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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Castel Rouge — Castrum Rubrum (Qal'at Yahmour, Hisn Yahmour)


Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur

La tour maîtresse
Ouvrage majeur et central de la place forte, la tour maîtresse se présente comme une construction rectangulaire d'environ 15 mètres sur 14 mètres ; elle est entièrement construite en moyen appareil assisé lisse de 0,4 mètres d'assise à joints fins non beurrés. Elle s'appuie à l'ouest sur la salle voûtée formant le front occidental ; en revanche, elle est indépendante des deux autres ailes longeant les courtines.

Le niveau 0
Le niveau inférieur est accessible depuis la cour par une porte au milieu de la façade orientale. Il est couvert de voûtes d'arêtes retombant sur des consoles et sur un pilier central carré ; il est percé de plusieurs baies rectangulaires placées en hauteur, qui ne semblent pas avoir résulté d'un élargissement. Seule la face ouest en était dépourvue, ce qui permet de penser que la tour maîtresse fut construite en même temps, ou après la salle voûtée de cette face.

Ce niveau est occupé (en 1995) par des habitants locaux bédouins, qui utilisent le local comme durent l'utiliser, quelques siècles auparavant, les tenants de la forteresse. L'espace est découpé par des tentures, permettant d'isoler des zones de vie différentes ; mais la salle sert de résidence multifonctionnelle.

Un dispositif particulier est à noter : un important contrefort couronné en glacis, en moyen appareil de 0,4 mètres d'assise a été plaqué contre le parement nord de la tour maîtresse, sur une quinzaine d'assises de hauteur et sur une largeur de cinq mètres environ.

Le niveau 1
Le premier étage est accessible aujourd'hui par deux escaliers. Le premier, évoqué plus haut, se trouve dans l'épaisseur du mur de la salle occidentale, partant de l'angle nord-ouest ; sa voûte rampante en berceau est constellée de marques de tâcherons chrétiennes.

Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
Vue du sommet de l'escalier voûté ménagé dans le mur de la salle ouest,
et porte de l'escalier de la tour (photo B.Michaudel)

Elle débouche sur la terrasse ménagée au-dessus de la salle voûtée occidentale par une saillie de la voûte, comme si primitivement un second niveau avait été prévu au-dessus de cette terrasse.

Un second escalier, plus moderne, longe la face méridionale de la tour maîtresse, débouchant directement sur la terrasse au-dessus de la salle voûtée occidentale. De la terrasse, on accède directement à la porte du premier étage, certainement la porte principale de la tour, réservée à l'accès « noble ». Cette porte est ménagée dans une niche couverte d'un arc brisé, pourvu primitivement de deux bancs latéraux ; la niche est percée, en partie supérieure, par deux conduits verticaux qui correspondent à un double assommoir.

Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur   Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
Face ouest de la tour au premier étage

La porte proprement dite est surmontée d'un linteau massif, surmonté d'une plate-bande formant décharge, en ménageant un léger interstice entre le linteau et la clef de l'arc de plate-bande. Au-dessus, le tympan est estampé en son centre d'une niche rectangulaire qui a pu contenir les armes ou le blason du constructeur.

Cette porte donne accès à une salle approximativement carrée, au centre de laquelle se trouve un pilier carré aux angles abattus supportant les retombées des voûtes d'arêtes.

Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
Vue du pilier de la salle du premier étage

Il n'est pas difficile de voir que ce haut espace était primitivement séparé verticalement en deux niveaux : on voit encore dans la maçonnerie les encoches des trous de boulins destinés à accueillir les poutres d'un plancher séparant niveau 1 et niveau 2.

La salle du niveau 1, ainsi limitée verticalement par son plancher, était largement ouverte sur l'extérieur par sept fenêtres rectangulaires assez spacieuses ; côté sud, regardant l'entrée, trois archères à ébrasement simple et forte plongée permettaient de contrôler l'entrée de l'enceinte. Il s'agissait ici d'une salle résidentielle plus que défensive, en raison du nombre des ouvertures « civiles ».

Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
Vue partielle de la salle du premier étage

Le niveau 2
Le niveau 2 était donc séparé du niveau 1 par un plancher dont demeurent les témoins. Son accès s'effectuait, très curieusement, depuis la terrasse de la salle voûtée occidentale : au débouché de l'escalier à marques de tâcheron, une porte est ménagée à angle droit dans la face de la tour, donnant accès à un escalier intra-mural montant aux niveaux supérieurs (Photo 132).

Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
Vue du sommet de l'escalier voûté ménagé dans le mur de la salle ouest,
et porte de l'escalier de la tour (photo B.Michaudel)

Il n'existait pas, semble-t-il, de communication intérieure entre niveau 1 et niveau 2.

Ce niveau 2 était couvert par les voûtes d'arêtes mentionnées ci-dessus ; sur les deux axes de la tour, des doubleaux à profil rectangulaire retombaient par des consoles sur le pilier central et sur les faces intérieures. L'accès s'effectuait à l'ouest, par une porte ménagée dans la paroi de l'escalier intra-mural. La salle elle-même n'était pourvue que d'archères à ébrasement simple sans plongée, à l'exception de la face nord où se trouvait l'escalier.

Le niveau 3
Ce même escalier conduit à la terrasse. Celle-ci est aujourd'hui arasée ; cependant, Paul DESCHAMPS mentionne deux étages de défense sommitale : des archères sous niches en arc brisé surmontées par un chemin de ronde crénelé, sur le même schéma que les défenses sommitales de Sahyun, Marqab, mais également « Dimashq » Damas. Il évoque aussi une tourelle située à l'angle sud qui ne semble pas être de facture croisée. Aucune de ces structures n'est aujourd'hui conservée, mais une photographie ancienne de la tour maîtresse prise par Paul DESCHAMPS révèle clairement une construction rectangulaire posée sur la terrasse.

Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur   Chastel-Rouge-Qalaat-Yahmur
A gauche porte dans la muraille d'enceinte — A droite pour d'entrée du 1er étage de la Tour

Extrait du livre Fortifications au Proche-Orient de Jean Mesqui — Fortifications au Proche-Orient

 

Yahmur Château de la Syrie Qalaat Yahmur (Yahmur Castle): Qalaat Yahmur (Yahmur Castle)
A 12 km au sud-est de Tartous, il y a des sites archéologiques dans les environs des vestiges Croisés, y compris certains des tombeaux romains. Le Chastel Rouge — Qalaat Yahmur, n'a probablement pas été fortifié par les Byzantins Xe siècle. « Sic : Il est toujours debout pour montrer la grandeur de ce pays face aux envahisseurs et saluer notre victoire sur ces dits envahisseurs. »

L'empire Byzantin, héritier de l'enceint empire Romain d'Orient perdit ce lieu et d'autres à la suite des premières conquêtes Arabes. L'empereur Nicéphore rétabli l'autorité de Byzance sur se territoire et construisit le château Chastel Rouge — Qalaat Yahmur.

R.DUSSAUD a proposé d'identifier Qalaat Yahmur avec une fortification appelée Castrum Rubrum (« Château Rouge ») dans le cartulaire des Hospitaliers : ce château fut donné en 1177 par le comte Raymond de Tripoli aux Hospitaliers, ainsi que le casal appelé aussi « tour de Bertrand Milon ». En 1178, les deux frères de Montolieu renonçaient à tous leurs droits sur le Castellum rubrum concédé aux Hospitaliers par le comte, contre 400 besants d'or.

Il est certain que les Hospitaliers nouveaux propriétaires de Chastel Rouge — Qalaat Yahmur, modifièrent très largement l'ancien château Byzantin. Ce qu'il en reste de nos jours est presque en totalité l'oeuvres des Hospitaliers de Saint-Jean. L'architecture ressemble dans son aspect actuel aux autres châteaux construits ou réhabilités par les Croisés et les Ordres Militaires.

Chastel Rouge — Qalaat Yahmur, a été conquit par Saladin en 1188, les croisés, l'année suivante l'ont récupérés. Il est resté entre leurs mains jusqu'en 1289 et deux ans avant la chute de Tartous.

Le donjon, qui est essentiellement une tour de guet fortifiée avec un mur d'enceinte, a été construit dans le cadre de la défense extérieure de Tartous et de Tripoli, à Chastel Rouge — Qalaat Yahmur, il y avait Safita ou Chastel Blanc des Templiers et un autre château du nom d'Areimeh. Ces châteaux étaient assez proches les uns des autres, ils communiquaient entre eux à l'aide de grands bûchers, avertissant ainsi des dangers qui se préparaient.
Sources : CometoSyria

 

Qalaat Yamur Yahmur (Chastel Rouge, Jammur, Cestrum Rubrum, Balata Yammer)
(Chastel Rouge ou Castrum Rubrum), 20 km à l'ouest de Safita sur la route de Tartous. Comme Arima, Qalaat Yahmur était une petite forteresse, et son haut donjon est toujours impressionnant.

Les informations sur ce château sont très rares. L'empereur byzantin Nicéphore Phokas à bien fait construire les premières bases de ce château. Dans certaines de ces pierres on peu voir d'origine romaine des blocs de réutilisations.

Au début du 12e Siècle, c'est en 1112, que le château de la Principauté d'Antioche a été conquis par le comte de Tripoli.

1177-1178, Raymond III de Tripoli remis le château aux Hospitaliers de Saint-Jean. Celui-ci avait intérêt à fixer les Hospitaliers à l'externe nord-est de la principauté d'Antioche et à la limite du comté de Tripoli dans le système de défense de l'importante citée de Tartus.

Les propriétaires de ce château, la famille de Montolieu en fut très largement indemnisée.

Si l'on se refaire à la première constriction du château par les byzantins, les Hospitaliers de Saint-Jean ont pratiquement reconstruit ce château et ce que l'on peut encore voir de nos jours reste en totalité leur oeuvre.

1188, Saladin s'empare du château après la bataille de Hattin, le château de façon temporaire.

Il est définitivement en mains musulmanes en 1289. Par la suite, les Arabes ont complété l'enceinte, en par les deux tourelles qui existent toujours.
Sources traduites de l'Allemand : Les châteaux médiévaux en Syrie

 

Castel Rouge — Castrum Rubrum (Qal'at Yahmour, Hisn Yahmour)
Ce château (1) se trouve à 12 km au Sud-Est de Tortose, à 10 km à l'Ouest de Safitha. Dussaud l'identifie avec le site antique de Jammura qui figure sur la Table de Peutinger. Cette position commandait donc, dès une haute époque, la route de Tortose à Rafanée. Rey et Dussaud disent qu'il faut y reconnaître le Castrum Rubrum et le Castellum Rubrum des textes latins. Dussaud pense que les Francs ont fait une confusion entre Yahmour et Ahmar qui signifie rouge (2).
Jean Richard (5) propose d'y reconnaître le château du Wadi ibn Ahmar dont parle Ibn al-Qalanisi (6) et que l'émir Razwaj enleva aux Francs en 1137 au cours d'un raid à travers le comté de Tripoli.

Le comte de Tripoli, Raymond III, donna en 1177 à l'Hôpital le Castrum Rubrum (3).
L'année suivante (novembre 1178) les anciens possesseurs de ce château, Raymond de Montolieu et ses frères confirmèrent cette donation et reçurent en dédommagement quatre cents besants (8). Dans les chroniques arabes, il n'est fait mention de Qal'at Yahmour qu'à l'occasion de la campagne de Saladin dans le comté de Tripoli au printemps 1188. Etant venu établir son camp devant le Crac à la fin de mai, il fit pendant tout un mois des incursions dans le voisinage (5). Selon Abou Chama il s'empara d'Hisn Yahmour (6).
1. L. de Laborde l'a visité. Voir Voyage de la Syrie. Paris, 1837, planche XII, 22. Il y a signalé une inscription latine très fruste, sur une pierre encastrée dans la construction. M. le professeur Huygens, de Leyde, l'a retrouvée en 1966. Renan parle aussi de ce château, Mission de Phénicie, pages 105-106. (Laborde, Léon, marquis (1807-1869). Voyage en Orient: Voyage de l'Asie Mineure. Voyage de la Syrie . Paris: Firmin Didot Frères, 1838.)
2. Aucun texte français ne parle de Chastel rouge. Rey a traduit Chastel rouge en faisant un rapprochement avec Chastel blanc (Safita).
3. Octobre 1177 « Raimundus, comes Tripolitanus, cum uxore Eschiva, Hospitali et magistro Rogerio Castrum Rubrum nec non casale alias vocatum Turrem Bertranii Milonis... donat ». Rohricht, Regesta, page 146, n° 549. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, pages 353-354, n° 519.
4. Novembre 1178 « Raymundus de Montolif et frater ejus renuntiant omnia jura quae habent in Castellum Rubrum quae possederant et Raymundus, comes Tripolitanus, Hospitali concesserat ex cambio CCCC bisantiorum. » Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, pages 371-372, n° 549. — Rohricht, Reg. add., page 35, n° 562 a.
5. Ibn al-Athir, Kamel, Historiens Orientaux des Croisades, tome I, page 717. « Il fit des incursions sur le territoire de Safita, Arima, Yahmour et autres villes ou cantons, arriva jusque tout près de Tripoli. »
6. Abou-Chama, Livre des deux Jardins, Historiens Orientaux des Croisades, tome IV, page 352 : « Le premier jour de Rebi II (30 mai) le sultan transporta son camp à el-Boqa'yah près de Hisn al-Akrad ; il ravagea les alentours de cette place, de Safita, d'el-Oraïmah et d'autres forteresses dont il enleva les approvisionnements ; il prit aussi Hisn-Yahmour, Samat-Eddamour (position non identifiée) et continua à dévaster le pays et à faire du butin en occupant le même campement jusqu'à la fin du mois. »

Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

 

Description — Castel Rouge — Castrum Rubrum
Ce château de plaine est assurément une construction franque. Bien qu'il ait été transformé à des époques ultérieures on peut tenter de restituer son état primitif.

C'est un haut donjon de 15 mètres X 14 mètres dominant une enceinte de 42 mètres x 37 mètres, bordée de fossés. Les murs du donjon ont 2 mètres d'épaisseur. La porte de l'enceinte en arc brisé ouvre au milieu du mur Sud-Est ; un large mâchicoulis et une herse dont on voit encore les traces défendaient l'entrée.

Le donjon se compose d'un rez de chaussée et d'un étage, l'un et l'autre couverts de voûtes d'arêtes soutenues par des doubleaux et retombant sur un pilier central. L'étage était divisé en deux salles superposées par un plancher ; on voit encore les trous de boulin de la poutraison. On entre dans la salle basse par une porte ouvrant sur la cour au Nord-Est. Il n'y a pas de communication directe de la salle basse à l'étage. La porte de la salle haute est percée sur la face Sud-Ouest.

Castrum Rubrum, Qala'at Yahmour
Castrum Rubrum, Qala'at Yahmour. — Sources : Paul Deschamps

Nous constatons des additions postérieures au temps des croisades qui ont défiguré l'intérieur de ce petit château. Un escalier conduit à une plateforme qui court tout le long de la face sud-ouest de l'enceinte et la porte de la salle haute du donjon ouvre de plain-pied sur cette plateforme. A l'origine cette porte devait donner sur le vide comme toutes les portes des donjons romans qui ouvraient sur le 1er étage.
Sans doute y avait-il le long du mur d'enceinte une plateforme moins large que celle d'aujourd'hui, analogue à celle qui longe le mur d'enceinte Nord-Est ; une passerelle facile à retirer en cas de danger devait la réunir à la porte de la salle haute. Ou bien on accédait par une échelle à la porte de la salle haute. Sur trois faces du donjon, les murs des étages sont percés de deux archères dont certaines ont été agrandies. Sur la quatrième face (au Nord-Ouest), un escalier voûté en berceau brisé rampant et ménagé dans l'épaisseur du mur monte à la terrasse.

Mais quand on pénètre dans la salle du premier étage, on n'accède pas directement à l'escalier intérieur : celui-ci ne commence qu'à une certaine hauteur, la hauteur d'environ huit marches (1). Il fallait donc une petite échelle pour gagner cet escalier et l'on pouvait retirer cette échelle en cas de danger.
Cet escalier a trente marches ; à la vingtième marche se trouvent un palier et une porte qui donnaient accès au plancher constituant le second étage. A l'extrémité du mur, l'escalier est éclairé par une archère ; on tourne à angle droit dans la face Nord-Est pour déboucher sur la terrasse.

Cette terrasse a deux étages de défenses : en bas des niches en arc dans lesquelles sont percées des archères ; au-dessus de ces niches, un chemin de ronde crénelé (2).
Sur la terrasse à l'angle Sud se dresse une tourelle qui ne doit pas être l'oeuvre des Francs.

L'enceinte est défendue aux angles Est et Ouest par deux échauguettes reposant sur des corbeaux. Celle de l'Ouest est bien conservée. Toutes deux sont postérieures à la construction de l'enceinte et paraissent être des additions musulmanes.

Si l'on excepte la porte d'entrée de l'enceinte dont la taille est très soignée, l'appareil de Qal'at Yahmour n'est pas de bonne qualité. On n'y a pas utilisé les pierres à bossages que les Francs ont si souvent employées au XIIe siècle. Par son plan très simple, ce fort est à rapprocher des châteaux construits en Palestine vers 1140 par le roi Foulques d'Anjou (3).
1. Une disposition analogue se trouve au donjon roman de Châtillon-sur-Loing (aujourd'hui Châtillon-Coligny, Loiret). L'accès à l'escalier est surélevé et une porte permet de le fermer.
2. On voit de même deux étages de défenses aux terrasses de Saône et de Margat.
3. Le Crac des chevaliers, pages 54-57. La Défense du royaume de Jérusalem, pages 10-12, 21-22.

Sources : Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

 

Castrum Rubrum — René Grousset
Pons de Tripoli possédait deux forteresses, à lui données naguère par Tancrède et qui pouvaient lui servir de points d'appui : Rugia ou Chastel Ruge entre Tell al-Karsh et Jisr al-Shughr, sur la rive orientale de l'Oronte (i), et Arcican, l'actuel Arzeghân ou Erzghân, au nord-est de Jisr al-Shughr, et, comme Rugia, de l'autre côté du fleuve (2). Pons se servit de ces deux forteresses comme de bases militaires pour intervenir dans la principauté d'Antioche et y « guerroier le roi et sa gent. » Devant cette agression, les barons d'Antioche se serrèrent plus étroitement autour du roi Foulque « et li distrent que hontes seroit granz et mauves essamples se cil sires ne comparoit (payait) sa folie, qui si orgueilleusement li coroit seure sanz reson. » De fait il importait de réagir énergiquement si le nouveau roi ne voulait pas laisser péricliter entre ses mains l'oeuvre des deux premiers Baudouin. Le comte de Tripoli et la douairière d'Antioche en rébellion ouverte, le comte d'Edesse plus ou moins complice, c'était la révolte générale de la féodalité franco-syrienne contre la monarchie hiérosolymitaine.
René Grousset. Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem, tomes I et II. Paris Plon 1935

 

Castrum Rubrum — René Dussaud
Ainsi, en 1115, les Musulmans ayant misa feu et à sang la région entre Alep et Antioche, le prince d'Antioche sort avec son armée et va camper à Chastel Ruge pour observer de là les mouvements de l'ennemi qui se trouvait près de Sarmeda. C'est en relatant ces événements qu'Albert d'Aix signale l'incursion des musulmans « in campestribus civitatum Rossa et Roida et Femiae... », C'est-à-dire Rusa, Rugia et Apamee (1).
1. ALBERT D'Aix, Historiens occidentaux des Croisades, tome IV, page 701. Ce chroniqueur déforme profondément les toponymes ; c'est ainsi qu'il écrit constamment Talamria pour Thalamania (Tell Mannas). La même année, il signale l'attaque par les musulmans de Tommosa, Turgulant et Montfargia.

En 1119, devant de nouvelles incursions des musulmans, la même manoeuvre recommence. Le roi de Jérusalem et le comte de Tripoli, unis pour venger la mort de Roger, prince d'Antioche, sortent de cette dernière ville avec l'armée et l'on peut présumer qu'ils gagnèrent Djisr esh-Shoghr ou ses environs immédiats : nos chroniqueurs disent Chastel Ruge. Là, ayant appris que l'ennemi opérait vers Cerep (el-Athareb) et Zerdana, ils s'avancent par Hab et vont camper « en un tertre qui a nom Danis », près duquel les Francs remportèrent la victoire. Ainsi pour retrouver l'emplacement de Chastel Ruge, il suffirait de suivre en sens inverse le chemin de l'armée franque par Tell Danith et Hab. C'est ce que fit l'américain Eli Smith quand il se rendit d'Idlib à Bourdj Hab, Kanis en-Nahlé, Beshlemin et Djisr esh-Shoghr. Il est très probable que Chastel Ruge se trouve sur cet itinéraire ; il ne faut pas craindre de le rechercher jusqu'en ce dernier point.

D'autre part, on nous dit que Chastel Rouge était à mi-chemin entre Antioche et Ma'arrat en-No'man (1).
1. Raimond d'Aguilers, Historiens Occientaux des Croisades, tome III, page 271 (Roiam) ; Guillaume de Tyr, tome VII, page 12 (Rugiam). Cette indication est donnée à propos du colloque tenu dans cette ville par les chefs croisés en 1098.

Si, comme il est vraisemblable, cela doit s'entendre de la route directe par Djisr esh-Shoghr, il y a là une nouvelle raison pour placer Chastel Ruge à Kashfahan — au voisinage immédiat de Djisr esh-Shoghr — qu'on s'étonne, tant le site était important, de ne pas le trouver mentionné dans les textes occidentaux. S'il en était ainsi, on s'expliquerait aisément la correspondance entre les deux forteresses, Arcican et Chastel Ruge, puisqu'elles constituaient les deux têtes de pont sur l'Oronte, et l'on aurait fixé la position « d'une des places de la principauté d'Antioche dont l'identification présente le plus d'importance. »

En 1131, les deux places d'Arcican et de Ruge, toujours liées l'une à l'autre, appartenaient au comte de Tripoli, à qui sa femme les avaient apportées en dot ; elle les tenait de Tancrède qui les lui avait données en douaire. Nous l'apprenons à propos du différend qui dresse le comte de Tripoli contre le roi Foulques d'Anjou. Bientôt les Musulmans s'emparent du fameux Chastel Ruge et les Francs échouent en 1157 dans leur tentative pour le reprendre.

Nous avons vu qu'il n'était pas utile d'avoir recours à Arsous, au sud d'Alexandrette, ou au Nahr er-Rous, au nord de Djebelé, pour localiser la bourgade ou forteresse dite Rusa ou Russa. Toutes les mentions qui en sont faites se rapportent à Rusa ou Russa au nord d'Apamée et à l'est de l'Oronte, c'est ce qui rend si probable la localisation de ce site à 'Allarouz un peu au sud de la route joignant el-Bara à Djisr esh-Shoghr. On relèvera, en faveur de ce rapprochement, que Pierre de Roaix, parti des environs d'Antioche, atteint la vallée du Roudj après une nuit de marche et s'empare immédiatement après de Rusa, d'où il résulte que cette dernière était située dans le sud de la vallée du Roudj.

Le fait que l'on peut considérer Russa comme appartenant à cette vallée, laisse supposer que cette dernière pouvait également être qualifiée par les auteurs occidentaux de vallée, de Russa. C'est ainsi que nous proposons d'interpréter la mention suivante : « Potama et Pangeregan que sunt in valle Russe. » Il n'y a aucune raison de rapprocher Vallis Russae du Nahr- er-Rous comme l'a proposé Rohricht. Si Pangeregan, ainsi qu'il semble, est une déformation de Arzghan, on ne peut douter que Vallis Russae ne soit une autre appellation du Roudj. Dans ce cas, Potama pourrait être le village que la carte d'Etat-major de 1920 note Eftaman, à quelques kilomètres à l'est d'Arzghan.

Dans la même région, nous proposons de retrouver Farmit dans Kafer Mit et Melessin dans l'actuel Melis, dont l'emplacement exact est à rechercher dans le Roudj.

Il ne faut pas confondre Karmit, près de Mariamin du Roudj et au nord de Djisr esh-Shoghr, avec Kafer Mit qui est droit à l'est de ce dernier.

En résumé, il résulte de cette discussion que nous avons identifié Rusa avec 'Allarouz, Rubea — quand ce vocable n'est pas simplement la traduction de Ruge — avec Rube'a. Nous avons également précisé la position d'Arcican, de Qastoun, de Besmesyn, de Luzin, de Kafer Mit, confirmé les identifications de Besselmon et de Belmys.

Quant à Rugia ou Chastel Ruge, sa position est voisine d'Arcican et le site de Kashfahan, sur la rive gauche de l'Oronte, au voisinage de Djisr esh-Shoghr, lui convient tout particulièrement. L'appellation que les Francs ont donnée à ce site provient de cette particularité que le district du Roudj englobe une partie de la rive gauche de l'Oronte et que, pour les gens d'Antioche, Kashfahan était la clé de ce district.
René Dussaud, Topographie Historique de la Syrie antique et médiévale. Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1927

 

Castrum Rubrum — L'Anonyme
Bohémond ne put s'accorder avec le comte de Saint-Gilles sur ce qu'il demandait; irrité, il retourna à Antioche. Sans retard, le comte Raimond manda à Antioche par des envoyés au duc Godefroi, au comte de Flandre, à Robert de Normandie et à Bohémond de venir jusqu'à Rugia (1) pour y conférer avec lui. Tous les seigneurs y vinrent et tinrent conseil, afin de trouver un moyen de se maintenir honorablement sur la route du Saint-Sépulcre pour laquelle ils s'étaient croisés et étaient parvenus jusque-là. Ils ne purent accorder Bohémond avec Raimond que si le comte Raimond lui remettait Antioche. Le comte refusa d'y consentir à cause de la foi qu'il avait jurée à l'empereur. A la fin, les comtes et le duc revinrent à Antioche avec Bohémond, et le comte Raimond retourna à Marra où se trouvaient les pèlerins et manda à ses chevaliers de mettre en état le palais et le château qui se trouvait au-dessus de la porte du pont.
1. Aujourd'hui Riha; la réunion eut lieu au début de janvier 1099.
Sources : Histoire Anonyme de la première croisade. Edité et traduit par Louis Bréhier. Paris, Les Belles Lettres 2007

 

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