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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

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Château Hazart — (Azaz)
Claude Cahen a fort bien précisé l'intérêt que présentait la position de Hazart, située au-delà de l'extrémité Nord du Djebel Seman, surveillant au Sud de Kilis le grand passage qui conduit à l'Ouest vers la vallée du Nahr Afrin et la route d'Antioche, à l'Est vers la vallée du Nahr Qouaïq et la route d'Alep. Hazart aux mains des Musulmans empêchait les communications entre le Comté d'Edesse et la Principauté d'Antioche. Possédée par les Francs, elle mettait Alep sous la menace à la fois des troupes du Comté et de la Principauté.

Après avoir quitté Marach vers le 16 octobre 1097, l'armée des Croisés prit la route qui va, du Nord au Sud, de Ravendel (Ravendan) vers Hazart. Au Sud-Ouest d'Hazart, ils allèrent chercher du ravitaillement au bourg de Maresse ou Marésie probablement Maarta à 5 km au Nord-Est d'Artah, où les accueillirent avec enthousiasme les chrétiens indigènes. Vers Noël 1118, le Prince Roger d'Antioche alla avec le concours du Prince arménien Léon, frère de Thoros Ier, de la dynastie roupénienne, assiéger Hazart et l'enleva à l'émir turcoman II Ghazy, prince de Mardin. La place, dressée sur un large Tell et pourvue de deux enceintes, dominait la région à 550 m d'altitude.

Joscelin de Courtenay (Joscelin Ier) ayant obtenu en 1119 du roi Baudouin II, le Comté d'Edesse, avait épousé la fille de Roger d'Antioche qui reçut en dot Hazart. C'est ainsi que cette place fit partie du Comté. Mais en réalité Joscelin Ier vaillant et loyal chevalier, utilisa cette position, soit comme lieu de défense, soit comme base d'attaque, dans l'intérêt commun du Comté d'Edesse et de la Principauté d'Antioche.

En 1122, l'Ortoqide Balak, émir de Kharput, surprit le 13 septembre, Joscelin et son cousin Galeran du Puiset, seigneur de Bir (Bir ed-jik) et les fit prisonniers ; mais Joscelin s'échappa bientôt.

En janvier 1124, Balak et Togtékin vont assiéger Hazart et déjà leur troupe avait fait des brèches dans l'enceinte quand un parti de Francs survint et mit en fuite les assiégeants.

En octobre 1124, Joscelin va avec le roi Baudouin II et les chevaliers d'Edesse et d'Antioche, auxquels s'était joint l'émir bédouin Dobaïs, assiéger Alep. Joscelin occupe le secteur Nord sur la route de Hazart. Bursuq atabeg de Mossoul apparaît devant Alep le 25 janvier 1125 et l'armée franque doit battre en retraite.

Au printemps 1125, Bursuq envahit la Principauté d'Antioche et s'empara de Cafertab (9 mai). Aussitôt le roi Baudouin qui venait de passer deux ans en captivité à Kharput, puis à Harran et à Alep, étant rentré à Jérusalem le 3 avril, dut se remettre en route pour se porter vers le Nord. Bursuq, Togtékin et l'émir de Homs Qirkhan étaient allés assiéger en vain Sardone (Zerdana), puis se portèrent devant Hazart. Le roi avec sa troupe passa par Tripoli et le Comte se joignit à lui, puis ils gagnèrent la Principauté d'Antioche où Joscelin vint les retrouver avec la chevalerie d'Edesse (mai-juin 1125). Un cavalier de Hazart avait à bride abattue traversé les lignes ennemies et avait adjuré le roi de se hâter pour délivrer la Place investie. L'armée franque s'avança en bon ordre, répartie en treize bataillons. Approchant de Hazart, elle se déploya en trois corps : à l'aile droite la troupe d'Antioche, à l'aile gauche Pons de Tripoli et Joscelin d'Edesse, au centre et se prolongeant à l'arrière gauche, le corps principal commandé par le roi : en tout 1100 chevaliers et 2000 fantassins, l'armée musulmane atteignant peut-être 15000 hommes.
Après avoir fait passer dans la Place, au milieu des assiégeants, un corps de secours, le roi feignit de se retirer vers Athareb. Les Turcs sans prendre de précautions se lancèrent à sa poursuite, ce dont il fut averti par un feu allumé en haut du donjon. Alors l'armée franque se retourna sur les Musulmans dispersés, en massacra un grand nombre et fit beaucoup de prisonniers et un riche butin. Bursuq s'enfuit d'une traite jusqu'à Alep.

En 1126, Joscelin ravage la région et Bursuq est obligé de conclure avec lui une trêve locale comportant le partage des revenus de territoires au voisinage d'Alep.

Après la chute d'Edesse en 1144, reprise et à nouveau perdue en 1146, les Places du Comté mal gouvernées par le négligent Joscelin II et celles de la Principauté voisine, étaient fort menacées. Marach confiée à la garde de Joscelin après la mort de son gendre Renaud de Marach tué à la bataille de Fons Muratus, fut prise par le sultan de Qoniah Masoud I en septembre 1149 ; puis celui-ci vint assiéger Turbessel (Tell Basher) dont le Comte avait fait sa résidence depuis longtemps. Joscelin supplia le sultan de lui laisser Turbessel, se déclarant son vassal, lui rendant tous ses prisonniers et lui faisant des présents tels que douze armures de chevaliers (1). Si le sultan leva le siège c'est aussi parce que le roi Baudouin III, qui se trouvait à Antioche, avait envoyé en hâte le connétable de Jérusalem, Onfroi II de Toron, mettre les forteresses en état de défense ; Onfroi amena à Hazart soixante chevaliers pour renforcer la garnison (2).

Enfin en juin 1150, Nour ed Din s'empara de Hazart après un siège rapide, bien que la forteresse fut bien fortifiée et parût imprenable (3).
1. Ibn al-Qalanisi, pages 300-301. — René Grousset, tome II, page 297
2. R. Grousset, tome II, pages 288-290.
3. Guillaume de Tyr, Historiens occidentaux des Croisades, tome I, pages 775-776.

Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973
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