellerait plus et que les conquêtes des futures croisades reviendraient intégralement au roi de Jérusalem.

Mariage d'Isabelle de Jérusalem avec Frédéric II.

La France du Levant livrée à l'empire germanique. Depuis des années le Saint-Siège espérait que l'empereur Frédéric II partirait pour la Croisade. Espoir bien illusoire, car la guerre sainte, on ne le verra que trop par la suite, n'intéressait que médiocrement Frédéric. Ses retards et ses atermoiements étaient en grande partie responsables du désastre final de l'expédition d'Egypte et de la perte de Damiette. Le vieux pape Honorius III, qui, dans sa paternelle bonté, était plein d'illusions sur son ancien pupille, et avec lui le grand maître de l'Ordre teutonique Hermann von Salza, dont le dévouement envers Frédéric n'avait d'égal que son zèle pour la Terre Sainte, pensèrent avoir trouvé un moyen décisif d'attacher l'empereur aux intérêts de la Syrie franque lui assurer l'héritage de Jérusalem.

Jean de Brienne, de son mariage avec la reine Marie de Jérusalem-Montferrat maintenant décédée, n'avait eu qu'une fille, Isabelle ou Yolande, alors âgée de onze ans. C'était cette enfant qui, par sa mère, était l'héritière légitime de la couronne de Jérusalem, Jean de Brienne n'ayant été reconnu roi qu'à titre de prince consort. Or Frédéric II depuis quatre mois se trouvait veuf. Honorius III et Hermann von Salza eurent l'idée de lui faire épouser Isabelle et de lui assurer ainsi la succession des rois de Jérusalem.

Frédéric II accueillit ce projet avec empressement. Il y vit le moyen de réaliser d'un coup le programme oriental de son père Henri VI, la subordination, ou, mieux ici, l'annexion de l'Orient latin à l'Empire germanique. Jean de Brienne ébloui accepta. Avec sa loyauté de chevalier errant, franc comme son épée, sans arrière-pensée et sans malice, il ne vit que ce qu'on lui disait l'empereur romain germanique, le maître de l'Allemagne, de l'Italie et de la Sicile devenait son gendre et allait engager toutes les forces de l'empire d'Occident dans la défense et la récupération de la Terre Sainte. Quelle perspective plus heureuse pouvait-on imaginer ? N'était-ce pas le salut assuré de l'Orient latin ?

En réalité c'était sa perte. Philippe Auguste ne s'y trompa point. Lorsque Jean de Brienne, en quittant l'Italie, vint lui rendre visite, le roi de France qui l'avait naguère désigné, cadet sans fortune, pour le trône de Jérusalem, le reçut « moult honoreement et li fist grant joie, mais moult le reprist et le blasma de ce que il avoit t'ait mariage de sa fille sanz son seu et sanz son conseil. » Le grand politique avait vu juste. La Syrie latine, malgré son caractère théoriquement international, était, en fait, depuis longtemps, par la race comme par la culture, une colonie française. Le mariage de la dernière héritière de ses rois avec l'empereur Hohenstaufen ne pouvait que la dénationaliser, en faire une annexe de l'empire germanique et du royaume de Sicile, une vague dépendance sans vie propre, tour à tour négligée « négligée à l'égard du péril musulman » et durement régie « en ce qui concernait ses coutumes et son caractère » par les envoyés du pouvoir impérial. Le blâme de Philippe Auguste portait étrangement loin. Jean de Brienne, par le mariage de sa fille avec l'empereur germanique, aura été le dernier roi effectif de Saint-Jean-d'Acre. Après lui la royauté syrienne ne sera qu'un fleuron de plus dans la couronne impériale des Hohenstaufen, puis dans la couronne royale des Lusignan de Chypre ou des Angevins de Sicile. Sans chef réel et résidant sur place, sans pouvoir indigène au courant du milieu oriental, le royaume d'Acre se trouvera désormais incapable de jouer un rôle actif en Orient, de manoeuvrer en temps utile à travers les divisions musulmanes, de profiter de l'occasion providentielle qu'allait constituer la conquête mongole. Défrancisation de la Syrie franque, réduction du glorieux royaume wallon-angevin à l'état de colonie germanique, c'était à la mort de la France du Levant que le vieux roi de Jérusalem venait de souscrire.
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Septième croisade (1248 - 1254) Croisade de saint Louis
Saint Louis et l'expédition d'Egypte
Au lendemain même de la perte de Jérusalem et du désastre de Gaza en 1244, le patriarche de Jérusalem Robert avait envoyé Galéran, évêque de Beyrouth, en ambassade auprès des princes de l'Occident pour leur signaler la nécessité d'une croisade générale, faute de quoi la Syrie franque était condamnée. Galéran s'embarqua à Acre le 27 novembre 1244. Avec le patriarche d'Antioche., Albert de Rezato, il assista au concile de Lyon (28 juin-17 juillet 1245), où fut donnée lecture de l'appel à la Croisade. Mais la lutte que l'empereur Frédéric II venait d'entreprendre contre l'église paralysait les forces de l'Occident, celles, en tout cas, de l'Allemagne et de l'Italie. Comme le proclame le manuscrit de Rothelin, la France seule répondit à l'appel des chrétiens d'Orient. « Pou ou noiant trouvèrent d'aide et de secors, fors seulement au roi de France et es Françoiz. »

De fait dès le mois de décembre 1244, deux mois après le désastre de Gaza, Louis IX, au cours d'une grave maladie, avait fait voeu de se croiser. Aucun autre souverain chrétien ne l'imita. Il partit de Paris le 12 juin 1248 et alla s'embarque à Aigues-Mortes pour l'île de Chypre où était fixée la concentration générale des troupes. Il mit à la voile le 25 août.

Attitude de l'empereur Frédéric II, il tient la Cour d'Egypte au courant des projets de la France.

II est intéressant de connaître l'attitude de l'empereur Frédéric II envers la Croisade française. Roi titulaire de Jérusalem ou, tout au moins, père du roi Conrad, il aurait dû à priori favoriser une entreprise qui tendait à restaurer ses états du Levant. Empereur d'Occident, chef théorique de la Chrétienté, c'était pour lui un devoir officiel d'aider Louis IX Ce dernier lui avait d'ailleurs rendu de grands services dans la querelle du sacerdoce et de l'empire, évitant de lancer la France dans la lutte et cherchant à réconcilier les deux, partis.

Frédéric II ne pouvait donc se prononcer ouvertement contre les projets du roi de France. Il affecta même de faire ravitailler l'expédition française quand elle fit escale en Sicile. En réalité, conservant jusqu'au bout avec la Cour du Caire ses rapports d'intimité, il fit prévenir celle-ci de ce qui se préparait. Il prit même soin d'envoyer au sultan al-Sâlih Aiyûb une ambassade secrète pour l'instruire de la marche et des objectifs de la Croisade. Les textes arabes sont formels à cet égard et défient toute tentative de réhabilitation : Al-Sâlih recevait de fréquents renseignements sur la marche du roi de France. Ces renseignements lui étaient fournis par l'empereur, roi de la Lombardie et de la Pouilles, qui avait conservé avec lui les relations d'amitié qu'il avait eues avec son père al-Kâmil On lit de même dans Jamâl al-Dîn ibn-Wâsil. Le grand maréchal du palais de Manfred [fils de Frédéric II] m'a fait le récit suivant « L'empereur m'envoya en secret en ambassade au sultan al-Sâlih. Aiyûb pour lui faire savoir que le roi de France avait l'intention d'attaquer l'Egypte. Il le prévenait de cette éventualité pour qu'il se tînt sur ses gardes. Je me rendis au Caire et j'en revins, habillé en marchand. J'eus mes entrevues avec le sultan dans le secret le plus complet, de peur que les français ne viennent à apprendre que l'empereur avertissait les Musulmans de leurs dessins. »
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Croisade des Pastoureaux (1251)
Croisade de « petites gens », paysans ; elle fut provoquée en 1251 par la captivité de saint Louis pendant la septième croisade.
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Huitième croisade (1270) Louis IX
La huitième croisade fut menée aussi par Louis IX de France (Saint Louis), contre Tunis en 1270 ; il s'embarqua également à Aigues-Mortes. Louis IX mourut de maladie au cours de cette croisade.
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Neuvième croisade (1271 - 1272) Edouard Ier
Edouard Ier d'Angleterre entreprit une autre croisade en 1271, mais il ne rencontra pas de succès et retourna chez lui l'année suivante. Avec la chute de la Principauté d'Antioche (1268), du Comté de Tripoli (1289) et d'Acre (1291), la présence chrétienne en Syrie prit fin.
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