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Les cartulaires de certaines commanderies de france

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Cartulaire de la Commanderie de Provins — Description

 

Description du Temporel de la commanderie
En quoi consistait le patrimoine de la Commanderie. — II. Superficie des terres, des prés, des vignes et des bois. — III. Les maisons du Temple à Provins. — IV. Les dîmes du Plessis-Poil-de-Chien et de Sancy. — V. Droits incorporels.

I.
Le patrimoine des Templiers de Provins consistait en quantité de biens : terres, maisons, bois, serfs, dîmes, moulins, rentes, droits ou franchises. Nous n'essaierons pas de faire le relevé exact de toutes ces possessions. Outre que le travail serait fastidieux, l'état fragmentaire des textes y fait obstacle. Heureux si nous parvenons à donner une idée, tant soit peu approximative, du temporel de la Commanderie à la fin du XIIIe siècle.

II.
Le domaine utile de la Commanderie se composait de terres en plein rapport situées au nord et au sud de Provins, très peu à l'est.
Au nord, sur la paroisse de Savigny, les Chevaliers possédaient vingt-huit arpents en plusieurs pièces (1) et tout près, à Gimbrois (2), puis en tirant vers la maison du Val, au Plessis-Poil-de-Chien (3), à Saint-Martin-des-Champs (4), à Rouilly (5), des champs cultivés et des vignes. De jolis vignobles avoisinaient leur enclos, à Fleigny (6), à Saint-Brice (7), au Clos-Platel (8). A Provins, une partie des terrains cédés par les Britaud était en prés (9). Le tout pouvait couvrir une superficie d'environ cinquante arpents (10).
Au nord, les propriétés du Temple étaient moins étendues. Un bail de 1644, relatif à la ferme de la Madeleine, lui reconnaît trente arpents de terres labourables, franches de dîmes (11). La plupart de ces terres étaient assises à Poigny. De ce côté, peut-être, faut-il localiser mainte pièce de terre dont je n'ai pu identifier le nom (12). On connaîtrait ainsi, pour une portion plus grande, l'origine des biens incorporés ensuite à la Madeleine. Quoi qu'il en soit, nombreux sont les plants de vignes que les actes du XIIIe siècle situent sur le mont Hennepont (13), au territoire de Poigny.
Vers l'est et au sud-est, le Temple avait peu de terres labourables : un jardin à Sourdun (14), quelques arpents à Léchelle (15), une culture à Villegruis (l6), trois quartiers à Melz-sur-Seine (17), et un demi-journal de terre à Fréparoy (18), commune de la Motte-Tilly.
Enfin, le Cartulaire mentionne de grands espaces boisés, d'où les Templiers tiraient de quoi se chauffer et bâtir : le tiers du bois Hunaud (19), près de Jouy-le-Châtel, et soixante-cinq arpents en la forêt de Sourdun (20), le tout franc de gruerie.

III.
Si les donations les plus nombreuses, les plus importantes aussi, furent des donations de terre, elles ne furent pas celles que les chevaliers de la milice du Temple recherchèrent davantage. Nous avons déjà eu l'occasion d'en faire la remarque : la mission des Templiers n'avait rien de commun avec les soucis d'une entreprise agricole ; sans attrait pour le travail des mains, ils s'efforcèrent toujours d'acquérir par préférence des biens dont les revenus ne leur donnaient d'autre peine que de les recueillir, comme la propriété bâtie, les dîmes et les monopoles commerciaux.
L'on peut se faire une idée de l'importance que les Templiers attachaient à la possession d'immeubles urbains si je cite, par exemple, l'échange qu'ils conclurent avec Léon de Sézanne, de deux "places" situées en la grand-rue de Provins pour vingt-deux arpents de terre à Vulaines et vingt-trois setiers de froment à Vulaines et à Léchelle (29 mai 1263) (21). Voilà certes des terrains qui durent par la suite ne pas être d'un léger rapport !

La Commanderie était propriétaire un peu partout, à Provins et dans les faubourgs de la ville : rue de Culoison (1220), rue de Jacy (1220, 1234), dans le Cours-aux-Chevaux (1228), rue Sainte-Croix (1230), près du palais des Comtes (1232), à Fontaine-Riante (1232), au Grès, rue des Marais (1233), en tête et hors la porte de la Chaussée-Sainte-Croix (1232, 1294), près du moulin Moucène (1233, 1236), devant les anciens étaux des bouchers (1234), près du Buat (1236) (22), à "la Gatelerie" (1240), rue de Changy (1257), dans la grand-rue de Provins (1263, 1269), rue de "Buzançois" (1294) (23), en face le four des Raines (1277), rue aux Aulx (1294), rue de la Bretonnerie (1300), ailleurs encore (1232, 1233, 1236) (24). Ces habitations étaient, la plupart, entourées de vergers et de prairies. Le censier de la Commanderie pour une époque voisine des dernières années du Temple, mentionne en 1386 plus de soixante-dix maisons, chambres ou loges en la censive des Hospitaliers (25). Les plus importantes étaient "le Temple", en face le portail de l'église Sainte-Croix et la "Vicomte", située sur la grand-rue, à l'encoignure de la rue du Moulin-de-la-Ruelle. Celle-ci, en 1672, portait sur sa façade les armes de l'ordre de Malte (26).

Les dîmes aussi furent activement recherchées des Templiers. S'ils ne réussirent à posséder qu'une partie de la dîme de Sancy (27), ils eurent en revanche celle du Plessis-Poil-de-Chien tout entière. Nous rappelons que les dîmes d'une paroisse pouvaient être cédées à titre de fief, comme une terre, une justice. D'autres furent données ou vendues par l'Eglise, d'autres échangées à des laïques ou simplement usurpées par eux sur l'Eglise, surtout au Xe et XIe siècle. C'est l'origine des dîmes inféodées, et telle était la dîme du Plessis-Poil-de-Chien, que possédaient Joubert de Courgousson et Pierre des Granges. Les Templiers s'y intéressèrent, en 1212, à la suite de l'aumône que leur firent Joubert et sa femme, de deux muids de blé à prendre sur cette dîme (28). Douze ans plus tard, les religieux étaient parvenus à se substituer complètement aux propriétaires : ils avaient tout acheté, les dîmes et la grange dîmeresse. L'opération leur coûta trois cent-quarante-six livres de provinois (29). Deux pièces de terre étaient contiguës à cette grange; ils les acquirent en 1236 (30). Le domaine, ainsi constitué, pouvait mesurer en tout six arpents (31).

IV.
Il convient de mentionner, en passant, les droits et les monopoles commerciaux des Chevaliers de la milice à Provins. Les privilèges dont ils jouissaient, leurs droits de tonlieu et les banalités du moulin, du four et du pressoir constituaient pour eux une source précieuse de revenus. Mais comme l'on ne saurait rien en dire qui ne put convenablement se rapporter au chapitre suivant, nous y renvoyons le lecteur.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
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Notes
1 — Cartulaire, chartes XLV, LIV, CXXVI, CXXXIV.

2 — Cartulaire, chartes XXXV, CXXI, CXLV.

3 — Cartulaire, chartes XVIII, XXVI, LII, LXII; Arch. nat., S 5164 b, liasse 33, nº 18.

4 — Cartulaire, charte CXL.

5 — Cartulaire, chartes IV, XXX, CXL.

6 — Cartulaire, charte CXVII.

7 — Cartulaire, charte VI.

8 — Cartulaire, chartes I, XXIX, XLIII, XLIV, LXXII, CXXVII.

9 — Cartulaire, chartes XIII et CXXII. Le Cartulaire de Renier Accorre mentionne en la censive du Temple près de sept arpents de terre assis "à Prouvins et es apartenances".
"Ce sont li cens que Renier Acorre doit... à la Seint Rémi de l'an sesante et nuef... A l'eiglisse dou Temple por arpant et demi de terre aus Perruissiaus qui fu Guillaume Buignet sis deniers.
Item por demi arpant quatre perches mains de terre au Bordes qui fu Guillaume Buignet deus deniers.
Item un bichet de forment de moison.
Item por un arpant de terre derriers la masure qui fu Guillaume Buignet deus deniers.
Item por trois quartiers de terre au Losche qui furent Nicholas Neret deus deniers et maalle.
Item por quarante et quatre perches de terre ou Val des Deux Buissons deus deniers.
Item por deus arpanz et demi de terre à la Perrière dou chemin qui furent Perrot Neret set deniers". (Bibl. nat., f. fr. 8593, fol. 155).

10 — Ce chiffre reproduit à peu de chose près l'étendue des terres de l'Hôpital du Val-de-Provins arpentées en 1595. (Arch. nat., S 5164 b, liasse 34).

11 — Arch. nat., S 5164 a, liasse 33, bail du 2 mars 1644.

12 — Cartulaire, charte CXXI.

13 — Cartulaire, chartes XLVII, CLII, CLIV.

14 — Cartulaire, charte XLIII.

15 — Arch. Nat, S 5164 B, liasse 35, nº8.

16 — Cartulaire, charte XLII.

17 — Cartulaire, charte XLVII.

18 — Cartulaire, chartes L et CXXXVI.

19 — Cartulaire, charte C; et Arch. de Seine-et-Marne, H 701, p. 217.

20 — Cartulaire, chartes CXII et CXVIII.

21 — Cartulaire, charte CXLVI.

22 — Le Buat, lieudit de Provins, dont parle la charte LXX.

23 — Voir aux "Additions" la charte d'amortissement de 1294.

24 — Les Templiers avaient acheté, en 1222, trois tiroirs ou ateliers d'étendage pour les draps, situés hors les murs de Provins (Cartulaire, charte XXXVI).

25 — Arch. Nat, S 5164 b, liasse 35, nº 2.

26 — Arch. Nat, S 5164 b, liasse 34, nº 27. Ci-dessous, p. 126, n.

27 — Les Templiers percevaient vingt-sept setiers de blé sur la dîme de Sancy-lez-Provins (Cartulaire, chartes CXXX et CXLI).

28 — Cartulaire, charte XLVI.

29 — Cartulaire, chartes XXVI, LII, CIX.

30 — Cartulaire, chartes XVIII et LXII.

31 — Arch. Nat, S 5164 b, liasse 33, nº 18.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
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