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Les chartes ou les actes concernant las Templiers du Marquis d'Albon

Documents concernant les Templiers
Les archives de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, conservées à Malte, renferment un certain nombre de documents concernant les Templiers. Il a paru intéressant de les grouper ici et de les dégager des autres documents des mêmes époques relatifs aux Hospitaliers, dont nous avons entrepris la publication. Aussi bien ces pièces forment-elles, par leur objet, un tout séparé, et ne saurait-on recueillir avec trop de soin les actes, aujourd'hui si rares, de l'Ordre du Temple pendant son séjour en Terre Sainte.

Personne, en effet, n'ignore que les archives du Temple sont perdues une obscurité profonde, — mystérieuse même comme tout ce qui touche les Templiers, — entoure la disparition de leurs archives. L'étude des documents conservés à Malte ne sera pas sans intérêt, croyons-nous, si elle peut fournir un argument nouveau, ou même une simple présomption qui puisse aider à résoudre cette question.

Il convient d'entrer dans quelques détails, aussi brefs que possible, pour exposer avec clarté l'état de la question.

On doit, tout d'abord, bien s'entendre sur le sens des mots Archives du Temple dont nous nous servons, en remarquant que l'ensemble des documents qui formaient l'archive d'un ordre religieux et militaire, comme les Templiers ou les Hospitaliers, se divise pour nous en archives générales et en archives particulières : c'est une distinction qu'il importe d'établir. Par archives particulières, nous entendons celles qui étaient gardées dans les commanderies elles comprenaient les titres de propriété et les actes émanés du pouvoir supérieur à l'égard de ces commanderies. Par archives générales nous voulons parler de celles qui se conservaient au siège de l'Ordre, et qui avaient pour objets les rapports du grand maître et de l'Ordre avec les rois et princes étrangers, le Saint-Siège, etc., dans le domaine temporel et spirituel, et avec les grands dignitaires du Temple, en ce qui concernait son administration et son gouvernement intérieurs.

Par exception, les documents relatifs à la commanderie ou au prieuré de Terre Sainte étaient conservés dans les archives générales, quoique faisant partie des archives particulières au même titre, par exemple, que ceux des Temples d'Agen ou de Toulouse.

De ces deux sortes de documents, la première, celle des archives particulières, pourrait être reconstituée presque en entier. Quand les biens des Templiers furent transmis aux Hospitaliers, les titres de propriété ont suivi les biens, et nous en trouvons un grand nombre parmi les archives particulières des préceptoreries de l'Hôpital. On sait que cette transmission, pour différents motifs, n'a pas eu lieu partout il suffit, dans ce cas, de suivre la trace des biens du Temple depuis la destruction de l'Ordre jusqu'à leur incorporation définitive, pour retrouver leurs archives dans celles du pouvoir qui les a absorbés. On ne peut espérer qu'au milieu de pareils bouleversements tout ait échappe à la destruction; mais il n'est pas téméraire d'affirmer que des recherches conduites avec persévérance dans ce sens aboutiraient à la reconstitution presque intégrale de ces archives particulières.

Quant aux archives générales du Temple, nous ignorons ce qu'elles sont devenues; leur disparition, jusqu'à présent, malgré les efforts des érudits qui se sont occupés de les retrouver, est si complète que leurs recherches n'ont pas encore été couronnées de succès.

Plusieurs hypothèses ont été émises sur le sort qu'elles ont subi. Les uns croient qu'elles ont été détruites au moment où les Templiers quittèrent la Terre Sainte, hypothèse inadmissible, puisque l'abandon ne fut pas si précipité que les Hospitaliers, partis les derniers de Saint-Jean d'Acre, n'aient eu le temps de sauver les leurs. Les autres supposent qu'elles ont été brûlées sur le bûcher de Jacques de Molay, hypothèse également peu vraisemblable. Philippe le Bel aurait-il détruit des pièces qui pouvaient, dans la suite, être d'un puissant secours à ses revendications financières ? Et à supposer que l'Ordre n'eût pas pris soin de les mettre à l'abri quand il se sentit menacé, le Roi, maître de ces archives, loin de les brûler, les eût conservées au trésor de ses chartes, où elles ne sont pas. Il reste une dernière hypothèse d'après laquelle le Temple aurait lui-même procédé à la destruction de ses archives. Rien n'est moins vraisemblable ; que les Templiers aient fait disparaître quelques pièces compromettantes, cela se pourrait, mais ils n'auraient pas détruit le fonds de Terre Sainte, celui qui leur donnait, au cas d'une nouvelle conquête de la Palestine que tous espéraient, des droits à rentrer en possession de leurs anciens établissements de Syrie.

On a dit aussi que les Hospitaliers avaient détruit les archives des Templiers, passées entre leurs mains. Il est certain qu'ils pouvaient avoir intérêt à détruire les témoignages du passé glorieux d'un Ordre rival. Il semble, d'autre part, que le fonds de Terre Sainte aurait dû être conservé par eux pour appuyer leurs revendications, comme successeurs immédiats de l'Ordre disparu, dans le cas d'un retour des chrétiens en Terre Sainte à moins cependant de supposer que cette destruction n'a eu lieu qu'à une époque relativement récente, quand tout espoir était définitivement abandonné de reconquérir le royaume de Jérusalem. L'étude, à ce point de vue, des archives de Malte, ne donne pas un résultat hostile à cette hypothèse.

La présence dans les archives de l'Hôpital de toutes les pièces que nous publions ici s'explique d'elle-même, comme le lecteur pourra en juger, sauf celle de quelques bulles pontificales (1). Ces dernières n'auraient aucune raison de figurer parmi les documents de l'Hôpital, si l'on n'admettait pas la fusion des archives générales du Temple dans celles de l'Ordre de Saint-Jean seuls, quelques privilèges généraux ont survécu, nous ignorons la cause de cette exception en tout cas, elle ne semble pas accidentelle, puisqu'un bullaire du seizième siècle, Bullarium Rubeum (2) exécuté dans la chancellerie de l'Hôpital, contient la transcription de tous les privilèges généraux promulgués par les Souverains Pontifes en faveur des Templiers, et que ces privilèges figurent, dans le même registre, à côté de privilèges analogues concernant les Hospitaliers.
1. Voir : Documents, nº I, X-XIII, XXV-XXVIII, XXX-XXXII.
2. Archives de Malte, division VII, vol., 1121.


Il nous paraît donc certain que les archives générales du Temple, ou au moins un de leurs fonds, existaient encore au seizième siècle. Les retrouvera-t-on jamais ? Il faut l'espérer. Le hasard des découvertes pourrait amener au jour certains fragments de leurs archives, notamment du fonds de Terre Sainte. Il se peut, par exemple, que menacés en Syrie, les Templiers aient fait transcrire et vidimer pour en perpétuer l'existence leurs donations en Terre Sainte, qu'à l'occasion d'affaires litigieuses ils aient eu à citer quelques titres de propriété, qu'enfin, à l'occasion de leur procès de condamnation, ils aient fait parvenir au Saint-Siège des Mémoires contenant certains de ces documents. Tout espoir n'est donc pas perdu de ce côté, du moins en ce qui concerne des fragments de ces archives.

Il nous reste à exposer, en quelques mots, la façon dont nous avons conçu le présent travail. Comme nous le disions plus haut, sauf quelques bulles, toutes les pièces citées ou transcrites par nous figurent à bon droit dans un dépôt d'archives de l'Ordre de Saint-Jean. Ce sont, en effet, des transactions entre les Hospitaliers et les Templiers, des arbitrages sous la médiation de l'Hôpital, des documents concernant la transmission à celui-ci des biens de ceux-là. Quand les pièces nous ont paru inédites ou intéressantes, nous en avons donné le texte dans le cas contraire, une courte analyse nous a paru suffisante.

Nous avons systématiquement exclu de ce travail la publication ou même l'analyse des privilèges généraux contenus dans le Bullarium Rubeum dont nous avons parlé plus haut. Le lecteur sait les conclusions qu'il y a lieu de tirer de la coexistence, dans un bullaire du seizième siècle, de documents concernant le Temple et l'Hôpital. Quant à l'intérêt que présenterait leur publication, il serait loin de répondre à ce qu'on pourrait croire. Deux cents bulles environ adressées aux Templiers y sont transcrites elles sont presque toutes répétées textuellement dans le même bullaire en faveur de l'Hôpital, et Strehlke, dans ses Taoulae Ordinis Teutonici (pages 263-471), a publié, pour les Teutoniques, une série de privilèges généraux dont la plupart sont la répétition exacte de ceux du registre de Malte. La publication ne pourrait donc avoir lieu qu'en réunissant ensemble ce qui concerne le Temple et l'Hôpital, et en comparant le résultat avec le livre de Strehlke. On eût ainsi obtenu un recueil des privilèges généraux communs aux trois Ordres militaires. Un pareil travail nous faisait sortir des limites que nous nous étions tracées de plus, il eût offert un intérêt restreint pour l'histoire générale; nous avons pensé qu'il suffisait de l'indiquer ici.
M. Delaville Le Roulx, décembre 1882.

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