Templiers dans le diocèse de Troyes   Les Templiers dans le diocèse de Troyes   Templiers dans le diocèse de Troyes

Le procès des Maisons du Temple dans le baillage de Troyes

Diocèse de Troyes

 

Templiers et Hospitaliers dans le diocèse de Troyes
Le Temple de Bonlieu et l'Hôpital d'Orient
Je ne veux rien oublier, dussé-je devenir ennuyeux. (BOSSUET : Traité des deux Espèces.)

Rien de précis touchant la fondation de la Commanderie.
— Donation et profession religieuse d'André de Rosson ; protestations de ses enfants.
— Ventes et donations consenties par Bernard de Montcuc et par Gauthier IV, comte de Brienne.
— Donations d'Eudes de Montangon, d'Henri Ribault et de Jean de Pel.
— Vente par Gauthier, dit Lombard.
— Arbitrage entre les Templiers et les moines de Larrivour.
— Accord avec Lambert, ancien prévôt de Piney.
— Vente par Guy de Milly et Agnès, sa femme.
— Grange d'Orient tenue de Guy de Milly.
— Rachat d'une rente viagère due par la Commanderie aux filles du chevalier Hugues Poët et à Isabelle de Rosson.
— Transaction entre les Templiers et le comte Jean de Brienne.
— Donation d'Herbert, dit Bêlons.
— Différend et accord entre les Templiers et le chevalier Hugues de Brienne.
— Autre convention touchant le douaire de la comtesse de Brienne.
— Transaction entre les Templiers et les habitants de la Ville-au-Bois et de la Villeneuve-au-Chêne.
— Vente de la loge Lyonne par Clément de Ravières et Félise, sa femme.
— Donation de Raoul Daveloire.
— Reconnaissance faite à la Commanderie, par Jean, sire d'Arcis et de Chacenay.
— Mise en régie lors de l'arrestation des Templiers, la Commanderie est affermée pour six ans, à Pâques 1309.

Aujourd'hui simple ferme de la commune de Piney (1), Bonlieu fut autrefois le siège d'une importante Commanderie du Temple.

Après avoir fait observer "qu'on n'a plus le titre de fondation" de cet établissement, M. Mannier ajoute : "son origine nous est révélée dans un titre du mois de juillet 1269, qui est une transaction entre les Templiers et Hugues, comte de Brienne, par laquelle celui-ci déclarait renoncer à tous droits de justice et de seigneurie, qu'il prétendait avoir sur la maison du Temple appelée Bonlieu et sur les soixante-dix arpents de terre où elle se trouvait construite. Il y est dit que la terre, qui formait le fonds de cet établissement, provenait de Godefroy de la Caucharde et de Lambert de Pigney, seigneurs qui vivaient au commencement du XIIL siècle" (2).

Il me semble, après une lecture très attentive, que la charte de 1269 (3), n'autorise pas du tout les conclusions de M. Mannier, les donations de Godefroy de la Caucharde et de Lambert de Piney ayant eu pour objet non pas l'emplacement même de la Commanderie, mais simplement certaines de ses dépendances.

Ce document étant ainsi ramené à sa juste valeur, nous n'en connaissons pas d'autres qui permettent de remonter à la fondation, à l'origine de la Commanderie de Bonlieu ; nous devrons donc nous borner à en suivre les développements à travers les âges, à partir du XIIIe siècle.

Le premier bienfaiteur du Temple de Bonlieu qui s'offre à nous est un seigneur de Rosson (4), nommé André. A une date qu'il est impossible de préciser, mais qui est, de quelques années au moins, antérieure à l'an 1220, il donna en aumône, à Dieu, à la Sainte Vierge et à la Maison du Temple, tout ce qu'il possédait à Rosson et à Aillefol (5), en terres, prés, bois, etc. Quelque temps après, André se donna lui-même, c'est-à-dire qu'il entra dans l'Ordre du Temple, laissant dans le siècle deux enfants, le damoiseau Henri et une fille du nom d'Agnès.

La donation d'André avait sans doute été purement verbale et pouvait donner lieu, dans la suite, à des contestations ; aussi, après sa profession religieuse, il eut soin de la confirmer devant l'évêque de Troyes, Hervée, et, pour la rendre inattaquable, au moins de ce côté, de la faire ratifier par son fils devenu majeur. A la demande du père et du fils, l'évêque dressa, sous son sceau, un acte de la double confirmation, daté du mois d'août de l'an de grâce 1220 (6).

Notons en passant que la donation est faite non pas aux Templiers en général, mais à la Maison du Temple. Cette maison, qui n'est pas nommément désignée, ne peut être que celle de Troyes ou celle de Bonlieu. Or, la préférence doit être donnée à Bonlieu, sans crainte de se tromper, pour la raison péremptoire que les possessions du Temple à Rosson et à Aillefol ont toujours relevée de la Commanderie de Bonlieu, comme nous aurons, dans la suite, occasion de le constater.

André de Rosson mourut peu après. Sa fille Agnès, soit parce qu'elle n'avait pas encore atteint sa majorité, soit pour toute autre cause, n'avait pas, comme son frère, ratifié la libéralité paternelle; aussi, libre de tout engagement, réclama-t-elle aux Templiers sa part d'héritage dans les biens qu'André leur avait donnés (7). De là, conflit, voire même procès, les Templiers ne voulant pas se dessaisir de ce qui leur avait été librement et irrévocablement concédé par un membre de leur famille religieuse. L'affaire suivait son cours et, étant donnée la jurisprudence de l'époque, Agnès aurait vraisemblablement obtenu gain de cause, quand, d'après les conseils d'hommes recommandables par leur sagesse, elle renonça purement et simplement, en faveur des Templiers, à tous les droits qu'elle avait, ou qu'elle devait avoir, sur les biens en litige, à Aillefol comme à Rosson. Rédigé sous le sceau de l'official de Troyes, Hugues, l'acte de renonciation est daté du mois d'août 1224 (8).

Forts de ce désistement, les Templiers pouvaient espérer posséder en paix désormais ce qui leur avait été donné et, de fait, ils en jouissaient tranquillement depuis seize ans déjà quand ils eurent à se défendre contre les convoitises du frère d'Agnès. Regrettant l'approbation qu'il avait donnée et prétextant, sans doute, qu'il n'avait pas agi dans la plénitude de sa liberté, mais contraint et forcé par son père, Henri de Rosson, alors écuyer, fit saisir tous les biens, meubles et immeubles qui avaient été l'objet de la donation. Ainsi dépossédés, les Templiers le citèrent devant l'official de la Cour de Troyes, Thibaut de Pomor. Là, Henri de Rosson fit amende honorable. Non seulement il reconnut que la saisie qu'il avait ordonnée était injuste, mais il renonça formellement à tous les droits qu'il pouvait avoir sur les biens. Il promit en outre, sous la foi du serment, qu'il ne reviendrait jamais sur celte renonciation, et que, désormais, il ne troublerait plus les Templiers dans leur jouissance, soit par lui-même, soit par d'autres. Sa femme, Prieuse, prit le même engagement, et tous deux consentirent à être frappés d'excommunication par l'official, à la requête des Templiers, si jamais ils se montraient infidèles à leur serment. Scellé du sceau de la Cour de Troyes, l'acte est daté du mois d'avril 1241 (9).

Rien n'a pu nous fixer sur l'importance des biens donnés aux Templiers par André de Rosson. Ils les augmentèrent bientôt par un achat, qui ne laisse pas moins à désirer sous le rapport de la précision. Cela tient sans doute à ce que nous connaissons ce contrat onéreux, non par l'acte qui en a été dressé, mais simplement par l'approbation dont il fut l'objet, en 1230, de la part de Thibaut, comte palatin de Champagne et de Brie. Le vendeur fut Bernard de Montcuc (de Monte-Cucco) (10), qui céda aux frères de la Milice du Temple, pour un prix qui n'est pas indiqué, tout ce qu'il possédait dans les villages d'Aillefol et de Rosson et sur leur territoire, ainsi que son essart situé entre Piney, Brevonnes (11) et Aillefol (12).

Je ne saurais indiquer l'origine des droits de Bernard de Montcuc à Rosson ; quant à ses possessions à Aillefol, il les avait reçues des fils de Pierre Guyn : Gui de Bar et Lambert. L'abandon qu'ils lui en firent fut approuvé par Pierre Guyn lui-même, ainsi que par Adeline, femme de Gui, et Hélye, femme de Lambert. Thibaut IV, comte palatin de Champagne et de Brie, le ratifia par une charte dans laquelle il a soin de spécifier que Bernard de Montcuc, son cher chambellan, "dilectus cambellanus", pourra disposer d'Aillefol comme bon lui semblera. Usant de cette liberté, Bernard s'empressa de vendre aux Templiers ce qu'il venait d'acquérir, semble-t-il, à titre gratuit. En effet, le comte de Champagne a daté de février 1230 (v. st.) la ratification de l'abandon fait par les fils de Pierre Guyn, et de 1230, sans indication de mois, celle de la vente consentie par Bernard de Montcuc aux Templiers. L'année 1231 ayant commencé à Pâques (23 mars), il ne peut y avoir entre les deux actes qu'un intervalle de quelques semaines (13).

Laissons un instant l'ordre chronologique pour suivre Bernard de Montcuc dans ses rapports avec l'Ordre du Temple. D'après M. Mannier, ce personnage était un des "seigneurs", c'est-à-dire, sans doute, un des vassaux de Gauthier IV, comte de Brienne. Pour le récompenser de ses services, Gauthier lui avait donné, en avril 1228, quatre cents arpents de bois, appelés le bois "Bateiz", sis entre Piney, Aillefol et Brevonnes, en même temps que le droit d'usage et de pâturage dans toutes ses forêts et dans toutes ses terres entre l'Aube et la Seine. Cette donation était faite à charge d'une redevance annuelle d'un denier, par arpent de bois, payable au comte ou à ses héritiers. De plus, il était formellement stipulé que le donataire pourrait disposer des bois comme bon lui semblerait, les défricher, y bâtir, les vendre même, ou les donner, soit aux chevaliers du Temple, soit à ceux de l'Hôpital, soit aux moines de Clairvaux, à la condition toutefois que les nouveaux propriétaires paieraient eux-mêmes la redevance annuelle dont les bois étaient grevés (14).

Quatre ans après cette donation, Bernard de Montcuc, agissant de concert avec sa femme, vendit aux Templiers, en présence et sous le sceau d'Erard de Chacenay, administrateur du comté de Brienne pendant l'absence de Gauthier, 120 arpents du bois "Bateiz" tenus en fief par Geoffroy de la Cauchade. Les Templiers s'engagèrent à payer annuellement au comte un denier par arpent et, de son côté, Erard promit de faire ratifier le contrat par Gauthier, dans les deux mois qui suivraient son retour de la Croisade (15).

Son mariage avec Marie de Lusignan, sœur du roi Henri Ier de Chypre (1233) fixa Gauthier en Palestine, où sa bravoure et ses talents militaires le placèrent bientôt au premier rang des chevaliers chrétiens. D'Acre, où il se trouvait en avril 1238, il transféra aux Templiers tout ce qu'il avait donné dix ans auparavant à Bernard de Montcuc. Trois témoins, et non des moindres, apposèrent leur sceau à cette donation, à côté de celui de Gauthier. Ce furent : l'archevêque de Nicosie, Eustorge ; le connétable du royaume de Jérusalem, Otton de Monlbéliard, et le seigneur de Sidon, Balian (16).

Peu après, Gauthier, pressé sans doute par le besoin d'argent, vendit à frère Herman de Périgueux, grand maître de la Milice du Temple, 1000 arpents de sa terre et de sa forêt "Bateiz". Ces 1000 arpents touchaient à la portion que les Templiers avaient naguère acquise de Bernard de Montcuc, avec l'autorisation du comte. Le prix de la vente fut de 2000 livres tournois payées comptant. Gauthier prit l'engagement de livrer aux acheteurs les 1000 arpents, libres de toute charge, sous peine d'avoir à leur payer le double du prix de la vente, qui, d'ailleurs, ne serait pas annulée pour cela, le contrat devant, quoi qu'il arrive, garder toute sa force et produire tous ses effets. Il promit en outre, sous la même peine, d'obtenir de Thibaut, roi de Navarre et comte de Champagne, la confirmation de la vente. Passé à Acre, sous le sceau de Gauthier, le dernier jour de juin de l'an 1239, l'acte, pour plus de sûreté, fut, à la prière du comte, scellé par l'archevêque de Tyr et par les évêques d'Acre et de Paphos (17).

Au mois de juin 1255 nous avons à relater un autre contrat de vente consenti aux Templiers par Bernard de Montcuc et Marguerite, sa femme.
L'objet de cette vente fut :
2500 arpents de bois, mesure de Troyes (18), à prendre dans la forêt du Der, avec les maisons, granges, tuileries, viviers, étangs, bergeries, existant dans cette partie de la forêt, le tout tenu en fief, par les vendeurs, de Marguerite de Durnay et du chevalier Jean de Durnay, son fils ;

le droit d'usage dans le reste de la forêt, où les acheteurs pourraient prendre tout le bois de chauffage et de charpente dont ils pourraient avoir besoin ;

le droit de pâturage pour toute espèce de bestiaux dans ladite forêt et dans la part de domaine appartenant à Marguerite de Durnay et à Jean, son fils, dans la châtellenie de Vendeuvre ;

tous les droits que Bernard et Marguerite avaient, ou pouvaient avoir, dans l'enceinte des 2.500 arpents sur les voies, bordures, entrées, issues, etc. Le prix de la vente fut 5500 livres de Provins payées comptant. Les limites des 2.500 arpents sont minutieusement indiquées dans le contrat (19).

Il fut convenu que Marguerite de Durnay et son fils conserveraient la garde et la haute justice sur le tout, excepté sur les maisons et leurs pourpris et, d'autre part, que les Templiers ne pourraient construire aucun village dans l'enceinte des 2500 arpents. L'acte fut passé sous le sceau de Nicolas, évêque de Troyes (20).

Le mois suivant, la vente fut notifiée par l'official de Troyes et dans ce second acte, complément du précédent, se trouvent de nouveaux détails, de nouvelles clauses, qu'il ne sera pas sans intérêt de relater. D'abord on reconnaît formellement aux Templiers le droit de convertir en chapelles (21) les maisons existant dans l'enceinte des 2500 arpents, et celui d'en bâtir d'autres, là où bon leur semblera, à la condition toutefois que ces constructions ne constituent pas une ville neuve. Ils pourront également essarter à leur gré et entourer de fossés, ou de toute autre clôture, les maisons et chapelles ainsi édifiées. A l'intérieur des clôtures, ils auront plein domaine et toute justice, avec exemption de tout droit de garde. A l'extérieur, la haute justice appartiendra, comme par le passé, à Marguerite de Durnay et à Jean, son fils; toutefois, comme châtiment des délits qui s'y commettront, les seigneurs hauts justiciers devront s'abstenir de toute exécution capitale et de toute mutilation de membres. Cette clause était une protestation contre la barbarie avec laquelle on punissait alors les simples délinquants, et c'est un grand honneur pour les Templiers d'avoir devancé sur ce point, de quelques années, notre bon roi Saint-Louis (22). Bernard de Montcuc et Marguerite, qualifiés citoyens de Troyes, s'engagèrent à faire ratifier la vente par le personnage qui serait préposé à l'administration du comté de Champagne et de Brie. Il devrait, à cet effet, délivrer, sous son sceau, des lettres patentes dans l'année qui suivrait sa promotion à l'administration du dit comté, en se conformant à la teneur de celles données ou à donner par le roi et par la reine. Ils promirent également que si la vente devenait caduque, en tout ou en partie, ils indemniseraient les Templiers des dommages qu'ils éprouveraient de ce chef. Le commandeur de Bonlieu et celui de Troyes évalueraient eux-mêmes ces dommages, et on devrait s'en rapporter à leur déclaration faite sous serment, sans exiger de preuves.

Bernard et Marguerite s'engagèrent, eux et leurs héritiers, à exécuter ces différentes clauses sous peine de payer 2000 marcs d'argent. Pour plus de sûreté, Marguerite abandonna spontanément aux Templiers tous les droits qu'elle pouvait avoir sur l'objet de la vente, à titre de dot, de conquêts, d'hérédité, ou autre, et, la main sur le livre des saints évangiles, elle promit de ne jamais revenir sur cet abandon.

Datée de juillet 1255, cette charte fut vidimée, le 25 juillet 1346, par Jean de Villebon et Guillaume Le Gras, tous deux clercs, tabellions jurés à Troyes, le premier étant, en outre, garde du scel de la prévôté (23).

La vente s'était faite du consentement de Marguerite de Durnay et du chevalier Jean de Durnay son frère, qui la confirmèrent au mois d'août, par une charte spéciale portant cette clause que, si le bois vendu contenait plus de 2500 arpents, ils garderaient l'excédant sous leur main; mais que si, au contraire, la contenance était moindre, ils combleraient le déficit (24).

Le mesurage avait été décidé en principe lors de la prise de possession par Bernard de Montcuc, et, en juin 1255, Marguerite de Durnay, Jean, son fils aîné (25), chevalier, et Jaquin, son second fils, écuyer, constatant que l'opération n'avait pas encore eu lieu, avaient constitué procureurs, pour y procéder en leur nom, Poinz de Sens, chevalier, et Guillaume Peneret, écuyer, "leur féal et ami chambellan" (26).

Dans ce même mois d'août 1255, la vente fut également confirmée par Marguerite de Bourbon, reine de Navarre, régente du comté de Champagne, par son fils Thibaut V, et par Isabeau, femme de ce dernier, et fille aînée de saint Louis.

Etant encore sous la tutelle de sa mère, Thibaut promit, par une clause spéciale, que dans l'année où il aurait "plénièrement" l'administration du comté de Champagne et de Brie, il confirmerait la vente par de nouvelles lettres. Et, comme si cette promesse n'était pas encore une garantie suffisante pour les Templiers, il ajouta : "S'il avenoit que nous moreussions, don Diex nous gart, ancores que ces choses fuissient acomplies et seelées si com nous avons promis, nous volons et ottroions et obligons noz fuiz et nos successeurs à ce que il acomplissent et seelent et conferment toutes ces choses devant dites" (27).

Fidèles à leur promesse, Thibaut V et Isabeau approuvèrent de nouveau, en juillet 1258, le contrat passé entre Bernard de Montcuc et les Templiers, réserve faite cependant, quant à l'usage dans la forêt du Der, des droits que les enfants de feu Eudes de Clermont avaient dans la huitième partie des pâtures.

L'approbation et l'amortissement eurent lieu à la requête des vendeurs, qui, pour obtenir cette double faveur, donnèrent au comte et à la comtesse de Champagne cinquante livrées de terre à prendre annuellement "au dedens les portes de Troyes" (28).

Afin de ne pas séparer les contrats passés entre Bernard de Montcuc et les Templiers de Bonlieu, il nous a paru bon d'abandonner un instant l'ordre chronologique; reprenons-le pour ne plus nous en départir et revenons en arrière.

Au mois de novembre 1229, Eudes de Montangon (29) chevalier, Béatrix, sa femme, et Guiot, leur fils, donnèrent d'un commun accord, aux Templiers, les droits qu'ils avaient sur un coutelier de Troyes, nommé Jocelin, ainsi qu'un revenu annuel de 3 setiers d'avoine et de 10 sols, qu'ils percevaient à Luyères (30). Ils s'engagèrent à ne jamais revenir sur cette donation qui, à leur demande, fut enregistrée sous le sceau de l'official de Troyes, dont le nom n'est pas indiqué (31).

En 1230, au mois de juillet, Henri Ribauld, de Vendeuvre (32), du consentement de ses fils, Alnulphe et Pierre, donna en aumône, aux Templiers de Bonlieu, 20 sols, monnaie de Provins, de revenu annuel et perpétuel, à prendre sur sa maison de Vendeuvre. En raison de cette aumône, faite pour le secours de la Terre sainte, il fut stipulé que le donateur et ses héritiers seraient exempts de tout service, libres de toute exaction, à moins qu'ils ne commettent quelque faute les rendant passibles d'une amende envers les chevaliers du Temple. Cette donation fut reconnue par Henri Ribauld en présence d'Hugues, doyen de Vendeuvre, qui la notifia par un acte non scellé (33).

Au mois d'octobre 1237, sous le sceau de Nicolas, évêque de Troyes, le chevalier Jean de Pel (34), donna en aumône perpétuelle à la Commanderie de Bonlieu, pour le remède de son âme et des âmes de ses ancêtres, environ 30 arpents de terre, en plusieurs pièces, sises fimages de Pel, de Molins (35), d'Ormes (36) et de Lesmont (37); sa vigne de Pel avec les champs et les prés adjacents ; deux pièces de pré, de deux fauchées chacune, finage dudit Pel; son pré, appelé "Bise Lammaine", dont la contenance n'est pas indiquée; une serve, Aveline d'Ormes, avec ses enfants ; deux hommes de corps, Nochères et Dure ; son moulin avec le cours d'eau, toutes choses qu'il affirma avoir légitimement acquises avant sou mariage. Jean de Pel avait autrefois vendu aux Templiers, moyennant 60 livres, monnaie de Provins, 100 arpents de terre, sis finage de Pel, et tenus par défunt Jobert, son homme de corps. Il les leur avait ensuite repris et les avait gardés sous sa main. Revenu à de meilleurs sentiments et regrettant l'injustice dont il s'était rendu coupable, il les leur rendit, suivant en cela les sages conseils qui lui avaient donnés.

Il est permis de penser que les motifs qui déterminèrent Jean de Pel à la restitution, et même à la donation, furent d'un ordre beaucoup moins élevé, et qu'il céda surtout au besoin d'argent. Nous le voyons en effet, dans le même acte, emprunter aux Templiers 200 livres, monnaie de Provins, avec promesse de les leur rendre lorsqu'il en serait requis. Par une clause, qu'on retrouve dans la plupart des actes de cette époque, Jean de Pel s'engagea avec serment à ne jamais revenir sur sa parole et à ne pas permettre que les Templiers fussent troublés, par qui que ce fût, dans la jouissance des droits qu'il leur conférait (38).

Par un second acte, également sous le sceau de l'évêque de Troyes, et daté du même mois d'octobre, Jean de Pel reconnut que ce qu'il avait donné aux Templiers était de leur mouvance et qu'il le tenait d'eux en fief (39).

En 1246, nous avons à enregistrer la vente faite aux Templiers par Gauthier, dit Lombard, de Rouqueroles, de deux journaux déterre, sis au chemin de Balignicourt (40) et de la moitié d'un journal près des Ormets (41).

Non loin du Temple de Bonlieu se trouvait l'abbaye de Larrivour (42), et, sur plus d'un point, les biens des deux établissements religieux étaient contigus. La ligne de démarcation, si elle avait été nettement établie au début, perdit de sa précision avec le temps. C'est ainsi qu'un différend s'éleva entre le frère Hubert, commandeur de Bonlieu, et l'abbé de Larrivour, au sujet de la voie existant entre le bois de Rosson et celui de Dosches. L'abbé prétendait que le Commandeur prenait de cette voie plus que sa part, et le Commandeur soutenait le contraire. Pour rétablir la paix, on convint de recourir à un arbitrage. Quatre prud'hommes, Morel et Raoul de Champigny (43), nommés par les religieux de Larrivour, Brice de Dosches et Jacques du Mesnil (44), nommés per les Templiers, procédèrent d'un commun accord à un bornage, qui fut accepté par les parties, comme l'attestent les lettres données à ce sujet par frère Renaud de Vichier, précepteur des maisons du Temple en France, lettres qui portent la date de mai 1248 (45).

Les Templiers avaient un étang près de leur maison de Bonlieu. Entre cet étang et le chemin de Piney, ils en établirent un second, dont les eaux, par suite de l'insuffisance des chaussées, envahirent des prés et des vergers appartenant à Lambert, ancien prévôt de Piney, et à sa femme Hédéarde. De là, plainte de ces derniers. Après mesurage et estimation à l'amiable du dommage causé, on transigea sur les bases suivantes : Lambert et sa femme percevraient, à l'avenir, le cinquième des produits du nouvel étang et ils interviendraient, également pour un cinquième, à la requête du Commandeur, dans les frais d'entretien. Ils ne pourraient y pécher sans le consentement préalable des Templiers. Ceux-ci, au contraire, n'auraient pas à demander leur assentiment, lorsqu'ils voudraient se livrer à la pêche, mais simplement à les prévenir à leur domicile à Piney. Ainsi avertis, Lambert et sa femme pourraient, à leur gré, venir ou non à l'étang, au jour et à l'heure indiqués ; mais, dans l'un comme dans l'autre cas, les Templiers auraient le droit de pêcher en faisant la part de leurs associés. Il fut en outre convenu que si, relativement à l'entretien et à la réfection des chaussées, l'une des parties occasionnait à l'autre quelque dommage par sa négligence, elle serait tenue de le réparer intégralement. Cet accord fut passé au mois de mars 1253 (v. st.) sous le sceau de l'official de Troyes (46).

Au mois de juillet 1254, le chevalier Gui de Milly (47) et Agnès, sa femme, vendirent aux Templiers, moyennant 1 700 livres :
600 arpents de bois, appelés les bois "Bateix", sis entre Brevonnes et la maison de Bonlieu, avec les appartenances et dépendances, édifices, corvées, seigneuries, haute et basse justice, "emblavures, entrées, folles issues, coutumes et autres droits" ;

la haute justice et 33 sols 4 deniers tournais de cens, à percevoir annuellement sur 400 autres arpents de bois tenus des vendeurs par les chevaliers Lionnes (Leonius) et Jean Barre. Ces biens et ces droits appartenaient en propre à Agnès, qui les possédait à titre héréditaire (48).

Au mois de septembre suivant, les vendeurs attestèrent par de nouvelles lettres qu'ils avaient mis en possession le maître du Temple en France, et le Commandeur de Bonlieu, leur cédant tout le droit et saisine qu'ils avaient sur l'objet de la vente (49).

L'acte de vente avait été soumis à Jean, sire de Châteauvillain, et à sa femme Jeanne, fille de Gui et d'Agnès, qui, après en avoir reproduit la teneur, l'avaient ratifié en juillet 1254 (50).

Il fut, en outre, approuvé et confirmé par Marguerite de Bourbon, comtesse de Champagne et de Brie, par Thibaut V, son fils, et par le frère d'Agnès, Gauthier, seigneur de Reynel (51), bailli du comté de Brienne (52).

Les Templiers tenaient de Gui de Milly, une grange sise en Orient, dans le comté de Brienne et lui devaient, de ce chef, 4 muids 2 setiers et une mine de blé d'hivernage (yvernagii), mesure de Troyes; 10 muids 3 setiers d'avoine; 3 setiers de pois ; plus, en argent, 11 livres 9 sous, monnaie de Provins. En mai 1255, le Commandeur de Bonlieu, Jobert, s'acquitta de cette dette entre les mains de l'agent d'affaires du chevalier, le chanoine de Pleurs (53), Gauthier; qui lui en délivra quittance sous le sceau de l'official de Troyes (54).

Une rente viagère de 2 setiers de froment, d'un setier d'orge et de 40 sous, monnaie de Provins, était due par les Templiers à Alide et à Marguerite, filles de défunt Hugues Poët, chevalier, et à Isabelle de Rosson. Cette rente se répartissait ainsi : à Alide et à Marguerite, sa sueur, une mine de froment, une mine d'orge et 10 sols de Provins chacune; à Isabelle de Rosson, un setier de froment et 20 sous.

Au mois d'août 1255, sous le sceau de l'official de Troyes, le chevalier Henri, dit de "Barato", agissant en son nom et au nom d'Alide, de Marguerite et d'Isabelle, dont il était sans doute tuteur, fit remise aux Templiers de cette rente viagère, moyennant 23 livres, monnaie de Provins, qui lui furent payées comptant. Il promit de garantir les Templiers contre toute réclamation, de quelque part qu'elle pût venir, engagea à cet effet sa personne et ses biens, meubles et immeubles, présents et à venir, et se soumit à la juridiction de la Cour de Troyes (55).

Un grave différend s'était élevé entre Jean, comte de Brienne, et les Templiers, au sujet des maisons de Bonlieu et de Ville-sur-Terre (56), des différents acquêts faits par les chevaliers dans le comté de Brienne, et même en dehors du dit comté. Affirmant nettement son droit de suzeraineté sur ces biens du Temple, Jean les avait fait saisir dans "l'an et jour" de son retour de la Palestine. Au lieu de porter leur différend devant les tribunaux, les parties résolurent d'y mettre fin par un compromis. Deux arbitres furent nommés à cet effet : Thomas, abbé d'Orbais (57), par le comte de Brienne, et Thibaut de Sens, dit Clerc, par frère Gui de Basanville, représentant de la chevalerie du Temple en France. Il fut convenu qu'au jour fixé par les arbitres, le comte de Brienne remettrait à Gui de Basanville, ou à son procureur, un mémoire détaillé de ses plaintes et griefs, avec faculté de le compléter, s'il y avait lieu, dans les trois semaines qui suivraient la fête de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste. Ce mémoire ainsi déposé, huit jours seraient accordés à Gui de Basanville pour y répondre et pour exposer tous les moyens de défense des Templiers, puis, huit autres jours s'étant écoulés, les arbitres pourraient citer les parties pour les entendre contradictoirement. Le comte eut soin de faire stipuler que le compromis, quel qu'il fût, ne porterait pas atteinte à son droit pour le passé, c'est-à-dire que jusqu'à la sentence des arbitres, la saisie, qu'il avait opérée, aurait son plein effet. Cette sentence devrait être rendue dans les trois semaines après la Nativité de Saint-Jean-Baptiste, à moins que, d'un commun accord, ce terme ne fût prorogé. La partie qui ne se conformerait pas à la sentence arbitrale devrait payer à l'autre 100 marcs d'indemnité, mais seuls les arbitres auraient droit de réclamer cette somme. Ces conventions préliminaires, sous le sceau du comte et sous celui de Gui de Basanville, sont datées du dimanche de la quinzaine de Pâques de l'an 1260 (58).

Au mois de septembre de cette même année, le mardi avant la fête de saint Mathieu, Herbert, dit Belons, de Villiers-le-Brulé (59), reconnut, par devant l'official de Troyes, avoir donné en aumône perpétuelle au maître et aux frères de la milice du Temple de Bonlieu, une petite pièce de pré et environ six perches de terre qu'il possédait près du Champ de l'Etang de Milly. Il promit avec serment non seulement de ne jamais revenir sur cette donation entre vifs, mais encore d'en donner aux Templiers bonne garantie, consentant à être frappé d'excommunication par l'official, en cas d'infidélité à ses engagements et se soumettant, sur ce point, à la juridiction de la Cour de Troyes, quel que puisse être, dans la suite, le lieu de sa résidence (60).

Nous avons vu ci-dessus que dans la vente des 2500 arpents de bois de la forêt du Der, consentie aux Templiers par Bernard de Montcuc, réserve formelle avait été faite du huitième des droits de pâturage appartenant aux enfants de feu Eudes de Clermont (61) dans la dite forêt et dans toute la châtellenie de Vendeuvre. En 1263, les trois fils d'Eudes : Guillaume, Simon et Gallart, vendirent ce huitième aux chevaliers pour 120 livres, monnaie de Provins, qui leur furent payées comptant et dont ils délivrèrent quittance sous le sceau de maître G., official de Langres (62).

Une autre quittance de 27 livres de Provinois forts, délivrée au mois de décembre 1265 sous les sceaux d'André, doyen de la chrétienté de Bar-sur-Aube, et de Jean Chrétien, prévôt du dit Bar, atteste que Guillaume de Clermont, damoiseau, seigneur en partie de Vendeuvre, vendit également à Jobert, commandeur du Temple de Bonlieu, les droits de pâturage qu'il avait sur le territoire de Vendeuvre (63).

La mort de Jean de Brienne survint probablement avant la fin de l'arbitrage dont nous avons relaté ci-dessus les préliminaires; elle mit naturellement fin aux négociations, de sorte que, la paix n'ayant pas été conclue, le conflit avec les Templiers continua sous le comte Hugues de Brienne, frère et héritier de Jean. Ce conflit portait sur la maison de Bonlieu, son pourpris et ses dépendances, comprenant 500 arpents et plus, tant en terres labourables qu'en prés, avec un étang et un moulin à vent; sur 100 arpents de terres arables venant de Geoffroy de la Cauchade, feudataire de Gauthier IV; sur un étang sis lieu dit "Bozaz", en une contrée mouvant du comte de Brienne soit en terrage, soit en censive, soit en domaine, le tout situé dans le comté, entre Piney et Aillefol; sur le fief ayant appartenu à Jean de Pel avant d'être la propriété des Templiers; sur 500 arpents de terres et 10 fauchées de pré à Ville-sur-Terre (64) ; sur des murailles élevées par les Templiers sur la voie publique, ainsi que sur une maison et des pâtures au même village ; sur la maison appelée la "Bouverie", lieudit la Maison-au-Bois au val de Loage, maison que le comte disait n'avoir pas été construite sur la voie publique, mais dans sa justice ; sur la moitié d'un bois près du val de Loage, que les Templiers auraient possédé injustement, puisque Geoffroy du Mesnil (65) l'avait tenu en fief du comte de Brienne ; sur huit mesniées d'hommes demeurant à Crespy (66) ; sur une maison sise à La Chaise (67) ; sur deux muids de blé, par moitié froment et avoine, mesure de Bar-sur-Aube, acquis par les Religieux de Jean de Thil (68), chevalier, mouvant du comte en arrière-fief et que le dit Jean de Thil avait levés dans les greniers de la Commanderie de Thors (69) ; sur un demi-muid de blé, par moitié froment et avoine, que Guillaume de la Marche et Gui, chevaliers, tenaient en fief du comte sur les revenus de Fresnay (70) ; sur des fossés et autres clôtures faites par les Templiers près de leur maison de Bonlieu ; sur les dommages qu'ils avaient causés au comte dans ses bois nouvellement coupés, soit en y menant paître leurs bestiaux, soit en y coupant des arbres pour construire des loges, etc.

Pour leur défense contre ces griefs, les Templiers avaient accumulé lettres sur lettres, titres sur titres, arguments sur arguments, comme le constate Hugues de Brienne, et cependant l'accord ne se faisait pas.

L'absence du comte, longtemps retenu en Palestine, était du reste de nature à faire traîner les négociations en longueur, ses agents n'osant pas; sans doute, prendre l'initiative et la responsabilité d'un compromis en matière aussi grave, aussi délicate. Ce fut seulement à son retour en France qu'un rapprochement eut lieu entre les parties et que, guidées par de sages conseillers, elles reconnurent la nécessité de concessions réciproques, qui amenèrent la réconciliation et la paix. Moyennant mille livres tournois, qui lui furent payées sur-le-champ, Hugues de Brienne amortit les maisons, les moulins, les étangs et toutes les possessions des Templiers, sur lesquels il revendiquait des droits de suzeraineté, notamment les 78 arpents de terres labourables qui leur avaient été donnés par le chevalier Jean de Pel, plusieurs fauchées de pré, la vigne du dit Jean, d'une contenance de trois arpents, des hommes et des femmes de corps, etc. Il fut formellement stipulé que le comte ne pourrait, sous aucun prétexte, exercer la justice dans l'intérieur de la clôture des maisons, qui étaient ou qui seraient habitées par des Frères du Temple vivant en communauté. Hugues s'engagea, avec serment, à ne jamais revenir sur les concessions ainsi consenties ; il donna, comme garantie, tous ses biens, meubles et immeubles, présents et futurs, et remit aux Templiers, scellées de son sceau, les lettres relatant la convention, lettres datées de Troyes la veille lie la fête de Saint-Pierre-ès-Liens, c'est-à-dire le 31 juillet 1269 (71).

L'année suivante, au mois de mai, Hugues de Brienne assura aux Templiers de Bonlieu, sur sa vente de Brienne, une rente annuelle de 60 sols tournois (72), au lieu de la terre qu'il leur avait donnée à Pel, et qu'il venait de comprendre dans les biens destinés à assurer le douaire de la comtesse Marie, sa mère. Si la dite comtesse venait à mourir, ou si les bois de Presle (73) suffisaient à produire les 800 livres de revenu, montant du douaire, les Templiers reprendraient la terre de Pel, et leur titre de rente sur la vente de Brienne serait annulé par la remise au comte des lettres qui le; constituaient (74).

Deux quittances délivrées par la comtesse au maître du Temple de Bonlieu, l'une de 50 livres tournois en date du 25 novembre 1271, l'autre de 51 livres 10 sols en date du 2 février 1272 (v, st.) attestent que le comte de Brienne s'était déchargé sur les Templiers d'une partie de la somme qu'il devait payer annuellement à sa mère en raison de son douaire (75). Dans ces quittances, la comtesse Marie prend le titre de "dame de Montagoillon".

Durant les quinze années qui suivirent la dernière quittance, il y a absence complète, de documents. Le premier qui vient ensuite est daté de 1288 et il a trait à un différend qui s'éleva entre les frères de la maison de Bonlieu et la communauté des habitants de la Ville-au-Bois (76). Ces derniers prétendaient avoir droit d'usage dans les bois de la Loge Bazin, dépendance de Bonlieu. Les Templiers soutenaient le contraire. Après avoir pris avis de sages conseillers et en avoir mûrement délibéré, ils consentirent cependant aux concessions suivantes, qui nous sont révélées par des lettres de Geoffroi de Vichier, visiteur général des maisons de la chevalerie du Temple dans les royaumes de France et d'Angleterre : on ferait deux parts égales des bois en litige ; aussi bien que les Templiers, les habitants de la Ville-au-Bois auraient toutes leurs aisances dans celle contiguë à leur village. Quant à l'autre, touchant à la Loge-Bazin, les Templiers la convertiraient en forêt banale et en disposeraient à leur gré, la faisant garder banalement par leurs serviteurs ou par leurs frères, sans que les habitants puissent rien y prétendre; d'autre part s'ils renonçaient à mettre des charbonniers et des cendriers dans les bois où les habitants auraient leurs usages, ils déclaraient garder sur cette partie, aussi bien que sur l'autre, tous droits de justice, de domaine, de grairie, de propriété et de saisine. Les lettres de Geoffroy de Vichier relatant cette transaction sont datées du 12 août 1288 (77). Par d'autres, tout à fait identiques et portant la même date, de semblables concessions furent faites aux habitants de la Villeneuve-au-Chêne (78) qui, comme ceux de la Ville-au-Bois, revendiquaient le droit d'usage dans tons les bois de la Loge-Bazin (79).

A quelques kilomètres de Bonlieu se trouvait une maison de culture ou loge, vulgairement appelée loge d'Orient, ou encore loge Lyonne, probablement du nom de messire Lyons, chevalier demeurant à Méry (80), qui la posséda, puis la vendit à Clément de Ravières (81), citoyen de Sens, et à Félise sa femme. En 1294, le mercredi après l'Assomption, Clément et Félise; d'un commun accord, la cédèrent, moyennant 1200 livres tournois petits, à frère Hugues de Paraud, précepteur du Temple en France en même temps que Commandeur de Bonlieu. Renaud le Bazenier et Jean le Haubergier sont désignés comme témoins dans l'acte de vente, qui, passé par devant les jurés Jean de Vitry, clerc, et Henri Douterons, citoyen de Troyes, fut notifié par Jean le Monnoier, garde du scel de la prévôté.

L'objet du contrat y est ainsi détaillé : une maison, ou loge, communément appelée loge d'Orient, le "tréfond", les appartenances et toutes les maisons, granges, bergeries, etc., se trouvant dans l'enclos de la dite loge ; 400 arpents tant terres arables que prés, bois et étangs, mouvant de la justice des Templiers sur la paroisse de Brevonnes ; tous les droits d'usage et de pâturage et tous les revenus, ou profits, que les vendeurs pouvaient avoir, réserve faite seulement de la récolte de l'année courante, ainsi que des brebis et autres bestiaux. Thibaut, frère de Clément de Ravières, non seulement approuva la vente, mais il s'unit à son frère et à sa belle-sueur pour "se dévêtir du tout en tout", en faveur de frère Hugues de Paraud, et de sa maison de Bonlieu (82).

Chose étrange et tout à fait insolite, la vente n'eut pas lieu seulement devant la juridiction civile, mais encore devant la juridiction ecclésiastique, de sorte qu'il y eut deux instruments, deux titres authentiques du contrat, notifiés à la même date, l'un en français sous le sceau de la prévôté de Troyes, — nous venons de l'analyser, — l'autre en latin sous le sceau de l'official. Dans ce dernier que nous publions à nos "Pièces justificatives" sont désignés comme témoins de la vente, de la mise en possession et de la reconnaissance, Jean Patriarche, tabellion de la Cour de Troyes, notaire apostolique, Julien de Montrouge et Jean d'Amiens, clercs, notaires de l'officialité. Dans les deux actes, absolument identiques quant au fond, les vendeurs déclarent renoncer "à ce qu'ils puissent dire qu'ils n'aient receu les 1,200 livres en bons deniers comptants ; qu'ils aient été déçus en cette vendue outre la moitié du droit prix ; à tous privilèges de croix prise et à prendre ; à toutes franchises, bourgeoisies du roy de France, et de tous autres seigneurs ; à tous aides de droit, de canon et de loy ; à toutes exceptions de barat et de tricherie, espéciaument la dite Felise à toute exception de douaire et de don fait par noces, et à toutes choses qui, en ce fait, heur pourroient valoir et aux dits Religieux nuire".

En reconnaissance des services qui lui avaient été rendus par les Templiers de Bonlieu, et de l'aimable courtoisie qu'ils ne cessaient de lui témoigner, le prêtre Raoul, surnommé Daveloirre, sans doute curé dans les environs, leur céda, par donation entre vifs, et à titre irrévocable, tous ses biens meubles et immeubles, en quelque lieu qu'ils se trouvassent. Tout en stipulant qu'ils n'en auraient la jouissance qu'après son décès, il leur laissait la faculté d'en disposer auparavant à leur gré, réserve faite seulement de la partie de ces biens nécessaire à sa nourriture et à son entretien. Cette donation fut faite sous le sceau de la Cour de Troyes, le mardi après la fête de saint Clément de l'année mil trois cent. En prenant l'engagement de ne jamais revenir sur sa libéralité, le donateur se soumit, sur ce point, à la juridiction de la dite Cour, quelque puisse être à l'avenir le lieu de sa résidence (83).

En 1302, Jean, sire d'Arcis et de Chacenay, occupait la maison de la Loge-Bazin, se livrant aux plaisirs de la chasse dans les bois environnants. Afin que cette occupation ne put, par la suite, devenir préjudiciable aux Templiers, en vertu de la prescription, ou de l'adage "possession vaut titre", Jean reconnut au mois de mai, par lettres scellés de son sceau, qu'il n'avait aucun droit aux aisances de la dite maison, mais que, cédant à sa prière, le maître de Brie la lui avait prêtée gracieusement et par pure courtoisie (84).

C'est le dernier acte que nous ayons à enregistrer.

Prudents à l'excès pour la conservation de leurs droits contre les empiètements d'un seigneur, les Templiers de Bonlieu furent impuissants à les défendre contre les convoitises du roi Philippe-le-Bel. Comme tous leurs frères de France, ils furent arrêtés et incarcérés le matin du 13 octobre 1307.
Quel était alors leur nombre ?
Qui, parmi les chevaliers de la région, fut chargé par le bailli de Troyes de l'exécution des ordres du roi ? En quel lieu-furent-ils emprisonnés et quelles réponses firent-ils au premier interrogatoire qu'ils durent subir ?
Autant de questions qu'il me faut, à mon grand regret, laisser sans réponse.

Devenus vacants par suite du brutal emprisonnement de leurs légitimes propriétaires, les biens des Templiers furent alors mis en régie, c'est-à-dire administrés au profit du trésor royal, par des agents qui — nous l'avons constaté pour la Commanderie de Payns dans l'examen du compte de Jean de Halles — ne trouvèrent pas toujours dans l'exercice de leur charge les bénéfices qu'ils avaient pu rêver.

L'administrateur des biens du Temple, pour les bailliages de Troyes et de Meaux, fut Jean Guérin de la Villeneuve-le-Roi, comme nous avons eu plusieurs fois déjà, dans nos précédents travaux, occasion de le dire. Il confia, en tout ou en partie, la gestion de la Commanderie de Bonlieu à un nommé Henri de Vair. A quelle date ?
De Vair fut-il nommé immédiatement après l'arrestation des Templiers, ou succéda-t-il à un autre régisseur, comme nous avons vu, à Payns, Thomas de Savières prendre la place de Jean de Huiles ?
C'est un point qui reste à élucider. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que de Vair était encore en exercice à Pâques fleuries de l'année 1309.

A cette date on renonça à la régie, qui, sans doute, ne donnait pas les heureux résultats qu'on avait espérés, et les Commanderies furent mises en location. Par devant Pierre d'Orléans, garde du scel de la prévôté de Troyes, et Guillaume de Toms, clerc, lieutenant d'Hémery de Vézelay, Jean Guérin de la Villeneuve-le-Roi, donna alors à bail, pour six ans, à Henri de Bar, demeurant à Onjon (85), et à Jacques Biaulus d'Iles, (86) les maisons de Bonlieu, de Rosson et de la Loge-Bazin, avec leurs dépendances, moyennant 200 livres tournois petits, payables en deux termes, à Noël et à la Saint-Jean-Baptiste, le premier terme échéant à la fête de Noël de l'année 1309. Furent réservés et non compris dans le bail, les bois n'étant pas en usages communs, les étangs, les droits de formariage, de mainmorte et de haute justice. L'entretien des bâtiments, mis d'abord en état aux frais du Temple, était laissé à la charge des preneurs, à qui on fournirait, pour cela, le gros merrain dont ils pourraient avoir besoin. Ils devraient en outre :

acquitter les cens, les coutumes et les redevances, "excepté pensions d'avocats, vivres de sueurs, de confrères ou de donnés" ;

"faire chanter", une fois par semaine, dans la chapelle de Bonlieu, c'est-à-dire, sans doute, y faire célébrer chaque dimanche le service divin ;

rentrer dans les granges dudit Bonlieu les récoltes des terres en dépendant et y faire pourrir les pailles, sans jamais vendre le fumier ;

laisser à la fin du bail, à Bonlieu, 140 arpents emblavés de froment, plus 42 arpents labourés et prêts à être ensemencés d'avoine ; à Rosson, 21 arpents emblavés de seigle ; à la Loge-Bazin, 20 arpents emblavés de froment, et à Rosson 11 arpents emblavés d'orge (87).

La question des bâtiments et des terres ainsi réglée, restait celle des bestiaux, du matériel de culture et des meubles proprement dits. A Payns, on avait converti en beaux deniers sonnants, par une vente soit aux fermiers des terres, soit à d'autres, ce mobilier de la Commanderie. A, Bonlieu, par suite sans doute de la difficulté de trouver des fermiers assez riches pour l'acheter, ou pour le remplacer, on l'évalua à prix d'argent et on le laissa "à la garde et péril" des preneurs, avec obligation de le rendre à la fin de leur bail, ou d'en payer le prix. L'alternative étant laissée au choix des administrateurs, cette opération équivalait en réalité à une vente avec ajournement sexennaire du paiement.
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A Bonlieu, il y avait, en fait de bestiaux et de mobilier
37 bêtes armelines, c'est-à-dire 37 vaches qui, estimées 74 livres, furent données à "crois", suivant la coutume du pays, avec cette clause que le "crois" serait partagé par moitié entre les parties contractantes, après les trois premières années du bail.

48 boeufs de trait estimés 144 livres, y compris "tout leur harnois", à savoir chars soutenus, charrues garnies de fer, jougs, courroies et "autres harnois pour traire à charrues, à chars et à charrettes".

Deux roncins et trois juments, avec leurs colliers, traits, chevestres, "liures", selles, etc., plus un char et une charrette ferrée, une vieille ferrure à charrette et quatre chars soutenus, le tout estimé 40 livres tournois.

Les moutons, si nombreux à Payns, ne sont pas mentionnés dans le bail. Faut-il en conclure qu'il n'y en avait pas à Bonlieu ?

La conclusion serait risquée ; il est plutôt à présumer qu'ayant trouvé à les vendre avant la location, Jean Guérin de la Villeneuve-le-Roi l'avait fait, pressé qu'il était d'envoyer le plus d'argent possible au trésor royal.

Le mobilier proprement dit, lits, huches, batterie de cuisine, etc., dont nos lecteurs trouveront le détail aux Pièces justificatives, fut évalué 41 livres 14 sols, non compris les cuves à vin, au nombre de six, les cuviers et les, tonneaux, qui ne furent pas estimés, mais laissés aux preneurs, à charge d'entretien.

Total de la prisée pour Bonlieu : 299 livres.
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A Rosson
Ecurie : huit boeufs de trait et deux vaches, comme il est porté dans l'inventaire et dans le compte d'Henri de Vair, estimés, avec leur "harnois", 30 livres.

Mobilier consistant en lits, courte-pointe, coussins, tables, bancs, tréteaux, tonneaux, draps, nappes et divers ustensiles de ménage, estimé 12 livres 14 sols.

Total de la prisée pour Rosson : 42 livres, 14 sols.
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A la Loge Bazin


Ecurie : sept boeufs et une vache de trait, avec leur "harnois" : 24 livres.

Mobilier, comme ci-dessus : 8 livres 1 2 sols.

Total de la prisée pour la Loge Bazin : 32 livres 12 sols.
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A la Picarde
(Pour la garnison du fermier de la dite maison).

Ecurie : quatorze boeufs et quatre vaches de trait, avec leur "harnois" : 54 livres.

Mobilier comme ci-dessus, avec mention spéciale d'une cognée, d'une hache, de deux fourches, de deux crochets de fer, de trois serpes, de trois tarières, d'un "vail" et d'un "fessour" : 15 livres 4 sols 6 deniers.

Total de la prisée pour la Picarde : 69 livres 4 sols 6 deniers.

Total général : 443 livres 10 sols 6 deniers.
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Les administrateurs des biens du Temple
Comme nous l'avons dit, les administrateurs des biens du Temple pourraient, à leur choix, les six ans expirés, exiger cette somme, ou reprendre possession des bestiaux et du mobilier. Il fut formellement stipulé que les preneurs rendraient les bêtes dans la dernière année de leur bail, aussitôt qu'il serait temps de labourer les terres, pour les semailles des orges et des avoines. Quant aux terres qu'ils devaient rendre ensemencées, ils commenceraient à les labourer dès que la saison serait venue. Enfin, comme Jean Guérin de la Villeneuve-le-Roi leur prêtait une pôtée de foin pour commencer leur exploitation, ils devraient, à la fin du bail, en laisser une autre dans la grange de Bonlieu.

L'original de ce contrat a disparu ; nous en connaissons la teneur par une copie faite sous le sceau de la prévôté de Troyes, en présence d'Erart d'Ameron (?) et de Mons Adam de Mesnil-Saint, Loup, le dimanche avant la Saint-Jean-Baptiste de l'an 1311, copie qui a été elle-même vidimée par l'official de Troyes le mardi avant la fête de l'Ascension de l'année 1313 (88).

Rapprochée de celle de la Commanderie de Payns, qui eut lieu à la même date, la location de la Commanderie de Bonlieu nous apporte une preuve certaine que la régie des biens du Temple cessa, dans le bailliage de Troyes, à Pâques 1309. Il paraît plus que probable que la mesure fut générale, bien que jusqu'à ce jour à ma connaissance — elle n'ait été relatée par aucun des nombreux et consciencieux érudits qui se sont occupés de l'histoire des Templiers. Il y a là, comme je l'ai déjà fait remarquer, un fait nouveau, dont il faudra désormais tenir compte dans l'étude de cette mystérieuse affaire et qui affermira dans leur conviction ceux qui, comme moi, croient que l'Ordre du Temple tomba victime du déni de justice, à la fois le plus brutal et le plus cauteleux que l'histoire ait jamais eu à enregistrer.

En effet, — ai-je besoin de le souligner ? — dans le bail que je viens d'analyser et que je donnerai plus loin, in extenso, l'éventualité que, reconnus innocents, les accusés pourront reprendre possession de leurs commanderies, n'est ni prévue, ni envisagée. Avant que leur culpabilité ait été juridiquement établie, avant même que la commission d'enquête nommée par le pape soit entrée en fonctions, on dispose de leurs biens, soit en les mettant en vente, soit en les affermant pour six ans. N'est-ce pas là une preuve, que d'ores et déjà, leur sort était irrévocablement fixé ; que la fameuse enquête n'était que pour la forme ; que les accusés étaient condamnés avant d'être jugés et que pour eux, en réalité, l'exécution précéda de trois ans la sentence, qui prononça la suppression de l'Ordre ?

J'ai jugé très sévèrement naguère la conduite de Philippe-le-Bel dans la circonstance, faisant peser sur lui toute la responsabilité de la vente du mobilier et de la location des biens de la Commanderie de Payns. Mieux informé, aujourd'hui, je dois modifier mon appréciation et reconnaître qu'à Payns comme à Bonlieu la mesure inique, qui substitua la vente ou la location à la régie, fut prise du consentement du souverain Pontife, consentement obtenu sans doute à force d'instances, pour ne pas dire de pression, mais consentement réel cependant, qui atténue dans une certaine mesure la culpabilité du roi.

J'exposerai brièvement les raisons qui me portent à penser ainsi.

En octobre 1308, Clément V reproche au roi d'Angleterre d'avoir disposé à son gré des biens du Temple en faveur de certains favoris. Il lui fait observer que ces biens doivent faire retour à l'Ordre si son innocence est reconnue et être mis, dans le cas contraire, à la disposition du Saint-Siège. Il ajoute que, du consentement des cardinaux et en présence de son très cher fils en Jésus-Christ, l'illustre roi des Francs, Philippe, il a, du temps où il résidait encore à Poitiers, réglé la question des biens dû Temple en quelque lieu, de l'univers qu'ils se trouvent.

"Le roi de France, dit-il, faisant droit à notre requête, nous les a libéralement rendus et, par diverses lettres, il a enjoint à ses justiciers et sujets de les remettre intégralement et sans fraude aux délégués du Saint-Siège (89). Nous avons décidé qu'une commission d'enquête, chargée d'informer sur les désordres imputés aux Templiers se rendrait dans votre royaume pour prendre possession desdits biens. Revenez donc sans délai sur toutes les concessions ou aliénations que vous avez pu faire, et qui sont nulles de plein droit. Remis entre les mains de nos délégués, les biens en question seront rendus aux Templiers si les accusations portées contre eux ne sont pas fondées; dans le cas contraire, ils serviront au secours et à la garde de la Terre Sainte, conformément aux intentions des donateurs. Ce sont les intérêts de la Majesté divine qui sont en cause ; respectez-les, sinon vous encourrez la rigueur de ses, jugements. (90)

Six mois s'étant écoulés après cette protestation, ce qui s'était fait en Angleterre se fait en France et le pape reste muet. Son silence ne doit-il pas être considéré comme un véritable acquiescement ?
Mieux que cela, l'aliénation par vente ou par location étant postérieure de quelques semaines aux lettres de Philippe-le-Bel ordonnant la remise des biens du Temple aux administrateurs nommés par le pape, ce n'est pas au nom du roi, mais au nom du pape qu'elle eut lieu et Clément V doit en porter la responsabilité.

Exposons les faits antécédents d'après les documents que le docteur Henri Finke a récemment découverts aux archives de la Couronne d'Aragon, à Barcelone, et qu'il vient de publier sous ce titre : "Papstum und Untergang des Templerordens (91).

Clément V avait demandé au roi la remise des biens da Temple dès le 27 octobre 1307. On ne s'empressa pas de faire droit à sa requête, et il n'avait encore rien obtenu le 21 janvier 1308, puisqu'à cette date le fameux dénonciateur des Templiers, "Esquiu de Floyrano", écrivait à dom Jaime, roi d'Aragon : "Que votre domination sache que, si le pape cherche à avoir une part des biens des Templiers, en tant que personnes religieuses, le roi de France a été conseillé qu'il n'est tenu à rien lui en donner. Car jamais ce n'a été un Ordre religieux ; leurs fondements mêmes sont entachés d'hérésie. Et ceux qui disent que ce qui leur a été donné l'a été en aumône, ne disent pas bien, car cela a été donné aux démons et non à Dieu ; les donateurs n'en doivent rien recouvrer ; tout doit revenir aux princes de la terre" (92).

Le 29 mai 1308, les dispositions du roi et des légistes n'ont pas changé ; la résistance au pape continue et si, dans le consistoire tenu à Poitiers ce jour-là, messire Guillaume de Plaisians atténue quelque peu la thèse d'Esquiu quant à la confiscation pure et simple au profit du trésor royal, il affirme le droit du roi de disposer des biens pour les besoins de la Terre Sainte, librement, de sa propre initiative et sans l'intervention du pape. En effet, voulant imposer silence aux "maudits" qui prétendaient que le roi avait été incité par l'avarice et la cupidité, il faisait observer que Philippe-le-Bel "était riche, qu'il avait assez et plus qu'aucun autre prince chrétien" , puis il ajoutait "D'ailleurs, les biens des Templiers, il en a commis la garde à certaines personnes fidèles, non à ses officiers, qui en tiennent des comptes spéciaux pour le service de la Terre Sainte. Peut-être serait-il en droit de les confisquer en effet, mais il ne le veut pas, pour que ne soient pas frustrées les intentions de ses ancêtres, qui comblèrent jadis le Temple en vue de la Terre Sainte. Ce n'est pas la cupidité qui l'anime, c'est le zèle de la foi.... Et certes, Saint-Père, ne vous déplaise, l'Eglise de Dieu est plus chère au roi de France qu'à vous.... Ce très glorieux royaume est le foyer de la sagesse divine, c'est-à-dire de la théologie par laquelle toute l'Eglise de Dieu est illuminée. Agissez donc, agissez ; autrement il nous faudrait vous parler un autre langage.

Clément V ne releva ni l'impertinence, ni la menace de celui qui parlait au nom du roi, mais il tint ferme, et aux instances que les archevêques de Narbonne et de Bourges, les barons et les bourgeois joignirent à celles de Guillaume de Plaisians pour que l'affaire fût expédiée rondement, il répondit avec une très dignité : "Jusqu'à ce que nous fussions pape, nous n'avons guère connu de frères du Temple, car, dans notre pays, ce n'était pas l'habitude des nobles d'entrer dans cet Ordre. Mais, après notre élévation, nous en avons connu plusieurs et nous les avons aimés, eux et leur Ordre, parce que nous les croyions bons. S'ils sont tels qu'on le dit, nous les détestons, nous les détesterons et nous procèderons contre eux, lorsque leurs erreurs auront été prouvées, à l'honneur de Dieu et de son Eglise. Nous et nos frères les cardinaux, nous sommes prêts à agir ainsi, rapidement et sommairement, mais non pas précipitamment, irais avec l'honnêteté et la maturité qui conviennent à l'Église de Dieu".

Cette sage fermeté n'était pas sans danger, car, à Poitiers, le pape était en quelque sorte le sujet, je dirais presque le prisonnier du roi, et il avait plus d'une bonne raison de redouter pour sa personne les violences dont Boniface VIII avait été victime à Anagni. Afin de conjurer le danger dans la mesure du possible, il vanta le désintéressement de Philippe-le-Bel, presque dans les mêmes termes que Guillaume de Plaisians. "Nous ne croyons pas, nous n'avons jamais cru, dit-il, que le roi de France ait été poussé à agir comme il l'a fait, par la cupidité. Le zèle de la foi, (anime et cela résulte évidemment de ce qu'il n'a pas l'intention de s'approprier les biens de l'Ordre ; de ce qu'il veut que les dits biens soient placés à la disposition de l'Eglise dans l'affaire de la Terre-Sainte". Or, comme le fait remarquer M. Ch. V. Langlois, messire Guillaume n'avait pas dit "à la disposition de l'Eglise". Le pape prêtait donc très habilement au roi des sentiments qu'il n'avait pas, et que, depuis sept mois il cherchait vainement à lui inspirer. Renouvelant sa promesse d'agir promptement mais avec la maturité voulue, il accorda, en terminant son allocution, une indulgence de quarante jours à tous ceux qui diraient cinq fois par jour Pater Noster et sept fois Ave Maria, pour qu'il reçut d'en haut la grâce de procéder, en cette affaire, à l'honneur de Dieu (93).

Clément V quitta Poitiers à la fin d'août 1308. D'après sa lettre à Édouard II, la question des biens avait été réglée, en principe, avant son départ. Sur quelles bases se fit l'accord si longtemps attendu ?
La vente du mobilier des commanderies, en même temps que la location des terres pour six ans, ne fut-elle pas une condition "sine qua non" imposée au pape pour obtenir le délai qu'il demandait ?
La conjecture paraît assez plausible, car si cette condition ne donnait pas "hic et nunc" à Philippe-le-Bel pleine et entière ; satisfaction, d'une part elle lui assurait un important acompte sur les biens convoités et, d'autre part, elle était le prélude, le gage de la condamnation de l'Ordre, si ardemment désirée. Ce n'est toutefois qu'une conjecture. Ce qui est certain, c'est :

1· que la promesse de Philippe-le-Bel, antérieure à la fin du mois d'août 1308, resta à l'état de promesse jusqu'au 15 février 1309, date des lettres ordonnant de remettre les biens aux commissaires nommés par le pape ;
2· que 1a vente du mobilier et la location des biens des commanderies étant postérieures à l'expédition de ces lettres, de plusieurs semaines, elles eurent lieu sur l'ordre, ou tout au moins du consentement des commissaires pontificaux. C'est donc à Clément V aussi bien et plus encore qu'à Philippe-le-Bel qu'elles doivent être imputées.
Sources : M. L'Abbé Auguste Pétel curé de Saint-Julien, membre résidant de la société académique de l'Aube, membres correspondant de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon.

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Notes
1 — Aube, arrondissement de Troyes, chef-lieu de canton.
2 — Les Commanderies du Grand Prieuré de France, T. 1, p. 310.
3 — La charte, que nous analyserons plus loin, sera reproduite aux Pièces justificatives ?
4 — Hameau, commune de Dosches, Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
5 — Aujourd'hui Géraudot, Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
6 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 11 et 12. — Pièces justificatives I.
7 — Pour être régulière et, par conséquent, inattaquable, toute donation devait être consentie et formellement approuvée par la femme et les enfants du donateur. Tant qu'ils n'étaient pas majeurs, les enfants ne pouvaient s'engager personnellement et ratifier la donation par un assentiment valable.
8 — Archives de l'Aube 31 H 14 bis, reg., fol. 12. — Pièces justificatives. II.
9 — Archives nat. S 4959, 39º liasse, nº 4. Original sur parchemin. — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 12 et 13. — Pièces justificatives III.
10 — Lot, arrondissement de Cahors, chef-lieu de canton.
11 — Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
12 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 9. — Vidimus de 1250 sous le sceau du bailliage de Troyes, ibid. — Autre de 1252 fait par Oger de la Vallée, bailli de Troyes, et Laurent de Donnement, garde des foires de Champagne, ibid., fol. 10. — Autre de 1309 sous le sceau de la Cour ecclésiastique de Troyes, signé par Jean Odon de Savigny, notaire apostolique, et par plusieurs clercs ayant entendu la lecture, ibid., fol. 10 et 11. — L'original sur parchemin est aux Archives nationales S 4959, 39e liasse, nº 3. — Pièces justificatives IV. Dans la donation d'André, détaillée comme nous l'avons vu, il n'est pas fait mention des droits de justice. Il est probable qu'il n'y en eut pas non plus dans la vente consentie par Bernard de Montcuc et que la seigneurie de Rosson appartenait alors à la famille de Chappes (Aube, arrondissement et canton de Bar-sur-Seine). Nous voyons, en effet, un des membres de cette famille, Guyot, archidiacre d'Autun, vendre à Pierre de Rosson, écuyer, moyennant trente-huit livres Parisis, payables à Troyes, aux foires de la Saint-Jean d'été, les hommes et les femmes de corps, ainsi que tout ce qu'il pouvait posséder à titre héréditaire dans le village et sur le territoire de Rosson. Le frère du vendeur, Gauthier de Chappes, chevalier, approuva la vente au mois de juillet 1236, probablement en qualité de suzerain. (Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 9.)
13 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 11. D'après un vidimus délivré le jour de la Saint Vincent 1258 sous le sceau de la Cour ecclésiastique de Paris. — Pièces justificatives V.
14 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 17. D'après un vidimus sous le sceau de Nicolas, évêque de Troyes. — Archives nat. S 4958, 36e liasse. — Pièces justificatives VI.
15 — Archives de l'Aube, 31. H 14 bis, reg., fol. 17. D'après un vidimus sous le sceau de Nicolas, évêque de Troyes. — Archives nat. S 4958, 36e liasse. — Pièces justificatives VII.
16 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 52-54. Copie d'un vidimus du 30 mars 1347 sous le sceau de Guillaume Gormont, chevalier, garde de la prévôté de Paris. — Archives nat. S 4958, 36e liasse. — Pièces justificatives VIII.
17 — Archives nationales S 4958, liasse 36, 11 nº 14. Vidimus sous le sceau de Guillaume Gormont, chevalier garde de la prévôté de Paris, daté du 30 mars 1347. — Pièces justificatives. IX.
18 — L'arpent de Troyes, d'après la charte, était alors de 6 perches de large et de 30 de long; la perche de 18 pieds une sole.
19 — Depuis le Nid de l'Aigle jusqu'à la Profonde Fosse; de la Profonde Fosse à la Loge aux Convers de Larrivour; de là à la Colline ou Terroir Roland; de la Colline Roland à la Ricloie ; de la Ricloie au bois de Dienville; du bois de Dienville à l'Esperou de Froaces et de là, en revenant par la forêt de Froaces et celle d'Orient, jusqu'au Nid de l'Aigle.
20 — Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 49. D'après un vidimus sous le sceau de l'église de Troyes, daté du jeudi après la fête de Sainte-Marie-Madeleine l'an 1276. — Pièces justifient. X.
21 — Dès 1172 le pape Alexandre III avait autorisé les Templiers à ériger des oratoires ou chapelles dans tous leurs domaines et à y joindre des cimetières pour leur sépulture et celle de leurs familiers. Ces chapelles relevaient immédiatement du Saint-Siège et les évêques ne pouvaient les soumettre à l'interdit. On continuait à y célébrer l'office divin, porte ouverte et au son des cloches, lorsque les églises paroissiales étaient fermées, de sorte que, privés de tout secours religieux, les fidèles y accouraient et y portaient leurs offrandes. Les chapelles s'ouvraient même assez souvent, paraît-il, aux excommuniés ; de là, grave préjudice porté à la discipline ecclésiastique et plaintes des évêques. Par une heureuse inconséquence, Innocent III essaya, en 1207, de réprimer les abus résultant des privilèges vraiment exorbitants accordés par le Saint-Siège aux Chevaliers du Temple, mais il n'y réussit pas ; ils duraient encore en 1269 et ils s'étaient même aggravés, puisque les Templiers construisaient alors des chapelles en dehors de leurs domaines, dans les lieux non exempts, c'est-à-dire soumis à la juridiction épiscopale. On lit en effet dans les actes du Concile provincial de Sens tenu à cette date :« Capellas et oratorio, sine consensu et autoritate diœcesanorum construunt necnon et interdicti et suspension is sententias quas ordmarii proferunt in loca et personas sibi subjecta damnabiliter contemnentes, faciunt in locis eisdem capellis, et oratoriis, divina, renitente justitia, celebrari, quanquam quod hœc ipsis liceat, apostolicum privilegium a ut indulgentiam non ostendant....................... Oratoria vero vel capellas in locis non exemptis, sine diœcesanorum tocorum licentia iidem exempti construere non prœsumant; nec in sic constructis, neque in locis non exemptis, cum ab ordinario fuerunt interdicta, celebrent vel faciant celebrari divina...................... Prohibemus autem ne in locis exemptis hœc ipsi exempti facere audeant nisi super his licentiam sedis apostolicœ hubeant vel ipsius privilegium speciale. » (Labbe, t. XI, col. 912 et suivantes)
22 — Pendant la période mérovingienne, tout voleur était puni de la peine capitale. Charlemagne rendit la législation un peu moins cruelle en établissant la gradation suivante : pour un premier méfait le voleur aura un œil crevé; la seconde fois, on lui coupera le nez; au troisième vol, le voleur sera puni de mort. Il y avait encore disproportion entre le délit et la peine. Saint Raymond de Pennafort, un des plus illustres canonistes du XIIIe siècle, fut le premier à protester non seulement contre la peine de mort, mais contre toute mutilation. Il s'exprime en ces termes :« Fur non est suspendendus, aut demembrandus, ant exoculandus, sed alias arbitrio judicis puniendus, videlicet ut fustigetur, vel exulet, vel alio modo, prout judici videatur. » S'inspirant de ces sentiments d'humanité, Saint Louis, en 1261, abolit la mulilation qui était infligée, en Touraine, en cas de vol domestique. (Paul Viollet Registres judiciaires de quelques établissements religieux du Parisis au XIIIe et au XIVe siècle, dans Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XXXIV, p. 317.)
23 — Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 51 et 52. — Archives nationales S. 4959, 41e liasse. — Pièces justificative XI.
24 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 47-48. — Pièces justifie. XII.
25 — Jean de Durnay était alors marié, et sa femme Guillaume intervint avec lui.
26 — Archives nationales S 4958, liasse 36, nº 21. Vidimus de Jean de Villebon, garde du scel de la prévôté de Troyes et de Guillaume Le Gras, clerc tabellion, juré à Troyes.
27 — Archives nationales S 4958, liasse 35, nº 30. Vidimus non daté de M..., évêque de Troyes, et de R..., doyen de la dite ville. — D'Arbois de Jubainville : Histoire des ducs et comtes de Champagne, t. V, p. 474, nº 3088.
28 — Archives Nationales S 4958, liasse 35. Vidimus de Pierre Belegent garde de la prévôté de Paris, en date du 17 septembre 1339. — Pièces justificatives XIII. Ces lettres ne se trouvent pas indiquées dans le catalogue des actes des comtes de Champagne, de M. d'Arbois de Jubainville.
29 — Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
30 — Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
31 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol., 65. — Pièces justificatives XIV.
32 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, chef-lieu de canton.
33 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 47. — Archives nat. S 4959, 41e liasse. Orig. — Pièces justificatives XV.
34 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Brienne.
35 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Brienne.
36 — Aube, arrondissement et canton d'Arcis-sur-Aube.
37 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Brienne.
38 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 13. — Pièces justiftcat. XVI. Jean de Pel avait un frère, plus jeune que lui, Milon de Pel, écuyer, qui en 1228, fut condamné par l'official de Troyes, à rendre à l'abbaye de Basse-Fontaine, six arpents de terre, et une partie de la dîme de Pel, qu'il avait injustement mis sous sa main. (Cf. Lalore, Collect. des principaux cartulaires du diocèse de Troyes, t. III, p. 49.)
39 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 15. — Pièces justiftcat. XVII.
40 — Aube, arrondissement d'Arcis, canton de Chavanges.
41 — Les Ormets, ferme commune de Balignicourt. — Archives nationales S 4958, 37e liasse. — Pièces justiftcat. XVIII.
42 — Commune de Lusigny, Aube, arrondissement de Troyes, chef-lieu de canton
43 — Hameau, commune de Laubressel, Aube, arrondissement de Troyes, canton de Lusigny.
44 — Probablement Mesnil-Sellières, Aube, arr. de Troyes, canton de Piney.
45 — Arch. de l'Aube, 4 H 4, carton. Orig. — Pièces justificatives XIX.
46 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, fol. 59-60. — Archives nationales S 4958, 36º liasse, Original. — Pièces justificatives XX.
47 — Probablement Seine-et-Oise, arrondissement d'Etampes, chef-lieu de canton.
48 — Archives nationales S 4958, liasse 36, nº 8. — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, fol. 18. — Pièces justificatives XXI.
49 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis. reg. fol. 22. — 31 H 14 ter, reg. fol. 406. — Pièces justifie. XXII. La copie du Cartulaire est incomplète et fautive. Arrêté par une difficulté de lecture, le scribe a laissé en blanc le nom du Commandeur de Bonlieu. Dans l'analyse qu'il donne de l'acte de vente, l'archiviste de l'ordre l'appelle Hubert. C'est probablement Jobert qu'il faut lire car, comme nous le verrons plus loin, frère Jobert était titulaire de la Commanderie de Bonlieu en 1255. D'autre part, le copiste a certainement substitué Hugues de Paraud à Humbert de Paraud; le premier, en effet, ne pouvait être précepteur du Temple en France en 1254, puisqu'il n'est entré dans l'Ordre qu'eu 1263. Enfin, et c'est une nouvelle raison d'en suspecter l'authenticité, ce document fait remonter la vente non pas à juillet 1254, comme le précédent, mais à novembre 1252.
50 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, fol. 23-24. — Pièces justificatives XXIII.
51 — Haute-Marne, arr. de Chaumont, canton d'Andelot.
52 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis. Reg. fol. 19 et 20 ; 31 H 18, liasse. — D'Arbois de Jubainville : Catalogue des actes des comtes de Brienne, dans Bibliothèque de l'Ecole des Chartes. Sur Gui de Milly, voir Longnon : Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, t. I nº 5131, 5844 ; sur Moines ou Lionnes (de Sézanne et de Méry) idem, t. I et II passim ; sur Jean, sire de Châteauvillain et Gauthier, seigneur de Reynel, voir Roserot: Répertoire historique de la Haute-Marne, passim.
53 — Marne, arrondissement d'Epernay, canton de Sézanne.
54 — Archives nationales S 1958, nº 14. — Pièce; justificatives XXIV.
55 — Archives nationales S 4959, liasse 39, nº 5. — Pièces justificatives XXV.
56 — Aube, arr. de Bar-sur-Aube, canton de Soulaines.
57 — Marne, arr. d'Epernay, canton de Montmort.
58 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg., fol. 60. — Pièces justificatives XXVI.
59 — Hameau, commune de Piney.
60 — Archives nationales S 4958, liasse 36, nº 10. — Archives de l'Aube 31 H 14 bis, reg., fol. 46; 31 H 18, liasse. — Pièces justificatives XXVII.
61 — Clermont en Bassigny.
62 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 48 nº. — Pièces justificatives XXVIII.
63 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 47. — Archives nationales S 4959, 41e liasse. — Pièces justificatives XXIX.
64 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Soulaines.
65 — Probablement Mesnil-Sellières, Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
66 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Soulaines.
67 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, chef-lieu de commune.
68 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, chef-lieu de commune.
69 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, chef-lieu de commune.
70 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, chef-lieu de commune.
71 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 37-39; d'après un vidimus de 1305 fait par Nicolas Le Bailli d'Origny et Jean de Doulevant et enregistré par Félix de Célière, lieutenant du bailli de Troyes. Un autre vidimus fut fait sous le sceau de l'official de Troyes le samedi avant la fête de la Chaire de Saint Pierre l'an 1337. Ibid; fol. 39-42. — Archives nationales S 4958, 36e liasse. D'Arbois de Jubainville. Catalogue des actes des comtes de Brienne. Pièces justificatives XXX.
72 — M. d'Arbois de Jubainville a écrit 70 livres.
73 — Commune de Rosnay-l'Hôpital, Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Brienne.
74 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 15. — D'Arbois de Jubainville. Ouvrage cité. — Pièces justificatives XXXI.
75 — Archives net. S 4958, 36º liasse, nº 15 et 16. Original parchemin. — Pièces justificatives XXXII.
76 — Hameau, commune d'Amante (Aube), arrondissement de Bar-sur-Aube, centon de Vendeuvre.
77 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 61, 62. — Archives nationales S 4958, 36º liasse. — pièces justificatives XXXIII.
78 — Aube, arrondissement de Bar-sur-Aube, canton de Vendeuvre.
79 — Archives de l'Aube, ibid., fol. 63-64. — Archives nationales ibid., sous le sceau de Geoffroy de Vichier bien conservé.
80 — Aube, arrondissement d'Arcis, chef-lieu de canton.
81 — Yonne, arrondissement de Tonnerre, canton d'Ancy-le-Franc.
82 — Archives nationales S 4958, 35º liasse. — Archives de l'Aube, 31 H 18, liasse. — Copie collationnée à l'original par frère François de Torcy, prêtre, religieux de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, conseiller aumônier du roi, vice-chancelier et conservateur des Archives du Grand Prieuré de France.
83 — Archives de l'Aube, 31 H 14 bis, reg. fol. 64. — Archives nationales S 4958, 36e liasse, nº 19. — Pièces justificatives XXXV.
84 — Archives nationales S 4958, nº 34. — Pièces justificatives XXXVI.
85 — Aube, arrondissement de Troyes, canton de Piney.
86 — Iles, aujourd'hui Isle-Aumont, Aube, arrondissement de Troyes, canton de Bouilly.
87 — Il y a probablement ici une faute du copiste qui a substitué Rosson a la Picarde, dont il sera fait mention plus loin. En effet, s'il s'agissait de Rosson, il semble que le rédacteur du bail aurait, comme pour Bonlieu, groupé sous le même article les 21 arpents emblavés de seigle et les 11 arpenta emblavés d'orge.
88 — Archives nationales S 4958, liasse 36, nº 20. — Pièces justificatives XXXVII.
89 — Les lettres de Philippe-le-Bel enjoignant de remettre les biens du Temple aux commissaires désignés par le pape sont datées du 15 février 1309. Clément V se faisait donc illusion et prenait son désir pour la réalité quand il en affirmait l'existence en octobre 1308. Le roi les lui avait sans doute promises, mais plusieurs mois devaient s'écouler avant qu'il ne tint sa promesse.
90 — Rymer : Conventiones litteroe et acta publica, t. 1, pars IV, fol. 130.
91 — 2 vol. in-81, Munster, 1907.
92 — Cette argumentation porterait à croire que les Templiers avaient reçu tous leurs biens de la libéralité des fidèles et en pure aumône. Rien de plus faux que cette insinuation, car, — nous venons de le constater pour Bonlieu, — c'est très souvent par achats et à titre onéreux qu'ils constituèrent leur domaine.
93 — Ch. V. Langlois : L'affaire des Templiers (Compte rendu de l'ouvrage du docteur Henri Finke), dans Journal des Savants, août 1908.
Sources : M. L'Abbé Auguste Pétel curé de Saint-Julien, membre résidant de la société académique de l'Aube, membres correspondant de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon.

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