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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Giblet-Djebeil - Byblos


Château de Gibelet
Les remparts de Giblet Image lesphotosdedimsum

Byblos, que les croisés appelèrent Giblet ou Gibelet, existait déjà au ive millénaire avant notre ère. Son port fut longtemps le plus important du littoral oriental de la Méditerranée. Les croisés vinrent asseoir leur château sur des fondations phéniciennes et romaines. Des fouilles de la cité antique aux abords de la forteresse des croisés ont été pratiquées par MM. Pierre Montet, Maurice Dunand, l'émir Maurice Chéhab. Raymond de Saint-Gilles, après avoir occupé Tortose en 1102, s'empara avec l'aide d'une flotte génoise, le 28 avril 1104, de Giblet qui appartenait à la famille arabe des Banû-Ammar. En récompense des services rendus, Saint-Gilles concéda le tiers de la ville aux Génois. Un peu plus tard, en 1109, la ville entière fut donnée à la cathédrale de Gênes par l'intermédiaire du Génois Guillelmo degli Embriaci. Désormais Giblet devait être un fief héréditaire des Embriac.

Château de Gibelet
Château de Giblet Salle intérieure - Image Cranberry

Cette famille fut l'une des plus importantes du comté de Tripoli; elle s'y maintint jusqu'aux dernières années de l'occupation franque. La ville médiévale s'étendait au Nord de la ville antique. Son enceinte formait un quadrilatère dont le côté Ouest se trouvait au bord de la mer. Le port est protégé par l'avancée de deux récifs à l'extrémité desquels étaient bâties deux tours qui défendaient la passe. Les murailles de l'enceinte de la ville étaient flanquées de saillants barlongs; il en reste des vestiges au front Nord. La cathédrale Saint-Jean se trouve au centre de la ville. Le château sur une colline domine la ville au Sud-Est de celle-ci. Un pont les met en communication ; il aboutit au front Nord du château où s'ouvre une poterne près de la tour Nord-Ouest.

Château de Gibelet
Château de Giblet - Image de Serge Melki

Le château de Giblet est du type le plus simple des châteaux-forts romans : un haut et massif donjon rectangulaire situé au milieu d'une cour qu'enferment des courtines plus basses, flanquées aux angles de tours carrées à quoi s'ajoute au milieu du front le plus exposé un saillant barlong. Ici le plan est irrégulier : les courtines ne sont pas parallèles; l'une des quatre tours d'angle (tour N.-O.) est barlongue et n'est pas dans l'axe des courtines; la position du saillant Nord n'est pas dans l'alignement des ouvrages contigus. Enfin le sol de la cour se trouve à deux niveaux différents. Cette absence de symétrie tient au fait que le château s'est implanté sur des constructions antérieures. Des fouilles poursuivies autour du château pendant plusieurs années ont dégagé de profonds fossés qui défendaient ses approches : la contrescarpe du fossé occidental est formée par un rempart du 111e millénaire avant notre ère. Le front Nord était tout près de la voie romaine construite au 11e siècle et a entamé la colonnade qui la bordait.

Château de Gibelet
Les remparts de Giblet Image de Oko

Le donjon (N.-S. : 18 mètres; O.-E. : 22 m 20) avec ses murs de 4 mètres d'épaisseur est un des plus beaux ouvrages construits par les croisés au début de leur occupation; si, comme il semble bien, il fut construit dès leur installation à Giblet (1104), ce serait le plus ancien qui nous ait été conservé. L'appareil est fait de grandes pierres à bossages. Or M. Maurice Dunand dans ses fouilles a retrouvé une muraille phénicienne dont les pierres à bossages furent utilisées pour le donjon; il pense donc qu'on peut voir ici l'origine de l'emploi de cette technique par les croisés. On trouve les mêmes bossages dans les forteresses construites par les Francs dans la première moitié du XIIe siècle (Saône, Beaufort, les plus anciens ouvrages du Crac des Chevaliers, etc.).

Château de Gibelet
Château de Giblet - Image Anaj728

Le donjon comportait une citerne communiquant avec le premier étage par un orifice carré percé au milieu du sol. La seule entrée du donjon se trouve au front Ouest à 13 mètres du sol. La porte est surmontée d'un grand linteau monolithique soulagé par un arc de décharge composé de trois grands claveaux à bossages. On trouve la même disposition à deux portes de Saône, au donjon de Beaufort et à Tortose. On devait accéder à cette porte par une passerelle communiquant avec la courtine de l'Ouest. Le deuxième étage et la terrasse crénelée ont été remaniés par les musulmans.

Château de Gibelet
Byblos - Jbeil - Giblet - Image Unesco Veronique Dauge

L'enceinte et les ouvrages qui la flanquent paraissent montrer quelques vestiges de la même époque que le donjon; mais aussi des reprises effectuées sans doute à la suite du tremblement de terre de 1157 qui fit de grands dommages aux forteresses franques et en particulier à Giblet. On trouve en plusieurs parties de l'enceinte des colonnes en boutisse, c'est-à-dire traversant la maçonnerie pour renforcer les murailles. Les Francs ont employé ce procédé là où ils trouvaient des colonnes provenant de monuments antiques, ainsi aux tours des ports de Giblet, de Djébelé, de Lattaquié, à Ascalon, à Tyr, à Césarée, au château de mer de Saïda. Il est vrai que les musulmans ont aussi pratiqué cet usage. Mais comme ici les colonnes s'intercalent dans un appareil de pierres à bossages, on ne peut douter qu'il s'agisse d'une seconde campagne de travaux entrepris par les croisés. Enfin d'autres réfections sont dues aux musulmans. Ainsi la porte d'entrée du château au bout du pont est assurément arabe, sans doute, du début du XIVe siècle.

Château de Gibelet
Byblos - Jbeil - Giblet - Image Unesco Veronique Dauge

Sources : Paul Deschamps. Les châteaux des Croisés en Terre-Sainte : Tome I, Le Crac des chevaliers, étude historique et archéologique, précédée d'une introduction générale sur la Syrie franque. Préface par René Dussaud, membre de l'Institut. Plans en couleurs et croquis par François Anus. (Haut commissariat de la République française en Syrie et au Liban. Service des antiquités. Bibliothèque archéologique et historique, t. XIX.) Paris, Paul Geuthner, 1934.
Paul Deschamps, Tome II, La défense du Royaume de Jérusalem, Paris, Paul Geuthner, 1939.
Paul Deschamps, Tome III, La défense du comté de Tripoli et de la principauté d'Antioche, Paris, Paul Geuthner, 1971.

 

Cathédrale Saint-Jean Baptiste de Giblet


Cathédrale de Byblos, Saint-Jean et Saint-Marc
Cathédrale de Byblos

C'est en 1104 que Raymond de Saint-Gilles, avec l'aide de la flotte génoise, s'empara de la ville de Djebeil, appelée Giblet par les croisés, qui occupait le site antique de Byblos. En récompense du concours apporté par ses marins, Gênes reçut en don la ville conquise et trouva plus opportun de la recéder à un de ses compatriotes, Guillelmo de gli Embriaci que les chroniques françaises appellent Guillaume Embriac. Cette famille y demeura pendant toute la durée des établissements des Latins sur le littoral et émigra ensuite à Chypre.

Le 29 juin 1170 un terrible tremblement de terre ruina la ville, sa cathédrale, son château. Il fallut les reconstruire en grande partie.

En 1188 Saladin s'empara de Giblet. Deux ans plus tard, à l'annonce de l'arrivée prochaine de l'armée de Frédéric Barberousse, il démantela la cité. En 1198 la dame de Giblet y était de nouveau installée. En 1266 le sultan Beibars l'occupa quelque temps. La ville tomba comme toutes les villes de la côte en 1291.

De la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Giblet il ne reste guère que la moitié de ce qu'elle fut à l'origine. En outre le tremblement de terre de 1170 la mutila tellement qu'en la reconstruisant en partie on la transforma. Enfin elle subit à une époque récente plusieurs restaurations.

Si l'on excepte la partie orientale qui est fort homogène, tout l'édifice a été modifié aussi bien dans son implantation que dans ses voûtes.

Enlart estime qu'elle fut commencée vers 1115 et construite assez lentement. La moitié occidentale a été détruite complètement jusqu'à ses fondations à ce point que cet auteur ayant effectué une fouille ne put établir le plan de façon précise. Elle a trois absides précédées d'une courte travée qui fait une légère saillie à l'extérieur, donnant l'apparence d'un transept. La nef proprement dite et ses collatéraux ont gardé leurs trois travées orientales. A l'origine il y en avait probablement six.

L'implantation de l'église se présente de façon très irrégulière. Les trois absides et le transept sont bien dans le même axe légèrement incliné vers le Sud-Est, et si le mur Sud suit à peu près cet axe le reste de l'édifice se trouve fortement ramené vers l'Est.

Peut-être cela est-il dû à des constructions antérieures qu'on n'a pas voulu détruire au Nord ?
Peut-être aussi, l'église ayant été en partie démolie en 1170, a-t-on, par économie, réutilisé au mieux ce qui subsistait ?

Enlart a donné (Monuments des croisés..., album I, pl. 13) une coupe des trois absides qui en montre la belle ordonnance. L'abside centrale est sensiblement plus élevée que les absidioles. Elle est éclairée par trois fenêtres, les absidioles en ont une; ces cinq fenêtres sont encadrées par des colonnettes avec de petits chapiteaux à feuilles courbes. Vers l'Ouest, en avant de la travée orientale, les deux piliers rectangulaires sont flanqués de trois colonnes engagées qui soutiennent le doubleau formant l'arc triomphal, les doubleaux des bas-côtés et le ressaut des grandes arcades de la nef. Les piliers du côté Nord de la nef ont deux colonnes engagées qui reçoivent le ressaut des grandes arcades.

Tous les chapiteaux des absides de la travée orientale, du bas-côté Nord et des grandes arcades de la nef au Nord sont composés de lourdes feuilles recourbées surmontées d'une petite volute. On les retrouve à Jérusalem dans plusieurs constructions des croisés et au Musée de Notre-Dame de France. On pourrait en citer un grand nombre d'analogues en France. Les piliers du côté Sud de la nef n'ont pas, comme ceux du côté Nord, de colonnes engagées, ce sont seulement des rectangles barlongs qui reçoivent les grandes arcades sans ressaut. Ils ressemblent à ceux d'Abou-Gôsh.

On constate ainsi que la partie Sud de la nef et le bas-côté Sud sont plus simplement bâtis, sans colonnes ni chapiteaux. On doit y voir une campagne plus récente, conséquence d'une reconstruction après l'écroulement de 1170.
Les trois travées de la nef sont voûtées en berceau brisé, les bas-côtés ont des voûtes d'arêtes, mais Enlart a constaté que toutes les voûtes avaient été refaites.

Enlart n'a pas formulé d'hypothèse sur la date de disparition des travées, sans doute au nombre de trois, qui prolongeaient l'édifice à l'Ouest. On peut penser que ce fut aussi le résultat du séisme de 1170. On ne put reconstruire cette partie du monument avant l'arrivée de Saladin (1188) et ensuite la cité de Giblet devait être trop pauvre pour entreprendre de tels travaux. Les chroniqueurs et les voyageurs laissent entendre qu'elle était assez misérable.

Vers 1212 Wilbrand d'Oldenbourg signale que son enceinte était détruite et qu'on ne voyait comme fortification que le donjon. Un évêque y résidait bien, mais il n'avait guère de ressources : «  Sedes episcopalis, Ucet paupercula.  »
En 1283 Burchard de Mont-Sion y passa et dit simplement : «  Urbs admodum parva.  »

Les absides qui appartiennent à la première campagne et ne paraissent avoir nullement souffert de la catastrophe de 1170 ont reçu une décoration analogue à celle des absides de la cathédrale de Beyrouth et même plus soignée. Les corniches de ces absides sont pourvues de modillons sur lesquels on a dessiné des ornements, les uns de style roman, les autres empruntés au décor byzantin, notamment des rosaces qu'Enlart compare à des chapiteaux de Sainte-Sophie de Constantinople.

Le portail qui s'ouvre à la deuxième travée du mur Sud est tracé en tiers-point et a de beaux profils. Ses voussures font, à l'imposte, des retours horizontaux, et l'archivolte qui les encadre a aussi ces mêmes retours.
Sources : Paul Deschamps. Les châteaux des Croisés en Terre-Sainte : Tome I, Le Crac des chevaliers, étude historique et archéologique, précédée d'une introduction générale sur la Syrie franque. Préface par René Dussaud, membre de l'Institut. Plans en couleurs et croquis par François Anus. (Haut commissariat de la République française en Syrie et au Liban. Service des antiquités. Bibliothèque archéologique et historique, t. XIX.) Paris, Paul Geuthner, 1934.
Paul Deschamps, Tome II, La défense du Royaume de Jérusalem, Paris, Paul Geuthner, 1939.
Paul Deschamps, Tome III, La défense du comté de Tripoli et de la principauté d'Antioche, Paris, Paul Geuthner, 1971.

 

Le Baptistère
Au flanc Nord de la première travée occidentale s'adosse le baptistère, couvert d'une coupole sur pendentifs. Il est de plan carré et ses trois arches brisées retombent sur deux socles trapus. Les voussures de ces arches sont ornées à l'Ouest de deux lignes brisées montant vers la clef, au Nord de godrons (ou coussinets), à l'Est d'une suite de V (ou bâtons brisés) enfermant des rosaces. Seul l'ornement du V placé à la clef est une croix pattée. Une triple rangée de billettes complète le décor de cette arche de l'Est. Au-dessus de ces arches courent des corniches dont les modillons se composent de feuilles courbes. De même que l'arche de l'Est, la corniche qui les surmonte est plus ornée que les deux autres : entre les modillons sont logées des métopes à rosaces.

Tout en reconnaissant que cette décoration du baptistère est romane, Enlart proposait de ne la dater que des environs de 1200. Nous ne le croyons pas : ce baptistère est au flanc Nord et nous avons vu que cette partie de l'église paraît bien avoir été épargnée par le séisme de 1170.

D'autre part la décoration est assez semblable à celle des corniches des absides, épargnées elles aussi en 1170. La croix pattée que nous avons vue à la clef de l'arcade de l'Est se retrouve tout à fait identique sur un modillon des absides dessiné par Enlart.

Nous croyons donc que cet élégant baptistère fut construit et décoré avant 1170.
Sources : Paul Deschamps. Les châteaux des Croisés en Terre-Sainte : Tome I, Le Crac des chevaliers, étude historique et archéologique, précédée d'une introduction générale sur la Syrie franque. Préface par René Dussaud, membre de l'Institut. Plans en couleurs et croquis par François Anus. (Haut commissariat de la République française en Syrie et au Liban. Service des antiquités. Bibliothèque archéologique et historique, t. XIX.) Paris, Paul Geuthner, 1934.
Paul Deschamps, Tome II, La défense du Royaume de Jérusalem, Paris, Paul Geuthner, 1939.
Paul Deschamps, Tome III, La défense du comté de Tripoli et de la principauté d'Antioche, Paris, Paul Geuthner, 1971.

 

Byblos - Jbeil
L'ancienne cité de Byblos (aujourd'hui appelée Jbeil) se trouve sur la côte, à une petite quarantaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Byblos est l'une des plus anciennes villes du monde à avoir été continuellement habitée. Ses premiers habitants, des pêcheurs, s'y sont installés à il y a 7 000 ans (on était alors à l'époque néolithique). Ces premières habitations sont des huttes circulaires, entourées de petits terrains où l'on cultivait des céréales. Peu à peu, ces huttes deviennent des maisons parfois rectangulaires, dont les murs en pierres supportent une toiture en troncs d'arbres et en terre mêlée de gravier. A l'époque, Byblos s'appelle Gebal, c'est le nom qu'on lui donne dans l'ancien testament.

Château de Byblos - Gibel - Jbeil
Byblos - Jbeil par Elodie Morel - Image Iloubnan-Info

Dès le quatrième millénaire avant Jésus Christ, c'est via le port de Gebal qu'on exporte vers l'Egypte de l'essence de cèdre, du bois de cèdre (utilisé pour les constructions navales égyptiennes), la résine (pour les pratiques religieuses et notamment la momification), mais aussi du blé, du raisin et du vin. En sens inverse, les bateaux reviennent à Gebal chargés d'objets d'or, de tissus de lin et de rouleaux de papyrus : c'est comme ça que le papyrus égyptien est distribué vers le reste de la Méditerranée.
La ville devient ainsi le plus grand port de commerce de la région. C'est aussi un important site religieux : on y vénère par exemple les divinités égyptiennes Osiris et Isis. La relation avec l'Egypte se traduit aussi par les dons fréquents des pharaons.On a trouvé plusieurs pièces d'orfèvrerie égyptienne dans les tombes des rois de Gebal. Jusqu'au Xe siècle av.

J.-C., Gebal est un centre phénicien florissant, où est inventée une écriture phonétique alphabétique qui servira de base aux alphabets modernes. Selon plusieurs spécialistes, c'est au Xe siècle que cet alphabet est définitivement constitué (aujourd'hui, sur le parking construit face à la plage publique, un monument rend hommage à cet alphabet phénicien).

La ville connaît ensuite plusieurs vagues d'envahisseurs : les Perses, les Grecs d'Alexandre le Grand (qui donna à Gebal son nom de Byblos), les Romains, les Byzantins, les Arabes et les Croisés.
Après que ces derniers l'eurent abandonnée, Byblos perdit son aura et devint un port comme un autre.

En 1984, l'Unesco a inscrit Byblos au patrimoine mondial de l'humanité, selon les critères suivants : les lieux apportent «  un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue  » ; ils offrent «  un exemple éminent d'un type de construction ou d'ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l'histoire humaine  » ; ils sont «  directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des oeuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle  »
Sources : Elodie Morel (Plus sur le site internet de http://www.iloubnan.info/fr)

 

Château de Gibelet
Les Génois ayant enlevé Gibelet aux Musulmans en 1108, Raymond de Saint-Gilles, comte de Tripoli, donna cette ville, en fief, à la famille génoise de L'Embriac, qui en prit le surnom, à charge de payer une redevance annuelle au chapitre et à la commune de Gènes.

Les deux lettres suivantes, dont je dois la copie à l'obligeance de M. Francis Molard, sont relatives à ce cens annuel, qui, à en juger par ces documents, semble n'avoir pas été acquitté très-régulièrement par les seigneurs de Gibelet.

Archives de Gênes.
Liber jurium : manuscrit de l'Université (folio 67 verso).
En titre : De censu Gibelleti «  encre rouge.  »
En marge : De censu quod dominus Gibeleti dare tenebatur archiepiscopo et canonicis januensibus.

Alexander (1) episcopus, servus servorum Dei, nobili viro Hugoni, domino Gibeleti, salutem et apostolicam benedictionem : Pervenit ad exconquaestionem venerabilis fratris nostri archiepiscopi et canonicorum Januensium, quod, cum ab eorum ecclesia feudum habeas eis constitutum, censum solvere negligis, et debitam lidelitatem jurare. Quum ergo non decet te sacris Dei ecclesiae inimicum irrogare, cum ex hoc omnipotens Deus graviter offendatur, monemus Discretionem tuam attentius et mandamus quatinus predictis archiepiscopo et canonicis, de feudo quod tenes ab ipsis, censum solvas a modo constitutum, subtractum restituas, et fidelitatis exhibeas juramentum, vel feudum ipsum omnino dimittas : sciturus quod si mandato nostro non parueris, te invitum, ad id implendum, domino auctore compellamus. Datum Laterani VIIe Kalendas maii.
1. Alexandre III occupa la chaire de Saint-Pierre du 20 septembre 1159 au 30 août 1181.

Manuscrit de l'Université (Liber iurium, folio 68)

En titre : De censu Gibelleti «  encre rouge.  »
Urbanus (1) servus servorum Dei, dilecto filio comiti Tripolitano, Baiulo regni Jerosolimitani, salutem et apostolicam benedictionem :

Sicut pie recordationis Alexander et Lucius, romani pontifices, predecessores nostri, Ugoni de Guibeleto, per apostolica sepe scripta, mandaverant ut ecclesie et civitati Januensi, annuum et statutum censum quod eis pro Gibeleto debetur, cum omnibus quae de censu illo per annos decem et septem sunt subtracta, persolveret et prefate ecclesiae et civitati fidelitatis juramentum exhibe(r)et, sic nos Ugoni filio eius, qui terram ipsam debet ex eius successione tenere, dedimus in mandatis ut ea facere non obmittat. Verum quia ab ipsis Januensibus dubitatur ne ipse mandatum apostolicum, sicut pater eius fecit, solita rebellione contempnat, nobilitatem tuam rogamus attentius et mandamus, quatinus ad exequendum quod scribimus, moneas et inducas propensius. Datum Veronoe, IVe idus martii.
1. Urbain III régna du 1er décembre au 19 octobre 1187, et Guy de Lusignan ayant été couronné roi de Jérusalem au mois de septembre 1186, c'est donc au 12 mars 1186 qu'il faut rapporter la date de cette lettre adressée à Raymond III, comte de Tripoli alors bailli du royaume, pendant la minorité de Baudouin V.
E. G. Rey. Recherches géographiques et historiques sur la domination des Latins en Orient, accompagnées de textes inédits ou peu connus du 12e au 14e siècle.

Giblet (BybLos, Djebeil) - Histoire antique
Dans notre étude sur les forteresses des Croisés en Terre Sainte nous n'avons fait que de très rares allusions aux ruines antiques, témoins de tant de civilisations qui se sont succédé dans ces contrées. Comme les Francs vinrent asseoir ici leur château sur des fondations phéniciennes et romaines nous évoquerons Byblos qu'au Ier siècle de notre ère Philon de Byblos appelait la plus vieille ville du monde. L'archéologie française, par de nombreux travaux, a arraché bien des secrets au sol de cette antique cité. Renan l'étudia longuement sans négliger l'ouvrage des Croisés. Depuis 1921 des fouilles ont été dirigées par des Français MM. Charles Virolleaud, Pierre Montet, Maurice Dunand. Aujourd'hui les monuments de Byblos sont sous le contrôle de l'émir Maurice Chéhab, Directeur général des Antiquités du Liban.

En phénicien cette ville s'appelait Gobel dont les Grecs ont fait Byblos. Dès le IVe millénaire son port, qui fut longtemps le plus important de la Phénicie, commerçait avec l'Egypte et lui fournissait le bois du Liban nécessaire à ses constructions, à son mobilier, à ses navires. Au temps de la 12e dynastie pharaonique, c'est-à-dire au xixe siècle avant notre ère, les Princes de Byblos paraissent avoir été à la fois les vassaux et les alliés des Pharaons. Lorsqu'un Prince de Byblos mourait, le Pharaon envoyait des présents funéraires.

En 1922 un pan de falaise s'étant effondré, M. Charles Virolleaud découvrit des tombes de Princes de Byblos où se trouvaient des objets avec inscriptions, portant les noms des Pharaons Amenhemat III et Amenhemat IV. L'année suivante M. Pierre Montet dégageait le sarcophage d'Ahiram, Prince de Byblos vers 1250, qui contenait un vase d'albâtre au nom de Ramsès II. Ce sarcophage porte l'épitaphe du Prince dans une inscription phénicienne qui est le plus ancien témoin de cette écriture d'où dérive notre alphabet.

Plus tard le pays fut conquis par les Assyriens puis par les Perses. Après les victoires d'Alexandre, Byblos fit partie du royaume des Séleucides. Avec Pompée la Phénicie fut intégrée dans l'Empire romain. En 636 elle tombait au pouvoir des Arabes et cette domination dura jusqu'à la Ire Croisade.

On trouve dans les textes Biblium (Guillaume de Tyr), Gibelletum, Gibelettum, Gibeletum, Gibiloth, Gebelot, Gibelet, Gibellet, Giblet. Comme Rey qui écrivit un article sur «  les seigneurs de Giblet  » et, comme Enlart, nous avons adopté l'orthographe Giblet dans nos précédents ouvrages.

 

Giblet (BybLos, Djebeil) - Histoire médiévale
Après la prise de Jérusalem, puis une campagne malheureuse en Anatolie, Raymond de Saint Gilles décida de conquérir le Liban. Il commença par attaquer Tortose ; une flotte génoise de dix-huit navires vint l'y aider. La ville capitula vers le 18 février 1102. Cette ville dépendait de la principauté de Tripoli qui appartenait à la famille arabe des Banu Ammar. Aussitôt après, il mit le siège devant Tripoli, mais il n'avait avec lui, selon Raoul de Caen, que 400 combattants et ne put forcer la ville. Il alla ensuite combattre vers l'Est dans la plaine d'Akkar, assiégea Touban et le château des Curdes et fut sur le point de s'emparer de Homs. En 1103 une escadre génoise de quarante navires étant arrivée à Lattaquié, il lui demanda son concours pour attaquer Tripoli. Cette entreprise ayant échoué Raymond de Saint Gilles et les Génois décidèrent de s'emparer de Byblos qui appartenait aussi aux Banu Ammar. Selon Albert d'Aix l'attaque par mer et par terre fut vigoureuse et, après une résistance énergique, la ville se rendit vers le 28 avril 1104. Raymond de Saint Gilles, en reconnaissance des services rendus, donna le tiers de la ville aux Génois qui confièrent la garde de leur part au consul Ansaldo Corso.

Le 26 juin 1109 Bertrand, fils de Raymond de Saint Gilles, par un acte solennel en présence du roi de Jérusalem Baudouin I, et de plusieurs seigneurs donnait à l'église Saint-Laurent de Gênes, c'est-à-dire à la cathédrale de Gênes, par l'intermédiaire du Génois Guglielmo Embriaco, toute la ville de Giblet, avec ses appartenances, le castrum Constabularii (le Puy du Connétable) et le tiers de la ville de Tripoli.
3 Notum sit... quod ego Bertrannus, sancti Egidii comes... concède ecclesiae Sancti Laurentii Januensis totum Gibeleth... et castrum Rogerii et stabularii (corr. Constabularii)... et tertiam partem Tripolis ab uno mare usque ad aliud... cum insulibus ipsius civitatis ab portu in manibus videlicet Guilielmi Embriaci...  » Dans Liber jurium reipublicae Genuensis (Historiae patriae monumenta, 2 vol. in-fol., 1854-1857), I, n° XI, col. 18. Roger est attesté comme connétable de Tripoli en 1109, 1110, 1127. Voir aussi Rey, Les seigneurs de Giblet, E.O.L. (1895), tome III, pages 399-400. Grousset, fin du tome III, a donné une généalogie de la maison de Gibelet. Guillaume Ier Embriac avait pris part à la première croisade et à la conquête de Jérusalem (Grousset, tome I, page 359).

Désormais, de père en fils, les Embriac auront Giblet comme fief héréditaire moyennant une redevance à payer à la cathédrale de Gênes. Avec le temps ils négligèrent de s'acquitter de cette rente et deux fois les papes Alexandre III en 1179 et Urbain III en 1186 durent rappeler au seigneur de Giblet ses engagements vis-à-vis de la cathédrale de Gênes.

Pourtant les Embriac n'oubliaient pas leur origine ; en 1168 Hugues II Embriac, seigneur de Giblet, accordait aux marchands génois entière liberté de commerce dans son domaine.

Cette famille deviendra l'une des plus importantes du comté. Guy Ier attesté de 1186 à 1233 épousa une fille de Bohémond III, Prince d'Antioche et sa soeur Plaisance de Giblet épousera Bohémond IV, fils de Bohémond III.

En 1157 un tremblement de terre, dont parlent surtout les chroniqueurs arabes, fit de grands dégâts dans les forteresses du comté de Tripoli et Giblet est citée comme ayant particulièrement souffert. Un autre tremblement de terre, en 1170, les dévasta à nouveau mais il n'est pas fait mention de Giblet.

Dans une bataille qui eut lieu dans la vallée de Merdj Ayoun près de Beaufort dans le Liban Sud, qui eut lieu le 10 juin 1179, Hugues II de Giblet fut fait prisonnier.
C'est ROhricht qui le dit dans Regesta, page 154. Il y eut deux combats de Merdj Ayoun le 1er 10 avril, le 2e 10 juin. Rohricht dit que c'est dans le 2e que Hugues de Giblet fut pris, mais d'après quelle source ? (Grousset ne le cite pas tome II, pages 676-8) — Rôhricht renvoie à Guillaume de Tyr, XXI, c. 27, 28, 29, pages 1055-7 et suivantes. — Ernoul, page 49, 52-54. — Ibn al-Athir, Historiens orientaux, tome I, pages 634-6-7. — Abou Chama, Deux Jardins, IV, pages 198-203. — Maqrizi, Revue de l'Orient latin, VIII, page 532. — Abou Chama page 198 dit que le seigneur de Djebeil fut tué, il se trompe car Hugues de Giblet vivait encore en 1184.

Le 4 juillet 1187, dans la grande bataille de Hattin où Saladin triompha de Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, Hugues III de Giblet fut fait prisonnier.
Rey, Les seigneurs de Gibelet, dans Revue de l'Orient latin, tome III, 1895, page 399 et suivantes pense qu'il s'agit de Guy Ier, fils de Hugues III. Grousset, tome II, page 807, note 1, conteste cette opinion et nous croyons qu'il a raison d'autant plus que Erades, Historiens occidentaux, tome II, page 66 dit : «  Hue de Gibeleth  » et Beha ed-din (Historiens Orientaux, II, page 308-309), dit «  Le seigneur de Djebeil, Hugues.  »
Au mois d'août Saladin était devant Giblet. Il fit venir de Damas son captif et lui offrit la liberté s'il obtenait de la garnison qu'elle rendît la place. Celle-ci accepta et la population de Giblet se réfugia à Tyr. Ce désastre de Hattin, qui fit perdre aux Francs tant de territoires en Palestine et en Syrie, provoqua une grande émotion dans la Chrétienté occidentale et fut la cause de la 3e croisade. En 1190 Frédéric Barberousse arrivait en Orient. A cette nouvelle Saladin effrayé ordonna de démolir les ouvrages de plusieurs villes de la côte qu'il avait conquises : Lattaquié, Djebelé, Giblet, Beyrouth, Saïda, Césarée, Arsouf, Jafîa.
Eracles, page 140 : «  De la grand poor que Sahaladin ot de la venue dou devant dit emperoor flst il abatre les murailles de la cité de la Liche et de Gibeau, et de Gybelet et de Baruth et de totes les autres citez qui estoient en la marine...  » Voir aussi Livre des deux fardins, I, page 462.

En 1197 les Francs rentrèrent en possession de Giblet grâce à l'habile diplomatie de «  la dame de Gybelet  » qui parvint à obtenir du gouverneur musulman de cette cité qu'elle leur fût rendue pacifiquement.
L'Estoire de Eracles, XXVII, I ; Historiens occidentaux, tome II, pages 217-218. «  En ce point que Sahaladin fu morz, avait une haute dame à Triple, qui avoit été Dame de Gybelet ; si porchaca tant et flst vers les sarrasins à cui Salahadin avoit Gibelet baillié à garder, que il s'eneissirent hors de Gibelet et la dame y entra et si chevalier et si home, si garnirent la cité et le chastel.  », ibidem, pages 226-227. Il s'agit de la veuve de Hugues III mère de Guy Ier.
En 1211-1212, le voyageur Wilbrand d'Oldenbourg passe à Giblet. Il en décrit l'aspect. Les murailles détruites par les Sarrasins n'avaient pas été relevées, mais le donjon avait gardé toute sa fière allure et ce puissant ouvrage avait résisté à leurs tentatives de démolition.

La même impression se dégage d'une lettre écrite par Jacques de Vitry à la fin de mars 1217 après sa prédication à Giblet. On sait que le pape Honorius III organisait la Ve Croisade et qu'il la fit prêcher non seulement en Occident mais aussi dans les colonies chrétiennes du Levant. Jacques de Vitry, nommé évêque d'Acre, parcourut la Palestine et la Syrie. Il prêcha à Acre, à Tyr, à Saïda, à Beyrouth, à Giblet dont l'évêque, le seigneur de la ville et toute la population prirent la croix. De là il se rendit à Tripoli, au Crac des Chevaliers, à Chastel Blanc, dans la cathédrale de Tortose, à Margat et à Antioche.

Le lieu de concentration était fixé à Acre. Bohémond IV prince d'Antioche et comte de Tripoli s'y rendit avec ses vassaux Guy Ier Embriac, seigneur de Giblet, le cousin de celui-ci Hugues Embriac, sire de Besmedin, le connétable de Tripoli Gérard de Ham, etc.

Les derniers membres de cette famille Embriac furent en lutte continuelle contre leurs suzerains. Bohémond VI, s'étant rendu à Acre en février 1257 pour apaiser un conflit sanglant entre les Vénitiens et les Génois de cette ville et s'étant montré favorable aux premiers s'aliéna les sires de Giblet à cause de leur origine génoise. Il eut contre lui non seulement Henri, seigneur de Giblet, fils de Guy Ier, mais aussi un de ses cousins Bertrand II de Giblet. Celui-ci, malgré les ordres de son suzerain avait envoyé à Acre pour s'unir aux Génois un corps d'archers chrétiens levés dans la montagne de Giblet. Quant à Henri, il vint aussi en aide aux Génois. Commandant une galère à cent rameurs, le Poindor, il ravitaillait leur quartier d'Acre. Et tout cela irritait fort Bohémond. Les Giblet poussèrent à la révolte contre lui un certain nombre de seigneurs du Comté de Tripoli ; parmi eux se trouvait Guillaume d'Antioche, Seigneur du Boutron, petit-fils du Prince Bohémond III, donc cousin de Bohémond VI. Bertrand de Giblet se mit à la tête des insurgés et vint assiéger dans Tripoli le Prince qui tenta une sortie mais fut repoussé. Bertrand le poursuivit jusqu'à la porte de la ville et le blessa à l'épaule. Cet événement paraît s'être passé en 1258. A quelque temps de là, Bohémond fit assassiner Bertrand (sur cette lutte entre Bohémond VI et Bertrand de Gibelet, voyez René Grousset, tome III, pages 538, 545-546, 552-555). Il le fit attaquer par une douzaine de «  vilains  » mais Bertrand se défendit si bien que ses agresseurs n'osant plus l'approcher le tuèrent à coups d'arbalète. Presque tous les vassaux firent alors leur soumission. Henri de Giblet resta pourtant dans son fief toujours en état de révolte soutenu par les Génois. Quant à Guillaume du Boutron, il préféra se retirer à Acre.

Selon Rôhricht, d'après une chronique arabe, l'émir Nadschebi, lieutenant de Beibars, aurait en avril 1267 pris Giblet sans résistance et les habitants se seraient réfugiés à Tripoli. Si cette information est exacte l'occupation musulmane aurait été de peu de durée. Alors que ce qui restait des États latins était menacé par les musulmans dont la puissance grandissait, des querelles à main armée renaissaient sans cesse entre les seigneurs francs.

Vers 1276 Guy II seigneur de Giblet, fils d'Henri, se brouilla avec Bohémond VII, comte de Tripoli, et s'allia contre lui avec les Templiers. Cette guerre fratricide dura plusieurs années.

Bohémond VII à Tripoli fit démolir la maison du Temple, puis dans le casal de Monscucul qui appartenait à l'Ordre du Temple, il fit couper les arbres d'un bois. Appelé au secours, le grand maître Guillaume de Beaujeu arriva d'Acre avec une troupe de Templiers et pendant plusieurs jours mit le siège devant Tripoli. Puis il retourna à Acre laissant à Guy II trente Templiers pour défendre Giblet. Sur sa route, il rasa le château du Boutron. Les Templiers assiégèrent aussi le château de Nephin, mais leur attaque échoua et plusieurs furent fait prisonniers.

Peu après, Bohémond étant parti pour assiéger Giblet, une rencontre comportant trois ou quatre cents combattants eut lieu entre le Puy du Connétable et le Boutron ; le Comte de Tripoli fut vaincu. Parmi ses partisans, Balian II de Sidon, Roger de la Colée, et Guillaume Trabuc, fils du maréchal de Tripoli, furent tués.
Nous avons situé La Colée à Qoleia tout près d'Hosn Soleiman au Nord-Ouest, à environ 20 km au Nord du Crac des Chevaliers, voir chapitre I : «  Le Comté de Tripoli  », page 21 :
Rey, dans sa nomenclature des localités de la Syrie au temps des Croisades avait désigné La Colée comme un château gardant une des passes de la montagne des Ansarieh et dont les ruines sont encore nommées El Coleiah. Or nous trouvons tout près de là, à petite distance au Nord-Ouest d'Hosn Soleiman, sur la carte de Dussaud (VIII A3) Qoleia; sur la carte ottomane de 1920 : Kala ; sur la carte française de 1936 au 200.000e Kléa. Une note du major Deyrolle en 1924 signalait à l'Est de Dreikich un Kléa avec une ruine paraissant un ouvrage des croisés. A notre passage à Masyaf en 1928, le lieutenant Vuilloud nous avait indiqué Qal'at el Qoleïat perché sur une aiguille rocheuse ; il ne restait qu'un pan de muraille de 4 m de hauteur avec des pierres à bossages. C'est ce même nom avec à côté le vocable français La Colée qui figure sur la carte accompagnant le guide Orient-Syrie-Palestine de Chauvet et Isambert. Enfin le Guide Bleu de 1932 signale près d'Hosn Soleiman un col à 1.000 m d'altitude d'où l'on aperçoit au sommet d'un à pic une petite forteresse en ruine dominant le village de Qouleia. Nous sommes persuadé qu'il s'agit du château de LA COLÉE cité dans l'acte de 1243. Il est très proche des casaux que cet acte signale comme dépendant des châteaux du Sarc et de la Colée.
Ainsi ces trois petits châteaux, le Camel, la Colée et le Sarc paraissent avoir été voisins et se trouver tous les trois au Nord du Crac des chevaliers et de Safitha : le Camel à 29 km du Crac et à 23 km de Safitha, la Colée à 20 km du Crac et à 18 km de Safitha, le troisième étant le plus méridional.


Après une trêve, la guerre reprit en 1278. Les Templiers attaquèrent à 17 km au Sud-Est du Boutron le casal fortifié de Dôme (Douma) et battirent une troupe de chevaliers de Tripoli.
Puis douze galères du Temple voulurent attaquer le port de Tripoli. Une tempête fit échouer leur tentative ; trois d'entre elles trouvèrent un refuge près de Nephin, que Guy de Giblet et les Templiers assiégèrent à nouveau.
Pour se venger, Bohémond arma quinze galères et sa troupe attaqua le château de nier devant Sidon et y fît prisonniers des Templiers.
Enfin, le grand maître de l'Hôpital, Nicolas Lorgne ancien gouverneur du Crac des Chevaliers, se rendit à Tripoli en septembre 1278 et parvint à rétablir momentanément la paix entre les adversaires. En janvier 1282, Guy II toujours révolté contre son suzerain tenta, avec la complicité des chevaliers du Temple, de s'emparer de Tripoli par surprise. Mais il échoua et fut fait prisonnier dans cette ville avec ses deux frères Baudouin et Jean et leur cousin Guillaume de Giblet, fils de Bertrand II. Bohémond les fit emmurer dans une fosse du château de Nephin où ils moururent de faim (février 1282) (Voyez Grousset, tome III, pages 685-691). Bohémond VII fit occuper Giblet par ses troupes. Le voyageur Burchard de Mont-Sion passa par Giblet en 1283 et nous dit que la ville était extrêmement pauvre.

Tripoli fut prise par le sultan Qelaoun le 26 avril 1289. Les places du comté telles que Nephin et le Boutron furent évacuées sans combat. Il en fut sans doute de même pour Giblet dont on ne dit rien. Mas-Latrie (Histoire de Chypre) pense pourtant que Pierre de Giblet, fils de Guy II, put y rester encore quelque temps grâce à la protection du sultan. En tous cas en 1307 il s'était retiré dans l'île de Chypre.
Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

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