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Château de Saphet ou Safet


Reproduction des ruines du château de Saphet
Saphet - Sources : antique-prints

Le Sultan de Damas ayant enfin observé les conditions de fon traité avec les Templiers les Francs se proposèrent de relever les murs de Saphet ils s en ouvrirent au Grand Maître et lui promirent que s'il voulait commencer l'ouvrage on lui avancerait sept mille marcs d'argent et que pendant l'espace de deux mois il pourrait disposer des troupes et les employer à quels travaux il jugerait convenable. Mais Herman eut le chagrin de voir cette résolution aussitôt évanouie qu'elle avait été conçue le seul Benoît d'Alignan Evêque de Marseille y persista voici comment.

Au retour d'un pèlerinage, le Prélat, s'étant arrêté quelques jours à Damas, s'aperçut par les conversations qu'il eut avec les Sarrasins, qu'ils n'appréhendaient rien tant que la reconstruction de Saphet, ce qui lui fit naître l'envie de voir la situation de cette place, et d'en visiter les avenues. A l'endroit de ce fort, autrefois si fameux, il ne trouva que des masures, avec un chétif logement habité par un Templier nommé Raimond de Caro, Châtelain du lieu, si mal à son aise, qu'à peine put-il trouver, pour coucher le Prélat et ceux de sa suite, quelques-unes de ces paillasses que les Servants portaient en campagne, pour servir de lits aux Chevaliers, lorsqu'ils couchaient au bivouac. Benoît s'étant informé pourquoi les Infidèles craignaient tant qu'on ne relevât les murs de cette place, Raimond lui fit entendre qu'elle avait autrefois été une place d'armes pour les Chrétiens contre les Sarrasins ; que delà on pouvait les incommoder au loin, et se faire respecter jusqu'aux portes de Damas ; que rétablir Saphet c'était se mettre en état de causer aux Musulmans des pertes considérables ; qu'on pourrait les priver par-là de tous les avantages qu'ils retiraient d'une contrée fertile en Soldats, grains et pâturages ; qu'ils seraient contraints, ou de faire de grandes dépenses, pour se maintenir dans le voisinage de ce fort, ou d'abandonner plusieurs châteaux, et de renforcer à grands frais la garnison de Damas. Frappé de ces raisons, et instruit par ses propres yeux, l'Evêque alla trouver le Grand Maître, détenu à l'infirmerie dans Acre. Herman lui ayant demandé ce qu'il avait appris de nouveau dans son voyage, Benoît dit que rien ne l'avait plus étonné, que l'inquiétude des Musulmans sur la reconstruction du fort Saphet, et qu'il ne voyait pas qu'on pût en effet rien entreprendre de plus important, tandis qu'on jouissait de la paix. Herman en convint, et répliqua en soupirant :
« Seigneur Evêque, cette entreprise est au-dessus de mes forces : vous savez que le Roi de Navarre, le Duc de Bourgogne et les Barons Français s'étaient offerts à nous aider de leurs bourses et de leurs Soldats, et que nous n'en avons reçu aucun secours. Si la difficulté de l'entreprise les a découragés, que pouvez-vous attendre d'un vieillard infirme ? »

« Un mot de votre part à vos Chevaliers, reprit l'Evêque, fera des merveilles, et de votre lit vous en ferez plus que l'armée la plus florissante. »

Comme il insistait, les principaux du Temple qui l'écoutaient lui répartirent :
« Ce que vous proposez, Seigneur Evêque, vous paraît juste ; mais de quelle importance n'est pas cette affaire ? Elle mérite bien d'être discutée dans un conseil ; avant que de vous répondre nous allons en délibérer. »

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Saphet - Sources : Safed Co

Le Prélat s'étant retiré, Herman fit entendre à ses Officiers qu'il n'était pas éloigné des vues de Benoît, et qu'il serait charmé que chacun fût de son avis. Ceux-ci lui applaudirent, et le Conseil fut convoqué pour le lendemain. L'Evêque s'y trouva, et ouvrit l'assemblée parce discours :
« Je sais, Messieurs, que vos pieux ancêtres, en se consacrant, à Dieu et à la Religion, ont eu pour objet principal de prendre la défense des Chrétiens contre les Infidèles ; et parce qu'ils ne se sont jamais éloignés de cette première intention, le Ciel vous a agrandis, multipliés et rendus célèbres ; vous êtes devenus chers à Dieu et aux hommes, et dignes d'être honorés des Rois et des Princes. Plus je vous vois portés à imiter vos zélés fondateurs, plus j'ai lieu d'espérer que vous allez entrer dans mes vues. M'étant aperçu, durant mon séjour à Damas, que, dans les conjonctures présentes, on ne pourrait porter de coup plus fatal aux Musulmans, qu'en relevant les murs de Saphet, je me suis transporté sur les lieux, j'ai examiné la situation de cette place ; il est constant qu'on peut la rendre imprenable. C'est pourquoi je vous conjure, pieux et vaillants guerriers, par tout ce que vous devez au prochain et à l'honneur de votre Ordre, de vous rappeler en ce moment l'exemple de vos prédécesseurs, de rétablir ce fort, et de ne pas négliger l'avis d'un Evêque, qui tient à honneur de vous être uni par les liens de l'amitié la plus sincère. Je n'ai peint à la vérité d'argent à vous offrir, mais vous disposerez de ma personne : je prêcherai s'il est nécessaire, j'assemblerai les Pèlerins ; je me mettrai à leur tête, et parce que les matériaux ne peuvent pas nous manquer, nous commencerons par établir quelques logements, avant que de travailler aux fortifications. »

A ces mots Herman interrompit le Prélat, pour lui dire en souriant : On voit bien que vous avez cette affaire à coeur.
« N'en doutez pas Seigneur, répliqua Benoît, et je ne serai au comble de mes désirs, que quand il aura plu au Ciel de vous inspirer une réponse favorable. »

Ce jour-là même, il fut décidé qu'on mettrait incessamment la main à l'oeuvre, tandis que l'on était en trêve avec le Sultan Nazer, de crainte que, par trop de lenteur, l'entreprise ne vînt à échouer.

La nouvelle de cette résolution ayant causé une joie universelle à tous les Sujets du Temple et à ceux de leur parti, chacun s'empressa d'ouvrir greniers, trésors et celliers, pour fournir aux frais de l'entreprise : sans perdre de temps, le Grand-Maître nomma les Chevaliers qui devaient présider à l'ouvrage ; et après qu'il eut assemblé tout ce qu'on put trouver d'ouvriers, il les fit partir avec grand nombre de mulets chargés d'armes, de vivres et d'instruments nécessaires. Au jour fixé pour commencer l'ouvrage, qui fut le onzième de décembre, l'Evêque arrivé à la tête de quelques Pèlerins, célébra les Saints Mystères, fit une exhortation aux ouvriers, bénit la première pierre, et l'ayant posée lui même, il laissa dessus une coupe de vermeil, remplie d'espèces destinées au paiement des maçons ; enfin il ne quitta la place, que quand il en vit les murs élevés au point de pouvoir être défendus, et il abandonna en partant tous ses équipages aux ouvriers, se réservant à peine le nécessaire pour retourner dans son Diocèse.

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Photos prises par Leo Kahan, un photographe envoyé à Eretz Yisrael (terre d'Israël)
Par le journal viennois Yidishe Zeitung en 1912 - Sources : Safed Co

Les trente premiers mois que les Templiers employèrent à rebâtir Saphet, ils déboursèrent jusqu'à onze mille besans Sarrasins, sans compter les revenus annuels du territoire. Les années suivantes, pour achever l'ouvrage, il en fallut trouver encore près de quarante mille. La garnison de ce fort était ordinairement composée de cinquante Chevaliers, trente Servants et vingt Turcoples, de trois cents Arbalétriers, de huit cent cinquante tant ouvriers que domestiques, et quatre cents esclaves, c'est à dire de deux mille huit cent vingt hommes, dont le Temple en nourrissait tous les jours dix-sept cents en temps de paix, et deux mille deux cents en temps de guerre. On y dépensait en orge et froment chaque année environ douze mille charges de mulets ; ajoutez à tout cela la paie des Soudoyés, la table des étrangers, la nourriture des bêtes de charge, l'achat, l'entretien des armes, et mille autres choses nécessaires, dont le prix excessif fait voir, dit un contemporain, quelle fut en ce cas la générosité des Templiers, à quelle extrémité les réduisit cette entreprise, et combien ils se rendirent par-là dignes des libéralités et de la reconnaissance des Fidèles !

Saphet est une ville de médiocre grandeur, située sur une Montagne qui domine le Lac de Tibériade, et d'un accès très difficile ; l'air y est sain et tempéré, et le sol fertile en vins, légumes, et grains de toute espece : les Chevaliers y recueillaient toutes sortes d'excellens fruits, et s'y étaient procuré la commodité des carrières, des citernes, des moulins à vent et des fours a chaux. Les environs leur fournissaient non seulement abondance de gibier et de poissons, de lairage et de miel, mais encore tous les bois nécessaires pour le chauffage et les bâtiments. Ce qu'il y avait de plus avantageux encore, c'est que la place pouvait être défendue avec peu de monde, et ne pouvait être investie que par une armée nombreuse : elle renfermait dans sa dépendance plus de deux cent soixante hameaux, qui pouvaient fournir en cas de besoin, environ dix mille archers, et dont les habitans payaient la taille au Temple d'autant plus volontiers, qu'avant la reconstruction de ce fort, ils n'avaient pu rien recueillir.
Dans un second voyage que l'Evêque de Marseille fit en Orient vingt ans après, il eut la consolation de voir que les Chevaliers avaient surpassé son attente : il approuva sur tout les bâtiments et l'ordre des fortifications ; les murailles avaient de circuit trois cent soixante-quinze cannes, c'est-à-dire, plus de deux mille deux cent cinquante de nos pieds ; elles étaient larges de soixante, et hautes de cent vingt. Le fossé large de trente-six, était creusé dans le roc à la hauteur de quarante-deux ; les murs étaient flanqués de sept grosses tours, dont chacune avait soixante pieds de diamètre, douze d'épaisseur par le haut, et surpassait la hauteur des murs de plus de soixante-douze.

A la faveur de ce fort, les Templiers rétablirent la facilité du commerce, et de l'agriculture, la liberté des chemins, et la communication d'Acre au Jourdain, interrompue depuis longtemps.

Delà ils pouvaient en temps de guerre, se répandre dans la plaine, faire des incursions sur l'ennemi jusqu'aux portes de Damas, et remporter sur lui de grands avantages. Le plus important dit l'Auteur que je traduis, ce fut de pouvoir annoncer librement la foi dans beaucoup de lieux, qui ne retentissaient alors que des blasphèmes des Mahométans.

Cette place qui est l'ancienne Béthulie, servait de résidence à un Pacha au commencement de ce siècle : elle fut totalement renversée par un tremblement de terre en 1760, et la plus grande partie de ses habitans périt par la chute des maisons. Ce fut en 1240 qu'on fit à Londres la dédicace de cette magnifique Eglise du nouveau Temple, dont on admire encore la structure : la cérémonie s'en fit le jour de l'Ascension ; le Roi et les Grands du Royaume y assistèrent et furent splendidement régalés par les Chevaliers.
« Béthulie. - Ancienne ville de la tribu de Zabulon, à l'Ouest du lac Génésareth, connue par la Bible. Elle est célèbre par le siège qu'elle soutint contre Holopherne, et que fit lever Judith. C'est aujourd'hui Safet »
Sources : Histoire critique et apologétique de l'ordre des chevaliers du Temple de Jérusalem, dits Templiers Par Claude Mansuet Jeune, Joseph Romain Joly, de Joly, Guillot. Tome premier - Paris, M. DCC. LXXXIX.

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